VII

... Mais la nuit m'a surpris près d'un portail de pierre.

Alors je me souviens qu'il aimait la prière;

Qu'il a divinement murmuré: «Va prier...»

Je songe que le soir du vingt-six Février,

Hernani, ton église est bien selon mon âme,

Puisque je ne peux pas aller à Notre-Dame!

Et je laisse la vieille en noir qui tient les clés

M'ouvrir.

Saint-Sébastien a les cheveux bouclés;

Le large autel doré luit de toutes ses forces;

Et l'on voit des raisins sur les colonnes torses.

Cette église serait sûrement de son goût.

Et comme dans son œuvre énorme on trouve tout,

J'y prends quelques beaux vers comme on choisit des cierges,

Et je les fais brûler doucement. Et les Vierges

—Fronts de cire entrevus à travers des carreaux—

Sont celles justement qu'invoquent ses héros;

Et je t'ai demandé, Petit Roi de Galice,

Comment il faut prier pour que Dieu s'attendrisse!


Et je sors tout ému sous le ciel toujours beau;

Et je marche en disant: «Maître, Génie, Hugo...

Souris, Père d'un siècle, aux humbles fils d'une heure!

Que quelque chose, en nous, de ce grand jour, demeure!

Donne-nous le courage et donne-nous la foi

Qu'il nous faut pour oser travailler après toi...»

Et les mots se pressaient sans ordre sur ma lèvre.

Car depuis le matin je cultivais ma fièvre.

«... Fais que nous nous levions la nuit pour travailler,

Que nous ne dormions plus à cause du laurier;

Et détache ta main, un instant, de ta tempe,

Pour bénir notre front, notre cœur, notre lampe...»

Des paysans passaient.—«Persuade-nous bien

Que le travail est tout, que nous ne sommes rien...»

Un chant montait, de ceux que plusieurs voix reprennent.

«... Et dis-nous de chanter pour que tous nous comprennent!»

Ainsi parlait la voix de mon âme à genoux.

Le soir d'Espagne était merveilleusement doux.

Mais il fallait partir, car l'ombre enveloppante

Venait; je reprenais la vieille rue en pente

Qui serre tellement le ciel entre ses toits

Que l'on ne voit jamais qu'une étoile à la fois;

Je murmurais: «Faut-il qu'un pareil jour s'achève?»

Je sortais de Hugo comme l'on sort d'un rêve;

Et j'ai redescendu la rue; et lorsque j'ai

Passé sous le dernier balcon de fer forgé,

Un homme, d'une voix orgueilleuse et bourrue,

M'a dit: «Señor, c'est là—dans cette vieille rue—

Que naquit Urbuta, le brave à qui le Roi

François Premier rendit son épée!» Alors, moi

J'ai dit: «C'est là qu'est né—dans cette rue ancienne—

Le drame auquel le Cid pourrait rendre la sienne.»

Hernani, 26 février 1902.

Paris.—L. Maretheux, imprimeur, 1, rue Cassette.