CHAPITRE VI.
RETRAITE D'ORCHA À LA BÉRÉSINA.
MOUVEMENTS DES AUTRES CORPS.—PROGRÈS DE LA DÉSORGANISATION DANS
L'ARMÉE.—MARCHE D'ORCHA À VÉZÉLOVO.—MOUVEMENTS DES TROIS ARMÉES
RUSSES.—RÉUNION DES 2e, 6e ET 9e CORPS À LA GRANDE ARMÉE.—PASSAGE DE
LA BÉRÉSINA.—AFFAIRE DU 28 NOVEMBRE.
Pendant que le 3e corps soutenait la terrible lutte que je viens de raconter, l'Empereur avait marché rapidement sur Orcha, toujours poursuivi par les troupes légères des Russes. Le détail de ce mouvement n'offre d'intéressant que la mort funeste de 300 hommes du 1er corps, brûlés à Lyady dans une grange où ils avaient passé la nuit. Ces malheureux, en voulant se sauver, s'accrochèrent tellement les uns aux autres, qu'aucun d'eux ne put sortir. Tous périrent; un seul respirait encore, et l'on fut obligé, pour l'achever, de lui tirer deux coups de fusil.
J'ai dit, à la fin du troisième chapitre, dans quelle situation se trouvait l'armée, et combien il était nécessaire de prévenir les Russes au passage de la Bérézina; aussi Napoléon, sans s'arrêter à Orcha, suivit la route de Borisow. Cette ville est située sur la Bérézina, à trente lieues d'Orcha; la division de Dombrowski y était établie pour garder le pont.
Ici commence pour le 3e corps une époque nouvelle. On vient de voir ce corps d'armée chargé seul de l'arrière-garde depuis Viasma, c'est-à-dire pendant un intervalle de dix-huit jours et une distance de soixante lieues. Réuni maintenant à la Grande Armée et marchant dans ses rangs, le 3e corps n'aura plus à partager que les fatigues et les privations communes.
À peine avions-nous pris trois heures de repos à Orcha, qu'on voulut songer aux distributions; mais nous devions encore être privés de cette faible ressource. Les Russes, parvenus sur l'autre bord du Dniéper, commencèrent à incendier la ville avec des obus; les bâtiments où étaient les magasins se trouvaient fort en vue et servaient de points de mire. Il devint impossible de faire aucune distribution régulière; quelques soldats rapportèrent de l'eau-de-vie et de la farine au péril de leur vie; et le maréchal Davout, maintenant chargé de l'arrière-garde, pressa notre départ. À huit heures du matin, nous étions sur la route de Borisow.
Cette route est une des plus belles que l'on puisse voir, et sa largeur permettait de faire marcher de front plusieurs colonnes. Pour la première fois, n'ayant point à songer à l'ennemi, j'observai la situation de mon régiment; à peine me restait-il 80 hommes, et comment espérer de conserver ce petit nombre de soldats, auxquels on ne pouvait donner un instant de repos? Je remarquais avec douleur le mauvais état de leur habillement et de leur chaussure, leur maigreur et l'air d'abattement répandu sur leur visage. Les autres régiments du 3e corps étaient peut-être encore en plus mauvais état que le mien. Le manque de vivres seul aurait suffi pour détruire l'armée, quand toutes les autres calamités ne s'y seraient pas jointes. Depuis longtemps les provisions de Moscou étaient consommées, les charrettes qui les portaient abandonnées, les chevaux morts sur la route. On a vu jusqu'à présent quelle part nous avions eue aux distributions, qui d'ailleurs n'eurent lieu qu'à Smolensk et à Orcha. Quant aux ressources du pays, on peut juger de ce qui restait dans les lieux que les troupes qui nous précédaient venaient de traverser. Aussi vivions-nous d'une manière miraculeuse, tantôt avec de la farine détrempée dans l'eau sans sel, tantôt avec un peu de miel ou quelques morceaux de chair de cheval, et sans autre boisson que la neige fondue. En approchant de Wilna, nous trouvâmes une espèce de boisson faite avec des betteraves. La rigueur du froid était fort diminuée; on se rappelle que nous avions trouvé le Dniéper à peine gelé, et pourtant ce changement de température ne nous fut d'aucun avantage, car le demi-dégel ne faisait que rendre le terrain glissant, ce qui usait la chaussure et augmentait la fatigue. Je rencontrai, à quelque distance d'Orcha, M. Lanusse, capitaine de mon régiment, qui avait perdu la vue par un coup de feu à la prise de Smolensk; une cantinière de sa compagnie le conduisait et en prenait le plus grand soin. Il me raconta qu'après avoir été pris et pillés par les Cosaques à Krasnoi, ils avaient trouvé moyen de s'échapper et qu'ils allaient s'efforcer de nous suivre. Peu de temps après, on les trouva sur la route morts et dépouillés.
Les autres corps d'armée avec lesquels nous marchions avaient perdu moins d'hommes que nous; mais leur misère était aussi grande et leur désorganisation aussi complète. À cet égard, la jeune garde ne se distinguait pas du reste de l'armée. Depuis longtemps la cavalerie n'existait plus. Napoléon réunit les officiers qui avaient encore un cheval pour en former autour de lui des espèces de gardes du corps, dont les colonels étaient sous-officiers et les généraux officiers. Ce corps, auquel il a donné le nom d'escadron sacré, était lui-même sous les ordres immédiats du roi de Naples; mais les malheurs de la retraite empêchèrent d'en tirer parti; il fut dispersé aussitôt que réuni.
En cinq jours de marche, l'armée atteignit les bords de la Bérézina. Nous retrouvâmes à Tolotschin le grand quartier général. L'Empereur félicita le maréchal Ney sur son expédition du Dniéper; il lui parla ensuite avec beaucoup de calme des dangers qui attendaient l'armée au passage de la Bérézina et dont il ne se dissimulait pas l'étendue. Nous passâmes deux nuits à couvert dans les petites villes de Bobr et de Natcha. Je n'en dirai pas autant de Némonitsa, village à une lieue en arrière de Borisow; le voisinage de la Bérézina y causait un grand encombrement, et les soldats de tous les corps d'armée s'entassaient pêle-mêle avec les blessés. Un général, dont j'ignore le nom, logeait dans une assez bonne maison. Le major de mon régiment imagina de lui demander l'hospitalité pour nous; il la refusa, ce qui était immanquable, et le major, très-mécontent de son refus, s'emporta au point de menacer de mettre le feu à la maison, tant l'indiscipline était poussée loin à cette époque. Je réprimandai fortement mon major, et après avoir fait en son nom des excuses au général, je passai la nuit avec les officiers de mon régiment entre les quatre murs d'une chaumière, dont la toiture avait été enlevée.
Avant de raconter le passage de la Bérézina, il est nécessaire de dire un mot de la situation générale de l'armée et de celle de l'ennemi.
On a vu, à la fin du troisième chapitre, que le général Wittgenstein avait pris Polotzk le 18 octobre, et que le 2e corps, chassé de sa position sur le Dniéper, se rapprochait de la route que nous suivions. Aussitôt que le duc de Bellune fut arrivé avec le 9e et eut relevé le 2e, le duc de Reggio vint prendre position à Bobr. Le duc de Bellune, après une affaire indécise à Tchasniki, le 14 novembre, contint le général Wittgenstein jusqu'au 22, et commença ensuite son mouvement rétrograde pour se rapprocher de la Grande Armée.
D'un autre côté, l'amiral Tchitchagoff, venant de la Moldavie, surprit la ville de Minsk le 16 novembre, et s'empara de tous les magasins qu'on y avait réunis. Son avant-garde enleva le pont de Borisow le 21, malgré la vive résistance du général Dombrowski, passa la Bérézina, et se porta au-devant de l'Empereur sur la route d'Orcha. Le duc de Reggio marcha à la rencontre des Russes, les repoussa jusqu'à Borisow, et les rejeta de l'autre côté de la Bérézina, dont ils brûlèrent le pont. Enfin le général en chef Kutusow, qui nous suivait depuis Moscou avec la grande armée, continuait son mouvement sur notre flanc gauche, et combinait ses opérations avec celles des autres corps. Ainsi trois armées russes se préparaient à cerner l'armée française sur les bords de la Bérézina: l'armée de Moldavie, placée sur la rive opposée, en empêchant le passage; le corps du général Wittgenstein, en pressant l'arrière-garde par la droite et la repoussant sur le centre; la grande armée, en appuyant le même mouvement par la gauche. À des attaques aussi formidables se joignaient l'impossibilité de faire vivre les troupes françaises réunies dans un très-petit espace, la nécessité de construire un pont sur la Bérézina en présence de l'ennemi, enfin la fatigue et l'épuisement de notre armée. Cependant la réunion des 2e et 9e corps, celui-ci presque intact, celui-là beaucoup mieux conservé que les nôtres, devait nous être d'un grand secours; il nous restait encore 50,000 combattants, 5,000 cavaliers, une artillerie nombreuse, le génie de l'Empereur et le courage que donne le désespoir. D'ailleurs la lenteur de la poursuite de la grande armée russe la mettait hors de ligne, puisque le général Kutusow passait seulement le Dniéper à Kopis le 26 novembre, tandis que dès le 25 toute l'armée française se trouvait réunie sur les bords de la Bérézina, à trois jours de marche en avant de lui. Il s'agissait donc de forcer le passage de la rivière assez rapidement pour ne point être atteint par le général Kutusow, et n'avoir, par conséquent, à combattre que deux armées au lieu de trois. Le 2e corps, placé à Borisow, devait tenter le passage; le 9e, retarder la marche du général Wittgenstein sur la rive gauche; les autres corps, trop épuisés pour pouvoir rien entreprendre, reçurent l'ordre de marcher entre le 2e et le 9e; la garde impériale était la dernière ressource.
Dès le 24, l'Empereur s'occupait de chercher un passage. On ne pouvait le tenter à Borisow même, car il eût fallu construire et traverser un pont sous le feu des batteries ennemies qui bordaient la rive opposée. Au-dessous de Borisow, à Ucholoda, nous nous serions rapprochés du général Kutusow, qu'il était si important d'éviter. À trois lieues au-dessus de Borisow, au contraire, au village de Vésélovo, le terrain nous favorisait; les hauteurs de notre côté dominaient la rive opposée, et le passage pouvait être tenté sur ce point, d'autant mieux qu'on trouvait de l'autre côté la route de Zembin, par laquelle on ramènerait l'armée à Wilna. Napoléon prit ce dernier parti. La journée du 25 fut employée à faire des démonstrations de passage à Ucholoda et surtout à Borisow. L'amiral Tchitchagoff, n'ayant en tout que 20,000 hommes d'infanterie, ne pouvait occuper en force tous les points du passage; il porta sa principale attention sur Borisow et sur les points au-dessous de cette ville, par où le général Kutusow l'assurait que l'armée française devait se diriger. Cependant, dans la nuit du 25 au 26, le 2e corps se porta à Vésélovo; l'Empereur y arriva le 26 à la pointe du jour. Quelques cavaliers avec des voltigeurs en croupe passèrent à la nage et attaquèrent les avant-postes russes. Aussitôt 30 pièces de canon furent établies sur les hauteurs qui dominaient la rive opposée pour empêcher l'ennemi de s'y établir. Sous la protection de cette artillerie, les pontonniers, enfoncés dans l'eau glacée, travaillèrent à la construction de deux ponts qu'ils terminèrent avant la nuit. Le 2e corps passa et repoussa les Russes sur la route de Borisow; les autres corps d'armée le suivirent. Le 3e corps arriva le soir à Vésélovo, et passa la Bérézina un peu avant le jour. Beaucoup d'hommes restèrent sur la rive gauche, croyant passer plus facilement le lendemain matin; les autres se dispersèrent sur les marais à demi gelés qui bordaient la rive droite, cherchant vainement un abri contre la rigueur du froid.
Au point du jour, le 3e corps se reforma et prît position derrière le 2e, dans un bois que traverse la route. La journée se passa tranquillement. Tchitchagoff, instruit du passage de notre armée, réunissait ses troupes pour nous attaquer, pendant que les 1er, 4e et 5e corps, l'Empereur et la garde impériale, les parcs d'artillerie et les bagages, passaient sans discontinuer sur les ponts qui se rompaient à chaque instant. Le passage s'effectua d'abord avec assez d'ordre; mais la foule grossissait sans cesse, et la confusion devint bientôt telle, que les troupes se virent obligées d'employer la force pour se faire jour.
Le froid avait repris de nouveau; la neige tombait avec violence, et les feux que nous allumions pouvaient à peine nous réchauffer. Je n'en résolus pas moins d'employer utilement cette journée. Depuis Smolensk, je n'avais eu ni le temps ni le courage d'observer de près la destruction de mon régiment. Ce jour-là, je me décidai à entrer dans ces tristes détails. J'appelai près de moi les officiers, et j'en fis l'appel avec la liste que j'avais apportée de Moscou; mais que de changements depuis cette époque! De 70 officiers à peine en restait-il 40, et la plupart étaient malades ou épuisés de fatigue. Je m'entretins longtemps avec eux de notre situation présente; je donnai à plusieurs les éloges que méritait leur conduite vraiment héroïque; j'en réprimandai d'autres qui montraient plus de faiblesse, et je leur promis surtout de chercher toujours à les encourager par mon exemple. Presque tous les cadres de compagnies avaient été détruits à Krasnoi, ce qui rendait la discipline beaucoup plus difficile. Je formai deux pelotons des soldats qui restaient, le premier composé de grenadiers et voltigeurs, le second des compagnies du centre. Je désignai les officiers qui devaient les commander, et j'ordonnai aux autres de prendre chacun un fusil et de marcher toujours avec moi à la tête du régiment. J'étais moi-même au bout de mes dernières ressources: je n'avais plus qu'un cheval; mon dernier porte-manteau fut perdu au passage de la Bérézina, il ne me resta que ce que j'avais sur le corps, et nous étions encore à 50 lieues de Wilna, à 80 du Niémen: mais je comptais pour peu mes souffrances et mes privations personnelles au milieu de tant de malheurs. Le maréchal Ney avait tout perdu comme nous, ses aides de camp mouraient de faim, et je me souviens avec reconnaissance qu'ils eurent plus d'une fois la bonté de partager avec moi le peu de vivres qu'ils pouvaient se procurer[42].
Ce même soir, le 9e corps éprouva sur la rive droite un événement bien funeste. Le duc de Bellune était arrivé le 26 à Borisow, toujours suivi par le général Wittgenstein. Il vint prendre position le 27 sur les hauteurs de Vésélovo pour protéger le passage et l'effectuer lui-même. La division Partouneaux, qui faisait son arrière-garde, fut laissée à Borisow, avec ordre de venir le joindre la nuit. Ce général, n'ayant point de guide et trompé, à ce qu'il paraît, par les feux de l'ennemi, prit une fausse route, tomba au milieu des troupes du général Wittgenstein, et fut pris avec toute sa division forte de 4,000 hommes. Wittgenstein, n'ayant plus rien qui l'arrêtât, marcha rapidement sur Vésélovo.
Le lendemain 28, le combat s'engagea vivement des deux côtés de la rivière. L'amiral Tchitchagoff sur la rive gauche, le général Wittgenstein sur la rive droite, réunirent leurs efforts pour repousser nos troupes et les précipiter dans la Bérézina. On ne pouvait opposer aux attaques de l'amiral que le 2e corps et une partie du 5e; trois faibles bataillons placés sur la grande route servaient de réserve; c'était ce qui restait des 1er, 3e et 8e corps. Le combat se soutint quelque temps; mais le 2e corps, pressé par des forces supérieures, commençait à plier. Nos réserves, atteintes de plus près par les boulets, se portèrent en arrière. Ce mouvement fit fuir tous les isolés qui remplissaient le bois, et qui, dans leur frayeur, coururent jusqu'au pont. La jeune garde elle-même fut ébranlée. Bientôt il n'y avait plus de salut que dans la vieille garde; nous étions prêts à vaincre ou à mourir avec elle. En un instant tout changea de face, et les lieux qui devaient être le tombeau de la Grande Armée furent les témoins de son dernier triomphe. Le duc de Reggio, après une héroïque résistance, venait d'être blessé; le maréchal Ney le remplaça aussitôt. L'illustre guerrier, qui avait sauvé le 3e corps à Krasnoi, sauva sur les bords de la Bérézina l'armée tout entière et l'Empereur lui-même. Il rallia le 2e corps et reprit hardiment l'offensive. Son expérience guidait les généraux, comme son courage animait les soldats. Les cuirassiers de Doumerc enfoncèrent les carrés, enlevèrent des pièces de canon. L'infanterie française et polonaise seconda leurs efforts; 4,000 prisonniers et 5 pièces de canon furent le prix de la victoire. Nous accueillîmes avec transports les braves soldats qui conduisaient ces brillants trophées. Leur valeur décida de la journée. Tchitchagoff, qui ne s'attendait plus à trouver des ennemis si redoutables, ne renouvela pas ses attaques. La nuit vint; le 2e corps garda sa position, les autres corps rentrèrent dans le bois et reprirent leurs bivouacs. Cette nuit fut aussi pénible que les précédentes; mais ce n'étaient plus nous qu'il fallait plaindre, c'étaient les malheureux restés sur l'autre rive.
Le désordre avait été toujours en croissant pendant la journée et la nuit du 27. Le 28 au matin, le pont destiné aux voitures se rompit tout à fait; l'artillerie et les bagages se portèrent sur le pont destiné à l'infanterie et s'y ouvrirent de force un passage. Il ne restait de troupes sur cette rive que les deux divisions du 9e corps; mais une multitude innombrable de fourgons, de voitures de toute espèce, de soldats isolés et d'individus non combattants, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de femmes et d'enfants. On avait ordonné expressément que le passage fût d'abord réservé aux troupes; les voitures ainsi que les blessés, les malades et autres individus que l'armée traînait après elle, devaient passer ensuite, protégés par le 9e corps, qui fermait la marche. Mais le général Wittgenstein, ayant, comme on l'a dit, enlevé la division Partouneaux tout entière, attaqua le duc de Bellune, le 28 au matin, près de Vésélovo, et renouvela de ce côté les efforts que faisait l'amiral sur l'autre rive. Le duc de Bellune déploya dans sa résistance tout ce que peuvent inspirer le talent et la valeur; mais, pressé par des forces supérieures, il ne pouvait empêcher les progrès de l'ennemi. Vers le soir, l'artillerie russe, prenant une position avantageuse, fit feu sur cette masse confuse qui couvrait la plaine. Le désordre fut alors à son comble; les chevaux et les voitures passaient sur le corps des hommes qu'ils renversaient. Chacun, ne pensant qu'à son propre salut, cherchait, pour se frayer un passage, à abattre son voisin à ses pieds ou à le jeter dans la rivière. Au milieu de cette confusion, les boulets de canon frappaient ceux qui se soutenaient encore et brisaient les voitures; un grand nombre d'hommes périrent sur le pont; d'autres essayant de passer à la nage se noyèrent au milieu des glaçons. Il était nuit; le 9e corps se défendait encore. Bientôt, repliant successivement ses troupes, le duc de Bellune se fit jour jusque sur le pont, le passa précipitamment et y mit le feu. Les morts et mourants qui le couvraient furent engloutis dans les flots, et tous ceux qui étaient sur l'autre bord tombèrent au pouvoir de l'ennemi, ainsi que les bagages, beaucoup d'artillerie, les voitures des particuliers, les trophées de Moscou, enfin tout ce qui avait échappé aux désastres précédents. Plus de 15,000 hommes périrent ou furent pris dans cette affreuse journée.