III
Napoléon paraît avoir environ cinq pieds six pouces. Il est de structure épaisse et vigoureuse. Son cou est court et sa tête assez grosse; elle est particulièrement carrée et massive des mâchoires et il a un abondant double menton. Il est chauve sur les tempes, et les cheveux, sur le sommet de sa tête, sont clairsemés, mais longs et rudes; ils ont l'air d'être rarement brossés. Napoléon manque de grâce dans ses mouvements, mais il fait très peu de gestes et porte la tête avec dignité. Il est gras et son ventre se projette en avant. Ce défaut est rendu encore plus sensible par la coupe de son habit, qui a des basques très courtes et retroussées et qui est boutonné très juste au creux de l'estomac, d'où il s'ouvre brusquement, permettant de voir un large espace de gilet blanc. Son uniforme était vert, avec collet et parements rouges, mais sans galons ni broderies; de petits boutons dorés et des épaulettes d'or. Il portait une cravate blanche, un gilet blanc et des culottes de même couleur, des bas de soie et des souliers avec de petites boucles dorées. Une toute petite épée, de forme ancienne, avec une poignée d'or ouvragé, était serrée à son côté. Il portait le cordon de la Légion d'honneur sur son gilet et la plaque d'argent ciselé sur son habit. Il portait aussi trois ordres tout petits suspendus à l'une de ses boutonnières. Son chapeau, qu'il tenait sous le bras presque tout le temps, était assez grand, sans ornements, si ce n'est une microscopique cocarde tricolore. Pendant la conversation, Napoléon prit plusieurs fois du tabac. La tabatière n'avait rien de remarquable; elle était assez longue et m'a paru avoir quatre médailles ou pièces de monnaie incrustées dans le couvercle.
Napoléon a les yeux gris, avec de larges pupilles; peu de sourcils, les cheveux bruns, le teint blême et la chair flasque. Le nez est bien dessiné; très peu de lèvre supérieure; la bouche belle. Ses dents sont vilaines et malpropres, mais il les montre peu. Le caractère général de sa physionomie était grave, presque triste; mais il ne laissait voir aucune trace de sévérité ou de passion violente. J'ai rarement vu un homme plus vigoureusement bâti ou mieux fait pour endurer la fatigue.
(Bunbury, 31 juillet 1815.)