LE VENT DU SUD
A vous troupe légère
Qui d’aile passagère
Par le monde volez.
Joachim du Bellay.
Le doux vent que l’on respire,
Par ce beau jour d’odeurs,
Apporte l’âme en délire
Des flots et des fleurs.
Non, ce n’est pas de ces plages
Que vient le vent frais,
Il a fait de beaux voyages.
(O Mers, ô Forêts !)
Il a charmé l’Atlantique
De son rêve fol,
L’odeur de la Martinique
Flotte dans son vol.
Il a frôlé la grenade
Aux divins vergers
Et la limpide Barbade
Aux arbres légers.
N’est-ce pas, pur et tonique,
Sur les ajoupas,
L’air de la brune Amérique
Où sont les pampas ?…
Il traîne par le tropique,
Tenace témoin,
Quelque chose d’exotique
Qui vient de plus loin.
Il a bu le sel des îles
Désertes où les bois
Ont des notes plus subtiles
Que tous les hautbois.
Il a chanté sur cent grèves
Avec les oiseaux,
Il a bercé mille rêves
Et mille roseaux.
Il a gonflé mille voiles
Sur les chaudes mers
Et frémi sous mille étoiles
Aux cieux pleins d’éclairs.
Il donne la nostalgie
De pays lointains.
Mon âme s’est élargie
D’espoirs incertains.
Ah ! ce n’est pas de nos plages
Que vient le vent frais.
Il a fait de grands voyages.
(O Mers, ô Forêts !)
Vent qui pousses les nuages
Vers le nord frileux
Et te complais aux ombrages
Hantés de paons bleus.
Toi qui sèmes à nos portes
L’or des orangers,
Prends avec les feuilles mortes
Mes rêves légers.
Prends mes chants et sème-les
Sur toutes les mers
Et que toutes les forêts
Respirent mes vers.
Emporte au loin par le monde
— Divin troubadour —
L’ivresse pure et profonde
De mon cœur trop lourd !