SCÈNE II
DON JUAN, SGANARELLE, LE MONTREUR DE MARIONNETTES
LE MONTREUR, obséquieux, s'inclinant.
Burattini… Li far ballar…
Montrant un parchemin.
Privileggio…
SGANARELLE.
Quatre montants de bois, un vieux sac, un vieux store…
LE MONTREUR.
Casteletto. Permis de l'instaurer?
DON JUAN.
Instaure.
D'où es-tu?
LE MONTREUR, [installant son petit théâtre.]
De partout. J'ai voyagé partout.
Connu des écrivains. Des artistes. Beaucoup.
J'avais pour spectateur monsieur Bayle en Hollande.
DON JUAN.
J'ai voyagé moi-même ainsi qu'une légende.
Théâtre où j'apprenais la vie et le bâton,
Vous avez toujours l'air, avec votre fronton,
D'un petit temple grec monté sur des échasses.
L'enfance!
[Au Montreur.]
J'aimerais que tu te rapprochasses.
[Puis se parlant à lui-même.]
Je crois revoir encor, pour tendre un gobelet,
—«N'oubliez pas Polichinelle, s'il vous plaît!»—
Le montreur soulever cette toile éternelle…
A Sganarelle.
Va-t'en. Laisse-moi seul avec Polichinelle.
[Sganarelle sort. Le Montreur entre dans le guignol, où l'on verra paraître tour à tour ses marionnettes.]