Géologie du Mouidir-Ahnet.

Le Mouidir, l’Ahnet et l’Açedjerad forment une grande région naturelle, très uniforme, favorisée au point de vue de la végétation et de l’habitabilité, où l’on retrouve partout les mêmes grès éodévoniens et le même substratum silurien.

J’ai parcouru la partie occidentale du Mouidir et orientale de l’Ahnet, en 1903 ; et l’Açedjerad, en 1905, en compagnie de M. Chudeau.

Silurien de Tadjemout. — Dans la partie occidentale du Mouidir, le substratum prédévonien affleure très largement dans un cirque immense où les oueds Arak, Tadjemout, etc., se réunissent pour former l’oued Tibratine.

Ce cirque est encombré d’alluvions anciennes et récentes et de dunes, mais ce tapis superficiel est crevé fréquemment par des arêtes et des chapelets d’arêtes prédévoniennes, qu’on peut observer aussi sur les bords de la cuvette, qu’elles limitent en muraille.

Les roches sont certainement très variées. La première arête qui se dresse au débouché des gorges de l’Arak est gneissique. Dans les gorges mêmes on observe, à l’entrée, des schistes noirs très fissiles, qui m’ont paru des micaschistes, et un peu plus loin, derechef, du gneiss. (Pl. XLV, [83.])

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien.Pl. XLIV.

Cliché Pichon

82. — A OUAN TOHRA. — LE BATEN AHNET, grès éo-dévoniens

(falaise terminale de l’Ahnet « falaise de glint »).

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien.Pl. XLV.

Cliché Pichon

83. — OUED ARAK (Mouidir) ; UNE PAROI DU CANYON.

Au sommet, grès éo-dévonien : sous les éboulis, on retrouve aisément sur le terrain des roches cristallines (gneiss ?) en place.

Phototypie Bauer, Marchet et Cie, DijonCliché Pichon

84. — OUED TIBRATIN (près de Taoulaoun, Mouidir) ; — LARGE VALLÉE DANS LES ARGILES ÉO-DEVONIENNES.

Bon type de nebka, et de maader ; les arbustes sont des tamaris.

La falaise à gauche est en grès éo-dévonien ; au fond, silhouette de gara.

A quelques kilomètres à l’ouest de Tadjemout, il y a des cipolins. A Tadjemout même des grès à grain très fin, très durs, tout à fait semblables à ceux de l’Adr’ar Ahnet.

Adoukrouz et Adr’ar Ahnet. — On retrouve les roches prédévoniennes dans la cuvette d’Adoukrouz (extrémité orientale de l’Ahnet). Au puits d’Adoukrouz, il y a des schistes cristallins et ce qui m’a paru être un puissant filon de quartz. Mais à 500 mètres de là, on rencontre, dans l’est, des phyllades très puissantes et des grès, analogues aux formations de Bled el Mass. Ces couches sont violemment plissées : au Mouidir les plis sont orientés nord-sud, à Adoukrouz N.-O.-S.-E.

A H. Macin, nous avons noté en 1903 une roche cristalline d’allure schisteuse. A Foum Lacbet, on a trouvé en 1905 des calcaires bleus et blancs avec schistes, phyllades et quartz ; on observe des ripple-marks. L’affleurement des couches dessine un dôme anticlinal orienté N.-O.-S.-E., fermé vers le sud.

Fig. 56. — Au nord de l’Adr’ar Ahnet. — 1/600000.

Éodévonien : 6, grès ; 5, argiles ; 4, grès. — Silurien : 3, schistes cristallins ; 2, quartz ; 1, phyllades.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VII, p. 211, fig. 3.)

L’énorme masse de l’Adr’ar Ahnet dans sa partie nord-orientale, qui a été directement observée, est constituée par des assises très puissantes de grès et de quartzites. Ces grès roses clairs sont très énergiquement plissés, injectés de filons de quartz, comme d’ailleurs toutes les formations siluriennes, tandis que les filons de quartz font tout à fait défaut dans le Dévonien de la région. Dans les grès de l’Adr’ar Ahnet les ripple-marks abondent. Le long de l’O. Tedjoudjoult on chemine plusieurs kilomètres dans cette formation sans en sortir, dans une direction pourtant à peu près perpendiculaire à l’axe de l’affleurement. Dans le lit de l’oued il est vrai, on rencontre quelques cailloux roulés cristallins. Toute la formation est affectée de plissements N.-O.-S.-E.

Les affleurements d’Adoukrouz, H. Macin, Foum Lacbet, Adr’ar Ahnet, simplement séparés les uns des autres par un placage d’alluvions anciennes ou récentes constituent un seul et même affleurement continu, où le Silurien est représenté, à l’est par des grès et des schistes, à l’ouest par des cipolins et des schistes cristallins.

Que ces grès et ces phyllades soient siluriens, cela est démontré, en l’absence de fossiles, par les relations stratigraphiques des couches avec l’Éodévonien, qu’on voit, en particulier dans des garas avoisinant Foum Lacbet, reposer horizontal sur la tranche des plis arasés.

D’autre part, que les schistes cristallins (cipolins, etc.) soient du Silurien métamorphisé, cela ressort de leurs relations avec les grès et les phyllades, dont ils sont la continuation et avec lesquels ils s’enchevêtrent.

Pourtant le Silurien sédimentaire et le métamorphisé sont, partout où l’observation a été possible, séparés par des failles avec dénivellation consécutive ; c’est le résultat, j’imagine, d’une différence de compacité et de massivité.

Le Silurien métamorphique constitue une pénéplaine recouverte d’un manteau troué d’alluvions, au-dessus de laquelle le Silurien sédimentaire se dresse en horsts abrupts, fraîchement disséqués par l’érosion.

Que s’il y a là une généralisation hâtive, du moins est-il certain que les phyllades à l’est d’Adoukrouz et les grès de l’Adr’ar Ahnet constituent des massifs montagneux déchiquetés de 100 à 300 mètres d’altitude relative au-dessus du socle de la pénéplaine.

L’Adjerazraz, qui a été vu de loin seulement, est un petit massif, très isolé et individualisé, qui a toutes les apparences d’un horst silurien plus petit que ses voisins, mais analogue[233].

Sud et Nord d’Aït el Kha. — Les affleurements siluriens de Tadjemout et de l’Adr’ar Ahnet sont des promontoires avancés, jusqu’au cœur du Mouidir-Ahnet, de cette grande pénéplaine, en grande partie silurienne, qu’est le Tanezrouft. Un troisième promontoire, du même genre, ou, si l’on préfère, un golfe, pénètre sous le méridien d’Aït el Kha au moins jusqu’à la hauteur de Foum Zeggag.

Au sud d’Aït el Kha, le manteau alluvionnaire est crevé de longues rides de schistes cristallins, étirées N.-O.-S.-E., et qui représentent apparemment le Silurien métamorphique.

Au nord d’Aït el Kha, à la hauteur de Foum Zeggag, on rencontre un filon éruptif d’une roche granulitique.

L’Éodévonien. — Ce substratum silurien, et sans doute aussi, pour quelques parcelles, archéen et éruptif, qu’on peut étudier sur de grandes étendues dans le sud du Mouidir-Ahnet est recouvert par des grès éodévoniens, de facies très uniforme, et dont l’extension dépasse d’ailleurs de beaucoup les limites de la région étudiée.

L’âge de cette formation est déterminée par des fossiles provenant de nombreux gisements (Tikeidi, Taloak, Taguerguera, etc.). Tous ces gisements sont à la partie tout à fait supérieure de la formation. Les fossiles ont été étudiés par M. Haug[234].

Spirifer cf. HercyniæGieb.Wilsonia Henrici Barr.
Spirifer nov. sp.Pterinæa fasciculata Goldf.
Tropidoleptus rhenanusFrech. v. Sahariana.Edmondia.
Tentaculites aff. spiculusHall.
Pentamerus cf. vogelicusde Ver.Homalonotus cf. HerscheliMurch.

Ces fossiles sont caractéristiques « de l’étage coblentzien ».

M. Chudeau a établi comme suit la succession des couches éodévoniennes dans l’Açedjerad et l’Ahnet, numérotées de la base au sommet.

1. Grès grossier et poudinguerougeâtre30mètres.
2. Poudingues, arkoses etpsammites en bancs bien lités (galets de 4 à 5 centimètres dans lepoudingue)40
ÉODÉVONIEN INFÉRIEUR3. Grès formantmuraille verticale d’un seul bloc. On y distingue cependant sur lacassure fraîche des arkoses, psammites, etc., le tout intimementlié80
4. Grès en bancs irréguliershétérogènes ruiniformes20
5. Argiles blanches etviolettes30
6. Grès bien litésbancs minces80
ÉODÉVONIEN SUPÉRIEURbancs plus épais 2-3 mètres
grandes dalles minces de 0,20 (4 mètres)
7. Argiles bariolées10
8. Grès en bancs irréguliersfossilifères (Ripple-marks, Bilobites)10
Épaisseur totale de la formation éodévonienne300mètres.

1, 2, 3, n’affleurent pas dans l’Açedjerad. On ne les a vus que plus à l’est près de l’Adr’ar Ahnet. 4 affleure à Ouallen et à l’ouest de Meghdoua (croupe d’Insemmen). Les argiles 5 jouent un rôle important ; elles correspondent à des vallées très larges (Ouallen), ou à des dépressions comme entre Iglitten et Taksist ([fig. 59]). Par leur plasticité, elles expliquent l’indépendance des compartiments supérieur et inférieur entre eux.

Sauf à la partie supérieure, peu ou pas de fossiles, mais toujours des ripple, des stratifications obliques. Aucune roche éruptive, pas même un filon de quartz.

Les éléments de cette analyse serrée ont été recueillis dans l’Açedjerad et dans l’Ahnet ; mais dans ses grandes lignes cette analyse est valable pour le Mouidir occidental.

A coup sûr, les termes principaux de la série sont représentés ; en particulier les argiles médianes sont très développées dans la cuvette de Taoulaoun, qu’elles conditionnent ; les fossiles se trouvent dans les couches supérieures et ne se trouvent que là ; on y trouve aussi, dans la pâte de la roche, des colonnettes gréseuses bien individualisées, ayant parfois la grosseur du poing, et que le lieutenant Besset a signalées le premier. Ces lusus naturæ qu’on a pris pour des fossiles végétaux font défaut, semble-t-il, dans l’Ahnet.

En somme une formation, presque entièrement gréseuse, très uniforme, et qui, vue superficiellement, le paraît davantage encore parce que tous les grès sont revêtus d’une patine désertique noire de poix sous laquelle la moindre égratignure fait apparaître le cœur plus ou moins clair de la roche.

Fig. 57. — Taloak à l’Adr’ar Ahnet. — 1/750000.

S, Silurien ; γ, Granulite, D1-8, Dévonien, inf. ; q, Tuf quaternaire.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VII, p. 213, fig. 4.)

Dans tout le Mouidir-Ahnet, l’Éodévonien affleure, à l’exclusion de toute formation postérieure, à une seule exception près : un lambeau méso-dévonien s’est conservé dans la cuvette d’Igliten.

Stratigraphie. — Les relations stratigraphiques de l’Éodévonien et du Silurien s’observent avec une admirable netteté sur tout le pourtour de la cuvette de Tadjemout. Le Dévonien horizontal repose sur la tranche des couches siluriennes ou archéennes.

C’est bien net, en particulier à Tahount Arak (voir pl. XLV, [phot. 83]), ou encore aux environs de Tin Teraldji, voire même à Tadjemout, quoique le sommet de l’arête silurienne qui domine le puits ait été découronné du Dévonien.

L’Éodévonien en plateaux tabulaires délimités par des falaises reposant sur la pénéplaine silurienne, telle est la règle générale le long de la ligne de contact entre les deux formations dévonienne et silurienne.

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien.Pl. XLVI.

Clichés Pichon

85. — OUED ADJAM : Porte qui donne accès dans le horst silurien d’Adoukrouz.

Dans l’échancrure, au fond, très floues, les collines siluriennes ; au premier plan, de part et d’autre de l’échancrure, mais bien visibles surtout à droite, les grès éo-dévoniens, basculés le long de la faille.

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien.Pl. XLVII.

Cliché Pichon

86. — PRÈS DE L’OUED ADJAM, au nord d’Adoukrouz ;

grès éo-dévoniens basculés le long de la faille ; vue de détail.

Cliché Pichon

87. — Même sujet que 86, vue d’ensemble.

A la limite extrême du premier plan, un redjem.

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien.Pl. XLVIII.

Cliché Pichon

88. — Près de l’Oued Adjam ; la muraille de grès éo-dévonien basculée au nord d’Adoukrouz.

La muraille est double par intercalation d’un horizon argileux.

Cliché Pichon

89. — L’ADRAR AHNET.

Profil déchiqueté de sierra, caractéristique des collines siluriennes ;

à gauche un Talha (faux gommier).

L’Éodévonien se termine sur la pénéplaine silurienne par ce qu’on appelle ailleurs des falaises de glint ; c’est ce que les Arabes appellent le baten Ahnet. (Voir pl. XLIV, [phot. 82.]) Les lacs de glint ne font même pas défaut, représentés par des maader (maader Arak, par exemple).

La continuité du baten est pourtant interrompue assez souvent lorsque la ligne de contact coïncide avec une ligne de faille. C’est le cas par exemple au voisinage d’Adoukrouz.

Autour d’Adoukrouz, on l’a déjà dit, l’ancienne pénéplaine constitue un horst en relief très marqué de 100 à 300 mètres, énergiquement disséqué et formant une masse montagneuse confuse.

Sur la face nord et nord-ouest du horst, l’Éodévonien a basculé le long de la faille, formant un placage continu de couches redressées à 45°, suivant une ligne en arc de cercle. (Voir pl. XLVI, [phot. 85] et pl. XLVII, phot. [86] et [87.])

L’Éodévonien tout entier est représenté, de sorte que l’arête est double, les argiles s’étànt accusées en creux, comme on le voit sur la coupe d’Adoukrouz ([fig. 56]). (Voir pl. XLVIII, [phot. 88.])

La coupe de Taloak à Ouan Tohra montre à Foum Lacbet un cas analogue ; un paquet de grès éodévonien redressé le long de la faille limite de la pénéplaine ([fig. 57]).

Entre Haci Macin et le bord de la hammada dévonienne on observe le contact des deux terrains sous une forme nouvelle : la hammada se continue par la pénéplaine sans accident topographique, horizontalement. La faille a amené les couches éodévoniennes au niveau exact de la pénéplaine. Ces failles, ou, plus exactement, vu leur faible amplitude, ces diaclases expliquent le relief du Mouidir-Ahnet.

En général le Dévonien est dans l’ensemble horizontal ou affecté d’une inclinaison générale très régulière et très faible. Voir par exemple les coupes Ouallen Meghdoua et Taloak-Ouan Tohra (fig. [59] et [57]).

Parfois les couches dévoniennes apparaissent brusquement avec une inclinaison très forte, égale ou supérieure à 45°. Ainsi dans les deux coupes précitées on est frappé de la juxtaposition des couches horizontales avec des couches complètement basculées. C’est que les argiles rendent les deux masses gréseuses indépendantes et facilitent ces mouvements locaux de bascule le long des diaclases.

On se rend un compte bien net de la structure du Mouidir occidental en jetant un coup d’œil sur la coupe ([fig. 58]) de Tadjemout à l’erg Timeskis par Foum Tebalelt ; de part et d’autre de la pénéplaine à Tadjemout et à Foum Tebalelt l’Éodévonien est représenté par les mêmes couches horizontales ; mais il s’en faut qu’elles soient au même niveau, il y a une différence d’au moins 100 mètres. Au-dessus du niveau à peu près uniforme de la pénéplaine la falaise de Tadjemout est deux fois plus élevée que celle de Tebalelt. La muraille de Tadjemout avec ses à-pics de plus de 200 mètres ne forme pas seulement la bordure de la pénéplaine à l’est, elle se prolonge très loin au nord sur la rive droite de l’O. Tiratimine, au moins jusqu’à la cuvette de Taoulaoun. C’est un gigantesque gradin qui sépare le petit Mouidir occidental que nous étudions d’un autre Mouidir, oriental, beaucoup plus étendu et beaucoup plus élevé. On ne conçoit pas qu’il puisse y avoir là autre chose qu’une longue diaclase.

Fig. 58. — Coupe de l’erg Timeskis à Tadjemout. — Long. : 1/600000 ; haut. : 1/20000.

4, Grès éodév. sup. ; 3, Grès éodév. inf. ; 2, Silurien ; Schistes cristallins ; 1, Quartzites.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VII, p. 216, fig. 5.)

Dans le Foum Tebalelt j’ai noté des couches éodévoniennes horizontales, mais gondolées et qui semblent attester que le soubassement a été affecté de très petites failles.

Enfin à l’extrémité de la coupe, entre l’ennoyage de l’oued Timeskis et l’erg on voit pointer des couches éodévoniennes violemment redressées à quelques centaines de mètres à peine de distance et, à une centaine de mètres en contre-bas, des grès dévoniens horizontaux. La diaclase est donc évidente.

Ces couches redressées de l’O. Timeskis sont à la limite ouest du Mouidir comme celles de l’O. In Belrem dont elles sont l’évidente continuation.

En somme, cette partie du Mouidir est un premier gradin occidental, encadré entre deux grandes failles nord-sud, à regard ouest, ayant amené chacune une dénivellation d’une centaine de mètres.

La route suivie entre Timeskis et l’O. Souf Mellen ne sort pas de l’Éodévonien. Il est vrai que la limite des roches anciennes ne doit pas être éloignée, car on trouve, en assez grand nombre, dans le lit de l’O. Souf Mellen, des cailloux roulés cristallins.

Ce sont des couches généralement horizontales, mais affectées au voisinage de l’O. Timeskis, de petites failles qui ont dérangé l’horizontalité.

La structure de l’Ahnet-Açedjerad est aussi conditionnée par des diaclases, quoiqu’il puisse n’y pas paraître au premier abord. En effet, les accidents éodévoniens isolés de Tikeidi et de Timeguerden sont des dômes anticlinaux fermés.

Entre l’O. Takçis et l’O. Meraguen, l’Açedjerad projette une longue arête anticlinale. La cuvette d’Iglitten est nettement synclinale.

Fig. 59. — Coupe transversale de l’Açedjerad. — 1/250000.

D4-8, Éodévonien ; D8, Grès fossilifères, 10 ; D7 Argiles, 10 ; D6, Grès, 80 ; D5, Argiles, 30 ; D4, Grès ruiniformes, 20 ; — Dm, Dévonien moyen, Argiles et Calc. à Orthocères.

(Bull. Soc. géol. Fr., 4e série, t. VII, p. 217, fig. 6.)

Sous les ergs Tessegaffi et Ennfouss, l’extrémité méridionale de la pénéplaine méso-dévonienne, se raccordant aux dernières pentes de l’Ahnet et de l’Açedjerad, a tout à fait les allures d’une cuvette synclinale fermée au sud.

Il y a donc toutes les apparences d’un système de plis. Et ce n’est pas particulier à la région considérée ; le Mouidir oriental, tel que la carte du lieutenant Besset nous l’a révélé[235], présente ces mêmes apparences à un plus haut degré encore ; il se termine au nord par un chapelet de dômes anticlinaux, et sa forme générale est curieusement symétrique à l’Ahnet-Açedjerad.

C’est que l’Éodévonien a une faible épaisseur, 300 mètres environ ; à travers cette mince couverture, se trahissent en surface les plis calédoniens sous-jacents, qui ont dirigé les diaclases. Un coup d’œil sur les coupes Ouallen-Megdoua ([fig. 59]) et Taloak-Ouan Tohra ([fig. 57]) montre qu’on n’a pas affaire à des couches proprement plissées, mais à des formations dont l’horizontalité a été dérangée seulement par des diaclases.

Jeunesse des diaclases. — Ces failles et ces diaclases sont très jeunes ; on ne s’expliquerait pas autrement la jeunesse du relief. Les hammadas dévoniennes sont entaillées de canyons étroits et profonds dans lesquels les oueds s’ils coulaient, auraient des allures torrentielles (voir pl. VI, phot. [11] et [12,] pl. XLV, [phot. 83]) ; tout à fait torrentielles sont également les vallées qui entaillent les horsts siluriens, disséqués et déchiquetés comme des sommets alpestres. (Voir pl. XLIX, [phot. 91,] pl. L, [phot. 92.])

Avec ces tronçons de lits aux pentes rapides contrastent les allures des oueds au débouché des canyons et des torrents sur les pénéplaines. Là ils s’étalent en larges maaders, qui seraient des lacs ou des marais sous un climat humide. Le réseau hydrographique est évidemment loin de la maturité. Il est vrai que sous le climat actuel il ne peut mûrir que lentement, mais on sait que le climat quaternaire était bien plus humide que l’actuel.

Les oueds du Tadmaït ont exactement les mêmes allures (O. Aglagal, par exemple). (Voir pl. XLIII, [phot. 81.])