V
Il était habillé d'un uniforme vert foncé tout simple et sans épaulettes ni rien d'équivalent, mais il avait sur la poitrine la plaque de la Légion d'honneur, avec un aigle au centre. Les boutons étaient d'or, avec, comme sujet, un dragon très en relief. Il portait des culottes blanches, des bas de soie et des souliers à boucles d'or ovales, avec un claque de petite dimension sous le bras. Napoléon, à première vue, était loin d'être imposant; il était petit et trapu, avec la tête enfoncée dans les épaules; la figure était grasse, avec un double menton; les membres semblaient forts et bien proportionnés; le teint olivâtre; la physionomie était sombre, peu engageante et presque grimaçante. Ses traits nous rappelèrent immédiatement des gravures que nous avions vues et qui le représentaient. En somme, il avait plutôt la mine d'un gros moine espagnol ou portugais que du héros des temps modernes....
Alors, l'illusion fascinante que nous avions caressée toute notre vie s'évanouit comme un fil de la Vierge dans un rayon de soleil. Le grand Napoléon disparaissait dans un personnage obèse et dépourvu de beauté, et nous cherchions en vain cette souveraine puissance du regard et cette force d'expression qu'une trompeuse imagination nous faisait attendre.
(Le chirurgien militaire Henry.)