GOG

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Ce fut donc au logis de cet homme qu'un soir

Quelqu'un frappa.

Ce juif ouvrit—et l'on put voir

Briller les piques dans le sentier.

—«La milice,

«Pensa-t-il, mène encore quelque esclave au supplice.»

Le couchant s'allumait dans les cieux meurtriers

Et rougissait au loin les maigres oliviers,

Baignant le Golgotha de sang et de lumière.

Une troupe d'enfants cheminait la première:

Ils criaient! Ils voulaient voir prendre les voleurs;

Puis venaient des soldats; puis des femmes, en pleurs.

Seul, dans l'herbe pierreuse, au versant des ravines,

Chargé d'une croix lourde, et le front ceint d'épines,

Un homme apparaissait tombé sur les deux mains.

Autour de lui riaient les cavaliers romains,

Et le centurion qui commandait l'escorte,

La lance au poing, cria, debout, devant la porte:

«Simon! viens nous aider à relever la croix

«Du roi des juifs, tombé pour la troisième fois!

«La côte est rude; un coup d'épaule! Il faut qu'il meure

«Et soit mis au sépulcre avant la sixième heure!»

Un grincement de dents retentit, bref et dur,

Dans l'angle que faisait la porte avec le mur.

Simon, sans s'émouvoir de ce bruit, dit:

—«Silence,

Gog!»

Le soldat reprit, appuyé sur sa lance:

«—Est-ce que tu n'es pas un portefaix?»

—«Je suis

«Cela précisément! dit l'homme: et je te suis.»

1879.