Nature.

Lors je vy que dame nature
Ensemble o la parfaicte et pure
L'oultrepasse de corps humains
Prindrent noble cueur par lez mains
Mais gaires long ne cheminerent
Qu'en ung si beau lieu le menerent
Que je tien sur ma conscience
Qu'il n'est cueur si plain de science
Qui proprement pourroit suffire
A la beauté du lieu descrire
Car c'estoit le plushault retrait
Ouquel nature se retrait.
Le lieu ou elle fait et forme
La tresnoble et tresdigne forme
La figure d'humain coursage
Qui est le chief de son ouvrage
Mon regard par leans voloit
Mais ainsi comme dieu vouloit
Entre les autres choses/ une
Je vy/ que n'estoit pas commune
En mille region ne veue
Parquoy mon sens mon cueur ma veue
Versay totalement sur elle
Car belle estoit et plus que belle
C'estoit ung arbre my party
Fourchu dessus/ par tel party
Et de si egalle mesure
Qu'il n'est ou monde creature
Qui bien eust sceu jugier sans faulte:
Quelle part estoit la plushaulte
Fleury estoit/ mais grant merveilles
Vous diray des fleurs et dez fueilles
Que portoient lesdictes branches
Rouges jaulnes perses et blanches.
Plus de dix mille millions
Fleurs il portoit/ tant que nulz homs.
N'eust ja sceu toutes les comprendre
Ne le nombre infiny en rendre
Les unes par oultrage belles
En fleurs et en couleurs itelles
Les autres de maindre beauté
Toutesfoys/ par ma leauté
La moins belle et la plus indigne
Me sembloit belle doulce et digne
Mais telle y avoit difference
Que chescune par apparence
Estoit a chescune insemblable
En forme assez apparcevable
Si estoit point je ne vous celle
A ung petit ray une estelle
Que je fuz assez regardant.
Chescune de ses fleurs rendant
Par diverses impressions
Dont les significations
Je ne peuz oncq ymaginer
Ne en mon cueur determiner
Telle subtile extremité
Mais droit en la sublimité
De l'arbre/ du costé senestre
Je vy sur toutes. croistre et naistre
Une si belle fleur de lis
Que tous autres mondains delits
Et toute beauté naturelle
Furent neant/ au regard d'elle
En telle vertu fleurissoit
Que la haulteur dez cieulx passoit
Et rendoit si souef odeur
Que tout le monde a la rondeur
Et les cieulx mesmes s'emplissoient
Des grans doulceurs qui en issoient
Sur ceste fleur en ung trouppeau
Avoit estoilles ung monceau
Amoncelees et unies
Et leurs grans clartez infinies
Sur la tresdigne fleur gecterent
Et telle grace lui donnerent
Par la vertu que y habunda
Que le nom de fleur du monde a
Or estoit cest arbre planté
Non pas par art ne voulenté
Mais par puissance treshaultaine
Droit ou milieu d'une fontaine
La quelle estoit si ample et large
Qu'il n'y eust fleur qui l'arbre charge
Quant ce venoit aux accidens
Qu'elle ne cheyst dedens
Dont l'eau en estoit trouble et noire
Qui est chose bien forte a croire
Mais tant avoit de sa nature
Qu'elle estoit chaulde par mesure
Et si par rayson destrempee
Que nulle rien ou monde nee
Oncques ne fut si bien ne mieulx
Et son eaue. par quatre lieux
Envoyoit/ qui estoit parfonde
Devers les quatre pars du monde
Lors vy je que les nouveautez
Et les singulierez beautez
Que leans infiniz estoient
Les sens de noble cueur mectoient
En tresgrande admiration
Mais la grant persuasion
De dame nature la sage
Le venoit d'un riant visage
De tout informer et apprendre
Et lui donnoit les poins entendre
Sur le fait de cest arbre icy
Et puis elle luy dist ainsy