AU BEAU LYS DE FRANCE

La lune verte luit au front d’un cocotier ;

Et tout en admirant son beau reflet sur l’arbre,

Je songe à ce vieux parc de France, aux bancs de marbre

Où je vous vis sourire au détour d’un sentier.

Ainsi passe ma vie aux belles Iles bleues.

Que ce soit dans le jour, dans l’aurore ou la nuit,

Chaque fois qu’un instant de beauté me séduit,

Mon rêve refranchit plus de trois mille lieues.

Je pense à vous devant la mer et les torrents,

Devant l’écoulement rapide des rivières,

Au chant des alizés sous les planètes claires,

Au souffle des palmiers plantés en libres rangs.

Votre nom que jamais je ne dis à personne,

Comme un beau vers je vais le chantant sur les monts ;

C’est d’un charme infini sous nos grands cieux profonds ;

Ainsi qu’un grave écho longuement il résonne.

Dans le brasier des soirs éblouissants de feux

Je crois voir d’un vaisseau les lumineuses voiles

Et jusqu’à l’heure tendre où naissent les étoiles

Je contemple la mer en songeant à vos yeux.

Par les nuits qu’une lune énorme idéalise,

Votre fantôme passe et repasse sans fin ;

De votre jeune corps tous mes désirs ont faim

Et ce sont vos odeurs qui parfument la brise.

Lorsque je sors la nuit, pour apaiser le mal

D’un pauvre être agité qui souffle et qui délire,

Votre cher souvenir m’accompagne et m’inspire ;

Ah ! que de fleurs alors sur le chemin banal !

Voilà bientôt dix ans que les printemps de France

Ont fleuri vaporeux et verts loin de mes yeux ;

Et pourtant, je redis le nom délicieux,

Je pense encor à vous, malgré l’horrible absence.

Mais hélas, je vieillis et les rêves sont fous.

Je vois toujours leurs feux du haut de mes fenêtres,

Mais les grands paquebots ne portent plus vos lettres,

Je n’ai nul confident à qui parler de vous.

Je songe bien souvent aux paroles sincères

Dont vous avez bercé l’espoir de mon retour ;

Quand vos yeux aux lacs purs de leurs prunelles claires

Miraient encor le ciel profond de mon amour…

Je demande parfois au vent quand il voyage :

« N’as-tu pas vu la Fleur splendide du printemps ?

Puis-je espérer encor, exquis et repentant,

Retrouver le divin, le merveilleux visage ? »

Et le vent me répond : « Reste au bord des grands bois

Et garde dans tes yeux l’image qui t’est chère.

Ne va pas soulever le voile du mystère.

Il ne faut plus songer aux beaux yeux d’autrefois. »

Alors, je crie au loin, sous la lune émouvante :

« Beaux yeux, beaux yeux charmants, qu’êtes-vous devenus ? »

Rien ne répond ; l’Océan bat les récifs nus

Et son sanglot jeté dans la nuit m’épouvante.