XII
— « Ma petite Gilberte, viens un peu jusque sur la terrasse. »
La jeune fille accourut, souriante, avec un air d’empressement tendre. La joie de vivre fleurissait maintenant sur son charmant visage. Cette joie ne voulait pas être ingrate. Aussi s’offrait-elle comme une récompense à la maternelle créature qui en était l’auteur. Quand Gilberte répétait : « Ah ! marraine, que je suis heureuse ! » Cela impliquait vaguement : « Le but de ta vie est atteint. Ne regrette pas d’avoir eu des soucis à cause de moi. Tu as le sourire de ta fille adoptive, ses baisers reconnaissants. N’es-tu pas comblée ? »
C’est l’impérialisme de la jeunesse, qui seule a droit à la vie, à l’avenir. Gilberte n’était pas plus égoïste que tout cœur filial de vingt ans. Et comment ne s’y fût-elle pas méprise ?… Le fait qu’elle rît et chantât par la maison, sa mélancolie envolée, que sa jolie nature, détendue, retrouvât sa souplesse, comme un jeune arbre flexible dont on ne courbe plus l’essor, que ses bras, ses lèvres, eussent de nouveau les câlineries de l’enfance, réjouissait tellement Claircœur !
— « Sois heureuse, mon petit. Sois heureuse… toi, du moins. C’est tout ce que je désire », murmurait tante Gil, en se penchant le soir vers l’oreiller où roulaient les nattes couleur de châtaigne.
C’est tout ce qu’elle voulait désirer. Et elle était sincère dans son vouloir. Elle appréciait la douceur de border dans son « dodo », comme jadis, sa grande fillette, qui, naguère et depuis trop longtemps, ne le permettait plus, poussait le verrou, s’enfermait sauvagement avec des rêves qui ne disaient pas leur secret.
Dans la confiance et la camaraderie revenues, Claircœur l’appelait, ce matin-là :
— « Viens jusqu’à la terrasse.
— Vous avez quelque chose, marraine ? » demanda Gilberte, qui remarqua sa pâleur, sa bouche frémissante, et le geste dont elle serrait des papiers dans sa main.
La romancière ne répondit pas. Toutes deux longèrent l’allée envahie par les romarins, les lavandes, les menthes (comme leur odeur s’exhalait fortement dans ce matin mouillé) ! Elles arrivèrent sous les glycines. La pluie, une bourrasque dont le lac se rebroussait encore, avait anéanti les dernières fleurs. Mais le feuillage délicat formait toujours cet abri, semblable, de loin, aux treilles enguirlandant les vases grecs, cet abri dont le voyageur emportait l’image, en se disant :
— « Qu’il doit faire bon vivre là ! »
Les deux femmes s’assirent au fond, sur le banc rustique.
— « Gilberte, ma chérie, tu te sens capable, n’est-ce pas ? d’accepter une mission, et de garder un secret. Tout au moins, de garder un secret. La mission… ce serait pour si je disparaissais…
— Oh ! petite marraine !… »
La phrase funèbre fut étouffée par une exclamation, un baiser.
— « Mon enfant, je vais te faire du chagrin. Mais je crois que c’est indispensable. »
Elle vit s’effarer le jeune visage.
— « Lis cette lettre de ton père. »
Un cri :
— « Oh !… Papa reprend son autorisation !… Papa veut m’empêcher… »
La main de Claircœur, d’une pression rapide, arrêta cet émoi.
— « Il s’agit de ton frère. »
Un imperceptible sursaut de soulagement. On supporte toujours les peines des autres plus aisément que les siennes propres. Gilberte s’écria :
— « Bernard n’est pas rentré à Paris !
— Tu le savais ?
— Non, marraine. Mais j’en avais peur.
— Moi, j’en étais sûre », murmura Claircœur.
Gilberte, profondément étonnée, la regarda.
— « Tu en étais sûre ? Depuis quand ?
— Depuis le lendemain de son départ.
— Cela fait cinq jours », observa la jeune fille, « Et tu ne m’as rien dit ! »
Sa marraine, en signe d’impuissance, hocha la tête.
— « Tu as prévenu ses parents ?
— Non. Mais, Gilberte, lis d’abord. Tu comprendras ensuite. Lis ce que m’écrit ton père. »
Gilberte lut :
« Paris, 27 août.
« Ma pauvre Gil,
« Je ne sais dans quels termes je dois m’adresser à vous.
« Il m’est douloureux de partager l’indignation de ma femme, de vous parler comme elle m’engage à le faire. Cependant, notre douleur est immense, et me voici obligé de reconnaître que vous en êtes la cause.
« C’était déjà sans enthousiasme, croyez-le bien, que j’avais ratifié le coup de tête de ma fille, que je m’étais résigné à la voir entrer dans la carrière hasardeuse où votre imprudence l’a poussée… »
— « Ça, c’est raide ! » s’exclama Gilberte.
— « Continue. Cela n’a pas la moindre importance.
— Comment !… pas la moindre…
— Continue. »
« Mais, maintenant que vous favorisez la rébellion de notre fils, que vous lui donnez les moyens de nous braver, que vous lancez ce malheureux enfant vers les pires aventures, mettant le deuil et les larmes à notre foyer, je vous déclare que c’en est trop, et que, suivant la volonté formelle de Louise, à laquelle je me rallie, vous n’existez plus pour nous.
« Tout ce que je puis ajouter, pour votre excuse… (car, moi, je ne veux pas croire à une intention consciente de votre part dans cette œuvre abominable) c’est que vous ne saviez pas l’usage que Bernard ferait de l’argent dont votre faiblesse l’a nanti.
« Il nous écrit de Liverpool, où il s’embarque pour l’Amérique, qu’il rentrera en France un des plus glorieux aviateurs du monde, ou que nous ne le reverrons jamais.
« Il ajoute que nous n’ayons aucune inquiétude sur sa vie matérielle. — Donc, il a de l’argent.
« Et qui lui en a donné, si ce n’est vous ? Il a quitté les « Glycines » pour accomplir un projet auquel il avait renoncé. Il nous avait promis de n’y plus penser, lui qui n’a jamais menti. Un enfant si droit ! Comment ne pas croire, avec sa mère, que vous lui avez remis sa chimère en tête, que vous lui avez fourni les moyens de la réaliser ?
« Je ne vais pas, comme Louise, jusqu’à vous accuser d’une mauvaise action, d’une vengeance méditée. Mais je reconnais là votre esprit romanesque, votre imprudence. Je vous crie : Gilles de Claircœur, je vous avais confié mon fils ! Qu’avez-vous fait de lui ?
« Un père désespéré,
« Théophile Andraux. »
« P.-S. — Que Gilberte m’écrive toujours au ministère. Mon infortunée Louise ne pourrait supporter de voir son écriture. Pour vous, ma pauvre Gil… (hélas ! ce nom familier vient malgré moi sous ma plume. Et dire que je vous appelais aussi « ma sœur ! »), n’écrivez pas à la maison. N’exaspérez pas la douleur d’une mère. On vous retournerait vos lettres sans les ouvrir.
« 2e P.-S. — Est-il vrai que vos inconséquences vous aient déjà conduite à des embarras pécuniers ?[2] Un employé de mon bureau, ami d’un certain Grandet — que vous devez connaître ! — prétend que vous en êtes à demander des avances sur vos travaux. Vous auriez payé les dettes de monsieur Fagueyrat, et entre autres des sommes considérables au marquis de Sépol. Vous me direz que c’est votre affaire. Évidemment. Mais, dans les circonstances actuelles, je dois vous prévenir : ne comptez pas sur nous. Les maigres économies, amassées pour notre innocente Lilie, à force de privations et de travail, ne sauraient être jetées au gouffre… »
....... .......... ...
[2] Orthographe de M. Andraux.
Une ligne de points suspensifs suivait ce mot « gouffre », — peut-être pour en mieux faire pressentir l’insondable horreur, peut-être pour éviter une définition trop cruelle.
Gilberte, qui avait lu toujours plus lentement, leva un visage aussi blanc que sa chemisette de batiste.
— « Les économies de Lilie ! » observa-t-elle d’abord. « Mais je les connais, les économies de Lilie. Elles sont constituées uniquement par les cadeaux d’argent que tu lui fais au jour de l’an et à son anniversaire.
— Laissons », dit Claircœur.
— « En effet, laissons. Qu’est-ce que cette histoire de Bernard ? Il n’est donc pas rentré ?
— Non.
— Et tu étais au courant, marraine ? C’est impossible. Je n’en crois rien.
— Tu te rappelles que Bernard nous a quittées jeudi après-midi. Demain, il y aura huit jours ?
— Parfaitement.
— Vendredi matin, j’ai reçu une lettre de lui, jetée à la poste de Lucerne.
— Une lettre !… Tu ne m’en as rien dit.
— Jamais je n’en aurais rien dit à âme qui vive. Mais tes parents m’accusent. Je veux avoir un témoin. Je veux que toi, Gilberte, tu saches la vérité. A la condition de la taire tant que je vivrai. Quand je ne serai plus…
— Marraine !…
— Tu te serviras de ce secret suivant les circonstances, suivant ton cœur. Jamais pour faire du tort à Bernard…
— Du tort à Bernard !… je l’aime trop ! De toute ma famille Andraux, c’est lui que j’aime le mieux. Un chic type. Je savais bien qu’ils n’en feraient jamais un rond-de-cuir.
— Gilberte, écoute… je crois, malgré tout, comme toi, que c’est un « chic type ». Cependant, il a commis une action bien grave. Je la lui pardonne. Et, si je te la révèle, c’est pour que quelqu’un, si je disparaissais, puisse lui dire que je lui pardonne. »
Un tremblement secoua Gilberte. Elle se tut, fixant sur sa marraine des yeux élargis, pleins d’effroi.
— « Voici sa lettre », dit la romancière. Et elle tremblait aussi en passant le papier à la jeune fille.
« Lucerne, jeudi soir.
« Chère tante Gil,
« Je vous donne ce nom peut-être pour la dernière fois. Vous allez me maudire, m’appeler « petit misérable ». Vous serez — c’est possible — plus cruelle encore.
« N’importe ! je risque tout, même de vous faire du chagrin, c’est ce qui m’embête. Mais la vie est plus forte. Si vous saviez comme elle bout dans mes veines !
« Voilà, tante Gil. Le chèque que vous m’avez confié, pour que papa le touche et vous envoie l’argent — c’est moi qui le toucherai demain, à Paris, à moins que vous ne préveniez télégraphiquement — auquel cas, on m’arrêtera comme un voleur.
« Je suis un voleur, tante Gil, — un voleur-emprunteur, car je vous rendrai tout, avec les intérêts composés… Et bientôt, — à moins que je ne me casse les ailes. Je le confesse, par écrit, que je suis un voleur. Vous pouvez le faire proclamer demain publiquement. A vrai dire, je bluffe. Je crois que vous ne le ferez pas. Je vous connais, adorable tante Gil. Seulement, je ne veux pas dire que je vous aime mieux que ma propre mère… J’aurais l’air de vous enjôler pour vous soutirer plus sûrement la galette.
« Je suis un vilain coco. Le cœur me battra de honte et de peur quand je pousserai demain la porte du bureau, où l’on me comptera peut-être l’argent de ce chèque, signé de vous, — mais où, peut-être, on me mettra la main au collet.
« Si j’emporte l’argent… — Oh ! dans la rue, là… tout de suite… dehors… comme je vous bénirai, tante Gil ! — ce sera la seule fois de ma vie où j’aurai ressenti de la honte et de la peur. Je partirai pour l’Amérique, j’apprendrai à voler, — pas des chèques, méchante tante Gil ! Je m’acharnerai aux plus dangereux exploits, j’affronterai les pires dangers, pour revenir ensuite en France, mettre ma hardiesse, mon sang, ma vie, au service de notre armée, dans laquelle je m’engagerai. Je serai un aviateur militaire, comme le sapeur Paulhan, comme Legagneux. Je gagnerai des circuits terribles, dans le froid, la pluie, le vent, la nuit, dans l’espace effrayant et solitaire, comme Alfred Leblanc. On me décorera comme eux, tante Gil… si vous ne m’avez pas fait constituer un casier judiciaire.
« Je vous le jure, tante Gil… je vous le jure !… Ou alors, je serai mort. Je me serai brisé sur le sol comme un pantin qui se disloque, ou bien j’aurai cuit dans l’essence de mon moteur. (L’aviateur Andraux préfère attendre, comme le lièvre.)
« Tante Gil, croyez-moi… Pardonnez-moi !… Je ne vous embrasse pas. Je n’en suis pas digne. Je baise le gravier, là, dans l’allée du jardin, aux « Glycines », parmi les lavandes sur lesquelles vous avez marché, et qui sentent si bon quand votre pied d’admirable tante Gil leur a fait l’honneur de les écraser.
« Votre petit misérable,
« Votre grand fou,« Votre Bernard.
« P.-S. — Pourvu que ce ne soit pas à cause des autres que vous m’épargniez !… C’est ça qui me punirait ! Les autres… je leur écrirai, ne vous inquiétez pas. Quant à ma Bette, elle n’est plus sous leur coupe. Je la félicite, et l’embrasse. »
Le tremblement qui secouait Gilberte s’accentua tandis qu’elle parcourait les lignes griffonnées d’une écriture encore presque puérile. Claircœur, au contraire, retrouvait son calme, la maîtrise de soi. Aussi reçut-elle d’un geste apaisant la jeune fille, qui s’abattit contre son épaule dans une crise de sanglots convulsifs.
— « Marraine… oh ! marraine… quelle horreur !… notre Bernard… quelle horreur !…
— Chut !… » fit une voix douce. « Cela n’existe pas. »
Le jeune visage bouleversé se souleva, s’écarta, interrogateur. Comment !… cela n’existait pas ? On avait pu arranger ?… Mais, pourtant… La lettre de M. Andraux ?
— « Non », reprit Claircœur. « Ou du moins, cela n’existe plus. N’y pensons plus. N’en parlons pas. Regardons l’avenir. Regardons là-haut… » (Elle montrait le ciel, où, contre l’azur, de gros flocons blancs se poursuivaient, comme si les montagnes eussent lancé par-dessus le lac leurs bonnets de neige.) « Oui, ma Gilberte, regardons souvent là-haut. Un beau jour, nous y verrons surgir un point noir, qui s’élargira en deux ailes de toile, et notre Bernard descendra. Il reviendra par un chemin sans souillures. La tache de boue emportée au départ sera devenue comme cette poussière si fine, tu sais, qui danse dans un fil de soleil à travers une chambre obscure. Mais elle ne sera plus visible, puisque, pour regarder là-haut, nous ouvrirons tout grands les volets. »
En achevant cette phrase, Claircœur prit la lettre de Bernard. Elle la déchira en tout petits morceaux, puis, avançant le bras, elle lança le paquet de ces petits morceaux par-dessus la balustrade, entre les rameaux pendants de la glycine.
Gilberte bondit, courut au bord. Craignait-elle qu’il n’en restât des débris parmi les feuillages ?
Sur l’eau, d’une pureté transparente, et qui verdissait au large, la lettre déchiquetée formait un menu tas blanc. Mais le mouvement de la houle, si faible qu’il fût, le désagrégeait déjà. Des poissons, croyant à une proie, sautèrent à plusieurs reprises, dispersant, engloutissant les parcelles. Des courants mystérieux en entraînèrent d’autres. Quelques-unes restaient, s’attardaient au balancement d’une vague. Et il y en avait qui filaient vers le large, poussées par une brise qu’on ne percevait pas.
Gilberte s’obstinait à rester jusqu’à ce qu’elle ne distinguât plus la moindre tache claire sur l’eau sombre. Sa marraine la prit à la taille :
— « Viens, c’est fini. Rentrons. »
La jeune fille embrassa tante Gil longuement, en silence. Mais ses lèvres frémissaient, comme d’une parole qu’elle n’osait dire.
— « Tais-toi, ma Gilberte. Donnons-lui le crédit de l’avenir, comme il le demande.
— Ce n’est pas cela. Vous êtes bonne… généreuse… Mais… l’argent ?
— Quel argent ?
— Celui du… du chèque.
— Dame… une somme assez forte, au moins relativement.
— Relativement… à quoi ?
— Au besoin que j’en avais, comme argent comptant, disponible… C’est Grandet qui venait de le déposer à mon compte à la Société Universelle. Tu as bien vu… dans la lettre de ton père… Il parle d’un certain Grandet.
— Un nom de Balzac, marraine.
— Oui, un nom. Et un personnage aussi, de Balzac. C’est un monsieur qui, de son métier officiel, fabrique des caisses à fleurs, des caisses en bois, en zinc… Mais, sa véritable caisse, est celle qu’il ouvre aux gens de lettres dans la débine… Il leur avance de l’argent, et se rembourse, avec usure, sur leurs reproductions à la Société des Trente mille lignes.
— Marraine… C’est donc vrai ?… Tu es dans l’embarras ?
— J’ai eu de fortes dépenses, cette année. Je ne publie pas de roman. Et… mes petites valeurs… je ne peux pas les vendre toutes, sans trop de perte.
— Toutes… oh ! marraine, tu en as vendu !… Mais, ce n’est pas pour cette chose… pour… Papa se trompe. Personne ne t’a demandé de… de payer… des dettes ? »
Claircœur eut un éclair dans les yeux.
— « Tu n’as pas cru cette vilenie ?
— Oh ! non », cria impétueusement la jeune fille. « Croire cela de lui… jamais !… »
Sa marraine la regarda. De pâle qu’elle était, Gilberte devint pourpre.
— « Je t’en prie, marraine… Tu n’as pas à me faire ces yeux-là. Marcel Fagueyrat est un galant homme, qui ne demanderait pas de l’argent à une femme. Voilà tout ce que je veux dire. Et je le sais. Avant lui, j’avais pris une piètre opinion de ces messieurs. J’avais vu ce qu’ils valent. Pas un qui sache respecter une jeune fille. Pouah ! Des gens âgés, des amis de vos parents, des puissants qui tiennent votre sort dans la main. Les lâches !… quelle honte !… Eh bien, marraine, il y en a un… Et c’est un acteur, qu’on dit léger… Un homme jeune, un homme à succès. Il m’ouvre une carrière, il me prépare à y entrer, il me donne des leçons… Tu n’es pas toujours là… Nous jouons des scènes passionnées… Eh bien, marraine, il ne m’a pas dit une parole qu’il n’eût dite devant toi. Il ne m’a pas effleurée du bout du doigt. Il n’a pas eu un regard, pas un mot qui m’eût gênée. Il n’a pas risqué, même en plaisantant, l’ombre d’une déclaration…
— Il est donc capable d’un sentiment profond, d’un amour délicat !… » prononça lentement Claircœur, avec un étrange sourire. « Tant mieux ! j’avais si grand’peur que non.
— Marraine !… » cria Gilberte, éperdue.
— « Ne lui permets pas encore de te le dire. Mais, va, petite fille… ne te tourmente pas de son silence… »
Elle s’interrompit. De nouveau, la tête de sa filleule cherchait le refuge de son épaule, mais dans une émotion si nouvelle, si violente, que tante Gil, appuyant sa joue contre la coquille brune et lisse des cheveux charmants, eut un cri troublé, — un de ces cris dont l’accent bouleverse l’âme qui les exhale, et lui restent en écho pour lui attester ce qu’elle a souffert :
— « Mon Dieu !… Comme tu l’aimes !… »