Scène 5.III.
Le Bret, Ragueneau.
RAGUENEAU:
D'ailleurs,
Puisque vous êtes là, j'aime mieux qu'elle ignore !
—J'allais voir votre ami tantôt. J'étais encore
A vingt pas de chez lui. . .quand je le vois de loin,
Qui sort. Je veux le joindre. Il va tourner le coin
De la rue. . .et je cours. . .lorsque d'une fenêtre
Sous laquelle il passait—est-ce un hasard ?. . .peut-être !—
Un laquais laisse choir une pièce de bois.
LE BRET:
Les lâches !. . .Cyrano !
RAGUENEAU:
J'arrive et je le vois. . .
LE BRET:
C'est affreux !
RAGUENEAU:
Notre ami, Monsieur, notre poète,
Je le vois, là, par terre, un grand trou dans la tête !
LE BRET:
Il est mort ?
RAGUENEAU:
Non ! mais. . .Dieu ! je l'ai porté chez lui.
Dans sa chambre. . .Ah ! sa chambre ! il faut voir ce réduit !
LE BRET:
Il souffre ?
RAGUENEAU:
Non, Monsieur, il est sans connaissance,
LE BRET:
Un médecin ?
RAGUENEAU:
Il en vint un par complaisance,
LE BRET:
Mon pauvre Cyrano !—Ne disons pas cela
Tout d'un coup à Roxane !—Et ce docteur ?
RAGUENEAU:
Il a
Parlé,—je ne sais plus,—de fièvre, de méninges !. . .
Ah ! si vous le voyiez—la tête dans des linges !. . .
Courons vite !—Il n'y a personne à son chevet !—
C'est qu'il pourrait mourir, Monsieur, s'il se levait !
LE BRET (l'entraînant vers la droite):
Passons par là ! Viens, c'est plus court ! Par la chapelle !
ROXANE (paraissant sur le perron et voyant Le Bret s'éloigner par la colonnade qui mène a la petite porte de la chapelle):
Monsieur Le Bret !
(Le Bret et Ragueneau se sauvent sans répondre):
Le Bret s'en va quand on l'appelle ?
C'est quelque histoire encor de ce bon Ragueneau !
(Elle descend le perron.)