II

J'avais dit: «Puisqu'il existe

Entre Irun et Tolosa

Un village fier et triste

Où la gloire se posa;

Puisqu'en descendant vers l'Èbre

On entend, près d'un roc nu,

Palpiter un nom célèbre

Sur un village inconnu;

Puisque, étant le nom d'un drame,

Et le nom d'un drame en vers.

Ce nom-là me touche l'âme

Comme avec des lauriers verts!

Et puisque d'ailleurs les choses

S'arrangent mal à ce point,

Las! que les apothéoses

Moi seul ne les verrai point;

Puisque, ô divin porte-lyre,

Je ne sais pas où je puis

Aller prier pour te dire

Que de ta suite j'en suis;

Puisque je n'irai pas boire,

Dans l'humble creux de ma main,

A ces fontaines de gloire

Qu'on fera couler demain...

Je prendrai devant ma porte

Ce chemin bleu qui conduit

A ce village qui porte

Ce nom qui chante et qui luit:

J'irai voir, passant la Rhune,

O vieux village hidalgo,

Ton chapeau de tuile brune

Empanaché par Hugo;

J'irai parmi le mystère

De la route et du buisson

Célébrer le centenaire

A ma modeste façon;

Aucune voix indiscrète

Ne viendra me faire un cours

(L'œuvre, l'homme, et le poète);

Le Vent fera les discours.

Oh! je n'aurai pas la pompe

D'un cortège officiel...

Mais le coteau qui s'estompe

Et les étoiles du ciel!

Un peu de brise française

En ce soir de Février

Soufflera dans le mélèze

Et dans le genévrier;

Je veux, pèlerin que grise

Un espoir d'être béni,

Être là quand cette brise

Soufflera sur Hernani!»

—Et j'étais parti. J'arrive,

Petite ville, et je vois

Ton arrogance pensive,

Ton noir profil d'autrefois!

Déjà je vois apparaître

Un toit fier et surplombant,

Des balcons qui semblent être

Dessinés par Artaban;

A mesure que j'approche

Je vois mieux se détacher

Cette fantastique roche

Qui domine ton clocher;

Je t'admire! je m'attarde

A t'admirer dans le soir!

Et pourquoi je te regarde

Tu ne peux pas le savoir.

Hernani-du-Val-Bleuâtre

N'a pas entendu le cor

Que Hernani-du-Théâtre

Fait sonner dans son décor!

Tandis que ton nom s'envole

Sur le grand drame français,

Petite ville espagnole,

Tu murmures: Je ne sais...

Et tu t'endors, fière et triste,

Entre Irun et Tolosa,

Au fron-fron d'un guitariste,

Au parfum d'un mimosa!