XXXII
Mademoiselle se montra sévère pour un acte ébauché par la Princesse Edmond de Polignac, acte d’un humanitarisme qui semblait se croire transcendant... et n’était que restreint. Quand un vrai philanthrope met des fortunes à la disposition d’un architecte, pour construire des logements d’ouvriers (cela se voit), ces fortunes, il les donne, il les abandonne, sans esprit de retour, si ce n’est celui qui, dans ce monde ou dans l’autre, peut lui venir du dieu des aumônes. Auprès de cela, quelle maigre figure faisait le demi-million de l’Américaine cossue et ostentatoire, effectuant un placement, sous couleur de bienfait, avec les reprises du loyer, des portes et fenêtres! Quand une fois Monsieur Vaudoyer aurait aménagé les chambrettes modern-style et les jardinets Botticelliens augurés par les prospectus, il n’y aurait plus qu’à y mettre du Maple, lequel, on a tout lieu de le craindre, ne serait pas fourni par la donatrice à quittances. De la sorte, la mention de cette générosité reversible, sertie par la première page d’un grand quotidien, plutôt que l’allure du geste d’une Élisabeth, d’un Martin ou d’un Vincent de Paul, prenait l’aspect d’un écriteau de location, indicateur d’un petit coin pas cher (quatre cents francs, le taux y était), compris le bow-window, pour bourses plates. Tout cela, bien entendu, à l’évaluation de Miss Winter, toujours subversive et assez cassante.
De cet exemple, elle rapprocha celui d’une Dame qui avait donné un festival payant et, ce qui l’expliquait, pour les pauvres. Quand ce fut fini, elle fit savoir qu’il n’y avait pas de bénéfices, mais qu’elle donnerait tout de même quelque chose. C’était son droit; c’était aussi celui de la critique de faire observer qu’il y a des donateurs qui donnent pour donner et non pour louer, comme faisait la première Dame; et des hôtesses qui engagent pour engager, comme ne faisait pas la seconde.
Et Mademoiselle s’éleva, non sans force, si ce n’est sans aigreur, contre ce qu’elle appela les munificences à baux et les invitations à péage.