LA MAISON AUX ABEILLES
Modeste est ma maison, mais fort je la chéris
Au doux feu des heures vermeilles !
Car elle communique avec les bois fleuris
Par le fil d’or de ses abeilles.
Tel parfum qui flotta sur le morne embaumé
Et qui subit le sort des roses
Vit encor, souvenir adorable de mai,
Dans l’étui des cellules closes.
Tel nectar, diamant liquide dans la nuit
Ou rosée à perle tremblante
Dort maintenant, plus blond que le suc d’un beau fruit,
Au cœur chaud de la ruche ardente.
De l’aube au soir l’essaim ardent et régulier
Apporte à ma cour des messages.
Je sais quand « l’épineux » porte des fleurs d’argent
Et quand c’est le mois des orages.
Je sais que les poix doux sont pleins de « sucriers »
Et les flamboyants d’oiseaux-mouches
Et que les agoutis gambadent par milliers
Dans le sentier des vieilles souches.
Je sais que l’ortolan roucoule à la fraîcheur
Du courbaril près de la source
Et que l’étang où vient s’abreuver le chasseur
Mire les feux de la Grande Ourse.
Je sais que la campagne est un vaste bouquet
De fleurs, d’odeurs et de musiques
Où le maigre coucou, de bosquet en bosquet,
Chasse les guêpes métalliques.
Ce soir, on est au mois où l’amour met le nid
Comme un trophée au cœur des branches ;
Et mes vers accouplés volent vers l’infini
Comme des vols d’aigrettes blanches !