AVIS DE L'ÉDITEUR


Les Mémoires du duc de Raguse ont été légués par le maréchal à des mains dévouées, avec la solennelle injonction qu'ils fussent livrés à l'impression tels qu'il les avait dictés. Les mandataires du maréchal ont voulu remplir son dernier voeu, et ses recommandations formelles ont été suivies par eux avec un religieux respect. Dans le fond comme dans la forme, ce livre est resté tel que l'illustre auteur le destinait à la publicité, sans corrections posthumes comme sans additions indiscrètes.

C'est en 1828 que le duc de Raguse songea à mettre en ordre ses notes et ses souvenirs, et entreprit la rédaction de ces Mémoires, qu'il a continués jusqu'à son dernier jour.

Il a jugé avec une liberté digne, avec son impartialité propre et à sa façon, les événements et les hommes de son temps.

«J'ai l'intention, dit-il, d'écrire ce que j'ai fait, ce que j'ai vu, ce que j'ai été à même de savoir mieux qu'un autre, et je ne dépasserai pas ces limites indiquées par la raison et posées par moi-même.» (Tome Ier, page 380.)

En lisant ces volumes, longtemps médités dans le calme de la retraite, ceux qui ont connu cet homme remarquable croiront encore l'entendre parler.

Chaque volume est accompagné de fragments de correspondance et des pièces justificatives, témoignages officiels à l'appui de cette histoire intime, immense, qui se déroule depuis le commencement de la Révolution jusqu'à nos jours.


L'exemplaire ci-joint de mes Mémoires est la copie d'un autre exemplaire appuyé des pièces justificatives originales et déposé dans la chancellerie du château de Malaczka, en Hongrie, appartenant au prince de Palffy. Un reçu du prince reconnaît le dépôt fait entre ses mains, et renferme le pouvoir de le remettre à la personne qui lui remettra son reçu.

Ce reçu est confié en des mains sûres, et sera remis, à ma mort, à la personne qui doit entrer, à cette époque, en possession de mes Mémoires, les publier sans y apporter aucun changement, même sous le prétexte de correction de style, et ne souffrir ni augmentation dans le texte, ni diminution, ni suppression quelconque.

Comme le dépôt fait à Malaczka date de dix ans, et que l'exemplaire ci-joint ne m'a jamais quitté, il diffère du premier dans les augmentations que j'y ai faites et celles que je pourrais y ajouter encore, et dans les corrections que j'ai pu croire nécessaires. C'est donc la rédaction de l'exemplaire ci-joint qui doit servir de règle invariable pour le texte.

LE MARÉCHAL DUC DE RAGUSE.

Venise, le 25 novembre 1851.