Noble cueur.
Femme est la fille a dieu le pere
Et mere a son filz precieux
Amie seule et singuliere
Au saint esperit glorieux
Femme est miroir melodieux
On quel la sainte trinité
Prent tout plaisir delicieux
Tant est plaine de dignité
Femme est le parement des cieulx
La richesse et beauté des throsnes
Elle est le temple au dieu des dieux
La chiere amour des trois personnez
Elle est le fleuron des coronnes
La contemplation des saints
Le chief de toutes choses bonnes
Le reconfort de tous humains
Femme est princesse des archanges
Duchesse en leur chevalerie
Redoubtement de tous les anges
Leur maistresse doulce et cherie
Femme est la fleur de melodie
Le chief d'honneur celestial
Elle est jardin de fruit de vie
Et le vergier imperial
Femme est la cremeur des dyables
La dompteresse des enfers
Le tourment des inagreables
La main qui les a mis en fers
Femme est delivrance des serfs
Relievement du dolant monde
Phisicienne des desers.
La fleur ou toute grace habonde
Femme est de paradis l'eschelle
La porte de beatitude
Recouvrement de vie belle
Destruction de servitude
Femme et le pont de gratitude.
L'ouverture de tout bon eur
Le sauvement de multitude
Et du monde l'espoir plus seur
Femme est la voie de concorde
Riviere de prosperité
Fontaine de misericorde
Montaigne de felicité
Femme est mur contre aduersité
L'estoille qui en mer conduit
Vallee de jouyeuseté
Et le soleil qui tousjours luit
Femme est le tresor de tous biens
De chasteté soleil luisant
L'abondance des terriens
L'escarboucle d'amour cuisant
Le puis ou tout homme est puissant
Benignité et courtoisie
Qui oncques ne fut refusant
Personne qui l'avoit choisie.
Femme est d'humilité l'abisme
Le don de divine promesse
Le feu de charité sublime
L'espargne de toute richesse
Femme est le ruisseau de largesse
Mine de pierres precieuses
Paradis de gloire et liesse
Sourse de doulceurs merveilleuses.
Femme est qui aveuglist nature
Las d'admiration mondaine
Monstre sur toute creature
Quant mere elle est et vierge saine
Femme est qui grace souveraine
A selon nature impossible
Qu'oncques ne fut comprise en vaine
Tant est son merueil invisible
Femme est l'espoir des consolez
Premier reclain de tous prescheurs.
Le reconfort des desolez
Le doulx recueil de tous pecheurs
Impetresse de noz doulceurs
Refuge a toutes gens meffaiz
Medicine de leurs douleurs
Vraie advocate en tous leurs faitz
Femme est. a qui tout homs s'encline
Vive refection des saints
Vigueur et vitesse benigne
Pilier soustenement des vains
Ung desir insolable aux sains
Le vray repos des travailliez.
L'escu de tous perilz souldains
La clarté des cueurs desvoyez
Femme est la vie des malades
Vray secours et refection
Solas et reconfort des fades
Impetrant leur salvation
Femme est qui exaltation
A/ es cieulx sur nature humaine
Et gloire et exultation
Sur toute haulteur souveraine
Femme est a qui ange ne peult
Assez d'onneur ne grace rendre
Ne homme tant y penser veult
Qui peust sa dignité comprendre
Car se chescune herbette ou cendre
Fust clere. comme saint augustin
Et tous y voulsissent entendre
Se n'y pourroient ilz trouver fin
Femme est qu'oncques cueur ne comprint
Ne ne cessa d'esmerveillier
Que jamais pechié n'entreprint
Ne pensement fol ne legier
Femme est l'incorrumpu vergier
Qui de venin n'eust oncques dragme
Ne tache/ qui la peust chargier
Tant en dy pour la vierge dame
Dames sont le jardin fertile
Racine d'umaine nature
L'arbre couvenable et utile
De terrienne nourriture
Dames sont la doulce pasture
Ou il convient tout homme paistre
Et toute humaine creature
Croistre fructifier et naistre
Dames sont entretenement
Du monde/ et ung plaisant secours
Ung pilier ung soustenement
Ung tresmelodieux recours
Elles sont fleuves de doulçours
Une mer de toute plaisance
Ung tresor de riches amours
Et le vivier de souffisance
Dames sont le solas la joie.
Des hommes et tout leur plaisir
Le miroir qui leurs yeulx esjoie
Le ray qui lez mect en desir
C'est ce qui fait homme saisir
En espoir de grant bien avoir
Et que trop fait meilleur choisir
Que nulle richesse ou avoir.
Dames sont le deduit des princes
La regle des bons chevaliers
Et l'onneur des toutes provinces
L'espoir aux vaillans batailliers
L'enseignement des seculiers
La discipline de noblesse
Vergoigne des irreguliers
Et crainte de cil qui honneur blesse
Dames sont enhort de vaillance
Richesse et tresor des vaillans
L'arche de toute bien vueillance
Humble repos des travaillans
Force et vigueur des deffaillans
Cause de toute haulte emprise
Ferme eschellon aux assaillans
Confort en leur blessure et brise
Dames sont cause des bienffais
Du monde et de tout leur affaire
Confusion des imparfaiz
Et qui n'ont vouloir de bien faire
Dames ont pouoir de refaire
Et redrecer tout cueur meffait
Et de tout imparfait parfaire
Et l'anoblir d'euvre et de fait
Dames sont ung throsne d'honneur.
Rabat de toute vilenie
Instruction de belles meurs
La verge de noblesse unie
Le cry de toute baronnie
Reboutement de toute ordure
Chastiement de felonnie
Et de tout qui tend a laidure
Dames sont la doulce rosee
Qui toute ire et fureur estaint
Une pluye bien composee
Dont de mieulx vault quant qu'elle actaint
Dames sont la doulceur ou maint
Toute bonté qui amollist
Par qui le feu de courroux maint
Se radoulcist et abolist
Dames sont cause de tous jeux
En jeunesse et d'abilité
Ravallement des orgueilleux
Instruction d'humilité
Le rosier de fertilité
L'odeur de flourissant olive
La forme de stabilité
Et le vray fruit de saveur vive
Dames sont ung appuy dez fermez
Rochier de toute loyauté
Fontaine d'amoreuses lermes
Parfonde mine de pité
Palais de toute necteté
Cler luminaire de vertus
Plain de doulceur et de beauté.
Mais de bonté encores plus
Dames sont doulceur immortelle
Une richesse inestimable
Chief de plaisance temporelle
Une liesse incomparable
Ung avoir chier et delictable
Ung tresmelodieux tresor
Ung parement plus honnorable
Que precieuse pierre en or
Dames sont ung soleil rayant
Dont tout cueur d'homme s'esclarcist
Ung miroer/ les bons actrayant
Ung ray. qui lez mauvais occist
Une estoille que dieu assist
Icy au monde tenebreux
A fin que lumiere en issist
Pour l'esjoyssement des preus
Dames sont l'ombre des seigneurs
L'esbat de toutes creatures
Reclain dez longtains voyageurs
Ressort des bonnes aventures
Reconfort des fortunes dures
Le doulx recueil des estrangiers
L'espargne de richesses pures
Ung vray solas en tous dangiers
Dames sont ung patron en terre
De toutes mondaines doulceurs
Le pourpris ou chescun peut querre
Perfection de bonnes meurs
Parfonde mer de tous honneurs
Fleuve dont toutes vertus issent
De tant de haulx biens gardiennes
Ou toutes vertus se nourrissent
Dames sont anges de visage
En leur maintien celestiennes
Deesses en fait de corsage
En parler plus que terriennes
En leurs euvres cottidiennes
Doulces plus que chant de seraine
Tant soient jeunes ou anciennes
Que chescune vault d'estre royne
Dames sont ung ciel de liesse
Ung paradis de courtoisie
Ung droit abisme de largesse
Ung doulx vergier de noble vie
Ung manoir plain de melodie
Ung mur de ferme contenence
La vigne de pite fleurie
La foy d'amour et d'abstinence
Dames sont plus que nulle rien
Conduisant leur vie et sobresse
Adressans leur courage en bien
Et leur vie a parfaicte humblesse
A devotion et simplesse
Et a compassion piteuse
Vers ceulx qui vivent en destresse
Par sort de fortune doubteuse
Dames sont d'un sçavant parler
D'un nect penser ung doulx courage
Ung beau maintien sans chanceler
D'un amoureux et doulx langage
Ou nature par heritage
Honte et cremeur a fait logier
Et hardiesse et cueur volage
Sur tout d'entr'elles alongier
Bouche ne peut monstrer ne dire
Entendement ne sens comprendre
Ne cueur penser ne main escrire
Ne parchemin ne livre prendre
Ne nul hault engin entreprendre
Sentement ne science dame
Ne tous les clercs du monde apprendre
La valeur d'une vaillant dame
Elle vault mieulx cent mille foys
Que tulles. o son beau langage
Ne que hector le troyennoys
Ou hercules au vasselage
Ne que absalon en son corsage
Ne que priam en sa richesse
Ne qu'en sens salomon le sage
Ne que alexandre en sa largesse
S'un homme avoit la loyauté
De david et magnificence
Et de narcisus la beauté
Et d'abraham l'obedience
Et de saint job la pacience
Et d'achilles le hault vouloir
Pour avoir sa benivolence
A pene la peut il avoir
Dames sont ung tresor itel
Que se dieu qui est immortel
Et en toute puissance habonde
Avoit creé/ ce mortel monde
Mille foys plusbel en son estre
Que n'est le paradis terrestre
Tant que tout l'element de terre
Qui soubz le ciel s'amasse et serre
Et est gros rude vil et dur
Fust tout vermeillon ou asur
Et tout quant qu'il y a dessoubz
Ou dedans/ pierres et caillouz
Fussent rubiz ou diamens
Et perles tous les elemens
Gros escarboucles et saphirs
A chescun. selon ses desirs
Et chescune menue herbette
Portast ou rose ou violette
Sans jamais sechier ne fenir
Palir destaindre ne grevir
Et toutes roses et espines
Puantes herbes et peu dignes
Orties et le jonc marin
Fussent muguet ou romarin
Et pour plus joyeusement vivre
Tout metal fer estaing et cuivre
Fust tout converty en or fin
Durans en leur estat sans fin.
Et tous arbres dont fueilles issent
Que fruit portent/ et sy fleurissent
A plume de paon semblassent
Et fruit de couleur d'or portassent
Qui sentist et savourast mieulx
Que la manne que pleust des cieulx
Et chescune meschant vermine
Fust une martre ou une hermine
Et tous busars gays ou corbeaux
Fussent devenuz papegaux
Les couque pies et chouettes.
Beaux rossinolz et allouettes
Et trestout le fien qui en ist
Mieulx que muscq ou balsme sentist
Et tout le bestiail du monde
Fust de beauté plusclere et munde
Qu'onc ne fut couleur cramosine.
Qu'en rien ressamblast leur peau fine
Et leur sang leur char et leur corne
Fust digne comme une unicorne.
Et tous les moutons qui sont or
Portassent une toison d'or
Comme celuy qui jason prist
En colcos. ou il le conquist
Et tous les loupz et les renars
Qui sont parmy le monde espars
Fussent blancs cerfs privez et doulx
A cornes de courail trestons
Et ours et pourceaux et tessons
Fussent trestous privez lyons.
Coronne d'or dessus leur teste
Et toute s'elle et meschant beste
Que va par boys et par chemin
Fust ung lievre ou ung blanc connin
Et tous asnes fussent destriers
Et tous meschans chevaulx coursiers.
Et tous mastins et chiens errans
Fussent tous beaux levriers courrans
Et les mousches et papillons
Fussent gentilz esmerillons
Et tout oyseau que dieu a fait
Fust plus luisant et plus parfait
Que le fenis/ o tout sa plume
Dont il n'en est q'un par coustume
Ou comme le paon et au mains
Qui est bel entre les humains.
Et chantassent incessamment
Trop plus melodieusement
Que ne fait la seraine en mer
Ainsi les feroit bon amer
Et la pluye ne fust que balsme
Pour refreschissement de l'ame
Et la nege rien fors que soit
Et la glace que or et monnoie
La grelle qui les gens effronte
Toutes grosses perles de conte
Et l'eau qui en mer se repose
Fust trespure et clere eau rose
Et leans tous meschans poissons
Fussent daulphins et esturgeons
Et les rivieres rien que vin
Ou ypocras jusqu'a la fin
Et les estans que sont es plaines
Fussent sourses et grans fontaines
A gros tuyaux d'or et d'argent
Par tout pour arouser la gent
Et que par toute region
Ny eust que paix et union
Et qu'il n'y eust en nulles isles
Que grans chasteaux et grossez villez
De jaspe toutes maçonnees
Et de rubis environnees
Toutes maisons d'un pris egal
D'un cler bericle ou d'un cristal
A tieulles de fin or pavees
Ou toutes histoires gravees
Du monde fussent entaillees
Painctes escriptes esmaillees
Et jamais ne fist trop grant chault
Ne trop grant froit qui autant vault.
Ne vent tonnerre ne tempestes
Ne jours ouvrables. fors que festes.
Et jamais ne fust povreté
Fors toute habundance a planté
Ne fortune ne maladie
Mais tout bon eur et melodie
Autant et plus qu'en paradis
Et que le jour durast tousdis
Sans faire nuit ne obscurté
Et tout cueur d'homme sans durté
Sans cruaulté sans tricherie
Et tous vestuz d'orfaverie
De drap d'or et d'argent aussy
Ou de pourpre ou de cramoisy
De damas de toutes couleurs
A chescun selon ses valeurs
Et tous lez litz dessoubz les cieulx
Fussent de paremens itieulx
Tout linge fust toille de rains
Tous coffres de richesses plains
Et tout fust bon qui est mauvais
Et toute hayne vraie paix
Et tous gros air toutes nuees
Sentissent comme lez fumees
D'encens fondu/ ou d'autre gomme
Et que jamais n'en vieillist homme
Toutes estoilles reluisassent
De jour. et toutes se monstrassent
Sy bien comme fait le soleil
Et chescun vesquist sans traveil.
Sans ennuy. sans soucy sans soing
Et tout ce qui luy fist besoing
Luy venist tantost par souhait
Quant dieu auroit tout cecy fait
Pour enrichir l'omme et complaire.
Et femme luy voulsist soubtraire
Ou qu'esloingnee trop luy fust
Trestout ne vouldroit pas ung fust
L'omme despiteroit sa vie
Et plustost luy prendroit envie
De la mort/ et de n'avoir riens
Que d'estre roy de tant de biens
Sans avoir femme en sa jeunesse
Qui est la fleur de sa richesse
Car son corps vault mille foys plus
Que tout ce qui est dit dessus
¶ Icy cesse noble cueur de parler et devise l'acteur le couroux. que cueur vilain et mallebouche prindrent vers noble cueur pour lez replicquemenz qu'il leur fist/ et devise la maniere de leurs batailles.