CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS
RELATIFS AU LIVRE HUITIÈME
BERTHIER À MARMONT.
«Paris, le 14 septembre 1805.
«Je vous préviens, général, qu'incessamment vous allez recevoir l'ordre de passer le Rhin à Cassel pour vous rendre à Wurtzbourg et vous joindre au maréchal Bernadotte. Un corps de huit mille hommes de Hesse-Darmstadt, mais qui, au premier moment, ne sera que de quatre mille, se rendra sous vos ordres. Vous recevrez une instruction qui vous fera connaître tous les princes des pays que vous traverserez, qui sont nos amis, ainsi que ceux qui sont du parti de l'Autriche.
«Le prince de Nassau vous enverra un capitaine avec cent voitures qui vous serviront à porter des munitions d'artillerie. Le prince de Hesse-Darmstadt doit aussi vous en envoyer. Il faut en profiter pour porter des munitions de toute espèce; car vous ne sauriez trop en avoir.
«L'Empereur me charge de vous dire que tout ceci doit être dans le plus grand secret; que votre langage doit même être pacifique; mais en même temps vous devez augmenter votre artillerie autant que vos moyens de transport pourront le permettre. Nous trouverons des chevaux dans les pays que nous traverserons. Il suffit que les pièces et un caisson par pièce soient attelés par le train. Les autres caissons seront attelés par les chevaux du pays, comme on pourra.»
BERTHIER À MARMONT.
«Paris, le 15 septembre 1805.
«Je dois vous prévenir, général, qu'en examinant la carte j'ai vu que la route que je vous ai tracée passe à Siemmeven, ce qui est la vieille route. Il y en a une beaucoup plus courte le long du Rhin, et qui peut abréger de deux journées de marche. Quoique j'imagine que, pour faire ce changement, vous n'ayez pas besoin d'ordre de moi, j'ai pensé que je devais vous faire connaître l'avantage qu'il y avait de suivre cette nouvelle route, puisque votre armée au lieu d'arriver à Mayence le cinquième jour complémentaire, pourra y arriver le troisième. Je vous préviens que l'électeur de Bavière est arrivé à Wurtzbourg le 25, et que là cet électeur réunit toutes ses troupes. Vous devez lui envoyer un de vos officiers pour lui faire connaître que vous êtes avec un corps de trente mille hommes à Mayence pour marcher sur Wurtzbourg et vous y réunir à son armée et au corps du maréchal Bernadotte.
«J'écris à M. Otto à Wurtzbourg.
«J'attends de vos nouvelles, général, et je vous engage à me donner toutes celles que vous apprendrez.»
BERTHIER À MARMONT.
«Paris, le 19 septembre 1805.
«Je vous dépêche un courrier, monsieur le général Marmont, pour vous faire connaître que vous et l'armée que vous commandez devez vous diriger le plus promptement possible sur Wurtzbourg sans attendre de nouveaux ordres de moi. L'Empereur désirerait que vous pussiez y être rendu au plus tard le 8 vendémiaire.»
BERTHIER À MARMONT.
«Strasbourg, le 28 septembre 1805.
«Je vous envoie, général, la copie de la lettre que j'écris à M. le maréchal Bernadotte. Votre corps d'armée reste dans toute son intégrité sous vos ordres, composé comme il l'est aujourd'hui; mais, comme vous êtes réuni à M. le maréchal Bernadotte, vous vous trouvez sous ses ordres, et il vous indiquera la route que vous aurez à tenir pour former une seconde colonne à deux, trois ou quatre lieues au plus sur sa droite. Vous aurez soin de vous mettre en communication fréquente avec le corps de M. le maréchal Davoust, qui marche aussi à votre droite.
«Indépendamment des comptes que vous rendrez à M. le maréchal Bernadotte, vous devez m'écrire journellement.»
BERTHIER À MARMONT.
«Ettlingen, le 2 octobre 1805.
«Je vous envoie, général, un croquis qui vous fera connaître la direction que prennent dans leur marche les différents corps d'armée.
«L'Empereur compte que, d'après ses intentions, que je vous ai fait connaître ainsi qu'à M. le maréchal Bernadotte, vous vous serez mis en marche aujourd'hui, d'après les ordres et la direction que vous aura donnés ce maréchal.
«Tous les corps de l'armée se mettent également en mouvement, et passent le Necker.
«J'écris à M. le maréchal Bernadotte qu'ayant dû voir, par la proclamation qui lui a été adressée, ainsi qu'à vous, que nous sommes en pleine guerre, il doit attaquer tout ce qui se rencontrera devant lui, et que, dans tous ces mouvements, vous devez maintenir votre communication avec M. le maréchal Davoust.
«Je l'informe que l'Empereur sera ce soir à Stuttgard; que Sa Majesté suivra ainsi le mouvement des deux corps de droite, parce qu'il serait possible que l'ennemi voulût déboucher par Ulm.
«Le corps qui a débouché de la Bohême sur la Rednitz n'est composé que d'un ou de deux régiments de cavalerie, et de quelques bataillons d'infanterie.
«Si l'ennemi passait le Danube pour se porter sur M. le maréchal Bernadotte, l'intention de Sa Majesté est qu'il l'attaque et que vous mainteniez toujours votre communication. Dans ce cas, toute l'armée ferait un mouvement sur les deux premiers corps.
«Du moment où notre droite aura passé Heidenheim, l'Empereur se portera de sa personne aux deux premiers corps d'armée, dont Sa Majesté sera fort aise de voir les troupes.
«Il n'est point dans l'intention de l'Empereur de faire des magasins, excepté ceux qu'il fait préparer en cas d'événement. L'armée doit vivre par réquisition, en laissant des bons en règle que l'Empereur fera rembourser.
«Tous les pays qui sont amis de l'Autriche sont nos ennemis et doivent être traités ainsi. Je vous en enverrai la note; et, dans ce moment, il faut s'occuper d'écraser les Autrichiens avant l'arrivée des Russes.
«Je pense que vous avez eu, du gouvernement batave, la solde de votre armée pour tout le mois de vendémiaire.
«Quant aux troupes du landgrave de Hesse-Darmstadt que vous deviez avoir, vous ne devez pas y compter pour le moment.»
BERTHIER À MARMONT.
«Donauwert, le 8 octobre 1805.
«L'intention de l'Empereur, monsieur le général Marmont, est que vous vous empariez d'Ingolstadt aujourd'hui, si vous pouvez le faire plus promptement que M. le maréchal Bernadotte, qui a ordre de l'occuper demain.
«L'Empereur imagine que vous êtes en mesure de passer le Danube à Neubourg, ou entre Neubourg et Ingolstadt.
«Vous devez passer ce fleuve sans délai, si M. le maréchal Bernadotte n'a personne devant lui; et, immédiatement après que vous aurez passé le Danube, vous vous porteriez sur Ingolstadt afin d'en faire réparer les ponts, et rendre le passage facile au maréchal Bernadotte et au corps bavarois.
«Je vous rappelle l'ordre de m'envoyer, tous les soirs, un aide de camp ou officier d'état-major, et de me faire connaître ce qu'il y aura de nouveau.»
BERTHIER À MARMONT.
«9 octobre 1805.
«Les moments sont précieux, général, chaque heure perdue nous ôte une partie des succès que notre marche nous a donnés.
«Rendez-vous avec votre corps d'armée, ce soir, à l'intersection des routes d'Augsbourg à Neubourg, et de Munich à Rain, c'est-à-dire au village ou dans les environs de Gundelsdorff; tirez des vivres partout où vous pourrez, car il y aura bien de la peine à vivre à Augsbourg.
«Le quartier général impérial sera ce soir à Augsbourg.
«Je vous préviens que, dès aujourd'hui, votre corps d'armée ne recevra des ordres que du grand état-major général.»
BERTHIER À MARMONT.
«Augsbourg, le 12 octobre 1805.
«M. le général Marmont partira, aussitôt la réception du présent ordre, avec toute sa cavalerie, ses deux divisions françaises et vingt-quatre pièces de canon bien attelées et bien approvisionnées, ses cartouches, ses ambulances, pour se rendre sur Babenhausen, passant par Steepach, Untergossenhausen, Usterbach, Zumershausen, Tainhausen, Edewheffen, Krumbach.
«Le général Marmont se trouvera avoir neuf lieues à faire.
«Deux cents de ses meilleurs chevaux de cavalerie devront arriver ce soir à Babenhausen, et se mettre, aussitôt leur arrivée, en communication avec les postes du prince Murat, qui occupe Weissenhorn. Le reste de sa cavalerie arrivera ce soir aussi loin qu'elle pourra, mais au moins sur la Mindelheim, au village de Tainhausen, où M. le général Marmont se trouvera de sa personne. Il y fera rendre également deux mille hommes d'infanterie de son avant-garde.
«Le reste de ses deux divisions d'infanterie pourra coucher ce soir, une division à Usterbach, à quatre lieues, et l'autre à Zumershausen, qui est environ à cinq lieues et demie.
«Demain, à six heures du matin, tout le corps de M. le général Marmont se mettra en marche. Sa cavalerie se portera sur l'Iller, pour intercepter la route de Weissenhorn à Memmingen au village d'Hohenhausen.
«M. le général Marmont, avec son corps d'armée, se portera au village d'Illertiessen, où il est nécessaire que demain, avant onze heures du matin, il soit en position sur les hauteurs du village d'Illertiessen, et que sa cavalerie soit répandue le long de Piller, communiquant par sa droite avec le prince Murat, et par sa gauche avec le maréchal Soult.--Si le chemin était trop difficile pour son artillerie, il la fera passer par la chaussée qui, de Babenhausen, va à Weissenhorn (trois lieues); et, de cette ville à Illertiessen, il y a deux lieues.
«Le principal but de M. le général Marmont est de se trouver sur la droite de Weissenhorn, avec tout ce qu'il pourra de monde, le plus tôt possible, dans la journée de demain 21, la bataille devant avoir lieu dans la journée du 22.
«Après avoir donné tous ses ordres de départ, le général Marmont viendra prendre lui-même ceux de l'Empereur.»
BERTHIER À MARMONT.
«Oberfullen, le 15 octobre 1805.
«Je vous préviens général, que l'Empereur restera toute la journée à l'abbaye d'Elchingen. Son intention est que vous vous teniez de votre personne sur la petite hauteur du village de Pfuld; que vous ayez là une de vos divisions; que l'autre s'y trouve à portée, près d'Ulm; que votre cavalerie soit entre l'une et l'autre de ces divisions.
«La division de dragons à pied du général Baraguey-d'Hilliers, qui se trouve en position à son bivac, gardera les ponts d'Elchingen et de Talfingen; le général Baraguey-d'Hilliers placera sur chacun de ces deux ponts deux pièces de canon.
«Le général Beaumont, avec sa division de dragons, se placera pour fortifier votre ligne.
«Votre principal but, général, doit être d'empêcher l'ennemi de s'échapper d'Ulm, ou le retarder suffisamment pour que, des hauteurs, nous puissions revenir pour l'atteindre.
«Si cependant il vous était impossible d'empêcher l'ennemi de passer, le principal chemin qu'il faut toujours garder est le chemin qui va à Gunzbourg. Il vaudrait mieux laisser échapper l'ennemi par le chemin qui va à Memmingen, sauf à vous mettre, le plus tôt possible, à sa poursuite.
«Lorsque l'attaque sera fortement engagée sur les hauteurs, ou si vous vous apercevez que l'ennemi se dégarnit trop devant vous, vous ferez ce que vous voudrez pour l'attaquer de votre côté et produire tout l'effet d'une fausse attaque.
«Vous resterez pendant toute l'affaire en bataille, et de manière à produire le plus d'effet qu'il sera possible à l'ennemi, qui vous verra des hauteurs.
«Enfin, général, vous tiendrez des postes le long du Danube, depuis le pont de Talfingen jusque le plus près possible d'Ulm, et vous ferez reconnaître, sur la rive gauche, en passant au village de Talfingen, et en longeant le Danube, si on ne pourrait pas, de ce côté, faire une attaque réelle sur l'enceinte d'Ulm du moment où nous nous serons emparés des hauteurs.
«Du moment où vous serez arrivé sur les hauteurs de Pfuld, vous enverrez un de vos aides de camp à l'Empereur, qui sera à l'abbaye d'Elchingen.»
BERTHIER À MARMONT.
«Munich, le 27 octobre 1805.
«Il est ordonné à M. le général Marmont de partir, aujourd'hui 5, de Munich avec son corps d'armée, pour se rendre et prendre position entre Munich et Obersdorf; son avant-garde suivant l'arrière-garde de M. le maréchal Bernadotte, qui marche sur Wasserbourg, où son avant-garde est déjà arrivée.
«M. le général Marmont ne fera aucune espèce de réquisition sur sa gauche; il se nourrira par sa droite aussi loin que cela sera nécessaire.
«M. le général Marmont occupera Wasserbourg du moment que M. le maréchal Bernadotte aura passé l'Inn pour se diriger sur Saltzbourg.
«Pour cela, il se mettra en communication avec M. le maréchal Bernadotte; il poussera des reconnaissances sur Kraiburg et Mühldorf. Il attendra de nouveaux ordres à Wasserbourg, dans le cas où il s'y rendrait, si le maréchal Bernadotte passe l'Inn pour se diriger sur Saltzbourg.
«Le général Marmont prendra du pain pour deux jours.
«Le maréchal Soult prend position à Hohenlinden, ayant en avant, au delà de Haag, la cavalerie du prince Murat.»
BERTHIER À MARMONT.
«Braunau, 31 octobre 1805.
«Je vous préviens, général, que le prince Murat et le maréchal Davoust sont déjà à Haag, à quatre lieues au delà du Ried, sur la route de Lambach, d'où il n'est plus qu'à six lieues. Vous devez donc vous dépêcher d'arriver à Strasswalthen, et le plus rapidement que vous pourrez à Vacklabruck.
«L'ennemi nous a abandonné la place de Braunau, et sûrement il a cru la laisser à un corps de son armée. Nous avons trouvé quarante pièces de canon en batterie, chaque pièce avec tous ses ustensiles, prête à tirer, dix-huit fours avec leurs ustensiles, cent mille rations de pain, une quantité immense de poudre et de projectiles, des bombes, des farines, etc., etc.
«Le prince Murat vient de joindre leur arrière-garde à Ried; il a pris quatre pièces de canon et fait six cents prisonniers.»
BERTHIER À MARMONT.
«Laynbach, le 4 novembre 1805, neuf heures du matin.
«Le maréchal Davoust, général, se porte aujourd'hui sur Steyer; ayez un aide de camp près de lui, afin d'être instruit promptement s'il avait besoin de vous.
«Portez votre quartier général cette nuit à Kremsmunster, et réunissez-y votre corps d'armée du moment que vous serez instruit que le maréchal Davoust se sera emparé de Steyer et en aura rapproché son armée.
«L'Empereur désire que le maréchal Davoust ait une tête de pont sur l'Ens le plus tôt possible.
«Concertez avec lui les mouvements qu'il serait nécessaire de faire pour arriver à ce but; dans tous les cas, soyez toujours prêt à soutenir l'armée de ce maréchal.
«Sa Majesté désire aussi que votre cavalerie tienne des patrouilles sur la route de Knedorf à Rottenmann, tout comme lorsque l'Ens sera passé et qu'il sera constaté que l'ennemi ne peut plus prendre l'offensive. Votre cavalerie éclaire le chemin de Steyer à Leoben, et celle de M. le maréchal Davoust le chemin de Steyer à Waadhofen à Annaberg et Lilienfeld.
«Le maréchal Bernadotte doit être demain à Laynbach.»
BERTHIER À MARMONT.
«Lintz, le 7 novembre 1805.
«Il est ordonné à M. le général Marmont de partir de la position qu'il occupe avec tout le corps à ses ordres, pour se porter à grandes marches à Leoben, prendre et culbuter tout ce qu'il y aura devant lui. Il aura soin de se faire précéder d'une avant-garde qui poussera des reconnaissances en avant de lui.
«Le général Marmont aura également soin de laisser, depuis Steyer, des petits postes de cavalerie de cinq en cinq lieues, afin de pouvoir correspondre facilement avec le quartier général impérial. Cet article est important, afin que l'Empereur sache promptement ce qui se passera dans la vallée de l'Ens, de la Muhr et en Italie.
«Du moment que la grande armée sera arrivée à la position de Saint-Pölten, le général Marmont communiquera et placera ses petits postes de cavalerie par la route de Mariazzell.
«Le général Marmont se conduira suivant les circonstances. L'Empereur ne voit pas qu'il puisse rien craindre dans l'état où se trouve l'ennemi; cependant il mettra beaucoup de prudence dans sa marche. Je lui répète qu'il doit effectuer son mouvement en faisant les plus grandes marches qu'il lui sera possible.
«Il doit me faire connaître, par le retour de l'officier, les endroits où il compte coucher jusqu'à Leoben.
«Il est très-important que, de l'endroit où le général Marmont couchera chaque soir, il prenne des renseignements pour savoir comment, de cet endroit, il pourrait rejoindre directement la grande armée sur Saint-Pölten s'il en recevait l'ordre. Il sentira combien il est important que je reçoive souvent de ses nouvelles.»