A L’EXEMPLE DES ABEILLES

J’ai dans ma cour, au pied de beaux arbres fleuris,

Un rucher bigarré fait de vibrantes ruches ;

On dirait un hameau sous les verts tamaris,

Un hameau de couleur au pays des perruches.

Les bruits frais des torrents, des ruisseaux, de la mer,

Autour de ma fenêtre enroulent leurs murmures ;

Sans quitter ma maison, je puis, par un jour clair,

Me croire au cœur profond de la verte nature.

En proie au dur travail qui bourdonne en son flanc,

Le rucher au soleil ronfle comme une usine.

Ah ! pourquoi tout à coup, ivre et tourbillonnant,

S’en échappe un essaim qui va vers la colline ?

Abeilles au vol sûr, je vous vois tour à tour

Porter le pollen blond et le nectar qui grise ;

Chaque instant le rayon de miel se fait plus lourd.

Vous remplissez l’azur d’une belle surprise.

Je perçois grâce à vous les puissantes odeurs

Des grands arbres mirant leur ombrage aux fontaines,

Vous portez jusqu’à moi l’enivrement des fleurs

Et l’âme des beaux jours chante en vos ruches pleines.

Séduits par votre exemple, ô peuple merveilleux,

Mes espoirs sont partis dans le vent qui les berce,

Mais rapporteront-ils à mon cœur anxieux

Le pollen du bonheur et le miel de l’ivresse ?

Quand un de vos essaims tournoie, ardent et nu,

Ayant abandonné le trésor des cellules,

Avant de se poser dans quelque arbre inconnu

De la grande forêt pleine de crépuscule,

Je rêve de quitter la paisible maison

Où j’ai mené des jours d’une existence sûre,

Pour aller je ne sais vers quel autre horizon

Affronter les périls d’une belle aventure.