¶ Le .xlvii. arrest.

A la plainte et requeste de plusieurs grans amoureux ont esté baillees par ladicte court de ceans certaines lettres de commission par vertu desquelles inhibitions et deffences ont esté faictes a je ne sçay quelz goffriers et patissiers que doresnavant ilz ne fassent plus leurs goffres & leurs gasteaulx devant les lieux et esglises ou l'on va en pellerinaige a celle fin que la fumee de leur feu ne leur puisse faire mal aux yeulx & que par cedit moyen ilz puissent bien a leur aise saluer et regarder leursdictes dames en allant & en retournant. Ausquelles inhibitions et deffences les dessusditz patissiers se sont oposez & disoyent pour leurs causes d'opposition qu'ilz gangnent leurs vies a faire les dessusdites goffres et que leur mestier requeroit que ilz besongnassent a jour de feste et au pres des lieux et esglises ou le peuple va/ car se ilz faisoyent ailleurs leursdictes gofres personne n'en yroit achapter Et aussi on ne les pourroit manger chauldes/ pourquoy ilz soubstenoient tousjours leur opposition en concluant que a tresgrant tort et mauvaise cause lesditz galans amoureulx en perseverant en leurs demandes disoyent que pour riens du monde l'en ne debvoit souffrir lesdictz gauffriers besongner au pres des lieux et eglises par plusieurs moyens premierement/ car ilz empeschent le chemin et la voye publique/ et ne s'i peult l'on contourner sans bouter l'ung l'autre Secondement car quant les rues sont estroictes ilz contraingnent lesdictz gallans a passer par l'autre & ne peuent aulcuneffoys a cause de leursditz tabernacles approcher de leursdictes dames pour leur dire a dieu ou ung mot en passant qui leur est ung moult grant desplaisir. Tiercement car par le moyen du feu a quoy ilz cuisent leursdictes gauffres il vient une fumee sy grande et si maulvaise que lesditz gallans sont contrainctz de cleigner les yeulx/ et perdre la veue de leurs dames sans sçavoir que elles deviennent ne s'elles les ont apperceuz qui d'aultre costé leur est moult grant martire Et pource veuz les dessusdictz inconveniens que lesdictz gauffriers/ et patissiers devoyent estre condampnez a vuyder et faire leursdictes gauffres aultre part/ et que lesdictes deffences leurs avoyent esté justement faictes. A ses fins concluoyent et demandoyent despens Surquoy lesdictz gauffriers disoyent que ilz avoyent jouyssances escriptes de faire illecques lesdictes goffres parquoy les inhibitions n'estoient recepvables/ disoit oultre que lesditz amans ne pouoyent avoir dommage mais estoit leur grant proffit que ilz le fissent es lieux ou ilz avoyent acoustumé car aumoins avoyent ilz par le moyen desditz gauffriers occasion de parler a leurs dames et de leur en presenter en concluant comme dessus. lesquelles parties ouyes en tout ce qu'elles ont voullu dire et proposer elles ont esté appointees en droit a mettre par devers ladicte court et au conseil. si a la court finablement veu le dessusdict procés/ et tout veu et consideré ladicte court dit que a bonne & juste cause lesditz inhibitions & deffences ont esté faictes ausdictz patissiers et gauffriers et que a tort et maulvaise cause ilz se y sont opposés & veult et ordonne la court/ que lesdictz gauffriers et patissiers seront contrains a aller cuire et faire leurs gauffres aux carrefours et aillieurs aultre part ou bon leur semblera sans eulx approcher desdictes eglises et lieulx ou l'en yra en pellerinaige de deux ou aussy de troys rues loing sur peine d'estre griefvement pugnis et les condempne la court es despens de ceste instance ladicte tauxation reservee.