SOURIRE
— Comme elle nous souriait au dernier jour, cette bonne mère !
L’Ami. — Souviens-toi de ce sourire ! C’est un reflet de la victoire sur la mort. Évangile libérateur ! pour t’annoncer, un dernier souffle de voix est plus puissant qu’une voix retentissante.
Toute belle vie demeure parmi nous comme un don de Dieu. Puisse le parfum en être gardé ! Ce qu’ils nous ont laissé, les chers envolés, reste à jamais notre trésor. Leur paix nous environne, apaise nos cœurs au sein des luttes, trempe notre courage aux heures difficiles. Vaillante patience, bonne humeur inaltérable, confiance en Dieu ; dans la figure de ta mère tout cela te sourit.
Et nous n’entrons pas seuls dans le mystère dernier. Ils sont tous là, les morts aimés. Leur présence nous soutient, leurs âmes nous accueillent et nous disent : Bon courage, amis, la tribulation augmente, mais le but est proche ; voici la grande paix, voici le port, voici la patrie !
Dans l’ombre planant sur nos sentiers, les regards des morts aimés se lèvent comme des étoiles. Sources d’espérance et de réconfort, ils nous aident à vivre et à souffrir, à marcher dans la certitude de l’invisible et dans l’affranchissement des éphémères vanités.
QUE LEUR DIRAI-JE ?
Que dire aux écrasés, à ceux qui n’ont plus rien à attendre, que la mort détruit, s’ils ne savent ni espérer, ni prier, ni croire ?
L’Ami. — Aime-les et tais-toi ! Dans l’amour, toutes les questions sont résolues. Le silence de l’amour vrai, contient tout l’infini des révélations. Toute parole comparée à lui n’est qu’un effort inégal au but. Tais-toi ! Si tu parlais, tu dirais ce qu’on ne comprend pas, tu ajouterais une misère au fardeau des misères. Tu n’expliquerais rien et ne prouverais rien à cet être dans la fournaise, incapable de t’écouter, et tu le quitterais, l’ayant plongé dans la nuit plus avant. Tu le quitterais, pensant peut-être que tu as dit de bonnes choses et content de toi-même, ô ironie ! A ceux qui se débattent aux griffes du malheur, offrir une formule est cruel. Et parfois il ne leur est prouvé par là qu’une chose, c’est que nous restons sur le rivage, tandis qu’ils sont dans les flots.
Tais-toi ! Le silence est dans ce monde une grandeur inconnue. Il règne volontiers aux abords du royaume de paix. C’est un des messagers qui environnent l’Esprit. Quand le silence se fait, grand, sacré, sois sûr que Dieu n’est pas loin. Tais-toi !
Mais aime-les bien, ceux qui souffrent ! Prends sur toi leur fardeau, entre dans la fournaise, souffre avec eux. Et dans ce saint silence, actif et dévoué, tu briseras la chape étouffante où le malheur isole et enferme ses victimes. Ils te sentiront près d’eux, dans le désert d’angoisse qu’ils traversent. Près de quelqu’un qui vous aime, on n’est pas loin de Dieu. S’ils ne le connaissent pas, ils en sentiront l’immense douceur, innommée, passer comme un souffle des cieux sur leur front enfiévré.
L’Ami. — Couche les morts dans Ses bras, quelque terrible que soit leur fin !