ANNOTATIONS INÉDITES DE SAINT-SIMON AU JOURNAL DE DANGEAU.
Voici, pour commencer, une anecdote assez curieuse sur le président de Bauquemare et son frère, gouverneur de Bergues1:
Note 1:
Ces extraits ont déjà été publiés par l'Athenœum français, aux mois de mai et de juillet de cette année. Le beau travail que M. Taine a bien voulu nous autoriser à reproduire a été inséré au mois d'août 1836, dans le Journal des Débats.
«Ces deux frères jumeaux, et semblables en tout à s'y méprendre, avoient une telle sympathie, que le président étant un matin à l'audience sentit tout à coup une grande douleur à la cuisse; on sut après qu'au même instant son frère qui étoit à l'armée avoit reçu un grand coup d'épée au même endroit et du même côté où son frère avoit senti cette douleur1. Le président avoit une femme extrêmement du monde de Paris, et joueuse à outrance, qui vivoit très-bien d'ailleurs avec lui, logeant et mangeant ensemble, mais qui n'avoit voulu jamais porter son nom, et qui s'appeloit la présidente d'Onsenbray, sans aucune autre raison que sa fantaisie. La bonne compagnie de la ville alloit fort chez elle. Elle est morte à quatre-vingt-huit ou quatre-vingt-dix ans, dans une santé et une gaieté entière jusqu'à sa dernière maladie de pure vieillesse, perçant (sic) les jours et plus encore les nuits au jeu jusqu'à la fin.»
Note 1:
Le Mercure de fév. 1697 cite aussi cette anecdote.
—«Le baron de Breteuil étoit frère de Breteuil, conseiller d'État, intendant des finances, père de celui qui a été secrétaire d'État de la guerre pendant la disgrâce de M. le Blanc. Sa baronnie étoit d'être né à Toulouse pendant que son père y était intendant et la vieille chimère que ceux qui y naissent ont le titre de barons; il avoit été ordinaire du roi et envoyé à Mantoue. C'étoit un homme à qui le goût de la cour, des seigneurs et surtout des ministres avoit donné une sorte de science du monde par un usage continuel et la familiarité qu'il y avoit usurpée. Il se fit après lecteur du roi pour avoir les entrées, et s'attacha comme il put à quelques gens considérables; le roi le traitoit assez bien, et il se fourroit partout; et souvent où l'on n'en vouloit point, ou sans s'en apercevoir, ou sans en faire semblant. Il changea sa charge de lecteur, dont il conserva les entrées, contre celle d'introducteur des ambassadeurs, qu'il faisoit bien parce qu'il étoit fort rompu au monde, et s'enrichit extrêmement par la protection de M. de Pontchartrain, tandis qu'il eut les finances, qui se moquoit de lui toute la journée et tout ce qui étoit chez lui, mais qui ne lui refusoit rien. Le ver de la qualité le rongeoit sans pourtant se déplacer, et il mourut fort vieux et fort riche. Ses enfants n'ont ni paru ni prospéré. Il avoit marié sa fille à un homme de la maison du Châtelet. Il y a des contes de lui sans fin. Un jour à table chez M. de Pontchartrain, devenu chancelier, qu'on le plaisantoit sur son ignorance, la chancelière lui demanda s'il savoit qui avoit fait le Pater; le voilà à se scandaliser et à demander pour qui on le prenoit, et la chancelière à pousser sa pointe. Pendant le débat il sortit de table, et en rentrant dans la pièce où l'on se tenoit, son ami, M. de Caumartin, se mit à marcher derrière lui, et, comme pour le soulager dans son embarras, lui dit tout bas: «Moïse.» Voilà le baron bien soulagé, qui dès que la compagnie fut rentrée remet la question sur le tapis, et après plusieurs gentillesses d'un homme sûr de son fait et qui fait semblant de ne l'être pas, dit à la fin, puisqu'on le poussoit à bout, qu'il falloit donc montrer qu'il n'ignoroit pas ce que les enfants savoient, que Moïse étoit l'auteur du Pater. La risée universelle le mit bien en un autre état, mais il avoit tous les jours besoin de Caumartin aux finances, et sa cruauté fut aisément tournée en plaisanterie.»
—«Santeuil n'étoit point fait pour Saint-Victor. Il étoit poëte en tout, capricieux, plaisant, hardi, plein de sel, amoureux de la liberté, aimant le vin et la bonne chère, mais très-sage sur les femmes. On feroit un volume des contes qu'il a fournis, tous plus singuliers et plus divertissants les uns que les autres; toutes les belles-lettres possibles, une mémoire prodigieuse, une facilité à faire les plus beaux vers latins qui n'étoit donnée à personne, et parmi tout cela un fond de religion; désiré dans toutes les meilleurs compagnies dont il faisoit tout l'ornement des unes et des autres tout le plaisir. Il amusoit extrêmement M. le prince, qui avoit beaucoup de lettres et qui aimoit ses caprices, et M. le duc aimoit aussi à le voir. Il le mena à Dijon, où il alloit tenir les états, où un soir, après s'être échauffés de propos et de vin, Santeuil en prit un grand verre à la main, M. le duc trouva plaisant de verser dedans sa tabatière de tabac d'Espagne; le malheureux l'avala, et en creva fort tôt après.»
—«Le couvent de Moret est une énigme qui n'est pas encore mise au net. C'est un petit couvent borgne où étoit professe une Moresse inconnue à tout le monde; hors à Bontemps, premier valet de chambre du roi et gouverneur de Versailles, par qui les choses de secret domestique passoient de tout temps. Il avoit payé une dot qui ne se disoit point, payoit exactement une grosse pension, avoit soin de plus que rien de nécessaire ne manquât à cette Moresse, ni rien même de ce que l'abondance d'une religieuse peut désirer. Madame de Maintenon y alloit très-souvent de Fontainebleau et prenoit soin du bien-être du couvent, où la feue reine alloit souvent, et donnoit ou procuroit beaucoup. Ni elle ni madame de Maintenon après elle, ne montroient pas un soin direct de la Moresse et ne la voyaient pas exactement toutes les fois qu'ils alloient à ce couvent; mais ils l'y voyoient souvent, avoient une attention fort grande à sa conduite et à celle que les supérieures avoient avec elle, et la Moresse étoit là avec plus de considération et de soins que la personne la plus connue et la plus distinguée. Monseigneur y a été une fois ou deux, et les princes ses enfants, et l'ont demandée, et elle-même se prévaloit fort du mystère de ce qu'elle étoit, joint aux soins qu'on prenoit d'elle. Beaucoup de gens ont cru qu'elle étoit fille du roi et de la reine, que sa couleur avoit fait cacher et passer sa couche pour une fausse couche, et quoiqu'elle vécût là régulièrement, on s'apercevoit bien en elle d'une vocation aidée.»
—«M. d'Aubigné étoit chevalier de l'ordre et gouverneur du Berry, et n'avoit qu'une fille unique que madame de Maintenon élevoit; son frère lui pesoit étrangement par les extravagances de sa conduite avec des filles et compagnie à l'avenant, à son âge, et par celles de ses propos. Il parloit volontiers des temps passés, disoit volontiers le beau-frère, parlant du roi devant tout le monde, et surtout faisoit à madame de Maintenon des sorties épouvantables sur ce qu'il n'étoit pas duc et pair, et au moins maréchal de France, bien qu'il n'eût jamais été que capitaine d'infanterie. Sa femme, fille d'un médecin, piètre en son nom et fort sotte aussi en son maintien, mais vertueuse et modeste, avoit fort à souffrir avec lui, et madame de Maintenon étoit toujours embarrassée de n'avoir jamais et encore plus d'avoir quelquefois sa belle-sœur qui n'étoit d'aucune mise. Elle fit donc tant par Saint-Sulpice, à qui M. l'évêque de Chartres l'avoit livrée, que M. d'Aubigné fut conduit dans cette retraite, disant à tout le monde que sa sœur lui faisoit accroire malgré lui qu'il étoit dévot, et l'assiégeoit de prêtres qui le feroient mourir. Il n'y tint pas longtemps; mais on le rattrapa encore, et on lui donna pour gardien un suivant du curé de Saint-Sulpice qui s'appeloit Madot, des plus crasseux de corps et d'esprit de la communauté de Saint-Sulpice, propre à rien, trop bon encore pour cet emploi, qui pourtant le fit évêque de Belley; mais ce ne fut qu'après sa mort, après l'avoir longtemps gardé de feu et d'eau, et suivi partout comme son ombre. Pour la femme, elle se seroit aussi fort bien passée de se mettre en retraite, mais elle prit la chose plus doucement.»
—«L'abbé de Froulay étoit prêtre, comte de Lyon, bon homme qui ne manquoit ni d'esprit ni de savoir, mais tout à fait extraordinaire, et un des plus prodigieux mangeurs de France jusqu'à sa mort, sans excès pour lui ni ivrognerie. Il alloit toujours à pied, par choix, et avoit des chambres et des chemises par tous les quartiers de Paris, pour changer quand il en avoit besoin, car il suoit largement, et étoit grand et gros. Tout l'été il alloit sans culotte avec sa soutane. Un enfant de chœur qui le découvrit dans un église où il disoit assez souvent la messe, eut la malice, en l'habillant à la sacristie, de lui attacher avec une épingle le bas de son aube avec sa soutane et le bout de sa chemise, puis, au lever-Dieu, de lever bien haut la chasuble et l'aube, tellement qu'il présenta son derrière en plein tout nu à la compagnie. Le lieu de le faire et le temps encore plus fut étrange, et l'éclat de rire aussi universel que la surprise.»
—«Le roi, dit Dangeau, à la date du 6 septembre 1698, a ordonné à Tessé, colonel général des dragons, de prendre le bonnet quand il le salue à la tête des dragons. Cela ne se fait jamais que pour le roi.» Saint-Simon a mis à ce passage la note suivante: «Ce bonnet de Tessé pour saluer le roi fut la suite d'une malice noire que lui fit M. de Lauzun, pour qui la charge de colonel général des dragons qu'avoit Tessé fut érigée. Il lui demanda comment il prétendoit saluer le roi à la tête des dragons, et, après bien des demi-discours, il lui apprit avec autorité qu'il étoit de sa charge de saluer en cette occasion avec un chapeau gris. Tessé, ravi, envoie à Paris, et se sent fort obligé d'un avis si important, d'une chose qui ne lui seroit jamais venue dans l'idée. Dès que son chapeau gris fut arrivé et paré de cocarde et de plumes, il le porta au lever du roi, et y surprit la compagnie d'un ornement devenu si extraordinaire, dont il dit la raison à chacun qui la lui demanda. La porte ouverte, le roi n'eut pas plutôt aperçu ce chapeau gris dont Tessé se pavanoit, et qu'il présentoit en avant, que, choqué de cette couleur qu'il haïssoit tellement aux chapeaux qu'il en avoit détruit l'usage, il demanda à Tessé de quoi il s'étoit avisé avec ce beau chapeau. Tessé, souriant et piétonnant, marmottoit entre ses dents, et Lauzun, qui étoit resté tout exprès, rioit sous cape. Enfin, poussé par deux ou trois questions du roi l'une sur l'autre et d'un ton assez sérieux, il expliqua l'usage de ce chapeau; mais il fut bien étonné quand il s'entendit demander où diable il avoit pris cela, et tout aussitôt son ami Lauzun s'écoula. Tessé le cita, et le roi lui répondit que Lauzun s'étoit moqué de lui, et qu'il lui conseilloit d'envoyer tout à l'heure ce chapeau gris au général des Prémontrés. Celui des dragons ne demanda pas son reste, et ne fut pas sitôt délivré de la risée et des plaisanteries des courtisans.»
—«Le camp de Compiègne, qui pour des marionnettes que le roi voulut se donner, et plus encore à madame de Maintenon sous le nom de M. le duc de Bourgogne et de son instruction, devint un spectacle effrayant de magnificence et de luxe qui étonna l'Europe après une si longue guerre, et qui ruina troupes et particuliers, les uns pour longtemps, d'autres à ne s'en jamais relever. Cette attaque de Compiègne donna aux étrangers accourus sans nombre, et même aux François, une sorte de spectacle qui demeura peint et imprimé dans la tête de ceux qui le virent, bien des années après. Le roi étoit sur le cavalier, c'est-à-dire sur un endroit un peu plus élevé du rempart de Compiègne ou de la terrasse qui est de plain-pied à son appartement; qui sert d'unique jardin et qui a vue sur une vaste campagne qui est entre la ville et la forêt. Toute la cour, hommes et femmes, étoit en haie sur plusieurs rangs, debout le long de cette terrasse, et toute l'armée en plusieurs lignes au bas; ainsi le roi étoit vu à découvert de toute l'armée et de toute sa cour. Il étoit debout, un bras appuyé sur le haut d'une chaise à porteurs fermée dans laquelle étoit madame de Maintenon, à qui il expliquoit tout, et lui parloit à tout moment; à chaque fois il se découvroit, se baissoit à la hauteur d'une glace de côté dont madame de Maintenon tiroit quatre doigts au plus et la repoussoit dès que le roi se relevoit, et le nombre de fois que cela arriva fut innombrable. Madame la duchesse de Bourgogne étoit assise sur un des bâtons de la chaise. En avant, des deux côtés de la chaise, les princesses du sang et les dames, debout en haie et bien parées. Cela dura bien près de deux bonnes heures. Pendant ce temps-là, Canillac, colonel du régiment d'infanterie de Rouergue, venant de la part de Crenan demander quelque ordre au roi, entra par une petite porte faite exprès au bas du cavalier, et le monta, par le roide, droit au roi, qu'il trouva vis-à-vis de lui. Comme il avoit toujours demeuré tout au pied de la muraille, il n'avoit rien vu de ce qui étoit sur le cavalier. Il l'aperçut donc en entier et d'un seul coup d'œil en le montant, et il en demeura surpris de telle sorte que, la machine suivant l'impression de l'âme, il resta court, sans parole et sans oreilles; il fut assez longtemps sans pouvoir se remettre. Il s'expliqua, il entendit aussi peu, et redescendit si plein de la vision qu'il venoit de voir qu'il ne pouvoit s'en remettre. Elle fit grande impression sur chacun, et plus de bruit que la prudence ne le devoit permettre.»
EXTRAIT DU TOME VII.
«M. de Noyon1 fourniroit un livre par ses faits et ses dits. Toutefois ils sont tels qu'on en rapportera ici quelques-uns à mesure qu'ils viendront à l'esprit.
Note 1:
F. de Clermont-Tonnerre, évêque de Noyon.
C'étoit un homme d'esprit et de savoir, mais d'un savoir brouillé et confus, homme d'honneur et de bien, et bon évêque, charitable, résidant, appliqué à ses devoirs et gouvernant bien sagement, fort au demeurant de vanité de toute espèce, et ne s'en contraignant point. Il disoit qu'il étoit devenu évêque comme un coquin, à force de prêcher, et appeloit beaucoup d'évêques, évêques du second1 ordre. A ceux-là il répondoit Monsieur quand ils l'appeloient Monseigneur, et Monseigneur quand ils lui disoient Monsieur. Il appeloit souvent le pape «Monsieur de Rome,» et assuroit que si Monsieur de Rome, se trouvant à Noyon, y vouloit faire des fonctions sans sa permission, il l'en empêcheroit très-bien.
Note 1:
Il y a dans le manuscrit une abréviation qui peut signifier second ou dernier.
M. de Noyon avoit boisé tout son appartement de Noyon peint en brun, et dans tous les cadres c'étoient deux clefs en sautoir dans un manteau ducal avec la couronne, sans pas un chapeau d'évêque; et cela répété partout; aux deux côtés de sa galerie il avoit mis une grande carte généalogique avec cette inscription: Descente des empereurs d'Orient, en l'une, et en l'autre, d'Occident de la très-auguste maison de Clermont-Tonnerre; et au milieu un grand tableau qu'on eût pris pour un concile sans deux religieuses qui le fermoient; et il disoit que c'étoient les saints et les saintes de sa maison. Dans sa chambre à coucher il avoit sur sa cheminée ses armes avec tous les honneurs temporels et ecclésiastiques qui se peuvent rassembler, et se délassoit devant son feu à contempler ce trophée, et tout le vaste parterre de sa maison abbatiale de Saint-Martin de Laon n'étoit que ses armes en buis avec ses honneurs autour.
Il fit un trait énorme à M. d'Harlay, alors archevêque de Paris et point encore duc. Il entroit dans la cour de Saint-Germain dans un carrosse et passa auprès de M. de Paris, qui y entroit aussi à pied. Le voilà à crier à son cocher, et M. de Paris à aller à lui, ne doutant pas qu'il ne criât ainsi pour mettre pied à terre. Point du tout. Il s'élance, saisit la main de M. de Paris, fait avancer au pas et le mène en laisse jusqu'au bas de l'escalier. M. de Paris pensa mourir de rage, et toujours M. de Noyon à le complimenter et le tint toujours de la sorte. Jamais M. de Paris ne le lui a bien pardonné. Longtemps après M. de Noyon, qu'on avoit rapatrié avec lui et qui l'alloit voir, trouva mauvais que M. de Paris ne lui rendît point de visites, qui s'étoit mis sur le pied de n'aller guère chez personne, et lui fit ordonner par le roi de l'aller voir; aussi s'en vengea-t-il cruellement en apprenant à M. de Noyon ce dont il ne s'étoit point aperçu, et que personne n'avoit voulu lui dire de la dérision de l'abbé de Caumartin dans sa harangue lorsqu'il le reçut à l'Académie, dont on a vu l'histoire en son lieu1.
Note 1:
Voyez, sur cette séance de l'Académie, un article de M. Sainte-Beuve, dans l'Athenœum du 18 août 1855.
«Au repas que le cardinal d'Estrées donna à la réception au parlement de M. de Laon, son neveu, on avoit mis deux cadenas pour M. le prince et M. le duc, qui est mort le dernier M. le prince; on s'attendoit qu'ils les ôteroient; mais M. de Noyon, qui crut peu s'y devoir fier, en prit le soin, et regardant ces princes en les ôtant: «Messieurs, dit-il, il est plus aisé d'en ôter deux que d'en faire venir quinze ou seize pour ce que nous sommes ici de pairs.
M. le prince le héros étoit trop goutteux pour conduire, et en faisoit le compliment, duquel M. son fils prit peu à peu la coutume. Il le fit donc un jour à M. de Noyon en lui disant: «Vous ne voulez pas qu'on vous conduise?» «Moi, répondit vivement le Noyon, point du tout; c'est vous apparemment, monsieur, qui me le voulez faire accroire.» Sur cela M. le duc, fort étonné, se met à le conduire, et l'autre se laissa conduire jusqu'au bout, et s'est toujours laissé conduire depuis, sans que les princes du sang lui aient plus hasardé ce: «Vous ne voulez pas qu'on vous reconduise.» Sortant longtemps après de chez ce même M. le duc, devenu alors M. le prince, qui le conduisoit, M. de la Suse, archevêque d'Auch, qui sortoit en même temps, fit des compliments à M. le prince; M. de Noyon se tournant à M. d'Auch et le prenant par le bras: «Ce n'est pas vous, monsieur, lui dit-il, mais moi que M. le prince conduit; je vous en avertis;» puis acheva de le laisser conduire.
Il en fit un autre, à propos de conduite, qui fut étrange. Il était à Versailles chez la chancelière de Pontchartrain avec bien du monde. Comme il s'en alla, madame la chancelière et sa belle-fille, sœur du comte de Roucy, se mirent à le conduire; vers le milieu de la chambre, il se tourne à elles, et d'un air souriant prend madame de Pontchartrain par la main et la prie de n'aller pas plus loin, et laisse faire madame la chancelière. Ces dames allant toujours, il se retourne vers la porte, et dit à madame de Pontchartrain: «Vous, madame, qui êtes ma parente, en voilà trop; et je ne veux pas absolument que vous alliez plus loin;» puis, regardant la chancelière: «Pour madame, ajouta-t-il, elle fait ce qu'elle doit;» et la laissa aller tant qu'elle voulut. Toutes deux demeurèrent confondues et la compagnie fort embarrassée qui baissa les yeux au retour de la chancelière, fort rouge et fort silencieuse, et on en rit bien après qu'on fut sorti de là.
Au pénultième lit de justice du roi, les cardinaux prétendirent précéder les pairs ecclésiastiques. Ils se fondoient sur les derniers exemples des cardinaux de Richelieu et Mazarin et sur d'autres encore. Les pairs ecclésiastiques réclamoient leurs droits usurpés par autorité et par violence; M. de Noyon soutint presque seul le choc d'une part, et les cardinaux de Bouillon et Bonzi1 de l'autre, et l'affaire s'échauffa. M. de Noyon tout publiquement dit au roi que les cardinaux étoient une chimère d'Église, MM. de Bouillon une chimère d'État, qui ne pouvoient se mesurer en réalité à l'épiscopat ni à la pairie, et qu'ayant toujours disputé à deux cardinaux qui gouvernoient tout, il ne céderoit pas à deux cardinaux qui ne gouvernoient rien. Le cardinal de Bouillon fut outré pour sa rade(sic) et jeta les hauts cris. Il voulut exciter le cardinal Bonzi, qui lui répondit froidement que ce qu'il trouvoit de pis dans le propos de M. de Noyon, c'est que le cardinal de Bouillon ni lui, Bonzi, ne gouvernoient en effet pas grand'chose. M. de Noyon cependant s'applaudissoit de son bon mot et le répétoit à tout le monde. Il l'emporta sur les cardinaux, qui de dépit n'ont plus paru depuis à aucun lit de justice. Le cardinal Dubois essaya de donner atteinte au jugement du feu roi, et voulut précéder les pairs ecclésiastiques au lit de justice qui fut tenu de son temps; mais il n'en put venir à bout, et s'abstint de s'y trouver.
Note 1:
Il y a par erreur Bouzi partout dans l'imprimé.
Il arriva une fois à ce M. de Noyon d'avoir grande envie de pisser, qu'il se trouvoit un jour de grande fête, pontificalement revêtu dans le chœur de sa cathédrale. Il n'en fit pas à deux fois; il se mit en marche, sa chape tenue des deux côtés par le diacre et le sous-diacre, sort à la porte en cet état ainsi assisté, troussa sa jaquette, se soulagea et revint pontificalement à sa place. Une autre fois, la même envie lui prit à Versailles comme il passoit dans la tribune, qui du temps de la vieille chapelle servoit de passage de l'aile neuve au reste du château. Il ne s'en contraignit pas, et se mit à pisser par la balustrade. Le bruit de la chute de l'eau de haut en bas sur le marbre dont la chapelle étoit pavée fit accourir le suisse de la porte de l'appartement, qui fut si indigné du spectacle qu'il alla querir Bontemps, premier valet de chambre de confiance et gouverneur de Versailles, qui accourut tout essoufflé et qui joignit M. de Noyon qui passoit l'appartement et ne demandoit pas son reste. Le bonhomme le querella, et M. de Noyon, tout Noyon qu'il étoit, se trouva fort empêché de sa personne. Le roi en rit beaucoup, mais il eut la considération pour lui de ne lui en point parler.
Le roi s'en amusoit fort, et prenoit plaisir à lui parler à son dîner et à son souper, à le mettre aux mains avec quelqu'un, et, faute de ces occasions, à l'agacer. Il en fut un jour rudement payé. C'étoit quelques années après la mort de madame la dauphine de Bavière, et longtemps avant le mariage de celle de Savoie. L'appartement de la reine, où cette première dauphine étoit morte, avoit toujours été fermé depuis. Le roi le fit ouvrir pour y exposer à la vue des courtisans des ornements superbes qu'il avoit fait faire pour l'église de Strasbourg, et cela donna lieu à beaucoup de raisonnements sur madame de Maintenon, dont on crut que le mariage alloit être déclaré, et qu'on avoit rouvert l'appartement de la reine sous le prétexte de ces ornements pour y accoutumer le monde et y mettre après la reine déclarée; et la vérité est que cela ne tint alors qu'à un filet, et que l'affaire étoit faite si M. de Meaux et M. de Paris, Harlay, que cela perdit après de crédit et de faveur, eussent pu être gagnés à décider que le roi y étoit obligé en conscience. Dans ce temps-là précisément, le roi, badinant à son dîner M. de Noyon sur toutes ses dignités et ses honneurs et sur ce qu'il devoit être l'homme du monde le plus satisfait de soi-même, M. de Noyon entra dans cet amusement du roi, et conclut que toutefois il manquoit encore une seule chose à son contentement. Le roi, qui ne douta pas qu'il n'eût envie de mettre le chapeau en avant, et qui plaisantoit toujours avec lui sur le peu de cas qu'il disoit faire du cardinalat, le poussa à plusieurs reprises pour le faire expliquer. A la fin, il le fit par une énigme fort claire, et dit au roi que ce qu'il désiroit ne pouvait être que quand la justice de Sa Majesté auroit couronné la vertu. Véritablement ce fut un coup de foudre. Le roi baissa la tête sur son assiette et n'en ôta les yeux de tout le reste du dîner, qu'il dépêcha fort promptement. J'étois à côté de M. de Noyon, qui d'abord piétina, se pavanant et regardant la compagnie; mais chacun les yeux bas ne se permettoit que des œillades à la dérobée, le fit apercevoir de l'extrême embarras du roi et de tous les assistants. Il ne dit plus pas un mot et badinoit avec sa croix de l'ordre, en homme fort déconcerté, et personne ne trouva le reste du dîner plus long que le roi et lui. Il arriva pourtant que madame de Maintenon ne put lui savoir mauvais gré d'avoir déclaré si à brûle-pourpoint son désir d'être son grand-aumônier, et qu'il n'en fut pas plus mal avec le roi.
Le roi lui fit une malice fort plaisante. M. de Noyon étoit fort des amis du premier président d'Harlay, qu'il avoit apprivoisé au point de l'aller voir aux heures les plus familières, et de manger chez lui sans être prié quand il vouloit. Le roi lui demanda un jour si le premier président faisoit bonne chère. «Mais, sire, répondit-il, assez bonne, une bonne petite chère bourgeoise.» Le roi rit, et mit ce mot en réserve. Quatre jours après, le premier président étant venu parler au roi dans son cabinet, le roi lui rendit le propos de M. de Noyon, qui le piqua au point où on le peut croire du plus faux et du plus glorieux des hommes. Il ne dit mot, et attendit M. de Noyon à venir. Il ne tarda pas et sur l'heure du dîner. Le premier président fut au-devant de lui en grandes révérences, et lui demanda avec son hypocrite humilité ce qui lui plaisoit lui commander. M. de Noyon, bien étonné de l'accueil, lui demanda à son tour ce qu'il lui vouloit dire d'un style si nouveau pour lui qui venoit lui demander à dîner. «A dîner! répondit le premier président. Nous ne faisons céans qu'une petite chère bourgeoise qui convient à des bourgeois comme nous, et qu'il ne nous appartient pas de présenter à un prélat aussi distingué par sa dignité et par sa naissance.» Réplique de M. de Noyon, qui sentit bien que le roi l'avoit trahi. Duplique du premier président. Tant qu'enfin M. de Noyon dit que cette plaisanterie étoit belle et bonne, mais qu'il avoit renvoyé son carrosse. «Qu'à cela ne tienne, répondit le premier président, vous en aurez un tout à cette heure;» et tant fut procédé qu'il le renvoya dans le sien et sans dîner. M. de Noyon bien en peine fit parler au premier président dans l'espérance de tourner la chose en plaisanterie; mais il se trouva qu'elle n'eut aucun lieu, tellement que M. de Noyon alla au roi, qui, après avoir bien ri de la farce qu'il s'étoit faite et laissé M. de Noyon plusieurs jours bien en peine, lui promit enfin de raccommoder ce qu'il avoit gâté, et le raccommoda en effet. Le premier président n'osa ne pas vivre avec M. de Noyon différemment de ce qu'il avoit fait, parce que le roi, qui pour se divertir, avoit fait la brouillerie, avoit voulu sérieusement les raccommoder; mais l'orgueil du personnage n'en put jamais revenir.
M. de Noyon eut une maladie qui le mit à la dernière extrémité à Paris; avant de recevoir ses sacrements, il envoya prier le nonce de lui donner la bénédiction apostolique. Cela fut trouvé fort étrange surtout d'un évêque qui appeloit quelquefois le pape: «Monsieur de Rome.» Il guérit, mais pour peu d'années; et quand il le fut, le roi le réprimanda de la singularité de sa dévotion, moins que cela ayant souvent profité à la cour de Rome pour étendre sa juridiction. On en diroit bien d'autres sur M. de Noyon. Ce peu suffit pour faire connoître un homme dont on parlera encore longtemps. Mais il en faut encore dire une, outre le dais brisé qu'on l'accusoit de porter avec lui en voyage.
On a vu dans la suite de ces remarques quelle étoit la duchesse de Picquigny. Chaulnes et d'autres terres à elle sont du diocèse de Noyon; et il s'étoit formé une assez grande amitié entre eux qui dura plusieurs années, et jusqu'à une visite que M. de Noyon lui rendit, où ils parlèrent de rangs. M. de Noyon lui dit que, s'il pouvoit être marié, sa femme passeroit devant elle. Madame de Picquigny soutint le contraire. M. de Noyon allégua l'ancienneté de sa pairie, Madame de Picquigny qu'elle étoit duchesse et qu'il n'étoit que comte. Tant fut procédé qu'ils s'échauffèrent si bien sur ce bel être de raison qu'ils se séparèrent brouillés, et ce qu'il y eut de plus beau, c'est qu'ils le demeurèrent.
On prétend qu'il conduisoit son neveu, même enfant, à son carrosse, comme étant son aîné; mais ce qui est certain, c'est que se trouvant chez lui avec l'abbé de Tonnerre, mort évêque de Langres, et M. de Chaste1, mort évêque de Laon, et qui l'étoit déjà, quelqu'un qui arriva lui dit qu'il le trouvoit là en famille. «En famille! reprit-il, oui en famille. Voilà monsieur, en montrant l'abbé, qui est de ma maison;» puis montrant l'évêque: «Et monsieur qui s'en dit; oui, en famille, monsieur, en famille.» Le pauvre Laon fut démonté et ne répliqua ni ne leva le siége. Mais, à la fin, en voilà assez.»
Note 1:
Il faut lire Chatte (Louis-Anne de Clermont).
—M. de Noirmoustier, cadet de la maison de la Trémoille, étoit fils de M. de Noirmoustier, si avant dans le parti des frondeurs dans la minorité de Louis XlV, et qui, à force d'esprit, de souplesses et d'intrigues, obtint un brevet de duc en 1650 et mourut en 1666. Sa mère étoit fille de Beaumarchais, trésorier de l'épargne, et sa femme d'Aubery, président en la chambre des comptes. Il laissa deux fils et deux filles dont les trois (sic) furent tous considérables1. L'aîné, dont il s'agit ici, étoit un des hommes de son temps le plus beau et le mieux fait, avec beaucoup d'esprit, mais orné, agréable, gai, solide et fait également pour le monde et pour les affaires. Il arriva donc avec ces talents, qui le firent briller et rechercher par la meilleure compagnie de la cour; mais la petite vérole qui le prit allant joindre la cour à Chambord et qui lui creva les deux yeux, arrêta à dix-huit ans, dès son commencement, une vie qui promettoit tant. Le désespoir qu'il en conçut l'enferma plusieurs années sans vouloir presque être vu de personne, charmant ses ennuis par une continuelle lecture; et, comme rien n'en dissipoit son esprit, il n'oublia jamais rien, et sans le vouloir il se forma à tout. Le peu d'amis qu'il s'étoit réservés et qui, par le charme de sa conversation, lui étoient demeurés fidèles, le forcèrent à la fin de vivre dans un cercle un peu plus étendu, et de l'un à l'autre il devint le rendez-vous de la compagnie la plus choisie et souvent la plus élevée. Tout est mode. Il devint du bon air d'être admis chez lui. Le médiocre état de ses affaires lui fit épouser en 1688 la fille de la Grange-Trianon, président aux requêtes veuve de Bermond, conseiller au parlement; et puis veuf sans enfants au bout d'un an. Il demeura ainsi jusqu'en 1700, qu'il se remaria à la fille de Duret de Chevry, président en la chambre des compte, par amour réciproque d'esprit. La fameuse princesse des Ursins, sa sœur, longtemps mécontente de ces mariages, fut obligée enfin d'avoir recours à ses conseils, à son industrie, à ses amis, et le fit entrer en beaucoup de choses importantes, qui le firent faire duc vérifié, et frère cardinal. Depuis leur mort, moins occupé d'affaires, il s'est toujours amusé de celles du monde et de ses amis, et sa maison a été un réduit, un conseil, un tribunal qui s'est toujours soutenu en considération distinguée par celle de tous les gens principaux qui se sont fait honneur d'y être admis.
Note 1:
Le duc de Noirmoutiers eut neuf enfants, cinq fils et quatre filles, qui moururent tous après 1666.
—Le cardinal de Furstemberg a joué un tel rôle dans les affaires entre l'empire et la France qu'il seroit inutile de parler de lui. On se contentera de remarquer qu'ils étoient comtes de l'empire, sans autre prétention, jusqu'en l'an 1654 que l'empereur les créa princes de l'empire. Le cardinal avoit aimé de longue main une comtesse de Walvoord, veuve du comte de la Mark et mère de celui qui fut chevalier du Saint-Esprit en 1724, après plusieurs emplois au dehors. Il l'avoit remariée à un comte de Furstemberg, son neveu, et il vivoit avec elle en France, ménage public, logeant toujours ensemble. C'étoit une créature fort haute, fort emportée, de beaucoup d'esprit, plus que galante, et qui avoit été belle, mais grande et grosse comme un Suisse, effrontée à l'avenant, et qui avoit pris un tel ascendant sur le cardinal qu'il n'osoit souffler devant elle. Son luxe en tout genre étoit si prodigieux qu'on n'en croiroit pas les étranges détails de magnificence, de profusion, de délicatesse dont son jeu prodigieux ne faisoit pas la plus forte dépense, qui ruinoit le cardinal, quoiqu'il eût entre 7 à 800,000 livres de rentes en bénéfices ou pensions du roi.
«Le scandale en étoit énorme; mais ses services et ses souffrances pour le roi, décorés de sa pourpre, mettaient tout à couvert, au point que la comtesse avoit une grande considération du roi et des ministres, dont elle étoit traitée avec une singulière distinction. Madame de Soubise, à qui le roi avoit ses anciennes raisons de ne rien refuser, et qui, moyennant son traité avec madame de Maintenon de n'aller jamais à Marly et de ne voir jamais le roi en particulier, l'avoit toujours à elle pour tout ce qu'elle souhaitoit, avoit mis un de ses fils dans le chapitre de Strasbourg par force et par autorité du roi déployée, parce qu'il étoit boiteux d'un quartier, et ce quartier étoit le cuisinier de Henri IV, le célèbre la Varenne, que les plaisirs de ce prince firent son portemanteau et que son esprit et les affaires où son maître l'employa enrichirent tellement, qu'après bien de la résistance il fut convenu qu'ils seroient dupes et passeroient ce quartier pour celui d'une maison noble de ce même nom qui toutefois n'avoit jamais eu d'alliance avec celle de Rohan. Dès qu'il fut chanoine, sa bonne mère songea à le faire évêque, et fit sa cour à la comtesse de Furstemberg tout de son mieux; mais la cour concluante consistoit aux pistoles pour faire consentir le cardinal au titre amer de coadjuteur. Le traité fait, il fallut capter la bienveillance du chapitre, qui conserve encore les dehors de la liberté et qui postule ou élit. Un abbé de Camilly, Normand de basse étoffe, mais d'esprit délié et accort, et grand vicaire à Strasbourg, fut gagné par madame de Soubise, et eut le secret de la négociation, qu'il fit réussir, et dont il eut l'évêché de Toul en récompense, et est mort archevêque de Tours, et, quod horrendum, comme il avoit vécu. C'étoient toutes ces simonies que le cardinal de Bouillon avoit mises au net, instruit par ses émissaires de point en point et enragé qu'il étoit de manquer Strasbourg pour lui et pour ses neveux, qui tous trois étoient dans le chapitre, dans les dignités, et bien auparavant l'abbé de Soubise, plus jeune que l'abbé d'Auvergne. Ce fut aussi ce qui piqua le roi, protecteur d'un marché qu'il ignoroit, et ce qui outra la comtesse et madame de Soubise, desquelles la beauté faisoit le plus beau coadjuteur de l'Europe et le plus jeune aussi, moyennant quantité de pistoles; et ce fut ce qui acheva la perte résolue du cardinal de Bouillon, que sa conduite aggrava de plus en plus et dont il n'a pu sortir dans le long reste d'une honteuse et très-misérable vie.»
—Nous signalerons, en terminant, le passage (à la date du 16 novembre 1700) où l'on voit l'origine du mot célèbre: Il n'y a plus de Pyrénées, attribué à Louis XIV. Lorsque ce prince eut présenté son petit-fils, le duc d'Anjou, comme successeur de Charles II à l'ambassadeur d'Espagne, et autorisé les seigneurs de sa cour à accompagner le nouveau roi même jusqu'à Madrid, «l'ambassadeur, raconte Dangeau, dit fort à propos que ce voyage devenoit aisé et que présentement les Pyrénées étoient fondues.»Ce mot fut défiguré dès l'instant même dans le Mercure, qui le rapporte ainsi: «Quelle joie! il n'y a plus de Pyrénées, elles sont abîmées et nous ne sommes plus qu'un.»