SCÈNE V
LE DUC, PROKESCH, puis THÉRÈSE.
(Un laquais entre, pose sur la table un plateau avec des lettres, et sort. C’est celui que le duc a désigné tout à l’heure comme le gardant la nuit, l’homme que l’huissier a appelé le Piémontais.)
PROKESCH.
Le courrier qu’on apporte.
(Il montre les lettres au duc.)
Beaucoup de lettres.
LE DUC.
Oui… de femmes. Celles-là,
On les laisse arriver.
PROKESCH.
Que de succès !
LE DUC.
Voilà
Ce que c’est que d’avoir l’auréole fatale !
(Il prend une lettre que Prokesch lui passe, décachetée.)
« Dans votre loge, hier, comme vous étiez pâle !… »
Je déchire.
(Il déchire, et en prend une autre.)
« Oh ! ce front qui… » Je déchire.
(Il déchire, et Prokesch lui en passe une troisième.)
« Hier
Je vous vis, à cheval, passer sur le Prater… »
Je déchire.
(Même jeu.)
PROKESCH.
Toujours ?
LE DUC, prenant encore une lettre.
« Prince, votre jeunesse,
Votre inexpérience… » Ah ! c’est la chanoinesse !
— Je déchire.
(La porte s’ouvre doucement, et Thérèse paraît.)
THÉRÈSE, timidement.
Pardon…
LE DUC, se retournant à sa voix.
Petite Source, vous ?
THÉRÈSE.
Mais pourquoi donc toujours ce surnom ?
LE DUC.
Il est doux.
Il est pur. Il vous va.
THÉRÈSE.
Je pars demain pour Parme.
Votre mère m’emmène.
LE DUC, avec un sourire forcé.
Essuyons une larme !
THÉRÈSE, tristement.
Parme !…
LE DUC.
C’est le pays des violettes.
THÉRÈSE.
Oui…
LE DUC.
Si ma mère ne le sait pas, dites-le-lui !
THÉRÈSE.
Oui, Monseigneur.— Adieu.
(Elle remonte lentement pour sortir.)
LE DUC.
Reprenez votre course,
Petite Source !
THÉRÈSE, s’arrêtant.
Mais… pourquoi « Petite Source » ?
LE DUC.
Mais parce qu’elle m’a rafraîchi bien des fois,
L’eau qui dort dans vos yeux et court dans votre voix.
— Adieu…
THÉRÈSE remonte, puis, sur le seuil, comme attendant, espérant encore.
Vous n’avez pas autre chose à me dire ?
LE DUC.
Pas autre chose.
THÉRÈSE.
Adieu, Monseigneur…
(Elle sort.)
LE DUC.
Je déchire.