§ 2.—Taille.

La taille des arbres fruitiers est une opération très-importante:

1o Elle a pour but de distribuer la séve également dans toutes les parties de l'arbre, et de lui donner une forme agréable;

2o Elle dispose les arbres à donner de plus beaux fruits et de meilleure qualité:

3o Si un arbre n'était pas taillé, ses branches superflues épuiseraient infailliblement sa force, et il durerait moins longtemps; ainsi, lorsqu'une taille est bien raisonnée, elle prolonge l'existence des arbres.

De toutes les opérations du jardinage, la taille des arbres est la partie la moins avancée. Sous ce rapport, il serait à désirer que les praticiens se livrassent à l'étude de la physiologie végétale: en effet, comment procéder à une opération d'une aussi haute importance, si l'on ne connaît les fonctions de chacune des parties d'un arbre?

Les instruments employés pour la taille sont la serpette et le sécateur. Quoique ce dernier abrège beaucoup le travail, il ne peut pas complétement remplacer la serpette; car son emploi nécessite beaucoup d'habitude, et il arrive souvent qu'avec le point d'appui on occasionne une pression qui meurtrit la branche au-dessous de la coupe; mais il est très-avantageux pour rabattre une branche que l'on enlèverait difficilement à la serpette, et pour tailler la Vigne et les Rosiers.

Indépendamment de ces deux instruments, il est quelquefois nécessaire d'employer la scie à main ou l'égohine pour couper les grosses branches.

On commence ordinairement à tailler à la fin de janvier et jusqu'en mars, et quelquefois même encore au commencement d'avril; mais il est impossible d'indiquer d'une manière précise l'époque la plus favorable pour commencer cette opération, car elle varie suivant l'exposition et la différence de température des années.

Il serait beaucoup plus naturel d'exécuter la taille dans l'ordre de la végétation: ainsi, on commencerait par les Abricotiers; puis viendraient les Pêchers, les Pruniers, les Poiriers, les Cerisiers et les Pommiers. Mais, par économie de temps, l'usage est de commencer par les Poiriers et les Pommiers, parce qu'ils craignent peu les gelées, et que l'on a presque toujours fini de les tailler à l'époque ou l'on commence à tailler les Pêchers.

Règle générale, on doit commencer par les arbres faibles et terminer par les plus vigoureux, afin d'en ralentir un peu la vigueur; cependant il faut toujours tailler avant que la séve soit en mouvement; car plus tard on altérerait beaucoup la santé de ces arbres, et l'on n'obtiendrait que des pousses très-faibles.

Il est aussi quelques principes généraux dont il ne faut jamais s'écarter:

1o On doit toujours, en taillant, faire une coupe bien nette, un peu oblique, opposée à l'œil sur lequel on taille, et à 0m,03 environ au-dessus, afin que la séve puisse facilement recouvrir la plaie; c'est aussi pour ce motif que toutes les fois qu'il est nécessaire de rabattre une branche, il faut la couper le plus près possible de son insertion, et faire une plaie bien nette, qui se recouvre toujours plus facilement.

2o Il ne faut pas tailler les arbres trop court, car alors ils poussent trop vigoureusement et rapportent peu de fruit.

3o Une taille trop allongée épuise les arbres, parce qu'ils se mettent trop à fruit, et il n'y a réellement aucun avantage; car les fruits en sont moins beaux, les arbres en sont fatigués, et ils restent ordinairement plusieurs années sans rapporter.

Nous allons donner la description des différentes parties d'un arbre, qu'il est essentiel de savoir reconnaître avant de commencer à tailler.

1. Arbres à fruits à noyaux.

Le tronc ou la tige est la partie qui s'élève depuis la racine jusqu'à la naissance des branches.

Les branches mères sont ainsi nommées parce que ce sont celles qui donnent naissance à toutes les autres; elles naissent directement sur le tronc.

Les membres sont les branches qui poussent sur le côté des branches mères, et dont on favorise le développement pour former la charpente de l'arbre.

Les branches de bifurcation sont des membres destinés à remplir les vides qui résultent du prolongement des branches mères et des membres; il ne faut jamais les établir que sur le troisième ou le quatrième bourgeon au-dessus de la taille précédente.

Les branches à bois sont celles qui servent à former la charpente de l'arbre et le prolongement de chaque membre; elles sont faciles à reconnaître sur tous les arbres, à leur grosseur et aux yeux dont elles sont garnies, yeux qui sont toujours minces et pointus.

Les branches à fruits sont généralement minces et allongées; dans les Pêchers, l'écorce est verte du côté du mur et rougeâtre du côté du soleil. Ces branches doivent être renouvelées annuellement, car elles ne donnent du fruit qu'une fois.

Branches de remplacement.—Les branches à fruits du Pêcher ne produisent que la seconde année, et ne portent fruit qu'une fois, comme nous venons de le dire. Il est donc essentiel de les remplacer chaque année, ce qui est très-facile, car chaque branche à fruits a plusieurs yeux à sa base; il suffit donc, une fois que ces yeux se sont développés, de choisir le bourgeon le plus vigoureux et le plus rapproché possible de l'insertion de la branche à fruits et de supprimer les autres. Ce sont ces nouvelles branches qu'on appelle branches de remplacement; après avoir porté fruit, elles devront être remplacées à leur tour, et ainsi de suite.

Branches gourmandes.—Sur les arbres en espalier, les gourmands sont généralement placés sur le dessus des membres. On les reconnaît facilement à leur large empatement et à leur vigueur, qui est tellement préjudiciable aux autres branches, qu'il faut en arrêter le développement par tous les moyens possibles; on ne doit jamais en voir sur un arbre bien traité.

Les bourgeons sont de jeunes pousses de l'année; la seconde année, le bourgeon devient une branche à bois ou à fruits, selon sa position.

Les faux bourgeons ou bourgeons anticipés sont ceux qui naissent entre les feuilles des pousses de l'année.

2. Arbres à fruits à pépins.

Les branches à bois ayant à peu près les mêmes caractères sur tous les arbres à fruits, nous ne parlerons que des boutons dont elles sont garnies: ceux des Poiriers et Pommiers sont enveloppés d'une membrane écailleuse; mais ils sont toujours minces et allongés, comme sur les Pêchers.

Les boutons à fleurs sont beaucoup plus gros que les boutons à bois, d'une forme arrondie, et enveloppés d'une grande quantité d'écailles.

Les brindilles sont de petites branches minces et allongées, terminées par un bouton à feuille ou à fleur. Les yeux dont elles sont garnies sont très-rapprochés, et se transforment facilement en boutons à fleurs. Elles doivent être conservées, car elles peuvent donner du fruit pendant plusieurs années.

Les lambourdes sont des parties essentiellement productives; elles naissent sur les brindilles, et souvent aussi sur les branches à bois. Elles sont presque toujours terminées par un bouton à fleur, qui ne s'épanouit souvent que la seconde année. Les yeux dont elles sont garnies sont beaucoup plus rapprochés que sur les autres rameaux, et toujours très-disposés à fructifier. Elles restent plusieurs années avant d'atteindre tout leur développement, sont beaucoup plus grosses à leur base qu'à leur extrémité, et recouvertes d'une écorce ridée circulairement dont les plis deviennent plus profonds en vieillissant.

§ 3.—Ébourgeonnage.

On commence cette opération dès le mois de mai, et on la continue pendant tout le temps de la végétation; elle consiste à supprimer les bourgeons mal placés, qu'il faudrait enlever à la taille suivante. L'ébourgeonnage a lieu sur les branches des années précédentes, et pour le faire on peut employer l'outil nommé ébourgeonneur.

Quant à celui qui a lieu sur les bourgeons de l'année, comme il consiste à enlever les faux bourgeons, on le fait avec l'ongle. Dans un cas comme dans l'autre, il faut supprimer sur les arbres en espalier les bourgeons placés sur le devant et le derrière des branches, et ceux des côtés qui seraient trop rapprochés les uns des autres; et sur les autres arbres on enlève les bourgeons placés sur le dessus et le dessous des membres, ainsi que ceux qui seraient trop rapprochés.

On doit commencer cette opération dès que les bourgeons à supprimer auront de 0m,02 à 0m,03 de longueur, afin que la séve qui sera nécessaire à leur végétation, si l'on attendait plus tard, tourne immédiatement au profit de ceux qui doivent être conservés.

§ 4.—Palissage.

Le palissage consiste à fixer les bourgeons des arbres en espalier sur des treillages ou sur les murs, et pour cela on se sert d'osier et de jonc pour palisser sur le treillage, de loques et de clous sur les murs qui sont assez tendres pour qu'on puisse les y enfoncer facilement[10].

L'époque où il faut commencer le palissage est indiquée par le développement des bourgeons; c'est ordinairement en juin qu'il est essentiel de s'en occuper, pour ne finir que vers la fin de la saison. On doit commencer en suivant l'ordre du développement des bourgeons; car le but de cette opération est non-seulement de fixer les bourgeons dans la crainte qu'ils ne soient rompus par le vent, mais encore de ralentir la vigueur des plus avancés en les palissant plus tôt que les autres. Il faut toujours, en palissant, placer les bourgeons en ligne droite, à égale distance et sans jamais les croiser l'un sur l'autre. C'est en faisant le premier palissage qu'il faut supprimer les fruits mal placés et éclaircir ceux qui sont trop serrés et qui se nuiraient réciproquement.

§ 5.—Fruitier.

La plupart des personnes qui cultivent les arbres à fruits choisissent pour leur fruitier la pièce la plus saine de leur habitation, et quelquefois même la première venue. Aussi rien n'est-il regardé comme plus difficile que la conservation des fruits. Il est certaines conditions qu'on observe généralement fort peu, et qui sont cependant indispensables.

Pour conserver les fruits le plus longtemps possible et avec le plus de chances de succès, il faut disposer pour cet usage un local spécial, à demi enterré, à une exposition où la température soit le moins susceptible de varier et où l'air et la lumière puissent être renouvelés ou interceptés à volonté. On y dispose des tablettes de 0m,50 à 0m,60 de largeur, munies d'un rebord pour empêcher les fruits de tomber, et on les couvre d'un lit de paille neuve, fine, sèche et sans odeur.

C'est dans ce local qu'on place par espèces les fruits que la saison avancée empêche de laisser sur les arbres, et qui doivent mûrir à des époques plus ou moins éloignées. Il faut, quelques jours avant de les placer définitivement dans le fruitier, les trier avec soin, pour en séparer ceux qui ne valent pas la peine d'être conservés, et les laisser se ressuyer. Quand le fruitier sera garni et bien sec, on le fermera à l'air et à la lumière, et tous les soins se borneront à visiter les fruits une ou deux fois par semaine.

Les Raisins se conservent sur les tablettes comme les autres fruits, ou plutôt suspendus au plafond; mais ils exigent une surveillance scrupuleuse, et sont généralement d'une conservation assez difficile.

Les personnes qui attachent un grand prix à la conservation de leurs fruits peuvent faire garnir de bois toutes les parois des murailles de leur fruitier, et elles augmenteront les chances de conservation. On pourrait aussi placer de la chaux vive sur les derniers rayons, en ayant soin de la renouveler toutes les fois qu'elle serait éteinte. Par ses propriétés siccatives, cette chaux conservera l'atmosphère toujours sèche.

Le moyen que nous indiquons est le seul employé par les fruitiers-orangers; toutes les recettes de conservation sont ou peu sûres ou tout à fait impraticables, et nous conseillons de se contenter d'un fruitier, en observant les conditions de conservation que nous indiquons ici.

§ 6.—Culture des meilleures espèces de fruits.

Abricotier (Armeniaca vulgaris).—Tous les terrains conviennent aux Abricotiers, pourvu qu'ils ne soient pas trop humides. On les greffe ordinairement sur le Prunier Saint-Julien; mais, comme dans les terres fortes ils poussent très-vigoureusement et fructifient peu, il faut en ce cas les prendre greffés sur le Prunier Cerisette, qui pousse beaucoup moins que le Saint-Julien.

Les fruits des Abricotiers en plein vent étant beaucoup plus parfumés que ceux des arbres en espalier, on ne plante ordinairement que quelques-uns de ces derniers, pour avoir des fruits mûrs un peu plus tôt, ou dans les localités où ils mûrissent mal en plein vent. On plante les Abricotiers à haute tige à environ 6 mètres l'un de l'autre. Après avoir donné une bonne direction aux jeunes arbres, il sera encore nécessaire de les tailler chaque année; car sans cela les branches se dégarniraient facilement du bas; mais par une taille raisonnée et faite à propos on forcera facilement la séve à refluer dans les parties inférieures; on traitera de même les arbres à haute tige, et de plus on retranchera toutes les branches qui se dirigeraient vers l'intérieur, afin que l'air puisse circuler facilement. On peut rajeunir les Abricotiers en rabattant les grosses branches; on choisit pour les remplacer les jeunes jets les plus vigoureux et les mieux disposés.

On n'avance que difficilement la maturité des Abricotiers; néanmoins, dans le cas où l'on voudrait l'essayer, il faut ne leur donner que très-peu de chaleur et ne commencer à les chauffer qu'en février.

Variétés.—Précoce ou Abricotin, — Angoumois, — Commun, — de Hollande, — Alberge, — Pêche.

Amandier (Amygdalus communis).—C'est sur la variété commune que se greffent les Amandiers cultivés, et l'on ne les plante guère qu'élevés en plein vent, où ils n'exigent aucun soin. Néanmoins, dans le Nord, il est nécessaire de les planter en espalier, à une bonne exposition, et dans cette circonstance ils doivent être taillés.

L'Amandier fleurit souvent dès le mois de février; c'est à cause de cela qu'on le place assez ordinairement dans les jardins d'agrément.

Variétés.—Amandier à gros fruits, — Amandier de Tours, — Amandier Princesse ou des Dames, à coque tendre.

Cerisier (Cerasus).—Les Cerisiers ne sont pas difficiles sur le choix du terrain: on greffe les Cerisiers à haute tige sur le Merisier, et pour les autres formes sur le Sainte-Lucie.

Pour avoir des fruits un peu plus tôt, on peut planter quelques Cerisiers anglais en espalier ou en former des quenouilles qui produisent beaucoup; mais on plante plus souvent des arbres à haute tige, qui produisent toujours davantage. Si on les place en lignes, il faut les mettre à environ 6 mètres l'un de l'autre. Il n'est nécessaire de les tailler que pendant les premières années, pour former la charpente de l'arbre; et pour les espaliers et les quenouilles, une fois formés, il faut ne leur supprimer que le moins de branches possible. On se bornera à donner une bonne direction à chaque membre, à mesure qu'ils prendront de l'étendue. Quand les Cerisiers cessent de donner du fruit, on peut facilement les rajeunir en rabattant les grosses branches près de leur insertion; ils en fournissent promptement de nouvelles, avec lesquelles on formera une autre tête.

De la culture forcée du Cerisier.—Pour avancer la maturité des arbres fruitiers, il faut avoir égard à la température moyenne de l'époque où chaque espèce commence à végéter, à entrer en fleur, et enfin à celle qui règne ordinairement à l'époque de la maturité des fruits, afin que, dans un espace de temps qui doit toujours être moins long que dans l'état naturel, on fasse subir aux arbres les différentes modifications de chaleur par lesquelles ils passent ordinairement; car, dans un cas comme dans l'autre, ils ne peuvent fructifier qu'après avoir accompli toutes les phases de la végétation.

On peut avancer la maturité des Cerisiers en espalier en plaçant devant eux des châssis vitrés, ou, mieux encore, en plantant en pots à l'automne des Cerisiers nains, de l'espèce anglaise ou royale, qui sont ceux qui réussissent le mieux. Ils doivent être le plus ramifiés possible. On enterre les pots à bonne exposition, et, l'année suivante, en janvier, on les met dans une serre vitrée, où il suffira d'entretenir la température à 12 ou 14 degrés. On donnera de l'air au moment du soleil. On pourrait même les réunir aux Pruniers et leur donner les mêmes soins. En les mettant dans la serre à l'époque indiquée, les fruits sont ordinairement mûrs au commencement d'avril. On peut ainsi les chauffer plusieurs années de suite.

Variétés.—Anglaise, — Royale, — Reine-Hortense, — Belle de Choisy, — de Portugal, — Belle magnifique, — du Nord tardive, — grosse, — Guigne noire, — Guigne ambrée, — Gros bigarreau noir.

Coignassier (Cydonia communis).—On cultive généralement les Coignassiers pour recevoir la greffe du Poirier. La plantation doit avoir lieu à l'époque indiquée pour ces derniers. On n'en élève que peu comme arbres fruitiers; cependant les fruits en sont très-beaux, mais l'odeur qu'ils répandent lorsqu'ils commencent à mûrir déplaît généralement et force à reléguer ces arbres loin des habitations. Dans ce cas, il n'est pas nécessaire de choisir le terrain comme quand ils servent de sujets à greffer les Poiriers; car alors ils viennent bien partout, même dans les endroits humides.

On n'a pas besoin de tailler les Coignassiers; il suffit d'enlever le bois mort. La seule variété cultivée n'est guère que celle de Portugal, greffée sur le Coignassier commun, et dont les fruits mûrissent en octobre.

Épine-Vinette (Berberis).—L'Épine-Vinette croît dans les sols les plus arides, et donne à l'automne des fruits dont on fait d'excellentes confitures.

Figuier. (Ficus Carica).—Tous les terrains conviennent aux Figuiers, pourvu qu'ils ne soient pas trop humides. Il ne faut planter ces arbres qu'à la fin de mars ou dans le courant d'avril; et, comme ils sont d'une reprise assez difficile, il faut les planter en mottes ou les élever en pots. On les mettra de préférence près d'un mur et à l'exposition la plus chaude; il serait même préférable, dans certains endroits, de les mettre en espalier et de les palisser comme les autres arbres. Mais, sous quelque forme que l'on élève les Figuiers, il faut les couvrir en hiver afin de les préserver de la gelée. Vers la fin de novembre on réunit toutes les branches et on les enveloppe de paille maintenue par des liens. Lorsque les tiges sont jeunes et peu élevées, on les abaisse sur le sol et on les y maintient par des crochets de bois; puis on les couvre de 0m,15 de terre ou de paille, pour ne les découvrir qu'à la fin de mars. Quelle que soit la manière dont on les abrite, il faut avoir grand soin de garantir le pied, et, dans le cas où les tiges seraient atteintes par la gelée, on les couperait au niveau du collet, opération que l'on pourrait faire aussi quand ils sont devenus trop forts. Ils repoussent rapidement de nouvelles tiges, qui donnent du fruit la seconde année.

Les Figuiers produisent ordinairement deux récoltes; mais sous notre climat il est extrêmement rare que celle d'automne mûrisse; nous ne parlerons donc que de la première, qui mûrit en juillet et août. Pour favoriser le développement des fruits et en avancer la maturité, on pincera en juin le boutoir terminal des branches portant des fruits, ce qui empêchera ces derniers de tomber avant la maturité. Les Figuiers ne se taillent pas, car les amputations leur sont très-préjudiciables, à cause de la grande quantité de séve qu'ils perdent chaque fois. On se contentera donc, au printemps, de couper les branches mortes et de rabattre celles qui sont trop maigres pour donner du fruit. Cependant, s'ils poussent trop vigoureusement, on pincera l'extrémité des branches, moyen employé souvent avec avantage pour les faire fructifier. On en cultive un grand nombre de variétés dans le Midi; mais à Paris on n'en cultive guère avec succès que deux, la blanche ronde et la violette.

De la culture forcée du Figuier.—En janvier, on recouvre les Figuiers d'une petite serre mobile, et on commence à les chauffer à 15 degrés; puis on élève progressivement la chaleur jusqu'à 25 degrés sans inconvénient, et dans les premiers jours de mai, on obtient des fruits mûrs.

Nous ne parlerons que fort brièvement d'un procédé tombé chez nous en discrédit et sur le compte duquel on commence à revenir: nous voulons parler de la caprification. Des faits récents semblent prouver que cette opération n'est pas aussi inutile qu'on l'a prétendu, bien qu'elle ne soit pas indispensable pour la fécondation des Figuiers. Elle augmente le nombre des fruits, qui viennent plus sûrement à maturité. En l'absence des insectes fécondateurs qu'on trouve dans le fruit du Figuier sauvage, dont on suspend une branche sur le Figuier qu'on veut caprifier, on peut se borner à piquer l'œil de la Figue avec une aiguille trempée dans de l'huile d'olive, et attendre le résultat. Cette opération, que nous livrons à nos lecteurs pour ce qu'elle peut valoir, a au moins l'avantage de ne pas compromettre les fruits sur lesquels l'essai a été fait.

Framboisier (Rubus Idæus).—Les Framboisiers viennent partout; mais ils préfèrent un terrain frais, léger et bien amendé, car ils épuisent considérablement la terre, et il est nécessaire, pour en avoir de beaux fruits, de leur mettre au pied, à l'automne, des terres neuves ou des engrais consommés.

On les plante en automne, ou bien en février et mars, selon les variétés, à environ 1 mètre de distance. Après la plantation, on les rabattra à environ 0m,15 de hauteur.

Chaque année, en juin, on choisira sur chaque touffe les cinq ou six plus beaux bourgeons, et l'on coupera les autres. Cette suppression tournera à l'avantage des tiges qu'on aura laissées, et les fruits qu'elles produiront seront beaucoup plus beaux; ils mûrissent en juillet.

En mars, on coupera rez terre les tiges qui ont porté fruit, et l'on taillera les autres plus ou moins long, selon leur vigueur. Il faudra, suivant le terrain et les soins qu'ils auront reçus, les changer de place tous les quatre, cinq ou six ans.

Variétés.—Framboisier rouge, — Fr. à fruit couleur de chair, — Fr. blanc, — Fr. des quatre saisons.

Groseillier a grappes (Ribes rubrum).—Les Groseilliers, quoique peu difficiles sur le choix du terrain, produiront des fruits plus beaux et de meilleure qualité dans les terres douces et fraîches, sans excès d'humidité, que dans les autres sols. On peut leur donner toutes les formes que l'on veut; mais il est préférable, en raison de la taille à laquelle ils doivent être soumis, de les élever en touffes.

Les Groseilliers à grappes peuvent être mis en espalier, et ils mûrissent ordinairement leurs fruits de juin en juillet; mais on peut facilement en avancer la maturité en plaçant des châssis devant eux.

On les plante a environ 1m,30 l'un de l'autre, à l'automne ou en février, selon la nature du terrain.

On les taille en février: la première année, on les taille court, afin de favoriser le développement des yeux du bas; mais pour les tailles successives on devra tailler plus long, et toujours se rappeler que les Groseilliers ne donnent abondamment de fruits que sur le bois de deux ans.

On laissera successivement se développer, chaque année, les branches nécessaires pour former une belle touffe, et l'on aura soin d'enlever les bourgeons qui partent du pied, puis de rabattre les grosses branches à mesure qu'elles atteignent leur sixième année (ce qu'il sera facile de voir en comptant les pousses de chaque année); car alors elles deviennent trop élevées, se dégarnissent du bas et ne donnent plus que des fruits de qualité médiocre; après quoi on remplacera chaque branche retranchée par un jeune bourgeon.

De la culture forcée du Groseillier.—On peut facilement chauffer les Groseilliers à grappes sur place, s'ils sont plantés en contre-espalier; plantés en pots, on pourra les traiter comme les Cerisiers.

Variétés.—Groseillier à fruit rouge, — Gr. blanc, — Gr. couleur de chair, — Gr. cerise, — Gr. Gondouin, — Gr. Queen Victoria.

Groseillier à fruit noir, Cassis, Poivrier (R. nigrum).—On le traite exactement comme le Groseillier ordinaire; seulement on peut le rabattre plus souvent, car le bois d'un an porte fruit.

Groseillier épineux ou à maquereau (R. uva crispa).—On a obtenu, par la voie du semis, un nombre considérable de variétés du Groseillier à maquereau dont plusieurs sont remarquables par la grosseur de leurs fruits.

Pour avoir toujours de beaux fruits, il faut démonter les branches qui produisent depuis trois ans.

Mûrier (Morus).—Les Mûriers sont des arbres très-rustiques qui s'accommodent de presque tous les terrains, même de ceux de médiocre qualité, excepté de ceux qui sont constamment humides. Quelle que soit l'espèce, il ne faut pas la planter avant le mois de février, ni en retrancher aucune branche; après quoi tous les soins consistent à donner quelques binages.

Comme arbre à fruit, on ne cultive guère que le Mûrier noir, dont les fruits mûrissent de juillet en septembre. Il ne se taille pas, et l'on se borne à retrancher le bois mort. Lorsque ces arbres sont trop vieux et qu'ils ne donnent plus que de petits fruits, il faut les rabattre, c'est-à-dire rabattre les branches à quelques centimètres du tronc; ils produiront de jeunes jets très-vigoureux qui ne tarderont pas à se mettre à fruit.

Le Mûrier blanc est cultivé comme arbre d'agrément, mais plus particulièrement encore pour recevoir la greffe des espèces à larges feuilles cultivées pour la nourriture des vers à soie.

L'époque la plus favorable pour les greffer est la fin d'avril, et la variété la plus avantageuse, parmi celles qui sont cultivées pour l'usage indiqué plus haut, est le Moretti, dont les feuilles sont très-larges et de beaucoup préférables à celles du Multicaule. Sa rusticité est au moins égale à celle du Mûrier blanc ordinaire. Il se reproduit très-bien de graines semées au printemps.

On élève les Mûriers en baliveaux ou en touffes, dont on peut faire des haies qui, bien conduites, produiront beaucoup de feuilles.

Il est préférable de couper les branches dont on veut prendre les feuilles pour la nourriture des vers; mais il faut avoir soin de laisser toutes les petites branches, et de n'en pas détacher les feuilles, afin de ne pas intercepter complétement la circulation de la séve. À la fin de juin ou au commencement de juillet, enfin aussitôt qu'on aura fini de nourrir les vers, on taillera immédiatement les Mûriers, afin que les pousses qui se développeront à la séve d'août prennent assez de force pour résister aux gelées.

Néflier (Mespilus Germanica).—Les Néfliers réussissent très-bien partout, même dans les terrains très-frais. On les plantera en automne, à moins que la nature du sol ne le permette pas; comme les fruits viennent à l'extrémité des branches, ces arbres ne doivent pas être taillés; il serait d'ailleurs impossible de leur donner une forme régulière.

On plantera de préférence le Néflier à gros fruits.

Il faut cueillir les fruits en octobre et novembre, et les étendre sur la paille ou sur des tablettes, où ils mûrissent.

Noisetier (Corylus).—Les Noisetiers sont très-rustiques, et doivent être plantés en automne; ils viennent dans tous les terrains et à toutes les expositions. On les élève en touffes ou à tiges, et ils fructifient aussi bien dans un cas que dans l'autre.

Les fruits mûrissent en août et septembre, et tombent aussitôt après leur maturité.

Plusieurs espèces ne sont cultivées que pour l'ornement des jardins d'agrément.

Variétés.—Noisetier à fruit rouge, — N. grosse aveline de Provence, — N. avelinier rouge, — N. à fruits en grappes.

Noyer (Juglans regia).—Les Noyers méritent sous plusieurs rapports d'être cultivés; cependant on leur accorde rarement une place dans les jardins, à cause de l'espace qu'ils couvrent (il faut entre les pieds au moins 20 ou 30 mètres) et de l'étendue de leurs racines, qui épuisent la terre et nuisent beaucoup aux cultures environnantes. Ils aiment une terre douce, substantielle et profonde. Ils supportent assez bien la transplantation lorsqu'ils sont jeunes et qu'on y apporte beaucoup de soin; il faut surtout éviter de rabattre en les plantant, ce qui nuirait beaucoup à leur élévation.

Il y a avantage à les semer en place. Dans ce cas, il faut choisir les noix les plus belles et les plus mûres de la variété que l'on veut semer, et à l'automne on les met en terre ou bien on les fait stratifier dans du sable pour ne les semer qu'au printemps. Ils fructifieront au bout de six à huit ans de semis.

Si l'on voulait changer la variété que l'on a semée, ou si l'on craignait qu'elle ne se reproduisît pas identiquement lorsque les sujets auront atteint environ 1 mètre de hauteur et 0m,03 de diamètre, il faudra, au printemps, les greffer, soit en fente, soit en anneau; ils prendront alors un peu moins de développement.

Les Noyers n'ont pas besoin d'être taillés; seulement, quand ils sont vieux, il arrive souvent que l'extrémité des branches meurt; il faut alors les rabattre à environ 0m,60 du tronc, et il se forme une nouvelle tête.

Variétés.—Noyer à coque tendre, — N. tardif,— N. à bijoux (pour la grosseur des fruits).

Il y a une nouvelle espèce très-intéressante, connue sous le nom de Juglans præparturiens. Elle s'élève peu et donne des fruits de bonne qualité dès la seconde année de semis.

Les noyers mûrissent leurs fruits vers la fin de septembre ou le commencement d'octobre; mais on peut les manger en cerneaux dès la fin de juillet.

On cultive aussi comme arbres d'ornement plusieurs espèces de Noyers d'Amérique.

Pêcher (Amygdalus Persica)[11].—Dans les terrains profonds, on plantera de préférence des Pêchers greffés sur Amandier; mais dans ceux qui n'ont qu'une couche peu épaisse de bonne terre, et dont le fond serait de tuf ou de glaise, il faut planter des arbres greffés sur Prunier, car ils ont des racines traçantes qui se contentent d'une terre moins profonde.

On peut établir des espaliers de Pêchers à toutes les expositions; seulement, au nord et à l'ouest, on plantera des variétés hâtives, et on leur donnera un peu moins d'écartement qu'aux autres expositions. La distance ordinaire est de 8 à 10 mètres, suivant la forme qu'on leur donne et la nature du terrain. On peut planter dans l'intervalle un Poirier, qui donne des fruits en attendant que le développement des Pêchers en amène la suppression.

Il est presque toujours préférable de planter des Pêchers greffés de dix-huit mois; ils ont, avec un concours de circonstances favorables, plus de chances de succès que ceux qu'on plante tout formés, c'est-à-dire ayant déjà subi plusieurs tailles. Il faut avoir soin, en plantant, de placer les plus fortes racines par devant, et il faut que le collet de l'arbre soit à environ 0m,15 du mur sur lequel la tige est inclinée.

(Pour l'époque de la plantation et les autres précautions, voir l'article Plantation, page [182].)

Pour entretenir la vigueur des arbres, il est nécessaire de fumer la plate-bande où sont les Pêchers; mais il n'est pas possible de déterminer le temps qui doit s'écouler entre deux fumures, car cela dépend de la nature du terrain. On emploiera de préférence des terres neuves, des gazons ou des fumiers à moitié consommés. Dans les années où il sera nécessaire de fumer les Pêchers, il faudra les tailler plus long, et chaque année, après la taille, il faudra donner un binage au pied des arbres.

En juillet et août, à l'aide de la pompe à main, on arrosera les feuilles des Pêchers. Cette opération est très-utile; mais elle ne doit se faire que lorsque le soleil ne donne plus sur l'espalier.

La température élevée de cette époque oblige souvent d'arroser le pied des Pêchers; on doit alors donner un binage et former autour de chaque arbre un bassin qu'on remplira de fumier court, qui conserve plus longtemps l'humidité.

Il faut, aussitôt après la plantation, fixer d'une manière positive la forme sous laquelle on veut élever ses Pêchers; et, sans nous arrêter à discuter les avantages et les inconvénients des autres modes de culture, nous nous bornerons à indiquer celui qui est en usage à Montreuil, comme le plus simple et l'un des plus avantageux. Pour arriver à un bon résultat, nous conseillons de tracer un quart de cercle sur le mur (fig. [17]), où nous indiquerons chaque année la place que les branches principales devront occuper suivant leur développement.

Première année. On coupera après la plantation la tige des jeunes Pêchers dont nous recommandons l'emploi à 0m,15 ou 0m,20 au-dessus de la greffe. Ce qui détermine le développement de plusieurs bourgeons.

Ébourgeonnage.—Quand les bourgeons auront de 0m,25 à 0m,30 de longueur, on choisira les deux plus vigoureux, un de chaque côté, pour former les deux branches mères b (fig. [14]), puis on supprimera les autres.

Palissage.—Dans la crainte qu'elles ne soient cassées, on les attachera, mais de manière à ne pas les gêner dans leur développement. Si l'un des deux bourgeons était plus vigoureux que l'autre, il faudrait l'incliner davantage, afin de rétablir l'équilibre de la séve, principe dont il ne faudra jamais s'écarter; car de là dépend tout l'avenir de l'arbre.

Deuxième année.—En février, c'est-à-dire lorsque la séve commence à gonfler les boutons, et non pas lorsqu'ils sont en fleur, comme quelques personnes le conseillent, après avoir dépalissé l'arbre, ou devra nettoyer le mur ainsi que les membres sur lesquels on trouverait des gallinsectes, ce qu'il faudra faire chaque année; après quoi on coupera le chicot a (fig. [14]), et on couvrira la plaie avec de la cire à greffer.

Les branches mères b seront taillées à 0m,35 ou 0m,40 de longueur, selon la forme de l'arbre immédiatement au-dessus de l'œil destiné à prolonger les branches. À défaut de l'œil de devant, on peut prendre celui de dessus, ce qui devra être observé à chaque taille. Arrivé à ce point, le développement des branches mères permet d'établir une branche sous-mère inférieure de chaque côté de l'arbre, au moyen des yeux latéraux placés à la base des branches mères.

Fig. 14.—Pêcher, 2e année.

Lorsqu'on attachera les deux branches mères b, on leur donnera environ 10 degrés d'ouverture.

Ébourgeonnage.—Dans le courant de mai, on enlèvera avec l'ongle, ou bien avec la pointe d'une serpette, tous les bourgeons qui se trouvent trop rapprochés les uns des autres, ceux qui font double et triple emploi par suite du développement des yeux, doubles et triples, si nombreux sur les Pêchers; ceux placés sur le devant ou le derrière des branches; tous ceux, enfin, qu'il faudrait supprimer à la taille afin de favoriser tout spécialement le développement des bourgeons qui doivent fournir les secondes branches sous-mères inférieures.

Forcé de faire un choix, on supprimera de préférence le bourgeon du milieu des yeux triples, qui, toujours plus vigoureux que les autres, pourrait être plus tard une cause d'embarras. Quant aux autres bourgeons, on ne conservera, dans un cas comme dans l'autre, que le mieux placé des deux.

La raison qui fait supprimer le bourgeon le plus vigoureux des yeux ordinaires fait que l'on doit conserver ce même bourgeon en ébourgeonnant l'œil terminal de chaque branche; car, destiné à prolonger la branche, ce bourgeon doit toujours dominer les autres.

Plus tard, on supprimera également les faux bourgeons, et l'on pincera au-dessus de la septième ou huitième feuille ceux que l'on croira devoir conserver.

À partir de l'époque ci-dessus indiquée, on continue l'ébourgeonnage successivement jusqu'en juillet, puis on pince avec l'ongle l'extrémité de tous les bourgeons dont il est nécessaire de modérer le développement.

Palissage.—À mesure que les bourgeons se développeront, on les palissera; mais cette opération nécessite beaucoup de soin, car les bourgeons sont tellement tendres qu'ils cassent net si l'on ne prend beaucoup de précautions pour les amener à la place qu'ils doivent occuper. On leur donnera toujours la position la plus directe possible, afin que la circulation de la séve ne soit ralentie par aucun obstacle, et il faut toujours éviter de croiser les bourgeons l'un sur l'autre.

Troisième année.—À l'époque de la taille, et avant de dépalisser l'arbre, on examinera la végétation de chaque membre, et l'on jugera s'il ne serait pas nécessaire, en taillant, de rétablir l'équilibre de la séve dans le cas où un membre serait beaucoup plus vigoureux que l'autre.

On coupera les branches mères b (fig. [15]) à peu près à 0m,40 ou 0m,50 de longueur, suivant leur vigueur, en ayant soin que l'œil sur lequel on taillera soit placé de manière à les prolonger le plus directement possible, ce qu'il faudra observer à chaque taille et pour chaque branche.

Fig. 15.—Pêcher, 3e année.

On taillera les branches sous-mères selon leur force, mais toujours un peu plus longues que les branches mères; tous les bourgeons de l'année précédente, qui garnissent les branches à bois, seront taillés à deux ou trois yeux de leur insertion, afin d'avoir l'année suivante autant de branches fruitières que la vigueur de l'arbre permettra d'en laisser; puis on supprimera tous les bourgeons qui seraient mal placés.

Si les bourgeons placés à la base des branches mères sont très-vigoureux, il faudra les tailler court, afin de déterminer le développement des branches à fruits; mais dans le cas contraire, on les taillera à cinq ou six yeux.

On donnera aux branches mères, en les rattachant, environ 25 à 30 degrés d'ouverture, si elles sont de même force; dans le cas contraire, il faudrait donner une position plus verticale à la moins vigoureuse, ce qu'il faudra encore observer chaque année.

Ébourgeonnage.—On enlèvera les bourgeons et les faux bourgeons qui seraient mal placés, en prenant les mêmes précautions que l'année précédente.

On favorisera le développement des bourgeons placés à la base des branches mères, qui doivent fournir les premières branches sous-mères supérieures; ce qu'il faudra également faire, pour les bourgeons des branches fruitières les plus rapprochés de la branche principale: car ce sont eux qui doivent, à la taille suivante, remplacer les branches fruitières; pour le reste de l'ébourgeonnage, il faudra observer ce qui a déjà été dit.

Palissage.—Lorsque les bourgeons auront environ de 0m,25 à 0m,30 de longueur, on les palissera, en commençant toujours par les plus vigoureux.

Quatrième année.—Après avoir, comme chaque année, dépalissé l'arbre, on taillera plus ou moins longues, suivant leur vigueur, l'extrémité des branches mères b (fig. [16]), au point 3, par exemple.

On taillera également les branches sous-mères inférieures suivant leur force, et toujours sur l'œil le plus favorable à leur prolongement; on rabattra les branches fruitières sur celles de remplacement, qui devront toujours être les plus rapprochées possible des branches principales, de manière que ces dernières semblent toujours être rajeunies par des pousses nouvelles; puis on taillera les branches de remplacement, pour porter fruit, à cinq ou six yeux, selon leur force et la vigueur de l'arbre, mais toujours dans le but d'obtenir un bourgeon de remplacement le plus près possible de leur insertion. Quant aux faux bourgeons, il faut, comme toujours, les tailler à deux ou trois yeux....

On rattachera les branches mères, auxquelles on donnera environ 35 à 40 degrés d'ouverture, en ayant toujours soin d'observer ce qui a été dit à ce sujet pour l'année précédente.

Ébourgeonnage.—Il faudra surveiller les branches à bois qui tendraient à s'établir là où il ne doit jamais y avoir que des branches à fruits; il faut s'attacher surtout à favoriser le développement des bourgeons, qui doivent fournir les secondes branches sous-mères supérieures et les branches de bifurcation, ainsi que les bourgeons destinés à former les branches de remplacement.

Fig. 16. Pêcher, 4e année.

On aura soin de pincer les bourgeons à fruits; s'il n'y a pas de fruits, ou qu'ils soient tombés avant la maturité, il faudra rabattre ces bourgeons immédiatement sur le bourgeon de remplacement, à moins cependant que l'un d'eux ne soit trop vigoureux; car alors il serait préférable de ne le rapprocher qu'à la taille.

Pour le reste de cette opération, on peut se reporter à tout ce qui a été dit relativement à l'ébourgeonnement de la seconde année.

Il faut surtout pincer à propos les bourgeons qui, par leur vigueur, menaceraient de devenir ce que l'on nomme des gourmands.

Palissage.—Le palissage sera fait d'après les mêmes principes, et successivement, comme les années précédentes.

Comme l'arbre devra porter des fruits, il faudra, aux approches de la maturité, les découvrir, mais progressivement, précaution qu'on devra toujours avoir.

Cinquième année.—Le but de la taille de cette année est d'étendre et de fortifier toutes les parties de l'arbre (fig. [17]).

On raccourcira les rameaux terminaux d'après les mêmes principes que pour les tailles précédentes, et, en taillant les branches fruitières, on y laissera du fruit suivant leur vigueur et la santé de l'arbre; on taillera les faux bourgeons à deux ou trois yeux, comme les années précédentes, et on donnera aux branches mères environ 45 à 50 degrés d'ouverture.

On favorisera le prolongement des branches de bifurcation e, f, ainsi que celui des bourgeons g, dont on pourra faire par la suite de nouvelles branches de bifurcation.

Enfin, par l'ébourgeonnement des jeunes pousses et par celui des faux bourgeons mal placés, par le pincement et le palissage, on maintiendra ou l'on ramènera toutes les parties de l'arbre à un parfait équilibre de végétation.

À mesure que l'arbre avancera en âge, la taille et les autres opérations deviendront plus compliquées, mais les principes seront toujours les mêmes; on établira successivement des branches de bifurcation, pour remplir les intervalles, et il faudra toujours avoir soin de conserver aux branches mères, ainsi qu'à toutes les autres, les proportions relatives à leurs diverses fonctions.

Fig. 17.—Pêcher, 5e année.

Pêcher en U.

Les pêchers élevés sous cette forme conviennent tout particulièrement aux personnes qui veulent avoir des murs promptement garnis. Plantés à un mètre les uns des autres, ces pêchers peuvent sans exiger de soins particuliers fructifier abondamment dès la troisième année.

Fig. 18.—Pêchers en U.

Comme tous les arbres cultivés en espalier, les pêchers en U doivent être rabattus après la plantation à 0m,15 ou 0m,20 au-dessus de la greffe, afin de favoriser le développement des bourgeons destinés à fournir les deux mères branches. Pendant le cours de leur végétation, ces deux bourgeons seront dirigés de manière à figurer un U simple ou double (fig. [18]), en ayant soin toutefois de laisser les extrémités libres, afin qu'elles ne soient pas gênées dans leur développement. Arrivés à ce point, les pêchers en U sont tout aussi faciles à diriger que les pêchers obliques, sur lesquels ils ont véritablement un avantage marqué.

De la culture forcée du Pêcher.—On peut facilement avancer la maturité des Pêchers en espalier, surtout des variétés hâtives; et, pour être plus certain du succès de l'opération, on avancera de préférence ceux qui sont placés à l'est ou à l'ouest.

Fig. 19.—Serre à forcer.

En janvier, on placera devant les Pêchers une petite serre mobile, couverte par des châssis de 2 mètres de longueur, supportés par des chevrons dont le haut sera scellé dans le mur, et qui porteront en bas sur un soubassement de planches qui aura 0m,85 de hauteur, ce qui produira intérieurement 0m,90, espace suffisant pour donner les soins nécessaires, qui, au reste, sont absolument les mêmes que ceux qui ont été indiqués plus haut.

Après avoir taillé les arbres, on commencera à leur donner une température de 12 degrés; puis, progressivement, on augmentera jusqu'à 18 degrés, mais pas plus; et comme au moment du soleil la chaleur sera beaucoup plus élevée, on donnera de l'air; pendant la nuit on couvrira la serre avec des paillassons, on seringuera les feuilles au besoin; et comme les fruits sont ordinairement plus nombreux qu'en plein air, il est souvent nécessaire d'en supprimer quelques-uns, afin de ne point épuiser les arbres. Après la maturité, qui a lieu en avril, on enlève les châssis.

Ordinairement, on laisse une année ou deux de repos aux Pêchers qui ont été forcés; mais nous dirons que l'on peut sans inconvénient recommencer cette opération l'année suivante.

Variétés.—Avant-Pêche blanche, — Petite Mignonne, — Grosse Mignonne, — Malte, — Madeleine, — Chevreuse, — Chevreuse tardive, — Admirable Belle de Vitry, — Brugnon musqué, — Madeleine rouge tardive, — Alberge jaune, — Galande, — Vineuse pourpre hâtive, — Madeleine de Courson, — Violette hâtive, — Veloutée tardive, — Téton de Vénus, — Bourdine, — Bon ouvrier, — Pourprée tardive, — Belle de Doué, — Reine des vergers.

Poirier (Pyrus).—Plantation.—Les Poiriers greffés sur Coignassier réussissent dans presque tous les terrains, même dans ceux qui ont peu de profondeur, pourvu cependant qu'ils ne soient pas glaiseux ou humides; car alors, malgré tous les soins, ils périraient au bout de quelques années. Toutes les fois que l'on aura à planter dans un terrain profond, il sera préférable de planter des Poiriers greffés sur franc, parce qu'ils sont beaucoup plus robustes.

C'est à tort que l'on dit que ces arbres sont trop lents à se mettre à fruit, parce qu'ils poussent trop vigoureusement; car si, par une taille bien raisonnée et proportionnée à la force des arbres, on établit une égale répartition de séve dans tous les membres, on parviendra souvent à les faire fructifier dès les premières années; une fois que ces arbres sont à fruit, ils en donnent abondamment, et vivent très-vieux. Si l'on plante des Poiriers greffés sur Coignassier, on prendra des arbres de dix-huit ou vingt mois de greffe; mais s'ils sont greffés sur franc, comme ils poussent beaucoup plus vigoureusement, on peut quelquefois les planter greffés de l'année. Nous conseillons, pour planter dans les plates-bandes, de prendre des Poiriers élevés en quenouille; car, dans cette position, c'est réellement la forme la plus avantageuse, en ce qu'elle occupe peu de place et produits beaucoup de fruits. Il faut mettre entre deux pieds un Pommier ou un Poirier nain, que l'on taillera en gobelet. Il faudrait alors les planter à environ 4 ou 5 mètres l'un de l'autre.

1. Poiriers en quenouille.

Fig. 20.—Poirier en quenouille.

Taille.—La première année, on taillera le rameau terminal à sept ou huit yeux, selon la vigueur de l'arbre, afin d'obtenir trois ou quatre nouveaux membres. On aura soin de tailler sur l'œil placé le plus favorablement, pour prolonger la tige le plus verticalement possible (fig. [20]).

On taillera aussi le rameau terminal de chaque rameau sur un œil placé de manière à prolonger le bras horizontalement. Les bras inférieurs étant les plus âgés, ils seront plus allongés que ceux qui sont placés au-dessus, et il faudra à chaque taille avoir soin de leur conserver les mêmes proportions. On enlèvera sur chaque membre les rameaux qui se trouveraient placés dessus et dessous, puis on taillera à environ 0m,03 de longueur ceux qui ne sont pas nécessaires à la forme de l'arbre. Ce sont les jeux inférieurs de ces rameaux qui donneront naissance aux brindilles. S'il se trouvait quelques lambourdes terminées par un bouton à fleur, il ne faudra pas les tailler, car on se priverait de quelques fruits.

Si, à la place où il est indispensable d'établir un membre pour compléter la régularité de l'arbre, il ne se trouvait pas de bourgeon pour le former, on pourra facilement en obtenir un, soit en posant un écusson, soit en cernant l'œil le plus rapproché de la place où l'on a besoin d'un membre, ce qui doit se faire de la manière suivante. À l'époque de la taille, on fait une incision transversale immédiatement au-dessus, puis une seconde à 0m,02 ou 0m,03 au-dessus de la première, enfin plus ou moins, selon la force qu'on veut donner au bourgeon. Ensuite, partant de la seconde incision, on fait à 0m,02 ou 0m,03 de chaque côté de l'œil une incision longitudinale, puis on enlève la portion d'écorce qui se trouve entre les deux incisions transversales. Ainsi cerné, l'œil se développe avec autant de vigueur que si l'on avait supprimé toute la partie qui est au-dessus.

Cette opération peut être pratiquée avec succès non-seulement sur la tige, mais encore sur tous les membres d'un arbre sur lequel il y a des vides à remplir.

Ébourgeonnage.—Pour favoriser le développement du bourgeon terminal, on pincera très-courtes deux ou trois bourgeons qui en sont les plus rapprochés, à moins que le premier n'ait fourni une pousse trop faible; il faudrait alors le remplacer par le plus vigoureux et le plus rapproché de l'extrémité. On choisira parmi les autres les mieux placés pour en former des membres à la taille suivante, en observant toujours qu'ils ne doivent jamais être placé juste au-dessus de ceux de l'année précédente; car les membres d'une quenouille doivent être disposés de manière que, partant de l'insertion du premier membre, les autres tournent en spirale autour de la tige. On pincera également les deux ou trois bourgeons les plus rapprochés du rameau terminal de chaque bras, et on enlèvera sur chaque membre tous les bourgeons qui naîtront dessus et dessous. On pincera, sur les membres de l'année précédente, les bourgeons qui poussent trop vigoureusement; puis on taillera des brindilles à 0m,16 ou 0m,18 de longueur. La taille des rameaux terminaux sera proportionnée à la vigueur de l'arbre, et l'on taillera toujours sur l'œil le mieux placé pour les prolonger suivant leur position. Les autres rameaux seront taillés à environ 0m,05, même ceux qui ont été pincés à l'ébourgeonnage; les brindilles qui ont donné du fruit le seront à 0m,12 ou 0m,15, et si celles qui ont été rompues à l'ébourgeonnage avaient poussé, il faudrait les tailler au-dessus de la pousse.

On protégera successivement l'établissement des branches fruitières, et l'on surveillera celles qui pousseraient trop vigoureusement, de manière qu'il ne puisse se former de gourmands sur aucune partie de l'arbre; enfin, on traitera les quenouilles la seconde année comme on les a traitées la première, et ainsi de suite; seulement, à chaque taille, les opérations deviendront plus compliquées.

Comme souvent il arrive que les membres d'une quenouille tendent à s'élever verticalement, ce qui est non-seulement contraire aux principes, mais encore préjudiciable au développement ultérieur de l'arbre (car alors ces membres poussent avec une telle vigueur qu'ils absorbent une forte partie de la séve nécessaire à la végétation des autres membres), il faut, dans cette circonstance, chercher le moyen de remédier à un pareil état de choses. Souvent on a recours à de petits arcs-boutants; mais comme ce moyen présente beaucoup de difficultés et de graves inconvénients, nous allons faire connaître un procédé communiqué à la Société centrale d'horticulture par M. Chevalier Gérolme: «J'ai placé quatre piquets au pied de chaque pyramide, avec une encoche de 0m,028 à la tête de chacun; j'y ai attaché un cercle avec de fil du fer à 0m,081 d'élévation du sol, afin de pouvoir biner et nettoyer. Avec ce simple appareil, que j'appelle treillage horizontal, et qui m'offre les ressources d'un mur à la Montreuil, je deviens maître de mon arbre. Muni d'une grande quantité de loques en cuir percées aux deux bouts et d'une botte d'osier, je prends la branche à incliner, petite ou grosse, courte ou longue, n'importe; à l'endroit convenable je la cerne de ma loque, que je ferme avec l'un des bouts d'un brin d'osier, dont je viens arrêter l'autre sur le cercle à la place que réclame l'inflexion de la branche ou le vide de l'arbre. Avec ce procédé, j'ai pu rectifier mille irrégularités indépendantes de la taille, comme proportionner les espaces, détruire la confusion qui existe toujours dans les pyramides, faciliter la circulation de l'air, le mouvement de la lumière; en un mot, satisfaire à toutes les conditions de développement et d'équilibre qui jusqu'alors n'avaient point été remplies.»

2. Poiriers en espalier.

Pour former un espalier de Poiriers on prendra des arbres nains, jeunes et vigoureux, et on les plantera de préférence à l'est ou à l'ouest. On peut les élever sous plusieurs formes, mais nous considérons celles en éventail (fig. [21]) et en palmette (fig. [22] et fig. [23]) comme les plus faciles à diriger et les plus avantageuses. Les Poiriers que l'on veut former en éventail seront plantés à 5m,33, 6m,66 ou 8 mètres l'un de l'autre, selon la nature du terrain et la hauteur des murs, et l'on donnera la préférence aux arbres greffés de l'année. On les rabattra de manière à obtenir cinq bourgeons de chaque côté pour former la charpente de l'arbre.

Fig. 21.—Poirier en éventail.

Si la première année, l'on n'obtenait pas le nombre de bourgeons nécessaire pour former l'arbre, il faudrait diriger verticalement le bourgeon terminal pour prolonger la tige, et l'année suivante on le rabattra de manière à obtenir les membres a, b, c, d, e. À mesure que les bourgeons se développeront, on les palissera, en les plaçant aussi parallèlement que possible et à égale distance l'un de l'autre. On pincera l'extrémité de ceux qui pousseraient plus vigoureusement que les autres, de telle sorte que chaque membre ait une végétation à peu près égale. On pincera aussi très-court les bourgeons placés devant et derrière les branches, pour les démonter par suite de la taille.

Par l'ébourgeonnage, on favorisera le prolongement du bourgeon terminal de chaque membre, et l'on pincera très-court tous ceux qui sont mal placés. Aux tailles suivantes, on établira sur chaque membre successivement, et selon le besoin, des branches de bifurcation, f, g, h, i (fig. [21]), pour remplir les intervalles.

Pour compléter la régularité des Poiriers cultivés en espalier, on peut, indépendamment de ce que nous avons indiqué pour ceux qui sont élevés en quenouille, avoir recours à la greffe par approche, ce qui doit se faire de la manière suivante. À l'époque où les bourgeons sont encore il l'état herbacé, on choisit le plus rapproché de la place où l'on a besoin d'établir un membre, on l'abaisse avec précaution afin de ne pas le rompre, et, après avoir fait une plaie longitudinale sur chaque partie, on les applique l'une sur l'autre, puis on les maintient dans cette position au moyen d'une ligature que l'on desserre aussitôt après la reprise de la greffe; lorsque le bourgeon est arrivé à l'état ligneux, on fait une entaille à mi-bois, juste au-dessous de la greffe, mais on ne sèvre complétement celle-ci qu'à l'époque de la taille. On peut sans inconvénient placer sur le même arbre autant de greffes qu'il est nécessaire; ce que nous avons été à même d'observer sur un espalier de Poiriers confié aux soins de M. Fourquet, habile horticulteur, qui, à l'aide de la greffe par approche, est parvenu en très-peu de temps à donner une forme régulière à des Poiriers dont les membres étaient dans un désordre complet.

Si l'on plantait des arbres ayant déjà le nombre de branches nécessaire pour les former, il faudrait tailler toutes les branches bien placées à environ 0m,04 et sur un œil disposé de manière à prolonger le membre dans la direction voulue d'après la forme de l'arbre. On démontera les autres, en ayant toujours soin de conserver les lambourdes et les brindilles.

Fig. 22.—Poiriers en palmette.

On plantera, à 5 ou 6 mètres l'un de l'autre, ceux que l'on destine à être élevés en palmette; on rabattra la tige de manière à obtenir à droite et à gauche quelques bourgeons, dont on formera les premiers membres a (fig. [22]), en les établissant à environ 0m,30 à 0m,35 les uns au-dessus des autres. Ceux de droite doivent alterner, autant que possible, avec ceux de gauche; en les palissant, il faut les incliner plus ou moins, suivant que l'on voudra favoriser le développement de l'un ou restreindre celui de l'autre. Les années suivantes, on les abaissera davantage, mais en observant qu'ils ne doivent jamais être placés horizontalement. On guidera verticalement le bourgeon qui sert à prolonger la tige, et l'on pincera les bourgeons mal placés; puis, les années suivantes, on taillera le rameau vertical de manière à obtenir chaque année deux branches latérales, jusqu'à ce que l'arbre soit arrivé à garnir le mur dans toute sa hauteur. On taillera les bras à environ 0m,15 à 0m,18 de longueur, suivant leur force et leur position, mais toujours sur un œil placé de manière à les prolonger le plus directement possible. S'il arrivait qu'un bourgeon de prolongement fût beaucoup plus vigoureux que l'autre, il faudrait, au palissage, l'incliner plus que les autres, de manière à rétablir l'équilibre.

Fig. 23.—Poirier en palmette à double tige.

L'éducation des Poiriers élevés sous la forme de palmette à double tige (fig. [23]) doit avoir lieu d'après les principes suivis pour la palmette à tige simple.

Cette forme est adoptée maintenant par le plus grand nombre de cultivateurs de Poiriers, qui la préfèrent à toutes les autres.

Les Poiriers à tiges seront plantés à 5 ou 6 mètres l'un de l'autre, et, pendant les premières années, ils devront être taillés de manière que les branches qui doivent former la charpente de l'arbre soient également espacées. On surveillera leur développement pour favoriser celles qui seraient les moins vigoureuses, jusqu'à l'époque où les arbres pourront être abandonnés à eux-mêmes, c'est-à-dire environ deux ans après.

Lorsque les Poiriers sont très-vieux ou épuisés au point de ne plus produire de fruits, on peut encore en tirer un bon parti en les rabattant et en les greffant en couronne. (Voir l'article Greffe, p. [67].) On pose plus ou moins de greffes, suivant la force de l'arbre; puis, lorsqu'elles sont bien reprises, on choisit les plus vigoureuses pour en former la nouvelle charpente.

Liste des meilleures variétés de poires admises par le Congrès pomologique.

Adèle de Saint-Denis (Adèle de Saint-Céras, baronne de Mello). Fertile; moyen; bon; octobre[12].

Beau présent d'Artois (Présent royal de Naples). Très-fertile; gros; assez bon; commencement de septembre. (Entre-cueillir.)

Bergamote d'Angleterre (Gansel's bergamote, Bezy de Caissoy par plusieurs pépiniéristes.) Fertile; moyen; bon; septembre, octobre. (Greffer sur franc.)

Bergamote Esperen. Très-fertile; moyen; très-bon; mars, mai.

Beurré Beaumont (Beurré de Beaumont, Bezy Waët, Bezy de Saint-Waast, Belmont, Beymont). Fertile; moyen; bon; janvier.

Beurré Capiaumont (Beurré aurore). Très-fertile; moyen; bon; octobre. (Greffer sur franc; très-bon cuit.)

Beurré Clairgeau. Très-fertile; gros ou très-gros; bon; novembre, décembre.

Beurré d'Amanlis, Beurré d'Amanlis panaché (Wilhelmine, Hubard, Duchesse de Brabant, Poire Delbert ou d'Albert, Poire kessoise). Très-fertile; gros; septembre.

Beurré d'Aremberg (Orpheline d'Enghien, Colmar Deschamps, Beurré Deschamps, Beurré des orphelins, Délices des orphelins). Très-fertile; moyen; très-bon; décembre, janvier. (Greffer sur franc.)

Beurré d'Anjou (Ne plus Meuris, Nec plus Muris). Peu fertile; assez gros; très-bon; décembre.

Beurré Davy (Beurré Spence, Beurré de Bourgogne, Beurré Saint-Amour, Belle de Flandre ou des Flandres, Nouvelle gagnée à Heuze, Beurré des bois, Fondante des bois, Boss père, Poire des bois, Boss pear, Beurré d'Elberg, Beurré Davis, B. Foidart). Fertile; gros ou très-gros; bon; octobre.

Beurré d'Ardenpont (Beurré d'Arenberg par erreur, Glou morceau, Goulu morceau de Cambron, Beurré de Kent, Beurré Lombard, Beurré de Cambronne). Fertile; gros; très-bon; janvier.

Beurré Diel (Beurré magnifique, Beurré incomparable, Beurré royal, Beurré des trois tours, Dry Toren, Melon de Knops, Poire melon, Graciole d'hiver, Fourcroy, Dorothée). Fertile; gros; très-bon; novembre, décembre. (Recommandé.)

Beurré Giffart. Fertile; moyen; très-bon; fin juillet.

Beurré Picquery (Urbaniste, Louis Dupont, Beurré Drapiez, Louise d'Orléans, Serrurier d'automne, Vergaline musquée). Peu fertile; moyen; très-bon; octobre, novembre.

Beurré Quetelet (Beurré Dumortier). Très-fertile; moyen; très-bon; septembre, octobre.

Bezy de Montigny (Non pas Doyenné musqué, vulgairement nommé Bezy de Montigny). Très-fertile; moyen; bon; septembre.

Bon Chrétien Napoléon (Liard, Médaille, Mabille, Captif de Sainte-Hélène, Charles d'Autriche, Charles X, Beurré Napoléon, Bonaparte, Gloire de l'Empereur, Napoléon d'hiver). Très-fertile; assez gros; très-bon; octobre, novembre.

Bon Chrétien William (Bartlett de Boston, de Lavault). Très-fertile; gros ou très-gros; très-bon; septembre.

Bonne d'Ézée (Belle ou Bonne des Zées, Belle et Bonne des haies). Très-fertile; gros; bon; septembre.

Calebasse Monstre (Calebasse Carafon, Calebasse royale, Calebasse monstrueuse du Nord, Van Marum, Triomphe de Hasselt). Très-fertile; très-gros; assez bon; octobre. (Greffer sur franc.)

Colmar d'Arenberg (Kartoffel). Très-fertile; très-gros; assez bon; novembre.

Délices d'Hardenpont d'Angers (Poire-Pomme de Racqueingheim). Très-fertile; moyen; très-bon; novembre, décembre.

Doyenné Boussoch (Beurré de Mérode, Double Philippe, Nouvelle Boussoch); Fertile; gros; bon; septembre.

Doyenné d'hiver (Bergamote de la Pentecôte, Seigneur d'hiver, Doyenné de ou du Printemps, Dorothée royale, Poire Fourcroy, Canning d'hiver, Merveille de la nature, Pastorale d'hiver, Poire du Pâtre, Beurré roupé). Très-fertile; gros; bon; janvier, mai.

Duchesse d'Angoulême (Poire de Pézénas, des Éparonnais, Duchesse). Très-fertile; très-gros; bon; octobre, novembre.

Duchesse de Berri d'été. Assez fertile; moyen; très-bon; fin août.

Épine du Mas (Belle Épine Dumas, Colmar du Lot, Duc de Bordeaux, Épine de Rochechouart, C. de Limoges). Fertile; moyen; bon; novembre.

Figue (Figue d'Alençon, Figue d'hiver, Bonissime de la Sarthe). Fertile; assez gros; très-bon; novembre, décembre.

Fondante de Charneux (Beurré ou Fondante des Charneuses, Duc de Brabant (Van Mons), Miel de Waterloo. Fertile; assez gros; très-bon; octobre. (Greffer sur franc.)

Fondante de Noël (Belle ou Bonne de Noël, Belle ou Bonne après Noël, Souvenir d'Esperen). Fertile; moyen; bon; décembre.

Jalousie de Fontenay (Jalousie de Fontenay-Vendée, Belle d'Esquermes). Très-fertile; assez gros; très-bon; septembre.

Louise Bonne d'Avranches (Louise de Jersey, Bonne ou Beurré d'Avranches, Bergamote d'Avranches, Bonne de Longueval). Très-fertile; assez gros; très-bon; septembre.

Marie-Louise Delcourt (Marie-Louise Nova, Marie-Louise Nouvelle, Van Donkelaer, Vandonckelaër, Marie-Louise Van Mons). Très-fertile; moyen ou assez gros; très bon: octobre, novembre.

Nouveau Poiteau (Tombe de l'amateur). Fertile; gros; bon; novembre. (Blettit avant de jaunir.)

Passe-Colmar (Passe-Colmar gris, Passe-Colmar nouveau, Passe-Colmar ordinaire). Très-fertile; moyen; très-bon; décembre, février.

Rousselet d'août (Gros Rousselet d'août, Van Mons). Très-fertile; moyen; très-bon; août.

Saint-Michel-Archange. Fertile; assez gros; très-bon; octobre.

Saint-Nicolas (Duchesse d'Orléans). Très-fertile; moyen; très-bon; septembre, octobre.

Seigneur (Esperen). (Seigneur d'Esperen, Bergamote Fiévée, Bergamote lucrative, Lucrate, Brésilière, Beurré lucratif. Fondante d'automne, Arbre superbe). Très-fertile; moyen; assez gros; très-bon; septembre, octobre.

Soldat laboureur. Fertile; assez gros; bon; octobre, décembre.

Suzette de Bavay. Très-fertile; petit; bon; février, avril.

Triomphe de Jodoigne. Fertile; gros ou très-gros; assez bon; décembre.

Van Mons (Van Mons de Léon Leclerc). Fertile; gros; très-bon; novembre. (Greffer sur franc.)

Poiriers spécialement pour espaliers.

Bergamote Crassane (Cressane, Cressane d'automne, Beurré plat). Fertile; moyen; très-bon; novembre. (Contre un mur et au soleil.)

Beurré gris (Beurré doré, Beurré d'Amboise, Beurré roux, Beurré d'Isambart, Beurré du Roi, Isambart le bon, Beurré de Terwerenne). Fertile; moyen et gros; très-bon; septembre et octobre. (Contre un mur, avec avant-toit; levant, couchant; peut s'élever en haute tige.)

Bezy de Chaumontel (Beurré de Chaumontel, Chaumontel, Beurré d'hiver). Assez fertile; moyen et gros; assez bon; janvier. (Peut aussi s'élever en pyramide.)

Bon Chrétien de Rans (Beurré de Rance, Beurré de Flandre, Beurré Noirchain, Beurré noire chair, Hardenpont de printemps, Beurré de Pentecôte). Assez fertile; assez gros; assez bon; janvier, mars. (Sur franc, contre un mur; bonne exposition.)

Doyenné blanc (Beurré blanc, par erreur, Saint-Michel, Bonne ente, Doyenné picté, de Neige, du Seigneur, Citron de septembre, etc.). Très-fertile; moyen; très-bon; octobre. (Sur franc, contre un mur avec avant-toit; nord, levant, couchant.)

Doyenné gris (Doyenné roux, Doyenné crotté, Doyenné galeux, Doyenné jaune, Saint-Michel gris, Neige grise). Très-fertile; moyen; très-bon; octobre, novembre. (Sur franc, contre un mur avec avant-toit; terre légère; levant, couchant, nord.)

Saint-Germain d'hiver (Inconnue Lafare, Saint-Germain gris, Saint-Germain vert). Fertile; assez gros; très-bon; novembre, mars. (Contre un mur au soleil.)

Variétés dont les fruits sont à cuire.

Belle Angevine (Angora, Bolivar, Comtesse ou Beauté de Terweren, Royale d'Angleterre, Duchesse de Berri d'hiver, Abbé Mongein, Très-grosse de Bruxelles). Assez fertile; énorme; assez bon fin d'hiver. (Pyramide, mieux en espalier, contre un mur au midi.)

Bon Chrétien d'hiver (Poire d'angoisse, Poire de Saint-Martin, Bon Chrétien de Tours). Assez fertile; gros; bon; mars, mai. Contre un mur à bonne exposition.

Catillac (Quenillat, Téton de Vénus, Gros-Gillot, Bon Chrétien d'Amiens, Grand Monarque, Monstrueuse des Landes, Chartreuse, Abbé Mongein). Très-fertile; très-gros; bon; février, mai. (Pyramide, mieux en espalier et haute tige.)

Certeau d'automne (Cuisse-Dame, par erreur). Très-fertile; moyen; très-bon; octobre, novembre. (Mieux en espalier et haute tige.)

Curé (Monsieur le Curé, de Monsieur, de Clio, Belle de Berri, Belle Andréanne ou Adrienne, Bon Papa, Pater Noster, Vicar of Wakefield, Belle Héloïse, Beurré Comice de Toulon, Belle Andréine). Fertile; gros; très-bon; novembre, janvier. (Pyramide, espalier, haute tige.)

Léon Leclerc. Fertile; gros; assez bon; mars, mai. (Pyramide; mieux, en espalier; sur franc; bonne exposition.)

Martin sec (Rousselet d'hiver). Assez fertile; petit; très-bon; décembre, janvier. (Mieux en haute tige.)

Messire-Jean (Mi-Sergent, Messire-Jean gris, Messire-Jean doré, Chaulis). Assez fertile; moyen; bon; novembre. (Mieux en tige.)

Poiriers spécialement pour haute tige (Arbres de verger).

Bergamote Sylvange (Poire Sylvange). Fertile; moyen; bon; novembre.

Beurré d'Angleterre (Bec d'Oie, Amande, Poire d'Amande, Poire anglaise, Saint-François, Poire des Finnois). Très-fertile; moyen; assez bon; septembre.

Beurré Goubault. Très-fertile; moyen; bon; septembre. (Entre-cueillir.)

Blanquet (Blanquet gros, Cramoisin, Cramoisine). Fertile; petit; assez bon; juillet. (Entre-cueillir.)

Citron des Carmes (Petite Madeleine, Saint-Jean). Très-fertile; petit; assez bon; juillet. (Entre-cueillir.)

Colmar Nélis (Nélis d'hiver, Bonne ou Fondante de Malines). Fertile; moyen; bon; novembre et décembre.

Doyenné de juillet (Roi Jolimont). Très-fertile; petit; très-bon; juillet. (Entre-cueillir.)

Épargne (Beau-Présent, Cuisse-Madame, Grosse Madeleine; Saint-Samson, Chopine, Beurré de Paris, Cueillette, de la Table des Princes). Très-fertile; moyen ou assez gros; bon; juillet, août. (Réussit en espalier.)

Joséphine de Malines. Peu fertile; moyen et petit; très-bon; janvier. (Réussit en espalier.)

Rousselet de Reims (Petit Rousselet, Rousselet musqué). Fertile; petit; bon; septembre. (Très-bon confit.)

Seckle (Shakespeare, Seckle pear). Fertile; petit; bon; octobre.

Pommier (Pyrus malus).—Tous les terrains, même ceux qui sont un peu frais, conviennent au Pommier; toutes les expositions, excepté le sud, lui sont favorables. On greffe les arbres à haute tige sur égrin et les nains sur doucin et sur paradis.

Ce que nous avons dit de la culture et de la taille des Poiriers peut, en toutes circonstances, s'appliquer également aux Pommiers. On peut facilement leur faire prendre toutes les formes. Ceux qu'on élève à haute tige sont les plus durables et ceux qui produisent le plus. Nous conseillons de les tailler pendant les premières années.

Si on les plante en lignes, on les met à 8 ou 10 mètres l'un de l'autre, et quelquefois plus, selon la nature du terrain. Dans les jardins, on ne plante ordinairement que des arbres nains, qui n'occupent que peu de place, et qui, bien dirigés, produisent beaucoup au bout de très-peu de temps.

Dans les terrains légers et chauds, on plantera de préférence les Pommiers greffés sur doucin, parce qu'alors leurs racines s'enfoncent plus profondément que lorsqu'ils sont greffés sur paradis. Dans ce dernier cas, ils s'élèvent peu, mais fructifient beaucoup, et les fruits en sont généralement très-beaux. Il faut les planter à environ 1m,65 les uns des autres.

Comme presque toutes leurs racines sont à la surface du sol, il ne faut leur donner que les binages.

Nous avons conseillé, à l'article Poirier, de placer un Pommier nain entre chaque quenouille; la forme la plus avantageuse a leur donner est celle d'un gobelet (fig. [24]). La première année, on choisit cinq ou six bourgeons placés, autant que possible, a égale distance, pour établir la charpente de l'arbre, et on les palissera sur un cerceau. L'année suivante, on taillera les mères branches suivant leur force, et toujours sur un œil placé de manière à les prolonger dans la même direction.

Fig. 24.—Pommier en gobelet.

À l'ébourgeonnage, on pincera très-court les bourgeons qui se dirigeraient intérieurement, de manière à évider l'intérieur de l'arbre; puis on pincera aussi ceux qui pousseraient en dehors.

On placera un second cerceau qui devient nécessaire pour palisser le prolongement des branches, et par suite il faudra établir des branches pour remplir les vides qui résulteront de l'écartement des branches mères.

Généralement, il faudra tailler plus long et beaucoup plus tard les arbres qui pousseront trop vigoureusement.

Les bordures de buis du potager peuvent être avantageusement remplacées par de jeunes Pommiers paradis, que l'on plante à environ 2 mètres les uns des autres, et que l'on dirige horizontalement sur une seule branche (fig. [25].)

Avant de planter, on marque la place de chaque arbre par un piquet destiné à servir de support au fil de fer sur lequel on attache les Pommiers. Ces piquets doivent être enfoncés de manière que le fil de fer puisse être tendu à 0m,40 ou 0m,50 du sol.

Fig. 25.—Pommiers en cordons.

Après la plantation, ou courbe la tige de chaque arbre avec précaution, on la maintient le long du fil de fer au moyen de quelques ligatures en osier, puis on coupe l'extrémité plus ou moins longue, suivant la vigueur de l'arbre.

Quand on veut obtenir deux branches sur chaque Pommier, il suffit, après la plantation, de couper la tige au-dessous du fil de fer, et l'année suivante on dirige une branche à droite et une branche à gauche.

Les années suivantes, on taille toutes les branches latérales le plus près possible de leur insertion, afin de favoriser le développement des boutons à fruits; puis on prolonge les cordons de 0m,40 à 0m,50, suivant la vigueur de l'arbre, et cela jusqu'à ce qu'ils aient atteint une longueur qui permette de les greffer l'un sur l'autre, de manière à former un seul et même cordon.

Nous conseillons de former des haies de Pommiers toutes les fois qu'on devra faire des clôtures dans les endroits où l'on n'aura pas à craindre la dévastation des fruits; on prendra des arbres greffés sur doucin, et on les plantera à environ 1 mètre l'un de l'autre. Pendant les premières années, on maintiendra l'inclinaison des membres en les attachant sur des échalas placés de loin en loin. On greffera par approche toutes les branches principales qui se croiseront, et on entrelacera les autres.

À l'époque de l'ébourgeonnage, on pincera la haie sur les deux faces; puis, par la taille et les ébourgeonnages, on tâchera d'éviter qu'elle ne se dégarnisse par le bas.

Variétés.—Api, — Calville blanc, — C. rouge, — Fenouillet gris, — Pigeonnet, — Potophe d'hiver, — Gros Rambour, — Reinette de Hollande, — R. franche, — R. du Canada, — R. d'Angleterre, — R. dorée, — R. grise, — R. de Bretagne, — R. d'Espagne, — R. de Granville.

Prunier (Prunus).—Les Pruniers, ayant des racines traçantes, n'exigent pas un terrain très-profond; ils viennent assez bien presque partout, pourvu cependant que le sol ne soit ni trop sec ni trop humide. On les greffe sur le Prunier Saint-Julien ou sur le Damas noir; et, quoiqu'ils réussissent bien sous toutes les formes, on n'en plante guère en espalier que dans les contrées où les fruits mûrissent mal; il faut alors les mettre à bonne exposition.

Il est beaucoup plus avantageux de planter des arbres à haute tige. Si l'on en forme des lignes, il faut les placer à 6 mètres l'un de l'autre. Plusieurs espèces peuvent aussi être plantées pour former des haies intérieures, ou dans les endroits où l'on n'a pas à craindre la dévastation des fruits. Il n'est pas absolument nécessaire de tailler les Pruniers, si ce n'est pendant les premières années, pour former la charpente de l'arbre.

De la culture forcée du Prunier.—On peut facilement avancer la maturité de plusieurs variétés, telles que le Monsieur hâtif, la Mirabelle et la Reine-Claude. Pour cela, à l'automne, on plantera dans des pots de 0m,30 de jeunes Pruniers élevés sous la forme de petites quenouilles; on les choisira aussi ramifiés que possible, et après l'empotage on enfoncera les pots à une bonne exposition. L'année suivante, en janvier, on les placera dans une serre vitrée dont on n'élèvera pas la température à plus de 12° ou 14°. On donnera de l'air au moment du soleil, et la nuit on couvrira la serre avec des paillassons. Les autres soins consistent à arroser ces arbres à propos et à les seringuer de temps à autre, après qu'ils sont défleuris; les fruits seront mûrs dans les premiers jours de mai. On peut chauffer les mêmes Pruniers deux ou trois années de suite.

Variétés.—Jaune hâtive, — Monsieur, — Royale de Tours, — Reine-Claude, — R.-C. Coëgolden drop, — R.-C. violette, — R.-C. monstrueuse de Bavay, — Mirabelle grosse et petite, — Impériale blanche, — Surpasse-Monsieur, — Jefferson, — Drap d'or d'Esperen. — Washington, — Gros Damas, — Perdrigon rouge, — de Sainte-Catherine, — de Saint-Martin, — Pond's Seedling.

Vigne (Vitis vinifera).—La vigne vient dans presque tous les terrains, et il est peu de localités où l'on ne puisse en obtenir de beaux et bons produits, si elle est plantée à une exposition favorable et bien gouvernée: cependant le sol le plus propice est une terre franche, douce et profonde, amendée de temps à autre par des engrais bien consommés.

F. 26. Vigne à la Thomery.

Avant de planter un espalier de Vigne, il faut arrêter la forme sous laquelle on la conduira, en tenant compte de l'emplacement: ainsi, pour garnir les trumeaux d'une orangerie ou d'un bâtiment quelconque, on peut élever la Vigne en palmette; mais en toute autre circonstance, nous conseillons de la conduire à la Thomery (fig. [26]), ce mode de plantation offrant tous les avantages désirables.

1. Plantation.—La distance à observer entre chaque pied de Vigne dépend de la nature du sol; car, dans un terrain de peu de profondeur ou de médiocre qualité, il faut planter les Vignes plus près les unes des autres que dans une bonne terre, afin de donner moins d'extension à chaque membre; enfin, dans les terrains, où l'on peut espérer une végétation satisfaisante, on plantera de la manière suivante: tous les 0m,65, on fera une tranchée d'environ 0m,33 de largeur et 0m,35 de profondeur; on la commencera 1m,33 ou 1m,65 du mur, suivant la longueur des marcottes, puis on la continuera jusqu'à 0m,65 du mur. En automne, on prendra des marcottes enracinées ou des crossettes (mais alors il faudrait une année de plus pour atteindre le mur); on ne laissera qu'un seul jet à chaque marcotte, mais garni de tous ses yeux, même sur la partie qui doit être couchée en terre. On placera la marcotte dans la tranchée, de telle façon que l'extrémité qui doit sortir de terre à 0m,65 du mur soit garnie de bons yeux, et, pour la faire sortir de terre, on la courbera avec beaucoup de précaution afin de ne pas la rompre.

Les racines devront être placées dans un sol bien meuble, puis recouvertes de bonne terre, ainsi que la partie couchée dans la tranchée. On mettra par-dessus un lit de bon fumier et on finira de remplir la tranchée avec la terre du sol.

En février ou mars, on taillera toutes les marcottes à deux ou trois yeux au-dessus de la terre, en ayant soin de ne tailler que quelques millimètres au-dessus de l'œil, et de faire que le biseau de la coupe soit toujours opposé à l'œil terminal.

Parmi les bourgeons qui se développeront, on choisira le plus vigoureux; pour favoriser sa végétation, on supprimera les autres et on mettra un échalas à chaque pied. On y attachera chaque bourgeon, en ayant soin d'enlever les faux bourgeons à mesure qu'ils se développeront.

2. Taille.Première année.—À l'automne suivant, on continuera les tranchées jusqu'au mur et à la même profondeur que l'année précédente; puis on couchera chaque cep, que l'on amènera près du mur à la place qu'il doit occuper et qui aura dû être marquée d'avance.

À l'époque favorable, on taillera également tous les ceps à deux ou trois yeux au-dessus du sol. On palissera les bourgeons sur le mur à mesure qu'ils se développeront, en ayant soin d'enlever les faux bourgeons dès qu'ils auront 0m,12 ou 0m,15 de longueur. Comme il est probable, si l'année est favorable, que chaque bourgeon produira quelques grappes, il faudra, si elles étaient trop nombreuses, en supprimer quelques-unes, afin de ne pas trop fatiguer les jeunes Vignes.

Deuxième année.—On rabattra le bourgeon supérieur sur celui qui est placé au-dessous, à moins cependant qu'il ne soit trop faible, car il faut toujours tailler sur le plus vigoureux; puis on taillera toutes les tiges a sur un œil placé à quelques centimètres au-dessous du premier cordon, que l'on établira à 0m,25 du sol. Si les tiges b, à la hauteur du deuxième cordon, qui doit être à 0m,75 du sol, sont garnies d'yeux qui, par leur grosseur, promettent des bourgeons vigoureux, on les taillera comme les tiges a.

On taillera les tiges c, d, e d'après leur vigueur, et les années suivantes on établira les cordons des tiges c à 1m,25 du sol, ceux des tiges d à 1m,75, et enfin ceux des tiges e à 2m,25.

En général, pour rabattre sur de bons yeux, il faut tailler la pousse de l'année à la moitié de sa longueur, à moins cependant que le premier ou le deuxième œil au-dessus ne se trouve à la hauteur d'un cordon, sur la partie de la tige que l'on prolongera chaque année et jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à la hauteur où elle doit former cordon. On laissera sur chaque tige trois ou quatre bourgeons qu'on choisira parmi ceux qui ont le plus de grappes; on les palissera à mesure qu'ils se développeront, et, comme les autres années, on supprimera les faux bourgeons, puis on pincera très-court tous les autres bourgeons, et à la taille suivante on les démontera au rez de la tige.

Troisième année.—L'année suivante, on taillera le bourgeon vertical des tiges qui dès l'année précédente avaient été rabattues à la hauteur du cordon, à partir de son insertion sur le second œil, y compris celui du talon, ce qui donnera naissance à deux bourgeons, dont on formera les deux bras horizontaux; mais il ne faudra les amener que graduellement à la place qu'ils doivent occuper, et il vaudrait souvent mieux attendre à l'automne que de s'exposer à les casser. Pendant leur végétation on les attachera à mesure qu'ils se développeront, et on enlèvera les faux bourgeons, ainsi que tous les bourgeons placés devant et derrière et ceux qui se développent sur les tiges.

Quatrième année.—On taillera les deux branches qui forment le cordon à environ 0m,35 de longueur, suivant leur vigueur, mais toujours sur l'œil placé le plus favorablement pour prolonger le cordon dans la même direction. Puis, pour former les branches fruitières, on taillera les bourgeons placés sur la partie supérieure du cordon, en observant qu'ils doivent avoir entre eux une distance de 0m,16 à 0m,20.

Comme précédemment, on enlèvera tous les faux bourgeons, ainsi que les bourgeons mal placés, et l'on pincera ceux qui sont le plus près de l'extrémité, afin de favoriser la végétation des bourgeons de prolongement, ce qu'il faudra observer jusqu'à ce que le cordon ait atteint toute sa longueur. D'après l'écartement indiqué pour la plantation, chaque partie du cordon devra avoir 1m,60 de long de chaque côté.

Cinquième année.—On taillera les branches fruitières en courson sur deux yeux, puis on prolongera chaque part du cordon d'environ 0m,35; et comme, arrivés à ce point, les soins à donner à la Vigne pendant la végétation sont exactement les mêmes que ceux précédemment indiqués, nous croyons inutile de traiter ce sujet plus longuement.

Sixième année.—Pour cette taille et celles qui auront lieu successivement, on démontera toutes les branches fruitières sur le bourgeon le plus près du cordon, afin de les rajeunir chaque année; et ensuite on taillera les coursons sur un ou deux yeux, ce que l'expérience indiquera; car si, après avoir taillé sur un œil, on obtenait des bourgeons trop vigoureux, il faudrait l'année suivante tailler sur deux yeux. Lorsque chaque cordon est arrivé à remplir le cadre qui lui est assigné, il ne s'agit plus que de maintenir l'équilibre de la séve, afin d'avoir une végétation égale dans toute la longueur du cordon. Pour arriver à ce résultat, il faut surveiller la végétation des bourgeons placés vers l'extrémité (car ils sont toujours disposés à attirer vers eux une grande quantité de séve), et, par des pincements et le palissage, forcer la séve à refluer vers le centre.

Ces notions, quoique bien succinctes, suffisent pour faire connaître la série des opérations nécessaires à la conduite d'une treille, et l'étude attentive des dernières tailles servira à l'intelligence des autres.

3. Vigne en palmette.—Après avoir amené les Vignes à la place qu'elles doivent occuper, on les taille toutes à trois ou quatre yeux au-dessus de terre; aussitôt après le développement des bourgeons, on choisit le plus vigoureux, on le dirige verticalement, et, pour en favoriser la végétation, on pince ou l'on supprime les autres. L'année suivante, on rabat toutes les tiges à peu près à la moitié de leur longueur, plus ou moins, selon leur vigueur; après quoi, sur chacune, on fait choix d'un bourgeon pour prolonger la tige, puis on palisse les bourgeons placés à droite et à gauche, en ayant soin de les incliner plus ou moins, suivant qu'on voudra favoriser le développement de l'un ou restreindre celui de l'autre; et, comme toujours, on supprime les bourgeons placés devant et derrière, ainsi que les faux bourgeons.

Les années suivantes, on taille les bourgeons à droite et à gauche en courson sur deux yeux, puis on rabat le bourgeon vertical de manière à obtenir chaque année quelques nouveaux bourgeons, et cela jusqu'à ce que l'on soit arrivé à garnir le mur dans toute sa hauteur.

4. Vigne en contre-espalier.—Pour former un contre-espalier, nous conseillons d'observer tout ce qui a été indiqué pour la treille à la Thomery, de manière à représenter les deux premiers cordons a, b (fig. [26]).

Après la plantation, on enfoncera un pieu de loin en loin, et l'on tendra dessus un fil de fer pour guider chaque cordon, puis un autre entre les deux pour attacher les bourgeons du premier cordon, et enfin un quatrième à 0m,28 au-dessus du second cordon, pour en attacher aussi les bourgeons. Pour l'établissement des cordons et les soins à leur donner pendant leur végétation, on observera tout ce qui a été indiqué précédemment.

On peut chaque année en chauffer une partie, ainsi que nous l'avons indiqué dans le chapitre II, relatif à la disposition d'un jardin; mais on ne commencera qu'au bout de trois ou quatre ans de plantation, et alors on pourra chaque année chauffer le quart de la longueur, de sorte que lorsqu'on sera arrivé à reprendre la première partie, elle ait eu trois ans de repos.

5. De la culture forcée de la Vigne.—Vers la fin de décembre, dans le courant de janvier et même jusqu'en février, enfin suivant la maturité du bois, on taille la Vigne; puis, suivant la position, on place devant elle soit des panneaux si elle est plantée le long d'un mur, soit une petite bâche mobile[13].

Si la Vigne est plantée en contre-espalier, on entoure le tout d'un réchaud de fumier qu'on remanie au besoin, puis on pose les panneaux; mais on arrive à des résultats beaucoup plus prompts en faisant passer dans la bâche le tuyau d'un poêle ou mieux d'un thermosiphon. Ce mode de chauffage est très-favorable à la végétation, et nécessite beaucoup moins de surveillance pour arriver à un bon résultat. On règle la température comme il suit: à partir de l'époque où l'on commence à chauffer jusqu'à ce que la Vigne entre en végétation, on maintient une chaleur de 15° à 18° dans la bâche; après quoi on augmente de 4° à 5°, température que l'on entretient jusqu'à ce que la grappe soit bien formée, et pendant la floraison on chauffe de 25° à 30°; mais une fois que les grains sont bien formés on diminue graduellement la chaleur, de manière à n'avoir plus que 18° à 20° jusqu'à parfaite maturité.

La température est d'autant plus facile à régler, que cette bâche ne contient qu'une très-petite quantité d'air.

Pendant la nuit, on couvre les panneaux avec des paillassons qu'on enlève tous les jours; et si, au moment du soleil, le thermomètre monte plus haut que nous ne l'avons indiqué, on donne un peu d'air en soulevant les panneaux par le haut. Pour entretenir l'humidité nécessaire à la Vigne, on donne des bassinages, qui doivent être plus ou moins fréquents, suivant la température et les progrès de la végétation. L'eau qu'on emploie pour ces arrosements doit être déposée sous la bâche quelque temps avant d'être employée, afin qu'elle soit, autant que possible, à la température de l'atmosphère dans laquelle on la répand.

La Vigne étant ainsi traitée, on aura des Raisins mûrs au bout de quatre mois ou quatre mois et demi, à partir de l'époque où l'on aura commencé à chauffer.

Pour utiliser la place qui reste au devant de la Vigne, on peut mettre quelques rangs des Fraisiers en pots, qui s'accommodent très-bien de la même température.

Variétés.—Madeleine noire, — M. blanche, — Chasselas de Fontainebleau, — Ch. de Bar-sur-Aube, — Ch. gros coulard, — Ch. musqué, — Ch. rose, — Muscat blanc, — M. violet, — M. d'Alexandrie, — Corinthe, — Panse commune, — Gromier du Cantal, — Frankental, — Cornichon, — Raisin cassis.

CHAPITRE XIV
Maladies des Arbres.

Les maladies qui attaquent les arbres et les font périr sont dues à deux causes distinctes: les unes, telles que le chancre et la gomme, sont le résultat de causes internes, tandis que les autres sont produites par des causes extérieures, et surtout par la présence des plantes parasites comme les Lichens, les Mousses et les Champignons.

Les premières, souvent mortelles, peuvent être guéries par l'amputation des parties maladives, si l'arbre n'en est attaqué que partiellement ou si les causes qui les ont produites sont passagères et n'ont pu détruire en lui tout germe de vie; mais quand il en est envahi tout entier et que sa végétation est modifiée au point que le dépérissement est journalier, l'arbre languit et meurt bientôt, sans que les secours du jardinier puissent le sauver.

Il n'en est pas de même des maladies dues à l'établissement de végétaux parasites sur l'épiderme de l'arbre; des lotions avec de l'eau de chaux et un nettoyage attentif avec une brosse ou un émoussoir suffisent ordinairement pour détruire les Lichens et les Mousses, et rendre la santé à l'arbre qui en était chargé.

Quant aux Champignons, il faut pour les détruire avoir recours à un moyen plus énergique, surtout pour celui de la Vigne nommé Oïdium Tuckeri; car l'eau de chaux a été reconnue insuffisante, et l'hydrosulfate de chaux[14], étendu dans la proportion de 1 litre pour 50 litres d'eau, est, jusqu'à présent du moins, le moyen le plus simple et le plus efficace que l'on ait encore trouvé.

Plus anciennement connue, la fleur de soufre appliquée après un bassinage détruit également bien le Champignon de la Vigne; mais, que l'on emploie la fleur de soufre ou l'hydrosulfate de chaux, l'important pour réussir est d'opérer à temps, c'est-à-dire aussitôt que l'on aperçoit les premières traces blanches qui caractérisent la maladie, car elle se propage avec une grande rapidité.

Si, malgré le soin apporté à l'opération, le Champignon n'était pas détruit par un premier traitement, il faudrait recommencer quelques jours après.

La fleur de soufre et l'hydrosulfate de chaux peuvent être également employés avec succès pour détruire le blanc ou meunier, qui fait tant de tort aux Pêchers.

C'est à ces notions insuffisantes que se borne notre science, et les seuls moyens que nous ayons pour prévenir les maladies sont des soins attentifs, des abris dans les mauvais temps, et le choix d'une bonne exposition.

Il est à regretter que cette partie importante de l'horticulture soit si négligée et que personne ne s'en occupe sérieusement.

CHAPITRE XV
Jardin d'agrément.

Nous ne pouvons, pour cette partie, qui est soumise à des modifications dépendant de la situation et de la forme du terrain, ainsi que du goût du propriétaire, entrer dans les mêmes détails que pour le potager, qui admet des règles plus fixes.

Quoique les murs soient pour tous les jardins le meilleur mode de clôture, ils ne sont pas indispensables pour un jardin d'agrément, qui peut être fermé par des haies vives.

Bien que l'Épine blanche (Aubépine) soit considérée comme l'arbre qui convient le mieux pour établir une haie, on peut, selon la nature du terrain, employer les essences suivantes: Acacia blanc (Robinier), Arbre de Judée, Acer campestre et Tataricum, Buplevrum fruticosum, Charme, Cornus sanguinea, Clavalier (Xanthoxylum), Caragana arborea, Celtis (Micocoulier) occidentalis et australis; Cerisier, Cyprès, Épine-Vinette, Elæagnus angustifolia, Frêne commun, Gleditschia Sinensis et triacanthos; Houx, Hêtre, If, Lilas, Lycium Barbarum; Maclura aurantiaca, Mûrier blanc, Noisetier, Orme, Prunus spinosa (Prunellier), incana, Mahaleb (Sainte-Lucie) et insititia (Prunier sauvage); Poirier commun, Pommier, Rhamnus catharticus (Nerprun), Paliurus, hybridus, sempervirens et Alaternus (Alaterne); Sureau commun, Troëne commun, Thuya, Viburnum lantana (Viorne).

Lorsqu'on établit une haie, il faut, pendant les premières années, la protéger au dehors par une haie morte ou un fossé assez large et assez profond pour la défendre contre la dent des bestiaux. Comme clôture, les haies sont d'un aspect moins désagréable que les murs, et elles permettent de profiter de chaque échappée de vue, avantage immense dans la composition d'un jardin d'agrément.

L'étude de la position du terrain doit avoir pour but de ménager tout ce qui peut contribuer à rendre la perspective agréable, et de masquer les endroits que l'on voulait cacher.

Rien de plus disgracieux dans un jardin d'agrément que la disproportion entre ses différentes parties; les allées, les pelouses, les massifs, les bassins, tout enfin doit être proportionné à l'étendue du terrain.

Les arbres plantés dans les massifs ne doivent pas être disséminés au hasard, mais dans l'ordre de leur élévation; il faut les distancer assez pour que la végétation n'en soit pas gênée. On doit les grouper en harmonisant les feuillages et les fleurs de manière à produire sur la vue une impression agréable.

Nous ne saurions trop recommander l'introduction dans les jardins d'agrément, au lieu d'arbres inutiles, des arbres fruitiers à haute tige, tels que Cerisiers, Abricotiers, Pruniers, Pommiers, Poiriers, Amandiers, Coignassiers, etc., en les plaçant de préférence à la pointe des massifs, pour qu'ils ne soient pas étouffés par la végétation des arbres voisins et qu'ils jouissent les premiers de l'air et du soleil.

Bien des personnes ont été arrêtées dans l'idée de plantation d'arbres fruitiers par la crainte de voir une partie de leur récolte dévorée par les oiseaux, et de n'avoir que des fruits de médiocre grosseur.

Cette considération ne doit pas être un motif d'exclusion: car, quelque mince que soit le produit de chaque arbre à fruit, il ne sera pas, comme pour les arbres d'ornement, complétement stérile; de plus, les arbres fruitiers ne le cèdent pas aux arbres d'ornement, tant par la beauté de leur feuillage que par le coloris brillant et l'abondance de leurs fleurs, et ils ont, de plus que les autres, des fruits, qui flattent aussi agréablement la vue que la grappe du Sorbier, le fruit des Mespilus, de Sureaux, etc.

Les arbres verts et tous les arbres à feuilles persistantes qui font jouir, au milieu de l'hiver, d'une verdure sévère peut-être, mais qui rappelle les beaux jours, doivent aussi trouver place dans un jardin d'agrément.

Le Cèdre du Liban, le Mélèze, le Sapin épicéa, le Cyprès distique, les grands arbres de nos forêts, comme le Hêtre, le Bouleau, peuvent être plantés isolément et servir à rompre la monotonie des lignes droites.

En établissant un jardin d'agrément, il faut que l'allée qui en fait le tour ne soit pas trop près de la clôture, afin de cacher autant que possible l'étendue de la propriété.

Les allées principales doivent avoir plus de largeur que les autres, et l'on doit en les traçant éviter la régularité; des courbures plus ou moins longues, de sinuosités qui dissimulent le parcours sont indispensables pour ôter à un jardin de cette espèce la monotone symétrie de nos anciens jardins publics.

On peut, suivant l'étendue du jardin, élever çà et là quelques constructions rustiques, ménager des salles de verdure où l'on arrive sans s'y attendre dans le cours de la promenade, et l'on ne doit pas négliger de placer des bancs de distance en distance, et surtout aux endroits où l'on a ménagé des échappées de vue.

Quelle que soit l'étendue du terrain, il faut toujours une partie de gazon devant la maison.

La pelouse devra avoir des contours gracieux et s'harmoniser avec les parties environnantes. On la creusera un peu au milieu, afin de produire un effet plus naturel, et l'on disposera sur les bords de petits massifs, placés de manière à concourir à l'effet général sans masquer la perspective.

Pour établir une pelouse, on emploie le plus souvent en France du Rye-grass anglais, auquel on ajoute une petite quantité de Trèfle blanc de Hollande; mais en Angleterre on a depuis longtemps renoncé au Rye-grass pour semer du Lawn's grass (herbe à pelouse), mélange composé d'Agrostis traçante, de Crételle des prés, de Brome des prés, de Fétuque ovine, de Fétuque traçante, de Flouve odorante, de Paturin des prés, de Rye-grass anglais, de Mille-feuilles et de Trèfle blanc.

Mélangées dans des proportions raisonnées, ces plantes produisent un aussi bel effet que le Rye-grass, et elles ont l'avantage de durer beaucoup plus longtemps. Bien que ces mélanges conviennent à tous les terrains à peu près, on doit dans les terres fraîches remplacer les Fétuques ovine et traçante par de la Fétuque des prés, qui s'élève un peu plus, il est vrai, mais qui convient plus particulièrement que les autres espèces aux terrains humides.

Dans les terres sèches, on peut aussi, au lieu de Rye-grass anglais, semer du Rye-grass d'Italie, qui réussit dans les plus mauvaises conditions.

Sous les grands arbres, on sème de préférence du Paturin des bois, seul ou avec un peu d'Agrostis traçante, de Fétuque ovine, de Fétuque hétérophylle et de Fétuque des prés, graminées qui viennent également bien a l'ombre.

Dans les grands jardins, où les pelouses ont souvent beaucoup d'étendue, on peut, après avoir consulté la nature du terrain, remplacer le gazon par une véritable prairie naturelle dont le foin peut être donné aux bestiaux; mais il faut alors faire choix de plantes qui puissent convenir à la nature du sol auquel elles sont destinées.

L'époque la plus favorable pour semer une pelouse est le mois de septembre dans les terrains légers, ou bien le mois de mars dans les terres fortes ou humides; mais quelle que soit l'époque, il faut, avant de semer, bien préparer le terrain, ce qui consiste à briser les mottes de terre et à extraire toutes les racines et les pierres; puis, suivant la nature du sol, on fera le labour plus ou moins profond.

Si l'on détruit un vieux gazon pour en semer un autre, il faut le retourner à la bêche, de manière qu'il se trouve enterré à la profondeur de 0m,35 au moins; après le labour, il faut herser la terre à la fourche, puis enlever avec le râteau les pierres et les mottes qui se trouvent à sa superficie, afin que le sol soit parfaitement uni. Si la mauvaise qualité de la terre forçait d'ajouter des engrais, il ne faudrait les employer que bien consommés.

Le semis ne devra être fait que par un beau temps, à cause des opérations qui doivent le suivre. On sème à la volée, et aussitôt après le semis on herse légèrement à la fourche; ensuite on passe le rouleau, ou, à défaut, on foule avec les pieds, si cependant l'étendue n'est pas trop considérable; puis on recouvre les graines d'une très-légère couche de terre ou de terreau très-fin.

Pour conserver un gazon longtemps en bon état, il faut le couper souvent. On fera la première coupe au commencement de mai, et la dernière à la fin d'octobre ou au commencement de novembre. Il nous est impossible d'indiquer le nombre de celles qui devront être faites entre ces deux époques, car cela dépendra de l'état d'humidité dans lequel on les entretiendra. Pendant la sécheresse de l'été, les arrosements doivent être très-fréquents, et doivent se faire, le matin ou le soir, avec les arrosoirs à pomme.

Il faut après chaque coupe donner un coup de râteau, afin d'enlever tout ce qui pourrait occasionner de la pourriture; puis après le nettoyage, on passera le rouleau. Chaque année, après la dernière coupe, il faut enlever la mousse avec le râteau, et étendre partout une légère couche de terreau.

Comme, pour garnir de gazon les talus ou les bancs, le semis ne peut se faire qu'avec beaucoup de difficulté, il vaut mieux se servir de plaques de gazon levées dans les prairies ou sur le bord des chemins; on les ajuste les unes à côté des autres; on fixe avec de petites fiches de bois celles qui se trouvent dans une position verticale, après quoi on les appuie légèrement avec une petite batte. L'époque la plus favorable pour faire cette opération est ordinairement le mois de mars.

Pour les pelouses de peu d'étendue on peut, au lieu de semer des graminées, planter des Rosiers à fleur remontante, dont on fixe les branches sur le sol après les avoir étendues dans tous les sens. Lorsque le terrain est complétement couvert, il est impossible de voir quelque chose de plus ravissant qu'une pelouse de Rosiers, surtout quand les couleurs ont été bien variées dans la plantation.

Les arbustes qui fleurissent le plus longtemps possible doivent être massés sur les bords du gazon; et l'on y pourra jeter, comme au hasard, quelques beaux arbres verts, comme Cèdre du Liban, Cèdre Deodora, Abies Pinsapo, Cryptomeria Japonica, Pinus Sabiniana, Pinus Lambertiana, Taxodium sempervirens, etc.

Un Saule pleureur, un Frêne pleureur, un Hêtre pourpre, un Negundo à feuilles panachées, etc., et, parmi les végétaux moins élevés, les Pivoines en arbre, les Gynerium argenteum, les Bambusa edulis et aurea, les Andropogon formosum, les Saccharum Maddeni, les Rheum, les Gunnera scabra, les Heracleum, les Caladium et les Wigandia, produisent également un bel effet sur les pelouses de gazon.

L'usage, actuellement fort répandu, d'établir dans le jardin d'agrément des massifs d'une ou plusieurs espèces de plantes d'ornement est de très-bon goût, en ce qu'il permet d'apprécier complétement la valeur ornementale d'une foule de plantes qui produisent tout leur effet seulement lorsqu'elles se produisent par groupes.

Les amateurs peu familiarisés avec les ressources que leur offre l'horticulture pour ce genre de décoration sont souvent embarrassés dans le choix des plantes de chaque saison dont on peut former des massifs. Voici, à cet égard, quelques indications qui pourront servir à les guider:

Première garniture.

Crocus de Hollande, Jacinthes de Hollande, Tulipes à fleur simple, Tulipes à fleur double, Anémones à fleur simple, Auricules, Primevères des jardins, Hépatiques printanières, Pensées à grande fleur, Aubrietia deltoidea, Cynoglosse omphalode, Corbeille d'or, Thlaspi vivace, Ellébore rose de Noël, Héliotrope d'hiver, Tussilago suaveolens, Saxifrage de Sibérie, Doronicum Caucasicum, Silene pendula, Nemophila, Phlox verna, Giroflées jaunes de diverses nuances, Pieds-d'alouette, Tourette printanière, Myosotis alpestris, Coquelicots à fleur double, Lunaire annuelle, Dielytra spectabilis et Iris Germanica.

Dans cette liste, on remarquera qu'il se trouve des plantes de hauteurs diverses, depuis les Crocus de Hollande, tout à fait nains, jusqu'aux Pieds-d'alouette et aux Coquelicots de moyenne grandeur; il y a donc de quoi former des massifs de toutes dimensions, selon l'étendue et la situation du jardin dont ils doivent faire partie.

Pour ne citer qu'un seul exemple de ce que l'on peut faire avec ces plantes, nous dirons qu'un massif composé de Tourettes printanières, de Saxifrages de Sibérie et de Doroniques produit au printemps un charmant effet.

Deuxième garniture.

N. 1. Ageratum du Mexique avec un double rang de Calcéolaires jaunes et de Verveines rouges.

Ces trois plantes, disposées en cercles concentriques, bleu améthyste, jaune vif et rouge foncé, produisent un très-bel effet; les autres listes sont calculées dans le même but d'association de forme et de couleur qui s'accordent le mieux entre elles, et flattent le plus agréablement la vue.

2. Calcéolaires jaunes avec un rang de Lobelia Erinus à fleurs bleues.

3. Capucines naines avec un rang de Verveines bleues.

4. Chrysanthèmes à fleurs blanches avec un rang de Géranium rouges ou de Verveines rouges.

5. Cuphea ignea avec un rang de Cerastium tomentosum.

6. Fuschia avec un rang de Géranium à feuilles panachées ou de Verveines blanches.

7. Géranium rouge avec un double rang de Pétunia blanc et de Calcéolaires jaunes.

8. Géranium rouge avec un double rang de Pétunia blanc et d'Ageratum Mexicanum.

9. Géranium rouge ou rose avec un rang de Verveines blanches.

10. Géranium à feuilles panachées avec un rang de Verveines bleues ou de Verveines rouges.

11. Lantana Camara avec un rang de Lantana delicatissima.

12. Menthes à feuilles panachées avec un rang de Verveines rouges.

13. Perilla Nankinensis avec un rang de Géranium à feuilles panachées ou de Verveines blanches.

14. Pétunia roses avec un double rang de Chrysanthèmes à fleurs blanches et de Géranium rouge.

15. Salvia fulgens avec un rang d'Ageratum Mexicanium.

16. Souci de Trianon avec un double rang de Pétunia blanc et de Géranium rouge.

17. Tagetes lucida ou Calcéolaires jaunes avec un double rang de Géranium rouges et de Nierembergia gracilis.

18. Verveines rouges avec un double rang de Nierembergia gracilis et de Lobelia Erinus à fleurs bleues.

19. Verveines blanches avec un rang de Lobelia Erinus à fleurs bleues.

20. Héliotrope du Pérou.

21. Coleus Werschaffelti avec un rang de Cineraria maritima ou de Centaurea candidissima.

22. Canna discolor.

23. Caladium esculentum.

24. Wigandia Caracasana.

25. Dahlias variés.

On peut également, dans les grands jardins, former des groupes de plantes annuelles que l'on sème immédiatement en place pour éviter les frais de culture.

En remplaçant successivement les plantes qui font partie de la seconde garniture par des Chrysanthèmes de la Chine, on peut avoir, en adoptant l'assolement que nous proposons, des massifs garnis de fleurs pendant toute l'année.

Comme les longues descriptions servent uniquement à grossir un ouvrage, nous avons cru devoir suivre dans notre livre un plan différent de celui qui est adopté dans les autres traités de culture: nous avons préféré grouper les végétaux d'après la place qu'ils doivent occuper dans un jardin, en indiquant brièvement, pour chacun d'eux, l'époque du semis, celle de la floraison, la couleur de la fleur et la hauteur de la plante. Cependant, nous avons consacré un article spécial aux plantes dont la culture demande des soins particuliers.