NOTES:
[1: Journal et Mémoires de Mathieu Marais sur la Régence et le règne de Louis XV, publiés par M. de Lescure, t. I.—Voici le récit de Mathieu Marais: «Le Roi a eu un mal fort plaisant et qu'il n'avoit point encore senti: il s'est trouvé homme. Il a cru être bien malade et en a fait confidence à un de ses valets de chambre qui lui a dit que cette maladie-là était un signe de santé. Il en a voulu parler à Maréchal, son premier chirurgien, qui lui a répondu que ce mal n'affligeroit personne, et qu'à son âge il ne s'en plaindroit pas. On appelle cela en plaisantant le mal du Roi.»]
[2: Villars dit dans son Journal: «Il (le Roi) est plus fort et plus avancé à quatorze ans et demi que tout autre jeune homme à dix-huit ans.» Et au conseil tenu au sujet de son mariage, le duc prononce ces paroles: «Dieu pour la consolation des François a donné un Roy si fort qu'il y a plus d'un an que nous pourrions en espérer un Dauphin.»]
[3: Louis XV mangeait effroyablement dans sa jeunesse. Narbonne, le commissaire de police de Versailles, raconte que le lundi 22 juillet 1726, Louis XV, après avoir bien dîné, allait à la Muette et qu'il y mangeait beaucoup de figues, d'abricots, de lait, puis un levraut, puis une grande omelette au lard qu'il faisait lui-même, après quoi il revenait à Versailles où il soupait comme à l'ordinaire.]
[4: Nous avons déjà indiqué dans le «Louis XV enfant» donné dans les Portraits intimes du XVIIIe siècle l'espèce de méchanceté innée qui existe chez Louis XV. En 1724, Mathieu Marais nous le montre faisant mille mauvais et cruels tours à tout ce qui l'approche, coupant les sourcils à ses écuyers, et tirant une flèche dans le ventre de M. de Sourches.]
[5: Expression d'un seigneur du temps recueillie par Soulavie.]
[6: En juin 1724, Mathieu Marais note ceci sur son journal: «Le propre jour, que le maréchal de Villeroy est venu à Versailles, on a découvert que le jeune duc de la Trémoille, premier gentilhomme du Roi, lui servait plus que de gentilhomme et avoit fait de son maître son Ganymède. Ce secret amour est devenu bientôt public et l'on a envoyé le duc à l'académie pour apprendre à régler ses mœurs… Le lendemain, on a proposé de marier ce jeune homme avec mademoiselle d'Évreux, sa cousine germaine, fille du duc de Bouillon et de sa première femme qui était la Trémoille, ce qui a été agréé du Roi qui a bientôt sacrifié ses amours.»]
[7: À propos de ce voyage où il était question de déniaiser le Roi, et où madame de la Vrillière qui était chargée de la commission, emmenait la jeune et jolie duchesse d'Épernon, Barbier dit: «On espère que cela le rendra plus traitable, plus poli.»]
[8: Le Roi venait tout récemment d'être saigné du bras et du pied dans une indisposition qui avait donné des inquiétudes à la cour; et l'on avait entendu le duc de Bourbon dire: «Je n'y serai plus pris; s'il guérit, je le marierai.»]
[9: Ce renvoi de l'Infante fut une très-grosse affaire. Le Roi et la Reine d'Espagne donnaient l'ordre a l'abbé de Livry, porteur de la nouvelle de sortir des terres d'Espagne, renvoyaient en France mademoiselle de Beaujolais qui était fiancée à Don Carlos, laissaient publiquement insulter les Français par la populace, contractaient un traité d'alliance avec l'Empereur, massaient des troupes à la frontière, tenaient pendant un certain temps la France sous la menace d'une déclaration de guerre. Quant à l'Infante, cette petite fille aux jolies reparties, et en laquelle perçait déjà, dans de gentilles paroles, le dépit enfantin de ne se sentir point aimée du Roi, et bientôt la grosse honte de se voir préférer une autre Reine de France, elle partait le 5 avril 1725 pour retourner en Espagne.]
[10: Archives nationales. Monuments historiques, carton K 139-140. La plus grande partie de ces pièces ont été publiées dans la Revue rétrospective, t. XV.]
[11: La chemise qui renferme cet état porte: Raisons de marier le Roy. 1° La Religion. 2° La santé du Roy. 3° Les vœux des peuples. 4° La tranquillité dans l'intérieur. 5° La confiance des puissances étrangères. 6° Les entreprises funestes. Le second paragraphe intitulé: La santé du Roy est rédigé en ces termes: «Son état actuel a presque la consistance d'un homme formé. La dissipation d'esprit que procure le mariage apportera des fruits utiles à sa personne et à son royaume, sans altérer sa santé, au lieu que les dissipations du célibat y sont presque toujours contraires et donnent une inquiétude nouvelle à ceux qui s'intéressent sincèrement à la conservation du Roy.»]
[12: Nous donnons ces observations d'après le rapport du duc de Bourbon au Roy sur le mémoire rédigé sur son ordre.]
[13: Le duc repoussait surtout cette princesse parce que sa mère était une d'Orléans.]
[14: La véritable raison de son exclusion était le mariage de mademoiselle de Valois, fille du Régent, qui avait épousé le duc de Modène.]
[15: On ne voulait pas de cette princesse parce qu'on disait dans le public que sa mère accouchait alternativement d'une fille ou d'un lièvre.]
[16: Les papiers que nous citons réduisent complètement à néant le mémoire de Lemontey publié dans le t. IV de la Revue rétrospective, mémoire où il traite le projet de mariage entre Louis XV et mademoiselle de Vermandois de fable inventée par l'auteur des Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse, et copiée depuis par Voltaire et Duclos.]
[17: Au rapport du duc de Bourbon, qui ne craignait pas de proposer d'une manière si nette sa sœur, est joint un mémoire destiné à être mis sous les yeux du Roi qui, faisant le plus grand éloge de la princesse, presse le duc de faire célébrer ce mariage comme le meilleur à faire dans la situation actuelle de l'Europe. Le rapport s'exprime ainsi: «Est-il question de faire une alliance plutôt qu'une autre, pour nous tirer de quelque grand embarras? Faut-il rompre une ligue formidable et, par quelque traité de mariage, attirer dans notre parti quelque grande puissance? Non, notre royaume tranquille au dehors comme au dedans nous permet de choisir ce qui nous paraîtra le meilleur et n'exige que de voir marier le Roi, premièrement avec une princesse qui puisse avoir vraisemblablement des enfants; secondement qui puisse, par toutes qualités de l'esprit et du corps, laisser espérer à tous les bons Français qu'elle fera le bonheur de son mari et celui de l'État. Toutes ces bonnes qualités se rassemblent d'un coup d'œil dans la personne de mademoiselle de Vermandois… Si vous choisissez une princesse étrangère, vous ne connaîtrez ni son âme, ni son corps. Quant au corps, je veux qu'elle soit suivant toutes les apparences dans les conditions requises; qui est-ce qui me répondra de ce que l'on ne voit pas, des défauts du tempérament et des infirmités qu'on a tant de soin à cacher, surtout celles qui ont rapport aux enfants? Qui peut répondre si la figure plaira au Roi? Quant à l'âme, que savez-vous ce que vous prendrez? Tout le monde sait qu'il n'y a rien de pareil à tous les artifices que l'on emploie pour plâtrer une fille à marier. Il me semble qu'elles sont toutes des anges avant leurs noces, comme elles sont des diables fort peu après… Mais voici le triomphe de la cause que je plaide; par un miracle unique, nous sommes dans un cas qui ne peut avoir rien de pareil.—Le corps et l'esprit de mademoiselle de Vermandois sont à découvert; V. A. S. les peut connaître aussi bien que l'anatomiste et le confesseur.»]
[18: Un émissaire du duc de Bourbon était allé trouver le maréchal d'Uxelles dans sa retraite, et dans une longue conférence sur la nécessité de marier le Roi, amenait la conversation sur mademoiselle de Vermandois. Et comme le maréchal lui objectait, ainsi que le croyait tout le monde, qu'elle voulait se faire religieuse, l'envoyé secret du duc laissait échapper que si la volonté de la princesse était bien décidée, ce serait un empêchement sans réplique, mais que rarement la vocation tenait à de certaines épreuves. À quoi le maréchal, qui semblait se soucier médiocrement de cette alliance, répliquait que le duc s'exposait à ce que tous ceux qui étaient opposés au renvoi de l'infante diraient qu'il ne s'était déterminé à prendre cette résolution que pour la satisfaction de ses intérêts personnels, et que la maison d'Orléans allait acquérir autant d'amis qu'il y avait de personnes jalouses ou mécontentes.]
[19: Archives nationales. Monuments historiques. Carton K, 139-140.]
[20: On répandait dans le public qu'une des conditions de ce mariage était la reddition à l'Espagne de Mahon et de Gibraltar, et que le Parlement anglais s'y était opposé.]
[21: Histoire de France pendant le dix-huitième siècle, par C. Lacretelle, Paris, 1812, t. II.]
[22: Madame de Prie, reconnaissant l'insuffisance politique du duc de Bourbon, avait formé un conseil intime des quatre frères Paris. Le rôle que jouèrent ces quatre frères sous les sœurs de Nesle et madame de Pompadour mérite qu'on raconte leur origine.
Le père Paris tenait au pied des Alpes une auberge ayant pour enseigne À la Montagne, aidé dans le service des voyageurs par quatre vigoureux garçons. En 1710, un munitionnaire cherchant à travers les Alpes un passage pour faire passer promptement des vivres en Italie au duc de Vendôme, tomba dans l'auberge et confia son embarras à l'aubergiste. Le père Paris lui dit que ses fils connaissaient tous les défilés et lui feraient passer son convoi; en effet, le convoi passa. Le munitionnaire présenta les jeunes gens au duc de Vendôme qui les fit entrer dans les vivres. Nés avec le génie des affaires, un abord plaisant, actifs, unis et agissant de concert sur un plan suivi, ils réussirent tout de suite. Devenus suspects à Law dont ils critiquaient les opérations, ils étaient un moment exilés, mais rentraient bientôt en France où leur fortune était déjà assez bien établie en 1722, pour que Paris l'aîné fût nommé garde du Trésor royal. La disgrâce de M. le Duc entraînait celle des Paris, mais ils reprenaient faveur en 1730, époque où Paris de Montmartel, le cadet des quatre, était fait garde du Trésor royal. Devenu banquier de la cour, pendant tout le cours du siècle il influe tellement sur la finance du royaume, qu'il fixe le taux de l'intérêt et qu'on ne place ni on ne déplace sans le consulter un contrôleur général.—Disons que la proposition de Paris-Duverney rencontra, peut-être pour son adoption et sa réussite, les louanges que lors de la négociation à Rastadt du mariage de la duchesse d'Orléans, le comte d'Argenson avait faites de la princesse Marie, voulant la donner comme femme au duc d'Orléans.]
[23: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. IV.]
[24: Barbier dit tenir les faits des gens de la maison.]
[25: Dans l'état des princesses à marier Marie Leczinska avait été comprise dans la liste des dix princesses rejetées tout d'abord parce qu'elles étaient de branches cadettes ou trop pauvres.—Voici la note qui la concerne: «Marie fille du Roi de Pologne Leczinski.—21 ans. Le père et la mère de cette princesse et leur suite viendraient demeurer en France.»]
[26: Mémoires secrets sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV, par Duclos, t. II.—En l'excès de sa reconnaissance, Stanislas, dans la lettre en réponse (avril 1725) à la lettre de notification du duc de Bourbon, lui écrivait qu'il lui transmettait sa qualité de père et qu'il voulait que le Roi tînt sa fille de la main du duc.]
[27: Journal et Mémoires de Mathieu Marais, publiés par M. de Lescure, t. III. On chantonnait:
Par l'avis de Son Altesse
Louis fait un beau lien;
Il épouse une princesse
Qui ne lui apporte rien
Que son mirliton.
]
[28: Lettre communiquée par M. de Châteaugiron, Revue rétrospective, t. XV.]
[29: On parlait aussi d'un mal à la main.]
[30: Archives nationales. Monuments historiques. Carton K, 139-140.]
[31: Journal et Mémoires de Mathieu Marais, t. III.—Mathieu Marais dit que, devant cette déclaration de mariage, la cour se montrait triste comme si on était venu lui dire que le Roi était tombé en apoplexie. La cour éprouvait une humiliation de ce mariage et n'était pas sans inquiétudes sur les difficultés que pouvait nous susciter avec le concours de l'Empire, du roi d'Espagne, de l'Angleterre, Auguste, le vrai Roi de Pologne.]
[32: Archives nationales. Monuments historiques. Carton K, 139-140.—Le même jour le duc de Bourbon écrivait à Marie Leczinska: «Votre mariage avec le Roi n'étant pas déclaré, je n'ai pas osé jusqu'à présent vous écrire et je me suis contenté de supplier le Roi votre père de vous assurer du désir que j'avais de voir sur le trône de France une princesse dont les vertus retentissantes dans toute l'Europe ne pourraient pas manquer de faire le bonheur de l'État, la satisfaction du Roi et la consolation de ses sujets; mais aujourd'hui que le Roi vient de rendre publique cette grande et importante affaire, ce serait manquer à mon devoir, si je différais un moment de vous marquer ma joie d'avoir été assez heureux pour qu'il se trouvât, durant mon ministère, l'occasion de rendre à ma patrie le service le plus essentiel qu'elle pût attendre de moi.»]
[33: Il s'agissait de renseignements sans doute demandés à cause des bruits qui commençaient à courir en France sur les prédilections de la princesse pour les jésuites, et à propos de ce surnom d'Unigenita qu'on était en train de lui donner. Marie Leczinska préparait pour présent de noces au Roi un livre d'heures écrit de sa main et dont elle avait fait acheter pour la reliure le maroquin à Paris.]
[34: Revue rétrospective, t. XV.]
[35: Archives nationales. Monuments historiques. Carton K. 139-140.]
[36: Mémoires du comte de Maurepas Buisson, 1792, t. II.—Le Mercure de France dit à la date du 9 août: Les princes et princesses de la Maison Royale se rendirent dans le Cabinet du Roi à Versailles pour la signature du contrat de mariage de S. M. avec la princesse Marie, fille du Roi Stanislas. Le contrat ayant été lu par le comte de Morville, il fut signé par le Roi etc… et par le comte de Tarlo chargé des pleins pouvoirs de Stanislas et de la princesse Marie pour remplir ces fonctions, lequel partit le lendemain pour porter ce contrat au Roi Stanislas à Strasbourg.]
[37: Dans les lettres du duc de Bourbon conservées aux Archives, se montre une grande indécision sur le personnage qui doit épouser Marie Leczinska au nom du Roi. Le duc songe d'abord à faire épouser la Reine par son père, puis par le duc d'Antin; il réfléchit enfin qu'il serait plus convenant de charger de ce rôle un prince du sang, et il pensait au duc de Charolais, quand le duc d'Orléans réclamait cet honneur comme premier prince du sang.]
[38: Voici le récit que donne de ce mariage la Gazette de France du 5 août 1725.
«De Strasbourg, le 16 aoust 1725.
«Le 14 de ce mois après midy, le duc d'Orléans nommé par le Roy pour épouser en son nom la princesse Marie, fille du Roy Stanislas, estant accompagné du duc d'Antin et du marquis de Beauvau, ambassadeurs de Sa Majesté Très-Chrétienne, alla au Gouvernement dans les caerosses du Roy Stanislas. Ils montèrent dans l'appartement de la princesse Marie qui s'y rendit, aussitôt après leur arrivée, avec le Roy Stanislas, et la Reine son épouse. Après la lecture des pleins pouvoirs donnés par le Roy au duc d'Orléans, le cardinal de Rohan, grand Aumônier de France, fit la cérémonie des fiançailles.
«Le 15, vers onze heures du matin, la princesse Marie se rendit avec le Roy Stanislas et la Reine son épouse à l'Église Cathédrale où le duc d'Orléans l'épousa au nom de Sa Majesté Très-Chrétienne. Cette cérémonie fut faite par le Cardinal de Rohan, grand Aumônier de France, en présence des deux ambassadeurs. Après la célébration du mariage, le duc de Noailles, Capitaine des Gardes du Corps, et les officiers qui composoient la maison de la Reine entrèrent en fonctions de leurs charges auprès de Sa Majesté qui revint au Gouvernement, où elle trouva mademoiselle de Clermont, princesse du sang, Surintendante de sa Maison, qui luy présenta les dames que le Roy a envoyées au-devant d'Elle. La Reine disna en public avec le Roy Stanislas et la Reine son épouse; et Elle fut servie par les officiers du Roy de France.»
Le Mercure de France dit que mademoiselle de Clermont était partie le 25 juillet, suivie de dix carrosses du Roi attelés de huit chevaux, accompagnée de la dame d'honneur qui était la maréchale de Boufflers, de la dame d'atours qui était la comtesse de Mailly, et de la duchesse de Béthune, et de la comtesse d'Egmont et des marquises de Nesle et de Rupelmonde. Le Mercure ajoute que toutes ces dames, par respect pour la princesse et par bienséance pour les carrosses du Roi, firent le voyage sans écharpes et en manteaux troussés. Quant à la marquise de Prie, elle avait pris les devants avec la marquise de Tallard, et était partie le 19 juillet pour Strasbourg.]
[39: Journal de Barbier, édition Charpentier, t. I.—Le duc d'Antin représenta son maître et souverain avec la plus grande magnificence, étonnant la ville de Strasbourg par le luxe de ses équipages et la tenue de ses douze pages en habits galonnés d'argent et de soie, aux parements de velours vert garnis de réseaux d'argent.]
[40: Avis salutaires du Roi Stanislas à la Reine de France sa fille, au mois d'août 1725:
«Écoutez, ma chère fille, oyez et prestez l'oreille, oubliez votre peuple et la maison de votre père; j'emprunte la parole du Saint-Esprit, ma chère enfant, pour vous dire un adieu, puisque dans l'événement d'aujourd'hui, je ne contemple que son ouvrage et la droite du Tout-Puissant qui nous conduit au travers de toute la prudence humaine, de toutes les spéculations politiques, de toute attente.
«Répondez aux espérances du Roy par toute l'attention à sa personne, par une entière complaisance en ses volontez, par la confiance en ses sentimens, et par votre douceur naturelle à ses désirs; que de luy plaire soit toute votre envie, de luy obéir tout votre plaisir, et d'éviter tout ce qui peut lui faire la moindre peine soit votre étude, et que sa vie précieuse, sa gloire et son intérest soient toujours votre unique et aimable objet.»… (Archives nationales. Monuments historiques, K, 138.)]
[41: La Reine partait le 17 de Strasbourg, couchait ce jour-là à Saverne chez le cardinal de Rohan, arrivait à Metz le 21, en repartait le 24, se trouvait à Châlons le 28, gagnait Montereau le 3 septembre, d'où le lendemain 4, elle se mettait en Marche pour Moret où elle arrivait avec le Roi qui était allé au-devant d'elle.]
[42: Journal et Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t.1.—Barbier raconte qu'il y eut un retard à Moret, parce que le carrosse de la Reine était embourbé de telle façon qu'il fallut y mettre trente chevaux pour le retirer d'une fondrière.]
[43: Mémoires de Barbier, édition Charpentier, t. I.—Soulavie parle, au moment du mariage du Roi, d'une série de peintures érotiques commandées par Bachelier à Mademoiselle R…, célèbre par ses belles nudités, pour éveiller chez le jeune Roi le goût de la femme. C'était une lascive pastorale, où l'amitié innocente d'un berger et d'une bergère était menée en douze toiles, par la succession de curiosités entreprenantes et d'amoureux attouchements, au grand dénouement. Une série de peintures identiques et auxquelles la tradition attribuait la même destination aurait été vue par M. Thoré et existait sous l'Empire dans un coin caché d'un château royal. On ne doutait pas que ces peintures ne fussent de Boucher qui les aurait peintes un ou deux ans après avoir remporté le premier prix à l'Académie de peinture.]
[44: Dans cette année de pluie diluvienne, de misère et de famine, où le pain coûtait dans certaines provinces de France jusqu'à sept sols la livre, il avait été question de ne point faire affiche de luxe dans ce mariage; mais la noblesse de France ne put se résigner à n'être point magnifique en ses habits, et Narbonne raconte que la plupart des seigneurs avaient des bas de fil d'or pur trait de la valeur de 300 livres.]
[45: Marie Leczinska s'était mariée à Strasbourg—c'est le Mercure de France qui nous l'apprend—en habit d'étoffe d'or à fond noir avec une mante en point d'Espagne d'or.]
[46: Gazette de France, n° 37 de l'année 1725.]
[47: Lettre du duc de Bourbon au Roi Stanislas le 4 septembre 1725.—Une lettre du duc de Noailles, qui fut chargé d'aller au-devant de la Reine, et qui l'accompagnait pendant son voyage, témoigne également des sentiments amoureux du Roi:
«Sire, je n'ay point voulu importuner Votre Majesté de mes lettres pendant le cours du voyage de la Reyne, sçachant que Votre Majesté étoit informée de ce qui s'y passoit et que je n'aurois fait que grossir le nombre de ceux qui avoient l'honneur de lui en rendre compte, mais je ne puis garder le silence après avoir consommé la fonction dont j'ay eu l'honneur d'estre chargé et ayant autant de sujets de félicitations à faire à Votre Majesté. La Reyne est arrivée en parfaite santé, et la manière dont elle a été reçue du Roy doit combler Votre Majesté de la joie la plus vive; elle surpasse mesme, s'il est permis de le dire, l'attente que l'on en avoit et renferme une infinité des circonstances des plus flatteuses dont l'étendue d'une lettre ne me permet pas de faire le détail à Votre Majesté…» (Musée des Archives nationales. Plon, 1872.)]
[48: Journal de Barbier; édition Charpentier, tom. I.]
[49: On jouait ce soir-là à Fontainebleau l'Amphitryon et le Mariage forcé, de Molière.]
[50: Barbier dit: «Le Roi, étant tout déshabillé se jeta dans le lit avec une vivacité extraordinaire. Ils ont été depuis onze heures du soir jusqu'à dix heures du matin. Le Roi alla ensuite se mettre dans son lit jusqu'à une heure pour se reposer.»—Voir la lettre de Voltaire du 7 septembre 1725.]
[51: Lettre du duc de Bourbon au roi Stanislas en date du 6 septembre 1725, tirée des Archives nationales et publiée par la Revue rétrospective, t. XV]
[52: Nous trouvons aux Archives nationales dans le registre du secrétariat de la maison du Roy, année 1725, un brevet à la date du 21 may de 50,000 livres de pension pour Mademoiselle de Clermont, chef du Conseil et surintendante de la Maison de la Reine pour en jouir sa vie durant par-dessus les autres pensions qu'elle a et sur ses simples quittances.]
[53: La charge avait une grande importance. La dame d'honneur avait le pouvoir «de commander sur le fait de la chambre de la Reine, de recevoir les serments des femmes de chambre et autres officiers de la chambre, de leur ordonner et commander tout ce qu'elle verra nécessaire pour le service de la Reine, de les admonester selon que leurs fautes le requerront, de disposer et d'ordonner du fait et dépense de l'argenterie et autres dépenses pour son service; de faire prendre toutes sortes de marchandises pour ce nécessaires et d'en faire arrêter le prix avec les marchands comme elle verra bon et être juste et raisonnable, désigner les rôles et autres acquits…» Je ne trouve pas le traitement que recevait la dame d'honneur en 1726, mais en 1769 elle recevait 16,558 francs qui se décomposaient ainsi, sçavoir: Gages 1,200 fr.—Pour son plat, 7,200 fr.—Habillement, 930 fr.—Jetons et Tapis, 148 fr.—Charrois, 1,080. fr.—Pensions, 6,000 fr. Cy. 16,558 francs.]
[54: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie. Londres, 1790, t. IV.]
[55: Journal et Mémoires de Mathieu Marais, publiés par M. de Lescure. Didot, 1868, t. III.—On lit à la fin du brevet de nomination: «Aujourd'huy six septembre mil sept cent vingt-cinq, la Reine étant à Fontainebleau, la dame maréchale duchesse de Boufflers a presté entre les mains de Sa Majesté le serment dont elle est tenue.»]
[56: Archives nationales. Registres du Secrétariat du Roi. Registre O/69. Dans l'état de 1769 nous trouvons que la dame d'atours recevait neuf mille quatre-vingt-six livres, qui se décomposaient ainsi, savoir: Gages, 600 liv.—Plat, 3,600 liv.—Charrois, 886. liv.—Pension, 4,000 liv. Cy. 9,086 livres.]
[57: Soulavie donne très-positivement madame de Mailly comme nommée dame d'atours à la formation de la maison de la Reine.]
[58: Dans l'état de 1769, la première femme de chambre a six mille francs se décomposent ainsi, savoir: Gages, 150 fr.—Nourriture, 1297 fr. 10.—Entretenement 385 fr.—Et pour tous autres droits et profits, 4,167 fr. 10. Cy 6,000.]
[59: Archives nationales. Maison de Marie Leczinska. Carton O/3742.]
[60: Mémoires du Président Hénault. Dentu, 1855.—Mémoires du duc de Luynes, passim.]
[61: C'est la Reine qui dira quand elle apprendra la part prise par la vieille et galante princesse de Conti à l'intrigue de madame de Mailly: «Ce vieux cocher aime encore à entendre claquer le fouet.» C'est elle qui dira en 1738 à la maîtresse venant lui demander la permission de se rendre à Compiègne: «Vous êtes la maîtresse.»]
[62: Mémoires de d'Argenson, édition Janet, t. I.]
[63: Le marquis d'Argenson dit: «Le Roi fait véritablement un travail de chien pour ses chiens; dès le commencement de l'année il arrange tout ce que les animaux feront jusqu'à la fin. Il a cinq ou six équipages de chiens. Il s'agit de combiner leur force de chasse, de repos et de marche; je ne parle pas seulement du mélange et des ménagements des vieux et des jeunes chiens, de leurs noms et qualités que le Roi possède comme jamais personne de ses équipages ne l'a su, mais l'arrangement de toute cette marche, suivant les voyages projetés et à projeter, se fait avec des cartes, avec un calendrier combiné, et on prétend que Sa Majesté mènerait les finances et l'ordre de la guerre à bien moins de travail que tout ceci.»—À propos des chiens du Roi, on me communique, relié dans un petit volume en maroquin vert, aux armes, un manuscrit de la main du Roi intitulé: «État des chiens du Roy du 1er janvier 1738 et des jeunes chiens entrés depuis 17… Ce petit volume portant sur son dos: État des troupes, est curieux par les noms et les` appellations des chiens et des chiennes de Sa Majesté. C'est Triomphante, Pucelle, Sultane, Gaillarde, Topaze, Volage, Furibonde, Gambade, Princesse, Mascarade, Bacchante, Gogaille, Tonnerre, Soldat, Nicanor, Tintamarre, Naufrage, Ravage et toute la suite des terminaisons ronflantes en aux: Fialaux, Favinaux, Fanfaraux, Garçonneaux, Rapidaux, Merveillaux, Barbaraux, Demonaux, Cerberaux, etc.]
[64: Mémoires du duc de Luynes, t. II et III.—Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. IV et V.]
[65: Dans le choix de ses soupeurs qui ne comprenait qu'un petit nombre des seigneurs qui avaient chassé avec lui dans la journée, le Roi mettait un despotisme taquin, cruel parfois. Un jour, ayant accepté du duc de Crillon un mouton venant du midi et dont la chair passait pour excellente, il se complaisait à ne pas l'inviter à manger de son mouton avec les autres chasseurs. Un autre jour, le prince de Léon qui était fort gourmand et désirait manger d'un poisson que l'on devait servir le soir, ayant été oublié sur la liste du souper, se mettait intrépidement à table avec le Roi. Aussitôt Louis XV de dire: «Nous sommes treize, et je n'ai demandé que douze couverts; il y a quelqu'un de trop et je crois que c'est M. de Léon; donnez-moi la liste, je veux le savoir.» Le duc de Gesvres, désirant sauver M. de Léon, faisait semblant d'aller chez Duport, huissier de l'appartement, et revenait disant qu'il n'avait trouvé ni Duport, ni la liste. «Je le crois bien, reprenait le Roi piqué, car Duport est à droite et vous avez été à gauche, allez donc le chercher où il est.» La liste fatale, où n'était pas M. de Léon, était apportée. Il restait néanmoins à table, mais le Roi ne lui disait pas un mot, ne lui offrait de rien, affectait même de faire le tour à droite en servant un plat de rougets barbets, et en finissant ce plat au voisin de M. de Léon. Le malheureux gourmand, dit Soulavie, eut la bonté de mourir de douleur pour cet affront.]
[66: Vie privée de Louis XV, à Villefranche, chez la veuve Liberté, 1782, t. V.]
[67: Journal de Barbier. Édition Charpentier, t. I.]
[68: Mémoires du Président Hénault, publiés par le baron de Vigan. Dentu, 1855.]
[69: Journal de Barbier, t. I.]
[70: Histoire de la Régence, par Lemontey, t. II.—Un manuscrit de l'Arsenal, Histoire de France, n° 220, donne une version un peu différente.—«Madame, ne soyez pas surprise des ordres que je donne. Faites attention à ce que M. de Fréjus vous dira de ma part; je vous en prie et vous l'ordonne.»]
[71: À propos du néant absolu auquel a été réduite Marie Leczinska après la chute du duc de Bourbon, donnons cette lettre de la Reine adressée à M. de Fréjus et que veut bien me communiquer M. Boutron.
«31 août 1726.
«Vous ne doutez pas, Monsieur, du plaisir avec lequel j'ay receu votre lettre, vous m'en avez fait infiniment en me mandant des nouvelles de la santé du roy, pour laquelle il m'est naturel d'être toujours inquiète; je suis bien fâchée que la peine qu'il a eue de se lever si matin aye esté inutile, ayant eu une si vilaine chasse, remercié (le) de la bonté qu'il a pour la femme du monde la plus ataché et qui la resent le plus vivement et dont le seul désir est de le mériter; toute mon impatience est de l'en aler au plutôt assurer moi-même, ce que j'espère ne tardera point, me portant de mieux en mieux; j'ay esté fort afoiblie par le chaud qu'il a fait, mais depuis qu'il est cessé, mes forces me reviennent; je n'envoye à Fontainebleau que lundi, comme nous sommes convenus, crainte d'incomoder le roy. Si je suivois mon inclination, vous i veyrez des couriers plus souvent; je suis fort contente de ce que vous me dites de mon entresol, vous connoissez mon gout a estre seule, ainsi vous pouvez juger par là qu'il ne me déplaira pas. Vous avez raison de dire que l'on ne fait point la même chose à ma cour qu'à celle du roy, au lieu que l'on ne fait que bailler à Fontainebleau, à Versailles on ne fait que dormir; pour moi, en mon particulier, je m'en fait une occupation et de jour et de nuit, m'ennuyant beaucoup, cela ne déplaît point à mes dames que vous sçavez estre très paresseuses. À propos desquelles je vous dirai que j'ay fait comme je vous dit qui esté comme elles sont toute la journée chez moy de leur donner la permission d'estre habillé plus commodément, et pour celles qui ne sont point dames du palais ont eu ordre d'estre en grand habit. Comme il m'est revenue de plusieurs endroits que cela faisoit de la peine aux autres, et que plusieurs même qui sont resté à Paris, ont tenue quelque discours sur cela; j'ay résolue aujourd'hui et j'est même dit à la maréchalle que me portant bien et sortant demain à la chapelle, qu'elles se missent toutes en grand habit. J'espère que vous approuverez cela, d'autant plus que effectivement, il n'y a ici, outre mes dames que très peu d'autres, et que l'on prétend que c'est cette raison qui les empêche de venir.
«Je souhaiteroit de sçavoir aussi les intentions du roy, sur mon ajustement et de celles qui me suiveront en arrivant à Fontainebleau; couchant à Petitbourg, cela fait une espèce de voyage; enfin vous me ferez plaisir de me donner vos conseils en tout, et celui qui me sera le plus sensible de tout est que vous soyez persuadé de ma parfaite estime pour vous.
«MARIE.»
«À Versailles.
«Je vous aurez escrit plutôt sur le mécontentement des dames, mais, j'ay esté trop foible, je crois que vous ne désaprouverez pas ce j'ay fait d'autant plus que me portant bien présentement elle n'ont pas besoin d'être si assidue, je ne doute point que vous n'ayez de la peine à lire ma lettre, ma main estant encore un peu tremblante.
«À Monsieur,
«Monsieur l'ancien Évêque de Fréjus,
«En Cour.» ]
[72: Journal de Barbier, t. II.]
[73: Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV, par Narbonne, premier commissaire de police de Versailles, édité par le Roi. Versailles, 1866.]
[74: Ce sera une amusante comédie, quand madame de Mailly sera devenue la maîtresse, de la voir le soir, au jeu quotidien de cavagnole de la Reine, après la visite d'un demi-quart d'heure du Roi, aussitôt le Roi sorti, demander à la Reine la permission de quitter et passer son tableau à une autre joueuse.]
[75: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. I.]
[76: Le marquis d'Argenson dit: «Pour ce qui est de la société, au commencement de son mariage, le Roi voulait passer ses soirées chez la Reine, y jouer et y causer. La Reine, au lieu de l'y attirer, de l'y mettre à son aise, de l'y amuser, faisait toujours la dédaigneuse. Aussi le Roi en prit-il du dégoût, et s'habitua à passer ses soirées chez lui d'abord avec des hommes, puis avec des femmes, sa cousine Charolais, madame la comtesse de Toulouse.» Disons que les dédains, attribués à Marie Leczinska par d'Argenson, étaient de l'embarras, de la gêne, de la peur.]
[77: C'est elle qui, faisant enlever une échelle ayant tout l'air d'une potence au moment d'une visite de Law à Saint-Maur, disait à madame la Duchesse: «Belle maman, il faut la faire ôter, il prendrait cela pour une incivilité.» C'était encore elle qui disait, à propos de madame Amelot, la prétentieuse femme du secrétaire d'État, qui se plaignait de ne pouvoir se rendre de sitôt à Versailles, parce qu'elle avait à meubler sa maison de Versailles, de Fontainebleau, de Compiègne: «Il ne faut pas s'étonner, c'est la tapissière du Marais.»]
[78: Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. IV.]
[79: Ibid., t. V.]
[80: On la disait malade pendant les six dernières semaines de sa grossesse, et l'on allait savoir de ses nouvelles sans en demander plus. Malheureusement, un jour, un Suisse tout neuf répondait à un domestique qui venait s'informer de la santé de mademoiselle: «Aussi bien que son état peut le permettre et l'enfant aussi.»]
[81: Soulavie, sans donner aucune preuve de son dire, affirme que la liaison du Roi avec mademoiselle de Charolais est incontestable, mais qu'elle n'a duré que très-peu de temps, parce que Louis XV voulait trouver de la solidité dans les sentiments qu'on lui témoignait, solidité dont mademoiselle de Charolais était absolument incapable.]
[82: Marie-Victoire-Sophie de Noailles, née le 6 mai 1688, fille d'Anne, duc et maréchal de Noailles, et de Marie-Françoise de Bournonville, avait épousé en premières noces Louis Pardaillan d'Antin, marquis de Gondrin, avec lequel elle avait vécu seulement trois ans, et s'était remariée le 22 février 1728 avec Louis-Alexandre légitimé de France, comte de Toulouse.]
[83: Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. IV.]
[84: Le Glaneur historique et moral, juin 1732.]
[85: Peut-être à la fatigue, au dégoût de ces plaisirs que sollicitait sans se lasser le tempérament du Roi, se joignaient des suggestions, des conseils à voix basse, des paroles tombées au fond de l'âme chrétienne de la Reine, maintenant mère d'un Dauphin, l'inspiration d'étranges scrupules sur le respect dû à la sainteté du sacrement, et le doigt d'un confesseur, montrant les anges qui gardent le lit nuptial purifié par la continence.]
[86: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, t. IV.]
[87: Mémoires du marquis d'Argenson, édition Renouard, t. II.—«Madame de Mazarin entretenait publiquement le beau du Mesnil, un joueur pour lequel elle était obligée de vendre un jour, dit d'Argenson, son hôtel, ses nippes, ses pôts-à-oille, ce qu'elle avait tiré de ses amants l'abbé de Broglie et M. de Maugis, ce qu'elle avait volé à la Reine.»]
[88: Madame de Gontaut, belle-fille du maréchal de Biron qui, au dire de Besenval, avait le visage le plus beau et le plus parfait qu'ait jamais formé la nature, s'était mise sur les rangs pour enlever le Roi à sa femme, quatre ou cinq ans après son mariage. Et l'intrigue, aidée par une cabale, touchait à la conclusion de si près que le vieux ménage des Biron, pour ne pas être témoin du déshonneur de sa belle-fille, se préparait à se retirer dans sa terre. Dans ce temps, M. de Gesvres, célèbre par son impuissance, et dont les manières de femmelette étaient si moquées, chargé d'un message pour le maréchal, était par lui retenu à souper. Madame de Gontaut, qui n'aimait pas le duc, apostrophait tout à coup, au milieu du repas, son fils, le jeune Lauzun: «Je vous trouve bien des couleurs aujourd'hui, par hasard auriez-vous mis du rouge?» Le jeune homme se défendant d'en avoir mis: «Eh bien, si vous dites vrai, reprenait madame de Gontaut, frottez-vous avec votre serviette pour faire voir à tout le monde que vous n'en avez pas, car rien n'est si affreux pour un homme et ne le couvre d'un plus grand ridicule.» Au retour de son message, comme le Roi vantait la figure de madame de Gontaut, le duc de Gesvres faisait chorus avec le Roi sur les charmes de la jeune femme, ajoutant que «c'était bien dommage que des dehors si séduisants couvrissent un sang entièrement gâté par la plus affreuse débauche.» Il n'en fallut pas davantage pour que le Roi ne songeât plus à madame de Gontaut.]
[89: Mémoires du duc de Richelieu, t. III.]
[90: Mémoires de Maurepas, t. II.]
[91: Mémoires du comte de Maurepas, t. II.—Le public faisait grand bruit autour du nom de madame Portail, la femme du premier président, mais Versailles n'ignorait pas que sa malice, sa folie, les allures entreprenantes de toute sa personne avaient effrayé le Roi qui s'était fait remplacer au rendez-vous par M. de Lugeac. On citait encore une madame d'Ancézune et d'autres, mais la cour savait qu'aucune de ces femmes, amenées au Roi pour tromper ses sens et le distraire des froideurs de la Reine, n'étaient faites pour toucher son cœur. Aucune n'était de taille à continuer son rôle au-delà d'un caprice, à étendre son rêve au-delà du réveil.]
[92: Mémoires du marquis d'Argenson, édition Renouard, t. II.]
[93: Mémoires du duc de Luynes, t. II.]
[94: Narbonne, le commissaire de police qui a fait un relevé des séjours du Roi hors de Versailles, nous apprend qu'en 1730 le Roi ne demeure que 102 jours à Versailles, en 1731, 116 jours, en 1732, 105 jours, en 1733, 125 jours.]
[95: Madame de Toulouse qui, au dire d'un contemporain, était d'une avarice égale à son père le maréchal de Noailles, tirait de temps en temps de Louis XV pour s'indemniser de ses séjours chez elle, des ordonnances de 150,000 à 300,000 livres.]
[96: Mademoiselle de Charolais acquérait au commencement de 1733 de M. de Pezé, gouverneur et capitaine de Madrid et du Bois de Boulogne, une maison dans la cour du château… Elle faisait de cette habitation à mi-chemin de Versailles et de Paris sa principale demeure et s'y réjouissait fort. Dans les jours gras de cette année, ayant renvoyé après le souper tout son monde, le petit duc de Nivernais, jeune homme de quinze ou seize ans, ennuyé de quitter la partie, se cachait derrière une portière, et était témoin d'un tête à tête très-vif de la princesse avec le comte de Coigny. Il était surpris et réprimandé par la princesse, dont il se vengeait par la chanson
La fille la plus vénérable,
Sans contredit,
S'ajoute un titre respectable,
Dont chacun rit.
Demoiselle par excellence.
. . . . . . . . . .
Deux mille à qui Coigny succède
Diront ici.
Ce qu'à la fée qui l'obsède
Dit Tanzaï.
]
[97: Le marquis d'Argenson raconte ainsi le fait dans ses Remarques en lisant, n° 2103: «Un domestique principal de la Reine m'a dit que c'était cette princesse qui avait la première fait divorce avec le Roi; que depuis deux ans il avait madame de Mailly; quand la Reine en fut informée, elle s'imagina sottement qu'il y avait du risque pour sa santé, puisque madame de Mailly avait eu accointance avec des libertins de la cour. Elle refusa donc les droits de mari au Roi, car il allait souvent coucher avec elle. La dernière fois, il passa quatre heures dans son lit sans qu'elle voulût se prêter à aucun de ses désirs. Il ne la quitta qu'à trois heures du matin en disant: «Ce sera la dernière fois que je tenterai l'aventure;» et ce fut la dernière fois.]
[98: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. V.—Il n'y a pas pour ainsi dire de bibliographie à faire des biographies des demoiselles de Nesle; l'histoire de leur vie est éparse dans de Luynes, dans d'Argenson, dans les Mémoires de Richelieu. Et je ne trouve guère jusqu'à nos temps que deux morceaux de biographie spéciale consacrés à la plus jeune: la notice de deux pages sur la duchesse de Châteauroux insérée dans les Portraits et caractères de personnages distingués de la fin du XVIIIe siècle, par Senac de Meilhan, Dentu, 1813, et le Fragment des mémoires de la duchesse de Brancas, publié dans les Lettres de Lauraguais à madame ***. Buisson, an X (1802).
Je citerai cependant un petit volume très-rare publié, en Allemagne, sans indication de localité, intitulé: Remarquable histoire de la vie de la défunte Anne-Marie de Mailly, duchesse de Châteauroux, favorite de Louis quinzième, roi de France, 1746 (en allemand), volume contenant quelques anecdotes qui ne se trouvent que là.
En dehors de cela, il n'y a pas autre chose à consulter que les imbéciles romans allégorico-historiques qui contiennent si peu de vérité vraie. C'est Tanastès, Conte allégorique, la Haye, 1745, où madame de Mailly, madame de Châteauroux, madame de Lauraguais sont désignées sous les surnoms d'une fée antique, d'Ardentine, de Phelinette. Ce sont les Mémoires secrets sur l'histoire de Perse, Amsterdam, 1749; où Retima, Zélinde, Fatmé, sont les pseudonymes sous lesquels se dissimulent madame de Mailly, la comtesse de Toulouse, mademoiselle de Charolais. Ce sont enfin les Amours de Zeokinizul, Roi des Kofirans, Amsterdam, 1747, qui désignent la comtesse de la Tournelle sous l'anagramme de Lenourtella, madame de Vintimille sous celui de Lentinimil, madame de Mailly, sous celui de Liamil.
Et c'est là, je crois, presque tout. Cependant il ne faut pas oublier surtout pour l'histoire de madame de la Tournelle le curieux et rare livre intitulé: Correspondance du cardinal de Tencin et de madame de Tencin sa sœur avec le duc de Richelieu. Sur les intrigues de la cour de France depuis 1742 jusqu'en 1757, et surtout pendant la faveur des dames de Mailly, de Vintimille, de Lauraguais, de Châteauroux, de Pompadour, 1770. Ce livre cité, nous tombons dans le roman et les correspondances apocryphes comme celle-ci: Correspondance inédite de madame de Châteauroux avec le duc de Richelieu, le maréchal de Belle-Isle, de Chavigni, madame de Flavacourt, etc., par madame Gacon Dufour, Paris, Collin, 1806, 5 vol. in-16, etc.]
[99: Mélanges historiques, par M. B… Jourdain, t. II.—Boisjourdain, opposant la beauté de madame de Mailly à la beauté charnue et matérielle de madame de Vintimille, dit que c'était une beauté maigre et efflanquée.]
[100: Un grand nombre de peintres firent le portrait de madame de Mailly, puisqu'à la date de décembre 1739, le duc de Luynes écrit: «L'on peint actuellement madame de Mailly en pastel. C'est un nommé Latour. Madame de Mailly disait ce matin que c'était le seizième peintre qui a fait son portrait.»
De ces seize portraits et de ceux qui suivirent, il n'y en a pas un seul d'existant aujourd'hui dans les musées et les collections particulières.
Comme portrait gravé, nous n'avons qu'une misérable gravure exécutée pour l'édition de Soulavie de 1793.
Madame de Mailly est représentée en robe montante bordée de fourrure, avec sur la tête une espèce de fanchon noire nouée sous le menton, et le buste enveloppé d'un grand voile jouant autour d'elle.
Ce portrait porte dans le tournant du cadre: MADAME DE MAILLY: dans la tablette: Puisque vous la connaissez si bien, priez donc Dieu pour elle. Au-dessous de la tablette, on lit à la pointe sèche, sans indication de nom de peintre: N. V. I. Masquelier sc. 1702. Ce portrait figure dans le volume 7, page 88.]
[101: Voici le curieux récit du duc de Luynes (12 août 1739): «Le mercredi, le Roi partit de la Meute sur le midi, il alla à Madrid, où il entra chez Mademoiselle qui dormait; ne s'étant point réveillée, le Roi alla chez mademoiselle de Clermont qui se réveilla, mais la visite ne fut pas longue. Le Roi passa ensuite à l'appartement de madame de Mailly; elle était éveillée, mais dans son lit, toute coiffée et la tête pleine de diamants, mais elle couche toujours ainsi; elle avait sur son lit la jupe de son habit pour le mariage de Madame, et dans sa chambre un joaillier nommé Lemagnan qui a beaucoup de pierreries et qui prête des parures valant deux ou trois millions. Il y avait aussi des marchands de Paris de parure d'habits que l'on appelle de Charpes (Duchapt) et que madame de Mailly appelle ses petits chats. Le Roi entra dans la plaisanterie et les appela de même, examina la jupe et les pierreries du sieur Lemagnan fort en détail.»]
[102: «Le Roi, encore sauvage et délicat en 1732 (époque de ses premières passions pour madame de Mailly), ne recherchant alors aucune femme s'il n'en était recherché lui-même… Madame de Mailly, qui n'était ni entreprenante, ni dévergondée, avait fait toutes les avances pour séduire le Roi qui n'en fut pas séduit. Attendant le moment indiqué, assise sur un canapé, affectant une posture voluptueuse, montrant la plus belle jambe qu'il y eût à la cour et dont la jarretière se détachait; cette affectation même repoussa le jeune monarque. Bachelier voulut lui faire apercevoir des objets délicieux, et le Roi, honteux ou distrait, n'y prit pas garde. Madame de Mailly l'agaça et le prince fut froid; alors Bachelier voyant que tout était perdu sans une entreprise déterminante, prit le Roi sous les aisselles et l'obligea… et le Roi qui jouait à cheval fondu avec Bachelier et Lebel et autrefois avec le cardinal, dans l'intérieur de ses appartements quand il était seul avec eux, se laissa précipiter sur madame de Mailly par son valet de chambre.»
Au récit de Soulavie, ajoutons le récit de Boisjourdain, qui diffère sur les détails, mais qui témoigne d'une certaine violence exercée sur les sens du Roi: «Le duc de Richelieu fut chargé par le cardinal de Fleury de lui proposer madame de Mailly. Ce seigneur, qui savait se plier à tout et qui plaisait au Roi, trouva le moyen de le mettre adroitement dans la conversation sur le compte de la Reine; lui parla du vide qu'elle laissait dans son cœur, de son ingratitude et de la nécessité de remplacer la passion qu'il avait pour elle par une autre; enfin détermina le Roi à une entrevue avec madame de Mailly; mais elle fut infructueuse; le Roi, soit timidité, soit par un reste d'attachement pour la Reine, ne fut pas ébranlé. La dame en fut désespérée et se plaignit qu'on l'eût exposée à une sorte d'affront. L'on eut bien de la peine à la décider à un second tête-à-tête; on la prévint qu'il fallait oublier le monarque et ne s'occuper que de l'homme. La facilité du jeune prince à revenir à elle l'encouragea et l'enhardit elle-même. On assure que, dans ce rendez-vous, pour triompher et parvenir à son but, elle ne se borna pas aux agaceries ordinaires, mais qu'elle se laissa aller aux moyens et aux avances des plus habiles courtisanes. Alors le jeune homme se livra à des emportements d'autant plus violents qu'ils avaient été longtemps contraints. Enfin madame de Mailly sortit dans une espèce de désordre amoureux du lieu où elle avait été seule avec le Roi, et, passant devant ceux qui avaient intérêt à connaître le résultat de la démarche, elle ne leur dit autre chose que ces mots très-expressifs: «Voyez, de grâce, comme ce paillard m'a accommodée.»
Enfin, le marquis d'Argenson, tout en se trompant sur la date de l'aventure et sur l'introducteur, la raconte en ces termes: «Cela s'est accompli dans les entresols du Roi; un nommé Lazure en est le concierge; il a sous lui un second qui amena au Roi cette dame, c'était l'hiver dernier; elle parut derrière un paravent. Le Roi était honteux, il la tira par sa robe; elle dit qu'elle avait grand froid aux pieds, elle s'assit au coin du feu. Le Roi lui prit la jambe et le pied qu'elle a fort joli, de là il lui prit la jarretière. Comme elle avait ses instructions de ne pas résister à un homme si timide, elle dit: «Eh! mon Dieu! je ne savais pas que Votre Majesté me fît venir pour cela, je n'y serais pas venue!» Le Roi lui sauta au cou, etc.».]
[103: Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. V.]
[104: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. I.]
[105: Mémoire signifié par Louis de Mailly, marquis de Nesle, chevalier des ordres du Roy, demandeur, contre les syndics et directeurs de ses prétendus créanciers, défendeur.—Mémoire pour les syndics.—Mémoire pour les syndics et directeurs des créanciers du marquis de Nesle contre le marquis de Nesle.—Les papiers séquestrés de la famille de Mailly aux Archives nationales contiennent plusieurs cartons de pièces imprimées ou manuscrites: procédures, saisies, ventes de vaisselle plate, etc., de l'infortuné marquis.]
[106: Papiers séquestrés. Famille Mailly de Nesle.—Contrat de M. le comte et madame la comtesse de Mailly, 30 may 1726. Carton 1/1-10.]
[107: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. I.—Le duc de Luynes nous apprend qu'en mars 1740, par suite de partage, les quatre sœurs—il y avait des arrangements particuliers pour mademoiselle de la Tournelle—avaient chacune 7,500 liv. de rente ou environ, savoir 100,000 écus à rente constituée au denier-vingt, 200,000 liv. qui étaient au denier-quarante, et 200,000 liv. d'argent comptant. Outre cela madame de Mailly, à qui M. de Nesle en la mariant avait promis 8,000 liv. de rente et qui n'en avait jamais rien touché, devait être payée de quatorze ou quinze années d'arrérages qui lui étaient dus.]
[108: Journal des règnes de Louis XIV et de Louis XV, par Pierre Narbonne, premier commissaire de police de Versailles, édité par Le Roi. Versailles, 1866.]
[109: Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. V.]
[110: Journal de Barbier, édition Charpentier, t. III.]
[111:
Notre monarque enfin
Se distingue à Cythère;
De son galant destin
L'on ne fait plus mystère
Mailly, dont on babille,
La première éprouva
La royale béquille
Du père Barnaba!
]
[112: Journal des règnes de Louis XIV et de Louis XV, par Pierre Narbonne, Versailles, 1866.—Cette affiche publique de la liaison du Roi avec madame de Mailly venait à la suite d'une brouille. D'Argenson dit, à la date du 16 juin 1738: «Madame de Mailly a été brouillée avec le Roi pendant la semaine de la Pentecôte, et personne ne sait pourquoi, mais elle est raccommodée et bien mieux que jamais. Amantium iræ amoris integratio est, dit Térence.»]
[113: Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV, par Pierre Narbonne, Versailles, 1866.]
[114: En fait d'ingénuité, Barbier raconte celle-ci: «Le seigneur de la Roque qui fait le Mercure galant a été à l'extrémité avant le voyage de Fontainebleau… Fuzelier, poëte qui a fait plusieurs pièces, garçon d'esprit et mal à l'aise, a fait des mouvements auprès de M. de Maurepas, de qui cela dépend pour avoir cette commission. Comme il est de tout temps ami du marquis de Nesle et de madame de Mailly sa fille, il l'alla trouver un matin dans son lit et lui dit: «Madame, je viens vous prier de me rendre un service.» Elle se défendit d'abord sur ce qu'elle ne demandoit quoi que ce soit; il la tourmenta tant, qu'elle lui dit: «As-tu un mémoire?—Oui, madame.» Elle le prit, le lut. «Qu'on me lève, dit-elle: mes porteurs! Va m'attendre chez M. de Maurepas, j'y vais dans le moment.» Elle y arrive. M. de Maurepas n'étoit pas chez lui. Elle dit à son valet de chambre qu'elle reviendra, et de prier M. de Maurepas de l'attendre, et par un effort d'imagination, pour servir plus chaudement Fuzelier, elle va tout de suite chez M. de la Peyronie premier chirurgien du Roi. «Je viens, lui dit-elle, vous demander une grâce qu'il faut que vous m'accordiez absolument. Je vous demande pour Fuzelier, que je protège, un privilège exclusif pour distribuer le Mercure.» M. de la Peyronie tomba de son haut; il lui témoigna la disposition de lui accorder tout ce qui dépendoit de lui, mais en même temps l'impossibilité de le faire sur cet article… Malgré ses instances, madame de Mailly, persuadée que la demande était ridicule, s'en retourne chez M. de Maurepas tout en colère et lui dit: «Je venois vous demander une grâce pour Fuzelier, mais il faut qu'il soit fou pour me faire faire des démarches pour une chose qui ne se peut pas. Je viens de chez M. de la Peyronie qui me l'a bien assuré.—Mais, Madame, je suis informé de ce que demande Fuzelier, cela n'a point de rapport avec M. de la Peyronie.—Comment! dit-elle, il demande le privilège exclusif du Mercure.—«Cela est vrai, lui répondit le ministre, c'est le Mercure galant, qui est un ouvrage d'esprit.—Oh! dit-elle, que ne s'explique-t-il donc, cet animal-là! Si cela est ainsi, je vous le recommande très-fort.» L'anecdote est-elle vraie? Plus tard on prête, toujours sur le Mercure, une bévue à peu près pareille à madame du Barry.]
[115: Mélanges de M. de B… Jourdain, Paris, 1807, t. II.]
[116: À la date de juillet 1743, de Luynes dit: «Dans les commencements des cabinets les soupers étaient extrêmement longs; il s'y buvait beaucoup de vin de Champagne; le Roi même buvait assez; et quoiqu'il n'y parût pas tant qu'à quelques-uns de ses courtisans, il ne laissait pas que d'y paraître quelquefois.»]
[117: Les soupers des cabinets n'avaient lieu que les jours de chasse.]
[118: Moutier devenait le cuisinier des petits appartements seulement au moment où madame de Mailly était des soupers. Moutier était une espèce d'artiste qui avait chez M. de Nevers, outre des gages considérables, des conditions toutes particulières: il n'était tenu à faire à souper que deux fois par semaine, et le duc devait lui fournir tous les ans trois habits à son choix. Le Roi avait voulu absolument l'avoir, mais ça avait été une très-grosse affaire: les officiers de la bouche s'étant livrés à toutes sortes de brigues pour qu'il ne fût pas reçu, et ayant poussé la mauvaise volonté jusqu'à lui fournir des produits gâtés dans les premiers soupers où le Roi l'avait essayé.]
[119: Mémoires du duc de Luynes, t. II.]
[120: Vie privée de Louis XV, Londres, 1785, t. II.—Le duc de Luynes nous donne l'heure à laquelle se couchait le Roi au sortir de ces soupers. Le 26 juin 1738, à un souper où assistait madame de Mailly, le Roi, après avoir bu du Champagne, se couchait à six heures du matin, après avoir entendu la messe, et restait au lit jusqu'à quatre heures du soir. Le 3 juillet, dans un autre souper ou était encore madame de Mailly, le Roi, qui buvait pas mal de champagne, sortait de table à cinq heures du matin, allait jouer au tric-trac avec M. du Bordage et, toujours après avoir entendu la messe, se mettait au lit dont il ne sortait cette fois qu'à cinq heures du soir.]
[121: Louis XV enfant. Portraits intimes du XVIIIe siècle, par E. et J. de Goncourt. Un volume Charpentier.]
[122: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. II.]
[123: La fortune de cette famille des Bachelier est bizarre. Le père était un maréchal-ferrant auquel on amenait un cheval du duc de la Rochefoucauld à ferrer et qui l'enclouait. Il renonçait à son enclume et entrait au service du duc, puis passait au service de Louis XIV, en 1703; au bout de vingt ans de service de valet de garde-robe, il obtenait un brevet de survivance en faveur de son fils François-Gabriel Bachelier. Et en 1723, une note de Marais nous apprend que ledit Gabriel Bachelier, un des valets de chambre de Louis XV qui ne l'avait pas quitté pendant toutes ses chasses, recevait du jeune Roi un cheval superbement harnaché, un brevet de 4,000 livres de pension et une canne d'or.]
[124: Ces nouvelles avaient aussi le mérite d'être, selon l'expression de d'Argenson, le contre-poison des nouvelles remises par le lieutenant de police Hénault au cardinal Fleury.]
[125: Quand le maréchal de Belle-Isle sera nommé ministre plénipotentiaire à Francfort, ce sera de Bachelier qu'il prendra ses véritables instructions.]
[126: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. III.]
[127: Bachelier, en dehors de l'influence que pouvait lui donner sur le Roi une maîtresse de sa main, aurait été amené à rendre publique la liaison du Roi avec madame de Mailly par le souvenir d'une phrase, qu'un jour le cardinal lui aurait dite en travaillant avec lui: «qu'il quitterait le ministère à la première maîtresse qu'aurait le Roi[128].» Bachelier pensait du coup faire premier ministre Chauvelin ou le devenir lui-même.]
[128: Mémoires de d'Argenson. Édition Renouard, t. I.]
[129: C'était au commencement de la faveur de madame de Vintimille. Flavacourt et le mari de la Vintimille parlaient des amours du Roi, de la laideur de l'une et l'autre sœur, du mauvais goût du souverain. L'appartement des deux beaux-frères était situé au-dessous d'une chambre, où se trouvait dans le moment le Roi qui, pour mieux les écouter, avançant la tête dans la cheminée, jetait à la fin à celui qui tenait la parole, le terrible: «Te tairas-tu!»]
[130: M. du Luc écrivant à madame de Mailly pour qu'elle obtînt de placer un homme à lui dans un des châteaux du Roi, finissait sa lettre par cette phrase: «Un mot dit de la belle bouche d'une belle dame comme vous, finira l'affaire.» Sur le vu de la lettre, le Roi disait: «Ah! pour une belle bouche, vous ne vous en piquez pas, je crois?» En effet, madame de Mailly avait la bouche grande, mais bien meublée, selon l'expression d'un contemporain.]
[131: Sur ses 250,000 ou 200,000 livres de rente, le marquis était réduit alors à 24,000 livres de pension alimentaire, sur lesquelles dit de Luynes, il en avait fait 6,000 à ses filles.]
[132: Mémoires de d'Argenson. Édition Renouard, t. II.]
[133: La démarche de madame de Mailly semble avoir été une démarche pour la forme; M. de Bouillon lui avait persuadé que c'était le seul moyen de réduire son père à la raison et lui avait proposé «un ajustement» par lequel son père aurait 60,000 livres de rente payée à 5,000 livres par mois. La veille de la lettre de cachet, madame de Mailly travaillait à l'arrangement avec Maboul deux heures le matin et trois heures l'après-dînée.]
[134: Le marquis de Nesle avait été d'abord exilé à Lisieux, puis à Évreux, et enfin obtenait d'aller à Caen.]
[135: On lit dans les Mémoires du marquis d'Argenson, à la date du mois de mai 1740: «M. de Mailly, mari de la maîtresse du Roi, a eu ordre de sortir de Paris pour avoir tenu chez lui loge et souper de francs-maçons, malgré les ordres réitérés du Roi. L'auguste qualité de c… du Roi ne l'a pas exempté de cette proscription. Aussi cette dame voit en ce moment son père et son mari exilés.»]
[136: Soulavie dit: «Le Roi passa dans peu de temps d'une extrême réserve avec les femmes dans un grand libertinage.»]
[137: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. II.]
[138: Journal de Barbier, édition Charpentier, t. III.—Le chroniqueur dit: «On dit qu'un garde du corps avait gagné une pareille… de ladite petite bouchère, et que, voyant le Roi maigrir, sachant que la petite fille avait rôdé autour des petits appartements, il alla trouver le cardinal Fleury et lui avoua qu'il avait encore la … de la petite créature et que, si le Roi l'avait vue, il pourrait bien en avoir autant.»]
[139: Dans le moment où le Roi ne chassait plus, ne sortait plus même de sa chambre, M. le Duc engageant le Roi à voir des médecins, et le Roi s'y refusant sous prétexte que cela occuperait trop les nouvellistes, Courtanvaux s'écriait avec son franc parler: «Mais, sire, cela n'empêchera pas que tout Paris n'ait beaucoup parlé. On a dit publiquement que les chirurgiens étaient nécessaires à Votre Majesté plus que les médecins consultants.» Et comme on s'étonnait de la vivacité de l'apostrophe, Louis XV dit: «Je suis accoutumé à m'entendre dire par Courtanvaux tout ce qu'il pense.»]
[140: D'Argenson rapporte que madame de Mazarin, son amant du Mesnil, et leur conseil, l'abbé de Broglie, hasardant devant la Reine des projets de régence, Marie Leczinska répétait: «Ah! quel malheur si une telle perte arrivait!» et cela jusqu'à ce qu'au bout de ses exclamations elle laissa échapper tout bas et dans un soupir: «Pour la régence, je ne l'aurai pas!» Ces entretiens qu'on ébruita ne furent jamais pardonnés à la Reine par le Roi.]
[141: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. II]
[142: Le Roi, ayant vu à Rambouillet chez la comtesse de Toulouse la marquise d'Antin, l'avait trouvée fort jolie. Le soir, à un souper des cabinets, madame de Mailly, lui jetait tout à coup: «Sire, on dit que vous avez vu madame la marquise d'Antin et que vous l'avez trouvée charmante!»—Point du tout, répondait le Roi qui cherchait à se dérober, et était obligé, quelques instants après, de dire à la duchesse d'Antin: «Votre belle-sœur avait une coiffure qui lui seyait bien mal.»]
[143: Il arrivait parfois cependant à madame de Mailly d'éprouver des refus sur ce qui lui tenait le plus au cœur: la publicité de sa liaison avec le Roi. C'est ainsi qu'en septembre 1739, mademoiselle de Charolais et madame de Mailly faisaient l'impossible pour que le Roi allât au bal de l'Hôtel-de-Ville. Le projet de ces dames était de se mettre aux côtés de Sa Majesté, à la fenêtre qui donne comme une tribune sur la grande salle du bal et de se démasquer sous prétexte de la chaleur aux yeux de tous. Madame de Mailly s'entêtait à ce que le Roi y vînt, elle répétait: «Mais, Sire, ce pauvre M. de Gesvres, mais ce pauvre M. le prévost des marchands qui s'est donné tant de peine pour vous recevoir! Au moins, Sire, que ce soit pour l'amour de moi.» Mais le Roi, qui était au fait du projet de sa maîtresse, s'y refusa. En vain Mademoiselle fit cent singeries, composa un placet, l'attacha à un rideau par une épingle en disant au Roi: «Sire, vous ne lisez pas les placets qui vous sont présentés.» Le Roi répondait: «Je sais ce qu'il contient, j'y mets néant dès à présent.» Le soir, madame de Mailly toute masquée, sa chaise attelée, son relais préparé à Sèvres, le duc de Villeroy venait lui dire que le Roi n'irait pas au bal et qu'il avait défendu de lui remettre la clef de l'appartement du Roi à l'Hôtel-de-Ville, dans le cas où elle voudrait aller au bal sans lui. Et madame de Mailly, ainsi qu'elle le racontait au duc de Luynes, était obligée de se démasquer, de renvoyer sa chaise, de se coucher.]
[144: Mémoires du duc de Luynes, t. II et III.]
[145: Mémoires du marquis d'Argenson. Édition Renouard, t. I.—Madame de Mailly avouera plus tard qu'elle avait cédé à des besoins d'argent, qu'elle n'aimait pas le Roi, et que l'amour ne s'était déclaré chez elle qu'au bout de quelques années.]
[146: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. I.]
[147: Mémoires de d'Argenson, t. II.]
[148: Guérapin de Vauréal, petit-fils d'un mercier qui avait acheté une charge d'auditeur des comptes, possesseur d'une très-jolie figure et entré dans les ordres, débutait par être surpris en conversation criminelle à Marly avec la comtesse de Poitiers, dame d'honneur de la duchesse d'Orléans, ce qui le faisait surnommer coadjuteur de Poitiers. Il était aimé ensuite par la marquise de Villars et la duchesse de Gontaut, dont la jalousie à son sujet éclata dans des chansons où les deux rivales se dirent toutes les méchancetés possibles.]
[149: On voit, pendant ce temps, Mademoiselle se faire la garde-malade de madame de Mailly. La maîtresse a-t-elle un rhume, est-elle obligée de garder le lit? Mademoiselle passe chez elle toutes les après-midi, et se fait apporter dans sa chambre son souper.]
[150: «On dit que le sujet de la brouillerie de M. le Cardinal,—c'est Barbier qui parle,—vient de ce que Mademoiselle avait tant pressé et tourmenté le Roi pour renvoyer M. Amelot et pour donner la place de secrétaire d'État à M. de Vauréal, évêque de Rennes, que le Roi lui en avait donné sa parole. Il faut observer que le public critique donne ce Monseigneur pour amant à cette princesse et que c'était bien là le plus court chemin pour obtenir un chapeau de la cour de Rome et pour prétendre à la place de premier ministre. M. le cardinal de Fleury, instruit du fait, alla trouver le Roi, se déchaîna contre la princesse, lui remontra que cela était non-seulement contraire à ses intérêts, mais scandaleux. Le Roi lui répondit qu'il avait donné sa parole et qu'il le voulait. Sur cela le Cardinal prit congé du Roi et donna ordre à toute sa maison de partir sur le champ pour Issy. M. le duc d'Orléans a pris parti dans cette affaire et, avec l'autorité de la religion, a fait entendre au Roi que de pareilles paroles ne l'engageaient en rien. Il l'a déterminé à n'en rien faire; et il a engagé, d'un autre côté, le Cardinal à revenir prendre sa place à Versailles, de sorte que Mademoiselle piquée au cœur ne voulait point aller à Fontainebleau.»]
[151: Mémoires de d'Argenson. Édition Renouard, t. II.]
[152: Les amours du Cardinal consistaient en une liaison sans doute très-chaste, mais très-intime et très-suivie avec madame de Lévis, qu'on savait souvent dîner en tête-à-tête avec le vieux Fleury dans une maison de campagne à Vaugirard. C'était cette madame de Lévis, un esprit sage et éclairé, capable d'entrer dans les plus grandes affaires et d'un secret impénétrable. L'homme d'église consultait cette femme supérieure pour le maniement et la cuisine des plus délicates choses du gouvernement laïque d'une monarchie toujours gouvernée par une favorite.]
[153: C'est encore madame de Mailly qui disait un jour au Roi auquel elle demandait une grâce et qui répondait qu'il en parlerait au Cardinal: «Ne vous déferez-vous jamais de ce tic?»]
[154: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. V.]
[155: Récit fait par madame de Flavacourt à Soulavie. (Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI, par Soulavie, Paris 1801, t. I).]
[156: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, t. V.]
[157: «Elle avait de l'esprit, mais aussi brut qu'elle l'avoit reçu de la nature, sans éducation, sans acquit, sans connoissance.» (Mémoires du duc de Luynes, t. VII. Petite notice sur la Vintimille, page 102.)]
[158: Le duc de Luynes écrit à la date du 26 décembre 1738: «Versailles.—Mademoiselle de Nesle est ici depuis quelques jours c'est madame de Mailly qui en prend soin.»]
[159: Le duc de Luynes dit: «Madame de Mailly ne voit que mademoiselle de Nesle de toutes ses sœurs, les trois autres sont toujours chez madame de Mazarin.» Il n'y avait chez madame de Mazarin que madame de Flavacourt et madame de la Tournelle; la troisième sœur, appelée Montcarvel, mariée plus tard a M. de Lauraguais, demeurait chez madame de Lesdiguières.]
[160: La brouille était complète entre la nièce et la tante. Voici ce que raconte de Luynes à propos du voyage de Marly de mai 1739: «Le jour que l'on arriva, M. d'Aumont, qui avait fait la liste du souper, y avoit mis madame de Mailly et madame de Mazarin. Madame de Mailly ayant lu la liste, dit à M. d'Aumont d'ôter ou l'une ou l'autre, parce qu'elles ne soupoient point ensemble. La liste étoit montrée à madame de Mazarin avertie; cela embarrassa beaucoup M. d'Aumont; cependant il prit son parti d'aller dire à madame de Mazarin que c'étoit un malentendu, et qu'elle n'étoit point du souper.» (Mémoires du duc de Luynes, t. II.)]
[161: Mémoires du duc de Luynes, t. X.]
[162: Mémoires du duc de Luynes, t. X.—Ce récit donné par de Luynes est contredit par lui-même écrivant, à la date du vendredi 19 juin 1739, que mademoiselle de Nesle loge chez Mademoiselle qui lui fait continuellement des cadeaux.]
[163: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, t. V.—Elle était laide, dit un contemporain cité par de Luynes, d'une de ces laideurs qui impriment plus la crainte que le mépris; sa taille était gigantesque, son regard rude et hardi… Soulavie, qui eut de madame de Flavacourt, morte seulement en l'an VII de la République, de curieux renseignements sur ses sœurs, dit, et ce sont les expressions de madame de Flavacourt: «Elle avait la figure d'un grenadier, le col d'une grue, une odeur de singe.» Le mari de madame de Vintimille n'appelait sa femme que «mon petit bouc», disant que c'était un diable dans le corps d'un bouc.]
[164: Donnons la parole à l'anonyme cité par le duc de Luynes qui, contre toute vraisemblance et tous les témoignages historiques, cherche à montrer dans l'intimité du Roi et de mademoiselle de Nesle une passion platonique: «Elle ne connoissoit de devoirs que ceux qu'elle devoit au Roi et à sa sœur. Mademoiselle, qui avoit le plus contribué à son mariage et dont le motif étoit de s'en faire une créature et un moyen de plus pour parvenir à gouverner, s'aperçut bientôt qu'elle s'étoit lourdement trompée. Au lieu d'y trouver l'utilité qu'elle cherchoit, elle n'y trouvoit qu'une barrière insurmontable. Madame de Mailly n'eut plus le même besoin d'elle depuis qu'elle eut sa sœur. Cette princesse fut si irritée, qu'elle résolut de perdre madame de Vintimille en la rendant suspecte à sa sœur, et voici comment elle s'y prit: La Vintimille, comme je l'ai dit, étoit d'une assiduité extrême à faire sa cour au Roi; le Roi la traitoit avec toute la distinction imaginable, il l'écoutoit avec attention lorsqu'elle parloit, il étudioit ses regards lorsqu'il avoit parlé, enfin tout ce qu'un langage muet peut faire découvrir d'estime, de considération et de goût apprenoit à madame de Vintimille le cas qu'il faisoit d'elle et l'amitié qu'il avoit pour elle. Elle en fut flattée beaucoup moins par vanité, dont elle n'étoit pas extrêmement susceptible, que par la reconnoissance, qui produisit bientôt en elle des sentiments plus vifs. Il est sûr qu'elle prit une grande passion pour le Roi; il est vraisemblable que le Roi s'en aperçut, mais il est certain qu'elle ne songea jamais à nuire à sa sœur, et la conduite du Roi et d'elle a bien prouvé qu'elle ne l'auroit jamais supplantée, mais qu'elle auroit pu lui succéder si le Roi avoit perdu madame de Mailly, soit par la mort, soit par une retraite. Le Roi, fidèle à madame de Mailly, jouissoit de l'esprit de madame de Vintimille; il voyoit avec plaisir que madame de Mailly ne parloit que d'après elle; il étoit convaincu que madame de Vintimille l'adoroit, qu'elle ne vouloit que sa gloire et qu'elle étoit assez éclairée pour bien connoître les moyens de la lui procurer; il y a toute apparence qu'il se promettoit de lui donner toute sa confiance après la mort du Cardinal.»]
[165: Au mois de décembre 1739, madame de Mailly se fâchait toute rouge au sujet d'un voyage du Roi à la Muette, une semaine qu'elle était de service auprès de la Reine. Il y avait déjà eu précédemment, à propos d'un voyage à Choisi, une petite brouille entre le Roi et la maîtresse qui avait déclaré que si le Roi ne voulait pas la mener, elle demanderait la permission à la Reine, et arriverait tout à coup à Choisi.]
[166: Un jour que madame de Mailly soutenait qu'elle était plus blanche et moins sèche que sa sœur, le Roi lui dit brusquement: «Ne pariez pas, vous perdriez!»]
[167: Mémoires du duc de Luynes, t. II.]
[168: Ibid., t. III.]
[169: Ibid., t. III.]
[170: Une correspondance manuscrite de Dubuisson, citée par M. Rahery, dit: «J'ajoute à ce qui regarde mademoiselle de Nesle, que Mgr l'archevêque de Paris lui a fait présent de 25,000 fr. en bijoux, qu'il était du dîner de noce, que Mademoiselle en a fait le souper et que c'est elle et le Roi qui ont donné la chemise aux nouveaux mariés.»]
[171: Le dimanche suivant avait lieu la présentation par Mademoiselle à la Reine de madame de Vintimille entourée de mesdames de Mailly et de la Tournelle ses sœurs, qui tour à tour avaient pris, prenaient ou allaient prendre à Marie Leczinska le cœur du Roi. La Reine accueillait ce monde avec une froideur marquée.]
[172: Le mari qu'avait épousé mademoiselle de Nesle était une espèce de jeune cynique et de fou méchant, qui, tout en trouvant agréable d'être des soupers des petits appartements et d'user des chevaux du Roi, parlait de son mariage avec le plus sanglant des mépris, ne ménageait ni sa femme, ni sa belle-sœur, ni le Roi même, s'attirant la risée des honnêtes gens, les brusqueries de sa belle-sœur, l'aversion de sa femme qu'elle étendait bientôt à toute la famille et qui lui faisait refuser, lorsqu'elle accoucha, une magnifique layette envoyée par l'archevêque de Paris.]
[173: Le duc de Luynes écrit à la date du 4 janvier 1740.—Versailles. Madame de Vintimille nous montra hier une boîte d'or incrustée que le Roi lui a donnée pour ses étrennes; ce fut le jeudi, veille du jour de l'an. Le Roi lui fit beaucoup de questions, si on lui avoit jamais donné des étrennes, si elle vouloit qu'il lui en donnât, après quoi on se mit à table, et le Roi, pendant le souper, donna à M. le duc de Villeroy la tabatière qu'il remit sur-le-champ à madame de Vintimille. Elle est la seule à qui le Roi ait donné des étrennes.]
[174: On disait que madame de Mailly étant stérile et ne pouvant avoir d'enfant du Roi, lui avait livré sa sœur pour en avoir de lui afin de se l'attacher par cette progéniture, à l'exemple de Sara donnant Agar à Abraham.]
[175: Le duc de Luynes, assistant à un souper du Roi chez la comtesse de Toulouse, était frappé du sérieux, de la froideur de la maîtresse, qui à la fin cependant badinait avec un étui à cure-dents d'ivoire que le Roi avait tourné et qu'il lui avait donné.]
[176: Mémoires du duc de Luynes, t. III.]
[177: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. III.]
[178: Mademoiselle de Charolais écartée, la maréchale d'Estrées devenait la compagne habituelle de mesdames de Vintimille et de Mailly. Cette vieille femme, qui joue un assez triste rôle, plaisait par un fonds de gaieté naturelle, un esprit plaisant, une conversation badine et voltigeante.]
[179: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. III.—Quand cette princesse mourait au mois d'août 1741, un mois avant la mort de madame de Vintimille, la cour témoigna une grande indifférence pour la fin brusque de cette princesse de quarante-quatre ans.]
[180: Il y avait un autre petit fait passé au mois de février dernier qui montrait déjà la connaissance que l'on avait de l'autorité de madame de Vintimille sur la pensée du Roi. Sylva le médecin, à la suite de bruits et de propos survenus après la mort de M. le Duc qu'il avait soigné, écrivait à madame de Vintimille une lettre pour la prier de combattre les préventions qui pouvaient exister dans l'esprit du Roi.]
[181: Au mois de juin suivant avait lieu la réception du nouveau duc de Gramont comme colonel du régiment des gardes. Le régiment sous les armes, massé en bataillon carré sur la grande place entre les écuries et le château, le Roi à cheval, suivi du duc de Gramont en uniforme et à pied, s'avançait à sa rencontre, s'arrêtant à trente pas. Les officiers faisaient cercle autour du Roi, les tambours derrière. Alors le Roi prononçait la formule d'usage: «Vous reconnaîtrez M. le duc de Gramont pour colonel de mes gardes, et vous lui obéirez en ce qu'il vous commandera pour mon service.» Aussitôt les tambours de battre, les officiers de reprendre leurs postes, le Roi de se porter sur la droite, du coté des Récollets. Puis le régiment se mettait en marche pour Paris par compagnie, le duc de Gramont à la tête de la compagnie-colonelle, saluant le Roi au passage, et venant prendre place aux côtés de Sa Majesté. Mesdames de Vintimille et de Mailly assistaient à la réception dans le carrosse de madame de Gramont.]
[182: Le duc de la Trémoille, qui serait d'après quelques bibliographes l'auteur d'Angola, est une figure singulière et restée dans l'ombre. Accusé de goûts contre nature dans sa jeunesse, il meurt victime de son dévouement conjugal: s'étant enfermé avec la duchesse attaquée de la petite vérole, il périssait de cette maladie à laquelle sa femme échappait. Entré à la fin de 1737 avec plusieurs jeunes seigneurs et madame de Mailly dans la conspiration des Mirmidons,—celle des Marmousets est de 1732,—conspiration qui avait pour but de remettre en place Chauvelin, il priait le Roi, la mine éventée, de ne point le nommer au Cardinal. Le Roi ayant manqué à sa parole, le duc lui faisait les plus vifs reproches, le priait de le rayer du nombre de ses familiers, lui disant en propres termes: «qu'il ne pouvait plus être son ami,» et, se renfermant strictement dans les fonctions de gentilhomme de la Chambre, cessait de fréquenter les petits appartements.]
[183: Le Roi ayant appris la nouvelle de la mort de M. de la Trémoille pendant son souper, on avait remarqué qu'au sortir de table, madame de Mailly avait fait parler M. de Luxembourg au Roi.]
[184: Dans une audience qu'avait eue précédemment madame de la Trémoille, le Cardinal, sollicité par elle, lui avait répondu sèchement qu'il ne se mêlait point de ces sortes de grâces.]
[185: Madame de Vintimille se rendait compte de la situation en un moment. Elle n'était point encore assurée de sa toute-puissance sur la débile volonté du Roi, le Cardinal était bien vieux et ne pouvait guère vivre encore longtemps; la femme politique trouvait plus prudent d'attendre que de risquer sa fortune sur un coup de cartes douteux.]
[186: La lettre de madame de Vintimille envoyée au Roi dans la nuit,—Louis XV se couchait cette nuit-là à deux heures et demie, quoiqu'il dût se coucher de bonne heure à cause de la procession du lendemain,—la lettre envoyée la nuit ou le matin de très-bonne heure, faisait brûler, au dire de Soulavie, le billet déjà écrit par lequel le Roi acceptait la retraite du cardinal de Fleury.]
[187: Ce matin, le duc de Luynes qui se rendait à la toilette de madame de Mailly, était frappé du sérieux de la maîtresse, de la tristesse du duc de Luxembourg.]
[188: «Ah! me voilà compromis avec tous les princes du sang,» répétait à tout moment le Cardinal, qui craignait pour l'avenir l'hostilité de la maison d'Orléans qui avait appuyé en dernier lieu et très-chaudement la candidature du petit la Trémoille.]
[189: Récit d'un anonyme donné par le duc de Luynes. Mémoires du duc de Luynes, t. X.—Ibid., t. III.]
[190: Sur la réputation de l'homme de guerre nous ne pouvons mieux faire que de citer la lettre écrite par Frédéric au cardinal de Fleury et que donne le duc de Luynes.
Lettre du Roi de Prusse à M. le cardinal de Fleury:
«Berlin, le 20 décembre 1741.
Monsieur mon cousin,
L'attachement pour la France, le zèle pour votre gloire, et l'affection pour la gloire de la cause commune m'obligent aujourd'hui de vous écrire pour vous prier, par les motifs les plus pressants, de rendre M. de Belle-Isle à l'armée de Bohême, comme l'homme le plus capable du métier de la guerre, le plus conciliateur, et le plus susceptible de la confiance des princes d'Allemagne, que vous ayez actuellement. Vous ne sauriez croire (n'étant pas sur les lieux) quels poids M. de Belle-Isle donne aux affaires du Roi votre maître en Allemagne, tant par rapport à vos alliés (qui ont mis tous leur confiance en lui) que relativement à votre armée, chez qui le poids de la réputation de ce grand homme décide en partie du succès de vos entreprises.
Je le prendrai, moi personnellement, comme une marque des égards et de l'amitié que le Roi, votre maître, a pour moi, s'il continue le maréchal de Belle-Isle dans le poste qu'il lui a donné, et je vous le demande à vous personnellement comme la plus grande marque d'amitié que vous puissiez me donner.
Tout dépend dans le monde du choix des hommes capables que l'on emploie, et M. de Belle-Isle peut être compté dans son métier au rang des plus grands hommes…»
Et Frédéric terminait par ce post-scriptum: «Pour Dieu et pour votre gloire, délivrez-nous du maréchal de Broglie, et pour l'honneur des troupes françoises rendez-nous M. le maréchal de Belle-Isle.»]
[191: Il y avait au fond un charlatan chez le maréchal de Belle-Isle. On se moqua beaucoup de lui lorsque, le 3 mars 1743, arrivant de l'armée, il se rendit publiquement chez le Roi, soutenu sous les bras par deux écuyers.]
[192: Le maréchal avait encore en ce temps de corruption la réputation d'un homme de mœurs pures et qui ne cherchait des distractions que dans le travail.]
[193: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743, Revue rétrospective, t. IV. 1834.]
[194: Voici la vive et pittoresque et assez méchante biographie que donne le marquis d'Argenson du duc de Belle-Isle, le 13 février 1731, le jour où il est nommé maréchal de France: «Le roi de la fête est M. de Belle-Isle dont on présume de si grandes choses, quoiqu'il n'ait encore rien fait pour la guerre. Il n'a servi toute la guerre de 1701, que comme capitaine de dragons. Il eut un bon coup de fusil au siège de Lille, tout à travers la poitrine; il obtint ensuite une commission de colonel réformé; pendant la Régence, il fut en faveur. Il eut permission d'acheter la charge de mestre de camp général des dragons à force d'argent, ce qui donne rang de brigadier. Il alla comme volontaire à notre petite guerre d'Espagne, et attrapa quelque chose au talon, ensuite il commanda de beaux camps de paix. Il s'est montré homme de cour, homme de cabinet et grand pourvoyeur; homme à vues justes et d'un grand travail. Il a un frère sensé et pesant: sans ce frère il serait un fol; sans lui son frère (le chevalier de Belle-Isle) serait un homme ordinaire. À notre guerre de 1733, il a commandé la petite armée de Moselle, et chacun a été charmé d'y être, d'autant qu'on y était bien pourvu de tout et qu'on n'y voyait pas l'ennemi. Il prit Trabarch en pétardant, il parut à Philisbourg à deux tranchées et y hasarda l'attaque d'un ouvrage qui n'était pas mûr, mais qui réussit par bonheur. Enfin commandant dans les évêchés, lieutenant-général, cordon bleu, neveu de feu madame de Lévy, la bonne amie du cardinal, nommé plénipotentiaire à Francfort, on vient de lui donner le bâton de maréchal à l'âge de cinquante-quatre ans.]
[195: Mémoires du comte de Maurepas. Buisson, 1792, t. IV.]
[196: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. III.]
[197: D'Argenson dit que, quoique madame de Vintimille fut demeurée toujours fidèle à ses engagements avec le parti Chauvelin, elle lui donnait bien du mal avec son naturel emporté et indépendant.]
[198: Mémoires du comte de Maurepas. Paris, Buisson, 1792, t. III.—Le nom du ministre et de sa femme sont mêlés à nombre de sales affaires d'argent. Dans la vente d'un rubis du Roi, madame Chauvelin fut accusée d'avoir stipulé et reçu de Ganners, le lapidaire, des étrennes de diamants. Une accusation plus grave fut celle relative à la vente d'une cuirasse de diamants donnée par Mahomet II à François Ier que le mari et la femme vendaient à des marchands 600.000 livres, en en retenant pour eux 150,000.]
[199: Mémoires du marquis d'Argenson, édition Renouard, t. I.]
[200: Papiers de l'abbé Cherier. Bibliothèque de l'Arsenal. Manuscrits.]
[201: Narbonne le commissaire de police raconte en ces termes l'exil de Chauvelin le mercredi 20 février 1737. Maurepas, secrétaire de la Maison du Roi et ministre de la Marine, se rendait chez Chauvelin à six heures du matin et lui redemandait les sceaux au nom du Roi. Chauvelin entrait dans la chambre de sa femme et lui disait: «Ah! Madame, l'apostume est crevé, le Roi m'exile à Gros-Bois. Vous viendrez me rejoindre quand il vous plaira.» Et il partait sous la garde de cinquante mousquetaires. Au mois de juin il était transféré de Gros-Bois à Bourges. Soulavie donne la lettre suivante que je croirais apocryphe comme une lettre écrite par le Cardinal à Chauvelin après sa disgrâce:
«Les liaisons qui ont subsisté entre vous et moi, Monsieur, m'engagent à vous donner des marques de mon souvenir dans le malheur qui vient de vous arriver. Je ne puis que vous plaindre de vous être attiré l'indignation du Roi, mais faites réflexion à votre conduite.
«Le Roi vous honoroit de ses bontés, vous en avez mésusé au point de rompre les mesures que Sa Majesté prenoit pour l'affermissement de la paix de l'Europe et la tranquillité de ses peuples. Vous savez avec quelle ouverture de cœur je me suis toujours comporté à votre égard; malgré tout cela, vous trompiez ma confiance de la manière la moins permise; rappelez-vous, Monsieur, ce que je vous ai dit des premiers avis, que j'eus de certaines intelligences; la manière dont je vous en parlai me donnoit lieu d'espérer que la suite répareroit les premières démarches; si j'avois seul à me plaindre de vous, j'y serois moins sensible, mais le bien et le repos de l'État y étoient trop intéressés et dès lors je ne pouvois être indifférent. Vous avez manqué au Roi, au peuple et à vous-même; ce sont de tristes vérités à vous dire…»]
[202: Il semble que, tout exilé qu'il était, Chauvelin correspondait avec le Roi.]
[203: Mémoires du marquis d'Argenson, t. II.]
[204: Choisi-Mademoiselle, qui avait appartenu à mademoiselle de Montpensier avait été vendu par le duc de Villeroy à madame la princesse de Conti, il était acheté à son héritier, le duc de la Vallière, en 1739, et prenait le nom de Choisi-le-Roi. Ce château était célèbre par sa terrasse sur la rivière et par les huit grands morceaux de sculpture d'après l'antique de ses jardins, exécutés par Anguier pour le surintendant Fouquet.]
[205: Choisi devenait la maison favorite pour les petits soupers. Et l'on voyait souvent sortir à la nuit, d'un pavillon de Marly, madame de Mailly en chaise de poste, gagnant Choisi, escortée de porte-flambeaux et de deux pages de l'écurie du Roi.]
[206: Mémoires secrets sur l'histoire de Perse, 1749.—Vie privée de Louis XV, 1785, t. II.—Louis XV créa a Choisi le petit château, où le service des valets était remplacé par des mécanismes, des confidentes et des servantes. Il y construisit aussi un théâtre sur lequel on ne joua guère qu'une fois. C'était la pièce de Boursault, Ésope à la cour, où un courtisan reproche au Roi de se griser. Le Roi crut voir, dans le choix de cette pièce, une leçon que la Reine lui avait fait faire par le gentilhomme de la chambre sur le goût du champagne que lui avait donné madame de Mailly, et montra de l'humeur.]
[207: Mémoires du duc de Luynes, t. III.]
[208: Ibid., t. III.]
[209: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. III.]
[210: Mémoires du marquis d'Argenson, édition Renouard, t. III.—Madame de Vintimille a le franc parler avec tous et sur tous plus naturellement libre et oseur que sa sœur, qui ne le trouve, ce franc parler, que sous une pointe de vin, ou sous l'excitation de la mauvaise humeur. Au mois de juillet 1740, la cour s'était émue d'une conversation fort vive de madame de Vintimille avec le comte de Clermont, qui était pourtant l'ami intime des deux sœurs, où elle lui avait dit très-librement et très-ouvertement sa pensée sur la querelle des légitimés et des princes du sang, lui donnant absolument tort dans cette affaire.]
[211: Mémoires du duc de Luynes, t. III.]
[212: Le duc d'Ayen, au dire du mari, dire confirmé par d'Argenson, était devenu l'amant de madame de Vintimille. Le fait est-il vrai? Je n'en sais rien, mais, quoi qu'il en soit, il est incontestable que le duc d'Ayen vivait dans l'intimité la plus grande avec la favorite. Et un jour qu'il questionnait le Cardinal sur les voyages du Roi, le vieux Fleury lui disait narquoisement: «Eh! Monsieur, vous avez des amies qui le savent bien mieux que moi,» faisant allusion à madame de Vintimille.]
[213: Mémoires du marquis d'Argenson, t. III.]
[214: Quelques-uns remarquèrent chez madame de Vintimille comme une fatigue et un dégoût de la vie, et l'on dit qu'elle mourut sans montrer grand regret.]
[215: Le propos fut tenu, dit le duc de Luynes, devant dix à douze personnes.—L'anonyme cité par le duc de Luynes dans son volume Xe dit: «Sa maladie alarma ses amis; elle paroissoit plongée dans la plus profonde tristesse, et elle ne se prêtoit à rien de tout ce qu'on vouloit lui faire pour sa guérison. Le Roi parut véritablement affligé et dans une grande occupation d'elle; lui seul pouvoit la déterminer à suivre les ordonnances des médecins, et on avoit lieu de juger que madame de Vintimille se plaisoit à faire durer un état qui lui donnoit occasion de connoître chaque jour l'amitié du Roi pour elle.» Le marquis d'Argenson raconte que, madame de Vintimille ne voulant rien prendre de ce qui lui était ordonné, le Roi était obligé de se mettre a genoux devant son lit pour l'engager à se soigner.]
[216: «M. de Vintimille, dit l'anonyme cité par M. de Luynes, avoit augmenté tous les jours d'indécence et de folie, il n'y avoit point d'horreurs qu'il ne dît de sa femme; les détails les plus dégoûtants étoient pour l'ordinaire le sujet de ses conversations à table devant tous les valets. Il racontoit publiquement qu'il avoit surpris sa femme prenant de force le petit Coigny. Il en revint assez à madame de Vintimille pour fortifier la haine qu'elle avoit déjà pour lui, elle ne voulut plus vivre avec lui comme sa femme, elle fit lit à part. Cependant la famille de M. de Vintimille désiroit passionnément qu'elle eût un enfant. J'ignore ce qui la détermina à encourir le risque, mais au retour de Fontainebleau 1740, elle coucha avec son mari et devint grosse. Le premier mouvement de M. de Vintimille quand il l'apprit fut une joie extrême,… mais soit par de mauvais conseils, soit par un accès de folie inouïe, il changea de ton quelques jours après, et dit publiquement qu'il n'avoit aucune part à cette grossesse, que c'étoit l'ouvrage de M. d'Ayen, de M. de Forcalquier, ou du Roi…» L’anonyme ajoute que l'entrevue ne fut pas longue entre le mari et sa femme. L'enfant dont madame de Vintimille accouchoit fut le petit comte de Luc, appelé par ses camarades de collège le demi-Louis, que madame de Pompadour songea plus tard à marier avec sa fille Alexandrine.]
[217: L'appartement de M. de Fleury n'était point encore libre, et madame de Vintimille avait été installée dans l'appartement du cardinal de Rohan, alors absent de Versailles.]
[218: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, t. V.]
[219: Madame de Vintimille mourait ainsi que mourra sa sœur, la duchesse de Châteauroux, persuadée qu'elle était empoisonnée, et Soulavie aura toutes les peines du monde à cinquante ans de là à faire revenir madame de Flavacourt sur l'idée que sa mort n'était pas naturelle et qu'elle avait été empoisonnée par Maurepas.]
[220: C'est un fait affirmé par Soulavie, mais que je ne retrouve pas dans de Luynes, dont Soulavie avait eu en communication le manuscrit et avec lequel il a fait tout son récit de la mort de madame de Vintimille qui se trouve dans le volume 5e des Mémoires du maréchal duc de Richelieu.]
[221: L'anonyme cité par de Luynes assure que madame de Vintimille succomba à un érésypèle laiteux. D'Argenson attribue sa mort à une fièvre miliaire, maladie commune en Piémont, mais presque inconnue alors en France. De Luynes dans son journal donne un détail curieux: «On lui a trouvé une petite boule de sang qui commençoit même à toucher au cerveau; madame d'Antin m'a dit qu'elle l'avoit entendue se plaindre depuis sa grossesse, qu'elle sentoit cette boule étant en carrosse. Elle m'a ajouté que madame de Vintimille, avant d'être mariée même, sentoit cette boule.»—C'étoit une veine dilatée qui avoit fait un petit enfoncement dans le cerveau, ce qui lui paroissoit être une petite boule. (Note postérieure du duc de Luynes.)]
[222: Mémoires du marquis d'Argenson, édition Jannet, t. II.—Le Roi avait exprimé le désir qu'on fît un portrait peint et un buste de madame de Vintimille.]
[223: Mémoires du duc de Luynes, t. III.—Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. V.—D'Argenson dit: «Il est arrivé des horreurs à son cadavre… On la transporta morte avec un simple linceul sur le corps, du château à l'hôtel de Villeroy, et là ses domestiques la laissèrent et allèrent boire comme cela arrive souvent; le peuple monta et s'en saisit, on lui jeta des pétards… on fit toutes sortes d'indignes traitements à son vilain corps.»]
[224: On vit, pendant tout le XVIIIe siècle, un curieux ex-voto à l'église Saint-Leu; c'était un ex-voto représentant Louis XV âgé de six ans, avec derrière lui sa gouvernante madame de Ventadour, agenouillé devant Saint-Leu et lui demandant d'être guéri de la peur, de cette peur qui plus tard se changea en cette extrême timidité qui inspirait au Roi à la vue de tout visage nouveau, une sensation inquiétante. (Tableau de Paris, par Mercier, t. IX.)]
[225: Un jour c'était les nœuds, un autre jour la tapisserie. Le goût de la tapisserie prenait au Roi comme une envie de femme grosse, et le courrier qui allait à Paris chercher le métier, les laines, les aiguilles, ne mettait que deux heures un quart pour aller et venir.]
[226: Mémoires du marquis d'Argenson, édition Renouard, t. III.]
[227: Ces deux lettres, avec trois autres que je donne à l'Appendice, sont adressées par madame de Vintimille à madame du Deffand. Elles ont été publiées en 1809 dans la Correspondance inédite de madame du Deffand, parue chez Collin. Depuis, elles ont été republiées par M. de Lescure dans la Correspondance complète de la marquise du Deffand. Plon, 1865.]
[228: M. de Rupelmonde, maréchal de camp, dont la femme était dame du palais de la Reine.]
[229: La chasse est la grande distraction de Fontainebleau et souvent les deux sœurs accompagnaient le Roi courant le cerf. L'année suivante, dans le mois d'octobre, mesdames de Vintimille et de Mailly, suivant la chasse en calèche avec M. de Luxembourg, pensaient périr. Dans un passage du Long Rocher, une roche ayant soulevé une roue de la voiture, la calèche aurait été précipitée en bas, si l'on n'avait eu le temps de couper les guides d'un cheval.]
[230: Propriété de la comtesse de Toulouse où le Roi allait quelquefois souper en compagnie des deux sœurs. Le duc de Luynes dit, à la date du 21 octobre 1739: «Le Roi a monté en calèche avec Mademoiselle, mademoiselle de Clermont, mesdames de Mailly, de Vintimille et de Chalais; Sa Majesté est allée souper à la Rivière… c'est la seconde fois qu'il y va souper.»]
[231: Sauf madame de Vintimille dont ces lettres annoncent un goût des lettres et des lettrés, les demoiselles de Nesle sont d'aimables et moqueuses grandes dames très-indifférentes aux choses de l'esprit. Il n'y a pas la moindre trace, pendant leur règne, d'un rien de cette protection amie, donnée plus tard par madame de Pompadour aux hommes de génie et de talent de son temps. Madame de Mailly fait une démarche pour obtenir le privilège du Mercure à Fuzelier, va voir dans l'atelier de Lemoyne le buste de Louis XV, et c'est tout. Madame de la Tournelle, si maltraitée dans le «Mémoire pour servir à l'histoire de sa vie» par Voltaire qui lui impute l'oubli dans lequel l'a laissé la cour, madame de la Tournelle et madame de Lauraguais, n'useront de leur crédit en faveur des artistes pas plus que madame de Mailly. On ne voit les deux sœurs montrer de la chaleur qu'une seule fois; c'est à propos de la réception de la Clairon, mais ce jour-là, leur sollicitation fut si vive que M. de Gesvres voulut donner sa démission et resta depuis longtemps brouillé avec madame de Lauraguais.]
[232: Madame de Mailly qui, dans les derniers jours de la maladie de sa sœur, couchait chez la maréchale d'Estrées, pour donner son appartement à Sylva, restait dans son lit jusqu'à une heure de l'après-midi, fondant en larmes et ne voyant que ses intimes. À une heure, sur un mot que venait lui dire le duc de Villeroy, elle se levait, montait dans sa chaise, se rendait chez la comtesse de Toulouse qui n'était point encore arrivée, et se recouchait dans la niche de la comtesse jusqu'à l'arrivée du Roi.]
[233: Propriété aux environs de Rambouillet, appartenant à la comtesse de Toulouse.]
[234: Le marquis d'Argenson, qui voyait le Roi le 14 décembre, remarquait qu'il avait les yeux rouges.]
[235: Mémoires du duc de Luynes, t. III.]
[236: Dans un de ses séjours à Versailles, le Roi étant en train de souper à son petit couvert, arrivait, avec sa figure joviale, le mari de la Vintimille, qui faisait la révérence à plusieurs personnes de sa connaissance avec un air extraordinaire de gaieté. Le Roi rougissait et sortait de table brusquement.]
[237: Louis XV, dit Narbonne, touchait les écrouelles la veille des quatre fêtes solennelles jusqu'en l'année 1737. Il imposait les mains sur le visage des malades, les promenant du front au menton et de la joue droite à la joue gauche disant: «Dieu te guérisse, le Roi te touche.» L'aumônier donnait à chaque malade une pièce de 24 sols.]
[238: Mémoires du marquis d'Argenson, t. III.—Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[239: Mémoires du marquis d'Argenson, t. III—Le marquis dit que madame de Mailly avait toujours un portrait de sa sœur sous les yeux.]
[240: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[241: Mémoires du duc de Luynes, t. III et IV.—Le duc raconte que madame de Mailly lui montrait au mois de mai une liste de repas faits à Fontainebleau, dans le mois d'avril précédent, et où le Roi avait été obligé d'admettre des gens de la cour à sa table, une liste contenant trente-cinq repas, sur lesquels il y en avait eu plusieurs de douze et de quinze personnes, et dont le total ne montait qu'à 2,819 liv. Le duc ajoutait qu'avec un tout autre homme que Moutiers la note se serait élevée à 10 ou à 12,000 liv.]
[242: Le Roi devenait d'un rigorisme extrême pour les pratiques de la religion. Pendant le carême de 1742, le duc d'Ayen, souffrant, ne soupait presque pas dans le petit appartement à cause qu'il faisait gras. Un jour cependant, emmené par le Roi à la chasse où il se trouvait mal, et ramené pour souper, madame de Mailly demandait à Sa Majesté de vouloir bien permettre à M. d'Ayen de manger un morceau gras. «S'il est malade, il n'a qu'à le manger là-dedans,» répondait le Roi. Là dessus, dans un premier mouvement de vivacité, madame de Mailly s'écriait: «Cela étant, je m'en vas donc manger un morceau avec lui!» et se levait. Le Roi ne céda pas, et M. d'Ayen fut obligé d'aller faire gras dans une autre chambre.]
[243: Sur la nouvelle de la mort de madame de Vintimille, Mademoiselle, venue exprès de Paris pour voir madame de Mailly qui était encore chez elle, n'avait pas été reçue, et n'avait pu parler qu'à une femme de chambre.]
[244: Mademoiselle a voulu reprendre le rôle de m…, dit d'Argenson, mais cela lui a mal réussi: elle est allée souper à la Muette, méprisée de tout le monde, personne ne lui parlant plus, le Roi et la maîtresse chuchotant contre elle en la regardant.]
[245: Le Roi hésitait beaucoup à retourner dans ce château tout plein encore du souvenir de madame de Vintimille, et il fallait pour le décider, que madame de Mailly lui dît que, s'il ne voulait pas y aller, «ce serait elle toute seule qui irait inspecter ses bâtiments.»]
[246: Mémoires du duc de Luynes, t. III.]
[247: D'Argenson accuse le duc d'Ayen de travailler dans les soupers des petits appartements à détruire la religion du Roi.]
[248: Mémoires du marquis d'Argenson, t. III.]
[249: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[250: Le pauvre de Meuse, qui n'obtenait pas la permission de servir, qui n'était pas fait duc et pair, et qui avait des deux mois de goutte qui le retenaient dans sa triste chambre de Versailles, était enfin nommé en mai 1743 gouverneur de Saint-Malo avec la permission de vendre ou de faire passer sur la tête de son fils le gouvernement de Ribemont qu'il avait.]
[251: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[252: Lorsque, dans l'éloignement de Condé des affaires et l'ensevelissement du duc d'Orléans à Sainte-Geneviève, le jeune prince de Conti voulant jouer un rôle en septembre 1742, partait sans la permission du Roi pour se rendre à l'armée, et que Louis XV envoyait un courrier à M. de Maillebois pour mettre aux arrêts le prince à son arrivée, c'était madame de Mailly à laquelle le prince avait confié son projet sous le plus grand secret, qui se chargeait d'avoir une entrevue du Roi à la vieille princesse de Conti. Elle la faisait cacher dans la loge du concierge de Choisi, elle partait au-devant du Roi qui était à la chasse, traversait la rivière, arrêtait Louis XV en chemin et le décidait, à force de prières, à recevoir la mère du prince et à faire pardonner au jeune homme son escapade. Le prince de Conti demeurait en relation d'amitié avec la duchesse de Châteauroux, qui plus tard s'essayait à faire du prince français un Roi de Pologne.]
[253: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. IV.]
[254: Madame de Mailly, lorsqu'elle le rencontrait, lui tournait carrément le dos.]
[255: Mémoires de d'Argenson, t. IV.]
[256: Ibid., t. III.]
[257: Mémoires du marquis d'Argenson, t. IV.]
[258: Ibid., t. IV.]
[259: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[260: Le duc de Luynes dit: «Ce duché sera vérifié au parlement comme celui de Chevreuse, Duras, Lorges, etc.» C'est sur la terre de Gisors que ce duché est attaché. En même temps l'empereur, en reconnaissance des services du maréchal, le déclarait prince de l'Empire.
Au mois de septembre, le matin du jour où la maréchale de Belle-lsle devait prendre son tabouret dans le cabinet du Roi, madame de Mailly allait la voir le matin, lui disait qu'elle ne devait pas s'embarrasser de tous les discours qu'on tenait contre le maréchal, qu'il suffisait que le Maître fût content, que le Roi l'était de M. de Belle-Isle et n'avait jamais changé; que pour elle, elle avait toujours persisté dans les mêmes sentiments d'amitié; que l'on avait pu croire qu'ils étaient diminués parce qu'elle avait cessé de prendre aussi ouvertement son parti depuis tous les mauvais bruits qui avaient couru dans le public, mais qu'elle avait cru en cela la servir plus utilement et qu'elle n'avait jamais cessé de prendre le plus véritable intérêt à ce qui le regardait.]
[261: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[262: Mémoires du duc de Richelieu, t. VI.—Mémoires du duc de Luynes, t. IV.—Le Roi, en remontant dans son appartement, disait à madame de Mailly: «Madame la comtesse, vous serez bien contente de moi, car je n'ai cessé de parler à M. de Beauvau pendant mon souper.» Et madame de Mailly faisait le lendemain une longue visite à la maréchale de Belle-Isle, l'assurant qu'elle ne devait avoir nulle inquiétude, que le Roi connaissait l'attachement de M. de Belle-Isle pour sa personne et ses intérêts, et qu'il était fort content de lui.]
[263: Mémoires du duc de Luynes, t. I.]
[264: Archives nationales.—Le marquis d'Antin mourait en avril 1741.]
[265: Le duc de Luynes fait remarquer que, quoique madame de Mailly fût très-impressionnable, très-mobile, elle avait la constance en amitié.]
[266: Journal de Barbier, édition Charpentier, t. III.—Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. III.]
[267: Bachelier, qui en était quelquefois spectateur, disait à d'Argenson que cette vie avec «l'ennuyée et l'ennuyeuse» madame de Mailly et le duc d'Ayen et le duc de Noailles qui avaient plus de jargon que d'esprit, était le comble de l'ennui et le règne de Morphée.]
[268: Il semble même qu'en vieillissant, madame de Mailly ne prenait plus soin de sa toilette. Le duc de Luynes, parlant de la favorite à un retour de Choisi, dit: «On ne peut pas être moins parée qu'elle l'étoit; elle revint à Versailles avec la même robe qu'elle avoit en sortant de son lit.» Deux ans avant, madame de Mailly arrivant au sermon dans une robe jaune chamarrée de martre zibeline, avec un petit chaperon de fleurs jaunes et une aigrette, dans une toilette de masque, le Roi avait dit à la maréchale de Villars: «Je crois que la czarine doit être mise actuellement comme cela.» Du reste, malgré les louanges que les contemporains donnent à son art de se mettre, madame de Mailly semble toujours avoir eu un goût de toilette un peu voyant. Et de Luynes parle quelque part d'une robe apportée à la favorite à Choisi, d'une robe faite de plumes de toutes couleurs qui devait être plus originale que jolie.]
[269: Fragment des Mémoires de la duchesse de Brancas.—Lettres de Lauraguais à madame ***. Buisson. 1802.]
[270: Les Mémoires inédits sur la vie des membres de l'Académie Royale disent: «Ce fut la duchesse de Mazarin qui fit naître l'occasion dans laquelle Nattier produisit ses ouvrages pour la première fois. Elle lui amena en 1740 ses deux nièces, les belles mesdemoiselles de Nesle, connues depuis sous les noms de mesdames de Châteauroux et de Flavacourt, pour les peindre sous les allégories du Point du jour et du Silence. Ces deux tableaux qui sont pour ainsi dire les chefs-d'œuvre de Nattier, firent tant de bruit à la Cour qu'ils excitèrent la curiosité de la Reine qui, les ayant vus, fut si frappée de leur parfaite ressemblance, qu'elle ordonna sur-le-champ à Nattier de commencer le portrait de madame Henriette.»]
[271: Il était stipulé dans le contrat de mariage en sa faveur 5,000 liv. de douaire, 2,000 liv. d'habitation et 20,000 livres de préciput.]
[272: Mémoires du duc de Luynes, t. III.]
[273: Nouvelles manuscrites de novembre 1743 à février 1745. Bibliothèque nationale. Département des manuscrits. Sup. fr. 13,695 à 13,699, t. III.]
[274: Fragment des Mémoires de la duchesse de Brancas. Lettres de Lauraguais à Madame ***. Buisson, 1802.]
[275: Dans cette affaire madame de Mailly apportait toute la chaleur qu'elle mettait à obliger ses parents et ses amis, et on l'entendait dire que si elle n'avait pas demandé ce régiment à M. de Clermont avec autant d'insistance, M. de la Tournelle ne l'aurait pas eu.]
[276: Le duc de Luynes dit: «Mesdames de Flavacourt et de la Tournelle ont été présentées le même jour (25 janvier 1739), l'une mariée et l'autre fille, madame de la Tournelle fut présentée dans le Cabinet du Roi, et le Roi la salua; madame de Flavacourt, alors mademoiselle de Mailly, fut présentée chez la Reine, (l'usage étant qu'on ne présente les filles au Roi que dans l'appartement de la Reine); le Roi ne la salua pas, ce n'est pas l'usage, lorsque le Roy y vint un moment.»]
[277: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[278: Fragment des Mémoires de la duchesse de Brancas. Lettres de Lauraguais à Madame ***. Paris, 1802.]
[279: Fragment des Mémoires de madame de Brancas. Lettres de Lauraguais à Madame ***. Paris, 1802.]
[280: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie.]
[281: Le marquis d'Argenson indique le mois de novembre 1740, comme l'époque de la liaison intime de madame de la Tournelle avec le duc d'Agénois.]
[282: Fragment des Mémoires de la duchesse de Brancas.—Lettre de Lauraguais à Madame ***. Paris, 1802.]
[283: Madame de Mazarin mourait à 54 ans d'une maladie de la gorge compliquée d'une inflammation d'entrailles.]
[284: D'après d'Argenson, madame de la Tournelle n'était pas dans une position aussi misérable qu'elle apparaît dans les Mémoires du temps. Elle avait quarante mille livres de rente tant de la dot constituée par M. le Duc qui se croyait son père, que de son défunt mari qui lui avait laissé son bien en mourant, étant en pays de droit écrit.]
[285: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. IV.]
[286: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[287: La duchesse de Brancas dit: «Il fut question de lui donner un appartement, et le duc de Richelieu m'avoua, lorsqu'on en parlait chez le Roi, avoir dit: Il y en a un qui n'est pas vacant, mais point occupé, celui de l'évêque de Rennes: je dirai à madame la duchesse de Brancas de lui écrire que le Roi, espérant qu'il ne refusera pas, l'a donné à madame de la Tournelle en attendant qu'elle en ait un à elle. Je fus donc obligée de mander tout cela à l'évêque de Rennes…»]
[288: Voici le récit que fait la duchesse de Brancas de cette demande: «Outrée de dépit (contre Maurepas), madame de la Tournelle part pour Versailles, va chez le Cardinal et s'y fait annoncer. Qu'on la prie, dit-il, d'entrer dans mon cabinet. Il l'y trouve, et plus frappé de sa figure qu'étonné de sa présence: Eh! mon Dieu, lui dit-il, que voulez-vous, que voulez-vous de moi, Madame?—Une place de dame du palais de la Reine, lui répondit-elle.—Hé bien! Madame, lui dit-il, en la reconduisant, je vous promets d'en parler au Roi. Il prévoyait que le voyage de madame de la Tournelle à Versailles, et que la visite qu'il en avait reçue feraient trop de bruit pour la cacher. Dès le soir on en causait partout. Madame de Mailly ne savait qu'en penser; le Roi ne savait qu'en dire: le lendemain on parlait encore plus de ce voyage. Comment! disait-on à madame de Mailly, votre sœur est venue chez le cardinal et point chez vous? Elle était interdite et le Roi embarrassé.» Je n'ai point besoin de dire que je crois complètement inexact le récit de cette demande faite en dehors et en cachette de madame de Mailly. Les trois sœurs vivent ensemble à Versailles depuis le jour de la mort de madame de Mazarin, et de Luynes et d'Argenson sont complètement d'accord pour affirmer la part affectueuse et vaillante que prend madame de Mailly à faire réussir dès le principe la nomination de mesdames de la Tournelle et de Flavacourt.]
[289: Mémoires du marquis d'Argenson. Édition Renouard, 1865. t. IV.]
[290: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[291: On passait sur la difficulté grande alors de faire monter madame de la Tournelle dans les carrosses de Roi, son défunt mari n'étant pas un homme de condition.]
[292: Mémoires du duc de Luynes, t. II.]
[293: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[294: Fragment des Mémoires de la duchesse de Brancas. Lettres de Lauraguais à Madame ***. Paris, 1802.]
[295: D'Argenson, parlant de madame de la Tournelle, dit: «Elle a eu jusqu'à trois affaires: M. de la Trémoille, M. de Soubise, M. d'Agénois. Le premier la séduisit par ses charmes, M. de Soubise par intérêt et par vues; elle avait besoin de lui pour que la maison de Rohan et madame de Tallard s'intéressassent à elle, en vue d'entrer chez la Dauphine; elle ne lui permit que la petite oie, et elle eut M. d'Agénois pour se procurer les conseils de M. de Richelieu qui était en partie carrée avec elle, son cousin le petit d'Agénois et madame de Flavacourt.]
[296: Le Roi, mettant sous les yeux de madame de la Tournelle les lettres du fidèle d'Agénois, lui disait ironiquement: «Ah! le beau billet qu'a la Châtre, voilà ce que m'envoie la poste!»]
[297: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. VI.]
[298: Lettre autographe inédite de la duchesse de Châteauroux (madame de la Tournelle). Les lettres autographes de la duchesse de Châteauroux que nous avons publiées ici pour la première fois, dans les Maîtresses de Louis XV, lettres si curieuses non point seulement pour la biographie de la maîtresse, mais pour l'histoire du règne de Louis XV sont conservées à la Bibliothèque de Rouen et proviennent de la collection Leber, où elles étaient cataloguées sous le titre de: Lettres autographes secrètes et galantes de la duchesse de Châteauroux et de Louis XV au duc de Richelieu.
Quelques-unes de ces lettres de madame de Châteauroux portent ses armes, les trois maillets des Mailly-Nesle, et les trois tours du duché de Châteauroux sous le manteau ducal; l'une a pour cachet une tête de Socrate. Presque toutes sont écrites sur un papier de Hollande très-glacé dont le filagramme porte pour devise Pro patria ou Hony soit qui mal y pense.]
[299: Fragment des Mémoires de madame de Brancas. Lettre de Lauraguais à Madame ***. Buisson, 1802.—Au fond, le commencement d'amour du Roi se débattait encore avec les préventions que Maurepas lui avait données contre madame de Mazarin et sa famille, et il croyait madame de la Tournelle altière et intrigante comme sa tante.]
[300: Les bruits de cour parlaient alors, pour remplacer madame de Mailly, de madame de Rohan, de madame de Congé et d'autres. Les désirs du Roi erraient un peu au hasard et même au-delà de Versailles et des femmes de la cour. Madame de Tencin écrit que Maurepas avait eu l'idée de maintenir madame de Mailly dans les honneurs et les apparences de la faveur, en donnant au Roi une petite fille; on avait même cherché la petite fille, et l'on avait jeté les yeux sur la comédienne Gaussin qui fut au moment de doubler la de Mailly, si, au dernier moment, on n'avait pas eu peur de la santé de la courtisane.]
[301: Était-ce madame de Rohan que Richelieu comptait alors parmi ses maîtresses et qu'il préféra garder pour lui en donnant au Roi madame de la Tournelle qu'il aimait moins? Aussitôt que madame de Rohan apprenait la part que le duc avait eue à l'intrigue, elle lui écrivait une singulière lettre de rupture où elle se plaignait «de n'avoir pu acquérir un ami et ne lui avoir paru digne que de certains sentiments». Madame de Tencin, la confidente des deux anciens amants, et qui recevait des lamentations en huit pages de la femme sacrifiée, engageait le duc à la ramener à lui, en lui disant qu'à l'heure présente c'était la seule femme de la cour dont on pouvait se faire une amie aussi bien qu'une maîtresse.]
[302: Fragment des Mémoires de madame de Brancas. Lettres de Lauraguais à Madame ***. Buisson, 1802.]
[303: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. IV.]
[304: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[305: Ibid., t. IV.—«Tu m'ennuies, j'aime ta sœur,» répétait le Roi à madame de Mailly, d'après d'Argenson.]
[306: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, 1865, t. IV.]
[307: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[308: Dans le public le bruit courut que la disgrâce de madame de Mailly venait d'avoir soutenu avec trop de chaleur le maréchal de Belle-Isle, et en dernier lieu Maillebois accusé «de fêter plus Bacchus que Mars». On parla d'une lettre interceptée de Belle-Isle à Maillebois qui contenait cette phrase: «Ne vous pressez pas, un autre (de Broglie) recueillerait les lauriers que vous auriez acquis, nous avons pour nous la sultane favorite.» Au fond la politique n'était pour rien dans le renvoi de madame de Mailly, le Roi la remplaçait parce qu'il était las d'elle, et qu'elle commençait à être vieille et laide.]
[309: D'Argenson dit que c'est Richelieu mandé par le Roi de l'armée de Flandre, beaucoup plus tôt qu'il ne l'eût été sans cela, qui arrangeait toute la quitterie du Roi et de madame de Mailly; d'Argenson ajoute: «Il est en tout l'avocat consultant du Roi, son professor di pazzia.»]
[310: «Il n'y a que madame de Mailly qui m'embarrasse, avait dit le Roi à Richelieu, au moment où encore indécis sur les remplaçantes qu'il donnerait à l'ancienne maîtresse il était déterminé à s'en séparer.—Et voilà, répondait au Roi Richelieu, ce qui doit beaucoup moins embarrasser Votre Majesté que tout autre chose. Je me charge, moi, de ce qui est convenable entre elle et Votre Majesté. Je ne lui apprendrai pas qu'elle n'en est plus aimée; elle en meurt de chagrin, mais je l'occuperai du seul moyen de sauver sa gloire. Vous n'entendrez sûrement plus parler d'elle.—En êtes-vous bien sûr? m'en répondez-vous? s'écriait le Roi, qui se mettait à serrer la main de Richelieu.—Je la connais trop bien, disait Richelieu pour en douter. Elle sera si profondément désolée, qu'elle se jettera vraisemblablement tout de suite dans un couvent.»]
[311: Fragment des Mémoires de la duchesse de Brancas. Lettres de Lauraguais à Madame ***. Paris, 1802.]
[312: Fragment des Mémoires de la duchesse de Brancas. Lettre de Lauraguais à madame ***, Paris, 1802.—Ce récit est confirmé par de Luynes qui dit que le Roi continue à aller tous les soirs chez madame de la Tournelle avec un surtout et une grande perruque par-dessus ses papillotes.]
[313: Ces entrevues se répétaient pendant tout un mois. Soulavie raconte, je ne sais d'après quel témoignage, que dans une de ces visites nocturnes, Richelieu se donna le plaisir de faire une grandissime peur à Maurepas. Reconnaissant son ennemi dans un homme en train d'espionner le Roi dans l'obscurité, au qui-vive de Louis XV, interpellant le quidam, il tirait son épée, en criant: «Sire, je le tue.»]
[314: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[315: D'Argenson dit: «Madame de Mailly a été renvoyée un peu plus durement qu'une fille d'opéra: le samedi à dîner le Roi lui dit qu'il ne voulait pas qu'elle couchât le soir à Versailles; elle devait cependant y revenir le lundi; il y eut quantité de missives et de courriers ce jour-là. Madame de la Tournelle a voulu absolument exiger que sa sœur ne revînt jamais à Versailles, tant qu'elle serait maîtresse du Roi.»]
[316: Le duc de Luynes dans le récit duquel ne se trouve pas la phrase de Soulavie: «À lundi à Choisy, madame la comtesse… à lundi, j'espère que vous ne vous ferez pas attendre,» par la raison bien simple que c'était le lundi 5 à quatre heures et non le lundi 12, jour du départ pour Choisi que devait revenir madame de Mailly, le duc de Luynes affirme que le Roi témoigna hautement qu'il continuait et continuerait à avoir de l'amitié pour madame de Mailly et qu'il désirait qu'elle demeurât à Versailles. Cette affirmation concorde parfaitement avec la teneur de la lettre à Richelieu que nous donnons dans ce chapitre. Et elle enlève tout caractère de véracité à l'anecdote du bonhomme Metra, quoiqu'il dise la tenir d'un témoin oculaire. D'après l'auteur de la Chronique secrète, Louis XV, retiré à la Muette après le renvoi de madame de Mailly pour éviter sa rencontre, aurait vu tout à coup arriver la femme éplorée qui, sur l'ordre intimé par un donneur de lettre de cachet de remonter en carrosse, aurait poussé des cris plaintifs et se serait arraché les cheveux, pendant que Louis XV, que la curiosité avait attiré à la croisée, regardait cette scène à travers les carreaux et riait des attitudes comiques amenées par le désespoir de la maîtresse. Madame de Mailly n'avait pas reçu de lettre de cachet, et Louis XV ne faisait pas de séjour à la Muette après le départ de madame de Mailly de Versailles.]
[317: Catalogue d'autographes provenant du cabinet de M. A. Martin, 1842.]
[318: Mémoires du marquis d'Argenson, t. IV.]
[319: Mémoires du duc de Luynes, t. III.]
[320: C'était seulement en avril 1741, que pour faire cesser ses indignes emprunts, Louis XV se décidait à donner à sa maîtresse quatre flambeaux et 200 jetons d'argent.]
[321: Chronique de louis XV, 1742-1743, Revue rétrospective, t. V.—Voici les conditions que donne Barbier: «Elle serait maîtresse déclarée, elle aurait une maison, elle n'irait point aux petits soupers du Roi dans les petits appartements; elle aurait tous les soirs dix couverts chez elle et elle nommerait elle-même les personnes qui y souperaient; elle aurait de plus cinquante mille écus de pension assurée pour sa vie.»]
[322: Mademoiselle de Montcavrel, nommée depuis mademoiselle de Mailly, et qui était l'intime compagne de madame de la Tournelle comme mademoiselle de Vintimille l'avait été de madame de Mailly, épousait à l'âge de 28 ans le duc de Lauraguais, le fils de madame de Brancas, l'amie de Richelieu, et qui comptait tirer de grands avantages de ce mariage-là. Il lui était assuré un douaire de 10,000 liv., pour lequel le Roi prolongeait de soixante ans une rente qu'il avait établie sur les Juifs de Metz, et qui n'avait plus que trois ans à courir. Il lui donnait 100,000 liv. argent comptant. Outre cela la mariée devait obtenir, dès le moment de son mariage, le brevet de dame du Palais de la Dauphine, et en toucher les appointements qui étaient de 2,000 liv. Elle avait encore les 6,500 liv. de rente qu'avaient ses autres sœurs. M. de Lauraguais n'avait que les 20,000 liv. de rente qui lui avaient été données par son père, lors de son premier mariage avec mademoiselle d'O. Le contrat de mariage de mademoiselle de Montcavrel avec le duc de Lauraguais était signé à Versailles, le 19 janvier 1743, et quarante personnes assistaient à la signature. Le mariage se faisait chez madame de Lesdiguières, tante de madame de Mailly, qui se chargeait de la noce et empruntait pour le repas la maison de madame de Rupelmonde qui était en Auvergne. Les mariés allaient coucher chez le duc de Brancas. Madame de Mailly, qui s'était beaucoup occupée du mariage de sa sœur, qui y avait intéressé le Roi, et qui avait failli la marier à M. de Chabot, ne paraissait pas à la noce pour ne pas se rencontrer avec madame de la Tournelle.]
[323: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.—Madame de la Tournelle, même après le départ de madame de Mailly, continuait à dire et à faire dire «qu'elle était aimée de M. d'Agénois et qu'elle l'aimait, qu'elle n'avait nul désir d'avoir le Roi, qu'il lui ferait plaisir de la laisser comme elle est, et qu'elle ne veut consentir à ses propositions qu'à des conditions sûres et avantageuses».]
[324: Le 3 novembre 1742, à sept heures du soir.]
[325: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.—Madame de Tencin dit que madame de Toulouse lui donnait un appartement de sept pièces de plain-pied.]
[326: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. VI.]
[327: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[328: De Luynes dit: «Elle est dans un état digne de compassion; sa santé n'étant pas déjà bonne, on peut juger de sa situation… Elle n'est occupée que du désir de revenir ici, et l'on croit que le Roi le désireroit aussi, mais que l'autre s'oppose à ce retour.»]
[329: M. de Gesvres, mandé par elle à Paris, dans la peur de se compromettre, de déplaire au Roi et à madame de la Tournelle, feignait une indisposition pour ne pas quitter Versailles.]
[330: Toujours aveugle, toujours confiante, toujours à son rôle de victime et continuant toujours à se livrer à ses ennemis, elle aurait invoqué les conseils de d'Argenson. D'Argenson, comprenant toute l'importance de la tenir éloignée de Versailles et de lui faire accepter l'exil, lui répétait hypocritement ce que la fausse amitié avait dit autrefois à madame de Montespan: que le Roi avait l'esprit excité contre elle, et qu'une retraite ne pouvait manquer de le ramener.]
[331: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[332: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[333: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.—Du même coup, le petit comte du Luc, le fils de madame de Vintimille, perdait le logement qu'il avait à Versailles. Privé des soins de madame de Mailly que madame de la Tournelle ne s'offrait pas à continuer, le bâtard du Roi était, contre l'intention de Louis XV, envoyé, pour y être élevé, à la terre de Savigny, appartenant au marquis du Luc.]
[334: Au dire de nouvelles à la main à la date de 1742, que m'a communiquées dans le temps le marquis de Flers, les dettes de madame de Mailly montaient à 1,100,000 liv. dont 300,000 étaient dues aux fermiers généraux des postes, 40,000 à Duchapt, marchand de modes; 100,000 à un marchand d'étoffes. Le duc de Luynes, mieux renseigné, assure que ses dettes ne dépassaient pas 160,000 liv. plus une somme de 60,000 liv. due au duc de Luxembourg, mais elle avait signé pour 400,000 liv. de dettes de son mari. Lors de l'arrangement définitif on payait ses dettes personnelles avec une forte réduction des créances. Le Roi lui donnait 20,000 liv. de pension outre les 12,000 qu'elle avait déjà, et la logeait définitivement dans la maison, rue Saint-Thomas du Louvre, où logeait feu madame de Lesdiguière. De Luynes ajoute qu'il fallait meubler le logement et qu'elle n'avait pas un sol, ce qui amenait ses amis à demander pour elle une année d'avance. Il raconte aussi qu'à l'observation que quelqu'un lui faisait sur la tristesse et l'obscurité de la maison, elle répondait que cela ne lui faisait rien, «qu'on lui aurait ordonné d'aller habiter une prison, qu'elle y aurait été tout de même.»]
[335: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[336: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[337: Voir la lettre autographe de madame de la Tournelle du Catalogue Martin cité dans le chapitre précédent.]
[338: Le Roi disait dans le premier moment à M. de Meuse assez sèchement: «Hé bien, elle n'a qu'à n'y point venir.» M. de Meuse lui reparlait une heure après du refus de madame de Luynes, et, cherchant à en atténuer l'irrévérence, Louis XV était un moment sans répondre, puis, prenant un visage riant, ordonnait à Meuse «qu'il allât trouver madame de Luynes, et qu'il lui annonçât qu'elle ne seroit pas de ce voyage-ci, que ce seroit pour un autre, et qu'il ne lui savoit pas mauvais gré de ses représentations.»]
[339: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[340: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[341: Madame de Chevreuse, qui avait dans sa maison l'exemple de la dignité et de la pudeur donné par la duchesse de Luynes, se disculpait de ses relations avec la favorite en disant que ses sentiments n'étaient qu'une continuation d'une amitié d'ancienne date et qui avait commencé au couvent.]
[342: Sans doute madame de la Tournelle trouvait bon de reculer encore cette défaite que, dans sa lettre à Richelieu, elle semblait annoncer, appeler même pour ce voyage.]
[343: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[344: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. VI.—Madame de la Tournelle obtenait le lendemain ou le surlendemain de son séjour de Choisi que les deux antichambres conduisant de la chambre bleue à sa chambre fussent condamnées. Le Roi n'en restait pas moins, pendant le reste du voyage, très-occupé de la jeune femme. Aux déjeuners il se mettait toujours à côté d'elle, et l'on remarquait qu'il recommençait à jouer à cavagnole, à ce jeu auquel Louis XV ne jouait plus depuis deux ans et auquel l'avaient fait renoncer, disaient les courtisans, les humeurs de madame de Mailly qui était très-mauvaise joueuse.]
[345: Il est établi par cette lettre, ainsi que je l'ai dit, que c'était Richelieu qui rédigeait les lettres de madame de la Tournelle au Roi.]
[346: Lettres autographes secrètes et galantes de la duchesse de Châteauroux et de Louis XV au duc de Richelieu, 1742-1744, conservées à la bibliothèque de Rouen, collection Leber, N° 5,816.]
[347: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[348: Chronique de Louis XV 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[349: Chronique de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[350: Le service de madame de Mailly, la Reine n'en avait pas eu toujours à se louer. Toute excellente femme qu'était madame de Mailly, elle avait rendu dans les premiers temps, avec son naturel moqueur, la vie fort dure à Marie Leczinska. Et les semaines, où la dame d'atours remplissait sa charge, la Reine était dans un état de nervosité qui mettait sens dessus dessous la domesticité de sa Maison. La pauvre Reine était persuadée,—et c'était malheureusement la vérité,—que la favorite passait son temps à l'examiner à l'effet de lui trouver des ridicules dont elle allait se divertir avec la Roi.]
[351: Madame de Tencin dit de madame de Montauban «que dans le commerce de l'amitié elle était sûre comme la Bastille».]
[352: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. IV.]
[353: Les historiens sont unanimes pour reconnaître la hauteur blessante avec laquelle madame de Châteauroux traitait quelquefois la Reine. Il y a plus, la Reine subissait des persécutions singulières de la part de la favorite. On ne bouchait qu'après sa mort des trous qu'elle avait fait percer du côté du Roi, dans le cabinet où s'habillait la Reine, et qui lui permettait d'entendre ce qui s'y disait.]
[354: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.—Le duc de Luynes dit positivement que la Reine ne pouvait se décider à adresser la parole à madame de la Tournelle.]
[355: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[356: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective t. V.]
[357: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. VI.]
[358: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[359: Fleury aurait dit: «On se plaint de mon ministère, on voudroit que le Roi régnât. Eh bien, on verra quel sera le train des affaires quand le Roi lui-même les conduira.»]
[360: Mais le confesseur se voyait refuser l'entrée du cabinet du Roi. Alors il était question de décider le Roi, à cause du scandale qui résultait de son éloignement des sacrements, à communier en blanc ainsi que le faisait Louis XIV, qui n'avait jamais cessé de satisfaire aux devoirs de la religion, mais Louis XV s'y refusait.]
[361: Cette fin de novembre, disent les Mémoires de Maurepas, cette fin de novembre qui ramenait les gens de la campagne, et pendant laquelle se traitait justement la défaite de madame de la Tournelle, était l'époque choisie par les petits poètes de la cour et les poètes de commande pour la fabrication des vers satiriques destinés à être répandus au nouvel an.]
[362: Peut-être contre l'attente de Maurepas, le succès des chansons du ministre dans le public avançait-il la victoire de madame de la Tournelle. Leurs taquineries journalières, en irritant le Roi, le familiarisaient avec l'impopularité, et elles avaient ce résultat imprévu de le décider à tout braver et à ne plus rien marchander à son amour.]
[363: Un jour que le Roi disait à propos des chansons: «Voyez, le public aime Maurepas; il n'est point maltraité.» Richelieu s'écriait: «Ah! je n'en suis pas surpris, c'est lui qui les a faites.»]
[364: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[365: À propos de ces chansons qui lui auraient été adressées par la poste, la favorite aurait dit, avec un air d'autorité qui avait été remarqué, que, si elle conservait la faveur du Roi, elle trouverait bien le moyen d'arrêter la licence avec laquelle on parlait et on écrivait sur certains articles.]
[366: Mémoires du duc de Luynes, t. III.]
[367: Une autre de ces chansons relatives aux cinq sœurs s'exprimait en ces termes:
L'une est presque en oubli, l'autre presque en poussière,
La troisième est en pied; la quatrième attend
Pour faire place à la dernière.
Choisir une famille entière,
Est-ce être infidèle ou constant?
]
[368: Soulavie dit: Quant à la soie du lit bleu que madame de Mailly avait filé, qu'elle avait ensuite donné au Roi comme gage de ses amours, et dans lequel il couchait ou va coucher avec ses sœurs, elle était encore due en 1744 à un marchand de la rue Saint-Denis.]
[369: Le soir de son arrivée, dit le duc de Luynes, Richelieu, qui soupait avec madame de la Tournelle, avait une longue conversation avec la favorite avant et après le souper.]
[370: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.—Le duc ajoute: Outre la tabatière dont j'ai parlé ci-dessus de madame de la Tournelle, le Roi lui en donna encore une autre le lendemain; elles sont belles toutes deux, la première est d'agate arborisée émaillée, et l'autre est d'or émaillé.—La Chronique de Louis XV dit, à la date du 15 décembre: «Le Roi est d'une extrême gaieté et c'est avec regret que Sa Majesté part aujourd'hui de Choisy.»]
[371: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.—Des vers satiriques parurent sur le départ de M. de Richelieu dans sa chaise de poste, faite en forme de lit «dans laquelle quatre armoires étoient pratiquées avec toutes les commodités d'un homme malade dans sa chambre.»]
[372: Chronique de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[373: Le samedi 22 décembre, madame de la Tournelle prenait possession de son nouvel appartement, qui était l'ancien appartement du maréchal de Coigny. Changeait-elle quelques jours après, ainsi que l'indiquerait cette phrase, d'une lettre du Roi de janvier: «La marquise de la Tournelle est dans son nouveau logement, depuis hier, ou pour mieux dire, dans celui de sa sœur»?]
[374: C'est sans doute la truite dont Louis XV remercie Richelieu dans une lettre du 3 janvier: «Sa Majesté a paru fort contente à son souper de la truite du lac de Genève que M. de Richelieu lui a envoyée: demain, en en mangeant le reste, sa compagnie pourra juger si elle a raison et sûrement ne manquera pas de boire à sa santé.»]
[375: Sa sœur qui venait d'épouser le duc de Lauraguais.]
[376: Madame de Chevreuse avait la petite vérole. Le Roi écrivait quelques jours après à Richelieu: «Cette dernière (madame de Chevreuse) ne s'en tirera pas trop bien. Helvétius n'en a pas bonne opinion. Elle a une rougeur dans l'œil qui ne dénote rien de bon.»]
[377: M. de Fargis, dit le duc de Luynes, mort de la petite vérole dans la nuit du 6 ou 7 décembre, était un homme aimable et de bonne compagnie; il avait été capitaine des gendarmes de la Reine et avait hérité de son oncle, M de Montmort, de la terre de Mesnil-Haberton qu'il avait vendue au comte de Toulouse.]
[378: La Poule, madame de Flavacourt. Elle accouchait, le samedi matin 15 décembre, d'une fille chez sa belle-mère où elle logeait. Madame de Mailly, qui était auprès d'elle, se retirait devant la visite de madame de la Tournelle, venue de Choisi pour la voir.]
[379: Lettre autographe de la duchesse de Châteauroux (madame de la Tournelle) provenant de la collection Leber. Bibliothèque de Rouen.]
[380: Il semble que c'était dans les habitudes du Roi de mettre, dans les lettres que les amants écrivaient à deux, des post-scriptum de cette façon. Je trouve dans une lettre (4 août 1743), publiée dans la Vie privée de Richelieu dont malheureusement je ne puis fournir l'original, mais qui présente tous les caractères de l'authenticité, une fin conçue en ces termes:
«Bonsoir, Votre Excellence! c'est en baisant la main de la princesse que je finis ma lettre. Elle vous fait bien ses compliments.»
Et plus bas est écrit de la main de madame de Châteauroux:
«Le Roi ordonne que je vous dise un petit bonsoir, et j'obéis avec grand plaisir. Je n'ai reçu la lettre où vous me parliez de votre intendant, que quand la chose a été faite. Il me semble que je vous ai entendu dire du bien de M. Lenain, ainsi je me flatte que vous n'en serez pas fâché. Je n'ai pas pu vous faire réponse par le courrier dont j'ai été bien fâchée, mais ce qui est différé n'est pas perdu. Si vous voyez Dumenil, dites-lui que j'ai reçu sa lettre et qu'au premier soir je lui ferai réponse.»]
[381: Lettre de Louis XV et de la duchesse de Châteauroux provenant de la collection Leber. Bibliothèque de Rouen.]
[382: Au jour de l'an 1743, le Roi donnait pour étrennes à madame de la Tournelle une montre qu'il avait fait faire pour madame de Mailly, dont la boîte était de laque enrichie de diamants. Madame de la Tournelle faisait présent à Sa Majesté d'un almanach dont la couverture était de la Chine, ornée de son chiffre en brillants.]
[383: Le Cardinal mourait le 29 janvier. Aussitôt l'Éminence morte, la Chronique de Louis XV dit que le Roi rappelait par une lettre le duc de Richelieu à Versailles.]
[384: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[385: Mémoires du duc de Luynes, t. V.—Le Roi, à un retour de chasse, faisait porter son souper chez madame de la Tournelle qui le recevait couchée sur une chaise longue, pendant que ses femmes de chambre et celles de madame de Lauraguais servaient Sa Majesté.]
[386: Chronique de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[387: Voici ce rondeau qui a sept couplets:
Le Maurepas est chancelant,
Voilà ce que c'est que d'être impuissant!
Il a beau faire l'important,
Bredouiller et rire,
Lorgner et médire,
Richelieu dit en le chassant:
Voilà ce que c'est que d'être impuissant!
]
[388: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743, Revue rétrospective, t. IV.]
[389: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[390: Ibid., t. IV.]
[391: Mémoires de Luynes, t. V.—C'était la même conduite à l'égard des voitures. Madame de la Tournelle avait exprimé le désir d'avoir une berline à elle pour se promener, et se refusait de se servir des carrosses du Roi. Aussi ne sortait-elle presque jamais, quoiqu'elle aimât beaucoup les spectacles.]
[392: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, 1862, t. IV.]
[393: Quelquefois cependant la nature dominante de madame de la Tournelle l'emportait. C'est ainsi qu'un mois avant la mort du Cardinal, la Chronique du règne de Louis XV raconte que le Roi ayant fait lire un article d'une de ses lettres à madame de la Tournelle, celle-ci avait voulu voir la lettre tout entière, que le Roi avait eu beau lui dire que ce qu'il ne lui montrait pas ne pouvait être vu, elle avait persisté avec une violence telle que le Roi avait été obligé de jeter la lettre au feu.]
[394: Madame de la Tournelle n'était pas sans avoir entendu parler de ce souper des cabinets, où madame de Mailly et mademoiselle de Charolais lancées dans la politique et le Champagne, le Roi s'était tout à coup écrié: «Tout à l'heure, un homme (le cardinal de Fleury) me disait: «Sire, je n'ai qu'une grâce à demander à Votre Majesté avant de mourir, c'est de se souvenir de ce que je lui ai dit dans sa jeunesse, que si jamais Votre Majesté écoutait les conseils des femmes sur les affaires, Elle et son État étaient perdus sans ressource.» Et le Roi avait ajouté après un silence: «Et je dis à cela que si quelque femme osait jamais me parler d'affaires, je lui ferais fermer ma porte au nez sur-le-champ.»]
[395: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[396: Huit jours après la mort du Cardinal, au moment où l'on croyait voir Chauvelin redevenir premier ministre, ramené aux affaires par madame de la Tournelle, on apprenait qu'il avait reçu une lettre de cachet qui, renforçant son exil, le faisait aller de Bourges à Issoire. Le motif de ce rigoureux déplacement était la remise au Roi d'un mémoire justificatif de Chauvelin, injurieux pour la personne du Cardinal. Le Roi, très en colère, s'adressant à Richelieu dans les cabinets, disait: On m'a remis un mémoire de Chauvelin qui tend à flétrir la mémoire de M. le Cardinal; les expressions m'en ont fait horreur; j'ai envoyé M. Chauvelin en exil plus loin qu'il n'était.—À propos du retour à Paris et de la présentation au Roi de Chauvelin qui devait être faite par madame de la Tournelle, le bruit courut que le parti avait consigné un million pour la favorite, au cas où il serait rappelé à la cour et au ministère des affaires étrangères.]
[397: Il est vrai que si l'on en croit une chanson, madame de Boufflers lui préparait pour la fin de la campagne le retour en grâce près de la favorite par une singulière preuve d'amour;
Luxembourg doit être à la cour
Reçu des mieux à son retour.
Admirez quel excès de zèle,
La Boufflers a su mettre en jeu!
Car pour lui gagner la Tournelle
Elle couche avec Richelieu!
]
[398: Marville, qui avait tiré les vers du nez à M. de Gesvres, avait appris par lui que de Meuse avertissait Maurepas de tout ce qui se passait dans les cabinets, et que c'était par cette voie que le ministre avait su tout le mal que Richelieu disait de lui au Roi.]
[399: Mémoires du duc de Luynes, t. II.]
[400: Soulavie dit que ce nom lui venait aussi de coiffures qui lui donnaient une certaine ressemblance avec une poule huppée.]
[401: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[402: Présentée à la cour le jeudi 31 janvier, elle soupait pour la première fois dans les cabinets le vendredi suivant.]
[403: Mémoires du duc de Luynes, t. V.—Remarquons ici que très-souvent Soulavie a l'habitude de rédiger, en une phrase parlée, une chose que de Luynes dit avoir été dite par le Roi sans en donner les termes exprès. Soulavie aime aussi à refaire, à arranger les mots du Roi qu'il ne trouve pas assez concis, assez caractéristiques.]
[404: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[405: Sur cette comparaison, le Roi disait avoir été extrêmement longtemps à se faire à la physionomie du cardinal.]
[406: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.—La séduction de Louis XV par le sang des de Nesle est vraiment particulière. On parla un moment d'un vif caprice du Roi pour madame de la Guiche, une fille bâtarde de madame de Nesle et de M. le Duc.]
[407: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.—Il ne peut y avoir aucun doute sur les liaisons du Roi avec madame de Lauraguais, Soulavie raconte que madame de Lauraguais avait été surprise avant son mariage par le Roi dans une de ses rondes libertines du matin à Choisi. D'Argenson dit: «Sa Majesté s'est trouvée quelquefois assez d'appétit pour tâter de cette grosse vilaine de Lauraguais.»]
[408: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[409: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. VI.]
[410: Donnons la liste des portraits gravés de madame de la Tournelle devenue la duchesse de Châteauroux.
LA FORCE.
Madame la duchesse de Châteauroux est représentée tenant une torche d'une main, une épée de l'autre. Elle a les cheveux épandus autour du visage en boucles follettes. Ses épaules et sa gorge sortent d'une cuirasse autour de laquelle vient se nouer à la ceinture une peau de tigre. À ses côtés, accroupi sur ses pattes, un lion montre les crocs.
On lit dans le cadre:
LA FORCE.
Et plus bas:
J. M. Nattier pinx. Balechou.
L'adresse est:
À Paris, chez Surrugue, graveur, rue des Noyers, attenant le magasin de papier, vis-à-vis St-Yves A P D R.
Ce portrait réduit avec quelques changements, dans le format in-4°, et gravé en contre-partie, a été reproduit par Pruneau sous le titre:
MADAME LA DUCHESSE
DE CHÂTEAUROUX
Morte le 10 décembre 1744.
On lit en bas:
Peint par J. M. Nattier.—Gravé par Pruneau.
À Paris, chez Bligny, cour du Manège, aux Tuileries.
Ce portrait est dans un médaillon avec un nœud de ruban plissé dans des fleurs.
Un autre portrait, le beau portrait désigné dans les Mémoires inédits sur les membres de l'Académie royale, sous le titre du Point du Jour, a été également gravé. Il représente la duchesse couchée sur un nuage, des roses dans les cheveux, habillée en déesse mythologique d'une courte chemisette très-décolletée, avec un flottement de draperie sur ses jambes nues, et repoussant d'une main, une étoile au front, des pavots et la Nuit. Derrière elle, un Amour se prépare à éteindre son flambeau pâlissant dans le jour naissant. On lit au bas de l'estampe:
Nattier pinx. Malœuvre sc.
LA NUIT PASSE, L'AURORE PAROIT.
À Paris, chez Basan, graveur.
Dans la série des figures de femmes olympiennes gravées d'après Nattier, les catalogues de vente font encore des duchesses de Châteauroux de LA SOURCE, de FLORE À SON LEVER; mais rien ne confirme ces attributions.
Un autre portrait, qui a été gravé pour une édition des Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, porte:
LA DUCHESSE DE CHÂTEAU ROUX.
La Duchesse est représentée les cheveux coupés courts à la façon d'un homme; l'attache d'un carquois retient la chemise qui laisse à découvert un bouton de sein. Elle a au-dessus de la tête une étoile. On lit en bas, à la pointe: Masguelier sculp.
Il y a un second état qui porte en haut: t. VII, page 52; et en bas au dessous du nom: «Mais croyez-vous qu'il m'aime encore?»
Cet état porte à la pointe: Peint par Nattier, Gravé par J.
Masquelier, 1792.
Je connais deux portraits peints de la duchesse de Châteauroux Le premier est celui gravé par Masquelier en 1792 et qui a été intercalé dans l'édition des Mémoires du maréchal duc de Richelieu. Il est en la possession de M. de Saint-Valry qui le tient de sa famille. Il provient du château de Crécy possédé par madame de Pompadour, qui, d'après une tradition du pays, aurait fait construire un Boudoir des Beautés aimées avant elle par son royal amant. Les cheveux courts de la duchesse sont légèrement poudrés; elle a de grands yeux très-bruns (et non bleus) en amandes et imperceptiblement relevés à la chinoise dans les coins; le nez est fin, délicat, presque mutin, la bouche très-petite et charnue avec un menton grassouillet un peu lourd. Très-fardée, le rouge de ses joues fait paraître nacrées les blancheurs de sa gorge. Elle est habillée d'un habit de satin blanc avec une bretelle en forme de cordon de carquois retenant l'étoffe à ses épaules. Ce portrait est un Nattier moins conventionnel que d'habitude et qui, dans la peinture esquissée de cette figure, serre la nature d'assez près et vous donne une représentation de la favorite moins enjolivée, moins affinée, moins délicatifiée que dans son portrait officiel de la Force.
Un autre portrait d'une qualité inférieure, et appartenant au baron Jérôme Pichon, est exposé en ce moment au Trocadéro. C'est, sauf un changement dans le mouvement des mains, la même coiffure, le même allumage des joues par le fard, la même robe de satin blanc en une effigie plus grossière et dans une peinture plus alourdie.
Il y aurait peut-être un portrait de la duchesse de Châteauroux dans les palais royaux de la Prusse: le portrait demandé, d'après de Luynes, par Frédéric à d'Argenson, par l'entremise de M. de Courten.
Il existait autrefois un dessin de madame de la Tournelle dans le cabinet de M. de Fontette, que la Bibliothèque ne possède plus.]
[411: Voici un portrait en vers de madame de la Tournelle, que donnent les Mélanges de Bois-Jourdain:
Elle a d'Hébé la brillante jeunesse,
Toute la grâce et l'enjouement,
Ce doux regard plein de finesse
Où se niche si joliment,
Sous les traits de la gentillesse,
L'expression du sentiment;
Ce je ne sais quoi qui nous touche
Plus séduisant que la beauté;
Le sourire enfantin, des lèvres, une bouche
Où réside la volupté,
Un teint que le lys et la rose
Tour à tour ont soin d'embellir;
Un sein qui jamais ne repose,
Doux labyrinthe du désir.
]
[412: Fragment des Mémoires de la duchesse de Brancas. Lettres de Lauraguais à Madame ***. Buisson, 1802.]
[413: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[414: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[415: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[416: Mémoires du duc de Luynes, t. IV.]
[417: Chronique du règne de Louis XV, 1742, 1743, Revue rétrospective, t. V.]
[418: Correspondance du cardinal de Tencin et de madame de Tencin avec le duc de Richelieu, 1790.]
[419: Lettre autographe de la duchesse de Châteauroux. Collection Leber. Bibliothèque de Rouen.]
[420: Madame de Tencin écrivait au commencement d'octobre à Richelieu: «De Betz a un moyen pour faire à madame de la Tournelle 80,000 francs de rente, sa vie durant, sans qu'il en coûte rien au Roi; c'est en lui donnant le duché de Châteauroux qui est compris dans le bail des fermes, et qui ne diminuera pas d'un sou le bail, en le retranchant et en le donnant à madame de la Tournelle.»]
[421: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[422: Les rentes du duché arrivaient fort à propos à madame de la Tournelle. Elle avait de grands besoins d'argent, depuis qu'elle était à la cour; elle s'était même, paraît-il, considérablement endettée. Il y avait bien des moyens, dit madame de Tencin, de lui faire avoir de l'argent, mais il fallait que le Roi fît au moins un clin d'œil, et ce clin d'œil, il ne le faisait pas. Puis la favorite était en garde contre les marchés compromettants, contre ces pots de vin dans lesquels Maurepas, qui la guettait, espérait lui prendre la main. Un moment des amis l'avaient abouchée avec un chevalier de Grille et un M. de Betz, mais il semble que la délicatesse de la favorite en matière d'argent avait fait rompre la négociation.]
[423: Le cardinal de Tencin écrivait à Richelieu, à la date du 25 janvier 1744: «Montmartel et Duverney ont aussi vu madame de Châteauroux… Le premier prendra soin de sa terre et de toutes ses affaires et lui donnera tant par mois ce qui pourrait bien aller à des mille livres. Elle n'a pas été d'avis qu'on demandât une augmentation du brevet de retenue.»]
[424: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[425: L'original de ces lettres patentes dont un fragment est donné dans les Mémoires de Maurepas et dont la publication intégrale existe dans de Luynes, est conservé aux Archives nationales, carton O/1 87.—Barbier disait en exagérant, je crois, un peu les choses: «Le Roi en même temps a formé une maison considérable à madame de la Tournelle… Cela se passera dans le grand à l'exemple de Louis XIV,… on parle pour elle à Versailles de l'appartement qu'avait feu madame la Duchesse et que le Roi lui donne des meubles superbes.»]
[426: Richelieu n'avait encore eu comme récompense obtenue du temps de madame de Mailly «de l'obligation que lui avait Louis XV» que les premières entrées à Versailles. On sait qu'il y avait cinq espèces d'entrées chez le Roi: 1° les entrées familières; 2° celles des gentilshommes de la chambre; 3° les premières entrées; 4° les entrées de la Chambre, celles qu'on appelle des quatorze et qui sont proprement celles du cabinet; 5° les entrées de la Chambre. Donnons de ces entrées si recherchées, un brevet, le BREVET d'entrée pour M. de Soubise: «Aujourd'huy 16 février 1744, le Roy étant à Versailles, désirant donner à M. le prince de Soubise une nouvelle marque d'estime et de sa bienveillance, Sa Majesté lui a permis et permet d'entrer librement et à toutes heures qu'il voudra en tous les lieux de la Maison où Sa Majesté pourra être, voulant que les portes lui en soient ouvertes sans difficultés, conformément au présent brevet que pour assurance…» (Archives nationales. Lettres missives. Registre 0/1 88.)]
[427: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[428: L'auteur de la Vie privée de Richelieu dit avoir vu la lettre de Louis XV à Richelieu, où le Roi annonçait que la place du duc de Rochechouart avait été demandée par la Princesse pour lui, et qu'à la cour on la lui avait déjà donnée; il ajoutait: «Et moi aussi, vous pouvez le lui dire de ma part.»]
[429: Le vendredi, 14 février 1744, Richelieu prenait les entrées de la charge de premier gentilhomme de la Chambre, prêtant serment avant que le Roi allât à la messe. Il avait servi la veille le Roi à son coucher, il le servait le matin à son lever. Le vendredi 21 février, au petit couvert du Roi dans sa chambre, Richelieu servait Louis XV à table pour la première fois.]
[430: Mémoires de d'Argenson. Édition Renouard, t. IV.]
[431: Après trois grossesses successives, la Tencin avait obtenu par le crédit de son frère un bref du pape qui résolvait ses vœux et lui permettait de vivre dans le monde avec le titre de chanoinesse.]
[432: C'était elle qui était l'ordonnatrice de ces Fêtes d'Adam, de ces Fêtes des Flagellants, pour lesquelles la sœur du cardinal, recherchant dans les monuments du passé tous les détails de la débauche de tous les âges et de toutes les nations, mettait en scène les tableaux vivants du Plaisir des temps antiques et des temps modernes.]
[433: Mélanges historiques, satiriques et anecdotiques, de M. B. Jourdain, Paris, 1807, t. II.]
[434: On sait que c'était madame de Tencin qui, continuant la protection de mademoiselle de la Sablière à sa ménagerie, à ses bêtes, donnait au premier de l'an, à ses dîneurs deux aunes de velours pour le renouvellement de leurs culottes. Voir le salon de madame de Tencin dans La Femme au XVIIIe siècle.]
[435: Mémoires de Marmontel. Paris, 1804, t. I.—Madame de Tencin est l'auteur des Malheurs de l'amour, qu'on dit être une espèce d'autobiographie, et en collaboration avec d'Argental et Pont-de-Veyle, des Mémoires du comte de Comminges et du Siège de Calais.]
[436: Madame de Tencin n'avait seulement pas contre elle, le scandale de ses amours publiques avec le vieux Fontenelle et son neveu d'Argental, avec le cardinal Dubois, avec Dillon, colonel d'un régiment irlandais qui la rendit mère de deux enfants, avec le maréchal de Medavy qui lui succéda, avec d'Argenson, avec Camus Destouches, lieutenant-général d'artillerie, auquel quelques-uns attribuent la paternité de d'Alembert; il y avait encore contre elle le suicide du conseiller de la Frenaye qui, avant de se brûler la cervelle chez elle, l'accusait dans son testament de l'avoir dépouillé de tout son bien et la laissait même soupçonner d'être pour quelque chose dans la violence de sa mort. À la suite de cette mort arrivée le 6 avril 1726, madame de Tencin était arrêtée et conduite au Châtelet, où elle subissait un interrogatoire de quatre heures devant le cadavre de son amant. Son frère, le cardinal d'Embrun remuait ciel et terre pour ôter la connaissance de l'affaire à cette juridiction et grâce à l'appui du maréchal d'Uxelles, qui était alors l'amant de madame de Fériol, il obtenait un ordre pour faire transférer sa sœur à la Bastille avec la remise des papiers saisis à M. le Duc, premier ministre, et ensuite un arrêt qui renvoyait la connaissance de cette affaire au Grand Conseil. L'affaire instruite et jugée de nouveau au mois de juillet; la mémoire de la Frenaye était condamnée et son testament biffé, et la dame déchargée de l'accusation intentée contre elle. Et le 3 juillet elle sortait de la Bastille, pour rentrer dans sa maison de la rue Saint-Honoré, «ayant la tête aussi haute que si c'eût été une femme vertueuse.»]
[437: Journal historique de Barbier, 1854, t. II.]
[438: La clef de ses correspondances secrètes.]
[439: «Pour prendre un peu de relâche dans des occupations si sérieuses, dit Bois-Jourdain, elle se délassait de temps en temps, sur son lit de repos, des fatigues de son cabinet; et sans se piquer autrement de constance, ni de délicatesse, elle partageait ses faveurs entre un certain nombre d'amis, dont elle traitait les uns par intérêt, les autres par estime, quelques-uns par caprice et d'autres par amour du plaisir.»—Disons ici que l'intérêt, quoi qu'on ait dit, semble n'avoir pas joué de rôle dans sa vie. Elle n'a jamais joui que d'un revenu très-modique, et les richesses, elle ne les voulait que pour son frère et encore comme un moyen de pouvoir et de domination.]
[440: Le cardinal de Tencin avait eu dans sa jeunesse l'heureuse idée, pour attirer l'attention sur lui, de convertir Law, projet qui d'abord avait fait rire le Régent, mais auquel se rattachait bientôt le prince, en songeant que le protestantisme du financier pouvait nuire au succès de sa banque. La conversion de l'Écossais valait au convertisseur des actions qu'il avait l'esprit de changer en espèces à temps, en même temps qu'elle le faisait envoyer à Rome par Dubois auquel il obtenait le chapeau. Puis il devenait lui-même cardinal et archevêque de Lyon. En dépit de son billet à la princesse Borghèse: «Adieu, princesse, je vous aimerai toute ma vie et par de là, si tant est qu'il y ait un par de là,» le frère de madame de Tencin, jusqu'à ce qu'il fût appelé au ministère, jouait la dévotion, avait toujours son bréviaire sous son bras, et était soutenu par la maison d'Orléans, par madame de Chelles, moine des pieds à la tête, et toutes les repenties de la régence dont il s'était fait en quelque sorte le prêcheur ordinaire. Avec cela il donnait deux dîners sans femmes par semaine: l'un aux ministres étrangers, l'autre aux gens de la cour, et faisait tous les soirs le piquet du Cardinal. Le duc de Luynes le peint comme un vieillard à la figure charmante, à la conversation toute aimable, au tour d'esprit caressant, insinuant. Bernis dans ses Mémoires déclare qu'il n'y avait personne pour tirer autant de parti d'un sourire qui avait l'air d'être fin, ou d'un silence réfléchi.]
[441: Madame de Tencin engage quelque part Richelieu à ne point se brouiller avec d'Ayen à propos de madame de Boufflers «qui n'est point une femme sûre surtout quand elle a du vin dans la tête».]
[442: Dans une lettre à la date du 3 janvier 1742, madame de Tencin dit: «Madame de la Tournelle a fait ses visites du jour de l'an avec mesdames de Boufflers et de Luxembourg. Elles lui proposèrent en passant devant la porte de mon frère de s'y faire inscrire. Madame de la Tournelle refusa. Elles insistèrent et ne purent la déterminer: elle dit qu'elle ne le connaissait point. Or, vous remarquerez qu'elle a dîné chez lui dans un voyage qu'il fit à Paris avant d'être cardinal.» Madame de Tencin dit dans une autre lettre: «Madame de la Tournelle et mon frère se sont conduits comme la bienséance le demandoit; ils se sont fait quelques politesses réciproques et ne sont pas allés plus loin…» Au fond il y eut pendant assez longtemps du froid entre le cardinal et la favorite à laquelle Belle-Isle avait persuadé, dit la Chronique du règne de Louis XV, que le cardinal avait blâmé ses rapports avec le Roi de France.]
[443: Cette répulsion pour madame de Tencin existait surtout au plus haut degré chez le Roi; D'Argenson écrit quelque part: «Il lui venait la peau de poule quand on lui parlait de madame de Tencin.»]
[444: Rien n'avait égalé l'indifférence ou au moins l'indolence de Louis XV lors de la bataille de Dettingen, cette bataille où le duc de Rochechouart, les marquis de Fleury et de Sabran, les comtes d'Estrades et de Rostaing furent tués, où le prince de Dombes, le duc d'Ayen, le comte d'Eu, le duc d'Harcourt, Beuvron, le duc de Boufflers furent blessés, et où pour la première fois, depuis qu'elle existait, la maison du Roi perdit deux étendards.]
[445: Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d'État et de madame de Tencin sa sœur, avec le duc de Richelieu, sur les intrigues de la cour de France depuis 1742 jusqu'en 1757, et surtout pendant la faveur de mesdames de Mailly, de Vintimille, de Lauraguais, de Châteauroux et de Pompadour. En un seul volume in-8 de 400 pages, 1790.—Ce livre, un des plus rares du XVIIIe siècle, et dont, par parenthèse, l'exemplaire de la Bibliothèque nationale est incomplet, et dont l'exemplaire que je possède provient de la bibliothèque du malheureux Maximilien de Bavière, ne doit pas être confondu avec les fausses correspondances de madame Gacon-Dufour et autres. Cette correspondance dont on attribue quelquefois la publication à de La Borde et à Soulavie, est due presque entièrement aux soins de Benjamin de La Borde: le volume contenant 385 pages et Soulavie n'ayant été chargé de la collation de l'édition qu'à partir de la page 369. Cette correspondance a été imprimée incontestablement sur des originaux confiés à M. de La Borde par Richelieu, peut-être pas avec toute la fidélité réclamée aujourd'hui, mais telles qu'elles sont, ces lettres apportent pour l'histoire des sœurs de Nesle, un document, que j'hésiterais à citer textuellement jusqu'à la retrouvaille des originaux, mais qui ne peut manquer d'être employé et produit dans son esprit. Un petit nombre des lettres de madame de Tencin publiées dans le volume de Benjamin de La Borde ont été reproduites en 1793 dans le second volume de la Vie privée de Richelieu, et en 1823 dans un autre recueil qui a un caractère plus sérieux: les Lettres de madame de Villars, de Lafayette, de Tencin, Chaumerot jeune, 1823. À la fin du volume se trouve une clef. La guimbarde, Lesperoux, les robes brodées; c'est le Roi. Les gouttes du général; c'est madame de la Tournelle. Helvétius, le géomètre; c'est Richelieu. Mademoiselle Sauveur; c'est le cardinal Fleury. Le cuisinier; c'est d'Argenson, etc.]
[446: Fragment des Mémoires de madame la duchesse de Brancas, publié dans les lettres de Lauraguais à madame ***. Paris, Buisson, an X.—Portraits et caractères de personnages distingués de la fin du XVIIIe siècle, par Senac de Meilhan. Dentu, 1813.]
[447: Le duc de Luynes peint le maréchal de Noailles comme un grand vieillard de soixante-cinq ans, au visage aimable. Retiré et enfermé chez lui depuis des années il vivait dans la plus grande dévotion, une dévotion qui allait jusqu'à se faire dire l'office des morts, couvert d'un drap mortuaire pour l'expiation de ses péchés. Il savait beaucoup de choses, mais assez superficiellement. Avec cela du brillant dans la conversation, beaucoup de badinage dans l'esprit, de la singularité dans l'imagination, des conceptions militaires et l'art de parler au soldat.
D'Argenson qui ne flatte pas ses contemporains dit du maréchal que «c'est un fol et un hypocrite, un bonhomme un peu bilboquet, un brave avantageux, une imagination déréglée conduite par un follet indécent et malin, une cervelle hantée par des songes de la nuit, un noctambule.»
Quant à Saint-Simon, on sait qu'il était l'ennemi personnel du maréchal, et qu'il l'a peint beaucoup trop en noir.]
[448: Mémoires du duc de Luynes, t. V.—Mémoires du maréchal duc de Richelieu, t. VI.—Mémoires du comte de Maurepas, t. IV.]
[449: Là, dans cette conférence entre la mère et le fils, étaient sans doute préparés les événements qui devaient éclater à la veille du départ du Roi pour l'armée: la disgrâce d'Amelot, l'espèce d'exil à Lyon de Tencin qu'on rendait responsable de la malheureuse tentative de Stuart, l'envoi en province de Maurepas sous le prétexte d'une inspection des ports; seul d'Argenson, le ministre de la guerre, qui appartenait au parti de la favorite et des Noailles, devait suivre le Roi.]
[450: Journal historique et anecdotique du règne de Louis XV, par Barbier, 1849, t. II.]
[451: Au maréchal qui implorait la présence du Roi, et le suppliait de voir ses troupes, de visiter ses frontières que le Roi son bisaïeul avait presque entièrement examinées à l'âge de seize ans, Louis XV qui rêvait une action, une bataille, répondait que la seule visite de ses frontières ne lui convenait nullement dans ce moment.]
[452: À propos de cette soirée à l'Opéra, qui eut lieu le 3 janvier 1744, le commissaire de police Narbonne écrit: «Bien des personnes disent que le Roi ne devrait pas mener sa maîtresse avec ses filles.» Narbonne raconte que, à un mois de là (le 9 février), le Roi se rendait avec les deux sœurs, le duc d'Ayen, le comte de Noailles, déguisés de manière à n'être pas reconnus, dans le bal public du Cabaret Royal, bal dont l'entrée était de trois livres, et qui avait été fondé par Cosson, le valet de chambre du comte de Noailles. Le Roi en sortait bientôt en disant: «Voilà un vilain bal!»]
[453: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[454: Il n'y avait même jamais eu de surintendante d'une dauphine en France; madame de Montespan était surintendante de la Reine.]
[455: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[456: Madame de Rottembourg qui avait dans les veines du sang de sa mère, semble s'être fatiguée vite de la vie de couvent. Le marquis d'Argenson donne cette anecdote sur son compte: «Fargis a fait la cérémonie de marier deux couples d'amants mariés ailleurs. C'était au camp de Compiègne où M. le duc de Biron commande. Madame de Rottembourg et la duchesse de Vaujour l'y sont venus voir. On a bu et on a dit que leur fréquentation était illégitime. On a habillé Fargis en pontife; on lui a fait une mitre de carton; il a béni les prétendus mariés, puis il a mis au lit M. de Biron avec madame de Rottembourg, et M. de Bissy avec la duchesse de Vaujour.»]
[457: Frédéric II, dans l'Histoire de mon temps, vol. III chap. IV, dit: «Le baron de Chambrier, depuis vingt ans ministre de Prusse à la cour de Versailles, étant âgé, et n'ayant pas assez de liaisons avec les gens en place pour se servir auprès du Roi de leur crédit, avait, d'ailleurs, peu traité de grandes choses, et était scrupuleusement circonspect. Cela fit juger au Roi qu'il fallait envoyer quelqu'un à cette cour qui fût plus délié, plus actif, pour savoir à quoi s'en tenir avec elle. Son choix tomba sur le comte de Rottembourg. En 1740, il avait passé du service de France à celui de Prusse; il était apparenté avec tout ce qu'il y avait de plus illustre à la cour: il pouvait par ces voies se procurer des connaissances qui auraient échappé à d'autres et, par conséquent, informer le Roi de la façon de penser de Louis XV, de ses ministres, de ses maîtresses; car il fallait une boussole pour s'orienter. Le trop grand feu du comte de Rottembourg pouvait se tempérer par le flegme de M. de Chambrier: tous deux pouvaient rendre des services utiles à l'État. Le comte de Rottembourg partit donc pour Versailles. Il fit faire ses premières insinuations par Richelieu et par la duchesse de Châteauroux.» Et le récit de Frédéric est confirmé par Flassan dans son Histoire de la Diplomatie Française, t. V, où il répète les expressions du Roi de Prusse disant que Rottembourg fit faire les premières insinuations d'alliance par le maréchal de Richelieu et la duchesse de Châteauroux.]
[458: La coopération de Frédéric n'était pas aussi désintéressée qu'elle apparaît dans le récit fait par Richelieu à Besenval. Avant de partir de Berlin, Rottembourg, étant venu sonder Valori, sur les dispositions du ministère français à l'égard du Roi de Prusse, l'avait prévenu qu'il fallait du grain à son oiseau, ajoutant: «Qu'est-ce que vous voulez lui donner?» (Mémoires et négociations du marquis de Valori, ambassadeur de France à la cour de Berlin, Paris, 1820. T. I.]
[459: Mémoires du baron de Besenval. Baudouin frères, 1821. T. I.]
[460: Quand la présence de Rottembourg fut connue à Paris, il fit habilement répandre le bruit qu'il n'était chargé d'aucune négociation, mais qu'il était venu pour se faire soigner de la blessure qu'il avait reçue à la bataille de Molivitz.]
[461: Correspondance du cardinal de Tencin et de madame de Tencin avec le duc de Richelieu, 1790.]
[462: Le maréchal de Belle-Isle, alors en disgrâce, mais qui disait que la faveur d'un homme comme lui repoussait comme la barbe, et pour lequel, nous l'avons dit, Frédéric avait la plus grande estime, était le collaborateur de Rottembourg dans le projet du traité.]
[463: Correspondance du cardinal de Tencin et de madame de Tencin avec le duc de Richelieu, 1790.—Flassan, dans son Histoire de la Diplomatie française dit que le traité fut signé le 5 juin.]
[464: D'Argenson dit que Rottembourg venu en France pour traiter secrètement de la nouvelle alliance du Roi de Prusse, demanda dans ses entrevues avec la duchesse et Richelieu, comme condition du traité de juin 1744, le renvoi d'Amelot et que cela s'exécuta deux jours après.]
[465: Richelieu poussa très-vivement au renvoi du ministre, disant que faire chasser Amelot, c'était toujours _crever un œil à Maurepas.]
[466: Chronique du règne de Louis XV. Revue rétrospective, t. V.—Aux Archives nationales, dans les Monuments historiques, carton K, 138, existe un long mémoire manuscrit sur l'administration d'Amelot qui se termine triomphalement par ces lignes: «Si l'on rapproche et le peu de durée de son ministère (1737-1744) qui ne fut que de sept ans, et la multitude et l'importance des révolutions qu'il dirigea, on conviendra qu'il étoit difficile d'exécuter de si vastes projets en si peu de temps. Reculer nos frontières et ajouter une province au Royaume, donner des états à un Roi détrôné, placer sur le premier trône du monde un prince faible, sans argent et presque sans armée, assurer au légitime possesseur une succession disputée par des puissances redoutables, rétablir la paix entre trois empires, soumettre à une république orgueilleuse des insulaires jusqu'alors indomptables, abaisser du moins pour un temps la maison d'Autriche, et mettre, pour ainsi dire, la dernière main à l'ouvrage de Richelieu…»]
[467: C'était de lui dont Louis XV parlait, décidé qu'il était déjà à reprendre la direction de la politique étrangère.]
[468: Correspondance de Louis XV avec le maréchal de Noailles, par C. Rousset, Didier, 1869. Introduction.]
[469: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.]
[470: Mémoires de d'Argenson, t. IV.—Barbier rapporte un bruit qui courait à Paris sur la cause de la démission d'Amelot: «On dit à présent, comme chose sûre, que le déplacement d'Amelot vient de ce que le Roi de Prusse avant de nous abandonner en Bohême, ce qui a passé pour trahison, avait écrit au Roi trois lettres que le cardinal Fleury avoit reçues et tenues secrètes et dont il avoit défendu à M. Amelot de parler au Roi, et que le Roi de Prusse, piqué de ne pas recevoir de réponse, avait pris son parti. Cela s'est découvert. Le comte de Rottembourg, envoyé extraordinaire du Roi de Prusse, en a montré au Roi les copies. M. Amelot a été obligé de convenir du fait, et que, sur ses excuses, le Roi lui a demandé de qui il était ministre, du Cardinal ou de lui.» Amelot sortait du ministère fort pauvre, n'ayant que 1,000 écus de rente et 18,000 de sa femme; il avait dépensé 30,000 livres de rente qu'il devait avoir à la mort de son père pour faire honneur à l'état de ministre.—Au fond, cette démission d'Amelot effrayait tous les ministres et le comte d'Argenson disait au marquis: «Croyez que ceci est la destruction du ministère; que ce sont les cabinets, les Noailles, M. de Richelieu et la maîtresse qui veulent nous détruire pour régner, et ils nous traitent comme vous voyez.»]
[471: Le duc de Luynes nous apprend qu'après la mort de madame de Châteauroux, Frédéric fit demander par M. de Courten le portrait de la favorite à d'Argenson qui le lui envoya.]
[472: Œuvres de Frédéric II. Berlin, Decker, 1854. T. XXV, p. 562.]
[473: Œuvres de Frédéric. Berlin, Decker, 1854, P. 561.]
[474: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux adressées au maréchal de Noailles. Bibliothèque nationale, département des manuscrits (Supp. français 1234. Recueil de lettres autographes du dix-huitième siècle). Cette correspondance, publiée pour la première fois par nous dans les Maîtresses de Louis XV, on la retrouvera ici dans le corps du volume et dans l'appendice.]
[475: Correspondance de Louis XV et du maréchal de Noailles, par C. Rousset. Didier, 1869. T. I.—La lettre est datée du 11 septembre 1743.]
[476: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux au maréchal de Noailles. Bibliothèque nationale, département des manuscrits(Supp. français n° 1234).]
[477: Correspondance de Louis XV et du maréchal de Noailles, par C. Rousset, t. II.]
[478: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[479: Correspondance de Louis XV et du maréchal de Noailles, par C. Rousset. Didier, 1869. T. II.]
[480: Mémoires du duc de Luynes, t. V.—Pierre Narbonne, le premier commissaire de police de Versailles, nous a laissé un curieux récit de ce départ d'un Roi de France pour la guerre. Je le donne ici en note:
«Le Roi partit de Versailles pour se rendre à l'armée de Flandre, le dimanche 3 mai, à trois heures un quart du matin. Il sortit de sa chambre pour aller à la chapelle faire sa prière et adorer le Saint-Sacrement. Il descendit par le petit escalier de la chapelle et monta dans une calèche avec le duc d'Ayen, fils de M. le maréchal de Noailles, faisant les fonctions de capitaine des gardes, le marquis de Beringhen, premier écuyer, et le marquis de Meuse.
«L'escorte était composée d'officiers aux gardes et de vingt gardes.
«La chaise de poste du Roi suivait. Il y avait dans le coffre de cette voiture deux millions en or.
«Venaient ensuite une cantine et un fourgon sur lequel il y avait des roues, cordages, essieux et autres ustensiles pour servir au besoin.
«Sur les quatre heures, le Roi fut rencontré à Sèvres suivi de sa chaise de poste, dans laquelle il n'y avait personne, et de onze autres chaises. Il passa à la Muette ou il entendit la messe et en partit pour aller droit à Péronne, à 31 lieues de Paris, où il doit rester jusqu'au mardi 5 mai.
«Sa Majesté, qui devait partir incognito et n'emmener personne, a changé d'opinion.
«Le reste de sa maison militaire comme gardes du corps, gendarmes, chevau-légers et mousquetaires, quatre-vingts suisses, gardes de la porte, la prévôté de l'hôtel, vingt-quatre pages de la grande et petite écurie, vingt-quatre valets de pied, ont ordre de partir depuis le lundi 4 jusqu'au samedi 9 mai. Il y aura aussi un détachement de la bouche et autres offices du Roi.
«On dit que les bureaux de la guerre se tiendront à Lille.
«M. d'Argenson, ministre de la guerre, était parti dès la veille du départ du Roi.
* * * * *
«La veille de son départ (2 mai), le Roi écrivit une lettre à Mgr l'Archevêque de Paris pour ordonner des prières publiques et pour demander à Dieu la prospérité de ses armes.
«Le 3 mai parut un mandement de Mgr l'Archevêque, portant que l'on ferait des prières de quarante heures qui commenceraient à Paris le 6 mai et continueraient les deux jours suivants, et que jusqu'au retour du Roi, on ferait des processions les dimanches et fêtes entre vêpres et complies.
«Les prières de quarante heures commencèrent à Versailles, le dimanche 10 mai. La Reine vint à la grand'messe, puis à vêpres et au salut avec Mgr le Dauphin et Mesdames de France. Le lundi et le mardi, la Reine vint seule au salut; le mardi, elle suivit avec toutes ses dames la procession derrière le Saint-Sacrement.»]
[481: Journal de Barbier, édition Charpentier, t. III.]
[482: Correspondance de Louis XV et du maréchal de Noailles, par C. Rousset. Introduction.]
[483: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. IV.]
[484: Le Roi abandonnait la campagne commencée pour aller recevoir sa maîtresse à Lille et tout en écrivant au maréchal de Noailles: «Quoiqu'il fasse très-beau et bon ici, je suis tout prêt à partir aussitôt que ma présence pourra être de la plus petite utilité…» Louis XV ne se pressait pas de retourner au siège.]
[485: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. VII.]
[486: Mémoires de d'Argenson. Édition de Renouard, t. IV.—La nouvelle est donnée par d'Argenson à la date du 5 mai; aussi ne faut-il regarder la lettre de la duchesse datée du 11 mai, que je donne dans l'appendice, et où elle se lamente d'être menacée de ne pas voir le Roi pendant cinq mois, que comme un moyen d'intéresser à son départ le maréchal de Noailles. Du reste, il n'est pas impossible que l'appel par le Roi de sa maîtresse, qui devait presque aussitôt son départ se rendre de Plaisance à Séchelles et de Séchelles à Lille, ait été retardé par des causes inconnues. Il avait été question au mois d'avril d'un mode de rapprochement abandonné depuis. La duchesse devait aller prendre les eaux à Saint-Amand, et la comtesse de Toulouse avait envoyé plusieurs chariots pour meubler un de ses châteaux de la Flandre, où la maîtresse de Louis XV aurait été à portée du camp et du quartier du Roi.]
[487: Richelieu, usant de son ascendant sur son ancienne maîtresse, l'avait décidée à ce voyage dans l'intention de donner un illustre cortège à la duchesse.]
[488: Madame de Châteauroux avait une certaine inquiétude de ce voyage de la vieille princesse, d'après les secrets motifs que les bruits de la cour et les communications de madame de Tencin prêtaient à ce voyage. Suivant une lettre de Mademoiselle écrite à M. de Langeron, un objet qui tenait plus à cœur à la princesse de Conti, que la chute de son gendre et la grossesse de sa fille, était un renversement du ministère suivi du retour de Chauvelin. On lui attribuait encore la pensée de donner sa fille au Roi pendant l'absence de la duchesse de Châteauroux.]
[489: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Collection Leber. Bibliothèque de Rouen.]
[490: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.—«Madame de Flavacourt, sœur de madame de Châteauroux, dit d'Argenson à la date du mois d'avril, belle, mais fausse, avec peu d'esprit ni de naturel, a été lorgnée par le Roi et y a répondu; il a été question d'un marché à l'imitation de sa sœur. Elle a voulu pour première condition que l'on renvoyât sa sœur, le Roi a craint que cela donnât une nouvelle scène au public et les grands frais d'une maîtresse nouvelle déclarée, de sorte que la première personne à qui il a été le dire c'est à madame de Châteauroux. Sur quoi elle a dit: Sire, vous me chasserez, si vous voulez, mais je commence par vous demander ou que cela soit sur-le-champ, ou que ma sœur le soit; et sur cela il a été déclaré que ladite sœur de Flavacourt ne serait plus des cabinets, ni de la Muette, ni de Choisy.]
[491: «Je crois aussi que M. de la Rochefoucauld mettra le peu qu'il sait en usage pour faire réussir la Flavacourt. Elle est très-engraissée et, par conséquent, embellie. Elle paraît de la plus grande gaieté. La Reine l'accable de caresses. Tout cela marque du moins des espérances.»]
[492: La préférence donnée par le Dauphin à la figure de madame de Muy, la plus laide de toute la cour, sur la figure de madame de Flavacourt, amusait un moment tout Versailles.]
[493: Dans une lettre du 19 juin 1744 adressée à Richelieu, madame de Tencin écrit: «… Voici dans la plus grande exactitude tout ce qui s'est passé à ce sujet. On vient de dire à mon frère, de la part de l'homme que vous savez, que la Flavacourt écrivoit au Roi, que les lettres étoient sous l'enveloppe de Lebel, que comme les lettres étoient adressées au Roi, on n'avoit osé les décacheter, mais qu'on connoissoit le caractère. La chose nous parut si importante que nous ne nous tînmes pas à ce premier avis. On renvoya celui qui l'avoit donné faire de nouvelles questions; on le pria de bien examiner la chose, il répondit: qu'il ne pouvoit s'y méprendre, qu'il connoissoit parfaitement le caractère des trois sœurs et leur cachet (je vous rapporte ses propres termes); qu'il étoit sûr que les lettres pour le Roi adressées à Lebel étoient de madame de Flavacourt; qu'il y en avoit eu de Versailles et de Paris et qu'à vue de pays il pouvoit y en avoir dix ou douze depuis ce premier avis… Voilà l'homme qui vient encore de voir celui qui a vu les lettres et qui lui avoit dit de la part de mon frère qu'il s'étoit trompé, et que madame de Flavacourt n'avoit point écrit: il a soutenu qu'il ne s'étoit pas trompé, qu'il était sûr de ce qu'il avoit dit…»]
[494: «… Je parle d'abord de la lettre de madame de Lauraguais, et puis de quelque chose de plus intéressant, c'est d'une conversation de la Reine et de madame de Flavacourt. La Reine lui a dit que le Roi l'avait lorgnée à son souper. Elle ajouta qu'elle n'avoit pas de meilleure amie qu'elle, et qu'elle voulait être sa confidente. La Flavacourt répondit qu'elle lui diroit tout; que, si la chose arrivoit, elle ne se livreroit que par crainte, n'ayant aucun goût pour le Roi; mais qu'elle ne vouloit pas être chassée de la cour et se trouver encore dans la nécessité de vivre avec son mari.»]
[495: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.]
[496: Ibid.—Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. VI.]
[497: Le samedi 16 mai la princesse de Conti demandait à la Reine une audience dans laquelle elle lui faisait part du projet de son voyage, lui en expliquant les motifs, lui demandant son agrément. La Reine qui désapprouvait fort le voyage, lui disait fort honnêtement que cela ne la regardait en aucune manière et que la princesse n'avait besoin d'aucun agrément. Là-dessus la princesse de Conti faisait allusion aux discours qu'on tenait dans le public, déclarait qu'ils n'avaient aucun fondement, et qu'elle ne menait point avec elle mesdames de Châteauroux et de Lauraguais, ajoutant, qu'il n'y avait eu aucune proposition faite de sa part, ni de celle de ces dames, ni rien de concerté ensemble. Les deux princesses partaient le 29 mai, laissant le public assez étonné de ne pas voir les deux sœurs profiter de leur départ pour se rendre en Flandre.]
[498: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t VII.]
[499: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[500: Madame de Rubempré étant allée, la veille du départ de ces dames, coucher à Plaisance, elles lui proposèrent de l'emmener avec elles en Flandre; l'arrangement ne put se faire sur-le-champ, mais madame de Rubempré promit d'y aller, et, dit de Luynes, elle est partie ou part ces jours-ci.]
[501: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. IV.]
[502: De Meuse n'était que malade. Il jouera bientôt un rôle dans la maladie de Metz, un rôle de dévouement pour la femme, qui dans les premiers temps de sa faveur ne pouvait le souffrir, mais semble, à l'heure présente, être prise d'un commencement d'attachement pour le vieux familier de Louis XV.]
[503: Les frères Salles, hommes d'affaires auxquels s'intéresse la duchesse de Châteauroux, et dont parle très-souvent madame de Tencin dans ses lettres.]
[504: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Collection Leber. Bibliothèque de Rouen.]
[505: Le maréchal de Coigny commit de grandes fautes dans cette affaire. Il laissa passer par surprise une armée de 60,000 hommes sur quatre points différents, et ne l'apprit que le lendemain au soir. M. de Coigny était âgé et atteint d'une rétention d'urine.]
[506: Le Roi quittait Dunkerque le 19 juillet.—Louis XV part en lançant cette phrase qui promettait: «Je sais me passer d'équipage, et, s'il le faut, l'épaule de mouton des lieutenants d'infanterie me nourrira parfaitement.»]
[507: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. IV.]
[508: En mourant, la duchesse de Châteauroux dira qu'elle a été empoisonnée dans une médecine à Reims.]
[509: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. IV.]
[510: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, t. VIII.—«La maison habitée par la duchesse de Châteauroux était la maison abbatiale du premier président. Il y eut trois galeries en planches de faites dont la troisième sur la rue scandalisa le peuple, l'usage en étant bien marqué.» (Mémoires du duc de Luynes, t. VI.)]
[511: La Remarquable histoire de la vie de la défunte Anne-Marie de Mailly, duchesse de Châteauroux… publiée en allemand en 1746, parle d'un assez bizarre cadeau offert par les juifs de Metz au Roi, qui en fit hommage à la duchesse de Châteauroux. «Ils firent faire, dit l'écrivain allemand, un précieux melon en or et l'offrirent au Roi. La tige de ce melon était garnie de diamants, et l'intérieur au lieu de pépins était rempli de petits diamants et de pierres précieuses. La valeur de cet objet fut estimée à dix mille pistoles. Le Roi accepta gracieusement ce cadeau qu'il ne crut pouvoir mieux utiliser qu'en le donnant à la duchesse de Châteauroux qui trouva ce don fort agréable.»]
[512: Cette maladie de Metz sauvait le prince Charles dont l'armée allait être prise ou détruite. Le maréchal de Noailles qui écrivait au Roi, de Schelestadt à la date du 9 août: «Je suis dans une véritable inquiétude de savoir Votre Majesté incommodée et d'être hors de portée de savoir de ses nouvelles à tous moments… Mon tendre et inviolable attachement pour la personne de Sa Majesté ne me laissera aucune tranquillité que je ne la sache entièrement rétablie»; le maréchal de Noailles, le vieux courtisan, aura, tout le temps que la vie du maître est en danger, l'attention si bien tournée vers la chambre du Roi, et sa vigilance se trouvera tellement distraite des mouvements de l'ennemi par la lutte du parti de la Tournelle et du parti des princes du sang, que lorsqu'il combinera son mouvement d'enveloppement, le prince Charles aura déjà passé le Rhin, à la barbe de l'armée française, et marchera par la Souabe sur la Bohême menacée. Le maréchal n'aura que le très-médiocre avantage de battre dans deux combats, une arrière-garde sacrifiée à dessein. Sur cette faute militaire, l'envoyé prussien, M. de Schmettau, éclatait en reproches contre l'ami de la ritournelle, contre le maréchal de la maîtresse chassée, si bien qu'un moment on le faisait responsable de l'atteinte portée à la vie du Roi par ce voyage de Dunkerque à Metz entrepris par son conseil, sous l'influence mortelle de chaleurs caniculaires. Dans ces circonstances, le maréchal demandait une entrevue au Roi qui lui répondait cette lettre amicale où l'on peut voir au fond un congé donné à l'homme de guerre: «Metz, ce 30 août 1744.—Je serai ravi de vous revoir, monsieur le maréchal, vous me trouverez avec bien de la peine à revenir, il est bien vrai que c'est de la porte de la mort. Ce n'a pas été sans regret que j'ai appris l'affaire du Rhin, mais la volonté de Dieu n'était pas que j'y fusse, et je m'y suis soumis de bon cœur, car il est vrai qu'il est le maître de toutes choses, mais un bon maître. En voilà assez, je crois, pour une première fois.» La petite cour de Metz était dans l'attente de l'entrevue. Le maréchal se rendait chez le Roi sur les huit heures, Sa Majesté jouait, le maréchal mettait un genou en terre et lui baisait la main avec effusion, le Roi lui disait: «Vous voyez, monsieur le maréchal, un ressuscité,» et il n'était question de rien de particulier. Depuis cette visite, dix jours se passaient sans que le maréchal pût travailler avec le Roi; et il voyait, lui, le général en chef de l'armée d'Alsace, les troupes menées au siége de Fribourg par le maréchal de Coigny, et quand il demandait au Roi s'il aurait l'honneur de l'accompagner, Louis XV lui disait assez sèchement: «Comme vous voudrez.»]
[513: Le bruit courut que, cette nuit, Richelieu avait enfermé le Roi avec les deux sœurs.]
[514: Pendant la convalescence de Louis XV, la Peyronie interrogé par le duc de Luynes sur ce qu'il pensait de la maladie du Roi, lui répondit: «que le Roi, dans l'état ordinaire de bonne santé, étoit dans l'usage d'aller deux fois par jour à la garde-robe et abondamment; que plusieurs jours avant, continuant à toujours manger de même, il n'alloit plus que rarement et que peu à la fois, ce qui avoit formé un amas considérable de matières qui avoient reflué dans le sang; qu'outre cela il croyoit qu'il avoit eu un coup de soleil, ce qui paroissoit démontré par une douleur fixe qu'il avoit dans un côté de la tête, et très-vive que le Roi a eue pendant toute sa maladie, ce qui donnoit avec raison les plus grands sujets d'inquiétude. La Peyronie m'a ajouté qu'à ces deux accidents il croyoit qu'il s'étoit joint un peu de fièvre maligne, qui cependant n'étoit pas accompagnée de tous les symptômes ordinaires de cette fièvre.»]
[515: Il n'y avait à Metz de princes du sang que le duc de Chartres, le comte de Clermont, le duc de Penthièvre, et encore ce dernier, convalescent de la petite vérole, ne pouvait-il sortir de sa chambre.]
[516: À quelques temps de là on chantait à Paris sur l'air des Pendus une chanson faite sur leur confrère par des médecins.
Or, écoutez petits et grands,
L'histoire du chef des merlans,
Qui s'est joué, l'infâme traître,
Des jours de son Roi, de son maître,
Et faillit à nous perdre tous
Pour complaire à madame Enroux.
]
[517: Malgré le désir qu'avait le Roi d'avoir les soins de Dumoulin qu'il avait demandé dès le 9, malgré l'impatience de son arrivée, ce ne fut que le 13 qu'on lui envoyait un courrier et il n'arrivait à Metz que le dimanche 16.]
[518: Fragment des Mémoires de madame la duchesse de Brancas. Lettres de Lauraguais à madame ***. Buisson, 1802.]
[519: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.]
[520: Ibid., t. VI.]
[521: D'après la Vie privée de Louis XV qui l'a emprunté aux Amours de Zeokinizul roi des Kofirans, le comte de Clermont aurait enfoncé le battant de la porte d'un coup de pied, en adressant à Richelieu: «Quoi! un valet tel que toi, refusera la porte au plus proche parent de ton maître!»]
[522: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.]
[523: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. VII.]
[524: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, t. VIII.—Dans le récit de la maladie de Metz où Soulavie tire tous ces détails du duc de Luynes, il ne raconte pas cette conférence entre la favorite et le P. Pérusseau d'après les mémoires du duc. Le courtisan chroniqueur dit en effet seulement ceci: «On prétend que le mardi ou le mercredi, madame de Châteauroux et M. de Richelieu voyant le danger où étoit le Roi, avoient parlé au P. Pérusseau pour tâcher d'user de ménagement pour elle, s'il étoit question de confession, madame de Châteauroux lui ayant donné parole positive qu'elle ne rentreroit plus dans la chambre du Roi pendant sa maladie et qu'elle ne reverroit jamais le Roi qu'en qualité d'amie. Je ne suis point du tout certain de ce fait. On ajoute que la proposition ne fut point agréée par le P. Pérusseau, et cela est aisé à croire.»]
[525: Le 11, la Peyronie avait parlé à M. de Soissons du danger où se trouvait le Roi, mais le mercredi, quoique l'état fût aggravé, il lui disait que rien ne pressait.]
[526: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie. Buisson. 1793, t. VI.]
[527: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.]
[528: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.—Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie. Buisson, 1793.—Presque aussitôt l'expulsion des deux sœurs, M. de Soissons donnait l'ordre, malgré la solennité de la fête du lendemain, de détruire la galerie qui conduisait madame de Châteauroux chez le Roi, et cette destruction fut menée avec tant de diligence que le samedi à l'heure que tout le monde se réveilla, il n'y avait plus vestige de galerie. «Les bois, dit de Luynes, étoient enlevés, les murs reblanchis, de manière que ceux qui l'avoient vue la veille et les jours précédents pouvoient croire s'être trompés.» Devant le pouvoir pris par M. de Soissons sur l'esprit du Roi la valetaille murmurait: «Notre bon maître va donner à présent son royaume à M. de Fitz-James, s'il le lui demande pour son salut.»]
[529: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.—Bouillon écrivait aussitôt à la Reine, il lui disait: que son respect et son attachement pour elle, et le devoir de sa charge ne lui permettaient pas de lui laisser ignorer l'état où se trouvait le Roi, que la nuit avait été fâcheuse, la matinée peu consolante, que le Roi avait eu des agitations si violentes pendant la messe qu'il avait demandé aussitôt le Père Pérusseau, qu'il s'était confessé avec beaucoup d'édification, qu'il devait recevoir le viatique le soir de ce même jour. Avec la lettre de Bouillon, arrivait un courrier de d'Argenson qui disait à peu près les mêmes choses que le chambellan du Roi, et annonçait à Marie Leczinska que Louis XV trouvait bon que la Reine s'avançât jusqu'à Lunéville, M. le Dauphin et Mesdames jusqu'à Châlons. Le lendemain, la Reine partait à sept heures du matin pour Metz, où elle arrivait le lundi à onze heures. Le Roi qui dormait, s'éveillait, l'embrassait, lui demandait pardon des peines et des chagrins qu'il lui avait donnés. Le rapprochement entre les deux époux durait bien peu de temps. À quelques jours de là, lorsque le Roi était rétabli, elle lui demandait de permettre de le suivre à Saverne, à Strasbourg, il lui répondait froidement: «Ce n'est pas la peine,» et sans vouloir plus longtemps l'entendre allait faire la conversation avec les gens qui étaient dans la chambre.]
[530: Mémoires de Maurepas, t. IV.]
[531: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Soulavie, t. VII.]
[532: Journal de Barbier, édition Charpentier, t. III.—Le Roi avait huit aides de camp, tous maréchaux de camp qui étaient M. le marquis de Meuse, lieutenant-général, le duc de Richelieu, le duc de Boufflers, le duc de Luxembourg, le prince de Soubise, le duc d'Ayen, le duc de Picquigny et le duc d'Aumont. D'après la Vie privée de Richelieu, le duc aurait reçu le jour où il fut administré, une lettre anonyme dans laquelle on l'engageait à quitter Metz, sa vie courant des dangers. D'Argenson le poussait pour sa sûreté aussi à retourner à Paris, l'avertissant, en ami, qu'il avait entendu dire que M. de Soissons, qui devait administrer le Roi, avait projeté de s'adresser personnellement à lui, pour lui reprocher publiquement d'être la cause du désordre de ce prince. Mais Richelieu qui se défiait de d'Argenson persistait à rester.]
[533: Dans le premier moment de leur disgrâce, les deux sœurs n'auraient pas trouvé dans les écuries du Roi un officier qui voulût leur donner une voiture pour les soustraire au peuple ameuté. C'était M. de Belle-Isle qui leur prêtait un carrosse avec lequel elles sortaient de la ville, et attendaient dehors avec mesdames de Bellefonds, du Roure, de Rubempré, leurs voitures. Elles avaient reçu un premier ordre de d'Argenson qui leur ordonnait de se retirer à quatre lieues de Metz sans désignation d'endroit; sur une indication de Belle-Isle, elles s'étaient rendues dans un château d'un président de Metz qui n'était pas meublé. La nuit suivante, à deux heures du matin, elles recevaient un nouvel ordre de continuer leur voyage. Avec cet ordre était arrivé un courrier de cabinet qui avait la prescription de leur faire éviter la rencontre de la Reine, de M. le Dauphin, de Mesdames; et le duc de Luynes les rencontrait à Sainte-Menehould courant à trois berlines et ayant fait déjà plusieurs détours à cause du changement de route de la Reine.]
[534: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.—La nuit du vendredi au samedi 15 août était encore plus mauvaise que toutes les nuits précédentes et l'on s'attendait à tout moment à apprendre la mort du Roi. Dans le cabinet du maréchal de Belle-Isle qui se trouvait au-dessous de la chambre de Louis XV, l'on n'entendait pas remuer que l'on ne crût que c'était le dernier moment de Sa Majesté. D'Argenson avait donné l'ordre d'emballer ses papiers, le duc de Chartres faisait atteler sa chaise de poste pour se rendre à l'armée du Rhin. À six heures du matin, on appela les princes pour assister aux prières des agonisants, et depuis six heures jusqu'à minuit Louis XV tomba dans une espèce d'agonie. Le nez du Roi enflait, ses yeux changeaient, sa poitrine s'emplissait… Les médecins avaient perdu la tête, et le mourant était abandonné aux empiriques. Un chirurgien d'Alsace, nommé Moncerveau, qui vivait à Metz, lui donnait une dose d'émétique qui amenait une évacuation et un soulagement. La nuit du dimanche au lundi était encore terrible, et le lundi matin, le chapelain qui lui portait, après la messe, le corporal à baiser était effrayé de l'immobilité du Roi. Un mieux cependant se produisait vers le 17. Le 23, Dumoulin déclarait que le Roi était hors de danger, et le 26 comme première marque de convalescence on lui faisait la barbe et on lui donnait du pain dans du bouillon.]
[535: Les deux sœurs quittaient Metz le 14 août et arrivaient le 20 août à Plaisance, où elles séjournaient avant leur rentrée à Paris.]
[536: «Dumoulin, disent les Mémoires de Maurepas, qui est arrivé à midi et demi (dimanche 16), l'a trouvé bien: il a même dit au Roi qu'il aurait part aux bénéfices sans en avoir eu les charges; en lui tâtant le ventre, il lui a dit: Votre Majesté a le ventre d'une fille, il est dans un état qui tend à sa convalescence.»]
[537: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Collection Leber. Bibliothèque de Rouen.]
[538: Malgré toutes les précautions prises pour que la Reine et la favorite ne se rencontrassent pas, de Luynes dit qu'elles se croisèrent à Bar-le-Duc.]
[539: On voit que la duchesse de Châteauroux est toujours préoccupée d'être remplacée par sa sœur, madame de Flavacourt. La voiture de la duchesse s'était, en effet, croisée avec la voiture de la Poule. Madame de Flavacourt avait si bien supplié la Reine de l'emmener, que celle-ci avait maladroitement cédé. Cependant, dans les premiers jours, la Reine empêchait madame de Flavacourt de monter chez le Roi. Le 6 septembre, premier jour de la semaine de madame de Flavacourt, la Reine ne paraissait pas au dîner du Roi, pour que la sœur de madame de la Tournelle n'apparût pas aux yeux du Roi, au grand jour et toute seule. Elle n'entrait que le soir avec toutes les autres dames, à l'heure du souper. Mais le Roi chez lequel on craignait une émotion, un ressouvenir des deux sœurs ne laissait rien apparaître. Toutefois, soit la connaissance du blâme général pour sa complaisance, soit la gêne que mettait la sœur des deux favorites dans la petite cour groupée autour du convalescent, la Reine, lors de son départ pour la cour de son père, disait assez sèchement à madame de Flavacourt qu'elle ne pouvait la ramener et la laissait regagner Paris à ses frais et à sa guise.]
[540: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Collection Leber. Bibliothèque de Rouen.]
[541: Vie privée de Louis XV. Londres, 1785, t. II.—Les amours de Zéokinizul, Roi des Kofirans. Amsterdam, 1747.—À la Ferté-sous-Jouarre, où les deux sœurs furent reconnues, les paysans, sans l'intervention d'un notable du pays, brisaient les voitures et mettaient en pièces les deux favorites.]
[542: Il s'agit du projet de son voyage à Strasbourg. La Reine demandait à suivre le Roi qui, endoctriné par Richelieu, refusait sa demande presque impoliment.]
[543: D'Argenson qui, au dire de Soulavie, lors de l'expulsion de la duchesse, lui avait adressé un geste de hauteur et de mépris, voyant l'amour renaître chez le Roi, cherchait à se rapprocher d'elle et de Richelieu.]
[544: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Collection Leber. Bibliothèque de Rouen.]
[545: Cette lettre que madame de Châteauroux voulait faire parvenir au Roi dans un moment favorable, ne lui était remise que le 10 octobre, dans son passage à Saverne pour se rendre au siège de Fribourg.]
[546: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Collection Leber. Bibliothèque de Rouen.]
[547: Lettre de la duchesse de Châteauroux, publiée dans l'Isographie.—La voici toute entière:
_À Plaisance, 4 mai _1745.
_Vous ettes charmant, cher oncle, de me tenir parole et de me donner tous les jours des nouvelles du Roy. Je vous en ay une obligation que je ne peut vous dire. Cela augmenteroit, si cela etoit possible, l'amitié que j'ay pour vous. Je m'ennuye à périr, cela ne paroît-il pas le plus singulier du monde. Je ne reconnoit en moy ni madame de la Tournelle, ni madame de Châteauroux, je suis une étrangère pour moy. Cela ne fait pas une situation agréable au moins, cher oncle. Je ne sçay pas combien cette mauvaise plaisanterie durera, mais elle ne vaut rien du tout. Je vous écriré plus au long par le courrier; en attendant, je vous souhaite toute sorte de bonheur et de prospérité.
La D. de Châteauroux.
À Monsieur le duc de Richelieu à l'armée de Flandres._ (Collection d'Aimé Martin.)]
[548: Dans un journal de la campagne de Louis XV en 1744 ou mémorial essentiel pour rédiger l'histoire curieuse des intrigues, etc. publié dans les Mémoires de Maurepas, nous trouvons à la date du 19 septembre: «Le Roi dit du bien de Richelieu au maréchal de Noailles, afin qu'il revienne près de lui.» Il est un autre document plus significatif daté du lendemain et que nous trouvons aux Archives:
Aujourd'huy 20 septembre 1743. Le Roy étant à Metz et ayant accordé à la duchesse de Lauraguais une pension de 9,000 livres pour en jouir à compter du jour de son mariage et désirant lui donner un titre qui assure cette grâce, Sa Majesté a déclaré et déclare, veut et entend que ladite dame duchesse de Lauraguais jouisse, sa vie durant, de la somme de 9,000 livres de pension et qu'elle en soit payée par chacun an à commencer du 23 février 1743 sur ses simples quittances par les gardes du Trésor Royal présents et à venir… Registre du Secrétariat d'État. Registre O/1 88.]
[549: Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Collection Leber. Bibliothèque de Rouen.—Dans ce mois d'octobre, la duchesse de Châteauroux semble assurée de sa rentrée en faveur, et fait de la protection comme si elle était favorite. Voici une lettre de la fin du mois adressée à Richelieu:
_À Paris, ce 25 octobre.
Voilà un mémoire, cher oncle, qui vous expliquera ce que l'on désire de vous pour M. du Fesy, reellement si vous le pouves vous feré tres-bien, car il est bien facheux pour luy d'avoir manques l'affaire des postes et celle-cy le dédommageroit en quelques façons, enfin je suis chargé de vous presser très fort pour que vous luy accordies et je m'en acquitte. Par votre dernière lettre, je vous vois de très méchante humeur, et je ne peux pas dire que vous ayé tort, car tout ce qui vous est arrivée est fort désagréable et je l'ay senty je vous assure encore mieux que vous. Mais pourquoy ne songerions nous a vous faire envoyer au devant de la dauphine, lon dit que la commission est encore plus honorable que l'autre, j'en parlé hier avec le cardinal de Tencin qui aprouva mon idée; qu'en dite vous, si vous laprouviez nous chercherions les moyens de la faire parvenir jusqu'au roy, mais sur toute chose n'ayé pas l'air d'y songer et n'en parlé a personne, car si nous ne réussissons pas ce seroit encore pis, je voulois vous ecrire fort longuement aujourd'hui, mais j'ay été malade comme une bete toute ma journée de ma colique. Vous n'auré qu'un petit bonsoir, ce maudit siège (le siège de Fribourg) me fait trembler, je ne peut pas vous dire les inquietudes que vous me causè, car je regarderé comme une espèce de miracle si il y en a un de vous qui en revienne; vous scavez, cher oncle, comme je vous aime je vous assure que je ne suis point changé et qu'au contraire je vous aime si cela est possible encore davantage._ (Lettres autographes de la duchesse de Châteauroux. Bibliothèque de Rouen.]
[550: La lieutenance de Belle-Isle dont parle madame de Châteauroux, est la lieutenance générale de Pologne, qui lui avait été donnée par le Roi de Pologne le 1er octobre 1744.]
[551: Le chevalier de Grille cité fréquemment dans les lettres de madame de Tencin comme un ami intime de madame de Châteauroux.—Le duc de Luynes dit dans son journal, à la date du samedi 25 janvier: «On sut hier au soir ici que le Roi a donné à M. le chevalier de Grille la compagnie des grenadiers à cheval: Le chevalier de Grille est fort ami de madame la duchesse de Châteauroux et depuis longtemps.»]
[552: Le Roi arrivait à Paris le 13 novembre au soir, il entendait le 14 le Te Deum à Notre-Dame, le 16 il allait dîner à l'Hôtel de Ville, de là se rendait au Salut des Grands-Jésuites de la rue Saint-Antoine, puis parcourait toutes les illuminations de Paris jusqu'au bout de la rue Saint-Honoré. Soulavie qui a la spécialité des autographes suspects, cite une lettre de la duchesse de Châteauroux qui dit s'être mêlée à la foule pour voir le BIEN-AIMÉ, et avoir été arrachée de sa contemplation amoureuse par «Voilà sa p…» La lettre est-elle vraie, et l'injure a-t-elle été subie? Ce qu'il y a de certain, c'est que quelques jours après, sur la nouvelle de la reprise de la favorite par le Roi, il courait à la halle cette phrase pittoresque: «Il reprend sa guinche, eh bien! s'il retombe malade, il n'aura pas de nous un Pater.» La lettre donnée par Soulavie est redonnée dans la Vie privée de Richelieu au milieu d'un certain nombre de lettres de la duchesse de Châteauroux. Ces lettres, qui sont jointes à des lettres de Louis XV beaucoup plus incontestables, je ne les crois pas absolument fabriquées, et cependant je n'ai qu'une très-médiocre confiance dans leur parfaite authenticité, n'y retrouvant pas le ton hautain, les allures viriles, les expressions énergiques et triviales qui sont la signature des lettres de la collection Leber.]
[553: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.]
[554: Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. VIII.]
[555: Fragment des Mémoires de madame de la duchesse de Brancas. Lettres de Lauraguais à madame ***. Buisson, 1802. Ce sont les seuls mémoires qui parlent d'une entrevue secrète à Versailles.]
[556: Mémoires du duc de Richelieu, par Soulavie, t. VII.]
[557: Mémoires de d'Argenson, édition Renouard, t. IV.]
[558: Narbonne, le commissaire de police de Versailles, raconte que le chancelier ayant conjuré M. de Châtillon en son nom et au nom de tout le royaume de ne pas emmener le Dauphin, avait fini par lui dire: «Monsieur, vous vous en repentirez»; à quoi, M. de Châtillon avait répondu qu'il prenait à son compte les suites de l'événement. Il avait ordre de ne s'avancer que jusqu'à Châlons, puis jusqu'à Verdun; mais ayant résolu dès Versailles de mener le Dauphin jusqu'à Metz, il passait outre, et le Dauphin arrivait à Metz le lundi à quatre heures. On ne jugeait pas à propos d'annoncer cette arrivée au Roi qui avait donné un ordre contraire. La fièvre du Roi était encore considérée comme ayant un caractère de malignité en même temps qu'on craignait une scène d'attendrissement pour son état de faiblesse. Ce n'était donc que le jeudi que l'on demandait au Roi s'il trouvait bon que le Dauphin vint à Metz et ce n'était que le lendemain vendredi que le Dauphin était censé arriver à Metz. Le Roi le voyait ce jour-là, et faisait une réception très-froide au prince et à son gouverneur.]
[559: Le Roi avait eu connaissance de cette correspondance par Vauréal, son ambassadeur en Espagne.]
[560: Le duc était déjà exilé. Le 10 novembre, avant l'arrivée du Roi à Paris, le duc de Châtillon recevait une lettre de cachet datée du 17 octobre, par laquelle le Roi lui ordonnait de se rendre dans ses terres et d'y rester jusqu'à nouvel ordre. Un ordre particulier portait que madame de Châtillon suivît son mari. L'exil du ménage n'était levé que dix ans après par la protection de madame de Pompadour.]
[561: M. de Balleroy, ancien gouverneur du duc de Chartres, et qui passait pour avoir composé le véritable discours que l'évêque de Soissons avait tenu contre la duchesse de Châteauroux, lorsque Louis XV avait reçu l'extrême-onction, avait été aussi exilé, le lendemain du jour où l'on avait connu l'exil du duc de Châtillon.]
[562: Fitz-James, l'évêque de Soissons détesté, était exilé dans son diocèse, non par lettre de cachet, mais verbalement. Lorsqu'il voulait revenir à la cour pour le mariage de la Dauphine, le Roi lui faisait dire que sa disgrâce était très-réelle. Plus tard, Louis XV s'opposait à sa promotion au cardinalat. Fitz-James s'en vengeait en continuant à entretenir le Roi de canons et de foudres vengeresses contre les rois adultères, et il avait beau jeu; Compiègne étant du diocèse de Soissons.]
[563: Louis XV ne sévit pas contre son confesseur Pérusseau, mais, en souvenir de la cruelle incertitude où il avait laissé madame de Châteauroux à Metz, il s'amusa à le tenir dans l'inquiétude d'un remplacement suspendu pendant de longues années sur sa tête.]
[564: La lettre de cachet adressée au duc de La Rochefoucauld était de la plus grande dureté. La voici: «Vous manderez à M. de La Rochefoucauld que je suis fort mécontent de sa conduite et qu'il reste à la Roche-Guyon jusqu'à nouvel ordre. Si cependant il a quelques affaires qui demandent sa présence à Paris, il m'en fera demander la permission; il ne pourra aller que de la Roche-Guyon à Liancourt et de Liancourt à la Roche-Guyon. Mandez-lui aussi qu'il se tient bien des propos dont je suis instruit et que l'on augmente.»]
[565: Quant au duc de Bouillon, il allait être envoyé non à Navarre, mais dans un château du duché d'Albret qui n'était pas habité depuis deux cents ans, quand madame de Lesdiguières qui était de ses amis et qui avait pour ainsi dire élevé la duchesse de Châteauroux, était avertie de l'ordre d'exil. Elle faisait prier madame de Châteauroux de passer chez elle, lui disait qu'il était honteux pour la gloire du Roi qu'il exilât un de ses grands officiers qui venait de lui montrer autant d'attachement dans sa grande maladie, et lui déclarait que, comme il ne dépendait que d'elle de faire changer cet ordre, elle ne lui pardonnerait jamais et ne la verrait de sa vie, si l'ordre n'était changé.» L'ordre ne fut pas donné.]
[566: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.—Cette lettre de madame de Châteauroux n'est pour ainsi dire qu'une reproduction du billet du Roi et du discours dicté par Louis XV à Maurepas.]
[567: Mémoires du duc de Luynes, t. I.]
[568: Ce billet, qui n'était que la répétition de celui dont madame de
Châteauroux avait envoyé un extrait dans sa lettre à madame de
Boufflers, courait, en copies manuscrites, le soir de ce jour, tout
Paris.]
[569: Mémoires du maréchal duc de Richelieu, vol. VII.]
[570: De Luynes affirme qu'elle prononça cette phrase, ou la phrase, «Cela est sans conséquence.»—Selon madame de Brancas, il n'y aurait eu d'autres paroles, entre la favorite et le ministre, que ces seuls mots: «Donnez-moi les lettres du Roi et allez-vous-en.» J'ai une plus grande confiance dans le récit du duc de Luynes, repris entièrement par Soulavie, récit que le duc semble tenir de Maurepas lui-même.]
[571: Le bruit courut que l'arrivée inopinée de Maurepas dans un temps critique avait amené une révolution qui avait entraîné la mort de la duchesse. De Luynes combat ce bruit. Il affirme que la duchesse n'avait point ses règles, au moment de la visite de Maurepas, qu'elle était, d'ailleurs avertie d'avance de la visite par le Roi; reconnaît qu'il est vrai qu'elle était dans son lit, le mercredi à six heures du soir, mais il nous apprend qu'elle sortit dans la soirée, pour aller chez mesdames de Lesdiguières et de Brancas. Ce fut seulement le lendemain, le jeudi 26, jour où elle devait signer le bail d'une maison dans le quartier de l'hôtel de feu madame la Duchesse, qu'elle tomba vraiment malade et fut saignée pour le première fois.]
[572: Mémoires du duc de Luynes, t. VI.]
[573: Le duc de Luynes affirme qu'elle n'avait pour toute fortune que 60 actions qui lui avaient été données au moment de son mariage par feu M. le Duc, qui se croyait son père. Le désintéressement des trois sœurs ne peut être nié. Madame de Mailly coûta très-peu de chose à l'État, madame de Vintimille ne voulut accepter que le nécessaire. Quant à madame de Châteauroux, avide de grandeurs et de dignités et même de revenus lui permettant de tenir un grand état de maison, elle n'eut point l'amour de l'argent de madame de Pompadour. Elle dédaigna les offres des hommes d'affaires, qui, pour une simple préférence, lui offraient des millions. Et Soulavie déclare avoir vu une lettre d'elle adressée à Richelieu, où elle traitait une de ces offres de grossièreté indigne.]
[574: Voici le récit que Soulavie et Boisjourdain donnent de cette entrevue: «Madame de Modène lui ayant dit que sa sœur, madame de Flavacourt, était venue pour la voir, madame de Châteauroux lui répondit: Ah! je suis bien fâchée qu'on l'ait laissée aller, pouviez-vous douter que je n'eusse eu grand plaisir à la voir? Madame de Modène lui répliqua: «Je suis bien charmée de votre façon de penser pour elle; car elle est là, et je ne savais comment vous l'annoncer». Elle la fit donc entrer et l'embrassa en lui disant: «Ma sœur, vous vous étiez retirée, pour moi j'ai toujours conservé pour vous les mêmes sentiments.» Madame de Flavacourt lui baisa les mains en fondant en larmes.—Une chose curieuse c'est que, malgré l'affirmation de Soulavie qui fait mourir la duchesse de Châteauroux dans les bras de madame de Mailly, la duchesse ne voulut pas recevoir sa sœur. Le duc de Luynes affirme que madame de Mailly, s'étant adressée inutilement à Vernage, se présenta plusieurs fois à la porte de sa sœur sans pouvoir être reçue.]
[575: L'auteur de la Vie privée de Richelieu donne à la date du 2 décembre une lettre de d'Argenson à Richelieu qui ne me semble pas fabriquée. La voici: «Je ne puis vous entretenir d'autre chose, Monsieur, que de l'inquiétude où nous met madame de Châteauroux… L'embarras de la tête qui subsiste est le plus terrible. Cependant elle répond juste à toutes les questions qu'on lui fait. Vernage assure même que dans cette maladie-ci qui est assez commune dans Paris, la plupart de ceux qui en reviennent ont eu des symptômes beaucoup plus forts que madame de Châteauroux n'en a eu jusqu'ici, qu'on ne devait pas même regarder l'affaire comme désespérée, si l'on voyait ce même accident augmenter. Les évacuations du ventre avaient bien été ces jours passés et il est fâcheux qu'elles aient été aujourd'hui moins abondantes. Cet accident cependant n'est pas décisif, et outre qu'après de grandes évacuations, il n'est pas étonnant qu'elles diminuent, vous pouvez vous souvenir que nous avons éprouvé les mêmes variations dans la maladie du Roi et il y a sans doute des moyens qu'on emploiera pour rendre la liberté au ventre.
«Voila donc quel est dans ce moment-ci le sujet de nos alarmes et désespérances, mais au milieu d'une pareille situation vous pouvez juger de celle du maître et de ceux qui lui sont véritablement attachés. Je ne puis vous exprimer à quel point je partage sa douleur pour lui, pour elle et pour tous ceux qui pensent comme nous. Je suis indigné de la joie interne et masquée des vilaines gens que je vois sans cesse autour de lui avec un dehors composé, qui jouissent de la peine de leur pauvre maître et qui désireroient bien la voir portée au dernier période. Dieu veuille que sa santé n'y succombe pas! Il a un visage qui fait trembler et il passe malgré cela une partie de la journée dans la représentation…»]
[576: À la date du 6 décembre, le nonce du pape Durini mandait à Benoit XIV: «La Châteauroux est pour ainsi dire dans un état complètement désespéré par suite d'une fièvre maligne accompagnée d'un transport au cerveau; le mal s'est déclaré le jour même où elle apprenait que le Roi la rappelait à la cour. On prétend que le Roi est venu la voir la nuit avant sa confession au P. Segau (Ségaud), jésuite de distinction. Elle a reçu depuis le viatique. Les médecins conservent donc bien peu d'espérance qu'elle puisse se rétablir» (Lettere di Mgr Carlo Durini arcivescovo di Rodi, nunzio apostolico in Parigi, al cardinal Valenti, secretario di stato per Benedetto XIV. Curiosità storiche raccolte da Felice Calvi. Milano, Antonio Valardi, 1878.)]
[577: Le Roi avait envoyé à la chapelle et à la paroisse faire part de son intention qu'il fût dit des messes pour demander à Dieu la guérison de madame de Châteauroux.]
[578: Barbier dit que toute la cour vint se faire inscrire à la porte de la duchesse où l'on donnait régulièrement le bulletin.]
[579: D'Argenson dit, à la date du 17 novembre, que sans cette fluxion la belle duchesse eût reparu au cercle de la Reine.]
[580: Mémoires du duc de Luynes, t. V.]
[581: Le Roi partait avec M. le Premier et M. d'Harcourt, capitaine des gardes en quartier. Il était si pressé de quitter Versailles que de Meuse qui n'était pas avec lui au moment où il prenait cette détermination ne pouvait arriver assez à temps pour monter en voiture avec lui et était obligé de le rattraper dans sa chaise. Là à la Muette le nonce du pape Durini dit qu'il ne discontinuait pas de pleurer, s'accusant de la mort de la duchesse et l'attribuant aux scènes de Metz. Il passait quelques jours complètement renfermé avec les amis particuliers de madame de Châteauroux: MM. d'Ayen, de Luxembourg, de Gontaut, de la Vallière et M. de Soubise accouru à la Muette. Il avait, dans sa douleur, plaisir à vivre seulement avec ceux qui lui parlaient de la morte et il nommait, pour le voyage de Trianon, mesdames de Modène, de Boufflers, de Bellefond, les trois femmes qui avaient vu madame de Châteauroux pendant sa maladie. Il avait envoyé un courrier à Richelieu qui tenait les États du Languedoc. Pendant le séjour de Trianon, le prince de Conti, qui avait été fort amoureux de la duchesse, étant arrivé un matin de fort bonne heure, le Roi le faisait entrer pendant qu'il était au lit, l'entretenait seul pendant toute une heure, lui parlant avec force larmes de cette femme qu'ils avaient tous deux aimée. C'était encore une entrevue pleine d'attendrissement que celle que le Roi avait au commencement de janvier avec madame de Lauraguais qui ne savait que depuis quelques jours la mort de sa sœur. Il lui prêchait la résignation, lui disant: «Madame, Dieu vous a frappée, il m'a frappé aussi; je croyais n'avoir qu'à désirer, mais Dieu en a disposé autrement. Il faut adorer sa main et se soumettre.» Puis, ce Roi en lequel la religion et le tempérament amoureux se livraient de continuels combats, envoyait ses soupers dans son appartement, lui donnait les loges de Nantes qu'aura plus tard madame du Barry, reprenait ses habitudes avec elle, en en faisant la maîtresse intérimaire entre madame de Châteauroux et madame de Pompadour.]
[582: Bois-Jourdain raconte que ce jour le Roi ne put soutenir la séance du Conseil jusqu'à la fin et dit à ses ministres: «Messieurs, finissez le reste sans moi.»]
[583: Le nonce du pape Durini écrit le 13 décembre: «Le mardi 8 courant, madame de Châteauroux mourut assistée par un religieux jésuite et donnant des signes de repentir, au milieu d'une chambre pleine de seigneurs de la cour selon l'habitude détestable de cette nation de mourir en public.»]
[584: La remarquable histoire de la vie de la défunte Anne Marie de Mailly, duchesse de Châteauroux, favorite de Louis quinzième, roi de France (publiée en allemand en 1746) donne à propos du testament de la femme, un détail sur l'achat de dentelles pendant la campagne de 1744 qui ne se trouve que là. Je crois n'avoir pas besoin de dire qu'il y a une grande exagération dans la note de l'écrivain allemand, enfin la voici telle qu'elle a été rédigée. «Par son testament elle (la duchesse de Châteauroux) institua la duchesse de Lauraguais héritière de ses meubles et objets précieux. Cela se monte à plusieurs millions entre autres pour un million de dentelles qu'elle avait achetées pendant son séjour en Flandres. Le duché de Châteauroux fait retour à la couronne; le roi a cependant ordonné de payer aux trois sœurs sur ce duché une rente viagère de 25,000 livres.»]
[585: Le P. Segaud qui l'avait assistée à ses derniers moments, racontait que l'entretenant de la confiance que nous devons avoir à la sainte Vierge, la duchesse lui avait dit que dans tous les temps elle avait porté sur elle une petite médaille de la sainte Vierge et qu'elle avait demandé deux grâces par son intercession: l'une de ne point mourir sans sacrements, l'autre de mourir le jour d'une des fêtes de la Vierge.]
[586: Madame la Dauphine, se trouvant très-bien le premier mercredi de février 1757, prenait sa tasse de chocolat d'habitude. L'instant d'après elle se trouvait mal; les syncopes, une perte effroyable survenaient… Tronchin appelé parlait d'une crise surnaturelle et madame Adélaïde lui administrait le contre-poison de madame de Verrue qu'elle tenait de la princesse de Carignan et qu'elle avait toujours dans les cassettes qui la suivaient. Par hasard, ce jour-là, madame Adélaïde qui préparait tous les jours le chocolat de la princesse ne l'avait pas fait. Beccari des petits appartements fut soupçonné; Dour, garçon d'office, lui avait vu apprêter la tasse de chocolat suspecte et avait dit qu'il ne comprenait pas comment il fallait autant de temps pour préparer une tasse de chocolat, et pourquoi on y faisait entrer autant d'ingrédients, des eaux qu'on tirait de divers flacons.]
[587: Aqua tofana.]
[588: L'Espion dévalisé. Londres, 1781.]
[589: De Luynes confirme les propos de madame de Châteauroux disant que pendant sa maladie elle avait été empoisonnée à Reims dans une médecine.]
[590: Madame de Brancas dit que Maurepas partit à midi de Versailles, qu'il ne fit que changer de voiture en arrivant chez lui, alla quelque part avant de se rendre chez madame de Châteauroux, chez laquelle il ne se rendit qu'à la fin de la journée, et elle se demande où il alla, avec qui il s'aboucha avant la visite. Elle ajoute qu'à peine la duchesse eut lu la lettre du Roi, elle sentit d'insupportables douleurs aux yeux et à la tête. Ce récit doit être accepté avec la plus grande défiance. La femme qui écrit cela ne dit-elle pas quelques lignes plus bas: «À peine le Roi sut-il la mort de madame de Châteauroux qu'il exila M. de Maurepas à Bourges.»]
[591: Mémoires de madame du Hausset, publiés par M. F. Barrière. Lettre adressée à M. de Marigny et qui s'est trouvée jointe au cahier du journal de madame du Hausset.—Richelieu et le bailli de Grille, l'intime ami de madame de Châteauroux, répétaient à tout le monde qu'elle était morte très-naturellement.]
[592: On adonné mille raisons à la mort de madame de Châteauroux. Nous avons déjà dit que le duc de Luynes rejette absolument comme cause de la mort de la duchesse une révolution morale survenant dans un temps critique; cependant un contemporain la fait mourir pour s'être dégarnie et baignée dans ce moment. Un petit livre rarissime, une espèce de continuation du pamphlet de mademoiselle Fauque, livre que je n'ai pas cité dans la bibliographie de madame de Pompadour et qui a pour titre: Mémoires pour servir à l'histoire de la marquise de Pompadour. (Londres, aux dépens du sieur Hooper, à la Tête de César, 1763), déclare que la duchesse de Châteauroux est morte des suites d'une tentative d'avortement.]
[593: Mémoires du duc de Luynes, t VI.—Il affirme qu'il y avait aussi un commencement d'inflammation d'un poumon.]
[594: Fragment des Mémoires de la duchesse de Brancas.—Lettres de Lauraguais à madame ***. Buisson, 1802.]
[595: Le duc de Luynes dit au mois de décembre 1743: Madame de Mailly s'aperçoit présentement que l'aveuglement de sa passion «allait au point qu'il l'empêchait de sentir toute la dureté du caractère du Roi, quoiqu'elle ait pu le remarquer souvent et qu'elle l'éprouvât elle-même.» Et madame de Tencin, dans une lettre de 1744, parle d'une conversation de madame de Mailly qui lui fait dire fort injustement que l'ancienne favorite n'avait jamais aimé le Roi de bonne foi.]
[596: Chronique du règne de Louis XV, 1742-1743. Revue rétrospective, t. V.]
[597: Il semble toutefois en ces premières années de sa conversion que l'ancienne favorite n'était point encore maîtresse de ses ressentiments. Madame de Tencin parle d'une lettre de madame de Mailly adressée au duc de Charost au moment de la campagne de 1744, lettre dans laquelle elle lui demande si les vivandières suivraient l'armée; et à quelque temps de là elle faisait un portrait de sa sœur, la duchesse de Châteauroux, qu'elle terminait en disant qu'elle était «une sotte de premier rang». Lors de la maladie du Roi à Metz au mois d'août 1744, Barbier dit que madame de Mailly ne quittait pas les églises de Paris.]
[598: Chronique du règne de Louis XV. Revue rétrospective, t. V.—On parlait dans ce temps d'un projet que madame de Mailly avait de fonder une maison aux environs de Paris, où elle élèverait de jeunes personnes. M. de Noailles applaudissait à ce projet et devait demander l'autorisation du Roi.]
[599: Soulavie affirme tenir le fait du maréchal de Mailly.]
[600: Madame de Mailly mourait le 30 mars d'une fluxion de poitrine, le huitième jour de sa maladie, à l'âge de quarante et un ans. Elle était soignée avec une grande affection par son père qui l'aimait beaucoup. Madame de Pompadour dit dans une lettre à son frère: «La pauvre madame de Mailly est morte, j'en suis réellement fâchée; elle étoit malheureuse, le Roy en est touché. Dans une autre lettre adressée à la comtesse Lutzelbourg elle répète ses regrets presque dans la même phrase.—Voici l'extrait de Barbier à propos de sa mort: «Cette pauvre comtesse est morte à quarante et un ans… Le P. Boyer, ancien prédicateur de l'Oratoire, était mort aussi d'une fluxion de poitrine huit ou dix jours auparavant, ce qui avait d'autant plus frappé madame de Mailly, qu'il était dans son intimité ainsi que le P. Renault. Après les exercices de piété, ces gens-là ne se quittaient pas, mangeaient très-souvent ensemble et faisaient, dit-on, très-bonne chère, ce qui faisait même plaisanter quelquefois.]
[601: En décembre 1743, le duc de Luynes dit: «Les dettes de madame de Mailly ne sont pas encore payées à beaucoup près; on a retranché aux créanciers une partie de ce qu'ils demandoient, et on a payé un à-compte d'un sixième tout au plus; on veut encore faire de nouveaux retranchements, et le projet est à ce qu'il paroît de payer des à-comptes de temps en temps. Cet arrangement est présentement la seule chose qui fasse de la peine à madame de Mailly.» En 1751 le duc de Luynes ajoute que madame de Mailly avait su que plusieurs des marchands avaient perdu dans les accommodements qui avaient été faits.]
[602: Soulavie nous apprend que lors de la démolition du cimetière des Innocents en 1785, on trouva son cercueil, que sa famille fit transporter dans un nouveau cimetière hors les murs, où elle fut confondue avec tous les morts.]
[603: Ces deux lettres forment le complément de la correspondance de madame de Vintimille avec madame du Deffand, publiée dans la Correspondance inédite de madame du Deffand. Paris, 1809, t. 1.]
[604: Le comte du Luc, frère de l'archevêque de Paris et son beau-père, était mort quelques jours avant.]
[605: Correspondance inédite de la duchesse de Châteauroux avec le maréchal duc de Noailles à l'armée de Flandre, 1743-1744. (Bibliothèque Nationale. Manuscrits S. F. Recueil de lettres autographes, dix-huitième siècle.) Nous donnons ici les lettres que nous n'avons pas insérées dans le corps du texte.]
[606: Cette dernière lettre fait partie de la collection d'autographes de feu M. Chambry et m'a été communiquée par lui.]