SCÈNE XII
LE DUC, FLAMBEAU.
LE DUC, vivement, dès qu’il voit qu’ils sont seuls, montrant les objets épars sur la table.
Maintenant, fais-moi vite un paquet de ces choses ;
Dans ma chambre, à loisir, je compte les revoir !
FLAMBEAU, entassant rapidement tous les petits objets dans le foulard.
J’en fais un baluchon, tenez, dans le mouchoir !
— Mais dites-moi ce que ce signal peut bien être ?
LE DUC.
Flambeau, tu ne peux pas ne pas le reconnaître !
— Les entends-tu jouer, en bas, l’air autrichien ?
FLAMBEAU, ramenant les bouts du foulard pour terminer le paquet.
Ça ne vaut pas la Marseillaise, nom d’un chien !
LE DUC.
La Marseillaise !…— Eh bien ! les bouts, tu les attaches ? —
Oui, mon père disait : « Cet air a des moustaches ! »
FLAMBEAU, nouant et serrant.
Il a des favoris, leur air national !
LE DUC, passant dans le paquet une badine qu’il vient de prendre sur la table, et la mettant sur son épaule.
Rentrer en France, à pied, ce ne serait pas mal,
Avec son baluchon, comme ça, sur l’épaule !
(Il remonte vers sa chambre, d’un petit air crâne de conscrit, le paquet bleu se balançant derrière lui.)
FLAMBEAU, le suivant des yeux, brusquement attendri.
Que vous êtes gentil et que vous êtes drôle !
— C’est la première fois que je vous vois ainsi.
LE DUC, qui va entrer dans sa chambre, se retourne.
Un peu jeune ? un peu gai ?… C’est vrai, Flambeau !
(Et avec émotion.)
Merci !
Rideau.
ACTE III
LES AILES QUI S’OUVRENT
Le même décor.
La fenêtre est toujours ouverte sur le parc. Mais la coloration du parc a changé avec l’heure. Ce sont maintenant les somptueuses teintes de la fin du jour. La Gloriette est en or.
On a repoussé la table chargée de livres vers la droite pour laisser un grand espace libre. On a apporté non pas un trône, mais une vaste bergère, pour que le vieil Empereur y soit à la fois majestueux et paternel.
Au lever du rideau, les gens que doit recevoir l’Empereur ont été introduits. Ils attendent, debout, causant à voix basse. Chacun tient à la main un petit papier où sa demande est écrite. Bourgeois endimanchés, veuves de militaires en deuil. Paysans et paysannes venus de tous les coins de l’Empire : Bohémiens, Tyroliens, etc. Bariolage de costumes nationaux.
Des arcières, un peu pareils à des suisses d’église (habit rouge galonné, parements et ceinturon de velours noir, culotte blanche, hautes bottes, bicorne à demi recouvert d’une retombée de plumes de coq) sont immobiles aux portes de droite. Un garde-noble hongrois va et vient, faisant des effets de pelisse.
Il refoule tout le monde vers le fond, devant la fenêtre, et à gauche, contre les portes fermées de la chambre du Duc.