XV
La nuit un splendide défilé masqué fut organisé, d'après le dessin du glaive de Valentino «Le Triomphe de Jules César».
Sur un char qui portait l'inscription «Divin César», trônait le duc de Romagne, une branche de palmier dans les mains, la tête ceinte de lauriers. Des soldats entouraient le char, travestis en légionnaires romains. Tout était exécuté exactement d'après les livres, les monuments, les bas-reliefs et les médailles.
Devant le char marchait un homme vêtu de la longue robe blanche de l'hiérophante égyptien et portait une «rypide» sur laquelle était brodé l'héraldique taureau doré des Borgia, dieu protecteur du pape Alexandre VI. Des adolescents en tuniques de drap d'argent, chantaient en s'accompagnant des tympanons:
—Vive diu Bos! Vive diu Bos! Borgia vive!
Gloire au taureau, gloire au taureau, gloire à Borgia!
Et haut, très haut, au-dessus de la foule se balançait l'effigie de la bête, éclairée par le reflet des torches et pareille sous le ciel étoilé au pourpre soleil levant.
Giovanni Beltraffio, l'élève de Léonard, venu le matin même de Florence à Rome, se trouvait là. Il regardait le taureau pourpre et se souvenait des paroles de l'Apocalypse:
«Et ils adorèrent le Fauve, disant: Qui est semblable à lui? Qui peut se comparer à lui?
»Et je vis la Femme, assise sur la bête pourpre à sept têtes et à dix cornes.
»Et sur son front était écrit: Mystère, Grande Babylone, mère des courtisanes et de toutes les horreurs terrestres.»
Et comme celui qui avait écrit ces paroles, Giovanni, en regardant la bête «s'étonnait de suprême étonnement».