NOTES
[1] L'acteur Montfleury. L'auteur du Parnasse réformé le fait ainsi parler dans l'Enfer: «L'homme donc qui voudrait savoir ce dont je suis mort, qu'il ne demande pas si ce fut de fièvre ou de podagre ou d'autre chose, mais qu'il entende que ce fut de l'Andromaque.» (J. Guéret, 1668.) Montfleury jouait le rôle d'Oreste dans la tragédie d'Andromaque lorsqu'il tomba malade et mourut en quelques jours.
[2] Les mots écrits en italiques se trouvent en français dans le texte de Poe.
[3] Les coralites.
[4] «Une des plus remarquables curiosités du Texas est en effet une forêt pétrifiée, près de la source de la rivière Pasigno. Elle se compose de quelques centaines d'arbres, parfaitement droits, tous changés en pierre. Quelques-uns, qui commencent à pousser, ne sont qu'en partie pétrifiés. C'est là un fait frappant pour les naturalistes, et qui doit les amener à modifier leur théorie de la pétrification.» Kennedy.
L'existence de ce fait, d'abord contestée, a été depuis confirmée par la découverte d'une forêt complètement pétrifiée près de la source de la rivière Chayenne ou Chienne qui sort des Montagnes Noires de la chaîne des Rocs.
Il y a peu de spectacles, sur la surface du globe, plus remarquables, soit au point de vue de la science géologique, soit au point de vue du pittoresque, que celui de la forêt pétrifiée près du Caire. Le voyageur, après avoir passé devant les tombes des califes et franchi les portes de la ville, se dirige vers le sud, presque en angle droit avec la route qui traverse le désert pour aller à Suez, et, après avoir fait quelque dix milles dans une vallée basse et stérile, couverte de sable, de gravier, et de coquilles marines, aussi fraîches que si la marée venait de se retirer la veille, traverse une longue ligne de collines de sable, qui courent pendant quelque temps dans une direction parallèle à son chemin. La scène qui se présente alors à ses yeux offre un caractère inconcevable d'étrangeté et de désolation. C'est une masse de tronçons d'arbres, tous pétrifiés, qui sonnent comme du fer fondu sous le talon de son cheval, et qui semblent s'étendre à des milles et des milles autour de lui sous la forme d'une forêt abattue et morte. Le bois a une teinte brun foncé, mais conserve parfaitement sa forme; ces tronçons ont de un à quinze pieds de long, et de un demi-pied à trois pieds d'épaisseur; ils paraissent si rapprochés les uns des autres, qu'un âne égyptien peut à peine passer à travers; et ils sont si naturels, qu'en Ecosse ou en Irlande, on pourrait prendre cet endroit pour quelque énorme fondrière desséchée, où les arbres exhumés et gisants pourrissent au soleil. Les racines et les branches de beaucoup de ces arbres sont intactes, et dans quelques-uns on peut facilement reconnaître les vermoulures sous l'écorce. Les plus délicates veines de l'aubier, les plus fins détails du coeur du bois y sont dans leur entière perfection, et défient les plus fortes lentilles. La masse est si complètement silicifiée, qu'elle peut rayer le verre et recevoir le poli le plus achevé.—Asiatic Magazine.
[5] La caverne Mammoth du Kentucky.
[6] En Islande, 1783.
[7] «Pendant l'éruption de l'Hécla en 1766, des nuages de cendres produisirent une telle obscurité, qu'à Glaumba, à plus de cinquante lieues de la montagne, on ne pouvait trouver son chemin qu'à tâtons. Lors de l'éruption du Vésuve en 1794, à Caserta, à quatre lieues de distance, il fallut recourir à la lumière des torches. Le 1er mai 1812, un nuage de cendres et de sable, venant d'un volcan de l'île Saint- Vincent, couvrit toute l'étendue des Barbades, en répandant une telle obscurité qu'en plein midi et en plein air, on ne pouvait distinguer les arbres ou autres objets rapprochés, pas même un mouchoir blanc placé à la distance de six pouces de l'oeil.»—Murray, p. 215, Phil. édit.
[8] En 1790, dans le Caraccas, pendant un tremblement de terre, une certaine étendue de terrain granitique s'engouffra, et laissa à sa place un lac de 800 mètres de diamètre, et de 90 à 100 pieds de profondeur. Ce terrain était une partie de la forêt d'Aripao, et les arbres restèrent verts sous l'eau pendant plusieurs mois—Murray, p. 221.
[9] Le plus dur acier manufacturé peut, sous l'action d'un chalumeau, se réduire à une poudre impalpable, capable de flotter dans l'air atmosphérique.
[10] La région du Niger. Voir le Colonial Magazine de Simmond.
[11] Le Formicaleo. On peut appliquer le terme de monstre aux petits êtres anormaux aussi bien qu'aux grands, les épithètes telles que celle de vaste étant purement comparatives. La caverne du Formicaleo est vaste en comparaison de celle de la fourmi rouge ordinaire. Un grain de sable est aussi un roc.
[12] L'Epidendron, flos aeris, de la famille des Orchidées, n'a que l'extrémité de ses racines attachée à un arbre ou à un autre objet d'où il ne tire aucune nourriture; il ne vit que d'air.
[13] Les Parasites, telles que la prodigieuse Rafflesia Arnaldii.
[14] Schouw parle d'une espèce de plantes qui croissent sur les animaux vivants—les Plantae Epizoae. A cette classe appartiennent quelques Fuci et quelques Algues.
M. J.B. Williams de Salem, Mass. a présenté à l'Institut national un insecte de la Nouvelle Zélande, qu'il décrit ainsi: «Le Hotte, une chenille ou ver bien caractérisé, se trouve à la racine de l'arbre Rata, avec une plante qui lui pousse sur la tête. Ce très singulier et très extraordinaire insecte traverse les arbres Rata et Perriri: il y entre par le sommet, s'y creuse un chemin en rongeant, et perce le tronc de l'arbre jusqu'à ce qu'il atteigne la racine; il sort alors de la racine et meurt, ou reste endormi, et la plante pousse sur sa tête; son corps reste intact et est d'une substance plus dure que pendant sa vie. Les indigènes tirent de cet insecte une couleur pour le tatouage.»
[15] Dans les mines et les cavernes naturelles on trouve une espèce de fungus cryptogame, qui projette une intense phosphorescence.
[16] L'orchis, la scabieuse, et la valisnérie.
[17] «La corolle de cette fleur (l'aristolochia clematitis), qui est tubulaire, mais qui se termine en haut en membre ligulé, se gonfle à sa base en forme globulaire. La partie tubulaire est revêtue intérieurement de poils raides, pointant en bas. La partie globulaire contient le pistil, uniquement composé d'un germen et d'un stigma, et les étamines qui l'entourent. Mais les étamines, étant plus courtes que le germen même, ne peuvent décharger le pollen de manière à le jeter sur le stigma, la fleur restant toujours droite jusqu'après l'imprégnation. Et ainsi, sans quelque secours spécial et étranger, le pollen doit nécessairement tomber dans le fond de la fleur. Or, le secours donné dans ce cas par la nature est celui du Tiputa Pennicornis, un petit insecte, qui, entrant dans le tube de la corolle en quête de miel, descend jusqu'au fond, et y farfouille jusqu'à ce qu'il soit tout couvert de pollen. Mais comme il n'a pas la force de remonter à cause de la position des poils qui convergent vers le fond comme les fils d'une souricière, dans l'impatience qu'il éprouve de se voir prisonnier, il va et vient en tous sens, essayant tous les coins, jusqu'à ce qu'enfin, traversant plusieurs fois le stigma, il le couvre d'une quantité de pollen suffisante pour l'en imprégner; après quoi la fleur commence bientôt à s'incliner, et les poils à se retirer contre les parois du tube, laissant ainsi un passage à la retraite de l'insecte.» Rev. P. Keith: Système de botanique physiologique.
[18] Les abeilles,—depuis qu'il y a des abeilles—ont construit leurs cellules dans les mêmes proportions, avec le même nombre de côtés et la même inclinaison de ces côtés. Or il a été démontré (et ce problème implique les plus profonds principes des mathématiques) que les proportions, le nombre de ces côtés, les angles qu'ils forment sont ceux-là mêmes qui sont précisément les plus propres à leur donner le plus de place compatible avec la plus grande solidité de construction.
Pendant la dernière partie du dernier siècle, les mathématiciens soulevèrent la question «de déterminer la meilleure forme à donner aux ailes d'un moulin à vent en tenant compte de leur distance variable des points de l'axe tournant et aussi des centres de révolution.» C'est là un problème excessivement compliqué; en d'autres termes, il s'agissait de trouver la meilleure disposition possible par rapport à une infinité de distances différentes et à une infinité de points pris sur l'arbre de couche. Il y eut mille tentatives insignifiantes de la part des plus illustres mathématiciens pour répondre à la question; et lorsque enfin la vraie solution fut découverte, on s'avisa que les ailes de l'oiseau avaient résolu le problème avec une absolue précision du jour où le premier oiseau avait traversé les airs.
[19] J'ai observé entre Frankfort et le territoire d'Indiana un vol de pigeons d'un mille au moins de largeur; il mit quatre heures à passer; ce qui, à raison d'un mille par minute, donne une longueur de 240 milles; et, en supposant trois pigeons par mètre carré, donne 2,230,272,000 pigeons.—Voyage au Canada et aux Etats-Unis par le lieutenant F. Hall.
[20] «La terre est portée par une vache bleue, ayant quatre cents cornes.» Le Coran de Sale.
[21] Les Entozoa ou vers intestinaux ont été souvent observés dans les muscles et la substance cérébrale de l'homme.—Voir la Physiologie de Wyatt, p. 143.
[22] Sur le grand railway de l'Ouest, entre Londres et Exeter, on atteint une vitesse de 71 milles à l'heure. Un train pesant 90 tonnes fit le trajet de Paddington à Didcot (53 milles) en 51 minutes.
[23] L'Eccolabéion.
[24] L'Automate joueur d'échecs de Maelzel.—Poë a décrit en détail cet automate dans un Essai traduit par Baudelaire.
[25] La machine à calculer de Babbage.
[26] Chabert, et depuis lui une centaine d'autres.
[27] L'électrotype.
[28] Wollaston fit avec du platine pour le champ d'un télescope un fil ayant un quatre-vingt-dix millième de pouce d'épaisseur. On ne pouvait le voir qu'à l'aide du microscope.
[29] Newton a démontré que la rétine, sous l'influence du rayon violet du spectre solaire, vibrait 900,000,000 de fois en une seconde.
[30] La pile voltaïque.
[31] Le télégraphe électrique transmet instantanément la pensée au moins à quelque distance que ce soit sur la terre.
[32] L'appareil du télégraphe électrique imprimeur.
[33] Expérience vulgaire en physique. Si de deux points lumineux on fait entrer deux rayons rouges dans une chambre noire de manière à les faire tomber sur une surface blanche, dans le cas où ils diffèrent en longueur d'un cent millionième de pouce, leur intensité est doublée. Il en est de même, si cette différence en longueur est un nombre entier multiple de cette fraction. Un multiple de 2-1/4, de 3-2/3, etc … donne une intensité égale à un seul rayon; mais un multiple de 2-1/2, 3-1/2, etc … donne une obscurité complète. Pour les rayons violets on observe les mêmes effets, quand la différence de leur longueur est d'un cent soixante-sept millionième de pouce; avec tous les autres rayons les résultats sont les mêmes—la différence s'accroissant dans une proportion uniforme du violet au rouge.
Des expériences analogues par rapport au son produisent des résultats analogues.
[34] Mettez un creuset de platine sur une lampe à esprit, et maintenez-le au rouge; versez-y un peu d'acide sulfurique; cet acide, bien qu'étant le plus volatile des corps à une température ordinaire, sera complètement fixé dans un creuset chauffé, et pas une goutte ne s'évaporera—étant environné de sa propre ionosphère, il ne touche pas, de fait, les parois du creuset. Introduisez alors quelques gouttes d'eau, et immédiatement l'acide venant en contact avec les parois brûlantes du creuset, s'échappe en vapeur acide sulfureuse, et avec une telle rapidité que le calorique de l'eau s'évapore avec lui, et laisse au fond du vase une couche de glace, que l'on peut retirer en saisissant le moment précis avant qu'elle ne se fonde.
[35] Le Daguerréotype.
[36] Quoique la lumière traverse 167,000 milles en une seconde, la distance des soixante et un Cygni (la seule étoile dont la distance soit certainement constatée) est si inconcevable que ses rayons mettraient plus de dix ans pour atteindre la terre. Quant aux étoiles plus éloignées, vingt ou même mille ans seraient une estimation modeste. Ainsi, à supposer qu'elles aient été anéanties depuis vingt ou mille ans, nous pourrions encore les apercevoir aujourd'hui, au moyen de la lumière émise de leur surface il y a vingt ou mille ans. Il n'est donc pas impossible, ni même improbable que beaucoup de celles que nous voyons aujourd'hui soient en réalité éteintes.
Herschel l'ancien soutient que la lumière des plus faibles nébuleuses aperçues à l'aide de son grand télescope doit avoir mis trois millions d'années pour atteindre la terre. Quelques-unes, visibles dans l'instrument de Lord Rosse doivent avoir au moins demandé vingt millions d'années.
[37] Aristote.
[38] Euclide.
[39] Kant.
[40] Hogg, poète anglais, à la place de Bacon. Jeu de mots: Bacon en anglais signifiant lard, et hog, cochon.
[41] Le fameux John Stuart Mill, auteur d'un traité de Logique expérimentale. Le mot Mill en anglais veut dire Moulin, d'où le jeu de mot à l'adresse de Bentham, dont Mill était le disciple.
[42] Poe a cité et développé ces considérations philosophiques dans son Eureka.
[43] Populace.
[44] Héros.
[45] Héliogabale.
[46] Madler. Poe a exposé et réfuté plus au long le système de cet astronome dans son Eureka.
[47] Le texte anglais explique ce jeu de mots intraduisible en français: Cornwallis y devient: some wealthy dealer in corn, un riche négociant en blé.
[48] Cuistre prétentieux.
[49] Tabitha Navet.
[50] Vieux canard.
[51] Tintamarre démagogique.
[52] Critique de la Raison pure.—Eléments métaphysiques des sciences naturelles.
[53]
Le fuyard peut combattre encore,
Ce que ne peut celui qui est tué.
[54] Romancier américain, que Poe juge ainsi dans ses Marginalia: «Son art est grand et d'un haut caractère, mais massif et sans détails. Il commence toujours bien, mais il ne sait pas du tout achever; il est excessivement volage et irrégulier, mais plein d'action et d'énergie.»
[55] «Comme un chien ne se laissera pas détourner d'un lambeau de cuir graissé».
[56] Nous ne l'avons pas trouvé.
[57] Dans le sens de l'ancien mot mouleer, qui moud son blé au moulin banal. (La Curne de Sante-Palaye.)
[58] Chats tigrés.
[59] phrenes
[60] Le mot attribué à Platon signifie «l'âme est immatérielle.» Le Diable, en changeant aulos en augos, prétend avoir enlevé à la définition de Platon tout sens intelligible.
[61] «Cicéron, Lucrèce, Sénèque écrivaient sur la philosophie, mais c'était la philosophie grecque.»—Condorcet.
[62] Arouet de Voltaire.
[63] Machiavel, Mazarin, Robespierre.
[64] Graham's Magazine, 1841.
[65] «On a imaginé bien des méthodes différentes pour transmettre d'individu à individu des informations secrètes au moyen d'une écriture illisible pour tout autre que le destinataire; et on a généralement appelé cet art de correspondance secrète la cryptographie. Les anciens ont connu plusieurs genres d'écriture secrète. Quelquefois on rasait la tête d'un esclave, et l'on écrivait sur le crâne avec quelque fluide coloré indélébile; après quoi on laissait pousser la chevelure, et ainsi l'on pouvait transmettre une information sans aucun danger de la voir découverte avant que la dépêche ambulante arrivât à sa destination. La Cryptographie proprement dite embrasse tous les modes d'écriture rendus lisibles au moyen d'une clef explicative qui fait connaître le sens réel du chiffre employé.»
[66] «Un mot suffit au sage.»
[67] «Des phrases sans suite et des combinaisons de mots sans signification, comme le reconnaîtrait lui-même le savant lexicographe, cachées sous un chiffre cryptographique, sont plus propres à embarrasser le chercheur curieux, et défient plus complètement la pénétration que ne le feraient les plus profonds apophthegmes des plus savants philosophes. Si les recherches abstruses des scoliastes ne lui étaient présentées que dans le vocabulaire non déguisé de sa langue maternelle….»
[68] «Nous avons besoin de nous voir immédiatement pour choses de grande importance. Les plans sont découverts, et les conspirateurs entre nos mains. Venez en toute hâte.»
[69] Cet essai, comme l'indique sa forme, n'est autre chose qu'une des lectures ou conférences que Poe fit en 1844 et 1845 sur la poésie et sur les poètes en Amérique.
[70] Cette version est empruntée à la traduction que nous avons publiée des Poésies complètes de Shelley,(3 v. in-18, Albert Savine, éditeur.) Nous saisissons avec empressement cette occasion d'ajouter le remarquable jugement de Poe sur Shelley aux nombreuses appréciations de la Critique Anglaise que nous avons citées dans notre livre: Shelley: sa vie et ses oeuvres (1 v. in-18) qui commente et complète notre traduction.
«Si jamais homme a noyé ses pensées dans l'expression, ce fut Shelley. Si jamais poète a chanté (comme les oiseaux chantent)—par une impulsion naturelle,—avec ardeur, avec un entier abandon—pour lui seul—et pour la pure joie de son propre chant—ce poète est l'auteur de la Plante Sensitive. D'art, en dehors de celui qui est l'instinct infaillible du Génie—il n'en a pas, ou il l'a complètement dédaigné. En réalité il dédaignait la Règle qui est l'émanation de la Loi, parce qu'il trouvait sa loi dans sa propre âme. Ses chants ne sont que des notes frustes—ébauches sténographiques de poèmes—ébauches qui suffisaient amplement à sa propre intelligence, et qu'il ne voulut pas se donner la peine de développer dans leur plénitude pour celle de ses semblables. Il est difficile de trouver dans ses ouvrages une conception vraiment achevée. C'est pour cette raison qu'il est le plus fatigant des poètes. Mais s'il fatigue, c'est plutôt pour avoir fait trop peu que trop; ce qui chez lui semble le développement diffus d'une idée n'est que la concentration concise d'un grand nombre; et c'est cette concision qui le rend obscur.
»Pour un tel homme, imiter était hors de question, et ne répondait à aucun but—car il ne s'adressait qu'à son propre esprit, qui n'eût pas compris une langue étrangère—c'est pourquoi il est profondément original. Son étrangeté provient de la perception intuitive de cette vérité que Lord Bacon a seul exprimée en termes précis, quand il a dit «Il n'y a pas de beauté exquise qui n'offre quelque étrangeté dans ses proportions.» Mais que Shelley soit obscur, original, ou étrange, il est toujours sincère. Il ne connaît pas l'affectation.»
[71] N.P. Willis, essayste, conteur et poète américain. Poe lui a consacré un long article dans ses Essais Critiques sur la littérature américaine. Il reproche surtout à ses compositions «une teinte marquée de mondanité et d'affectation.»
[72] Poe est revenu à plusieurs reprises sur ce morceau dans ses Notes marginales. L'éloge qu'il fait ici du poète américain Longfellow ne l'empêche pas de le juger en maint endroit avec une singulière sévérité. «H.W. Longfellow,» dit-il dans un curieux essai intitulé Autographie où il rapproche le caractère et le génie des écrivains de leur écriture, «a droit à la première place parmi les poètes de l'Amérique—du moins à la première place parmi ceux qui se sont mis en évidence comme poètes. Ses qualités sont toutes de l'ordre le plus élevé, tandis que ses fautes sont surtout celles de l'affectation et de l'imitation—une imitation qui touche quelquefois au larcin.»
[73] Poe critique ainsi cette strophe dans ses Marginalia:
«Une seule plume qui tombe ne peint que bien imparfaitement la toute-puissance envahissante des ténèbres; mais une objection plus spéciale se peut tirer de la comparaison d'une plume avec la chute d'une autre. La nuit est personnifiée par un oiseau, et les ténèbres, qui sont la plume de cet oiseau, tombent de ses ailes, comment? comme une autre plume tombe d'un autre oiseau. Oui, c'est bien cela. La comparaison se compose de deux termes identiques—c'est-à-dire, qu'elle est nulle. Elle n'a pas plus de force qu'une proposition identique en logique.»
[74] William Cullen Bryant, l'un des poètes américains les plus admirés de Poe. «M. Bryant,» dit-il dans son essai critique sur ce poète, «excelle dans les petits poèmes moraux. En fait de versification, il n'est surpassé par personne en Amérique, sinon, peut-être, par M. Sprague…. M. Bryant a du génie et un génie d'un caractère bien tranché; s'il a été négligé par les écoles modernes, c'est qu'il a manqué des caractères uniquement extérieurs qui sont devenus le symbole de ces écoles.»
[75] Poète américain, professeur à l'Université de Maryland, mort à l'âge de vingt-six ans, 1828. En 1825, il publia à Baltimore le volume de poésies d'où celle que cite Poe est tirée. Ce volume fut accueilli en Amérique par les éloges les plus enthousiastes.
[76] Poe a consacré à l'auteur si populaire de la Chanson de la chemise un assez long article critique où il développe ce qu'il en dit ici. A côté de la Belle Inès et de la Maison hantée, il met a peu près au même niveau: L'Ode à la Mélancolie, le Rêve d'Eugène Aram, le Pont des Soupirs et une pièce qui lui semble peut-être caractériser le plus profondément le génie de ce singulier poète fantaisiste: Miss Kilmanseg et sa Précieuse jambe. «C'est l'histoire, dit-il, d'une très riche héritière excessivement gâtée par ses parents; elle tombe un jour de cheval, et se blesse si gravement la jambe, que l'amputation devient inévitable. Pour remplacer sa vraie jambe, elle veut à toute force une jambe d'or massif, ayant exactement les proportions de la jambe originale. L'admiration que cette jambe excite lui en fait oublier les inconvénients.
Cette jambe excite la cupidité d'un chevalier d'industrie qui décide sa propriétaire à l'épouser, dissipe sa fortune, et finalement lui vole sa jambe d'or, lui casse la tête avec, et décampe. Cette histoire est merveilleusement bien racontée et abonde en morceaux brillants, et surtout riches en ce que nous avons appelé la Fantaisie.»
[77] Ce poème est adressé à Augusta Leigh, la soeur de Byron.
[78] Nous extrayons des Marginalia de Poe un passage qui complètera l'idée qu'il ne fait qu'indiquer ici, et où la poétique amoureuse de Byron jeune est admirablement caractérisée:
«Les anges,» dit madame Dudevant, une femme qui sème une foule d'admirables sentiments à travers un chaos des plus déhontées et des plus attaquables fictions, «les anges ne sont pas plus purs que le coeur d'un jeune homme qui aime en vérité.» Cette hyperbole n'est pas très loin de la vérité. Ce serait la vérité même, si elle s'appliquait à l'amour fervent d'un jeune homme qui serait en même temps un poète. L'amour juvénile d'un poète est sans contredit un des sentiments humains qui réalise de plus près nos rêves de chastes voluptés célestes.
»Dans toutes les allusions de l'auteur de Childe-Harold à sa passion pour Mary Chaworth, circule un souffle de tendresse et de pureté presque spirituelle, qui contraste violemment avec la grossièreté terrestre qui pénètre et défigure ses poèmes d'amour ordinaires. Le Rêve, où se trouvent retracés ou au moins figurés les incidents de sa séparation d'avec elle au moment de son départ pour ses voyages, n'a jamais été surpassé (jamais du moins par lui-même) en ferveur, en délicatesse, en sincérité, mêlées à quelque chose d'éthéré qui l'élève et l'ennoblit. C'est ce qui permet de douter qu'il ait jamais rien écrit d'aussi moins universellement populaire. Nous avons quelque raison de croire que son attachement pour cette Mary (nom qui semble avoir eu pour lui un enchantement particulier) fut sérieux et durable. Il y a de ce fait cent preuves évidentes disséminées dans ses poèmes et ses lettres, ainsi que dans les mémoires de ses amis et de ses contemporains. Mais le sérieux et la durée de cet amour ne vont pas du tout à l'encontre de cette opinion que cette passion (si on peut lui donner proprement ce nom) offrit un caractère éminemment romantique, vague et imaginatif. Née du moment, de ce besoin d'aimer que ressent la jeunesse, elle fut entretenue et nourrie par les eaux, les collines, les fleurs et les étoiles. Elle n'a aucun rapport direct avec la personne, le caractère ou le retour d'affection de Mary Chaworth. Toute jeune fille, pour peu qu'elle ne fût pas dénuée d'attraction, eût été aimée de lui dans les mêmes circonstances de vie commune et de libres relations, que nous réprésentent les gravures. Ils se voyaient sans obstacle et sans réserve. Ils jouaient ensemble comme de vrais enfants qu'ils étaient. Ils lisaient ensemble les mêmes livres, chantaient les mêmes chansons, erraient ensemble la main dans la main à travers leurs propriétés contiguës. Il en résulta un amour non seulement naturel et probable, mais aussi inévitable que la destinée même.
»Dans de telles circonstances, Mary Chaworth (qui nous est représentée comme douée d'une beauté peu commune et de quelques talents) ne pouvait manquer d'inspirer une passion de ce genre, et était tout ce qu'il fallait pour incarner l'idéal qui hantait l'imagination du poète. Il est peut-être préférable, au point de vue du pur roman de leur amour, que leurs relations aient été brisées de bonne heure, et ne se soient point renouées dans la suite. Toute la chaleur, toute la passion d'âme, la partie réelle et essentielle de roman qui marquèrent leur liaison enfantine, tout cela doit être mis entièrement sur le compte du poète. Si elle ressentit quelque chose d'analogue, ce ne fut sur elle que l'effet nécessaire et actuel du magnétisme exercé par la présence du poète. Si elle y correspondit en quelque chose, ce ne fut qu'une correspondance fatale que lui arracha le sortilège de ses paroles de feu. Loin d'elle, le barde emporta avec lui toutes les imaginations qui étaient le fondement de sa flamme—dont l'absence même ne fit qu'accroître la vigueur; tandis que son amour de la femme, moins idéal et en même temps moins réellement substantiel, ne tarda pas à s'évanouir entièrement, par la simple disparition de l'élément qui lui avait donné l'être. Il ne fut pour elle en somme, qu'un jeune homme qui, sans être laid ni méprisable, était sans fortune, légèrement excentrique et surtout boiteux. Elle fut pour lui l'Egérie de ses rêves—la Vénus Aphrodite sortant, dans sa pleine et surnaturelle beauté, de l'étincelante écume au-dessus de l'océan orageux de ses pensées.»
[79] William Motherwell (1797-1835) critique et poète écossais; il publia en 1822 la collection de ses poésies sous ce titre: «Poems, narrative and Lyrical.» On a publié en 1851 des Poèmes posthumes. Il est aussi remarquable dans ses poèmes élégiaques et tendres que dans ses chants de guerre.
[80] Jeu de mots intraduisible en français, entre anointed, oint, sacré, et arointed, mot fabriqué de aroint, exclamation de dégoût: arrière! qui ne se trouve que dans Shakespeare.
[81] Mûrier.