L’AIGLON

DRAME EN SIX ACTES, EN VERS.

Représenté pour la première fois au Théâtre Sarah Bernhardt, le 15 mars 1900.

On ne peut se figurer l’impression produite… par la mort du jeune Napoléon… J’ai même vu pleurer de jeunes républicains.

Henri Heine.

QUATRE CENT ONZIÈME MILLE

PARIS
Librairie CHARPENTIER et FASQUELLE
EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR
11, RUE DE GRENELLE, 11

1922
Tous droits réservés

Entered according to act of Congress, in the year 1900, by E. Fasquelle, in the office of the Librarian of Congress, at Washington. All Rights reserved.

IL A ÉTÉ TIRÉ

180 exemplaires numérotés à la presse sur papier du Japon.

Tous droits de traduction, de reproduction et de représentation réservés pour tous pays compris le Danemark, les Pays-Bas, la Suède et la Norvège.

Entered according to act of Congress, in the year 1900, by E. Fasquelle, in the office of the Librarian of Congress, at Washington. All Rights reserved.

A mon fils Maurice, et à la mémoire de son héroïque arrière-grand-père Maurice, comte Gérard, Maréchal de France.

Grand Dieu ! ce n’est pas une cause

Que j’attaque ou que je défend…

Et ceci n’est pas autre chose

Que l’histoire d’un pauvre enfant.

PERSONNAGES

Mme
FRANZ, Duc de REICHSTADTSarah Bernhardt.
MM.
Séraphin FLAMBEAUGuitry
Le Prince de METTERNICHAndré Calmettes.
L’Empereur FRANZRipert
Le Maréchal MARMONTM. Luguet.
Le TailleurE. Magnier.
Frédéric de GENTZLaroche.
L’Attaché françaisSchutz.
Le Chevalier de PROKESCH-OSTENDeneubourg.
Tiburce de LORGETScheller.
Le Comte de DIETRICHSTEIN, précepteur du DucRebel.
Le Baron d’OBENAUSChameroy.
Le Comte de BOMBELLESJ. Volnys.
Le Général HARTMANNTeste.
Le DocteurLacroix
Le Comte de SEDLINSKY, Directeur de la PoliceJean Dara.
Un Garde-nobleLemarchand.
Lord COWLEY, ambassadeur d’AngleterreKrauss.
THALBERGLaurent.
FURSTENBERGGauroy.
MONTENEGRODeneuville.
Un Sergent du régiment du DucTastu.
Le Capitaine FORESTIFauchois.
Un Vieux PaysanGuiraud.
Le Vicomte D’OTRANTEDurec.
PIONNETBart.
GOUBEAUXRoyau.
MORCHAINPirou.
BOROKOWSKILarmandie.
Le Valet de chambre du DucRidar.
L’HuissierStebler.
Un MontagnardRéqui.
Un TyrolienVilleneuve.
Un FermierMagnin.
Le PrélatBacque.
Mmes
MARIE-LOUISE, Duchesse de ParmeMaria Legault.
La Comtesse CAMERATABlanche Dufrêne.
Thérèse de LORGET, sœur de TiburceRenée Parny.
L’ArchiduchesseChristiane Préval.
Fanny ELSSLERLucy Gérard.
La Grande-MaîtresseCanti.
Princesse GRAZALCOWITCHGrandet.
Quelques Belles Dames de la CourSaryta.
Bl. Boulanger.
Marie Royer.
Tasny.
Lady COWLEYSolters.
Les Demoiselles d’honneur de Marie-LouiseRedzé.
L. Picquel.
A. Picquel.
Brenneville.
Une Vieille PaysanneFortis.
La Famille impériale
La Maison militaire du Duc
Gardes de l’Empereur : Arcières, Gardes-nobles, Trabans, etc.
Masques et Dominos : Polichinelle, Mezzetins, Bergères, etc.
Paysans et Paysannes
Le Régiment du Duc

1830-1832

Nota.— Il ne faudra pas que le Lecteur s’étonne de trouver ici quelques vers que le Spectateur n’a pas entendus. Au Théâtre, il faut finir à une certaine heure. Alors on coupe un peu, et l’auteur fait semblant de ne pas s’en apercevoir.

Pour tous les détails de mise en scène, s’adresser au Théâtre Sarah-Bernhardt.

PREMIER ACTE
LES AILES QUI POUSSENT

A Baden, près de Vienne, en 1830.

Le salon de la villa qu’occupe Marie-Louise. Vaste pièce au milieu de laquelle s’élève la montgolfière de cristal d’un lustre Empire. Boiseries claires, murs peints à fresque, d’un vert pompéien. Frise de sphinx courant autour du plafond.

A gauche, deux portes. Celle du premier plan est celle de la chambre de Marie-Louise. Celle du second plan ouvre sur les appartements des dames d’honneur.— A droite, au premier plan, une autre porte ; au second plan, dans une niche, un énorme poêle de faïence, lourdement historié.— Au fond, entre deux fenêtres, une large porte-fenêtre, par laquelle on aperçoit les balustres d’un perron formant balcon, qui descend dans le jardin. Vue sur le parc de Baden : tilleuls et sapins, profondes allées, lanternes suspendues à des potences en arceaux. Magnifique journée des premiers jours de septembre.

On a apporté dans cette banale villa de location un précieux mobilier. A gauche, près de la fenêtre, une belle psyché en citronnier chargé de bronzes ; au premier plan, une vaste table d’acajou, couverte de papiers ; contre le mur, une table étagère à dessus de laque, garnie de livres.— A droite, vers le fond, un petit piano Érard de l’époque, une harpe ; plus bas, une chaise longue Récamier auprès d’un grand guéridon. Fauteuils et tabourets en X. Beaucoup de fleurs dans des vases. Au mur, gravures encadrées représentant les membres de la famille impériale d’Autriche ; portraits de l’empereur François, du duc de Reichstadt enfant, etc.

Au lever du rideau, au fond du salon, un groupe de femmes très élégantes. Deux d’entre elles, assises au piano, dos au public, jouent à quatre mains.— Une autre est à la harpe. On déchiffre. Rires ; interruptions.

Un laquais introduit, par le perron, une jeune fille de mine modeste, qu’accompagne un officier de cavalerie autrichienne, un merveilleux hussard bleu et argent. Les deux nouveaux venus, voyant qu’on ne les remarque pas, restent un moment debout dans un coin du salon.— A ce moment, par la porte de droite, entre le comte de Bombelles, attiré par la musique. Il se dirige vers le piano, en battant la mesure. Mais il aperçoit la jeune fille, s’arrête, sourit, va vivement à elle.