XXXIX
Miss Winter projetait encore une communication à l’Académie de Médecine; une interpellation, qui devait porter sur le songe. La question qui préoccupait Mademoiselle, et sur quoi elle voulait contraindre le Corps Médical à s’expliquer, était celle qui suit: les Docteurs recommandent à leurs patients d’éviter les contrariétés autant qu’ils le peuvent, sous le prétexte qu’elles ruinent la santé, abrègent l’existence. Or, les rêves nocturnes sont, eux aussi, hantés par les troubles et les inquiétudes, au point de causer des soubresauts, des sueurs glacées. Ces inconscientes agitations ont-elles, sur l’organisme, les mêmes fâcheux effets que les craintes réfléchies? Dans ce cas, au lieu d’aller dormir sur le Temple de Sérapis, pour avoir des songes, comme les Anciens de l’Égypte, les contemporains ne devraient-ils pas demander à leur pharmacien quelque bonne décoction qui leur fît goûter, comme l’écrit Mallarmé:
...le lourd sommeil sans songes,
Planant sous les rideaux inconnus du remords?
Telle, l’importante interrogation que Mademoiselle préparait à la Faculté, et qui allait lui tomber, ainsi que la Comtesse n’aurait pas manqué de le formuler, si elle en avait eu connaissance, «comme une prune sur l’œil».
En attendant, Miss n’approuva pas la dénomination inventée par Monsieur Bourget, pour désigner un simulateur de maladie. Le titre de pathomime déplut à l’Étrangère. Et, quand on lui en demanda la raison, elle eut le toupet de répondre, en ricanant, qu’elle lui trouvait un faux air de pétomane.