L’AMOUR DE L’EAU
Que vos ruisseaux clairs dont les bruits m’ont parlé
Humectent sa voix d’un long rythme perlé...
Si son ombre a passé dans votre eau fugitive,
Nymphe
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Si l’image qui fuit vous devient étrangère
De quoi vous plaignez-vous, nymphe sans souvenir?
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Ce ruisseau paraît calme, et pourtant il soupire,
On ne sait trop s’il fuit, s’il cherche, s’il attend,
Mais il est malheureux puisque mon cœur l’entend.
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On le dirait joyeux de caresser des fleurs
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Si je pouvais chanter je ne l’entendrais pas.
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Que la fleur soit contente en s’y voyant éclore.
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Appelant un secret qu’elle ne comprend pas
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Une image nouvelle y glisse tous les jours
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Quand le dernier rayon d’un jour qui va s’éteindre
Colore l’eau qui tremble et qui porte au sommeil
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Si mon étoile brille
Et trace encor mon nom dans la Scarpe d’argent.
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Viens ranimer le cœur séché de nostalgie
Le prendre et l’inonder d’une fraîche énergie.
En sortant d’abreuver l’herbe de nos guérets
Viens, ne fût-ce qu’une heure, abreuver mes regrets.
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♦Fragment♦
Sur toi dont l’eau rapide a délecté mes jours
Et m’a fait cette voix qui soupire toujours.
Dans ce poignant amour que je m’efforce à rendre
Dont j’ai souffert longtemps avant de le comprendre
Comme d’un pâle enfant on berce le souci
Ruisseau, tu me rendrais ce qui me manque ici.
Ton bruit sourd se mêlant au rouet de ma mère
Enlevant à son cœur quelque pensée amère
Quand pour nous le donner elle cherchait là-bas
Un bonheur attardé qui ne revenait pas.
Cette mère, à ta rive elle est assise encore,
La voilà qui me parle, ô mémoire sonore!
O mes palais natals qu’on m’a fermés souvent
La voilà qui les rouvre à son heureuse enfant.
Je ressaisis sa robe, et ses mains, et son âme!
Sur ma lèvre entr’ouverte elle répand sa flamme
Non! par tout l’or du monde on ne me paîrait pas
Ce souffle, ce ruisseau qui font trembler mes pas!
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♦Fragment♦
Un ruisseau, frais enfant d’une source cachée
Promenait sur les fleurs son humide cristal;
L’herbe au pied du miroir n’était jamais penchée;
Il y versait la vie à flot toujours égal.
Harmonieux passant son mobile murmure
Enchantait la nature:
Un doux frémissement, quand de ses molles eaux
Il mouillait les roseaux
Avertissait au loin quelque nymphe altérée
Qu’un filet d’eau coulait sous les saules tremblants;
Et la bergère, au soir, dans la glace épurée
Venait baigner ses pieds brûlants.
—
♦Fragment♦
Toi ne passe jamais à l’angle de la rue,
Où notre église encor n’est pas toute apparue
Sans t’arrêter au bruit qui filtre sous tes pas
Pour écouter un peu ce qu’il chante tout bas.
Il chante le passé, car il a vu nos pères;
Il a la même voix que dans nos temps prospères!
Livre tes longs cheveux au ruisselant miroir
Et regarde longtemps ce que j’y voudrais voir!
Ton visage étoilé dans les cercles humides
Parsemant leurs clartés de sources limpides
Et les multipliant au fond du puits songeur
Pour y porter le jour, comme ils font dans mon cœur!
Alors qu’il soit béni, le salubre nuage
Ayant de tous les tiens miré l’errante image!
Monte sur la margelle et bois à ton plein gré
Son haleine qui manque à mon sang altéré!