CHAPITRE VIII.

LA GARDE DU PRISONNIER.

Le dernier groupe de griefs se rapporte à la garde du prisonnier. Le premier objet des gouvernements coalisés était, naturellement, d'empêcher que Napoléon pût, en aucune façon, s'échapper de sa reclusion et recommencer à troubler le monde. C'est pourquoi ils choisirent l'île la plus lointaine qui se présenta à leur esprit et s'appliquèrent à la convertir en une vaste forteresse. Les étrangers pouvaient à peine dissimuler leur amusement lorsqu'ils voyaient Lowe ajouter sentinelle sur sentinelle et batterie sur batterie, pour rendre encore plus inaccessible un lieu déjà imprenable. Et, pourtant, même avant de quitter l'Angleterre, il avait avoué à Castlereagh qu'il ne voyait aucune chance possible d'évasion pour Napoléon, sauf le cas d'une révolte de la garnison. Il n'en augmenta pas moins les précautions prises, dans une fantastique proportion. Las Cases, dans une lettre interceptée à Lucien, décrit ces précautions d'une manière fort amusante, et prétend que les postes établis sur les pics étaient presque constamment perdus dans les nuages. Montchenu, le commissaire français, déclare que, dès qu'on avait vu un chien passer quelque part, immédiatement on plaçait un factionnaire, ou deux, à l'endroit suspect. Il revient très souvent là-dessus, bien qu'en cette matière il considérât que sa responsabilité, son intérêt, ne le cédaient qu'à ceux du gouverneur lui-même. Il énumère avec une précision émouvante les mesures de sûreté. La plaine de Longwood, où résidait Napoléon, est, dit-il, séparée du reste de l'île par un effrayant abîme qui l'entoure complètement, et cet abîme n'est traversé que par une étroite langue de terre qui n'a pas plus de vingt pieds de large, et dont la pente est si raide que, si le reste de l'île était aux mains de dix mille hommes, cinquante suffiraient pour les empêcher d'arriver à Longwood. Ce chemin est l'unique moyen d'accès. En dépit de ces difficultés, le 53e régiment, avec un parc d'artillerie et une compagnie du 66e, est campé auprès du mur où il y a une porte. Plus loin, du côté de la ville, il y a un poste de vingt hommes, et toute l'enceinte est gardée par de petits détachements placés en vue les uns des autres. Le soir, le cordon de sentinelles se resserre tellement qu'elles se touchent presque. Ajoutez à cela qu'il y a une station télégraphique au sommet de chaque colline, de sorte qu'en une minute, deux au plus, le gouverneur peut recevoir des nouvelles de son prisonnier, partout où il se trouve. Il est donc évident que l'évasion est une impossibilité absolue et, si le gouverneur la laissait faire, la façon dont la mer est gardée serait un obstacle insurmontable, car, de tous les points d'observation, un navire qui s'approche peut être signalé à soixante milles de la côte. Lorsqu'on en aperçoit un, on tire un coup de canon. Deux bricks de guerre croisent incessamment autour de l'île, jour et nuit; une frégate monte la garde aux deux seuls points où il soit possible d'effectuer un débarquement. A ce propos, remarquons qu'aucun navire,—si l'on excepte quelques navires anglais munis d'autorisations, tels que les vaisseaux de guerre et les bateaux chargés d'approvisionner l'île,—n'était autorisé à communiquer avec la terre.

On voit donc combien étaient peu justifiées les terreurs morbides du gouverneur. Il eût pu relâcher un peu sa surveillance et laisser Napoléon libre de galoper à son gré sur ce rocher stérile, sans avoir éternellement derrière lui un officier d'ordonnance. Sa santé s'en serait, à coup sûr, mieux trouvée. Peu après son arrivée à Sainte-Hélène, Napoléon se livra à une gaminerie qui—en y joignant la remarque qu'elle inspire à l'amiral Cockburn—éclaire la question. L'Empereur, Bertrand et Gourgaud sortent à cheval, escortés du capitaine Poppleton. Bertrand prie Poppleton de ne pas tant s'approcher. L'Empereur et Gourgaud enlèvent leurs montures et perdent Poppleton, qui, paraît-il, n'était pas brillant cavalier. Désespéré, il retourne et fait son rapport. L'amiral rit et ne voit dans l'affaire qu'une simple farce, «une espièglerie de sous-lieutenant». Il ajoute: «C'est une bonne leçon pour vous; mais de danger, il n'y en a pas. Mes croisières sont si bien établies autour de l'île que le diable lui-même n'en sortirait pas!» C'est précisément ce que Lowe avait dit à Castlereagh.

Plus tard, quand la maladie retint Napoléon chez lui, le gouverneur s'alarma. Le prisonnier était-il bien véritablement dans la maison? Ou n'était-il pas en train de se glisser, par quelque ravin abrupt, vers un bateau sous-marin qui l'attendait? Lowe résolut d'adopter une ligne de conduite énergique et qui ne prêtât à aucune erreur. Le 29 août 1819, il écrivit à «Napoléon Bonaparte» une lettre par laquelle il informait le personnage en question que l'officier d'ordonnance avait l'ordre de le voir chaque jour, quoi qu'il arrivât, et qu'il était libre d'employer tels moyens qu'il jugerait à propos pour surmonter les obstacles mis à l'accomplissement de son devoir. Toute personne de la suite de Napoléon qui résisterait à l'officier et l'empêcherait d'entrer, serait immédiatement enlevée de Longwood et tenue responsable de ce qui pourrait s'ensuivre. Si, à dix heures du matin, l'officier n'avait pas encore vu Napoléon, il devait entrer dans le vestibule et pénétrer de vive force dans la chambre du prisonnier. Fier langage, en vérité! Napoléon répond, par l'intermédiaire de Montholon, que, s'il faut choisir entre la vie dans des conditions ignominieuses et la mort, il n'hésite pas, et que celle-ci sera la bienvenue. Par là, il entend, comme il l'avait déjà dit, qu'il résistera à l'officier par la force. Qu'arrive-t-il? Le 4 septembre, Lowe retire les instructions données. Forsyth oublie de dire un seul mot de l'incident. Mais Montholon nous fournit toutes les pièces, et il serait bien difficile de croire à des faux. Et nous savons que l'affaire n'eut pas de suites, si ce n'est que le malheureux officier d'ordonnance fut encouragé à de nouveaux efforts et mena une existence lamentable. Pour voir le prisonnier, il en vint à de telles extrémités qu'on alla jusqu'à lui conseiller d'avoir recours au trou de la serrure. Quelquefois, il est plus heureux et réussit à apercevoir un chapeau qui pourrait couvrir la tête de Napoléon. Quelquefois, il jette un coup d'œil à travers une fente et aperçoit le prisonnier dans son bain. Dans une de ces occasions, Napoléon l'aperçut, sortit de la baignoire et marcha vers la cachette du capitaine dans un état d'effrayante nudité. Mais, en général, l'infortuné capitaine revenait bredouille de cette étrange chasse.

«3 avril. Napoléon continue à demeurer invisible. Je n'ai pas réussi à l'apercevoir depuis le 25 du mois dernier.... 19 avril. Je suis allé voir encore Montholon et je lui ai dit que je ne pouvais apercevoir Napoléon. Il a paru surpris et m'a dit qu'eux m'avaient vu.... Je suis resté aujourd'hui douze heures sur mes jambes, m'efforçant de voir Napoléon Bonaparte avant d'y parvenir, et j'ai eu beaucoup de jours pareils depuis que je suis de service à Longwood.... 23. Je crois bien que j'ai vu aujourd'hui Napoléon Bonaparte en train de repasser ses rasoirs dans son cabinet de toilette.» Le malheureux capitaine Nicholls dit encore dans son rapport: «Je suis obligé de demander la permission de remarquer qu'hier, pour l'exécution de mon service, j'ai dû rester debout plus de dix heures, m'efforçant d'apercevoir Napoléon Bonaparte, soit dans son petit jardin, soit à l'une de ses fenêtres; mais je n'ai pu y réussir. Durant tout cet espace de temps, j'étais exposé aux regards et aux observations non seulement des domestiques français, mais des jardiniers et des gens de service de Longwood. Très souvent, j'ai eu des journées semblables depuis que je suis chargé de cette surveillance.»

C'est là qu'en étaient descendus, à force de maladresse, le despotique gouverneur et les ministres, ses chefs. Il ne s'agissait plus de donner des ordres: «Faites ceci, faites cela;» l'officier de Lowe avait à mener l'existence d'un mouchard, et d'un mouchard malchanceux, dont riaient les domestiques, et que le prisonnier, invisible derrière ses jalousies, suivait d'un œil moqueur. Napoléon avait gagné la partie, surtout grâce aux gauches manœuvres de ses adversaires.

A la fin le prisonnier devint tellement invisible qu'au dire d'un officier qui se trouvait en garnison dans l'île à l'époque de la mort de l'Empereur, la première question des habitants de Sainte-Hélène, lorsque les journaux arrivaient d'Europe, était celle-ci: «Quelles nouvelles de Bonaparte?»

Y eut-il de sérieuses tentatives pour faire évader Napoléon de Sainte-Hélène? Nous en doutons. En une certaine circonstance, après avoir reçu des dépêches de Rio-Janeiro, Lowe doubla, et même tripla, le nombre des sentinelles décrites par Montchenu! Le gouvernement français avait découvert «un plan vaste et compliqué» pour s'emparer de Pernambuco, où, disait-on, 2000 exilés étaient rassemblés. Avec cette force, on devait tenter un coup, dont la nature n'était pas expliquée, pour mettre Napoléon en liberté. Un certain colonel Latapie avait la gloire, paraît-il, d'être l'inventeur de cette bourde «vaste et compliquée». Un vaisseau sous-marin,—l'éternel cauchemar du gouvernement anglais,—capable de se tenir au fond de la mer pendant toute la journée et d'employer la nuit à des manœuvres d'une activité extraordinaire, se construisait par les soins d'un contrebandier appelé Johnstone, «homme d'une audace peu commune», et ami, croyait-on, d'O'Meara. Mais la structure du navire excita le soupçon et il fut confisqué par le gouvernement britannique avant d'être achevé. Notre grand romancier écossais raconte toute l'aventure sans l'ombre d'un sourire. On construisait un autre vaisseau sous-marin, d'après le «système Sommariva», à Pernambuco, où la plupart de ces légendes ont pris naissance.

Si l'on peut en croire Maceroni,—mais on sait combien le personnage est sujet à caution,—O'Meara, aussitôt rentré en Angleterre, fit de grands préparatifs pour délivrer Napoléon. «Nous appelâmes à notre aide, dit Maceroni, la puissance de la vapeur. Des officiers anglais s'offrirent pour solliciter une permutation et échanger leur garnison européenne contre un poste à Sainte-Hélène. Mais je ne puis entrer dans les détails.» On comprendra que nous regrettions cette réserve. Pourtant, Maceroni est plus explicite sur la question d'argent, qui fit, d'après lui, avorter la grande entreprise. En effet, on se trouva enfermé dans un cercle vicieux. La mère de l'Empereur était prête à donner toute sa fortune à ceux qui auraient tiré son fils de prison. O'Meara avait besoin immédiatement d'argent comptant pour exécuter son projet. Impossible, disait-il, de rien faire sans argent. L'argent, disait-elle, ne pouvait être donné qu'en payement, quand l'entreprise aurait réussi. Ainsi finit le complot, s'il avait jamais existé. A cette époque, les Bonaparte étaient sur leurs gardes lorsqu'on leur apportait un nouveau plan d'évasion, avec la demande de fonds qui en était l'inévitable corollaire.

Par bonheur, Forsyth nous a conservé quelques-uns de ces projets qui effrayèrent tant nos ministres et leur représentant à Sainte-Hélène. Deux lettres anonymes, stupides et inintelligibles, adressées à des négociants de Londres; une autre, contenant «d'obscures allusions à Sainte-Hélène, Philadelphie et Cracovie», adressée à un habitant de cette dernière ville; des renseignements relatifs à certain navire rapide qu'on équipait dans la rivière d'Hudson pour le compte d'un nommé Carpenter: telles sont les informations qui inspirent à notre gouvernement les plus méticuleuses précautions. Forsyth lui-même s'interrompt dans son récit à propos de je ne sais quel mystérieux navire, et remarque que ce devait être le Flying Dutchman, le vaisseau-fantôme. A la fin, une nuance tragique se mêle à la farce. Quelques mois seulement avant la mort, Bathurst exprime la conviction que Napoléon médite de s'évader. En effet, l'évasion suprême était proche.

D'autre part, le témoignage de Montholon est net et clair. Le capitaine d'un navire offrit, à deux reprises, d'emmener Napoléon dans un bateau. Il demandait un million de francs, payable au moment où l'Empereur mettrait le pied sur le sol américain. Napoléon, sans un moment d'hésitation refusa d'examiner cette offre. Montholon est convaincu qu'il ne l'aurait accueillie en aucun cas, quand même il eût été possible à un bateau d'accoster au seul point d'embarquement, et quand même Napoléon eût réussi, comme il l'aurait fallu, à se tenir caché toute la journée dans un ravin et à descendre, la nuit, jusqu'à la côte, au risque de se rompre le cou cent fois dans l'opération.

De son côté «le comte Las Cases propose à l'Empereur un plan d'évasion. Le général Gourgaud croit à la possibilité de la réussite. L'Empereur discute les chances, mais dit nettement que, fussent-elles toutes favorables, il ne se refuserait pas moins à une tentative d'évasion». Sur quoi, Montholon écrit dans son journal ces lignes significatives: «Un plan d'évasion est soumis à l'Empereur. Il l'écoute sans intérêt et demande le Dictionnaire historique.»

Nous ne croyons pas davantage, nous l'avons déjà dit, que Napoléon ait eu un instant la pensée de s'évader déguisé en garçon de restaurant, ou dans un panier de linge sale. En 1818, le gouvernement russe, dans un mémoire adressé aux plénipotentiaires du Congrès d'Aix-la-Chapelle, prétendit qu'un projet d'évasion praticable avait été soumis à l'Empereur. C'était au moment où les armées alliées venaient d'évacuer le sol de la France. On ajoutait que l'Empereur avait ajourné l'exécution du projet. C'est Gourgaud qui avait affirmé le fait, et il faut, probablement, reconnaître là une de ces légendes fantastiques avec lesquelles cet officier s'amusait à chatouiller la crédulité, toujours prompte à s'émouvoir, de sir Hudson Lowe.

Napoléon souhaitait-il réellement de s'échapper? Nous avons sur ce point les plus sérieuses raisons de douter.

Où s'enfuir? Les États-Unis de l'Amérique du Nord, le lieu qu'il avait primitivement choisi, étaient le seul refuge possible. Or, il était persuadé qu'il y serait assassiné par les émissaires du gouvernement des Bourbons. A toutes les offres d'évasion, sa réponse invariable était, d'après Montholon: «Je ne serais pas six mois en Amérique sans être assassiné par les sicaires du comte d'Artois. Voyez à l'île d'Elbe: est-ce qu'on n'a pas organisé mon assassinat? Sans ce brave Corse que le hasard avait placé comme maréchal-des-logis de gendarmerie à Bastia et, qui m'a fait prévenir du départ pour Porto-Ferrajo du garde du corps qui a tout avoué à Drouot, j'étais assassiné. D'ailleurs, il faut toujours obéir à sa destinée. Tout est écrit là-haut. Il n'y a que mon martyre qui puisse rendre la couronne à ma dynastie. Je ne vois en Amérique qu'assassinat ou oubli. J'aime mieux Sainte-Hélène.» On vient encore lui proposer un plan d'évasion et, de nouveau, il insiste sur l'argument dynastique: «Il vaut mieux pour mon fils que je sois ici. S'il vit, mon martyre lui rendra la couronne.»

Pour un homme d'âge moyen, corpulent et alourdi, tenter de s'échapper d'un rocher solitaire, gardé par des forces considérables et surveillé par des croiseurs vigilants, afin de gagner, après un long et périlleux voyage sur l'Océan, une contrée où il s'attendait à être assassiné, semble, en tout état de cause, un projet parfaitement absurde. Cependant, telles sont bien là les conditions dans lesquelles se présentait l'idée d'évasion. Nous les avons plutôt atténuées, car nous n'avons pas encore parlé du principal obstacle.

Napoléon était usé. Il avait posé la loi, avec une netteté admirable, pour les autres et pour lui-même, quand il avait dit, à Austerlitz, à propos d'un de ses généraux: «Ordener est usé. On n'a qu'un temps pour la guerre. J'y serai bon encore six ans; après quoi moi-même je devrai m'arrêter.» Chose étrange: son jugement s'est trouvé littéralement exact. Il s'écoule six ans et un mois d'Austerlitz à la campagne de Russie, qu'il aurait évitée s'il avait observé la règle formulée par lui-même. Il est à remarquer que, pendant toute l'année 1812, et, notamment à la bataille de Borodino où il parut si abattu, les officiers attachés à sa personne, comme Ségur, notèrent chez lui une diminution considérable de santé et d'énergie. Ségur semble attribuer la morbide et fiévreuse activité qui le jeta dans cette fatale campagne à une maladie constitutionnelle. Quelques passages saillants du journal de Duroc, son serviteur et son ami intime, qui ont trait aux premiers événements de cette guerre, nous ont été conservés et confirment l'opinion exprimée par Ségur. «7 août. L'Empereur a été physiquement très souffrant; il a pris de l'opium préparé par Méthivier: «Duroc, il faut marcher ou mourir. Un Empereur meurt debout et, alors il ne meurt pas.... Il faut en finir avec cette fièvre de doute.» Quand il revint, le changement fut encore plus visible. Chaptal, qui observait son maître en homme de science, dit que le changement était considérable. En 1809 Napoléon était devenu gros, et, dès ce moment, dans une certaine mesure, la décadence avait commencé. Après Moscou, Chaptal nota une transformation bien plus grande encore. On remarquait quelque chose de défectueux dans la suite de ses idées. Sa conversation était toute en exclamations incohérentes, en saillies d'imagination. Ce n'était plus la même force de caractère, la même passion et la même puissance de travail; monter à cheval le fatiguait. Une somnolence l'envahissait avec les plaisirs de la table. Il est vrai que, quand il fut traqué, poussé à bout, il se battit en désespéré et dirigea une merveilleuse campagne défensive en 1814. Mais c'était le dernier éclair de génie du conquérant. Il ne cessa pas, sans doute, d'être un grand capitaine. Il pouvait encore faire des plans dans son cabinet, mais, sur le champ de bataille, il n'était plus si actif, si formidable. La supériorité sans rivale de sa jeunesse avait disparu.

A l'île d'Elbe recommença la dégénérescence physique. Une activité terrible était devenue nécessaire à son existence. L'énergie refoulée, le changement qu'il avait fallu imposer à toutes ses habitudes, altérèrent sa santé. De gros il devint obèse; ce fut le grand changement qui frappa ses adhérents lorsqu'ils le revirent aux Tuileries en mars 1815. Lui-même se servit de ce fait comme d'un argument pour prouver qu'il avait changé aussi de caractère, et la façon dont il le fit semble une réminiscence de Shakespeare. Se frappant l'abdomen des deux mains, il demanda: «Est-ce qu'on est ambitieux quand on est gras comme moi?» Il n'avait plus cet «air hâve et affamé», indice de l'homme «dangereux» qui «pense trop». On ne tarda pas à s'apercevoir, d'ailleurs, que sa santé était atteinte. Son frère Jérôme le trouva malade; son autre frère, Lucien, déclara nettement que son état était sérieux, grave même; il a consigné par écrit, à ce sujet, certains détails qui n'ont pas été imprimés; il assura plus tard à Thiers que son frère souffrait alors d'une maladie de vessie. Thiers possédait d'autres témoignages dans le même sens, quoiqu'il pense,—et M. Henri Houssaye est de son avis,—que l'énergie déployée par Napoléon dément l'hypothèse d'une maladie véritable. Savary atteste qu'il pouvait à peine rester en selle sur le champ de bataille. Lavalette, qui le vit le soir où il quitta Paris pour la Flandre, dit qu'il souffrait alors cruellement de l'estomac. En tout cas, il était bien évident que le Napoléon qui revenait en mars 1815 était très différent du Napoléon qui était parti en avril 1814.

Nous irons jusqu'à risquer cette opinion que, quand il revint de l'île d'Elbe, il se rendait compte que sa carrière de conquérant était terminée. A l'île d'Elbe, il avait eu, pour la première fois depuis qu'il était arrivé au pouvoir, le loisir d'apprécier avec calme, et de sang-froid, sa situation, de se rappeler sa propre maxime sur le court espace de temps pendant lequel on peut faire heureusement la guerre. Il comprenait donc, croyons-nous, que la période des conquêtes était passée pour lui. Mais cela ne veut pas dire que son tempérament impérieux et passionné aurait jamais pu se couler dans le moule d'un souverain constitutionnel, ou qu'il aurait su se restreindre, lui et son armée, à une paix durable. Avec ses maréchaux, il n'aurait eu probablement aucune difficulté. Mais ses prétoriens auraient été plus malaisés à satisfaire. D'ailleurs, sa frontière rétrécie, mutilée, eût été un spectacle douloureux et un aiguillon. Dans l'autre plateau de la balance, mettez l'épuisement partiel de son peuple et le sien: deux faits qu'il ne pouvait longtemps se dissimuler.

Pendant les Cent-Jours, quoiqu'il montrât ce qu'on eût, chez tout autre, appelé de l'énergie, il avait cessé d'être Napoléon. C'était un autre homme, un homme condamné. «Je ne puis m'empêcher de croire», dit Pasquier qui était en contact direct et constant avec son entourage, «que son génie, comme sa force physique, était dans une décadence profonde.» Il se laissait tracasser par sa nouvelle législature et montrait une sorte de passivité, symptôme nouveau chez lui et très significatif. On dit,—c'est Sismondi qui nous l'affirme,—que ses ministres, à leur grand étonnement, le trouvaient constamment endormi sur un livre. Une des autres caractéristiques nouvelles et bizarres de cette période de sa vie, c'était une tendance à tenir des propos sans fin, qui devaient absorber beaucoup de temps précieux et qui trahissaient une perplexité secrète, tout à fait étrange chez lui. Même à la veille de Waterloo, sur le champ de bataille, à la stupéfaction de Gérard et de Grouchy, il perd des heures à leur parler de la politique de Paris, de la Chambre et des Jacobins. Cette manie de disserter venait en partie, dit Mollien, de la lassitude qui s'emparait de lui après quelques heures de travail. Quand il éprouvait cette sensation de fatigue, à laquelle il n'était pas habitué, il demandait à la parole un repos et une diversion. Mais la preuve frappante de sa métamorphose c'est sa manière d'agir envers Fouché. Il n'eut pas l'énergie nécessaire pour le traiter comme il eût fallu. Quand il repassait cette époque à Sainte-Hélène, son grand regret était de ne pas l'avoir fait pendre ou fusiller. Mais, pendant les Cent-Jours, depuis le moment où il arrive à Paris jusqu'à celui où il met le pied sur le pont du Bellérophon, il est trompé par Fouché, trahi par Fouché et, probablement, livré aux Anglais par Fouché. Napoléon supporte tout cela avec patience, quoiqu'il sache à quoi s'en tenir. Il s'arrête à un parti qui combinait les inconvénients de tous les partis possibles. Il avertit Fouché que ses intrigues sont découvertes et le garde au ministère de la police.

Enfin, il secoue la poussière de Paris, de son parlement et de ses trahisons; il va rejoindre son armée. On pourrait espérer que, dans l'atmosphère de la bataille, il va ressaisir sa force, mais il n'en est rien. La combinaison stratégique par laquelle il lança, rapidement et sans bruit, son armée dans les Flandres, était, sans doute, digne de ses meilleurs jours. Mais, quand il arriva au siège des opérations, sa vitalité, toujours en éveil, autrefois surhumaine, l'avait abandonné. Lui, jadis si préoccupé de recueillir des nouvelles précises de l'ennemi, semblait se soucier à peine de demander ou de recevoir des informations sur les mouvements des alliés. Lui, autrefois rapide comme la foudre, n'avait plus conscience de la valeur du temps. Cette prodigieuse célérité de mouvement était l'essence même de ses anciennes victoires. Or le matin de Ligny et le jour d'après il perdit des heures précieuses, et, avec elles, peut-être, le succès de la campagne. Il a lui-même reconnu que, s'il n'avait pas été si fatigué, il aurait dû passer à cheval la nuit qui précéda Waterloo. En fait, il monta à cheval à une heure du matin et resta en selle jusqu'à l'aube.

Enfin vient la suprême bataille. Napoléon semble la suivre avec une sorte d'apathie. Il assiste à la catastrophe et remarque froidement: «Il paraît qu'ils sont mêlés». Puis, mettant son cheval au pas, il s'éloigne du champ de bataille.

Il retourne à Paris, et là il est le même homme. Il arrive à l'Élysée à six heures du matin, le 21 juin. Il est reçu sur le perron par Caulaincourt, dont le bras tendre et fidèle le soutient pendant qu'il pénètre dans le palais. L'armée, dit-il, avait fait des prodiges, mais une terreur panique l'a saisie; tout a été perdu. Ney s'est conduit comme un insensé; il m'a fait massacrer toute ma cavalerie.» Quant à lui, il est suffoqué, épuisé. Il se jette dans un bain chaud et convoque ses ministres. Lavalette le vit ce matin-là, et donne de son apparence une description navrante, qui parle aux yeux: «Sitôt qu'il m'aperçut, il vint à moi avec un rire épileptique, effrayant. «Ah! mon Dieu! mon Dieu!» dit-il en levant les yeux au ciel, et il fit deux ou trois tours de chambre. Ce mouvement fut très court. Il reprit son sang-froid, et demanda ce qui se passait à la Chambre des députés.» Plus tard, il a reconnu qu'il aurait dû se rendre droit aux Chambres, tout botté et couvert de boue comme il était, les haranguer, essayer l'effet de sa personnalité magnétique, et, si elles s'étaient montrées réfractaires, finir la séance à la Cromwell. Il admet aussi qu'il aurait dû faire fusiller Fouché immédiatement. Au lieu de cela il tient un conseil des ministres d'où Fouché qui siège à son côté, envoie des messages à l'opposition parlementaire pour la rallier. A mesure que le conseil se prolonge le résultat des manœuvres du traître devient manifeste. C'est un moment de détresse suprême et de désespoir. Ses partisans fidèles, les princes de sa maison, le supplient de montrer de l'énergie. Napoléon demeure engourdi, pétrifié. Sa voiture est là, tout attelée, prête à le conduire aux Chambres: il la congédie. En présence de l'opposition, de l'intrigue, de la trahison, il est passif; il ne trouve rien à faire. Enfin, à une seconde réunion du conseil, il signe automatiquement son abdication. Aussitôt son antichambre se vide, le palais devient un désert.

Cependant, au dehors, les soldats et la multitude l'appellent à grands cris; ils le supplient de ne pas les abandonner, mais d'organiser et de diriger la résistance nationale. Un mot de lui, dit son frère, et ses ennemis de l'intérieur n'existaient plus. C'est là une exagération, car Lafayette avait mis à profit le temps perdu par Napoléon et s'était assuré le concours de la garde nationale. Pourtant, l'enthousiasme était formidable et aurait pu ouvrir la voie à une révolution triomphante, s'il avait plu à l'Empereur de l'utiliser dans ce sens. En tout cas, Fouché et ses satellites s'en alarmèrent, et ils donnèrent à l'Empereur un avertissement. Et lui, à l'instant, quitte sa capitale et ses amis. Il envoie sa voiture vide au milieu de ses partisans, comme s'ils étaient ses ennemis, et s'échappe à la hâte dans une autre voiture.

Il se retire à la Malmaison où il est, de fait, un prisonnier. Il ne bouge pas; il ne donne plus d'ordres; il passe son temps à lire des romans. Il ne prendra de mesures ni pour fuir ni pour résister. Une même journée résout le dilemme. Il est amené à offrir ses services comme général au gouvernement provisoire. La réponse qu'il reçoit est un ordre de quitter la France. Sans un mot il obéit. Un quart d'heure après il est parti.

Arrivé à Rochefort, même apathie, même indécision, même inconscience du prix qu'ont les minutes qui s'écoulent. Il semble que s'il avait agi avec promptitude il avait des chances sérieuses de passer en Amérique. Son frère Joseph lui en avait offert le moyen. Joseph, qui ressemblait beaucoup à l'Empereur, proposait de prendre sa place pendant qu'il s'échapperait sur le navire américain à bord duquel lui, Joseph, parvint à s'enfuir. Mais Napoléon déclara qu'un déguisement, quel qu'il fût, était au-dessous de sa dignité. Il avait été, pourtant, d'un avis différent lors de son départ pour l'île d'Elbe. D'ailleurs, il aurait pu essayer de s'échapper sur un vaisseau neutre (de nationalité danoise), ou sur un chasse-marée, ou sur une frégate. Quelques jeunes officiers de marine s'offrirent à servir d'équipage à un chasse-marée, ou à un canot à rames qui aurait trouvé moyen de percer le blocus. Mais c'est encore la frégate qui offrait les meilleures chances de succès, et Maitland, dans son récit, reconnaît que ces chances étaient considérables. Il y avait alors à l'île d'Aix deux frégates françaises, sans parler de vaisseaux de moindre tonnage. Un des capitaines était douteux, sinon hostile. Mais l'autre implora Napoléon de risquer l'aventure. Il attaquerait le vaisseau anglais pendant que l'Empereur s'échapperait avec l'autre frégate. En d'autres temps l'Empereur n'aurait pas hésité à confier César et sa fortune à cette chance de salut qui se présentait. Mais on eût dit qu'il était sous l'influence de quelque charme malfaisant. Il louvoyait, il lanternait, convoquait les personnes de sa suite pour délibérer avec elles sur le meilleur parti à prendre; il permettait à un ennemi vigilant de suivre tous ses mouvements; il faisait, en un mot, tout ce que, peu d'années auparavant, il eût trouvé méprisable s'il l'avait vu faire à un autre. Enfin, il est incapable d'agir, il se rend à bord du Bellérophon et, là, s'assoupit sur le pont en lisant une page d'Ossian. Sa suite confesse à Maitland que son énergie physique et mentale l'a en grande partie abandonné.

Une fois seulement, durant ce voyage, il parut secouer sa léthargie. C'était le matin, au lever du jour. Comme le vaisseau rangeait l'île d'Ouessant, les hommes de garde, à leur surprise indicible, virent l'Empereur sortir de sa cabine et s'acheminer avec quelque difficulté vers la poupe. Arrivé là, il demanda à l'officier de quart si cette côte était bien Ouessant. Puis, prenant un télescope, il demeura le regard fixé vers la terre. Il resta là, sans bouger, de sept heures jusqu'aux approches de midi. Ni les officiers du navire, ni les personnes de sa suite lorsqu'elles le virent absorbé ainsi, ne se permirent de troubler sa douloureuse contemplation. A la fin, lorsque la côte s'effaça à l'horizon, il se retourna, cachant de son mieux son visage navré, et s'accrocha au bras de Bertrand, qui le soutint jusqu'à sa cabine. C'est la dernière fois qu'il vit la France.

A Sainte-Hélène son engourdissement devint, naturellement, plus prononcé. Lui-même en était stupéfait. Il passait des heures dans son lit ou dans son bain. Bientôt, il prit l'habitude de ne s'habiller que tard dans l'après-midi. Il était surpris de sentir qu'il était mieux dans son lit, lui qui trouvait autrefois la journée trop courte pour l'action.

Tel était l'homme qui, au jugement du gouvernement anglais et de sir Hudson Lowe, était capable de se glisser le long d'une falaise inaccessible, sans être aperçu par des sentinelles partout présentes, et de passer, sans que personne pût dire comment, à travers un cordon de croiseurs vigilants, pour aller, encore une fois, bouleverser l'univers! On peut dire, sans crainte d'erreur, que Napoléon, eût-il réalisé l'impossible et réussi à s'évader, n'eût jamais pu troubler sérieusement le monde, si ce n'est par son nom et son souvenir[10]. Mais cette évasion était chose impraticable. Quand même on lui aurait donné la liberté de parcourir l'île tout entière, quand même on aurait fait disparaître tous les factionnaires, il ne pouvait songer un moment, dans l'état physique où il se trouvait, et si l'on suppose une surveillance ordinaire et la présence de croiseurs gardant bien la côte, à quitter l'île, à moins que le gouverneur ne fût de connivence avec lui. Napoléon a pu quelquefois espérer qu'il sortirait de Sainte-Hélène, mais,—nous en sommes convaincu,—il ne crut jamais une évasion possible. Gourgaud rapporte un projet de ce genre, mais c'était une plaisanterie lancée par l'Empereur, après le dîner, au milieu des rires. Le peu d'espoir qu'il conservât, il le fondait sur l'action de l'opposition dans le Parlement ou sur l'avènement au trône de la princesse Charlotte. Aussi pria-t-il Malcolm et Gourgaud d'exposer à cette princesse tous ses sujets de plainte.

Napoléon avait le pouvoir, lorsqu'il lui plaisait, de vivre en pleine illusion. Pendant la campagne de Russie, par exemple, il avait donné ordre à ses maréchaux d'opérer avec des armées qu'il savait ne plus exister. Ils se récriaient, et lui, alors, de dire simplement: «Pourquoi m'ôter mon calme?» Lorsque les Alliés envahirent la France, il déclarait compter beaucoup sur l'armée du maréchal Macdonald. «Voulez-vous passer mon armée en revue? dit le maréchal au comte Beugnot. Ce ne sera pas long. Elle se compose de moi-même et de mon chef d'état-major. Comme matériel: quatre chaises de paille et une table de sapin.» Pendant la campagne de 1814, l'Empereur expliquait ses plans à Marmont. Le maréchal devait faire telle et telle chose «avec son corps de 10000 hommes». Toutes les fois que l'Empereur répétait ce chiffre, Marmont l'interrompait pour dire qu'il n'en avait que 3000. Napoléon s'entêta jusqu'au bout: «Marmont, avec ses 10000 hommes.» Le plus curieux exemple en ce genre est donné par Méneval. «Lorsque l'Empereur, dit-il, additionnait les chiffres de ses soldats, il faisait toujours des erreurs dans l'addition et grossissait invariablement le total.» Ainsi, à Sainte-Hélène, nous croyons qu'il s'était persuadé à lui-même qu'il serait mis en liberté si lord Holland devenait premier ministre, ou si la princesse Charlotte montait sur le trône. Quelquefois même il se déclara convaincu que les frais de sa détention détermineraient le gouvernement britannique à le relâcher. On apportait quelquefois à Longwood des bruits extraordinaires qui étaient probablement dus à l'imagination des nouvellistes de Jamestown. Un jour, par exemple, O'Meara informe Napoléon que la Garde impériale s'est retirée dans les Cévennes et que toute la France est en insurrection; quant à l'effet produit par cette nouvelle à sensation, on nous apprend seulement que l'Empereur a fait une partie de reversi. Un autre jour, c'est Montholon qui revient de Jamestown où il a lu les journaux. Il déclare que la France entière demande l'Empereur, que tout se lève en sa faveur et que la Grande-Bretagne est à son dernier soupir. Nous doutons fort que Napoléon ait attaché la moindre foi à des rapports de ce genre. Nous croyons qu'il gardait bien peu d'espoir, de quelque nature que ce fût. Mais le peu qu'il en avait conservé reposait sur la princesse Charlotte et sur lord Holland, parce que lui et—ce qui était bien plus important—lady Holland avaient embrassé sa cause avec enthousiasme; la princesse Charlotte, partie parce qu'elle était censée avoir exprimé de la sympathie pour lui, et partie, peut-être, parce qu'elle avait épousé le prince Léopold, qui avait demandé à être son aide de camp. «Ma foi, dit l'Empereur, celui-là est bien heureux que je ne l'aie pas nommé aide de camp lorsqu'il me l'a demandé, car s'il l'avait été il ne s'asseoirait pas sur les marches du trône d'Angleterre.»

Il y avait une cause de danger qui était parfaitement connue de Lowe, ainsi que du commissaire français, et à laquelle il était difficile de parer: c'était la fascination qu'exerçait personnellement le prisonnier. Montchenu ne cesse de déplorer ce fait inquiétant. On ne quitte jamais Napoléon, dit-il, sans éprouver le plus grand enthousiasme. «Si j'étais à votre place, disait-il à Lowe, je ne permettrais pas à un seul étranger de visiter Longwood, car ils le quittent tous transportés de dévouement et ils rapportent ce sentiment-là en Europe.» «Ce qui m'a frappé c'est l'ascendant énorme que cet homme, entouré de gardes, de rochers, de précipices, a encore sur les esprits. Tout à Sainte-Hélène se ressent de sa supériorité. Les Français tremblent à son aspect et se croient trop heureux de le servir.... Les Anglais n'en approchent plus qu'avec timidité. Ceux-mêmes qui le gardent briguent un regard, un entretien, un mot. Personne n'ose le traiter en égal.» Ces symptômes alarmants étaient rapprochés d'un autre symptôme qui ne l'était pas moins: les manières séduisantes du prisonnier. Il entrait dans une ferme, s'asseyait pour causer avec les habitants; ceux-ci le recevaient avec une joie mêlée de respect. Il parlait même aux esclaves et leur donnait de l'argent. Un peu plus, et on allait l'adorer. Le gouverneur était effrayé, à en perdre l'esprit, de ce nouveau et indéfinissable danger qui menaçait la sécurité de l'île. C'est pourquoi il se hâta de rétrécir les limites du domaine de Napoléon, de façon qu'aucun cultivateur n'y pût demeurer.