NOTES:
[1] Ce nom tout français, déjà si célèbre par son illustration historique, est devenu plus honorable encore, s'il est possible, depuis que le duc Mathieu de Montmorency, à la conduite duquel Fouché fait ici allusion, s'est honoré par l'aveu public de sa faute. Dailleurs, la franchise et la noblesse de sa conduite comme ministre et homme d'état, lui ont acquis l'estime universelle. M. Fouché ne peut rien sur la réputation d'un si haut personnage. Grand protecteur de l'ancienne noblesse sous le régime impérial, Fouché récrimine ici pour reprocher à cette même noblesse sa participation à la révolution; c'est parmi les révolutionnaires une récrimination obligée. Ce qu'il dit peut être vrai à certains égards; mais la petite minorité d'un ordre n'est pas l'ordre tout entier; il y aura toujours d'ailleurs une distance immense entre les prestiges, les imprudences et les fautes de 1789, et les crimes affreux de 1793. La manière de raisonner artificieuse dont se sert Fouché pour s'en laver ne nous paraît pas historiquement concluante. (Note de l'éditeur.)
[2] Depuis la mort de Danton, de Camille-Desmoulins et autres députés enlevés pendant la nuit de leur domicile sur un simple ordre des Comités, traduits au tribunal révolutionnaire, jugés et condamnés sans pouvoir présenter leurs moyens de défense, Legendre, ami de Danton, Courtois, Tallien, et plus de trente autres députés, ne couchaient plus chez eux; ils erraient la nuit d'un endroit à un autre, craignant d'éprouver le même sort que Danton. Fouché fut plus de deux mois sans avoir de domicile fixe. C'est ainsi que Robespierre faisait trembler ceux qui semblaient vouloir s'opposer à ses vues de dictature.
(Note de l'éditeur.)
[3] Même dans les aveux de Fouché il y a toujours un certain artifice. Sachons-lui gré d'avoir été vrai autant qu'il lui était possible de l'être; c'est déjà quelque chose que d'avoir obtenu de lui l'aveu qu'il a commencé sa fortune dans le tripotage des fournitures. On verra d'ailleurs, dans le cours de ses Mémoires, à quelles sources il a puisé plus tard ses immenses richesses. (Note de l'éditeur.)
[4] Aveux précieux, et qui expliquent le mobile de toute révolution passée, présente et future. (Note de l'éditeur.)
[5] Aucune des premières têtes de la révolution n'en avait encore dit autant, que je sache. Fouché est vraiment naïf dans ses aveux. (Note de l'éditeur.)
[6] Fouché ne nous met pas assez au fait de ce plan de tout révolutionner au dehors, plan alors écarté par la majorité du Directoire, et dont le général Augereau fut une des premières victimes. Commandant en chef de l'armée d'Allemagne, après le 16 fructidor, il allait révolutionner la Souabe quand il fut rappelé et disgracié. Bonaparte y eut part; il était furieux qu'on voulût déjà démolir son ouvrage: la paix de Campo-Formio. On va voir, après son départ pour l'Égypte, Brune et Joubert partager la disgrâce d'Augereau, pour le même motif. Il paraît que ce plan, renouvelé de la propagande de 1792, n'avait pour adhérent au Directoire que Barras: c'était un faible appui. Rewbel et Merlin ne voulaient pas aller si vîte en besogne; effrayés déjà de leurs violences en Égypte et en Suisse, ils persistaient à se bercer dans une situation qui n'était ni la paix, ni la guerre. Il faut avouer que la tentative hardie de tout révolutionner, qu'ils n'osèrent essayer qu'à demi, eût donné aux révolutionnaires de France une immense initiative sur les opérations de la campagne de 1799 qui tournèrent contre eux au dehors et au dedans. La révolution s'arrêta; elle se fit homme. (Note de l'éditeur.)
[7] Très-bien, Monsieur Fouché. L'histoire va prendre acte de la déclaration de votre système de 1798. Puisque vous êtes si véridique, vous allez nous donner de nouvelles preuves sans doute que ce système, qui n'a été que modifié par la force des circonstances, s'est perpétué jusqu'en 1815, époque de votre dernier avénement au pouvoir. (Note de l'éditeur.)
[8] Ici la désignation personnelle est inutile. Le lecteur peu au fait n'a qu'à recourir aux almanachs. Nous devons respecter la discrétion de M. le duc d'Otrante à l'égard d'un de ses anciens collègues. (Note de l'éditeur.)
[9] Petite vanité de Fouché qui prépare tout comme dans un mélodrame, pour entrer lui-même en scène comme seul capable de tenir le timon de la police, d'exploiter ses ténébreuses intrigues et ses fertiles émolumens.
(Note de l'éditeur.)
[10] Tout ceci est fort clair, et nous ne connaissons aucun écrit aussi lumineux sur les intrigues de cette époque.
(Note de l'éditeur.)
[11] Et quelles étaient donc les vues de Fouché en manœuvrant ainsi contre ces foyers du gouvernement populaire, ou plutôt contre la souveraineté du peuple, dogme favori de Fouché? Il nous l'a dit lui-même; il aspirait à devenir l'une des premières têtes de l'aristocratie révolutionnaire. (Note de l'éditeur.)
[12] Ici ce n'était plus le Fouché de l'aristocratie révolutionnaires, mais le Fouché de la Convention; sa police d'ailleurs était comme Janus, elle avait deux visages. (Note de l'éditeur.)
[13] Ici c'est Fouché précurseur et promoteur du régime impérial. (Note de l'éditeur.)
[14] Toujours même marche quand on aspire à gouverner sans contradicteurs et sans contradictions; Fouché ne suit ici que les errements de la Convention, du Comité de salut public et du Directoire au 18 fructidor; il fera de même sous Bonaparte, et il nous prouvera qu'il a raison. (Note de l'éditeur.)
[15] Quelle candeur! quel désintéressement dans Fouché! (Note de l'éditeur.)
[16] Fouché nous prépare adroitement au 18 brumaire. (Note de l'éditeur.)
[17] Voici réellement l'homme habile, et on sait ce que vent dire l'adjectif habile en révolution. (Note de l'éditeur.)
[18] L'histoire d'Irma parut sous la forme de l'allégorie. Les scènes se passaient en Asie, et tous les noms étaient changés; mais il était facile d'en retrouver la clef par leur anagramme. Cette manière adroite de publier l'histoire des malheurs de la maison de Bourbon, piqua singulièrement la curiosité et intéressa le public. On dévora cet ouvrage; en suivant les événemens et arrivant aux catastrophes, chacun devina les noms. Sous une fausse apparence de liberté, le premier consul laissa publier sur la révolution tout ce qui tendait à la décrier; alors parurent successivement les Mémoires du marquis de Bouillé, de Bertrand de Moleville, de la princesse de Lamballe; les Mémoires de Mesdames de France, l'Histoire de Madame Elisabeth, le Cimetière de la Madelaine. Mais cette tolérance cessa dès que le premier consul se crut affermi; c'est ce qu'on verra dans la suite de ces Mémoires. (Note de l'éditeur.)
[19] La machine infernale ne remplit pas son but, qui était d'atteindre le premier consul; mais elle n'en causa pas moins la mort d'une vingtaine de personnes et en blessa cinquante-six plus ou moins grièvement. On vint au secours de tous les malheureux blessés suivant que les blessures étaient plus ou moins graves. Le maximum des secours fut de 4500 francs, et le minimum de 25 fr. Les orphelins et les veuves furent pensionnés, ainsi que les enfans de ceux qui avaient péri; mais seulement jusqu'à leur majorité; ils devaient toucher à cette époque 2000 francs pour leur établissement.
Voici les noms des personnes qui reçurent des secours par ordre du premier consul, avec le montant des sommes qui leur furent allouées:
| fr. | |
| Bataillé (Mme), épicière, rue St-Nicaise | 100. |
| Boiteux (Jean-Marie-Joseph), ci-devant frère de la Charité | 50. |
| Bonnet (Mme), rue Saint-Nicaise | 150. |
| Boulard (veuve), musicienne, rue J.-J.-Rousseau | 4000. |
| Un second suplément lui fut accordé à cause de ses blessures, il fut de | 3000. |
| Bourdin (Françoise Louvrier, femme) portière, rue Saint-Nicaise | 50. |
| Buchener (Louis), tailleur, rue St-Nicaise | 25. |
| Chapuy (Gilbert), officier-civil de la Marine, rue du Bac | 800. |
| Charles (Jean-Etienne), imprimeur, rue Saint-Nicaise | 400. |
| Clément, garçon maréchal, rue du Petit-Carrousel | 50. |
| Cléreaux (Marie-Joséphine Lehodey), épicière, rue Neuve-de-l'Egalité | 3800. |
| Colinet (Marie-Jeanne-Cécile), revendeuse à la halle | 200. |
| Corbet (Nicolas-Alexandre), employé par l'état-major de la 17edivision, rue St.-Honoré | 240. |
| Couteux, vermicellier, rue des Prouvaires | 150. |
| Duverne (Louis), ouvrier serrurier, rue du Harlay | 1000. |
| Fleury, (Catherine Lenoir, veuve), rue de Malte | 50. |
| Fostier (Louis-Philippe), remplaçant au poste de la rue Saint-Nicaise | 25. |
| Fridzery (Alexandre-Marie-Antoine), musicien aveugle, rue St-Nicaise | 750. |
| Gauthier (Marie Poncette, fille), rue de Chaillot | 100. |
| Harel (Antoine), garçon limonadier, rue de Malte | 3000. |
| Hiblot, (Marie-Anne, fille), rue de Malte | 240. |
| Honoré (Marie-Thérèse Larne, veuve), rue Marceau | 100. |
| Honoré (Thérèse, fille), ouvrière | 50. |
| Huguet (Louis), cuisinier aux Champs-Élysées | 50. |
| Jardy (Julien), remplaçant au poste Saint-Nicaise | 100. |
| Kalbert (Jean-Antoine), apprenti menuisier | 100. |
| Lambert (Marie-Jacqueline Gillot, femme), rue Fromenteau | 100. |
| Leclerc, élève en peinture, mort à l'hospice | 200. |
| Lefèvre (Simon-François), garçon tapissier, rue de la Verrerie | 200. |
| Léger (madame), limonadière, rue St.-Nicaise | 1500. |
| Lepape (Elisabeth Satabin, femme), portière, rue Saint-Nicaise | 300. |
| Lemière (Nicolas), rue de Malte, tenant maison garnie | 400. |
| Lion (Pierre-Nicolas), domestique, allée d'Antin | 600. |
| Masse (Jean-François), garçon marchand de vin, rue des Saints-Pères | 150. |
| Mercier (Jean-Baptiste), rentier, rue Saint-Honoré | 4000. |
| Orilliard, (Stéphanie-Madeleine, fille) couturière, rue de Lille | 900. |
| Palluel, portier, rue Saint-Nicaise | 50. |
| Preville (Claude-Barthelemi), tapissier, rue des Saints-Pères | 4500. |
| Proverbi (Antoine), homme de confiance, rue des Filles-Saint-Thomas | 750. |
| Regnault (femme), ouvrière, rue de Grenelle-Saint-Honoré | 200. |
| Saint-Gilles (Louis, femme), ouvrière en linge, galerie des Innocens | 400. |
| Selleque (veuve), rue Saint-Denis | 200. |
| Thirion (Jean), cordonnier en vieux, rue Saint-Nicaise | 25. |
| Trepsat, architecte, rue de Bourgogne | 4500. |
| Varlet, rue Saint-Louis, remplaçant au poste Saint-Nicaise | 25. |
| Warmé, marchand de vin, rue Saint-Nicaise | 100. |
| Vitriée (Elisabeth, femme), cuisinière, rue Saint-Nicaise | 100. |
| Vitry, perruquier, rue Saint-Nicaise | 50. |
| Wolff (Arnoult), tailleur, rue de Malte | 150. |
| Zambrini (Félix), garçon glacier chez Corazza | 600. |
| Banny (Jean-Frédéric), garçon traiteur, rue des Grands-Augustins | 1000. |
| Barbier (Marie-Geneviève Viel, veuve), rue Saint-Honoré | 1000. |
| Beirlé (Alexandre), marchand gantier-peaussier, rue Saint-Nicaise | 800. |
| Boyeldieu (Marie-Louise Chevalier, veuve), rue Sainte-Placide | 1000. |
| Orphelins: Lister (Agnès, Adélaïde) | 1200. |
| Mitaine (Jeanne Prévost, veuve), rue de Malte | 450. |
| Platel (Jeanne Smith, veuve) | 1000. |
La recette générale fut de 77,601 fr.; le surplus fut placé au Mont-de-Piété pour payer les pensions. (Note de l'éditeur.)
[20] Auteur de l'Ambigu et d'une foule de pamphlets très-spirituels contre Bonaparte et sa famille. (Note de l'éditeur.)
[21] Sans chercher à innocenter M. le duc de Rovigo qui s'est si mal justifié lui-même de sa participation au meurtre du duc d'Enghien, nous ferons observer que Fouché est ici un peu suspect de partialité; il n'aimait pas M. de Rovigo qui fut chargé plus tard de le remplacer au ministère de la police. (Note de l'éditeur.)
[22] Le tribun Curée.
[23] Le prince de L..., le prince de C...., et le prince de M...
[24] Dans son livre du Prince, chap. XVIII. (Note de l'éditeur.)
[25] Aujourd'hui Mme la comtesse du Cayla. (N. de l'éd.)
[26] Sans doute M. Fiévée. (Note de l'éditeur.)
[27] Fouché veut sans doute parler de la brochure de M. de Vauban, qui fut publiée alors par la police pour balancer l'effet produit par l'histoire de la guerre de la Vendée. (Note de l'éditeur.)
[28] Apparemment les familles Donnissan et Larochejaquelein, unies par le mariage du marquis de Larochejaquelein, mort en 1815, avec la veuve du marquis de Lescure, fille de la marquise de Donnissan; ils habitaient alors le château de Citran, dans le Médoc. (Note de l'éditeur.)
[29] Depuis 1805, au camp de Boulogne, selon le Mémorial de Sainte-Hélène. (Note de l'éditeur.)
[30] Un recueil d'anecdotes, où cette circonstance est rapportée, désigne M. de Sémonville; mais Fouché se tait sur le nom. (Note de l'éditeur.)
[31] Vincennes, Saumur, Ham, Landskaone, Pierre-Châtel et Fénestrelles. (Note de l'éditeur.)
[32] La police, en vertu d'un ordre du duc d'Otrante, fit les perquisitions les plus sévères, défendit et saisit tous les ouvrages sur la révolution qui étaient rédigés dans un esprit royaliste. L'éditeur d'Irma ayant publié une grande partie de ces ouvrages qui rappelaient aux Français la famille royale des Bourbons, fut principalement l'objet des recherches inquisitoriales de la police. Aussi cette dernière perquisition dans ses magasins dura-t-elle deux jours; presque touts ses livres furent confisqués; il fut arrêté lui-même et conduit à la préfecture. Un seul ouvrage fut cause, en partie, de cette excessive rigueur, et il avait paru depuis long-temps: c'était l'histoire des procès iniques faits à Louis xvi, à la Reine, à Madame Elisabeth et au duc d'Orléans. L'ouvrage contenait des pièces de la plus haute importance, telles que des interrogatoires secrets, des déclarations secrètes, des arrêtés et autres pièces inconnues tirées des cartons du tribunal révolutionnaire, et qui n'avaient jamais vu le jour. A lui seul il avait valu à l'éditeur plus de trente visites domiciliaires, sans qu'on pût jamais saisir l'édition entière, mais seulement quelques exemplaires isolés. Malgré tant d'inquisitions et de perquisitions, l'ouvrage se vendait toujours; on se cachait pour le lire.
(Note de l'éditeur.)