CHANSON DE L’OISEAU MORT

J’avais sept oiseaux dans la cage d’or :

Six couleur de pourpre, aux becs de turquoise ;

Le dernier plus sombre et couleur d’ardoise.

Et ce pauvre oiseau de tristesse est mort.

Depuis qu’il est mort dans la claire cage,

Mon cœur aime moins les autres oiseaux.

Il manque au concert la flûte sauvage,

L’esprit des grands bois et des grands roseaux.

Ceux qui sont restés chantent les prairies,

La colline en fleur et le verger bleu ;

Mais l’oiseau défunt chantait, comme un dieu,

L’air inviolé des forêts fleuries.

Toujours son beau chant montait gravement,

Puis s’éparpillait en roulades hautes ;

Il pleurait l’azur en poignantes notes

Où je retrouvais mon propre tourment.

Au soleil couchant il battit de l’aile.

Je n’entendrai plus la divine voix.

Ah ! te voilà morte, ô lyre fidèle,

Morte en ta prison, loin de tes grands bois !