XI.

Traversons l'époque la plus triste de l'histoire du Monténégro, celle pendant laquelle, abandonné par Venise, il subit les épouvantables ravages des armées du vizir Kiouprili, pour arriver a l'année 1568, où une grande victoire le délivra des Turcs. A cette époque commence la lutte entre l'Autriche et la Russie pour dominer le gouvernement du Monténégro, lutte dans laquelle la conformité de religion a toujours donné de grands avantages à la Russie sur sa rivale.

L'influence française, toute nouvelle au Monténégro, éclipsa complètement l'influence russe tant que dura l'expédition dÉgypte. Les Grecs-Slaves saluèrent par des cris de sympathie l'humiliation que nos armées venaient d'infliger à l'islamisme; mais, lorsqu'on vit la France s'allier avec la Turquie, et le général Sébastiani défendre Constantinople, l'influence russe regagna tout le terrain qu'elle avait perdu.

La guerre commença entre nous et les Monténégrins, secondés par un corps moscovite. Le général Lauriston fut attaqué, en 1806, à Raguse; l'ennemi assiège Raguse et Kataro. Le général Molitor accourt avec 1600 hommes pour débloquer la place de Raguse, entourée par 13 000 hommes. Molitor n'hésite pas à fondre à la baïonnette sur un ennemi douze fois plus nombreux que lui. Les Russes plient, les Monténégrins sont enfoncés; Russes et Monténégrins pêle-mêle, laissant leurs armes et leur artillerie sur le champ de bataille, se sauvent sur la flotte. En 1807, la terrible défaite de Castel-Novo força les Monténégrins a demander une paix qui ne fut plus troublée jusqu'en 1813.

A cette époque, les Français abandonnèrent Kataro, où les Monténégrins établirent la capitale de leur État; mais l'archiduc ne veut point accepter le Monténégro comme puissance maritime, elle craint pour sa marine la concurrence de ce peuple actif et entreprenant. Une armée autrichienne partit pour expulser les Monténégrins des bouches du Kataro, dont le congrès de Vienne avait donné la possession à la maison de Habsbourg.

En 1820, les Turcs entreprennent, contre le Monténégro une nouvelle campagne, dans laquelle ils sont battus.

Dix ans après meurt, à l'âge de 80 ans, le vladika Pierre, qui gouvernait depuis un demi-siècle le Monténégro.