X

Les fenêtres sont d’or à chaque crépuscule.

Un volcan de splendeurs éclate au couchant vert.

Malheureux est l’esprit qui se sent incrédule

Devant l’immensité du ciel et de la mer.

XI
L’ILE BLEUE

Dominique, où le sort a voulu que je vive,

Il n’est nul voyageur que n’enchante ta rive.

Le front du Diablotin plus haut que le Pelé

Est souvent de vapeurs et de brouillards voilé.

Dans tes vallons fleuris courent trois cents rivières.

Mille arbres merveilleux parfument tes lisières.

Tu protèges encor au bord de tes forêts

Dans deux hameaux lointains et bercés des vents frais

Le Caraïbe habile à monter sa pirogue…

Dans les eaux de ta plage où le goémon vogue

De lumineux poissons brillent les cent couleurs.

Tes coquillages ont l’éclat riche des fleurs.

Sur tes sables d’argent que hantent les tortues,

Lorsque les grandes voix des lames se sont tues,

Des crabes aux yeux droits courent en bataillons…

A l’heure où de tes bois partent les papillons

Qui forgent à tes fleurs de mobiles couronnes,

On voit planer dans l’air les ailes monotones

Des frégates glissant dans l’immobile azur

Sur la sérénité de ton beau golfe pur.

Il n’est pas de serpents dans tes savanes claires,

Les lianes en fleurs sont tes seules vipères.

Tes derniers « diablotins » à jamais sont partis

Mais ta vierge forêt regorge d’agoutis,

De perroquets plus verts que les plus verts feuillages,

De lézards aux yeux d’or, de sarrigues sauvages

Et de beaux ramiers bleus dont le roucoulement

Chante la solitude et le recueillement.

O mon île boisée, enchantement des mers,

Les flots autour de toi dansent des ballets verts

Et comme un petit monde où le bonheur réside

Tu chantes au soleil sous l’alizé rapide.

Vierge et libre à jamais, Eldorado charmé,

Dont les vents aux vaisseaux portent l’air embaumé,

Tu ne seras jamais la conquête de l’homme.

Tu lui donnes tes fruits, ton miel au pur arome,

Mais tu seras toujours, ô reine des forêts,

Le sauvage oasis, l’Hespéride au ciel frais.

Et quand d’autres pays auront perdu leurs palmes,

Que leurs cieux seront veufs des oiseaux aux vols calmes,

Tu garderas encor comme aux jours de jadis

Le charme inviolé des anciens paradis.

Permets qu’en te louant, pays, je me souhaite

D’être inspiré longtemps par ta beauté parfaite

Et de pouvoir, au chant de tes arbres épais,

Vivre encor de beaux jours de soleil et de paix.

XII
LE SOUVENIR

Je veux encor aller revoir la mer changer

De couleur, rire

Comme en délire,

Et mourir, vague molle au pied de l’oranger.

Je veux aller revoir la maison blanche

Au bord des flots,

Où jadis le chant bleu des mers et leurs sanglots

Se mêlaient au cantique admirable des branches.

Je serai seul sur le rivage harmonieux

Et dans la brise

Sur la mer grise

Des vols d’oiseaux seront comme de noirs adieux.

Ah ! ce n’est plus le temps fleuri de la jeunesse !

Vous m’étiez chers

Soirs bleus, soirs verts,

Pleins de tendresse,

Vous étiez beaux

Soirs si nouveaux

Où chaque flot chantait un hymne d’allégresse.