CAMPAGNE DE PRUSSE ET DE POLOGNE.—1806-1807.

IIIe PARTIE.

JE SUIS PAIT PRISONNIER LE 5 MARS 1807.—RECIT DE MA CAPTIVITÉ.—PAIX DE
TILSITT.—OBSERVATIONS SUR LES OPÉRATIONS DU 6e CORPS PENDANT CETTE
CAMPAGNE.—MA RENTRÉE EN FRANCE.

Mon fatal ordre de route me conduisit d'abord à Mawern, occupé par une compagnie de voltigeurs, qui en avait barricadé toutes les issues. Cette précaution aurait dû me faire comprendre que l'ennemi n'était pas loin; mais confiant dans mon itinéraire, je vis sans inquiétude se fermer derrière moi la barrière qui allait me séparer pour longtemps de l'armée française. Je ne fus pas plus inquiet en distinguant de loin quelques cavaliers dans la plaine, ne doutant point qu'ils ne fussent des nôtres. La route de Freymarck traverse un bois, où je fus cerné par un régiment de hussards russes en reconnaissance. Les hussards paraissant à la fois de tous côtés, m'interdirent également la fuite et la résistance. Je pris sur-le-champ mon parti. Le sang-froid ne m'a jamais quitté dans les grandes occasions; jamais je n'essayai de lutter contre des maux sans remède. Un officier reçut mon épée. Il me traita fort bien, et me conduisit à Launau, quartier général de l'avant-garde. Le général Pahlen, depuis ambassadeur en France, qui la commandait, me reçut avec politesse et m'offrit à manger. J'acceptai, quoique n'en ayant aucune envie, mais par la curiosité de voir dans quelle situation l'ennemi se trouvait par rapport à nous. Le général Pahlen me donna de bonne viande, d'excellent vin; assurément nos généraux n'auraient pas pu traiter aussi bien leurs prisonniers. Aussitôt il m'envoya au général en chef à Heilsberg. Celui-ci me reçut mieux encore, et recommanda à ses aides de camp de me faire reposer et de me garder auprès d'eux.

C'est un affreux malheur pour un militaire que d'être fait prisonnier, surtout dans de telles circonstances. Un jour de bataille, tout le monde s'y attend: vous êtes renversé dans une charge et tout est dit. Mais en mission, au milieu de la sécurité la plus parfaite, se voir enlever brusquement à sa carrière, perdre ses espérances d'avancement et de gloire, devenir inutile à son pays, entendre désarmé le récit des événements de la guerre, quelquefois des succès de l'ennemi, toujours de ses fanfaronnades: mais se voir séparé de compagnons d'armes, que l'habitude et la communauté de dangers avaient, rendus vos amis, se trouver doublement séparé de sa famille, dont on ne recevra plus de nouvelles, et tout cela en un clin d'œil; c'est une des épreuves les plus douloureuses que l'on puisse subir. Ajoutez encore qu'un jeune officier craint qu'on ne lui reproche son malheur, qu'on ne l'accuse de n'avoir pas su son chemin, de ne pas s'être défendu quand il aurait pu le faire. Il craint de perdre la récompense de son zèle, le fruit de tant de dévouement, de fatigues, de dangers. Toutes ces réflexions, qui m'assaillirent au premier instant, prenaient de moment en moment de nouvelles forces. Pourtant, accablé de fatigue à la fin d'une journée commencée auprès du maréchal Ney et terminée auprès du général Benningsen, je dormis profondément, et le lendemain au réveil ma douleur n'en fut que plus vive et plus profonde. Enfin j'essayai de reprendre courage, d'observer dans l'intérêt de mon instruction un spectacle si inattendu, et par l'examen de l'armée russe de juger quelles chances la suite de la guerre offrait à l'armée française.

Le général Benningsen portait son quartier général à Bartenstein et m'emmena avec lui. L'état-major était nombreux; je me croyais le jouet d'un mauvais rêve en revoyant cette route que j'avais faite quelque temps auparavant avec un état-major bien différent. Il causa souvent avec moi, en ayant la discrétion d'éviter sur notre armée des questions auxquelles il savait que je n'aurais pas répondu. Dans ces conversations souvent répétées pendant mon séjour à Bartenstein, il me parlait de la campagne qu'il venait de faire. Il n'avait jamais quitté l'offensive; vainqueur à Pultusk, il l'avait encore été à Eylau, et il remarquait comme une faveur divine que la reine de Prusse, malade, depuis quelque temps, eût pu aller à l'église justement le jour de ce dernier triomphe. Je ne le chicanai point là-dessus; j'aurais préféré aux récits du passé quelques détails sur les projets futurs. À cet égard, Benningsen se montrait plus réservé. Je crus cependant entrevoir qu'il se disposait à interrompre le cours de ses triomphes pour reposer son armée en cantonnements; j'en fus ravi, la continuation de la campagne d'hiver ne pouvant pas être à notre avantage. M. Thiers parle des souffrances de l'armée russe, des Cosaques venant demander du pain à nos soldats. Je ne le conteste pas; mais au quartier général l'apparence démentait cette assertion. Si ma qualité de prisonnier de guerre m'interdisait les questions, je voyais du moins l'état-major vivre dans l'abondance, les soldats bien vêtus, les chevaux en bon état. Assurément la comparaison n'était pas en notre faveur.

Je passai trois semaines à Bartenstein au quartier général, logeant avec les aides de camp du général en chef, ainsi qu'avec MM. Ribeaupierre et de Nesselrode, dont l'un devint ambassadeur, l'autre ministre des affaires étrangères. Tous deux, jeunes alors et chambellans, avaient été envoyés au quartier général pour la correspondance avec l'Empereur. Nous dînions chez le général à une table nombreuse et bien servie. On amenait quelquefois des prisonniers qui paraissaient jaloux de ma faveur, plus rarement des déserteurs, contre lesquels ma colère mal déguisée amusait beaucoup les officiers. Un jour une députation de la ville vint féliciter Benningsen sur son arrivée. Il demanda si celui qui porta la parole était le bourgmestre: «Je puis vous l'assurer, lui dis-je: j'ai entendu monsieur, il y a peu de temps, féliciter M. le maréchal Ney dans les mêmes termes.» Ce fut une joie générale.

Les promenades dans la ville m'étant interdites, ma journée se passait à causer avec mes compagnons de chambrée, à parler beaucoup de Paris et de la France, objets constants de la prédilection des Russes, surtout à jouer au pharaon. Je dois m'accuser ici d'un trait de mauvais joueur, tel que je l'ai toujours été. Ayant perdu un gros coup, je déchirai les cartes. Les joueurs restèrent confondus; celui qui tenait les cartes dit tranquillement: «C'est dommage pourtant, nous n'avions que ce jeu-là.» Cette douceur me toucha plus que les reproches que j'aurais mérités.

Le maréchal Ney, étonné de ne pas me voir revenir, devina ma mésaventure; et quand il en eut acquis la certitude, il m'envoya de l'argent, et fit demander mon échange, que l'on refusa, trouvant sans doute de l'inconvénient à renvoyer un officier qui venait de passer quelque temps à l'état-major russe, et qui pouvait en donner des nouvelles. Le général Benningsen eut l'attention de ne pas m'en parler pour ne pas m'affliger.

Au bout de quinze jours, je partis pour Wilna, en passant par Grodno. Je partis en traîneau découvert par une nuit des plus froides, mais couvert de fourrures que mes nouveaux amis m'avaient prodiguées, et beaucoup mieux vêtu, voyageant plus commodément comme prisonnier, que je ne le faisais à l'armée française. Le gouverneur de Grodno m'accueillit avec bienveillance; je logeais et je mangeais chez lui. Mais rien ne pouvait adoucir ma tristesse. Je ne trouvai point à Grodno l'intérêt de curiosité que m'inspirait le séjour du quartier général; je n'y trouvai pas les agréments de société que je rencontrai plus tard à Wilna, et ce séjour a été pour moi l'époque la plus pénible de ma captivité. La femme du gouverneur, personne spirituelle et d'un grand sens, me dit un jour: «Vous êtes bien triste, et vous avez tort. Le malheur qui vous est arrivé, malheur fort commun à la guerre, ri est point votre faute et ne peut vous faire aucun tort. Profitez de l'occasion pour faire un voyage en Russie. On vous mènera où vous voudrez, les voyages sont faciles dans ce pays; on aime les étrangers, les Français, et vous voyez la bienveillance particulière qu'on vous témoigne. Vous rentrerez dans votre pays à vingt-trois ans, ayant fait une belle campagne et un voyage instructif.» Je me sentais trop découragé pour suivre ce sage conseil. Ne voulant rien demander, je m'abandonnai à ma triste destinée.

Au bout de quinze jours je partis pour Wilna, où je menai une vie toute différente.

Le général Korsakoff, gouverneur de cette ville, m'accorda la même hospitalité. Wilna se trouvant loin du théâtre de la guerre, j'y circulai librement. Je louai une très-petite chambre, et mon couvert était mis tous les jours à la table du gouverneur. Le général Korsakoff se plaisait à parler de ses campagnes, surtout de la célèbre bataille de Zurich, qu'il avait perdue contre Masséna, et que, d'après ses explications, il devait gagner: faiblesse ordinaire à tous les militaires, comme on voit les parents préférer leurs enfants contrefaits ou idiots. Un jour même, en passant en revue les généraux français, il me dit que Masséna avait peu de talent. «C'est possible, répondis-je, mais convenons qu'il a toujours eu du bonheur.» Je n'ai pas besoin d'ajouter que Korsakoff était un homme de peu d'esprit, bon homme d'ailleurs, un peu kalmouk de figure et de manières. Il élevait deux enfants naturels; l'aîné à quatorze ans annonçait la brutalité de l'ancien caractère russe; il maltraitait et avec le plus cruel sang-froid son frère, enfant de huit ans. Un jour en nous promenant, je ne sais ce que fit celui-ci qui contraria l'aîné: «Nous verrons cela plus tard, lui dit-il.» La promenade s'acheva gaiement, et en rentrant il emmena son frère dans sa chambre pour lui donner des coups de bâton.

Je fus également bien reçu par le gouverneur civil, M. Bagmewski, et j'avais mon couvert mis chez l'un des gouverneurs comme chez l'autre. C'est la grande politesse du pays. Il y a toujours un certain nombre de couverts vides pour les personnes que l'on autorise à venir demander à dîner, et cette autorisation n'est point une vague formule de politesse. Le maître de la maison vous adresse des reproches si vous n'en profitez pas.

M. Bagmewski avait épousé mademoiselle Mileykho, Polonaise fort belle, plus jeune que lui, et heureusement n'ayant de passion que pour la toilette. Sa sœur Marie me frappa davantage. Son agréable caractère, ses manières, moitié polonaises, moitié françaises, plaisaient autant que sa figure, et je ne doute pas qu'à Londres ou à Paris elle n'eût eu autant de succès qu'à Wilna. On pense bien que je fréquentais la maison du gouverneur civil plus que celle du gouverneur militaire, et que la société de deux belles femmes fort aimables pour moi me semblait préférable à celle de deux enfants mal élevés. Seulement nous étions convenus de ne jamais parler de la guerre, pour tâcher d'oublier que le frère des dames, et un frère fort aimé d'elles, était mon ennemi.

Je fis également connaissance avec Mme de Choiseul, née Potocka, dont le mari, fils du comte de Choiseul-Gouffier, ambassadeur à Constantinople, s'était établi en Pologne. Mme de Choiseul, belle et aimable, était fort liée avec Mme Franck. M. Franck, fils du célèbre docteur, passait lui-même pour un bon médecin; Mme Franck avait une belle voix et un talent qui eussent fait honneur à une artiste.

Je voyais presque journellement les personnes dont je viens de parler, qui toutes me semblaient aimables, car elles l'étaient pour moi. Il y avait peu de soirées priées, peu de grandes réunions, mais toujours du monde; un théâtre médiocre, quelquefois de la musique, que je faisais surtout en particulier avec Mme Franck. La société polonaise fréquentait peu celle-ci. Le zèle pour le rétablissement de la Pologne se montrait aussi vif en Lithuanie que dans le duché de Posen. On accueillait à Wilna les prisonniers français comme des frères. On vit des gens du peuple les embrasser en pleurant, leur porter à boire dans leurs rangs; on vit un cocher descendre du siège et leur donner tout l'argent qu'il possédait. Ces démonstrations inquiétaient le gouvernement, au point qu'un jour, étant allé voir nos malades à l'hôpital, le commandant du poste, me prenant pour un Polonais, me fit conduire chez le commissaire de police. On peut donc juger avec quel empressement je fus accueilli par la société polonaise; mais je leur dis avec franchise qu'étant prisonnier des Russes, je ne voulais pas me compromettre avec eux; que je désirais que la politique de l'Empereur lui permît de seconder leurs vœux, mais qu'enfin il ne s'était pas prononcé à cet égard, et que dans ma position je ne pouvais voir en eux que des sujets de l'Empereur de Russie. Ils le comprirent, et je gardai avec eux de bons rapports, en conservant pour ma société intime les personnes que j'ai nommées, personnes toutes étrangères ou appartenant au gouvernement russe.

Je trouvai à Wilna le baron de Damas, jeune émigré au service de Russie, et chargé alors d'instruire des recrues. À vingt-deux ans, on remarquait déjà en lui la sévérité de principes et l'austérité de maintien qui l'ont toujours distingué. Je ne puis comprendre que dans une ville de plaisir comme Wilna, il consacrât son temps à l'instruction de ses recrues, en se permettant pour distraction quelques parties de whist avec des personnes âgées. J'admirais d'autant plus ce que je n'aurais pas eu la vertu d'imiter. Quoique engagé dans un parti différent du mien, M. de Damas me rechercha le premier; il venait me voir souvent dans ma petite chambre, et nos longues conversations paraissaient courtes, tant nous avions mutuellement de choses à nous apprendre. Après avoir épuisé l'armée russe et l'armée française, il me parla de la petite cour de Louis XVIII à Mittau, dont on pense bien qu'il était un des fidèles. Ces détails m'intéressèrent vivement; ils étaient nouveaux pour moi, les journaux ne prononçant jamais le nom des princes exilés; d'ailleurs, dans ces conversations sur des sujets souvent délicats, nous évitions avec soin ce qui aurait pu blesser un de nous deux. Ce ne fut donc qu'avec une extrême réserve qu'il me témoigna le désir qu'on aurait à Mittau de me voir me rapprocher de la cause du roi. Je ne répondis à une pareille insinuation que par le silence.

Je reçus en même temps une lettre d'un autre émigré, ancien ami de ma famille et présentement à Mittau. Après mille choses aimables, il me disait qu'un prisonnier pouvait avoir besoin d'argent; il m'offrait donc sa bourse ou celle de ses amis. Je lui exprimai ma reconnaissance, en ajoutant que le témoignage de son attachement pour mes parents était tout ce que je pouvais accepter. Je montrai la lettre au baron de Damas, en ajoutant que j'aimerais mieux vivre de pain noir que de recevoir de l'argent de Mittau. Personne ne pouvait mieux comprendre et apprécier un pareil sentiment.

Deux mois et demi s'étaient écoulés à Wilna fort doucement, fort agréablement, trop agréablement peut-être pour un prisonnier. Au mois de juin, on reçut la nouvelle des premiers combats qui signalèrent la reprise des hostilités. Toute l'armée russe avait attaqué le 6e corps sans pouvoir l'entamer. Mais ce corps d'armée s'était retiré, les équipages du maréchal Ney avaient été pris, il n'en fallait pas davantage pour transformer le combat en victoire. Malgré la connaissance de la jactance des Russes, cette nouvelle me causa quelque inquiétude. Mais enfin tout allait s'éclaircir; et, en effet, la bataille de Friedland amena les conférences de Tilsitt, bientôt suivies de la paix. Mes lecteurs peuvent donc supposer qu'après un mois encore passé à Wilna, ma captivité cessa, et qu'elle se termina aussi heureusement qu'elle avait commencé. Une singulière circonstance en décida tout autrement.

Un vieux général russe commandait à Wilna sous les ordres du gouverneur. Le baron de Damas m'avait engagé à lui taire une visite, comme à mon chef immédiat, en ma qualité de prisonnier de guerre. Je ne m'en souciai pas, me croyant assez sûr de mon fait par la protection du gouverneur lui-même. Le général en fut fort choqué. Je consentis à y aller un jour avec le baron de Damas; mais le mal était fait, et cette visite tardive me fit peut-être dans son esprit plus de mal que de bien. À la nouvelle de la reprise des hostilités, le général Korsakoff fut appelé à l'armée, et le vieux général resté maître de mon sort, se vengea de mon impolitesse par une brutalité bien digne des anciens Russes. J'appris un matin que j'allais partir sur-le-champ pour joindre un dépôt d'officiers français prisonniers à Kostroma, à cent lieues au delà de Moscou, à trois cents lieues de Wilna. Il ne me fut pas même permis d'aller dire adieu à mes amis, pas même à madame Bagmewska, femme du gouverneur civil, dont la maison ne pouvait pas être suspecte. On me permit du moins de choisir la manière de voyager qui me conviendrait. Un banquier me donna tout l'argent nécessaire, et un sous-officier, chargé de me conduire, reçut l'ordre de me traiter avec égards. Ne voulant solliciter aucune faveur après un traitement si indigne, je demandai à voyager jour et nuit sans perdre une minute. Le bruit de cet enlèvement se répandit dans la ville, et affligea doublement mes amis, en leur montrant de quoi était capable l'autorité qui pesait sur eux. Mon départ fut pour moi un jour de triomphe. Toute la ville était aux fenêtres. Tous me souhaitaient un heureux voyage, un prompt retour; plusieurs femmes agitaient leurs mouchoirs. Le lendemain, elles se plaignirent au général d'un traitement si brutal et si peu mérité. Il répondit avec plus de galanterie qu'on ne l'eût attendu de sa part, que, s'il avait cru mon départ si affligeant pour les dames de Wilna, il m'aurait renvoyé beaucoup plus tôt.

J'arrivai à Smolensk comme l'éclair. Le gouverneur me logea chez lui et voulut me garder quelques jours. Son aide de camp m'insinua même très-clairement de sa part que si je voulais me dire malade je pourrais rester à Smolensk. Je ne sais quelle folie me porta à refuser cette nouvelle marque de bienveillance, mais j'ai déjà dit que je ne voulais solliciter ni accepter aucune faveur. J'en fus puni par une prolongation de captivité de trois mois, et de trois mois des plus incommodes, des plus tristes, des plus ennuyeux que j'aie passés en ma vie.

Je partis donc conduit par mon sous-officier, voyageant jour et nuit, comme je l'avais demandé, prenant à peine le temps de manger et avec la rapidité de Mazeppa emporté par un cheval sauvage. Une petite charrette non suspendue, couverte de paille, et qu'on changeait à chaque relais, contenait le postillon, le sous-officier et moi. Un seul cheval nous menait au grand galop. Il fallait ma jeunesse, ma santé, pour supporter de pareilles fatigues. Je passais les jours et les nuits à dormir dans cet étrange équipage. Quand nous nous arrêtions pour manger, ma figure devenait l'objet de la curiosité générale. Un jour que la chaleur et la poussière m'avaient causé un gonflement à l'œil, je fis dans une auberge une fumigation à l'eau bouillante; les habitants du village, se pressant à la porte, regardaient avec terreur cette tête couverte d'un voile et exposée à la vapeur. Ils me croyaient occupé d'une opération cabalistique; et assurément, s'il eût éclaté en ce moment un coup de tonnerre ou un incendie, ils me l'auraient attribué. Une autre fois, on me consulta sur un enfant malade. Je fis l'aveu de mon ignorance. Pour rétablir ma réputation, je prescrivis un remède quelconque à un cheval demi-fourbu, et je repartis vite dans ma charrette avant qu'on eût pu éprouver l'effet de ma singulière ordonnance.

L'irritation était extrême en tous lieux contre l'armée française, et surtout contre l'Empereur. J'avais un petit portrait d'Homère qu'un maître de poste voulut déchirer, le prenant pour un portrait de Napoléon. Je vins à peine à bout de l'apaiser, en lui jurant que les deux figures ne se ressemblaient pas plus que les deux personnages.

J'éprouvai encore un mécompte particulier dans ce maudit voyage. J'avais demandé si Moscou se trouvait dans mon itinéraire, et dans ce cas, ma fierté s'abaissait jusqu'à solliciter la faveur d'y passer au moins un jour. On m'avait assuré que non. Cependant, voyant un matin à l'horizon une foule de clochers, je demandai à mon sous-officier ce que c'était. Moskwa, me répondit-il. Il était trop tard pour obtenir la permission d'y rester, mon conducteur n'ayant que la consigne de me conduire. J'y fis du moins un meilleur repas qu'à l'ordinaire, et nous repartîmes aussitôt.

J'arrivai enfin à Kostroma, en passant par Jaroslaw, et je rejoignis le dépôt d'officiers prisonniers qui y était établi. Ici commença pour moi une existence toute nouvelle. Le général russe qui m'avait si indignement traité se garda bien de me recommander au gouverneur de Kostroma, homme d'ailleurs ignorant et assez grossier, comme les Russes qui ne savent ni l'allemand ni le français. Sa femme, mieux élevée, me reçut bien et m'offrit quelques livres pour ma consolation. Du reste rien ne me distingua des autres prisonniers, ce qui au fait n'eût guère été possible. À Wilna, j'étais seul, mais à Kostroma les distinctions auraient blessé les officiers d'un grade égal ou supérieur au mien. Je fus donc réduit à la vie commune, dont voici la description.

Il y avait à Kostroma trois officiers supérieurs: un lieutenant-colonel et deux chefs d'escadron mangeant à part, et une vingtaine d'officiers inférieurs, auxquels je me réunis. Nous étions douze logés dans deux chambres, et couchés sur des chaises, sur un matelas, sur la paille sans pouvoir éviter complètement les insectes et la vermine. Nous avions trouvé heureusement une assez bonne pension chez un Allemand établi à Kostroma, et aussi bon marché qu'il convenait à notre position. Je n'ai à mentionner aucun de ces officiers en particulier; ils appartenaient à différentes armes, à différents corps. On y voyait des sous-officiers se faisant passer pour officiers, et jouant si bien leur rôle que les officiers véritables en furent la dupe. Ainsi un jeune fourrier de chasseurs, s'étant procuré un petit habit gris, se disait élève sorti de Saint-Cyr, et pris au moment où il allait rejoindre son régiment d'infanterie. Tel maréchal des logis se faisait lieutenant, tel adjudant, capitaine. Les véritables officiers, ayant appris plus tard ces tours de passe-passe, s'en sont choqués, et bien à tort, selon moi. Il est naturel de chercher à améliorer une situation si triste; et pour un prisonnier, entre le traitement des officiers et celui de la troupe, c'est la vie ou la mort. Pour moi je crus recommencer mon apprentissage du camp de Montreuil. Il me fallait oublier Wilna comme autrefois j'avais oublié Paris, reprendre l'habitude de toutes les privations, de toutes les misères, me retrouver dans l'intimité de gens bien différents de ceux avec lesquels j'avais repris l'habitude de vivre. Ces officiers dans le fait différaient peu des soldats. C'étaient la même ignorance, un pareil manque de savoir-vivre; quelques-uns, un peu mieux élevés, souriaient en entendant les autres. Chacun racontait ses prouesses vraies ou fausses. Les caractères n'étant plus contenus par la discipline, se montraient à découvert. Il y avait du bien, du mal, de la générosité, de l'égoïsme; des natures bienveillantes, des caractères querelleurs. On aurait compté plus d'un duel dans cette petite colonie si nous avions eu des armes. Le temps, le bonheur de voir la fin de notre exil firent oublier les querelles, et je ne crois pas qu'une seule de ces provocations ait été suivie d'effet.

Un officier était fort mal vu de tous les autres. Quoique logeant et mangeant avec nous, on le laissait toujours à part. J'ai su qu'on l'accusait d'avoir reçu d'un seigneur polonais une somme à distribuer à ses camarades d'infortune, et de l'avoir gardée pour lui.

Comme au camp de Montreuil aussi, mon arrivée causa quelque surprise, même quelque ombrage. Ma toilette, moins décousue que celle des autres quoiqu'elle ne fût pas brillante, ma situation exceptionnelle jusqu'à ce jour paraissaient étranges. Quel était cet officier qui voyageait en poste avec un sous-officier russe pour le conduire? Pourquoi cette distinction qui n'était pas due à son grade? Il se disait aide de camp du maréchal Ney, et il portait l'uniforme du 59e. Était-ce encore un chevalier d'industrie, un de ces prisonniers habiles à se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas? Ces doutes furent bientôt dissipés. Moins novice qu'au camp de Montreuil, je savais à qui j'avais affaire, et je connaissais la langue du pays. Quelques officiers, comprenant la situation de ma famille, ne s'étonnaient pas de me voir de l'argent. Mon caractère plut à mes compagnons d'infortune, et je n'employai mes avantages personnels qu'à leur être agréable; la meilleure intelligence s'établit donc entre nous.

Dans ce chef-lieu d'un des gouvernements les plus reculés de la Russie d'Europe, on rencontrait cependant quelque société. On parlait peu français et un peu plus allemand. Personne ne nous donna à dîner; mais nous reçûmes quelques invitations à des collations qui duraient presque toute la journée, avec le genre d'hospitalité particulier aux peuples à demi sauvages. Il fallait manger de toutes sortes de choses l'une après l'autre, et quand ensuite vous vouliez vous retirer en prétextant une affaire, le maître de la maison courait après vous pour vous conjurer de revenir ensuite.

La nouvelle de la paix arriva enfin, et fut suivie de l'ordre de notre départ. Mais quel étrange voyage! Il y a plus de trois cents lieues de Kostrama à Wilna, en passant par Moscou; et encore, comme on voulait nous faire éviter cette capitale, on allongea la route de cinquante lieues. Chacun de nous était monté sur une petite charrette à un cheval conduite par un paysan. Un détachement de soldats, commandé par un officier, ouvrait et fermait la marche. Qu'on juge l'un voyage de trois cent cinquante lieues à petites journées dans un tel équipage, par tous les temps! Quelle incommodité, quel ennui, quelle fatigue! À peine trouvions-nous à manger, et Dieu sait ce que nous trouvions. Nous couchions dans de mauvaises huttes, au milieu des paysans, et exposés à tous les inconvénients qui pouvaient en résulter. Dans les villes nous faisions de meilleurs repas en emportant quelques provisions pour les jours suivants. Par une négligence bien digne de moi dans ma jeunesse, je me laissai voler presque tout mon argent et je fus privé d'une ressource qui eût été précieuse pour moi et pour les autres. Après vingt-huit jours de cet étrange voyage, nous arrivâmes à Wilna en passant par Vladimir, Kolomna, Kaluga, Viasma, Smolensk, Orcha, Borissow et la Bérézina, lieux devenus depuis bien tristement célèbres, et que je ne m'attendais pas à revoir cinq ans plus tard dans une situation tellement différente. Wilna étant le lieu de rendez-vous de tous les convois de prisonniers, chacun eut la faculté de rejoindre individuellement l'armée française. Le général Korsakoff avait repris son gouvernement, le général Benningsen, revenant de l'armée, s'y trouvait également. Je les remerciai tous deux de leurs bontés. Tous deux me témoignèrent le regret que leur causait un fatal voyage, qu'ils m'auraient épargné s'ils eussent pu le prévoir.

Je reçus à Wilna la plus aimable hospitalité de la part d'un inconnu. Je rencontrai un jeune officier russe que j'avais vu à Paris avant la guerre. Il me mena voir son général retenu dans sa chambre par suite d'une chute. Celui-ci, apprenant que j'étais dans mon logement à peu près couché par terre par suite de l'encombrement que causait la quantité de prisonniers, me fit mettre un lit dans son salon et me garda jusqu'à mon départ. Rien n'égale l'hospitalité des Russes, mais il serait dangereux de s'y fier; leur accueil est capricieux et changeant comme leur caractère. Tels sont les peuples encore à demi sauvages; et l'on se rappelle que le capitaine Cook, après avoir reçu mille marques d'affection des habitants d'une île de la mer du Sud, fut massacré par eux quand la tempête le rejeta sur le rivage. Il est bon de vivre avec les Russes, quand on peut se passer d'eux.

Je ne peindrai pas ma joie en retrouvant à Varsovie l'armée française, en revoyant nos uniformes, nos soldats armés. Mon bonheur fut plus grand encore à Glogau, quartier général du 6e corps, dont les régiments occupaient la Silésie. Le maréchal Ney était retourné à Paris, en laissant à Glogau son aide de camp d'Albignac, mon meilleur ami. Le général Marchand commandait le corps. Le général Colbert se trouvait aussi à Glogau. Tous me reçurent comme un échappé de la Sibérie, et m'apprirent une nouvelle qui me combla de joie: on m'avait donné la croix de la Légion d'honneur. La nomination avait souffert quelque embarras, non que j'en fusse plus indigne qu'un autre, mais je n'avais été porté ni à l'état-major comme comptant au régiment dont je portais l'uniforme, ni à mon régiment, parce que j'étais à l'état-major. Le zèle de d'Albignac, la bienveillance du général Marchand vainquirent cette difficulté; mon cœur en garde à leur mémoire une éternelle reconnaissance.

Après avoir raconté ma captivité en détail, je voulus apprendre à mon tour ce qui s'était passé à l'armée, les glorieuses actions auxquelles j'avais eu le malheur de rester étranger. Je termine par l'extrait de nos conversations, qui confirment et quelquefois modifient les travaux des historiens; ce sera le complément de l'analyse très-succincte des opérations de cette campagne. Semblable aux poëmes anciens, mon journal sera partie en action, partie en récit.

Le temps de ma captivité avait été bien utilement employé à l'armée. Dantzick s'était rendu le 21 mai, après une belle défense continuée pendant cinquante jours de tranchée ouverte. Cette conquête nous rendait maîtres du cours entier de la Vistule. L'armée avait reçu des vivres dans ses cantonnements; elle campait au bivouac par divisions, protégée par des ouvrages de campagne et des abatis. J'ai raconté la position de chaque corps d'armée, et l'on a vu que le 6e était à l'avant-garde entre la Passarge et l'Alle, le quartier général à Guttstadt sur cette dernière rivière. Trois mois s'étaient ainsi passés. Napoléon se préparait à reprendre l'offensive, lorsque, le 5 juin, il fut prévenu par Benningsen, dont l'effort principal eut lieu contre le 6e corps, qu'il espérait écraser à l'aide de forces supérieures. Rien n'avait pu faire pressentir les préparatifs de l'ennemi ce jour-là; mais comme on s'y attendait d'un moment à l'autre, et que toutes les précautions étaient prises, les troupes furent sur pied en un instant. Le maréchal Ney se retira sur Deppen, point qui lui était assigné en cas de retraite pour repasser la Passarge; mais il ne fit ce jour-là que la moitié du chemin, et l'ennemi ne put le faire reculer que de deux lieues, pendant lesquelles il combattit toujours. Le soir, en rendant compte à l'Empereur, et sachant qu'il serait attaqué le lendemain, il ne craignit pas d'écrire: «Je ferai perdre encore à l'ennemi la journée de demain.» En effet, le 6 juin, il défendit le terrain pied à pied jusqu'au pont de Deppen. Là, se trouvant serré de près, il profita de quelques accidents de terrain qui retardaient la marche de l'ennemi pour faire contre lui un mouvement offensif. Ce mouvement, si inattendu de la part des Français en pleine retraite, arrêta un instant la marche des Russes et permit au 6e corps d'exécuter le passage de la Passarge. Ces deux journées couvrirent de gloire le 6e corps d'armée et son illustre chef, en donnant à l'Empereur le temps d'arriver et de préparer les grands événements qui suivirent.

Les corps d'armée se réunirent, le 8, à Saalfeld, conduits par Napoléon, qui manœuvra pour tourner la droite des Russes et les couper de Kœnigsberg. Benningsen, renonçant à l'offensive, se retira par les deux rives de l'Alle jusqu'à Heilsberg, qu'il avait entouré d'ouvrages de campagne. Il fut attaqué le 10 en avant de cette ville par le prince Murat et Davout, qui n'attendirent ni la présence ni les ordres de l'Empereur. Après une journée de carnage les troupes bivouaquèrent sur le terrain. Le lendemain 11, Benningsen continua la retraite en suivant les bords de l'Alle jusqu'à Friedland. Là, il s'arrêta pour livrer bataille; il eût été plus sage de descendre l'Alle jusqu'à la Prégel, de se placer ensuite derrière ce fleuve en couvrant Kœnigsberg. La résistance que lui avaient fait éprouver nos corps détachés devait lui apprendre à quel danger il s'exposait en combattant l'armée entière commandée par Napoléon. Je ferai encore moins le récit de cette bataille que des autres, puisque je n'y ai point assisté; je dirai seulement quelques mots sur la part que le 6e corps y a prise. Friedland est situé sur la rive gauche de l'Alle. L'armée russe fut rangée en bataille en avant de cette ville. Le maréchal Lannes, arrivé le premier sur le terrain, engagea l'affaire et soutint l'effort de l'armée russe pendant une partie de la journée. Napoléon et les autres corps n'arrivèrent qu'un peu tard. Le 6e, resté en arrière après la glorieuse retraite de Deppen, prit, le soir, la droite de l'armée en s'appuyant à l'Alle. On m'a conté que dans ce moment le maréchal Ney, voyant la plaine occupée par une nombreuse cavalerie russe, voulut la faire charger par quelques escadrons de la garde impériale qui se trouvaient là. Le colonel ayant observé qu'il ne pouvait agir sans l'ordre des généraux de la garde, le maréchal pour toute réponse fit charger son peloton d'escorte commandé par un excellent officier, qui ramena la cavalerie russe sur la garde impériale, et la força ainsi de combattre. Dans ce moment décisif, Napoléon chargea le maréchal Ney d'enlever la ville de Friedland et les ponts par lesquels l'ennemi communiquait avec la rive droite de l'Alle. Le 6e corps, disposé en échelons par régiments la droite en tête, marcha sous le feu de l'infanterie russe, secondée par leur nombreuse artillerie et d'autant plus redoutable que d'autres batteries placées sur la rive droite prenaient en flanc les échelons. Pour la première fois les régiments du 6e corps furent ébranlés. Le désordre commença à l'échelon de droite, composé de la 1re brigade de la 1re division, parce que l'on voulut faire relever par le 39e le 6e qui avait beaucoup souffert et qui manquait de munitions. Ce mouvement au milieu du feu de l'ennemi amena quelque confusion, et le désordre se communiqua promptement de la droite à la gauche à tous les échelons, qui voyaient la nombreuse cavalerie russe s'apprêter à les charger. On peut juger de la colère du maréchal Ney. Heureusement, le 59e régiment, qui formait le dernier échelon, se maintint. La division Dupont, placée à la gauche du 6e corps, appuya ce régiment. Les dragons de la Tour-Maubourg repoussèrent la cavalerie ennemie. Une nombreuse artillerie commandée par le général Senarmont vint secourir la faible artillerie du 6e corps. Tous les régiments ralliés marchèrent en avant. Cette fois la ville de Friedland fut emportée et les ponts rompus. L'aile droite des Russes, repoussée à son tour, voulut rentrer dans Friedland, et un nouveau combat s'engagea dans la ville en flammes. Les Russes essayèrent de se sauver en traversant l'Alle à gué, et beaucoup se noyèrent. La victoire était complète. L'ennemi eut 25,000 hommes hors de combat; nous prîmes 80 bouches à feu, et sur 80,000 hommes qui composaient notre armée, 55,000 à peine avaient été engagés. Pendant cette terrible bataille le maréchal Soult était entré à Kœnigsberg. L'armée russe se retira derrière le Niémen suivie par l'armée française. L'armistice fut conclu le 22 juin, et la paix signée enfin à Tilsitt le 8 juillet.

Tels furent les récits de mes camarades, récits entremêlés de mille autres détails. Je sentis plus vivement encore le regret d'avoir été séparé d'eux, et d'avoir passé dans la frivolité ou dans la tristesse le temps consacré à de si éclatants triomphes. J'allai visiter les cantonnements du 6e corps, et en particulier celui du 59e régiment, que je revis avec une grande émotion. M. Baptiste, déjà chef de bataillon au 50e, venait d'être nommé colonel du 25e léger; je l'en félicitai de tout mon cœur. M. Mazure, mon ancien capitaine, avait été tué en conduisant un peu imprudemment dans une affaire la compagnie de voltigeurs qu'il méritait bien de commander. Je n'avais pas eu besoin de sa mort pour lui pardonner ses anciens torts envers moi. Au reste, le régiment avait peu souffert.

Le maréchal Ney, en quittant l'armée, m'avait laissé l'ordre de venir le rejoindre à Paris. J'achetai une calèche, qui cassa cinq ou six fois en route selon l'usage; et voyageant jour et nuit, ce qui était aussi dans nos habitudes, j'arrivai à Paris au mois de septembre 1807, et je retrouvai ma famille.

On peut juger des transports qui m'accueillirent après trois ans d'absence, interrompus seulement par un voyage de huit jours en partant du camp de Montreuil. Mais je ne saurais peindre avec quelle émotion furent écoutés les récits que je viens de tracer. Mes parents se crurent revenus au temps des héros d'Homère. Ils crurent entendre raconter les combats de l'Iliade, les voyages de l'Odyssée; et, de fait, les événements auxquels j'ai assisté sont d'une telle importance que, même pour des lecteurs indifférents, le récit de la très-petite part que j'y ai prise ne sera peut-être pas dépourvu de quelque intérêt.