IV

Les Jeudis firent un bruit terrible, selon le mot de Sainte-Beuve lui-même[296]. Les amours-propres avaient été blessés, et les amours propres ne pardonnent pas. Ce fut un déchaînement général, une tempête furieuse, auprès de laquelle les orages qui avaient précédemment accueilli l’auteur des Causeries littéraires et des Causeries du Samedi n’étaient que des brises légères et de simples bonaces.

Seize ans auparavant, Pontmartin avait dédié à Jules Sandeau son premier ouvrage; il avait de même inscrit son nom à la première page des Jeudis. L’auteur de Marianna n’était pas un méchant homme, mais il était faible, et il y avait déjà longtemps que Balzac avait dit de lui, dans une de ses lettres à Mme Hanska: «Jules Sandeau a été une de mes erreurs... Il est sans énergie, sans volonté. Les plus beaux sentiments en paroles, rien en action ni en réalité. Nul dévouement de pensée ni de corps[297]...» Quand il vit Pontmartin attaqué de toutes parts, il écrivit aux journaux qu’il ne le connaissait plus. Ce fut le coup le plus cruel, le seul cruel, à vrai dire, que reçut Pontmartin au cours de cette longue et tumultueuse crise,—la crise Charbonneau. Il affectionnait sincèrement Jules Sandeau; il se réconciliera bientôt avec lui et il lui donnera jusqu’à la fin de nouvelles et éclatantes preuves de sa fidèle amitié.

Balzac, en son temps, avait traversé une crise analogue. «Dans la lutte actuelle, écrivait-il en 1836, je suis seul... Je dois même rendre justice à la presse, il y a chez elle une quasi-unanimité contre moi[298].» Cela aussi, Pontmartin l’eût pu dire. Les injures pleuvaient sur lui comme grêle. Ceux qui étaient nommés dans son livre poussaient des cris de paon. Ceux qu’il n’avait pas nommés et qui se voyaient ainsi privés de leur part de célébrité, ne se montraient pas moins animés, et peut-être étaient-ils les plus violents. Ils prenaient des airs de mépris, et allaient répétant partout: Il n’a pas osé s’attaquer à moi! il eût trouvé à qui parler; il le savait bien et il s’est gardé des représailles! Mais si les attaques se multipliaient, les réclamations, en revanche, étaient rares. Il n’y en eut que deux. M. Taxile Delord et M. Ernest Legouvé demandèrent deux rectifications, portant sur deux erreurs de fait, d’ailleurs de médiocre importance. L’auteur leur donna aussitôt satisfaction, comme il convenait à un galant homme. Cela fait, et les attaques continuant, Pontmartin adressa au directeur du Figaro la lettre suivante:

Paris, le 8 mai 1862.

Monsieur,

Puisque vous ouvrez généreusement à un homme seul contre tous la porte du Figaro, j’entre sans façon, et je vous demande une courte audience.

Que l’on attaque mon livre et son auteur, je serais très ridicule de m’en plaindre. Je n’ai fait qu’user du droit de représailles: qu’on en use à mes dépens sur une échelle plus grande que celle de Jacob! Liberté, liberté complète, pourvu que les blessures s’arrêtent là où l’amour-propre change de nom.

La réclamation de M. Taxile Delord a été accueillie par moi parce qu’elle portait sur un fait que j’ai reconnu vrai et qu’attestaient nos amis communs.

J’ai été mou, très mou, vis-à-vis de M. Jules Sandeau, parce qu’il me faut plus de cinq minutes pour m’accoutumer à voir dans un de mes amis les plus chers mon ennemi le plus cruel.

J’ai autorisé trois hommes particulièrement honorables à régler mon débat avec M. Legouvé, débat qui ne reposait que sur une erreur de date, étrangère à la sincérité du récit; ils avaient constaté d’ailleurs, sur des preuves irrécusables, que spontanément, sans y être invité, et pour une raison que dira ma nouvelle préface, j’avais fait, dix jours d’avance, trois fois plus que M. Legouvé ne me demandait.

Les amis de M. Taxile Delord et ceux de M. Legouvé savent et peuvent dire si je leur ai fait l’effet d’un homme qui recule devant la conséquence la plus extrême de ses actes ou de ses écrits.

En somme, pour expier mes excès de méchanceté, trois excès de modération.

Maintenant, à ceux qui seront tentés de m’en demander un quatrième, je répondrai ceci:

Voulez-vous attendre la seconde édition du livre? C’est l’affaire de quelques jours.

Êtes-vous pressé? Je le suis plus que vous; il serait inutile de réclamer d’autres explications que celles qu’on trouvera dans ma préface. Épargnez-vous donc la peine de prendre le plus long, et contentez-vous de me demander le nom et l’adresse des amis chargés de répondre pour moi: ils sont désignés d’avance et ils sont prêts.

Encore une fois, Monsieur, veuillez agréer mes remerciements et croyez à mes cordiales sympathies.

Armand de Pontmartin.

Les deux amis choisis par Pontmartin étaient Léopold de Gaillard et Léo de Laborde, ancien représentant de Vaucluse, l’un des plus énergiques députés de la droite à la Législative. L’honneur de l’auteur des Jeudis était en bonnes mains. Aucune réclamation nouvelle ne lui fut adressée, aucune demande d’explications ne se produisit.

Sa lettre du 8 mai lui avait valu parmi les jeunes de chaudes sympathies. Jules Claretie s’en fit l’interprète dans un petit journal qui ne laissait pas de tenir alors assez brillamment sa place au soleil, le Diogène. Très touché de son article, Pontmartin l’en remercia aussitôt:

Dimanche matin, 11 mai.

En toute circonstance, Monsieur et jeune confrère, je vous aurais chaleureusement remercié de votre article si bienveillant et si sympathique. Mais j’en suis particulièrement touché dans un moment critique où mes amis les plus dévoués me blâment, où les tièdes s’éloignent de moi comme d’un homme compromettant et où ceux que j’ai offensés se livrent à une irritation trop naturelle. Vous êtes jeune et courageux, mon cher confrère; vous vous êtes généreusement placé en dehors de ces colères pour juger un livre excessif, imprudent, qui peut même, çà et là, me faire passer pour méchant, mais où il y a, je crois, un fond d’honnêteté et de vérité. Si je sors intact de cette crise, j’espère bien, mon cher Confrère, que nos relations n’en resteront pas là, et vous verrez peut-être, à l’user, que je ne suis pas aussi noir que j’en ai l’air. Agréez, en attendant, mon cher défenseur, avec mes remerciements bien sincères, l’expression de mes cordiales sympathies.

La petite guerre cependant continuait. Il m’écrit le 25 mai:

...Je me reprochais déjà mon silence comme une ingratitude; et voici que je reçois votre lettre, nouveau témoignage de vos attentives et fidèles sympathies. Je vous assure que j’ai bien besoin d’être ainsi soutenu par quelques amis; car ici chaque jour amène quelque alerte, quelque incident désagréable; hier soir, par exemple, on m’a annoncé que le théâtre des Variétés allait jouer, sous le titre des Jeudis de Madame Martineau, une parodie aristophanesque de mon livre, où je serai très maltraité. Ceci n’est rien, et me semble de bonne guerre; mais ce sera tout naturellement l’occasion d’un éreintement collectif dans les feuilletons du lundi suivant, et la crise Charbonneau, que je regardais comme arrivée à son terme, en sera peut-être renouvelée...

Je crains qu’il ne me soit maintenant comme impossible de faire de la critique sage et tempérée, de la littérature sérieuse, dans ces tons mixtes, fins, un peu gris, que je cherchais de préférence sur ma palette. Ce diable de petit livre rose (il est bleu à présent) sera toujours là, sur ma conscience, sinon comme un remords, du moins comme un regret, et aussi comme un de ces points lumineux et enflammés qui font paraître tout le reste froid et crépusculaire. Mais, pour le moment, je n’aspire qu’à une chose, à la campagne, au repos. Dès que je pourrai décemment quitter Paris, c’est-à-dire dans quatre ou cinq jours, j’irai, non pas chez moi,—j’y trouverais encore trop de mouvement et d’affaires,—mais chez ma belle-mère, où je tâcherai de vivre, pendant quelques semaines, d’une vie purement végétative et contemplative: car je suis exténué, accablé, brisé, à bout de forces... Quoi qu’il en soit, j’espère, mon cher ami, que cet orageux épisode resserrera encore nos liens de bonne confraternité: ceux qui, dans cette circonstance, me sont demeurés fidèles, peuvent d’autant plus compter sur ma reconnaissance, qu’ils ont été plus rares. Léopold de Gaillard est à mes côtés, et m’a rendu de grands services. Nous dînons ensemble ce soir, et je m’acquitterai de vos commissions, ou plutôt je lui lirai votre lettre...

On le voit, Pontmartin, en face du prodigieux succès de son livre, au lieu d’en être enivré, en ressentait du regret, presque du remords. On le peignait comme vindicatif et méchant; il était, en réalité, l’homme le plus doux du monde, le plus bienveillant, le plus prompt à l’éloge. S’il avait mérité un reproche comme critique, c’était d’être trop indulgent, de se montrer trop coulant à dire: «Beau livre, charmant livre, excellent livre!» On l’appelait communément le Philinte de la littérature. Un jour, il est vrai, il avait remplacé ses rubans roses par les rubans verts d’Alceste; mais cela, en dépit des apparences, n’avait rien changé au fond, et le fond, chez lui, c’était la bonté.

Comme Philinte, du reste, ou, si on le veut, comme Alceste, Pontmartin était un gentilhomme. A la fin de son livre, laissant là tous les pseudonymes, à la La Bruyère ou par à-peu-près, dont il s’était servi au cours du volume, il avait mis sous chacun de ces noms de fantaisie le nom véritable.—Qui entendez-vous par Argyre? M. Edmond About.—Et Porus Duclinquant? M. Taxile Delord.—Et Polycrate? M. Gustave Planche.—Et Molossard? M. Barbey d’Aurevilly.—Et Caritidès? M. Sainte-Beuve.—Et ainsi pour tous les autres. Après tout, c’était assez crâne, et on me permettra bien de mettre en regard de cette attitude les agissements de... Caritidès.

Il n’est pas un homme de son temps, illustre dans les lettres ou la politique, que Sainte-Beuve n’ait encensé, ou au moins ménagé. Il n’en est pas un qu’il n’ait dénigré, ridiculisé, criblé d’épigrammes. Seulement, les dithyrambes étaient publics, les épigrammes, les méchancetés restaient secrètes. Il les confiait prudemment à des cahiers, soigneusement renfermés dans ses tiroirs. Ainsi a-t-il fait pour Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Charles Nodier, Montalembert, Guizot, Cousin, Villemain, Thiers, Saint-Marc Girardin, Tocqueville et vingt autres. Ces notes clandestines devaient sortir de l’ombre, un jour venant, mais seulement quand leur auteur serait à l’abri de toutes représailles. C’est d’autre sorte qu’agissait Pontmartin. S’il a satirisé,—non pas ceux qu’il célébrait en public,—mais ceux qui étaient ses adversaires et qui, pour la plupart, ne lui avaient pas ménagé les attaques; s’il les attaquait à son tour, c’était en plein soleil, en face et visière levée.

Je viens de nommer Sainte-Beuve. Le 25 juillet 1862, alors que la querelle semblait enfin épuisée, il publia un grand article, dans lequel il s’efforçait de la raviver. L’article est très habile, très spirituel, très brillant, mais les accusations qu’il renferme ne sont rien moins que justifiées. Le célèbre critique insiste d’abord sur la préméditation, qui ne lui paraît pas douteuse. «Il y a eu, dit-il, préméditation, s’il en fut jamais, et ruse; vous n’êtes pas un enfant, ni nous non plus; nous savons vos finesses... Vous aviez en portefeuille des portraits méchants, et, selon vous, jolis: comment les produire? C’était une affaire de tactique. Vous les avez fait d’abord filer un à un, presque incognito, sans le masque et sans clef, dans un journal honnête qui colportait vos brûlots ou pétards sans s’en douter[299]...»

Rien n’est moins exact. Pontmartin,—les faits que j’ai rappelés au début de ce chapitre, les lettres que j’ai citées, le démontrent sans réplique,—Pontmartin a entrepris son livre sans savoir quel livre il ferait, sans même savoir s’il ferait un livre. Quand il a commencé, il s’agissait tout simplement pour lui d’envoyer de la copie à la Semaine des Familles, qui lui en demandait: il ne s’agissait en aucune façon de mettre au jour des portraits qu’il avait en portefeuille. Il n’avait jamais rien en portefeuille, il ne savait pas ce que c’était que d’avoir une gardoire. Improvisateur merveilleux, il n’attendait jamais au lendemain pour produire l’œuvre de la veille. Envoyer sans retard à l’imprimeur la page dont l’encre était à peine séchée, c’était là toute sa tactique. Qu’il eût raison de toujours la suivre, je me garderai bien de le dire, mais enfin c’était la sienne. Il laissait à d’autres,—que Sainte-Beuve connaissait bien,—les manœuvres savantes, les temporisations habiles et les longues préparations.

Le second reproche, ou plutôt la seconde accusation de l’auteur des Nouveaux Lundis n’est pas plus fondée que la première: «Les Anciens, honnêtes gens, écrit-il, avaient un principe, une religion: tout ce qui était dit à table entre convives était sacré et devait rester secret; tout ce qui était dit sous la rose, sub rosâ (par allusion à cette coutume antique de se couronner de roses dans les festins), ne devait point être divulgué et profané. Oh! que cela ne se passe pas ainsi avec M. de Pontmartin et sous ses marronniers[300]!» Et, continuant, il parle d’«abominable procédé», de «vraie traîtrise», de «manquement à tous les devoirs et à toutes les obligations envers Jupiter hospitalier». Et savez-vous pourquoi toute cette belle indignation, toute cette éloquente invocation aux Anciens et à Jupiter hospitalier; pourquoi Sainte-Beuve remonte, cette fois encore, sur ses grands chevaux[301]? Eh! mon Dieu, tout bonnement parce que Pontmartin a répété le joli mot de M. Buloz sur les marronniers des Angles, un mot d’homme d’esprit et qui n’était pas pour nuire à la réputation du directeur de la Revue!

Mais voilà qu’après avoir invoqué Jupiter, Sainte-Beuve invoque... le comte d’Orsay: «Un jour qu’il était ruiné, un libraire de Londres lui offrit je ne sais combien de guinées pour qu’il écrivît ses Mémoires et qu’il y dît une partie de ce qu’il savait sur la haute société anglaise avec laquelle il avait vécu.»—«Non, dit le comte après y avoir pensé un moment, je ne trahirai jamais les gens avec qui j’ai dîné[302].» Ce que le comte d’Orsay n’avait pas voulu faire, Pontmartin ne l’a pas fait davantage. Le seul des personnages de son livre avec lequel il eût dîné, c’était «le célèbre conteur Eutidème»,—Jules Sandeau. Il n’en parle qu’avec la plus vive sympathie. «Dieu merci! dit-il, je suis heureux de commencer par celui-là; car, de toutes mes illusions provinciales à l’endroit de la littérature et des écrivains en renom, il en est peu qui me soient restées plus intactes. C’est une âme honnête et délicate qu’Eutidème[303]...»

Dans les Jeudis, Eutidème conduit un soir George de Vernay chez Marphise (Mme Émile de Girardin), qui est à la veille de faire représenter au Théâtre-Français sa tragédie de Cléopâtre, avec Rachel pour interprète. Nous assistons à la lecture de la tragédie, et ce n’est pas la moins jolie scène du volume et la moins malicieuse. Les juges les plus indulgents s’étonnèrent que Pontmartin eût persiflé M. et Mme Émile de Girardin après leur avoir été présenté et avoir passé quelques heures sous leur toit. La vérité est que l’auteur des Jeudis n’avait jamais mis les pieds dans le salon du petit hôtel de la rue de Chaillot. «Jamais, dit-il dans ses Souvenirs d’un vieux critique[304], jamais je ne me serais permis ces railleries si j’avais été vraiment reçu par l’illustre Delphine, si j’étais resté cinq minutes dans son salon, si j’avais pris un verre d’eau chez elle! Dans mon récit, où la fantaisie alternait avec la satire, il m’avait semblé que je pouvais déplacer cette scène, qui avait eu réellement lieu le 12 novembre 1847, au foyer du Théâtre-Français, à la répétition générale de Cléopâtre. Là, j’étais strictement dans mon droit, puisque M. Buloz[305] m’avait amené pour me mettre en mesure de rendre compte de la tragédie nouvelle dans la Revue du 15.»

Au fond, dans tout cela, il y avait plus d’épigrammes que d’indiscrétions, plus de malices que de méchancetés, du sel à poignées, et souvent du plus fin, mais peu ou point de fiel. C’était une satire, très vive à coup sûr, ce n’était point un pamphlet. Un critique, qui ne pèche point par excès de faiblesse et d’indulgence, mais qui a un sens droit et une ferme raison, M. Ferdinand Brunetière, a pu dire, en toute justice et vérité, au lendemain de la mort d’Armand de Pontmartin: «Il fut de ceux à qui la vie littéraire n’a pas été clémente; et on ne peut s’empêcher de philosopher en songeant de quel prix ce galant homme, cet écrivain de race et ce critique de talent a payé jadis les indiscrétions, qui paraîtraient bien innocentes aujourd’hui, de ses fameux Jeudis de Madame Charbonneau[306]

En finissant, je ne veux retenir de cet orageux épisode des Jeudis qu’une très belle lettre de Jules Janin. Le lundiste des Débats avait été quelque peu égratigné dans le volume sous le nom de Julio; il n’en écrit pas moins à un jeune littérateur de province, M. Émile Fages, qui venait de publier un article sur le livre de Pontmartin:

Passy, 9 octobre 1862.

J’ai déjà lu, Monsieur, ces aimables pages, très ingénieuses, d’une critique indulgente et de la meilleure compagnie. Elles me sont arrivées hier; votre lettre arrive aujourd’hui comme une confirmation de vos déférences pour un bel esprit qui se trompe, et qui bien vite est revenu au respect de la profession.

Soyons des premiers, les uns et les autres, à honorer l’art de bien dire et de bien faire; et si, par malheur, quelqu’un des nôtres insulte à l’art même qu’il exerce, ayons soin de jeter sur sa faute un pan de notre manteau, gardant le reste du manteau pour nos jours de défaillance!

Et vous avez eu raison, même en lui donnant tort pour cette fois, de bien parler de M. de Pontmartin: son mérite et son talent, tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il doit faire encore, plaident en sa faveur. C’est un grand esprit, mieux encore, un homme d’honneur, grand ennemi des forces injustes, grand partisan des libertés que nous avons perdues, opposé à toutes les usurpations de toute espèce. Les lettres françaises feraient une grande perte en perdant M. de Pontmartin.

Encore une fois, vous êtes dans les bons sentiers; vous y marchez d’un pas léger, et votre parole a l’accent vrai.

Soyez le bien remercié pour votre sympathie, et comptez sur toutes les déférences de votre ancien[307].

Toutes ces choses sont bien loin. Quand un combat s’émeut entre deux essaims d’abeilles, il suffit, pour le faire cesser, de leur jeter quelques grains de poussière. Cette bruyante mêlée, provoquée par les Jeudis de Madame Charbonneau, et à laquelle prirent part les abeilles—et les frelons—de la critique, a pris fin, elle aussi, il y a longtemps. Il a suffi, pour la faire tomber, d’un peu de ce sable que nous jettent en passant les années:

Hi motus animorum atque hæc certamina tanta
Pulveris exigui jactu compressa quiescunt.

De tout ce bruit, de cette querelle littéraire autrefois si fameuse, il ne reste plus aujourd’hui qu’un souvenir à demi effacé et un «diable de petit livre»,—non le volume rose ou bleu édité par Michel Lévy, mais celui qui parut dans la Semaine des Familles, où il faudra bien qu’on aille le chercher un jour,—un petit livre ingénieux, charmant, spirituel au possible,—et qui vivra.