L’OBSESSION

A Charles Morice.

O vase de volupté,

Je t’aime, Femme, Beauté!

Je suis un Faune hanté

Par la luxure:

Brute vouée au plaisir,

Chair condamnée à gésir

Sous la meule du désir

Qui me pressure.

Un rut fou tient mon destin:

Mais j’adore le festin

Que du soir jusqu’au matin

Mon sang arrose;

Je suis le joyeux martyr

Qui se grise de sentir

Sa chair vive s’engloutir

Sous la dent rose.

Chaque femme, je la veux!

Des talons jusqu’aux cheveux

J’emprisonne dans mes vœux

Les inconnues:

Sous leurs jupons empesés

Mes rêves inapaisés

Glissent de sournois baisers

Vers leurs peaux nues.

Je déshabille leurs seins:

Mes caresses, par essaims,

S’abattent sur les coussins

De leurs poitrines;

Je me vautre sur leurs flancs,

Ivre des parfums troublants

Qui montent des ventres blancs

A mes narines.

Vous aussi, Nymphes, splendeurs

Que pour mes fauves ardeurs

L’art du pinceau sans pudeurs

A dévêtues:

Vos formes, obstinément,

Me tirent comme un aimant;

J’ai de longs regards d’amant

Pour les statues.

Doux, je promène ma main

Aux rondeurs du marbre humain,

Et j’y cherche le chemin

Où vont mes lèvres.

Ma langue en fouille les plis;

Et sur les torses polis,

Buvant les divins oublis,

J’endors mes fièvres.

—Ainsi, toujours tourmenté

Par des soifs de volupté,

J’emplis de lubricité

Mes vers eux-mêmes;

Et quand mes nerfs sont lassés,

Quand ma bête crie: assez,

J’onanise mes pensers

Dans des poèmes!