XII
L’oracle.
Le lendemain, je me rendis d’abord à la place qui est près du temple d’Achmoun et du port marchand. C’est le grand marché d’Utique. Elle est entourée de hautes maisons à piliers, et sous les piliers il y a des voûtes où sont les boutiques des marchands. Leurs magasins sont dans des cours, à l’intérieur des maisons. On peut voir sous ces voûtes toute espèce de marchandises de Libye, des cuirs crus et travaillés, des pierres fines propres à la gravure, du cuivre de Numidie, des peaux de lion de l’Atlas, des lanières de cuir d’hippopotame du lac Triton, des dents d’éléphant du Macar, des blés du Zeugis et du Byzacium, des laines de chez les Libyens Garamantes. Je consacrai une partie de la journée à faire mes achats en ivoire, dont je me procurai, à de bonnes conditions, une très-grande quantité. Mes opérations marchaient à souhait. Le soir, je me rendis chez mon hôte en compagnie d’Hannibal et d’Amilcar. Hannon et Chamaï préféraient courir la ville avec Abigaïl et Chryséis, et Bicri se divertissait en compagnie de Gisgon, d’Asdrubal et d’Himilcon. Mon hôte Barca, riche armateur de la ville, nous avait fait préparer, sur la terrasse de sa maison, une tente de belles étoffes sous laquelle on servit un repas magnifique.
A la fin du festin, on apporta le vin et on fit venir des musiciennes et des danseuses, pour divertir l’assistance. Parmi les esclaves de Barca se trouvait un vieux Libyen qui connaissait tous les chants et traditions de son peuple, et qui nous raconta des choses extraordinaires sur son origine.
D’après cet homme, il y aurait eu autrefois au sud de la Libye une très-grande mer[*], recevant plusieurs fleuves. Au sud de cette mer était le pays des hommes noirs, pareils à des singes. C’était le vrai lac Triton ou Pallas, et les lacs que nous appelons maintenant Tritons, et qui forment une chaîne au pied des monts Atlas, depuis le voisinage de Gadès sur Syrte jusqu’au sud de Karth[1] en Byzacium sont ou des marais produits par le déversement des deux grands fleuves qui viennent des montagnes du sud, et dont les eaux sont arrêtées par l’Atlas, ou des restes de cette mer quand ils sont salés. Il y a donc un premier gradin de montagnes et de plateaux, tout au sud, qui versent leurs eaux jusqu’aux Tritons et à l’Atlas, et un deuxième qui verse les eaux de l’Atlas, comme par exemple le Macar ou Bagrada, dans la Grande Mer. Mais plus à l’ouest il y a d’autres fleuves dont la source vient de l’Atlas, qui se tarissent actuellement dans les sables, et qui se jetaient autrefois dans la grande mer du sud, laquelle communiquait à l’Océan. Ainsi, il y a des centaines et des centaines d’années, la Libye était bordée, au sud du plateau sur lequel l’Atlas s’élève au nord, par l’Atlantique qui pénétrait jusque dans la Syrte et près de l’Égypte. La Libye était alors une presqu’île, que le détroit de Gadès ne séparait pas encore de Tarsis. Mais le détroit de Gadès était un isthme, et la mer faisait le tour de la Libye par sa côte nord actuelle, par les Syrtes, la séparant de l’Égypte par un bras assez étroit, par le sud, où elle occupait la place où sont maintenant les sables, et par l’ouest, où elle rejoignait l’Océan.
A la suite de violents tremblements de terre, les Libyens disent que l’isthme de Gadès fut rompu et changé en détroit, et que la mer, se déversant d’un côté par les Syrtes et de l’autre par le midi de la Libye, s’écoula vers la Grande Mer et vers l’Océan ; du côté de la Grande Mer elle inonda tout, et je le crois volontiers, car les Sicules racontent qu’il y a de longues, longues années, leur terre tenait par un isthme celle des Vitaliens, et nous-mêmes, Phéniciens, nous nous souvenons de ce terrible déluge qui dans ces temps reculés sépara Kittim de la terre ferme. A l’ouest, la mer, en s’écoulant dans l’Océan, submergea nombre d’îles dont il ne reste aujourd’hui que les îles Fortunées, dont je parlerai plus tard. Ces archipels offraient, même pour des barques, une communication facile avec la grande terre des Atlantes, à l’ouest de laquelle est encore une autre grande terre. Mais l’Atlantide a disparu, et avec elle toute communication avec la grande terre de l’extrême ouest. C’est de là que disent être venus les Libyens, tant les Libyens rouges que les Libyens blancs ; ils marchèrent vers l’est, fondant les villes et répandant le culte de leurs dieux, qui sont le Dionysos et la Minerva des Helli et des Vitaliens, et aussi le Dzeus Libyen que nous appelons Baal Hamoun, et ce sont eux qui fondèrent des villes en Égypte avant les Égyptiens. Puis les Pélasges vinrent à leur tour en Libye, conduits par Melkarth Ouso, et s’en retournèrent après vers l’est, comme ils le racontent encore maintenant, et comme les Helli le racontent d’après eux. Puis les terres se rompirent, les mers se précipitèrent, le monde devint comme il est maintenant, et les dieux protégèrent les gens de Sidon, rois de la mer, qu’on vit apparaître partout sur leurs navires, trafiquant, exploitant les mines, fondant les villes, répandant les arts et la connaissance de l’écriture.
Je ne saurais dire combien les récits du vieux Libyen nous intéressèrent. Hannibal s’écarquillait les yeux à force de l’écouter, poussant des exclamations de surprise. Pour moi, je n’étais pas étonné, car j’avais pensé souvent à toutes ces choses, mais jamais je ne les avais si clairement entendues. Je me couchai la tête troublée, et dans la nuit je rêvai que je découvrais la terre à l’ouest de l’Atlantide et que j’y faisais un merveilleux voyage. Quand je me réveillai de mon rêve, je formai intérieurement la résolution de pousser une pointe vers l’ouest et d’y faire un voyage de découverte, après que j’aurais fini mes affaires en Tarsis.
Le troisième jour de mon arrivée à Utique, Adonibal me fit demander. Je me rendis aussitôt au palais amiral, dans la grande salle à coupole d’où l’amiral peut voir la ville, la mer et le port.
« Quand pars-tu, Magon ? me demanda le suffète.
— Je compte partir après-demain, lui dis-je. J’ai fait mon chargement.
— Bien. Voici des lettres pour les suffètes de Rusadir et de Gadès, me répondit-il. Je te donne aussi dix bons marins pour compléter ton équipage, vu les pertes que tu as faites, dans le cas où tu réussirais à mettre la main sur Bodmilcar. Tu sais que l’homme est de taille à se défendre.
— Je te rends grâce, répondis-je au bon Adonibal, et tu peux être assuré que je ferai de mon mieux.
— A propos, me dit l’amiral, donne-moi donc cinquante sicles si tu les portes sur toi.
— Bien volontiers, maître, répondis-je. Mais me diras-tu pourquoi je te dois cinquante sicles ?
— Oh ! ce n’est rien, reprit l’amiral de son ton facétieux : le prix de deux Ligures que tes hommes m’ont à peu près tués. Je ne t’en parlerais pas, mais tu sais qu’il faut tenir ses comptes exactement : c’est le premier principe d’un bon Phénicien. Pour ce qui est de tes assommeurs de Ligures, tu n’as qu’à les aller réclamer au cachot, là en bas ; voici l’ordre pour qu’on te les délivre. Ils sont en train d’y cuver honorablement leur vin.
— Ah ! ah ! dis-je en riant, tu me les as fait ramasser pour me prouver que ta police est bien faite. Te souviens-tu, maître suffète, quand j’étais timonier à bord de ton navire, et que tu vins me réclamer dans la prison de Kittim, où ils m’avaient mis, parce que j’avais cassé la tête au gros marchand de Séhir ?
— Oui, oui, fit joyeusement le suffète. Nous étions jeunes dans ce temps et je commandais l’Achmoun, un joli bateau. Moi aussi j’ai fait du bruit quand j’étais matelot et pilote et que j’arrivais à terre la bourse bien garnie. Maintenant je suis vieux, je ne peux plus naviguer, et je suis échoué ici sur le rivage comme une vieille carcasse démâtée. Je rends la justice au peuple : quand on est jeune, on s’amuse à fendre les têtes, et quand on est vieux, les faire couper !
— Qu’est-ce qu’ils ont fait, mes garçons ? demandai-je.
— Il paraît, me répondit l’amiral en riant, qu’ils s’étaient mis dans la tête de faire danser un prêtre de Dionysos. Ils l’avaient emmené boire avec eux, l’avaient enivré, lui avaient barbouillé la figure de rouge et de bleu, et voulaient absolument le faire danser. Là-dessus, des soldats ligures ont tenté de mettre le holà et de protéger le prêtre. Tu comprends que tes garçons n’ont pas perdu cette belle occasion de querelle ; deux Ligures sont restés sur le carreau, et la garde amirale étant survenue au tapage m’a conduit quatre de tes ivrognes, que je me suis empressé d’envoyer au cachot. Mais je ne les ai pas fait fouetter : tu sais que je suis indulgent pour les gens de mer. Délit commis à terre, délit oublié : il faut bien que le marin s’amuse, et on a beau être vieux et amiral, on se rappelle le temps où on était jeune et pilote. »
Je descendis au cachot, qui est dans de grandes salles voûtées et sans lumière construites sous le palais. Les unes servent de prison et les autres de dépôt d’armes et de munitions. Dans l’une de ces caves, je reconnus, à la lueur d’une torche que portait le guichetier, Bicri et trois de nos matelots, l’oreille fort basse. Après que je les eus fortement sermonnés, malgré mon envie de rire, je les envoyai consignés à bord. Ils ne se firent pas prier pour déguerpir, car les cachots du palais amiral ne sont pas précisément un lieu de plaisance, et on n’en sort généralement que pour aller à la croix ou à la potence.
En remontant sur le quai du Cothôn, je me rendis à l’Arsenal par le passage souterrain pratiqué sous les quais, et je m’occupai, le reste de ce jour, du radoub de mes navires, qui fut terminé le soir même. J’en fus si content, qu’en revenant à bord je fis grâce à mes tapageurs, leur accordant encore la journée du lendemain pour se réjouir avant le départ.
J’employai cette journée à me rendre tout seul, en compagnie de l’esclave Libyen de mon hôte, à un petit temple de Baal Hamoun qui est dans la campagne, à peu de distance de la ville d’Utique.
Ce temple est au milieu d’une vaste et sombre forêt. Il est oblong, voûté sans porte ni fenêtre, n’ayant qu’une petite ouverture au dôme, par laquelle sort la fumée des sacrifices. On y pénètre par un passage souterrain, caché dans des broussailles sous une grosse pierre[*]. Trois vieux Libyens demi-nus, qui nous attendaient là, écartèrent la pierre, après avoir causé à voix basse avec l’esclave. Par le souterrain, j’arrivai dans une petite salle obscure, d’où j’entrai dans une seconde salle en me glissant entre le mur et une pierre plate posée de champ qu’on faisait tourner comme une porte sur ses gonds. Cette seconde salle était éclairée par deux lampes rougeâtres et fumeuses. Au fond, il y avait une autre pierre plate dans laquelle était percé un trou rond. On me fit rester dans cette salle, et un des Libyens, faisant tourner la pierre, me laissa jeter un regard dans la troisième salle. Elle était toute petite, et au fond, dans une niche, était une pierre incisée et tailladée qu’ils me dirent être le dieu. Sur leur ordre, je me prosternai par trois fois, puis ils amenèrent devant la niche un mouton noir dont l’esclave m’avait fait munir, et l’égorgèrent là, en faisant couler son sang dans une pierre creusée qui était par terre. Après cela, ils sortirent, refermèrent la pierre de la troisième salle où il ne resta que la niche, le dieu et le mouton égorgé, puis me dirent d’appliquer mon oreille contre le trou de la pierre plate, ce que je fis. Aussitôt ils éteignirent les deux lampes et nous restâmes dans une obscurité complète.
Je me prosternai.
« Homme phénicien, dit une voix sourde, qui sortait de dessous terre, du fond du caveau, que me veux-tu ?
— Oracle du dieu Hamoun, répondis-je saisi d’émotion, je veux savoir de toi si je dois naviguer à l’ouest, passé le détroit de Gadès, et s’il s’y trouve des terres ?
— Elles s’y trouvent, répondit l’oracle.
— Faut-il aller vers le nord pour les trouver, repris-je, ou vers l’ouest franc, ou vers le sud ?
— Elles sont, répondit l’oracle, au nord, elles sont à l’ouest, elles sont au sud.
— Mais, dis-je enhardi, quelle est la meilleure route à tenir ? Doublerai-je le promontoire Sacré, ou reconnaîtrai-je d’abord le cap de Gadès ?
— Tu m’en demandes plus qu’un mortel n’en doit savoir. Laisse-moi, je ne puis plus répondre. »
Les Libyens firent tourner la première pierre, et nous sortîmes à tâtons par le souterrain. Je leur fis un beau présent, et je retournai vers la ville, ému, perplexe, mais plein de confiance, et résolu à chercher des terres nouvelles en dehors du détroit de Gadès, dans le grand Océan.
En revenant, je demandai à mon Libyen s’ils avaient beaucoup de temples souterrains pareils en Zeugis et en Byzacium. Il me dit qu’ils en avaient de plus beaux dans l’intérieur du pays, construits régulièrement avec des voûtes et des dômes, mais que les plus anciens, les vrais temples des Atlantes, étaient faits comme celui que nous venions de voir ; qu’il y en avait se composant seulement de deux pierres plates non taillées, posées de champ, avec une troisième placée par-dessus ; d’autres d’un plus grand nombre de pierres forment une allée couverte ; que les uns étaient à découvert, et que d’autres étaient cachés sous des monceaux de terre formant une colline ronde. Au sommet de ces collines, ils avaient quelquefois trois pierres placées deux de champ et l’autre par-dessus, et il y avait des cercles de grandes pierres autour de la colline. Les unes étaient des temples, d’autres des tombeaux, et il y en avait qui, par leur nombre couvraient une grande étendue de terrain. Quand on suivait ces groupes de temples, tombeaux et collines artificielles, on pouvait voir que leurs rangées formaient l’image d’un homme, ou d’un serpent, ou d’un œuf, ou d’un scorpion. Voilà ce que disait mon Libyen. Mais quand je lui demandai ce que signifiaient ces images, et pourquoi ces temples étaient les uns souterrains, les autres découverts, et ce qu’étaient les tombeaux de cette forme, je ne pus rien tirer de lui, sinon que c’était de la magie et de grands secrets qu’ils tenaient de leurs pères. C’est tout ce que je pus apprendre.
Le lendemain, de bonne heure, je m’en fus, avec la permission du suffète amiral, faire puiser notre provision d’eau dans les belles citernes du quai. Elles sont à deux compartiments : l’un qui reçoit l’eau trouble des pluies découlant des rues dallées, des quais et des terrasses ; l’autre qui reçoit cette eau quand elle a reposé et s’est clarifiée. Les deux compartiments communiquent par des robinets en pierre à tête carrée, qu’on tourne au moyen d’une clef de bois. Toutes les maisons particulières et tous les établissements publics de nos villes de Libye ont de semblables citernes, et dans les villages de la campagne il y a aussi des citernes découvertes se composant de deux cercles accolés, dont l’un sert de réceptacle et l’autre de réservoir.
Hannibal, qui s’était diverti à visiter les remparts, me dit qu’ils étaient aussi bâtis sur citerne. Il les trouvait fort beaux. Ces murs de blocage n’ont pas moins de vingt-quatre coudées d’épaisseur à la base et dix-huit au sommet. Aux deux tiers, au-dessus de la portée des béliers, les logements des soldats sont pratiqués sur deux étages dans l’épaisseur du mur, et on y monte par des rampes en pente douce. A trois quarts de portée d’arc en avant est une seconde ligne de murs moitié moins hauts, et plus avant encore, une palissade avec retranchement et fossé. Seulement, Hannibal avait observé sur la droite de la ville, tirant de l’Arsenal vers la campagne, un point faible, attendu qu’il était dominé par une hauteur, et il jugeait qu’on devrait y bâtir un fort couvrant cette hauteur et la joignant aux murs de la place. Sur ce point, je suis de son avis.
Le cadran solaire établi par le suffète au-dessus du palais amiral marquait midi, quand, après avoir fait l’appel et trouvé tout le monde au complet, j’allai prendre congé du bon Adonibal. Le vieux suffète nous fit ses adieux avec toute sorte de souhaits de prospérité, et étant retournés à nos navires, je donnai l’ordre du départ. L’amiral, debout sur son balcon nous regarda partir, et nous le saluâmes de nos acclamations. Derrière nous sortirent quatre autres navires, qui se rendaient à Massalie, aux embouchures du Rhône, avec chargement complet.
On compte d’Utique au détroit huit mille huit cents stades, que les navires rapides franchissent ordinairement en sept jours. Mais je trouvai une mer démontée et un vent du sud des plus violents qui nous contraignirent à une lutte continuelle. Ma navigation fut des plus rudes et des plus fatigantes. Je n’atteignis que le quatrième jour le promontoire des Cabires ou des Sept Caps, qu’on reconnaît ordinairement le deuxième, et je dus tellement courir des bordées au large pour le doubler que je finis par perdre la terre de vue, et que je dus fuir devant le temps par une mer furieuse qui me poussait au nord-ouest. Le septième jour de mon départ d’Utique, je reconnus le grand cap qui est le premier sur la côte, au sud des îles Pityuses[2].
« Tarsis ! s’écria Himilcon, qui causait peu par le mauvais temps, ayant autre chose à faire qu’à bavarder, voilà Tarsis ! »
Tous mes nouveaux se précipitèrent sur le pont ; mais avec les embruns et la pluie qui nous assaillaient sans relâche, il fallait nos yeux à nous pour voir quelque chose.
Je me remis à courir des bordées pour éviter la côte, qui est dangereuse de ce côté. Heureusement que je m’étais outillé à Utique pour faire de grandes provisions d’eau, car dans les parages de l’Ouest on n’atterrit pas comme on veut. J’avais à boire pour quinze jours.
Trois jours d’un combat acharné contre la mer me firent atteindre en même temps la côte de Libye et la fin du mauvais temps. La pluie cessa, le vent restant au sud-est, mais très-maniable. Le soleil reparut, et dans la nuit même, pendant que tous mes passagers dormaient, Himilcon et moi nous reconnûmes les hautes montagnes à pic de Calpe et d’Abyla. Bientôt nos navires passèrent sous cette muraille de rochers qui termine Tarsis au sud, et le matin, nous avions en vue la pointe qui ferme au sud la baie magnifique de Gadès. Sur cette langue de terre basse et plate, la blanche Gadès nous apparut avec ses dômes et ses terrasses, tout entourée de verdure, et bientôt nous rangions l’île où le sémaphore s’élève au milieu des maisons pressées et à côté du dôme du temple d’Astarté. Nous entrâmes dans le bassin du port, qui est à la fois port marchand et port de guerre, tandis que nos trompettes sonnaient et que nous saluions la terre de trois cordiales acclamations. Nous étions arrivés au premier but de notre voyage : nous étions en Tarsis.