PREMIÈRE PARTIE

ORIGINES DE L’ARCHITECTURE ROMANE

BASILIQUES CIVILES
BASILIQUES OU ÉGLISES LATINES
ÉGLISES BYZANTINES

CHAPITRE PREMIER

BASILIQUE CIVILE.—DÉFINITION.

Suivant Vitruve, la basilique était une salle dans laquelle les souverains rendaient la justice ou la faisaient rendre en leur nom.

Il dit, en parlant des palais destinés aux personnages importants: il doit s’y trouver des bibliothèques et des basiliques qui aient la magnificence qu’on voit aux édifices publics parce que, dans ces palais, il se tient des assemblées pour les affaires de l’État et pour les jugements et arbitrages par lesquels se terminent les différends des particuliers. Les Gordiens, dans leur magnifique villa bâtie sur la voie Prænestine, avaient trois basiliques de trente-trois mètres de longueur: le sénateur Lateranus, contemporain de Néron, en fit construire une qui, transformée par Constantin, devint la primitive basilique de Saint-Jean de Latran.

A Rome, la basilique était l’édifice renfermant le tribunal où siégeaient des juges. Du temps de Publius Victor, elles étaient au nombre de dix-neuf parce qu’on avait adjoint à chaque forum, ou place publique, une basilique dans laquelle les magistrats tenaient leurs audiences pendant la mauvaise saison.

Plus tard, les basiliques devinrent des marchés, des bourses où le peuple et les commerçants se réunissaient pour traiter leurs affaires de commerce. Vitruve dit encore que l’édifice, joint au forum, doit être situé sur l’exposition la plus chaude afin que les négociants qui les fréquentaient pendant la saison d’hiver ne soient pas incommodés par la rigueur du froid.

Sous le règne des rhéteurs, on s’y rendait pour entendre déclamer des vers et des harangues. C’est dans les basiliques que les jurisconsultes donnaient leurs consultations et que les jeunes orateurs s’exerçaient à la déclamation. Pline le Jeune nous apprend de quelle manière les juges et les assistants étaient placés dans ces édifices. Les juges, dont le nombre s’élevait parfois à 180, se partageaient en quatre compagnies ou tribunaux; autour d’eux se plaçaient les jurisconsultes et les avocats dont le nombre était considérable. Les portiques et les galeries supérieures étaient remplis d’hommes et de femmes qui, s’ils étaient trop éloignés pour entendre les plaidoiries et les jugements, pouvaient au moins jouir du spectacle.

La basilique s’élevait ordinairement sur un plan rectangulaire dont la largeur était égale au tiers de la longueur totale, les façades extérieures étaient très simples, toute la richesse architecturale étant réservée pour la décoration intérieure qui était souvent traitée avec une grande magnificence, ainsi que l’ont prouvé les découvertes faites sur l’emplacement du forum de Trajan pendant les fouilles opérées en 1812 par les soins du gouvernement français. En avant de la façade principale s’étendait, sur toute sa largeur, un portique sous lequel des portes s’ouvraient sur les divisions longitudinales de l’édifice.

FIG. 2.

BASILIQUE CIVILE.

(Plan.)

Vitruve parle des chalcidiques élevés aux extrémités de la basilique et qui étaient à son sens de vastes portiques; selon quelques auteurs anciens, le mot chalcidique désignait une salle haute et spacieuse, formant, en avant de l’hémicycle, une nef transversale à l’extrémité des avenues ou des nefs longitudinales et donnant au plan intérieur du monument la figure d’un T. Suivant Quatremère de Quincy, on pourrait voir, dans le sens donné aux chalcidiques, le rudiment du transsept qui a pris une place si importante dans les églises du moyen âge.

L’intérieur était généralement divisé en trois parties par deux rangées de colonnes ou d’arcades; celle du milieu plus large et plus haute que les deux autres.

Ces trois avenues parallèles aboutissaient à une enceinte transversale—trans septum—protégée par un mur bas ou par une balustrade; cette place était réservée aux jurisconsultes, aux avocats et aux greffiers. En face de l’avenue centrale et au delà du transsept, un hémicycle s’ouvrait dans le mur du fond; il était couvert

FIG. 3.—BASILIQUE CIVILE. (Coupe transversale.)

par une voûte en quart de sphère. L’arcade qui en formait l’entrée s’appelait absis; d’où est venu abside, que nous retrouverons plus tard.

C’est dans l’hémicycle, ou abside, qu’étaient placés le siège du juge—tribuna—et ceux de ses assesseurs. A droite et à gauche, s’élevaient souvent deux absides secondaires, ou de petites salles, destinées à contenir les archives ou divers services accessoires.

La coupe transversale d’une basilique profane nous montre l’économie de sa construction.

Le vaisseau central, formé par les murs latéraux, était supporté par des colonnes, ou des arcades, le séparant des galeries basses. Au-dessus de ces galeries étaient ménagées les tribunes réservées, d’un côté aux hommes, et de l’autre aux femmes et aux vierges admises dans ces basiliques sous la condition d’être séparées des hommes.

La nef principale et les galeries latérales superposées étaient couvertes d’une charpente apparente, souvent en bois de cèdre, richement ornée de dorures, suivant les auteurs anciens; cette charpente formait en même temps le plafond et la toiture de l’édifice, et elle était couverte extérieurement de plaques de plomb ou même de bronze.

CHAPITRE II

BASILIQUES CIVILES A ROME ET EN ORIENT.

Parmi les basiliques civiles, dont il est souvent parlé dans les ouvrages des auteurs anciens, il faut citer:

La basilique Porcia, construite par les consuls Porcius et Claudius, l’an 566 de Rome; elle touchait à la curie et souffrit de l’incendie qui détruisit ce dernier monument lorsqu’on brûla le corps de Claudius sur le forum; cette basilique dut être l’une des premières bâties par les Romains, car, selon Tite-Live, ce genre d’édifice n’apparut qu’après la première guerre de Macédoine, c’est-à-dire environ 200 ans avant Jésus-Christ.

FIG. 4.

BASILIQUE ULPIENNE, A ROME. (Plan.)

La basilique Fulvia, construite par le censeur Fulvius, 180 ans avant Jésus-Christ.

La basilique Simpronia, bâtie par le tribun Simpronius en l’an 583 de Rome; cet édifice présente cette particularité qu’il fut construit sur l’emplacement de la maison de Scipion l’Africain, à l’ouest du forum et dans le quartier des ouvriers et négociants en laine.

La basilique Æmilia, élevée sur le forum par Æmilius Paulus, 33 ans avant Jésus-Christ; elle coûta 1,500 talents, envoyés des Gaules par César; ses dispositions sont en partie connues par le plan antique de Rome conservé au Capitole. Elle avait quatre rangées de colonnes et l’on croit que ses murs étaient ouverts de toutes parts, comme dans le monument de Pæstum.

Et enfin la basilique Ulpia, élevée par Trajan sur le forum auquel il avait donné son nom.

L’architecte Apollodore, de Damas, construisit, vers la fin du Iᵉʳ ou au commencement du IIᵉ siècle de l’ère chrétienne, au milieu du forum de Trajan, la

FIG. 5.—BASILIQUE ULPIENNE, A ROME. (Coupe transversale.)

basilique Ulpienne, à quatre rangées de colonnes et, par conséquent, à cinq nefs; elle dépassait tous les édifices similaires par la grandeur de ses dispositions et la magnificence de sa décoration intérieure.

Vers le même temps ou à peu près,—160 à 169 de l’ère chrétienne,—sous les empereurs Marc-Aurèle et Lucius Verus, le légat de Syrie, célèbre par sa révolte, construisit le prétoire de Mousmieh (Syrie centrale), qui rappelle, par ses formes et sa destination, les basiliques romaines et dont l’origine est établie par de curieuses inscriptions gravées sur les pierres de l’édifice[1].

FIG. 6.

PRÉTOIRE DE MOUSMIEH (SYRIE CENTRALE).

(Plan.)

Ce prétoire, bâti sous la direction d’Egnatius Fuscus, centurion de la 3ᵉ légion gallique, se compose de trois nefs, formées par huit arcs accouplés deux à deux, portés sur quatre groupes de quatre colonnes chacun; le carré central était couvert par une coupole d’arête construite en blocage. Les galeries qui l’entourent étaient fermées par des dalles portant sur l’extrados des arcs accouplés et formant une voûte en berceau.

Les consoles encastrées dans les murs latéraux portent des inscriptions qui démontrent qu’elles ont été destinées à recevoir les portraits des centurions des légions 3ᵉ gallique et 6ᵉ flavienne qui ont tenu garnison

FIG. 7.—PRÉTOIRE DE MOUSMIEH (SYRIE CENTRALE).

(Vue perspective intérieure.)

dans la ville de Phæna, sous les empereurs Marc-Aurèle et Commode; cette circonstance fixe la date de la construction des murs, de l’hémicycle du fond avec sa large conque décorant la voûte et des niches latérales.

CHAPITRE III

LES THERMES D’ANTONIN CARACALLA A ROME.

Bien qu’ils paraissent s’éloigner des basiliques par leur destination, les Thermes antiques et surtout les Thermes d’Antonin Caracalla, bâtis au commencement du IIIᵉ siècle, s’y rattachent intimement, non seulement par les particularités de leur construction, mais encore par le parti architectural.

Les Thermes de Caracalla étaient le dernier mot de l’art romain arrivé à son plus haut développement; et si leurs ruines gigantesques sont encore l’objet d’un légitime étonnement, on peut se figurer l’admiration que durent exciter ces immenses monuments lorsqu’ils étaient complets, imposants par leurs proportions colossales autant que séduisants par la richesse de leur décoration.

Aussi ont-ils frappé l’esprit des architectes contemporains et de ceux qui recueillirent leur succession. Cette influence s’exerça dès les premières années du IVᵉ siècle; nous verrons d’abord les constructeurs chrétiens s’inspirer directement de cette œuvre admirable et donner à l’une de leurs premières basiliques les dispositions

FIG. 8.—THERMES D’ANTONIN CARACALLA, A ROME. (Plan.)

presque identiques de l’une des plus belles salles des Thermes de Caracalla.

Nous verrons ensuite, deux siècles plus tard, les architectes de Sainte-Sophie se souvenir des Thermes et suivre encore les traditions romaines, perfectionnées ou modifiées au contact de la civilisation orientale.

A l’exception des temples ronds, la plupart des temples et des basiliques de Rome, grecs par le plan et la structure, étaient couverts par des charpentes.

Les nefs des basiliques n’étaient pas voûtées, mais fermées par des combles lambrissés. Ce ne fut qu’après l’incendie de Rome, sous Néron, que les Romains abandonnèrent presque partout les couvertures en charpente pour y substituer les voûtes en maçonnerie.

Les Thermes d’Antonin Caracalla furent construits par cet empereur et achevés en 217, la sixième année de son règne, sauf les portiques de l’enceinte qui y furent ajoutés par Héliogabale et Alexandre Sévère.

Les Romains construisirent ces édifices, réunis dans un immense ensemble, de la manière la plus simple et la plus économique en raison de leur état social. Les Romains n’employèrent presque exclusivement que la brique et le blocage. Les parements sont composés de briques triangulaires posées à plat, leur grand côté vers l’extérieur; au milieu des murs et des massifs, un béton, composé de gros cailloux et d’un excellent mortier, garnissait l’espace vide entre les briques. Afin de régler les assises et pour s’assurer des niveaux, des chaînes de grandes briques sont arasées à certaines hauteurs régulières; des arcs de décharge en briques, noyés dans la construction, répartissent les charges sur les points

FIG. 9.—THERMES D’ANTONIN CARACALLA, A ROME.—LE FRIGIDARIUM.

(D’après la restauration de Viollet-le-Duc.)

d’appui principaux. Quant aux voûtes, les arcs de tête sont en grandes briques sur deux rangs ordinairement et les remplissages en béton composé de mortier et de pierre ponce.

Après cette construction si simple, si économique et d’une exécution si rapide, les architectes ont élevé leurs portiques formés de colonnes et d’entablements en marbre. Les murs, les piles et les voûtes sont partout à l’intérieur revêtus de marbre, de stuc ou de mosaïque et cette masse grossière a été revêtue d’un splendide manteau embelli du plus somptueux ornement.

La grande salle circulaire, le Caldarium des Thermes de Caracalla, avait plus d’un point de ressemblance avec la rotonde d’Agrippa dans sa forme ainsi que dans son mode de construction; mais si les détails sont moins purs, elle n’en reste pas moins un sujet d’étude des plus intéressants au point de vue de la construction des temples ronds.

Les Thermes d’Antonin Caracalla, un des plus beaux exemples du génie romain, de la science des architectes du IIIᵉ siècle et l’un de ceux qui marquent le mieux la puissance de ce grand peuple bâtisseur, inspirèrent les architectes de Rome et de la Syrie dès le IVᵉ siècle, plus tard les constructeurs de Sainte-Sophie et plus près de nous ceux de Saint-Marc à Venise.

L’influence est visible, car on retrouve dans les grands édifices élevés à Rome, en Orient et en Italie du IVᵉ au XIᵉ siècle, non seulement les détails des profils et de la décoration, mais encore la tradition monumentale adoptée et suivie par les Romains, surtout en ce qui concerne le parti architectural des grands arcs,

FIG. 10.—THERMES D’ANTONIN CARACALLA, A ROME.—LE TEPIDARIUM.

(D’après la restauration de Viollet-le-Duc.)

subdivisés par des colonnes ou des arcades. Il en est de même pour les moyens de bâtir, consistant dans la construction des points d’appui et des murs en matériaux grossiers, revêtus ensuite de matériaux purement décoratifs.

CHAPITRE IV

LE PANTHÉON DE ROME ET LE PALAIS DE SARVISTAN (PERSE).

Avant de reprendre l’ordre chronologique, qui facilite si bien l’étude des grandes époques de l’histoire de l’architecture, il est utile de retourner en arrière afin d’analyser une des plus belles œuvres des architectes romains: le Panthéon de Rome, qui doit être considéré comme le plus parfait des temples ronds.

Cette analyse éclairera la recherche des imitations qu’en ont faites, dans la suite des siècles, les constructeurs d’Orient et d’Occident. Elle permettra de comprendre les transformations qu’ils ont fait subir à ce type admirable pour arriver, après bien des tâtonnements, à la coupole parfaite, point de départ d’un système de voûtement dont l’application a produit au moyen âge de si grands et de si beaux ouvrages d’art.

Il faut même remonter beaucoup plus haut, au IVᵉ siècle avant Jésus-Christ, pour trouver, chez les Perses, sinon l’origine, tout au moins une des plus anciennes applications de la coupole circulaire élevée sur plan carré.

Dès le temps de la république, les Romains avaient élevé quelques petits monuments sur plan circulaire, couverts par des voûtes hémisphériques en béton. C’est ainsi qu’est construite la cella du temple de Vesta, à Tivoli; mais dès le commencement de l’empire, ce genre de construction prit des développements inconnus jusqu’alors.

FIG. 11.

LE PANTHÉON DE ROME.

(Plan.)

Agrippa fit bâtir le premier des thermes magnifiques, à Rome, dans la neuvième région. Fit-il en même temps élever la vaste salle sur plan circulaire, connue sous le nom de Panthéon, qui touchait à ces thermes sans être toutefois en communication directe avec eux[2]? Quoi qu’il en soit, Dion affirme qu’Agrippa acheva le Panthéon l’an 729 de Rome, soit l’an 24 avant l’ère chrétienne; mais cet achèvement concerne le portique élevé après coup devant la porte de la rotonde, ainsi que le constate l’inscription qu’on lit encore sur la frise de ce portique. Qu’Agrippa ait élevé le Panthéon, ou qu’il l’ait seulement décoré: à l’intérieur d’une splendide ordonnance de marbre et à l’extérieur d’un portique en granit gris et en marbre blanc, ce qu’il est facile de voir et ce qui nous importe, c’est de constater combien la construction de cette salle et sa décoration forment deux parties distinctes.

Ainsi enrichie par les soins d’Agrippa, la Rotonde fut dédiée à Jupiter vengeur. Le diamètre de la salle est, à l’intérieur, de 43ᵐ,40 et le mur circulaire, qui porte la voûte, a 5ᵐ,40 d’épaisseur, soit environ le septième du diamètre du cercle intérieur. Du pavé au sommet de la voûte on compte 44ᵐ,40; le diamètre est ainsi égal, à peu de chose près, à la hauteur intérieure de tout l’édifice. Le mur circulaire n’est pas plein; outre la porte d’entrée, il est évidé à l’intérieur par sept grandes niches: quatre rectangulaires et trois semi-circulaires.

Entre ces allégissements sont disposées au rez-de-chaussée huit niches en demi-cercle et, à la hauteur de la naissance de la voûte, seize vides qui s’ouvriraient sur le dehors s’ils n’étaient fermés par un mur de remplissage peu épais.

Il n’est pas de construction mieux raisonnée au point de vue de la durée et de la solidité; elle est entièrement parementée en grandes briques avec remplissage en blocage dans les massifs, suivant la méthode romaine, avec bandeaux en marbre[3].

La voûte prend naissance à 22ᵐ,50 au-dessus du sol intérieur, c’est-à-dire à peu près à la moitié totale de

FIG. 12.—LE PANTHÉON DE ROME. (Coupe longitudinale.)

la hauteur sous-œuvre. Nous ne donnons pas ces dimensions sans raison; elles font voir que les Romains possédaient certaines formules applicables aux vides des édifices, qu’ils établissaient des rapports exacts entre les hauteurs et les largeurs de ces vides et qu’ils soumettaient l’apparence extérieure de leurs monuments aux dispositions prises dans les intérieurs.

FIG. 13.—COUPOLE DU PANTHÉON DE ROME.

(Détails de construction de la voûte.)

La voûte semi-sphérique qui couronne le mur évidé formant la muraille circulaire de l’édifice est bâtie en briques et en blocages; les briques, noyées dans l’épaisseur, tiennent lieu de nervures à la voûte, allégée par cinq rangs de caissons évidés dans la concavité intérieure.

Le mur circulaire, grâce aux vides ménagés dans son épaisseur, n’est qu’un composé d’arcs de décharge reportant toutes ses pesanteurs sur seize massifs principaux.

C’est tout un système de construction qui impose des lois à l’architecture, avant que l’architecte ne songe à la décoration du monument[4].

Il est facile de reconnaître d’abord que la partie purement décorative ne fait pas corps avec la structure, car cette décoration, faite après coup, ne se compose que d’un placage qui ne contribue pas à la solidité de l’édifice; puisqu’il n’existe plus, comme dans les constructions grecques, une alliance intime, absolue, entre la construction et le vêtement décoratif qu’elle reçoit.

En étudiant la construction de cette immense rotonde, on voit avec quel soin l’architecte a évité les masses inutiles et avec quelle science il a combiné les pleins et les vides, ceux-ci contribuant à assurer la rigidité du mur circulaire en reportant les charges sur des points déterminés et en multipliant les surfaces résistantes; à la naissance de la voûte, une série de contreforts, coupant les voûtes en quart de sphère et des berceaux bandés parallèlement au mur circulaire, maintient puissamment la grande coupole hémisphérique ([fig. 13]).

Le Panthéon compte, très justement, parmi les chefs-d’œuvre de l’architecture romaine. Il fut construit en l’an 26 avant Jésus-Christ, par l’architecte Valerius d’Ostie. Nous avons vu précédemment les dimensions colossales de cette vaste salle et la décoration qui y fut appliquée après sa construction; l’attique, orné de pilastres, qui, à l’origine, surmontait les colonnes a été remplacé par les cariatides de Diogène. Une petite corniche sépare cet attique de la coupole qui s’élève d’un jet jusqu’à l’ouverture circulaire, large de sept mètres, d’où tombe un flot de lumière. Cet éclairage unique, glissant sur les caissons de la coupole et laissant les grandes niches dans une ombre mystérieuse, la régularité grandiose de l’ordonnance et la beauté de la matière donnent au solennel édifice un aspect extraordinairement majestueux.

Le palais de Sarvistan, construit au IVᵉ siècle avant Jésus-Christ[5], s’élève à l’extrémité d’une plaine déserte traversée par la vieille route des caravanes, conduisant de Chiraz à Darab-Guerd et à Bender-Abbas.

FIG. 14.

PALAIS DE SARVISTAN (PERSE).

(Plan.)

(D’après les dessins de M. Dieulafoy.)

Les murs du monument sont construits en moellons bruts posés à bains de mortier; à l’intérieur, ils étaient recouverts d’un enduit en plâtre. Les coupoles et les voûtes en berceau—bâties en briques carrées de 8 centimètres d’épaisseur et de 27 centimètres de côté, très grossièrement fabriquées, mais très solides, grâce à la qualité de la terre qui a pris, par la cuisson, une extrême dureté—sont encore en grande partie debout, ainsi que les murs, malgré la fréquence des tremblements de terre.

FIG. 15.—PALAIS DE SARVISTAN (PERSE). (Coupole.)

(D’après les dessins de M. Dieulafoy.)

La construction tout entière se développe autour d’une salle ornée dont le rôle prépondérant est accusé: au dehors par une haute coupole, et au dedans par les vastes proportions du vaisseau et la largeur des baies percées au milieu des faces. Deux des entrées s’ouvrent sur les galeries extérieures: la première, située dans l’axe général de la construction, est précédée d’un porche composé de trois travées dissemblables; la seconde vient à la suite d’un vestibule communiquant avec le porche et une pièce voûtée.

«La partie la plus intéressante de l’édifice, celle qui mérite par cela même d’être étudiée avec le plus grand soin, est sans contredit la grande salle et l’ensemble des voûtes qui les surmontent.

«Le dôme, construit entièrement en briques, est de forme ovoïde. Il repose sur quatre trompes bandées entre les angles et sur quatre pendentifs qui raccordent la base de la coupole avec les trompes et les faces verticales des murs. Tout cet ensemble est soutenu par quatre grands arceaux elliptiques au milieu et au fond desquels s’ouvrent les portes...

«Le monument de Sarvistan est bien simple d’aspect; cependant il est du plus haut intérêt, car son étude éclaire d’un jour tout nouveau l’histoire de la coupole sur pendentifs dont Sainte-Sophie nous offre un des exemples les plus célèbres[6]....»

CHAPITRE V[7]

TRANSFORMATION DES BASILIQUES CIVILES.—ORIENTATION DES BASILIQUES ET DES ÉGLISES CHRÉTIENNES.

Dès les premières années du IVᵉ siècle, après la promulgation du célèbre édit rendu à Milan en 313, et par lequel Constantin proclama le christianisme religion de l’Empire, les architectes chrétiens comprirent le parti qu’ils pouvaient tirer des basiliques civiles admirablement disposées pour recevoir un grand nombre d’hommes et, avant de construire de toutes pièces les temples de la religion nouvelle, ils approprièrent pour l’exercice du culte nouveau les diverses parties des édifices anciens qu’ils avaient à leur disposition.

De par les Constitutions apostoliques l’église devant représenter la barque de saint Pierre, l’avenue centrale de la basilique devint la nef.

Des balustrades ou des murs d’appui la divisaient en deux parties.

Au bas de la nef était le pronaos, emplacement destiné aux catéchumènes et à une certaine classe de pénitents; en un mot, à tous les membres de la communauté chrétienne qui, ne pouvant entendre qu’une partie des offices, étaient tenus de sortir de l’église avant la consécration.

Plus haut, vers le transsept, se trouvait le chœur—chorus,—espace entouré d’une cloison basse dans laquelle étaient disposés des ambons, ou pupitres, pour la lecture, par les diacres, des Saintes Écritures; à cette place se tenaient les chantres, les instrumentistes, les exorcistes et de nombreux acolytes qui composaient avec eux le bas clergé des basiliques.

A l’extrémité de la nef, au centre du chalcidique, ou transsept, donnant au plan basilical la forme d’un T ou d’un tau, figure pour laquelle les chrétiens eurent une prédilection particulière parce que le tau était l’image de la croix, se trouvait l’emplacement de l’autel, le sanctuaire, l’altarium ou sacrarium, la place des diacres et des sous-diacres.

L’autel était placé au milieu, entre l’hémicycle ou abside ménagée dans le mur du fond et l’arc triomphal s’ouvrant dans la nef.

L’hémicycle ou abside, qui avait été jadis le tribunal, devint l’emplacement des prêtres ordonnés; c’est pourquoi on le trouve désigné sous le nom de presbyterium. Un banc circulaire, interrompu au milieu par un siège plus élevé, consistorium, contournait le mur du fond. La place éminente, suggestus, était celle de l’évêque ou du dignitaire qui en tenait lieu.

Les galeries latérales ou bas côtés recevaient l’assistance. Les dénominations de plaga ou de porticus étaient communes à l’une et à l’autre; on les distinguait par l’épithète de dextera et læva, droite ou gauche; ou par le déterminatif virorum, mulierum, parce que les sexes étaient séparés dans l’église et que les hommes devaient occuper la droite et les femmes la gauche; mais la détermination de la droite et de la gauche des églises a été de bonne heure une cause de confusion parce que l’orientation des églises a changé et que les liturgistes du moyen âge s’attachèrent à la lettre des anciens textes sans tenir compte de ce changement.

On n’eut pas d’abord d’idée arrêtée sur l’orientation des basiliques, car les plus anciennes de Rome ont leurs façades tantôt au nord, et tantôt au sud, à l’est ou à l’ouest.

Une des constitutions de la fin du Iᵉʳ siècle, attribuées à saint Clément, veut que le prêtre regarde l’orient pour accomplir la consécration. Cette prescription paraît avoir déterminé la situation de l’église telle qu’on la voit encore à Saint-Pierre du Vatican et à Saint-Jean-de-Latran, c’est-à-dire la façade tournée à l’est. Le prêtre célébrait derrière l’autel, regardant l’assistance, les hommes à sa droite, c’est-à-dire au midi, les femmes à sa gauche, c’est-à-dire au nord; aussi les bas côtés, droit et gauche, furent-ils déterminés par les épithètes australis et septentrionalis.

Au Vᵉ siècle, l’orientation contraire fut préférée. Les basiliques présentent leur façade à l’ouest pour se conformer à la règle qui voulait que le prêtre tournât le dos à l’assistance. Cela fit que la droite de l’église devint celle du prêtre, c’est-à-dire au midi. Mais, chose singulière, la droite et la gauche de l’autel restèrent comme auparavant, la droite au nord, la gauche au midi; car il a toujours été entendu que l’évangile se lisait à droite de l’autel et l’épître à gauche,—c’est-à-dire l’évangile paraissant à gauche pour l’assistant tourné vers l’autel.

De là s’est produite une confusion dans l’esprit de quelques auteurs qui, ne comprenant pas que l’attitude de l’église pût différer de celle de l’autel, ont mis la droite de l’église au nord. La même interversion eut lieu pour le placement des fidèles. La basilique de Saint-Apollinaire-le-Neuf, à Ravenne, édifice du VIᵉ siècle qui a sa façade à l’ouest, en fournit la preuve.

La décoration principale de ce bel édifice consiste en une frise immense où sont représentées en mosaïque les figures des saints et des saintes. Or les saintes, qui devaient être vues par les femmes, occupent le mur septentrional de l’église, tandis que le mur méridional est occupé par les saints. Donc les hommes étaient dans le bas côté nord, c’est-à-dire du côté de l’évangile, et les femmes dans le bas côté sud, c’est-à-dire du côté de l’épître. C’est par l’effet de la fausse interprétation, signalée dans le paragraphe précédent, que cet ordre fut changé dans les siècles suivants.

CHAPITRE VI

ABSIDE.—BASILIQUE A TROIS MEMBRES.—NEF ET BAS COTÉS.—FAÇADE.—BAPTISTÈRE.—TOUR-LANTERNE.—CLOCHER.—DÉPENDANCES EXTÉRIEURES DES BASILIQUES.

Dans les premiers temps de l’Église chrétienne, l’abside changea de destination; elle cessa d’être le presbyterium pour devenir le martyrium, c’est-à-dire le lieu où reposait le corps du saint patron de la basilique, ou la relique à qui s’adressait particulièrement la dévotion du lieu. Il en était ainsi, avant l’an 500, dans l’église primitive de saint Martin à Tours, et cet usage se répandit dans les siècles suivants.

L’abside primitive n’avait pas d’autre jour que celui qu’elle recevait de la nef ou du transsept. Transformée en martyrium, elle fut non seulement percée de fenêtres, mais encore, selon certains auteurs, elles auraient été entièrement ajourées, ou même ouvertes à leur base, afin d’être mises en communication avec une galerie basse qui les entourait, de telle sorte que la disposition si caractéristique du chevet des églises modernes remonterait à cette antiquité, c’est-à-dire au Vᵉ siècle.

Au commencement du VIᵉ siècle, on construisit des basiliques selon le mode du temps, mais que l’on disait établies en trois membres, parce que leurs trois galeries longitudinales—nef et bas côtés—étaient considérées comme des églises ayant chacune son patron particulier. On peut croire que l’ancien temple de Jupiter capitolin de Rome, qui avait contenu dans sa triple cella trois sanctuaires à la fois: au milieu Jupiter, à gauche Junon et à droite Minerve, ait suggéré l’idée de ces temples chrétiens.

Les bas côtés, tout comme la nef, eurent leur autel et leur abside toujours plus petite que celle du milieu. En archéologie, on les appelle absidioles.

Le plan de San-Pietro-in-Vincoli, à Rome, bâtie vers les premières années du Vᵉ siècle ([fig. 24]), donne l’image de cette disposition caractéristique, qui fut si souvent imitée par les constructeurs du moyen âge.

Les dépendances du sanctuaire étaient formées de constructions basses, appuyées contre les murs du chevet de la basilique et mises en communication avec celle-ci par des portes qui remplissaient le même office que les sacristies modernes. Le nom de ces dépendances a changé selon les temps et les lieux; on a dit: pastophorium, diaconicum, gazophylacium, secretarium, vestiarium, thesaurus. Ces trois derniers termes sont ceux dont l’usage a été le plus répandu; leur place était ordinairement contre le mur de fond, à côté de l’abside ou contre l’abside.

La nef et les bas côtés, formant le corps de basilique, furent les parties qui changèrent le moins; cependant les convenances d’appropriation, par suite des nécessités liturgiques ou bien encore, et le plus souvent, le manque de ressources, ont fait introduire dans ces nefs et dans ces bas côtés des dispositions qui paraissent avoir eu une certaine généralité. Un des changements les plus marqués fut le remplacement des colonnes par des piles, changement plus général à mesure qu’on s’éloigna de l’antiquité, par la raison que les ruines des anciens monuments, exploitées depuis des siècles, ne fournissaient plus de colonnes.

Dans les contrées septentrionales de l’Europe, les colonnes, en pierre ou en marbre, n’avaient point été prodiguées comme en Italie, et il fallait les faire venir à grands frais; lorsque Charlemagne éleva la basilique d’Aix-la-Chapelle, il fut obligé d’envoyer prendre à Ravenne les colonnes et les marbres nécessaires pour décorer sa nouvelle église.

En Italie, les bas côtés des basiliques sont aveugles; mais il n’en était pas de même dans les autres pays, car ils étaient ajourés lorsque la disposition des lieux le permettait. Ordinairement les bas côtés étaient flanqués de bâtiments étroits, divisés en pièces appelées chambres,—cubicula,—qui communiquaient avec l’église par des portes monumentales, ou bien ces chambres étaient l’équivalent de ce qu’on a appelé aussi oratoires ou exèdres, parce que ces réduits contenaient une abside. Les dévots s’y livraient à la dévotion et à la prière; les privilégiés y recevaient la sépulture, ou bien elles servaient de logement à des personnages d’un certain ordre.

Toutes les églises construites dès les premiers siècles de l’ère chrétienne n’étaient pas pourvues de bas côtés, car il est certain qu’on éleva alors un grand nombre de basiliques composées d’une seule nef, comme la plupart des paroisses rurales bâties à l’époque barbare.

C’est l’édifice que les textes du temps de Charlemagne et de ses successeurs désignent sous le nom de capella, chapelle, et ce nom de chapelle a été pendant longtemps celui de toute église de campagne, même paroissiale. Presque tout ce qui nous reste des anciennes constructions religieuses de la Gaule appartient à des chapelles de ce genre.

La façade des basiliques indiquait généralement la coupe de l’édifice, marquant à la base la largeur du vaisseau central et des bas côtés, profilés par deux remparts, entre lesquels montait la nef couronnée par un fronton.

Les portes étaient au nombre de trois et quelquefois de cinq, correspondant aux trois ou aux cinq divisions de la nef; celle du milieu était plus haute que les autres, et à toutes s’appliquait l’épithète de regiæ, royales. Elles étaient fermées par des vantaux de bois richement travaillé, ou de bronze, et munies, à l’intérieur, de portières en étoffes précieuses.

Au-dessus des portes, la façade était percée de fenêtres et, dans le tympan du fronton, s’ouvrait un œil-de-bœuf, dans lequel on pouvait voir l’origine des roses éclairant la nef des cathédrales. Le tympan et le pourtour des fenêtres étaient souvent ornés de mosaïques.

Devant les portes régnait un large portique, fermé aux deux extrémités, qui ne paraît pas avoir eu de nom particulier dans l’église latine. Les Grecs l’appelaient narthex, dont ferula est l’équivalent; mais la dénomination qui fut la plus employée dans l’Europe occidentale est porticus, d’où est venu porche.

C’est sous ce portique que stationnaient ceux qui ne pouvaient assister à tous les offices, en attendant le moment où ils pouvaient entrer dans l’église.

A l’intérieur de l’église, au revers de la façade, se trouvait le pronaos, délimité le plus souvent par une simple balustrade; mais, dans certaines basiliques, il prenait un aspect monumental, parce qu’il était formé par une colonnade traversant le bas de la nef et surmonté d’une tribune, comme à Sainte-Agnès-hors-les-Murs ([fig. 57]). Cette disposition n’était guère usitée que dans les basiliques étagées, la tribune établissait alors une communication entre les galeries supérieures des deux côtés.

Pendant les premiers siècles du triomphe de la religion chrétienne, dont le baptême est une des cérémonies les plus importantes, il était de règle que ce sacrement fût administré, par immersion, dans un édifice séparé de la basilique.

Saint Sylvestre fit construire, au IVᵉ siècle, près de la basilique de Saint-Jean-de-Latran, qu’il avait reçue de Constantin, un baptistère octogone, magnifiquement orné, et le consacra à saint Jean-Baptiste, qui était le saint auquel étaient dédiés presque tous les édifices du même genre.

On construisit des baptistères sous diverses formes: ronds ou octogones et souvent sur un plan carré, cantonné sur chaque face, ou seulement sur trois, d’une absidiole et affectant la figure d’un trèfle ou d’un quatrefeuille; le carré central couronné d’une voûte d’arête ou d’une petite coupole et les absidioles voûtées en quart de sphère.

Au milieu des baptistères était établi un bassin—labrum ou lavacrum, qu’on emplissait d’eau ou qui était alimenté par une source. On se servit souvent de cuves en marbre, en granit ou en porphyre enlevées aux thermes romains; mais le plus souvent la cuve baptismale, qui devait contenir plusieurs personnes, était formée de dalles de pierre ou de marbre, scellées dans une aire en ciment qui formait le fond.

Les absidioles étaient destinées à recevoir des autels sur lesquels on disait la messe afin de donner la communion aux néophytes après le baptême.

Dès le VIIIᵉ siècle, les usages relatifs à la cérémonie du baptême se modifièrent. Il fut permis de baptiser dans l’intérieur, et dès lors on plaça les piscines ou les cuves baptismales dans le bas côté gauche—du côté de l’évangile—des basiliques chrétiennes.

Depuis la fin du Vᵉ siècle, un grand nombre d’églises présentèrent une disposition qu’on ne trouve pas dans les basiliques d’Italie, mais qui rappelait celle de plusieurs églises de la Syrie centrale, de Constantinople et de la Grèce.

Une coupole ou une tour s’éleva au-dessus du transsept et fut appelée par les écrivains de l’époque mérovingienne: la tour par excellence,—turris.

Le transsept était partagé en trois parties par deux murs de refend percés chacun d’une grande arcade en prolongement des colonnades ou arcades de la nef; l’altarium était transformé par là en un emplacement carré contenu entre l’ouverture de l’abside, l’arc triomphal de la nef et les deux arcs latéraux. Grâce à l’appui des quatre murs, il fut possible de surélever la construction au-dessus des combles de la nef et des bras du transsept. Percée de fenêtres de tous les côtés, elle prit l’apparence d’une lanterne carrée, polygone ou ronde, au sommet de laquelle était la toiture couvrant l’autel.

La tour-lanterne versait sur le sanctuaire une lumière abondante et annonçait de loin cette partie capitale de l’église et, pour lui donner plus d’effet, on la couronna d’un campanile en bois doré—machina, arx—ouvrage élégant qui se composait de plusieurs retraites d’arcades à trois étages ordinairement; d’où l’épithète de tristega appliquée au campanile.

Sans vouloir disserter sur l’origine des cloches, on peut dire que leur emploi dans le culte chrétien n’est pas mentionné avant le VIᵉ siècle et que les cloches usitées à l’époque mérovingienne devaient ressembler, comme dimensions, à celles dont on se sert encore dans les collèges ou dans les marchés. C’est dans la seconde moitié du VIIIᵉ siècle que les cloches acquirent un volume assez considérable pour qu’il devînt nécessaire de construire des édifices pour les suspendre.

Le premier clocher dont il soit fait mention est celui de Saint-Pierre du Vatican.

Cloche s’est dit campana et clocca, d’où les termes de campanarium, turris campanaria, clocarium, pour dire un clocher. On s’est servi aussi, au IXᵉ siècle, des mots: turricula, turris claxendix, le premier par opposition à la turris, coupole dôme ou tour-lanterne de l’église, le second quand il y avait un escalier en vis pour monter au sommet de la tour.

Les premiers clochers furent de forme ronde et toujours d’un petit diamètre, à l’exemple des coupoles byzantines ou grecques, ce qui prouve que les cloches qu’ils contenaient étaient de très petite dimension. Les cloches étaient suspendues au sommet de la tour, dans une partie évidée d’arcades, recouverte par un comble; le reste de la construction était parementé sans autres ouvertures que des meurtrières éclairant l’escalier.

Les clochers étaient très souvent séparés du corps de l’église. En Italie, un grand nombre d’églises, de tous les temps du moyen âge, ont leur clocher séparé d’elles par une distance souvent considérable.

Le plan de Saint-Gall indique deux tours rondes placées symétriquement sur le devant de l’église et communiquant avec le portique; la légende qui accompagne ce plan indique que ces tours, qui n’étaient pas destinées à recevoir des cloches, sont des observatoires ou oratoires dédiés aux anges; l’un à saint Michel et l’autre à saint Gabriel.

A une époque plus ancienne il existait déjà, en avant de certaines basiliques, de ces tours sous l’invocation de saint Michel et qui ne furent certainement pas des clochers. Il en existait une au VIIᵉ siècle à l’entrée du monastère de Saint-Maur qui reproduisait en plan la forme d’une croix.

La force de l’habitude fit appliquer la forme ronde à des clochers construits même au XIIᵉ siècle, comme celui de Saint-Théodore d’Uzès, qui date de cette époque; mais ces exemples sont rares et il paraît certain que, dès le Xᵉ siècle, le plan carré fut préféré (fig. [87] et [88]).

Outre les grosses cloches qui annonçaient au loin les offices, on continuait, pour régler les exercices religieux du clergé, d’employer des clochettes. Elles sont appelées dans les textes: signum, schilla, nola—en français: sin, esquielle, eschelette.—Elles prirent place au IXᵉ siècle dans les campaniles qui couronnaient les dômes.

Les dépendances extérieures des basiliques latines eurent, dès l’origine, une importance qui ne fit que s’accroître. Il convient de remarquer que si la basilique civile ou profane était ouverte de toutes parts sur des places les plus fréquentées de la ville, la basilique sacrée au contraire fut éloignée, autant qu’il était possible, de la voie publique et il y eut au moins une cour établie devant la basilique, sur toute la largeur de la façade. Cette cour, environnée de portiques qui se raccordaient avec le narthex, ou porche d’entrée, constituait l’aitre de l’église—atrium—et, comme on y enterra, dès les premiers siècles, les fidèles qui s’étaient recommandés par leurs mérites, elle fut appelée aussi paradisus, d’où est venu parvis.

L’aitre, ou atrium, était environné de portiques qui se raccordaient avec le porche d’entrée. L’ensemble des galeries s’appelait triporticus ou quadriporticus, selon qu’elles étaient au nombre de trois ou de quatre.

Les basiliques somptueuses des temps les plus anciens eurent un premier enclos, triportique ou quadriportique, qui précédait l’atrium. Ainsi se présentait, la façade tournée du côté de la Saône, une basilique édifiée à Lyon vers 460 par l’évêque Patient. C’était le temps où l’on ne ménageait pas les colonnes. Les deux enceintes extérieures de la basilique de Lyon formaient chacune un triportique et tous les supports étaient des colonnes en marbre des Pyrénées. Plus tard on réserva le marbre pour les intérieurs, et les auteurs, depuis le VIIᵉ siècle, ne parlent plus de la magnificence des portiques extérieurs, ce qui tendrait à prouver qu’ils étaient dès lors établis d’une manière beaucoup plus simple.

Sous les portiques latéraux de l’aitre s’ouvraient parfois des cellules qui servaient de logement aux moines habitués de la basilique ou aux plus recommandés parmi les malades qui venaient y chercher leur guérison.

Au milieu de l’aitre se trouvait ordinairement une vasque d’où sortait un jet d’eau, ou bien encore une citerne, ou un puits; cet accessoire a été désigné sous les noms de phiala, cantharus, puteus. C’est là que les fidèles, avant de pénétrer dans la basilique, faisaient les ablutions, dont la prise d’eau bénite à l’entrée des églises est une réminiscence.

De très bonne heure, l’aitre perdit son importance et son aspect monumental; ce ne fut plus qu’une petite cour sans portique, entourée de bâtiments ou seulement de murs. Ce changement tient à deux circonstances: la société tout entière étant devenue chrétienne, la classe des catéchumènes disparut; la discipline s’adoucit à l’égard des pêcheurs et comme les grands coupables furent seuls exclus des sacrements, on cessa de voir ces troupes de pénitents qui assiégeaient auparavant les abords de la basilique en attendant le jour de la réconciliation.

Enfin l’extension que prit l’institution monastique obligea d’augmenter les dépendances de l’église en vue de ceux qui la desservaient.

A partir du VIᵉ siècle la plupart des basiliques chrétiennes furent affectées à des communautés de religieux, souvent si considérables qu’elles comptaient plusieurs centaines de personnes. Plus tard, sous la seconde race, une règle imitée de celle des monastères, la règle des chanoines fut imposée par les conciles nationaux aux clergés des cathédrales et de toutes les grandes basiliques séculières. Les bâtiments nécessaires aux actes de la vie commune de ces pieuses congrégations furent établis sur l’un des bas côtés de l’église et l’on trouva commode de les disposer autour d’une cour carrée. C’est là que fut transporté sous le nom de cloître—claustrum—le quadriportique devenu inutile sur la façade. Il s’est maintenu à cette place pendant toute la durée du moyen âge.

CHAPITRE VII

BASILIQUES DE CONSTANTIN, DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, DE SAINTE-MARIE-MAJEURE, DE SAINT-PIERRE-A-VINCOLI, A ROME.—BAPTISTÈRE, A NOVARE (ITALIE).

La Basilique dite de Constantin est l’une des plus anciennes parmi les basiliques judiciaires qui devinrent les premiers sanctuaires du christianisme.

Commencée sous Maxence, elle fut achevée dans les premières années du IVᵉ siècle, sous le règne de Constantin. Elle peut être considérée comme l’un des derniers monuments de l’art antique. Le plan est simple et digne encore d’être comparé aux œuvres du beau temps de l’architecture romaine. Les proportions de la salle sont fort belles et la construction en est très soignée.

FIG. 16.—BASILIQUE DE CONSTANTIN, A ROME.

(Plan.)

La nef de la basilique de Constantin présente cette particularité de ressembler absolument au Tepidarium des Thermes d’Antonin Caracalla ([fig. 10]). Il est naturel, d’ailleurs, que les architectes du temps de l’empereur Maxence aient subi l’influence des superbes monuments qu’ils avaient sous les yeux et qui devaient être alors dans tout l’éclat de leur splendeur.

Le parti architectural est le même. Le vaisseau principal se compose, comme aux Thermes, de trois grandes travées marquées par de grands arcs longitudinaux et il est couvert par une voûte d’arête plein cintre, construite en briques et en blocage; la poussée de cette belle voûte, dont les retombées étaient soutenues par des colonnes hors œuvre, couronnées d’une corniche avec architrave, était maintenue par des murs transversaux, percés d’arcades faisant communiquer

FIG. 17.—BASILIQUE DE CONSTANTIN, A ROME. (Coupe transversale.)

entre eux les bas côtés; ces murs transversaux étaient eux-mêmes réunis, solidarisés, par des arcs plein cintre en berceau, construits comme la grande voûte et ornés à l’intérieur de caissons décoratifs.

La basilique se terminait au chevet central par un hémicycle, ou abside, voûté en quart de sphère; et un portique, enrichi de colonnes sous lequel s’ouvraient les portes, s’étendait en avant de la façade et sur toute la largeur de l’édifice.

FIG. 18.—BASILIQUE DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, A ROME. (Plan.)

Après les monuments de Constantin vinrent ceux de ses successeurs qui donnèrent encore plus d’extension à la construction des basiliques.

Parmi celles qui furent bâties en grand nombre jusqu’à la fin du Vᵉ siècle, il faut citer la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, sur la route d’Ostie, construite sur l’emplacement d’une petite église de Constantin.

Commencée en 386 et terminée dans les premières années du Vᵉ siècle, sous le règne d’Honorius, elle était, avec l’église Saint-Pierre, une des plus grandes basiliques de Rome.

FIG. 19.—BASILIQUE DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, A ROME.

(Vue perspective de l’altarium.)

(D’après la Messe de Rohault de Fleury.)

Elle possédait un vaste transsept, appartenant à la disposition théodosienne[8].

Le plan de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs donne le transsept de l’église chrétienne bien marqué. La nef principale et les quatre nefs latérales sont séparées du transsept par un mur, percé d’un arc triomphal et de quatre arcs secondaires. L’autel majeur

FIG. 20.—BASILIQUE DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, A ROME. (Coupe transversale.)

avec sa clôture,—l’altarium—sur la confession, séparait le chœur réservé aux prêtres, des fidèles placés dans la nef.

Les bras du transsept étaient occupés par les clercs et les personnes revêtues d’un caractère religieux.

Les proportions de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs étaient colossales; sa longueur était de 143 mètres, y compris l’abside qui avait 25 mètres de diamètre; la nef et les bas côtés avaient 65 mètres de largeur et les transepts 72. La nef centrale, large de 25 mètres environ, était formée de deux rangées de vingt colonnes corinthiennes reliées par des arcades plein cintre sans archivoltes; au-dessus de ces arcades une grande frise était ornée de peintures à fresques, le

FIG. 21.—BASILIQUE DE SAINTE-MARIE-MAJEURE, A ROME.

(Coupe transversale.)

dessous des poutres des fermes était à 30 mètres au-dessus du sol. De somptueuses mosaïques décoraient l’abside, les parois du transsept et de l’arc triomphal.

La basilique de Sainte-Marie-Majeure, à Rome (plan, fig. 22), fut élevée au commencement du Vᵉ siècle par Sixte III sur l’emplacement d’un autre édifice de même genre, bâti par le pape Liberius et consacré en 353. Le pape Eugène III, vers le milieu du XIIᵉ siècle, y ajouta un portique qui fut démoli en 1572 par Grégoire XIII et remplacé, sous Benoît XIV, en 1743, par le portique actuel, à huit colonnes, exécuté d’après les plans de Ferdinand Fuga. De ce portique on pénètre par cinq portes dans les trois nefs de la basilique

FIG. 22. BASILIQUE DE SAINTE-
MARIE-MAJEURE,
A ROME. (Plan.)
FIG. 23. BASILIQUE DE SAINT-
PIERRE-A-VINCOLI
(ROME). (Plan.)]

qui a près de cent mètres de longueur en y comprenant l’hémicycle et trente-deux mètres de largeur.

La nef est formée par deux rangées de colonnes d’ordre ionique, dont les fûts sont lisses; elles sont couronnées par un entablement horizontal dont la frise est décorée de rinceaux et la corniche enrichie de modillons[9] au-dessus et dans la hauteur des toitures des bas côtés une grande frise ornée, au-dessus de laquelle s’ouvrent les fenêtres à plein cintre éclairant la grande nef.

Le plafond de cette nef est du temps de Célestin III vers la fin du XIIᵉ siècle; il est décoré de sculptures

FIG. 24.—BASILIQUE DE SAINTE-MARIE-MAJEURE, A ROME.

(Coupe longitudinale.—Détail.)

dorées exécutées à la fin du XVᵉ siècle, sous le pontificat d’Alexandre VI, par Julien de Sangallo.

Santo-Pietro-in-Vinculis, fondé, en 425, par Eudoxie, femme de Valentinien III, est une basilique à trois membres, c’est-à-dire, suivant les auteurs anciens, que les trois galeries longitudinales, la nef principale et les deux bas côtés étaient considérés comme des églises ayant chacune leur patron particulier; au milieu l’autel principal placé au centre de l’abside et les deux autres,

FIG. 25.—BASILIQUE DE SAINT-PIERRE-A-VINCOLI (ROME).

(Coupe transversale et longitudinale.—Fragment.)

moins importants, dans des absidioles ménagées à l’extrémité des bas côtés et s’ouvrant, toutes les trois, sur le transept.

La basilique est précédée d’un portique à colonnes sur lequel s’ouvre la porte qui donne accès à la nef,

FIG. 26.—BAPTISTÈRE DE NOVARE (ITALIE).

(Coupe transversale.)

formée par deux rangées d’arcades retombant sur des colonnes rappelant le dorique romain.

Parmi les baptistères élevés en grand nombre au Vᵉ siècle, celui de Novare est à citer parce qu’il rappelle les dispositions d’un édifice plus ancien destiné au même usage, élevé à Rome au IVᵉ siècle par saint Sylvestre, près de Saint-Jean-de-Latran.

Suivant l’usage adopté par les premiers chrétiens, le baptistère était séparé de la basilique; celui de Novare se compose d’une enceinte de forme octogonale couverte par une voûte en arc de cloître surmontée d’une lanterne ajourée.

FIG. 27.

BAPTISTÈRE DE NOVARE. (Plan.)

Au milieu était la piscine dans laquelle on baptisait par immersion; le mur était évidé par quatre niches semi-circulaires et par quatre enfoncements rectangulaires; dans celui du fond était placé l’autel, dont l’usage était prescrit par les cérémonies liturgiques du baptême. L’édifice était éclairé par des fenêtres, percées, sur chaque pan de l’octogone, au-dessus de la toiture en appentis couvrant les niches formant la base de l’édifice.

CHAPITRE VIII

SYRIE CENTRALE.—BASILIQUE DE TAFKHA.—BAPTISTÈRE DE MOUDJELEIA.—ÉGLISES DE BEHIO ET DE BABOUDA.

L’architecture chrétienne qui avait pris à Rome, dès les premières années du IVᵉ siècle, un essor si puissant, se répandait et se développait au même temps en Orient et particulièrement dans la Syrie centrale. L’influence romaine s’était d’ailleurs manifestée dans ce pays dès le IIᵉ siècle et il fut pendant plusieurs siècles un foyer d’art dont le rayonnement s’étendit jusqu’en Europe[10].

FIG. 28.

BASILIQUE DE TAFKHA (SYRIE CENTRALE).

(Plan.)

La basilique de Tafkha (Syrie centrale) est un édifice chrétien bâti du IVᵉ au Vᵉ siècle sur le modèle des basiliques antiques.

On saisit ici sur le fait la transition de la basilique civile romaine à l’église chrétienne[11].

Le système de construction est des plus simples: la nef était formée par des rangées d’arcs parallèles, un grand arc pour le vaisseau central et deux plus petits, superposés, pour les bas côtés ([fig. 29]). Ceux-ci avaient deux étages; le plancher de la galerie haute était en pierre, comme l’édifice tout entier, et il se composait de dalles portées sur des corbeaux engagés dans les murs transversaux.

Ces murs étaient espacés à environ trois mètres l’un

FIG. 29.—BASILIQUE DE TAFKHA (SYRIE CENTRALE).

(Coupe transversale sur A-B du plan.)

de l’autre et le plafond était fait par de larges dalles posées sur leur sommet, la portée des dalles du plafond étant diminuée par la saillie d’une corniche courant sur toute la largeur de la nef. Sur ces dalles, une aire en béton ou en ciment assurait, par des pentes, l’écoulement des eaux pluviales.

Les coupes transversale et longitudinale (fig. [29] et [30]) montrent clairement ces curieuses dispositions en même temps que l’habileté des constructeurs qui, n’ayant que la pierre à leur disposition, ont su en tirer parti de la manière la plus pratique pour la construction proprement dite; ils ont même remplacé le bois, qui, sans doute, était rare dans la région, par la pierre, car la fenêtre, percée dans le mur du fond, à gauche de l’abside, est fermée par une dalle mobile faisant office

FIG. 30.—BASILIQUE DE TAFKHA (SYRIE CENTRALE).

(Coupe longitudinale sur C-D du plan.)

de volet; une des fenêtres de la tour a également conservé son volet de pierre.

Cette tour, à trois étages, est accolée au flanc gauche de la façade. Ce genre de construction est fréquent dans la Syrie centrale. Les grandes maisons antiques sont accompagnées de tours, et les monuments funèbres affectent cette forme[12].

Le monument de Moudjeleia (Syrie centrale) présente tous les caractères d’un baptistère du Vᵉ siècle; il n’existe pas, d’ailleurs, dans toute la région, d’église de forme polygonale.

FIG. 31.—BAPTISTÈRE DE MOUDJELEIA (SYRIE CENTRALE).

(Plan.)

Le centre de l’édifice était sans doute hypèthre; on ne voit, d’ailleurs, aucune trace des dispositions primitives de la couverture sur la partie centrale, tandis que la charpente des bas côtés a laissé des encastrements qui déterminent son ancienne disposition. Une toiture à simple pente recouvrait l’abside et ses annexes.

FIG. 32.—BAPTISTÈRE DE MOUDJELEIA (SYRIE CENTRALE).

(Coupe transversale.)

Ce petit édifice est disposé selon les traditions chrétiennes suivies pour l’établissement des baptistères; l’absidiole ménagée en face de la partie octogonale devait recevoir un autel afin qu’on pût dire la messe et donner la communion aux néophytes.

La basilique de Behio (Syrie centrale), bâtie vers le

FIG. 33.—BAPTISTÈRE DE MOUDJELEIA (SYRIE CENTRALE).

(Coupe longitudinale.)

commencement du VIᵉ siècle, diffère des édifices élevés dans le même temps par la forme de l’abside, carrée au lieu d’être hémisphérique, et par la galerie ou portique s’étendant sur le flanc de l’édifice.

FIG. 34.—ÉGLISE DE BEHIO (SYRIE CENTRALE).

(Plan.)

Le pignon au-dessus de l’arc de l’abside montre très nettement les dispositions de la toiture qui couvrait la basilique, et l’on voit avec quels soins les constructeurs ménageaient dans la maçonnerie la place que devaient occuper les diverses parties de la charpente apparente indiquées dans tous leurs détails par la figure [45].

La petite église de Babouda (Syrie centrale) est un

FIG. 35.—ÉGLISE DE BEHIO (SYRIE CENTRALE). (Coupe transversale.)

exemple, admirablement conservé, d’une église rurale

FIG. 36.—ÉGLISE DE BABOUDA
(SYRIE CENTRALE). (Façade.)
FIG. 37.—ÉGLISE
DE BABOUDA
(SYRIE CENTRALE).
(Plan.)

élevée dans les premiers siècles de l’ère chrétienne—Vᵉ siècle.

Elle se compose d’une seule nef, couverte en charpente apparente et à l’extrémité de laquelle a été établi l’hémicycle, ou plutôt l’abside voûtée en quart de sphère.

La nef est précédée d’un portique à trois arcades sur lequel s’ouvrent les trois portes donnant accès dans la salle; au-dessus du porche, une loge à jour éclairant la nef et une tribune à laquelle on devait accéder par un escalier intérieur.

CHAPITRE IX

SYRIE CENTRALE.—BAPTISTÈRE DE SAINT-GEORGES D’EZRA, ÉGLISES DE BAQOUZA ET DE QALB-LOUZEH.

Le baptistère de Saint-Georges d’Ezra est un des monuments les plus précieux de la Syrie centrale. Dans la primitive Église, les baptistères étaient rares, car il n’y en avait qu’un par ville épiscopale, l’usage étant de réserver à l’évêque l’administration du sacrement du baptême.

Saint-Georges d’Ezra est parvenu jusqu’à nous sans autre modification que celle d’avoir été transformé en église, toujours consacré au culte catholique pour lequel il a été construit et qui se célèbre encore sous ses voûtes vénérables[13].

Le plan est très simple; il se compose de deux octogones concentriques inscrits dans un carré; l’octogone central est couronné par une coupole. Sur le pan oriental s’ouvre l’abside précédée d’une étroite travée; de chaque côté sont établis des réduits carrés, et dans chacun des angles du carré une niche ou exèdre dont la face forme un des pans coupés de l’octogone; trois portes s’ouvrent sur la façade occidentale et une sur chacune des faces latérales.

FIG. 38. BAPTISTÈRE DE SAINT-GEORGES D’EZRA (SYRIE CENTRALE). (Plan.)

La coupole, de dix mètres environ de diamètre, est soutenue par huit piliers de cinq mètres de hauteur; les deux assises hautes de la rotonde octogone sont: la première à 16 côtés, la seconde à 32, de manière à passer graduellement de la forme polygonale au plan circulaire de la base de la coupole, de forme ovoïde, en élévation et rappelant les monuments de l’Asie centrale.

A l’exception de la coupole faite en blocage, toute la maçonnerie est en pierres appareillées, posées sans mortier.

A la base de la coupole s’ouvrent de petites fenêtres semi-circulaires, une dans chaque pan de l’octogone; c’est le plus ancien exemple existant d’un système d’éclairage qui reçut à Sainte-Sophie, de Constantinople, son plein développement[14]. Le bas côté et le sanctuaire sont couverts en dalles posées sur les murs ou sur les arcs, et dont la portée est diminuée par une corniche courante ([fig. 40]).

Au fond de l’abside règnent trois rangs de gradins en hémicycle destinés aux sièges du clergé; l’autel est placé dans la première travée du sanctuaire qui communique par une porte avec la sacristie réservée; la

FIG. 39.—BAPTISTÈRE DE SAINT-GEORGES D’EZRA (SYRIE CENTRALE). (Coupe longitudinale.)

seconde sacristie est, au contraire, accessible au public par une porte s’ouvrant sur l’exèdre de l’angle sud-est.

Un rideau tendu entre les pilastres d’entrée du sanctuaire voilait les saints mystères, selon la liturgie orientale.

La porte principale se compose d’une baie rectangulaire surmontée d’un linteau déchargé par un arc; sur le linteau décoré à ses deux extrémités de croix et de pampres se trouve une inscription grecque datée de la neuvième indiction en l’année 410, c’est-à-dire de la fin de 515 ou du commencement de 516, date de l’achèvement de l’édifice.

FIG. 40. ÉGLISE DE SAQOUZA (SYRIE
CENTRALE). (Plan.)

L’église de Baqouza (Syrie centrale), élevée au commencement du VIᵉ siècle, est un beau monument bien planté sur la pente d’une colline; un large soubassement rachète la déclivité du terrain et donne à l’église une assiette remarquable[15].

FIG. 41.—ÉGLISE DE BAQOUZA (SYRIE CENTRALE). (Coupe longitudinale.)

Le chevet, avec ses plans fermement accusés et son magnifique appareil, est d’un sentiment tout antique.

Les dessins (fig. [41] et [42]) supposent l’édifice reconstitué avec la plus scrupuleuse exactitude d’après les débris existant tout entiers.

La nef est formée par deux rangées de colonnes, de

FIG. 42.—ÉGLISE DE BAQOUZA (SYRIE CENTRALE). (Abside.)

proportions antiques, portant des arcs plein cintre, non extradossés et sans aucun ornement mouluré; au-dessus des arcs, une rangée de fenêtres, dont les trumeaux sont faits d’une assise et dont la partie cintrée est évidée dans un monolithe, éclaire l’intérieur de la basilique. Une charpente apparente, comprise entre les deux pignons, couvre la nef ainsi que les bas côtés.

Devant les portes latérales sont disposés des porches formés d’une petite voûte en pierre dont les sommiers sont supportés par des colonnes isolées et des corbeaux ou demi-colonnes engagés dans les murs de l’édifice. L’abside, voûtée en quart de sphère appareillée et couverte en pierre, s’ouvre dans le mur du fond à un niveau supérieur au sol de la nef.

La façade occidentale est précédée d’un portique qui n’a pas été indiqué dans la coupe ([fig. 41]), en raison de l’incertitude que l’état des ruines laisse sur son élévation.

FIG. 43. ÉGLISE DE QALB-LOUZEH (SYRIE CENTRALE). (Plan.)

L’église de Qalb-Louzeh (Syrie centrale), dans sa forme basilicale, est un monument d’une remarquable conservation; il ne manque que le mur extérieur du bas côté rond et une partie de la façade occidentale. (Il suffit de prolonger les lignes interrompues pour reconstruire, par la pensée, jusque dans ses plus petits détails le monument tel qu’il existait au VIᵉ siècle de notre ère[16].)

L’église a environ 38 mètres de longueur sur 18 de largeur. Elle comprend un pronaos ou narthex flanqué de tours, puis une nef avec deux bas côtés.

La nef est formée de piliers massifs reliés par des arcs trapus; au-dessus, une rangée de petites fenêtres, alternant avec un ordre de colonnettes, décore l’étage supérieur. Chacun de ces couples de colonnettes formait corbeau portant chaque forme de la charpente apparente comprise entre les deux pignons extrêmes.

Les bas côtés sont couverts en dalles de pierre dont les points sont à recouvrement et dont le bord extérieur mouluré constitue la corniche du bas côté.

FIG. 44.—ÉGLISE DE QALB-LOUZEH (SYRIE CENTRALE). (Coupe longitudinale.)

Le comble, indiqué dans la figure [45], a disparu; mais la place des colonnettes, la hauteur de l’encastrement qui les surmonte, déterminent la place et les dimensions des entraits, de même que l’inclinaison des pignons, les trous carrés destinés à recevoir les pannes rapprochées, portées sur les arbalétriers, permettent de retrouver tous les détails de ses dispositions.

L’ornementation de la basilique de Qalb-Louzeh est plus riche que dans les autres édifices du même

FIG. 45.—ÉGLISE DE QALB-LOUZEH (SYRIE CENTRALE).

(Vue perspective intérieure vers l’abside.)

genre et du même temps; elle affecte des formes qui tendent vers les pratiques byzantines.

Les éléments empruntés à la décoration antique sont mêlés à des croix et à des symboles chrétiens. On sait combien les représentations de la nature vivante sont rares dans la sculpture ecclésiastique des églises orientales. L’église de Qalb-Louzeh possède, à ce point de vue, un détail curieux. Sur le linteau de la première porte latérale se trouvent deux bustes d’hommes, au-dessus desquels sont gravés en caractères grecs: Michel, Gabriel. Ces deux bustes étaient donc la figure des deux archanges qui, placés au-dessus de l’entrée, semblaient veiller à la garde du sanctuaire.

Les portes latérales étaient précédées de porches, les uns en bois couverts d’un toit à double pente et les autres en pierre et formés d’une voûte en berceau.

CHAPITRE X

SYRIE CENTRALE.—ÉGLISE DE ROUEIHA ET DE TOURMANIN.—PALESTINE.—LE TEMPLE A JÉRUSALEM.—PORTE DOUBLE.

Le village de Roueiha (Syrie centrale), appartenant à la région de Djebel-Riha, bien que situé sur le versant oriental de la montagne et déjà dans la plaine, renferme un monument qui rappelle ceux de la région situés plus au nord.

L’église diffère essentiellement de celles qui précèdent. Les colonnes, nombreuses et serrées, à l’imitation de la basilique romaine, ont fait place à de larges et rares piliers, reliés par de grands arcs.

A chacun de ces piliers correspond un arc-doubleau

FIG. 46.—ÉGLISE DE ROUEIHA (SYRIE CENTRALE).

(Coupe longitudinale.)

porté par des pilastres cannelés et qui, coupant

FIG. 47.—ÉGLISE DE ROUEIHA (SYRIE CENTRALE).

(Coupe transversale.—Vers l’entrée.)

transversalement la nef, en modifient absolument la physionomie. Ces doubleaux, surmontés d’un pignon, divisent la nef en trois travées ainsi que le comble en charpente dont les formes apparentes étaient supportées par des consoles placées au-dessus de la rangée des petites fenêtres hautes.

FIG. 48.—ÉGLISE DE ROUEIHA (SYRIE CENTRALE).

(Plan.)

L’église est entourée d’une enceinte rectangulaire formée par un mur en pierre. Une seule porte, placée à côté d’un petit bâtiment qui devait être le logement du gardien de la porte, donne accès dans cet enclos. Il paraît avoir été la propriété particulière d’une famille qui y avait sa sépulture; deux tombeaux fort bien conservés et très intéressants s’y voient encore; l’un d’eux porte l’épitaphe d’un certain Bizzos, fils de Pardos; le même nom se trouve gravé au-dessus de la porte principale de l’église, ce qui permet de penser que ce personnage, qui vivait au VIᵉ siècle de notre ère, est le fondateur du monument.

FIG. 49.—ÉGLISE DE TOURMANIN (SYRIE CENTRALE). (Plan.)

L’église de Tourmanin (Syrie centrale) tient à la fois de celles de Baqouza et de Qalb-Louzeh; la nef et le chœur appartiennent à la première de ces deux églises, le narthex à la seconde. Sa longueur totale est de 40 mètres et sa largeur de 15. L’intérieur de la nef ressemble à celui de Baqouza et un ordre de colonnettes, comme à Qalb-Louzeh, supportait les poutres de la charpente apparente.

Le monument est assis sur un soubassement qui lui donne une large base; la façade a un grand caractère et en même temps un agencement de lignes d’un effet pittoresque. Comme celle de Qalb-Louzeh, elle se compose d’une large arcade surmontée d’une terrasse et flanquée de deux tours carrées; mais ces tours sont plus dégagées et la terrasse est recouverte d’une loggia d’une disposition ingénieuse et élégante[17].

On ne saurait rien imaginer de plus logique et de plus raisonné que cette composition où chaque élément a sa fonction nettement accusée, où l’équilibre résulte des conditions de stabilité des matériaux posés sans ciment et où la décoration n’est qu’une conséquence de la construction. L’effet produit est très saisissant.

FIG. 50.—ÉGLISE DE TOURMANIN (SYRIE CENTRALE).

(Coupe transversale.)

Le chevet a aussi un grand caractère; orné de deux ordres superposés, comme à Baqouza et à Qalb-Louzeh, il est remarquable par l’harmonie et la vigueur de ses lignes; l’abside est à pans coupés dont l’arête est ornée de colonnettes, elle forme un demi-dodécagone régulier. Les bases ont un profil qui accuse le VIᵉ siècle et la sculpture des chapiteaux de l’abside, plate et comme découpée, paraît être du même temps.

De même qu’à Qalb-Louzeh, le narthex qui précède la porte principale est d’un grand effet et la large arcade qui lui donne accès, entre les deux tours, est d’un vigoureux caractère.

Cette disposition est fort originale et il est facile d’y reconnaître, en germe, la disposition des façades du moyen âge occidental.

C’est à l’abside surtout qu’apparaît, de la manière la plus évidente, ce lien de parenté qui unit les églises de la Syrie centrale à celles de l’Occident.

Extérieurement, cette abside est décorée, comme à Qalb-Louzeh, de deux ordres de colonnettes directement superposées; la donnée est encore antique, bien que l’application en soit absolument nouvelle. L’architecte, doué d’un grand sens pratique, a supprimé, les jugeant inutiles, la corniche, la frise et l’architrave qu’un constructeur romain n’eût pas manqué d’intercaler dans sa composition. Néanmoins la colonne est restée antique dans ses proportions et dans le rapport des deux ordres[18]; mais que le temps et la réflexion fassent litière de ces derniers scrupules, que ce chapiteau et cette base intermédiaires, inutiles, disparaissent ou soient remplacés par une bague, que la longue colonnette ainsi obtenue se rapproche de sa voisine, que les corbeaux de la corniche se serrent en se découpant, l’abside romane de France ou des bords du Rhin apparaît et sa filiation s’établit.

Le temple de Jérusalem, célèbre à plus d’un titre,

FIG. 51.—ÉGLISE DE TOURMANIN (SYRIE CENTRALE). (Vue perspective de la façade.)

est ici particulièrement intéressant parce qu’il est un exemple, fort rare au VIᵉ siècle, de coupoles en pierre, appareillées normalement.

A cette époque on construisit, dans la Syrie centrale

FIG. 52.—LE TEMPLE A JÉRUSALEM. (Porte double.)

aussi bien que dans la Palestine, des édifices à coupoles et nous donnons un spécimen curieux de ce genre de construction par le baptistère de Saint-Georges d’Ezra ([fig. 39]); mais ces monuments furent élevés à l’imitation des Perses, non seulement dans la forme générale, mais aussi dans les détails de la construction. Ce mode consistait à bâtir, en rudes maçonneries de briques ou de blocage liées ou recouvertes par d’excellents mortiers et par des procédés rudimentaires, des arcs et des coupoles, non sur des cintres en bois ou en briques habilement coupés ou bâtis suivant les épures d’un appareil savamment tracé, mais sur des formes en terre ou en sable grossièrement établies par des moyens empiriques.

Les coupoles de la porte double du temple de Jérusalem marquent un progrès très sensible et qu’il est utile de remarquer. Elles furent élevées à peu près au même temps que Sainte-Sophie suivant la méthode syrienne, laissant à la pierre apparente son aspect naturel dans son appareil de construction, sans adjonction de matériaux décoratifs.

FIG. 53.—LE TEMPLE DE JÉRUSALEM (Porte double.—Plan.)

«A Jérusalem, la terrasse du Haram (la mosquée d’Omar) domine, au sud, un terrain désert; les anciennes portes (du Temple) se voient donc mieux de ce côté. Il y en a trois, que l’on nomme, d’après le nombre de leurs baies, la Porte simple, la Porte triple et la Porte double.

«Elles donnent bien une idée de ce qu’étaient, au temps de Jésus-Christ, ces portes du temple où Jésus et ses disciples se sont si souvent assis à l’ombre, pendant les heures chaudes du jour.

«La porte se compose de deux baies qui s’ouvrent dans un grand vestibule dont les voûtes s’appuient sur une grosse colonne centrale. De ce vestibule partent deux rampes parallèles, séparées par un rang de piliers, qui conduisent à la plate-forme supérieure[19]

La porte double a été reconstruite vers le VIᵉ siècle. On a ravalé les murs anciens; quatre arcs-doubleaux ont été bandés sur la colonne centrale et on couvrit les quatre compartiments au moyen de quatre coupoles appareillées retombant sur quatre pendentifs sphériques.

CHAPITRE XI

ÉGLISE LATINE DE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX.—BASILIQUE DE SAINTE-AGNÈS-HORS-LES-MURS ET BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A ROME.—MOSQUÉE DE CORDOUE.

La vénérable basilique de Saint-Front, à Périgueux, a remplacé une église latine à trois nefs, élevée vers le VIᵉ siècle; on reconnaît cette disposition à l’intérieur de la basilique sur la muraille occidentale. On a retrouvé vers l’ouest la façade de l’église latine, le porche qui la précédait, ainsi que deux cryptes, ou confessions placées à droite et à gauche du chevet et qui flanquent aujourd’hui le bras occidental de la croix grecque ([fig. 55]).

«La première église de Saint-Front offrait trois nefs; sa façade, dont la partie centrale, couronnée par un

FIG. 54.—ÉGLISE LATINE ET CLOCHER DE SAINT-FRONT. (Façade nord montrant 2 travées de la nef latine.)

pignon, s’élève au-dessus des ailes, en serait seule une preuve» (de Verneilh).

La façade, qui existe encore, cachée par des constructions modernes, est décorée d’un appareil réticulé, donnant, par ses dispositions, l’aspect grossièrement imité d’une mosaïque romaine, réminiscences antiques dont on trouve encore des traces dans les parements extérieurs de quelques églises d’Auvergne.

FIG. 55.—ÉGLISE LATINE DE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX. (Plan.)

La nef principale de l’église latine était couverte par une charpente lambrissée; il n’existe, du reste, aucune trace de la voûte de la nef sur le parement intérieur de la façade dont nous venons de parler.

Les bas côtés étaient voûtés; chaque travée était couverte d’un berceau perpendiculaire à la nef, disposition curieuse à cette époque autant que rare, mais qu’on retrouve plus tard (notamment à Saint-Savin).

Suivant certains auteurs, le clocher serait contemporain de la grande basilique et, selon d’autres, sa construction serait antérieure au XIᵉ siècle; mais ce qui paraît certain, c’est qu’il aurait été élevé par l’évêque Frotaire sur deux travées de l’église latine et au-dessus de la sépulture de Saint-Front.

Le porche antérieur, dont on voit les traces en avant de la façade occidentale, est peut-être un des plus anciens; une large arcade plein cintre en formait l’entrée. Il reste encore quelques fragments de sa décoration primitive qui attestent leur origine romaine.

FIG. 56.—BASILIQUE DE SAINTE-AGNÈS-HORS-LES-MURS, A ROME. (Plan.)

Le dessin de la figure [54] est tiré du projet de restauration de l’église latine et montre deux des cinq travées de la nef. Ce dessin fait partie des belles et savantes études faites sur Saint-Front par feu Bruyerre, architecte de grand talent, mort en février, 1887, avant d’avoir achevé la restauration du clocher, qu’il a préparée par des recherches archéologiques des plus intéressantes pour l’histoire de ce superbe monument.

La basilique de Sainte-Agnès-hors-les-Murs, bâtie dans les premières années du VIIᵉ siècle, présente un caractère particulier par les détails de sa construction et par la disposition des bas côtés, qui sont pourvus de galeries superposées ouvrant sur la nef principale par deux étages d’arcades; la galerie haute formant tribune règne au-dessus du porche de la façade

FIG. 57.—BASILIQUE DE SAINTE-AGNÈS-HORS-LES-MURS.

(Vue perspective intérieure.)

et met en communication les deux côtés de la nef.

La basilique se compose d’un porche sur toute la largeur de l’édifice et sur lequel s’ouvrent les portes du vaisseau central et des bas côtés. La nef est formée par deux rangées de colonnes reliées par des arcades

FIG. 58.—BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A ROME. (Plan.)

à deux étages et surmontées de fenêtres à plein cintre, la nef et les bas côtés étaient couverts par une charpente lambrissée; on remarque au-dessus des chapiteaux un rudiment d’entablement qui n’est pas d’un heureux effet. Une partie des colonnes de cette basilique proviendrait, selon quelques auteurs, des temples antiques, dépouillés notamment par Constantin, qui aurait fait transporter à Byzance une grande quantité de statues, de colonnes et de marbres précieux enlevés aux édifices de Rome et des autres villes de l’empire.

Élevée dans la première moitié du IXᵉ siècle, la basilique chrétienne de Saint-Clément, à Rome, a conservé presque tout entières les formes traditionnelles des basiliques civiles des premiers siècles du christianisme.

FIG. 59.—BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A ROME. (Coupe longitudinale.)

Elle fut érigée, suivant les auteurs anciens, sur l’emplacement de la maison de saint Clément, l’un des successeurs immédiats de saint Pierre. Elle existait déjà au commencement du Vᵉ siècle puisque, en 417, le pontife Zozyme y condamna l’hérétique Célestius, disciple de Pélage.

Le plan de la basilique est un parallélogramme divisé en trois nefs par deux lignes de colonnes d’ordre ionique, dont les fûts sont lisses, et reliées entre elles par des arcades ornées d’archivoltes; au-dessus s’ouvrent les fenêtres éclairant l’édifice dont

FIG. 60.—BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A ROME.

(Vue perspective intérieure.)

la nef était couverte par une charpente apparente.

Au fond, à l’est, s’ouvre l’hémicycle ou abside couronnée d’une voûte en quart de sphère: un banc contourne l’abside et au milieu, derrière l’autel, s’élève le siège de l’évêque ou de l’officiant. En avant se trouve l’autel érigé sur une crypte—martyrium—contenant les reliques de saint Clément, patron de l’église, et de saint Ignace, évêque d’Antioche.

A l’extrémité des bas côtés deux absidioles avaient été ménagées—avant la construction des chapelles—et formaient avec l’autel majeur une basilique à trois membres (chapitre V, première partie).

En avant de la basilique s’étend, sur toute sa largeur, un portique sur lequel s’ouvre la porte; ce portique est précédé d’un atrium entouré de portiques au milieu duquel se trouvait un puits ou une fontaine.

La mosquée de Cordoue, commencée vers la fin du VIIIᵉ siècle, a plus d’un point de comparaison avec les monuments élevés à Rome et en Syrie à peu près vers le même temps.

Pour bien se rendre compte du plan et des dispositions de la mosquée de Cordoue, il faut se rappeler que, lorsque l’Espagne, après la conquête arabe, commençait à jouir d’un gouvernement régulier et protecteur, on vit accourir dans cette ville, de Syrie et d’Égypte, les partisans nombreux et puissants de cette ancienne famille des Ommiades qui vinrent s’y établir. «Les rapports multipliés de l’Orient avec l’Occident donnent l’explication assez naturelle d’un goût d’architecture qui dut vraisemblablement s’introduire alors à Cordoue et dont les parties de la grande mosquée d’Abdérame présentent un exemple extrêmement remarquable[20]

Ce monument, empruntant aux ruines romaines leurs marbres, leurs colonnes et quelques ornements,

FIG. 61.—MOSQUÉE DE CORDOUE (ESPAGNE). (Plan.)

dut suivre les dispositions généralement adoptées déjà et qui devinrent le type de l’architecture des temples de l’Islam.

Le plan de la mosquée de Cordoue semble avoir été inspiré par les monuments chrétiens des premiers temps du moyen âge. On peut y retrouver le plan d’une basilique latine avec son atrium, son sanctuaire ou abside et sa nef principale à laquelle les constructeurs arabes auraient ajouté, à droite et à gauche, cette grande quantité de collatéraux parallèles, ou bas côtés, ce qui constitue la principale modification qu’ils ont apportée à ce genre d’édifice pour l’approprier à leurs besoins.

La mosquée primitive comprenait onze grandes nefs allant du nord au sud; ces nefs aboutissaient sur la cour qui précédait le temple et en était une partie nécessaire. Trente-trois nefs plus petites, courant de l’est à l’ouest, coupaient les onze plus grandes à angle droit, formant ainsi un vaste quinconce de colonnes.

Son plan actuel a la forme d’un rectangle d’environ 162 mètres de longueur, du nord au sud, sur 123 mètres de l’est à l’ouest: au nord, une grande cour, entourée de portiques sur trois côtés adossés à de hautes murailles, précède les entrées de la mosquée. Celle-ci est divisée en 19 nefs parallèles, ayant environ 100 mètres de longueur, venant aboutir sur la cour de la mosquée et communiquant avec elle par de grandes portes dont quelques-unes existent encore.

La nef principale du nord au sud qui a 7 mètres de largeur, et les 18 autres nefs ou bas côtés, sont subdivisées par 35 galeries beaucoup plus étroites de l’est à l’ouest, coupant les nefs à angle droit. Cet immense quinconce couvre une surface bâtie de près de vingt mille mètres carrés.

La construction est fort simple et en même temps très soignée; les galeries, larges en moyenne de 6 mètres, sauf la principale qui a 7 mètres, sont hautes de 9 mètres. Elles sont formées par des alignements de colonnes de 3 mètres de haut, reliées au-dessus des chapiteaux généralement d’ordre composite

FIG. 62.—MOSQUÉE DE CORDOUE (ESPAGNE).

(Coupes longitudinale et transversale des nefs.)

et corinthien ou imités par les Arabes, par des arcs en fer à cheval, composés de claveaux alternés en pierre blanche et en briques rouges. Ces premiers arcs sont surhaussés par d’autres arcs bandés sur les piliers surmontant le sommier placé sur chaque colonne. Les constructeurs évitèrent ainsi les traverses en bois qui constituent très souvent la solidité des arcades arabes.

Ces deux étages d’arcs produisent par leur répétition, jointe à l’alternance de couleurs claires des claveaux, un très grand effet, malgré la simplicité des moyens employés par les architectes. Les charpentes sont apparentes et rappellent encore, par leurs formes, les dispositions de la toiture des basiliques latines.

La décoration est également fort simple, elle tire son effet principal des matériaux mêmes de la construction et particulièrement de la richesse extraordinaire des colonnes; celles-ci sont d’une variété étonnante, aussi bien par la matière même que par le travail qui les a ornées. La plupart de ces fûts sont antiques, enlevés à l’Espagne, à la Gaule et à l’Afrique romaine.

A gauche de la septième nef—en comptant par le bas ou la droite du plan,—se trouve une petite chapelle désignée par les auteurs sous le nom de villa viciosa; elle est couverte par un dôme étincelant de mosaïques. Derrière cette chapelle et au fond de la nef majeure, s’élève le Kiblah, à huit pans, couronné d’une coupole creusée dans un seul bloc de marbre.

Ces deux sanctuaires sont du Xᵉ siècle; mais leurs détails et leur ornementation sont les preuves certaines des influences romaines et orientales qui ont donné à l’ensemble de ce vaste édifice son principal caractère.

CHAPITRE XII

L’ART BYZANTIN.

Si la fondation d’un nouvel empire à Byzance, par Constantin, en 330 de l’ère chrétienne, est un des grands événements de l’histoire du monde, elle marque en même temps, dans l’histoire de l’architecture, la naissance d’un art nouveau ou, plus exactement, le départ d’une évolution de l’art antique, modifié par les influences orientales.

L’art byzantin n’est pas sorti spontanément du fait de la translation du siège de l’empire, de Rome a Byzance, car les traditions romaines se sont longtemps continuées et elles sont visibles encore au VIᵉ siècle, dans les plans des édifices construits par Justinien aussi bien que dans les détails de la construction de ces monuments. D’ailleurs, Constantin s’était préoccupé d’imiter Rome et les édifices qu’il éleva en grand nombre dans sa nouvelle capitale sont romains.

Depuis la chute de l’empire latin, Byzance avait vaillamment résisté aux Barbares; aussi le Vᵉ siècle qui vit toutes ces luttes ne fut-il pas favorable au développement des arts dans le nouvel empire d’Orient.

«La période qui s’étend de Constantin à Justinien fut, pour l’art byzantin, un âge de formation[21]

Mais, dès le commencement du VIᵉ siècle, l’art byzantin se dégage des traditions latines; il marque l’essor d’un développement original qui s’est manifesté par une architecture hardie, laquelle témoigne de la grande science et de l’habileté des architectes byzantins.

Le caractère dominant de l’architecture byzantine réside dans l’emploi de la coupole comme partie architectonique, avec toutes les conséquences résultant de ce mode de construction.

La coupole n’était pas une forme nouvelle. Les Romains la connaissaient de longue date puisqu’ils avaient sous les yeux, à Rome, le temple rond du Panthéon et le Caldarium des Thermes d’Antonin Caracalla, modèles achevés d’architecture, aussi admirables par les savantes combinaisons de leur structure que par la magnificence de leur décoration. Les anciens Romains ou les nouveaux Byzantins connaissaient également, par leurs relations suivies avec les peuples de l’Orient et de la Perse, alors dans tout l’éclat de leur prospérité et de leur civilisation, la coupole asiatique sur pendentif; mais on ne l’avait appliquée jusque-là qu’à des édifices de petites dimensions comme des chapelles ou des baptistères.

Cependant des essais avaient été faits sur de plus grandes dimensions et la coupole de Saint-Georges à Ezra, dans la Syrie centrale, est un des exemples les plus intéressants de ce genre de construction. La coupole d’Ezra, bâtie dans les premières années du VIᵉ siècle, a environ dix mètres de diamètre; il faut noter que le plan de Saint-Georges d’Ezra étant octogone, il était plus facile de passer de l’octogone à la coupole circulaire que d’élever celle-ci sur un plan carré, racheté par des pendentifs. Toutefois, l’exemple n’en est pas moins des plus instructifs.

Mais, lorsque la coupole devint le principe même de la construction, les difficultés s’accrurent en raison de la dimension agrandie des édifices. L’une de ces difficultés fut de concilier la nouvelle architecture avec les formes rectangulaires nécessitées par les services du culte chrétien. On commença par supprimer les colonnades de la basilique latine ou des anciens édifices à coupoles de l’antiquité païenne et chrétienne; on les remplaça par de puissants piliers au-dessus desquels on banda de grands arcs dont les vastes ouvertures sont les quatre côtés d’une croix dont la coupole est le centre. Dans ces grands arcs formant l’ossature de l’édifice, comme dans les thermes romains, les colonnes ne sont plus que des subdivisions; elles ne servent plus qu’à soutenir les arcades des tribunes ou à séparer les galeries secondaires.

La coupole repose ainsi directement sur le sommet des quatre arcs élevés sur plan carré, reliés par des pendentifs sphériques appareillés normalement à la courbe, rachetant le carré—c’est-à-dire passant du plan carré de la naissance des arcs au plan circulaire couronnant leurs clefs—et reportant les charges de la coupole hémisphérique sur les quatre piliers.

Afin de contrebuter ces grands arcs sur lesquels agissent d’énergiques poussées verticales, on appuya contre eux des voûtes en quart de sphère ou en berceau, et la coupole centrale se trouva ainsi soutenue et maintenue de tous côtés. Elle devient le centre autour duquel sont disposés les demi-coupoles et les berceaux nécessaires pour assurer la stabilité de l’ouvrage; en même temps cette disposition donne à l’édifice de grands espaces qui sont utilisés pour la célébration des offices prescrits par la liturgie chrétienne.

Au point de vue technique, ce nouveau mode de bâtir fit une grande impression sur l’esprit des architectes; il excita leur émulation, il provoqua leurs études sur cette nouvelle forme dont ils pouvaient tirer un si grand parti et surtout sur les règles architectoniques qu’il fallait suivre dans ses applications.

«Dès lors, les basiliques de type latin devinrent l’exception en Orient. La coupole fut comme le thème autour duquel on exécuta des variations nombreuses[22]

Sous Justinien on éleva à Constantinople, mais sur des plans différents, un grand nombre d’églises à coupoles présentant de grandes variétés dans leurs dispositions, notamment un édifice célèbre à cette époque: l’église des Saints-Apôtres, décrite par Procope[23].

L’historien grec, si utile à consulter pour ceux qui cherchent la vérité des faits plutôt que l’expression plus ou moins exacte d’une opinion personnelle, nous donne des détails d’un haut intérêt qui prouvent l’origine orientale de deux célèbres monuments élevés en Occident, reproduisant au XIᵉ siècle les dispositions d’un édifice bâti à Constantinople au temps de Justinien[24].

CHAPITRE XIII

ÉGLISE DES SS. SERGE ET BACCHUS, A CONSTANTINOPLE.—ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE.

L’église des SS. Serge et Bacchus fut élevée à Constantinople dans les premières années du VIᵉ siècle, sous le règne de Justinien.

Elle est, parmi les rotondes byzantines bâties en Orient, une des plus remarquables.

«La coupole octogonale est flanquée de quatre niches dont les axes sont à 45 degrés sur ceux de l’édifice. Les renflements ainsi produits font la transition entre l’octogone central et le carré de l’enceinte extérieure; des niches placées aux coins de celle-ci achèvent de compléter cette disposition[25]

La coupole, d’un type fort original, présente, au-dessus des huit pendentifs, seize arêtes saillantes, séparant les uns des autres des fuseaux concaves et formant des pénétrations dans lesquelles de petites fenêtres alternées éclairent et décorent la base de la coupole.

FIG. 63.—ÉGLISE DES SS. SERGE ET BACCHUS, A CONSTANTINOPLE.

(Coupe longitudinale, de l’abside au narthex.)

Malgré la forme carrée de son mur d’enceinte, l’église des SS. Serge et Bacchus peut être considérée comme une rotonde parce que toutes ses parties sont groupées symétriquement autour d’une coupole à base octogonale.

Le problème d’appliquer cette rotonde aux besoins d’une église chrétienne a été habilement résolu; les niches n’existant que sur les côtés diagonaux de l’octogone intérieur, l’espace central se rapproche du carré et prend une plus grande surface, augmentée par les galeries entourant l’octogone central. C’est un compromis entre le rectangle des églises latines et la rotonde.

L’élévation des travées rappelle encore

FIG. 64.—ÉGLISE DES SS. SERGE ET BACCHUS, A CONSTANTINOPLE. (Plan.)

les dispositions romaines; les colonnes de l’ordre inférieur, formant comme le soubassement de l’ordonnance générale, sont relevées par un entablement; les arcades de l’étage supérieur forment les pans de l’octogone à l’angle desquels s’élève un pendentif, et elles sont subdivisées chacune par trois arcatures reposant sur des colonnes sans architrave.

L’église de Saint-Vital, à Ravenne, fut fondée en l’année 526 de notre ère, par saint Ecclesius, après un voyage qu’il fit à Constantinople avec le pape Jean Iᵉʳ. Elle paraît avoir été élevée suivant le plan de l’église octogone construite à Antioche par Constantin. Les travaux commencés furent continués d’après les ordres de Justinien, dont les armées venaient de reconquérir une partie de l’Italie, et sous la direction d’un personnage du nom de Julien—Julianus—qui exerçait les fonctions de trésorier—argentarius.

L’édifice achevé, orné de superbes mosaïques, aurait été consacré vers 547 par Maximianus, archevêque de Ravenne—546 à 556—en présence de l’empereur d’Orient Justinien et de l’impératrice Théodora.

La disposition générale de l’église, les détails de sa décoration intérieure donnent à cet édifice un caractère particulièrement intéressant, car nous trouvons pour la première fois un monument franchement byzantin, construit en Occident au commencement du VIᵉ siècle et portant les signes certains qui ont marqué les œuvres des architectes de cette époque.

Les analogies frappantes qui existent entre le plan de Saint-Vital et celui de l’église des SS. Serge et Bacchus, appelée par ses contemporains la petite Sainte-Sophie—et qui a précédé la grande,—ont fait supposer avec raison que le célèbre monument de Ravenne a été construit par des architectes de Constantinople.

Le plan de l’église de Saint-Vital est un octogone ayant 34 mètres de diamètre intérieur, cantonné à l’extérieur de plusieurs tours rondes et terminé à l’est par une grande abside.

L’église est orientée suivant la règle prescrite par le clergé dès le Vᵉ siècle. (Orientation des basiliques chrétiennes, Iᵉʳ partie, chap. V.)

La nef intérieure, de 15 mètres de diamètre, reproduit dans son plan la même forme que le périmètre extérieur; mais chaque pan est agrandi par un exèdre,

FIG. 65.—ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE. (Plan.)

formé par deux colonnes disposées symétriquement sur un arc de cercle communiquant par les entre-colonnements avec la galerie intermédiaire.

Les bas côtés, enveloppant la nef intérieure, sont à deux étages recouverts par des voûtes d’arête; ils établissent la circulation depuis la tribune à l’ouest jusqu’à la travée de l’octogone contenant le sanctuaire à l’est, sur lequel s’ouvrent deux tribunes dans la galerie haute. Le chœur et le sanctuaire sont accessibles, dans la galerie basse et latéralement, par des entre-colonnements qui établissent une communication facile avec

FIG. 66.—ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE. (Coupe longitudinale du narthex (ouest) à l’abside (est).)

les sacristies placées dans les tours vers l’abside.

Ces tribunes étaient, suivant l’usage, réservées aux femmes.

Le porche moderne, qui précède l’édifice, a changé les dispositions anciennes. Le narthex à deux étages, ou porche primitif, n’occupait sur la surface ouest qu’un des côtés de l’octogone; deux tours s’élevaient à chaque extrémité de cet avant-corps; elles contenaient

FIG. 67.—ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE.

(Détails d’une arcade de la galerie haute.)

des escaliers s’ouvrant dans le vestibule du temple et desservant les galeries hautes, éclairées par des fenêtres percées dans le mur extérieur.

L’extérieur de Saint-Vital n’offre plus grand intérêt parce qu’il a été dénaturé par de nombreuses réparations et par l’adjonction du porche moderne placé maladroitement en biais.

A l’intérieur, le principe des églises à coupole est développé avec une puissance de moyens, aussi originaux par la composition et les détails de l’architecture que par la somptuosité de sa décoration appliquée.

Chacune des faces de l’octogone central, soutenu par huit piliers robustes qui portent sur leurs reins la grande coupole, est percée d’une grande arcade. Ces arcades forment sur sept de leurs pans des niches qui viennent se fermer en quart de sphère derrière les grands arcs et qui sont ajourées par deux étages d’arcatures éclairant les galeries hautes et basses. Le huitième pan de l’octogone à l’est s’ouvre dans toute la hauteur de l’arcade afin de laisser voir l’abside et l’autel.

Au-dessus de ces grandes arcades s’élève la coupole hémisphérique, dont la base circulaire se lie à l’octogone par une série de petits pendentifs.—Cette disposition rappelle les moyens employés en 515 par les constructeurs du baptistère de Saint-Georges d’Ezra, dans la Syrie centrale ([fig. 39]). A la base de la coupole, huit grandes baies géminées, à la manière byzantine, éclairent la partie haute de la nef centrale.

Les détails de la construction attestent la continuité de l’influence romaine; la coupole est construite en poteries noyées dans un mortier très solide, à l’exemple du temple de Minerva medica et du cirque de Maxence. A Saint-Vital, la base de la coupole est bâtie en poteries ayant la forme des amphores antiques, emboîtées les unes dans les autres et posées verticalement; la calotte est faite de même, mais avec des amphores plus petites reliées par du mortier; ces poteries forment une spirale continue, d’une grande légèreté et d’une solidité à toute épreuve.

Les détails de l’architecture et de la sculpture sont également romains, mais interprétés avec une grande rudesse, appréciable surtout dans la sculpture des chapiteaux de forme orientale supportant les arcatures des grandes niches. Cette sculpture est grossière, et le rudiment d’entablement romain qui surmonte ces chapiteaux alourdit inutilement la retombée des arcatures.

FIG. 68.—ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE.

(Vue perspective d’un des exèdres de la galerie basse.)

Mais ce qui distingue surtout l’église de Saint-Vital parmi les édifices byzantins, c’est la somptueuse décoration en mosaïque dont elle fut revêtue du temps de Justinien.

«C’est à Ravenne qu’il faut chercher les plus belles mosaïques byzantines. Rien en ce genre n’égale la décoration de l’abside de Saint-Vital. D’un côté, Justinien entouré de dignitaires et de gardes; de l’autre, Théodora, suivie des femmes de sa cour, offrent des présents à l’église. L’impératrice franchit l’atrium, où se trouve la fontaine sacrée, tandis qu’un serviteur soulève devant elle les voiles suspendus à la porte du temple; son costume est splendide: une large broderie, qui représente l’adoration des mages, orne le bas de sa robe; des joyaux couvrent sa poitrine; de la chevelure pendent sur les épaules des torsades de perles, et un haut diadème couronne la tête ceinte du nimbe[26]

CHAPITRE XIV

ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE, A CONSTANTINOPLE.

Le premier temple de la Sagesse-Divine de Sainte-Sophie fut élevé à Constantinople, en 325, par Constantin. Constantius son fils l’agrandit en 338. Sous le règne d’Arcadius, en 404, un incendie consuma l’édifice, qui fut reconstruit par Théodose en 415 et détruit en 532 par un nouvel incendie.

Justinien, dans la cinquième année de son règne, commença la reconstruction de Sainte-Sophie en donnant au nouvel édifice des proportions beaucoup plus vastes et une magnificence infiniment plus grande. L’église fut réédifiée, sept années après, sur les plans

FIG. 69.—ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE, A CONSTANTINOPLE.

(Coupe longitudinale, de l’abside à l’atrium.)

d’Anthémius de Tralles, mort en 534 avant d’avoir achevé son œuvre, et d’Isidore de Milet, son collaborateur ou sûrement son successeur, tous deux originaires des provinces d’Asie, où l’architecture s’était développée avec le plus d’originalité du IVᵉ au Vᵉ siècle.

Au mois de décembre 538, on célébra l’achèvement de l’édifice. La moitié orientale de la grande coupole, ébranlée par plusieurs tremblements de terre—l’un en 553 qui dura quarante jours et l’autre en 557, qui détruisit une partie de la ville—s’écroula le 7 mai 558.

Justinien fit reconstruire la coupole et il chargea de ce travail le neveu d’Isidore qui augmenta l’élévation de la coupole afin de diminuer les poussées et donna en même temps plus de solidité aux grands arcs.

L’église fut enfin terminée, somptueusement décorée et inaugurée de nouveau le jour de Noël de l’année 568.

Les historiens signalent encore un écroulement partiel de la voûte en 987, accident qui fut promptement réparé.

Sainte-Sophie de Constantinople doit être considérée comme le type par excellence de l’art byzantin; elle présente le double avantage de marquer l’avènement d’un style nouveau et d’atteindre du même coup à des proportions telles qu’elles n’ont jamais été surpassées ni en Orient ni en Occident.

«Justinien voulut que la nouvelle église dépassât en splendeur tout ce qu’on racontait des anciens édifices les plus célèbres et, en particulier, du temple de Salomon[27]....

«Vue de l’extérieur, Sainte-Sophie ne produit qu’une impression médiocre et la coupole même, si hardie qu’en soit la construction, paraît déprimée. C’est à l’intérieur de l’église qu’il faut pénétrer pour en bien comprendre l’originalité et les splendeurs.»

Le plan de Sainte-Sophie semble procéder de celui de Saint-Serge agrandi, en rappelant surtout les vastes proportions des grandes salles voûtées des Thermes romains; ces deux influences sont visibles, car on voit l’intention bien marquée de combiner la forme allongée de la basilique—comme celle de Constantin (fig. [16] et [17]) avec le système concentrique des édifices à coupole—comme celle des SS. Serge et Bacchus (fig. [63] et [64]). Les

FIG. 70.

ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE A CONSTANTINOPLE.

(Plan.)

grands hémicycles transforment le carré central en un ovale et leurs niches secondaires font de cet ovale un rectangle. La nef est accompagnée de galeries étroites de bas côtés qui n’ont pas le caractère de leur fonction. Coupés par les gros piliers en compartiments inégaux et voûtés inégalement, ils ne sont plus que des services sacrifiés. Au-dessus s’étendent les galeries, ou gynécées, réservées aux femmes.

Cet immense ensemble, construit tout en pierres et en marbre, à l’exception des voûtes qui sont faites en matériaux plus légers—en tuiles blanches de Rhodes,—est très pittoresque, mais un peu confus, en raison des dimensions et des formes très variées; il s’étend sur une surface à peu près carrée, mesurant, pour l’église seule, 76 mètres de longueur sur 68 de largeur.

En avant du temple s’étend l’atrium, et du côté de l’église se trouve un double narthex qui communique avec elle par neuf portes.

L’édifice est couvert par des voûtes; une vaste coupole—32 mètres de diamètre—portée sur des pendentifs sphériques reportant la charge sur les piliers, s’élève au centre.

La nef principale, de forme carrée, est allongée par deux hémicycles cantonnés par quatre grandes niches, et dont les voûtes en quart de sphère contrebutent la base de la coupole à l’est et à l’ouest; les deux autres côtés, au nord et au sud, sont maintenus par de puissants contreforts dans l’épaisseur desquels de larges ouvertures forment galerie que des colonnes achèvent de séparer de la grande nef. Les portes et l’abside occupent le fond des hémicycles.

Ce grand vaisseau est éclairé latéralement par un réseau de jours perçant les murs des grands arcs au nord et au midi et, dans la partie supérieure, par quarante fenêtres ménagées à la base de la coupole.

La construction de Sainte-Sophie est une merveille, car nulle part on n’a appliqué avec plus de hardiesse et

FIG. 71.—ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE, A CONSTANTINOPLE. (Vue perspective intérieure.)

de franchise les principes de construction d’une architecture rationnelle.

Sainte-Sophie est le chef-d’œuvre de l’art byzantin; elle est restée un modèle pour tout l’Orient. On s’est efforcé de l’imiter, tout en le simplifiant, non seulement en Orient, mais encore dans toute l’Europe occidentale, en Italie, en Allemagne et surtout en France où l’art antique et l’art byzantin semèrent les germes d’une architecture qui devait avoir un si grand éclat quelques siècles plus tard.

CHAPITRE XV

ÉGLISE DE THÉOTOCOS, A CONSTANTINOPLE.—ÉGLISE DE SANTA-FOSCA, A TORCELLO (ITALIE).—ÉGLISE DE SAINT-NICODÈME, A ATHÈNES.—ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS D’ATHÈNES.

L’église de la Mère-de-DieuAgia Theotocos—édifice byzantin bâti à Constantinople dans les dernières années du IXᵉ siècle, rappelle des dispositions presque identiques à celles du prétoire de Mousmieh, bâti par les Romains, dans la Syrie centrale, vers le IIᵉ siècle de notre ère (fig. [6] et [7]). Suivant l’usage adopté par les chrétiens grecs, le plan figure une croix grecque composée d’une nef carrée, formant la croisée des quatre bras au-dessus desquels s’élève la coupole principale. La nef centrale est cantonnée de quatre bras: celui de l’est, prolongé pour continuer le chœur et se terminant par une abside majeure accompagnée latéralement de deux galeries terminées chacune par une absidiole; celui de l’ouest, augmenté ou, plus exactement, précédé d’un narthex plus ou moins important, communiquant avec les galeries latérales. La croisée de celle-ci, près du chœur et du narthex, est souvent couronnée par une petite coupole.

FIG. 72.—ÉGLISE DE THÉOTOCOS, A CONSTANTINOPLE. (Plan.)

Cette disposition—s’accusant par une coupole centrale flanquée de quatre coupoles plus petites aux angles du carré, au-dessus duquel elle s’élève—est très fréquente dans l’architecture byzantine. On sent encore l’influence de Sainte-Sophie que les architectes byzantins ont imitée, tout en simplifiant la construction dans son ensemble et dans ses détails pour des raisons majeures, parmi lesquelles il est permis de supposer que la question des dépenses devait avoir une importance réelle.

On remarque également des modifications apportées par les constructeurs, ayant pour objet d’augmenter la solidité des arcs formant le carré et de diminuer sinon l’importance de la coupole, tout au moins, et peut-être surtout, d’en assurer parfaitement la stabilité.

FIG. 73.—ÉGLISE DE THÉOTOCOS A CONSTANTINOPLE.

(Coupe longitudinale, de l’abside au narthex.)

On voit aussi que la coupole s’élève davantage audessus des grands arcs et les fenêtres disposées à la base de cette coupole—qui semble annoncer déjà les tours-lanternes romanes—prennent une plus grande importance en décorant et en éclairant même la partie centrale de l’édifice.

La coupole de l’église de Théotocos présente ces caractères particulièrement intéressants. Elle repose sur des pendentifs très accusés, rachetant le carré, au-dessus desquels une couronne de fenêtres sur plan circulaire est fermée par une calotte hémisphérique.

FIG. 74.—ÉGLISE DE SANTA-FOSCA, A TORCELLO.

(Plan.)

L’appareil de la construction est déjà plus soigné; à l’extérieur, les murs sont bâtis en briques ou, le plus souvent, en assises alternées de briques et de pierres de taille. Ils sont même souvent divisés en grandes bandes horizontales diversement colorées qu’on généralisa en encadrant les fenêtres ou en enveloppant les archivoltes. A l’intérieur, les mosaïques à fond d’or sont remplacées par des marbres ou des mosaïques fort simples ou très souvent par des fresques appliquées sur des enduits préparés avec soin.

L’église ou la rotonde de Santa-Fosca, dans l’île de Torcello, près de Venise, présente également une grande analogie, comme plan et comme parti architectonique, avec les dispositions syriennes du prétoire de Mousmieh (fig. [6] et [7]).

Elle ressemble surtout à l’église de Théotocos, bâtie à peu près en même temps à Constantinople, vers la fin du IXᵉ siècle (fig. [72] et [73]).

L’église de Santa-Fosca se compose d’un carré central de dix mètres de côté environ, surmonté d’une coupole circulaire, entourée sur ses côtés de larges arcs-doubleaux—un

FIG. 75.—ÉGLISE DE SANTA-FOSCA, A TORCELLO.

(Coupe transversale.)

grand et deux plus petits—retombant sur des colonnes isolées et des pilastres engagés. Ces arcs-doubleaux sur plan carré soutiennent fortement la base circulaire de la coupole.

Les angles rentrants extérieurs du carré sont renforcés par des niches en quart de cercle, qui maintiennent solidement les poussées des trompes intérieures. La coupe ([fig. 76]) faite sur la diagonale du carré central indique cette ingénieuse disposition.

Dans le quatrième côté se trouve l’abside, précédée d’un chœur ayant la largeur du grand arc et accompagnée de deux galeries latérales de même largeur que les petits arcs et terminées par des absidioles.

Au XIᵉ siècle, l’église a été agrandie par la construction

FIG. 76. ÉGLISE DE SANTA-FOSCA,
A TORCELLO. (Coupe diagonale.)
FIG. 77. ÉGLISE DE SAINT-NICODÈME,
A ATHÈNES. (Plan.)

d’une galerie ouverte enveloppant les trois côtés de l’édifice.

La coupole est remarquable par les détails de sa construction; elle ne repose pas sur des pendentifs franchement accusés comme à l’église de Théotocos à Constantinople. Pour racheter le carré, les architectes de Torcello ont construit, dans les angles du carré central, des trompes superposées, transformant le carré en octogone, de sorte que les pendentifs—entre les pans de l’octogone—ont peu d’importance et se trouvent

FIG. 78.—ÉGLISE DE SAINT-NICODÈME, A ATHÈNES.

(Coupe longitudinale, du narthex à l’abside.)

noyés dans le blocage formant la calotte de la coupole hémisphérique. Celle-ci n’est pas accusée extérieurement; elle est couverte par une charpente comme à Saint-Vital, à Ravenne ([fig. 66]).

A Athènes, l’une des plus grandes églises est celle de Saint-Nicodème, bâtie vers le Xᵉ siècle suivant les

FIG. 79.—ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS D’ATHÈNES[28]. (Plan.)

principes de l’art byzantin modifié par les constructeurs grecs.

L’édifice est couronné dans la nef centrale carrée par une seule coupole circulaire dont la base, décorée de fenêtres, rappelle celle de Théotocos à Constantinople; mais le parti pris pour racheter le carré est différent. L’architecte, n’ayant pas osé construire sa coupole sur quatre pendentifs ou cherchant un effet nouveau, l’a établie sur quatre grandes niches ou, plus exactement, sur quatre trompes, faisant passer le plan du carré à l’octogone et de l’octogone au plan circulaire par huit tympans gauches, élevés sur l’extrados des huit arcs (coupe longitudinale, fig. 80).

FIG. 80.—ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS D’ATHÈNES. (Coupe longitudinale.)

L’abside et deux absidioles s’ouvrent sur le côté oriental du côté central. Celui-ci est entouré de bas côtés voûtés supportant une galerie, également voûtée, destinée aux femmes.

L’édifice présente cette particularité qu’il est couvert par une terrasse au-dessus de laquelle s’élève la coupole percée à sa base d’une couronne de fenêtres s’ouvrant au-dessus de la toiture.

A l’intérieur, des mosaïques décorent les murs et la coupole, des plus curieuses pour l’étude de l’iconographie chrétienne grecque.

L’église du monastère de Daphni, élevée vers le IXᵉ siècle, à 10 kilomètres d’Athènes, est, parmi les édifices religieux bâtis par les Grecs, celui qui rappelle le

FIG. 81.—ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS D’ATHÈNES.

(Détail des trompes et pendentifs de la coupole.)

plus les traditions byzantines, si complètement caractérisées à Sainte-Sophie de Constantinople.

Comme l’église de Saint-Nicodème, elle consiste en une nef centrale carrée, surmontée d’une coupole qui repose sur des trompes dont la figure [81] donne les curieuses dispositions. Sur le côté oriental de la nef s’ouvrent l’abside principale et deux absidioles couvertes par des voûtes d’arête; le fond de ces absides et absidioles, à pans à l’extérieur, est semi-circulaire à l’intérieur et couvert par des voûtes en quart de sphère.

FIG. 82.—ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS D’ATHÈNES. (Façade latérale.)

A l’extérieur, les murs sont construits en pierre, dont les assises et les joints sont marqués par des rangées de briques; à l’intérieur, les voûtes sont en briques et elles étaient décorées de brillantes mosaïques.

CHAPITRE XVI

CHAPELLE DU PALAIS DE CHARLEMAGNE, A AIX (ALLEMAGNE).—ÉGLISE DE GERMINY-DES-PRÉS (FRANCE).—ÉGLISE DE LA MARTORANA, A PALERME (SICILE).

La chapelle palatine d’Aix fut élevée par Charlemagne à la fin du VIIIᵉ siècle: un moine de Fontanelles (saint Wandrille) en dirigea les travaux et le pape Léon III en fit la consécration le jour des Rois de l’année 804.

«Aucun des édifices chrétiens, élevés depuis l’achèvement de Sainte-Sophie de Constantinople jusqu’au IXᵉ siècle, ne fut l’objet, de la part de son fondateur, d’autant de sollicitude que Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle. Imitant ce qu’avait fait Justinien pour Sainte-Sophie, Charlemagne fit venir de Trèves, de Rome, de Ravenne, les matériaux précieux destinés à son palais et à la chapelle attenante. Dans l’église, les portes et les balustrades encore existantes sont en bronze; la coupole était revêtue de mosaïques[29]

La rotonde carolingienne d’Aix procède évidemment de la rotonde byzantine de Ravenne. Comme celle-ci, Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle se compose d’une salle centrale octogone de 14ᵐ,50 de diamètre, voûtée en coupole et entourée de bas côtes de 6ᵐ,30 de largeur, ou galeries à deux étages largement ouvertes sur le vaisseau central ([fig. 84]).

Le porche, à deux étages, est identique à celui de Ravenne; deux tours placées de chaque côté contiennent les escaliers conduisant à une tribune qui communique avec les galeries hautes contournant la nef.

FIG. 83.

CHAPELLE DU PALAIS DE CHARLEMAGNE
A AIX-LA-CHAPELLE. (Plan.)

La différence existant entre les deux rotondes tient à la forme des voûtes et aux dispositions de celles qui les enveloppent. A Ravenne, la coupole sphérique se raccorde par une série de pendentifs avec les parois octogones du tambour. Dans la chapelle d’Aix, la rotonde est octogone comme son appui. Mais la diversité des formes et du système de construction apparaît surtout dans les galeries du pourtour, qui sont dans la chapelle palatine mieux liées aux supports de la coupole et, par elles-mêmes, beaucoup mieux disposées qu’elles ne le sont à Saint-Vital.

Dans la chapelle palatine d’Aix, les supports de la coupole sont relativement frêles et la masse des maçonneries est reportée jusqu’à l’enceinte; celle-ci forme un polygone de seize côtés, se combinant avec l’octogone par une série de voûtes alternativement carrées ou triangulaires. Des arcs-doubleaux, retombant sur des dosserets engagés dans les piliers ou le mur d’enceinte, forment

FIG. 84.—CHAPELLE DU PALAIS DE CHARLEMAGNE,
A AIX-LA-CHAPELLE
(ALLEMAGNE). (Coupe longitudinale.)

seize arcs-boutants et répartissent sur celui-ci la poussée de la coupole ([fig. 85]).

Les galeries basses sont voûtées d’arêtes, sur lesquelles est établi le sol des galeries hautes; celles-ci sont couvertes par des voûtes légères en berceau rampant, sur lesquelles est posée directement la toiture composée de dalles, de pierre ou de terre cuite, ou peut-être même de feuilles de plomb ou de bronze.

Si les monuments à date certaine méritent de fixer l’attention des archéologues, ceux qui ont été élevés par Charlemagne ou de son temps, et dont les origines sont connues, doivent être particulièrement étudiés en raison de l’influence considérable qu’ils ont eue, certainement et directement, sur l’architecture romane.

Nous avons vu la chapelle palatine d’Aix, en Allemagne, le plus important des édifices construits par Charlemagne; nous devons citer une église bâtie en France, à la même époque que l’église d’Aix-la-Chapelle, c’est-à-dire dans les premières années du IXᵉ siècle: l’église de Germiny-des-Prés. Elle est des plus curieuses, parce qu’elle a tous les caractères des églises byzantines bâties, avant le IXᵉ siècle, à Constantinople, ou au commencement de ce siècle à Athènes; elle présente en même temps une grande analogie avec un édifice antique: le prétoire de Mousmieh (fig. [6] et [7]), dans la Syrie centrale, construit par les Romains au IIᵉ siècle de notre ère.

FIG. 85.—CHAPELLE DU PALAIS DE CHARLEMAGNE, A AIX-LA-CHAPELLE (ALLEMAGNE). (Coupe transversale.)

Suivant les écrits du moine Létolde, qui vivait au Xᵉ siècle, Théodulphe, évêque d’Orléans, après avoir été abbé de l’abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, fit construire, en 806, l’église Germigny-des-Prés ou Germiny-des-Prés. (Plutôt Germiny, car d’après d’anciens auteurs cette église est dite des saints Ginevra et Germinus.)

Elle se compose, comme les édifices que nous connaissons

FIG. 86.—ÉGLISE DE GERMINY-DES-PRÉS (FRANCE). (Plan.)

déjà dans la Syrie centrale et en Orient, d’une nef centrale sur plan carré, couronnée par une voûte annulaire très légère, maintenue par les murs s’élevant au-dessus pour assurer sa stabilité et recevoir la toiture en charpente.

Autour de la nef quatre bas côtés égaux forment un carré cantonné par trois—et peut-être quatre—absides, la principale à l’est et les deux ou trois secondaires aux trois autres points cardinaux. Les bas côtés, montant au-dessus des absides, sont couverts par des voûtes

FIG. 87.—ÉGLISE DE GERMINY-DES-PRÉS (FRANCE). (Coupe transversale.)

([fig. 87]) au-dessus desquelles s’élève encore la nef centrale, percée sur chacune de ses faces d’une petite fenêtre éclairant la partie supérieure qui conserve sa forme carrée.

Les trois—ou quatre—absides sont voûtées en quart de sphère; l’abside principale, à l’est, est ornée d’arcatures et la voûte de l’hémicycle est décorée de mosaïques à fond d’or. La partie haute de la nef centrale est couverte de stuc et tout l’édifice est bâti avec soin en pierres de petit appareil.

FIG. 88.—ÉGLISE DE LA MARTORANA A PALERME (SICILE). (Plan.)

La disposition de la nef centrale s’élevant en s’étageant au-dessus des bas côtés égaux et des absides est intéressante à retenir, pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’elle est une réminiscence évidente des coupoles latines, byzantines ou grecques, comme celles du prétoire de Mousmieh et de Saint-Georges d’Ezra dans la Syrie centrale (fig. [6], [7], [39], [40]); du baptistère de Novare (fig. [26], [27]); de Saint-Vital de Ravenne (fig. [67], [68], [69]); des églises des saints Serge et Bacchus, de Sainte-Sophie et de Théotocos à Constantinople (fig. [64], [65], [70], [71], [72], [73], [74]); de l’église de Santa-Fosca à Torcello (fig. [75], [76] et [77]); de Saint-Nicodème et de Daphni à Athènes (fig. [78] à [83]); et de l’église d’Aix-la-Chapelle en Allemagne (fig. [84] à [86]). Puis, parce

FIG. 89.—ÉGLISE DE LA MARTORANA, A PALERME (SICILE). (Coupe longitudinale.)

qu’elle est une innovation et que le mode de construction rationnelle est beaucoup plus simple et moins coûteux que celui des coupoles.

Et enfin, parce qu’elle est une des premières applications en France de la tour-lanterne[30] s’élevant au-dessus de l’autel principal sur la croisée formée par la nef, les

FIG. 90.—ÉGLISE DE LA MARTORANA A PALERME (SICILE). (Vue perspective intérieure.)

deux bras du transsept et le chœur, suivant un système de construction dont nous avons établi la filiation et qui, à partir du Xᵉ siècle, devait prendre, en se perfectionnant, un développement extraordinaire.

L’église de Sainte-Marie de l’Amiral à Palerme, fondée par l’amiral Roger, fils de Tancrède de Hauteville, fut cédée par Alphonse d’Aragon à un couvent de femmes, au XVᵉ siècle, et prit à cette époque le nom de la Martorana.

Bien qu’il ait été construit par les Normands dans les premières années du XIIᵉ siècle, cet édifice présente tous les caractères des églises byzantines bâties par des architectes grecs, au IXᵉ siècle, à Torcello, à Constantinople et à Athènes.

Il rappelle particulièrement les dispositions de l’église de Théotocos à Constantinople (fig. [72], [73]). La principale différence existant entre cette église et celle de la Martorana réside dans la forme des arcs, brisés dans celle-ci, tandis qu’ils sont plein cintre en Italie, à Constantinople et en Grèce.

La décoration de la Martorana empruntant aux Byzantins, aux Arabes et aux Normands des détails caractéristiques, semble résumer l’histoire de la Sicile au moyen âge.

CHAPITRE XVII

INFLUENCE DE L’ART BYZANTIN SUR L’ARCHITECTURE EN ORIENT ET EN OCCIDENT.—L’ARCHITECTURE DU VIIᵉ AU XIᵉ SIÈCLE.

L’art byzantin, qui s’était si grandement manifesté par les superbes ouvrages de Justinien, exerça, dès son origine, une influence considérable qui s’étendit plus tard sur tout l’Occident, mais qui fut générale en Orient surtout pendant la prospérité de l’empire grec, expirant avec le VIIᵉ siècle, épuisé par ses victoires autant que par les attaques des Perses.

On peut suivre la tradition byzantine dès les premiers temps de l’empire arabe. Depuis le commencement de l’hégire, en 622, jusqu’au moment où ils purent donner à leur art un caractère particulier, les musulmans, les adversaires les plus acharnés du christianisme et de l’empire grec ont fait à l’art de leurs ennemis, à l’art byzantin, des emprunts qu’il est facile de constater.

Quand les Arabes étendirent par leurs conquêtes la domination musulmane depuis l’Asie-Mineure jusqu’aux Pyrénées, l’art n’existait chez eux que sous les formes les plus rudimentaires.

De même que les chrétiens établirent leurs premiers autels dans les basiliques civiles de Rome, les musulmans conservèrent, dans les pays conquis, les monuments religieux: ils les modifièrent, puis ils construisirent des édifices nouveaux, disposés selon leurs prescriptions religieuses; mais leur architecture a conservé les traits particuliers de son caractère originel, à l’influence duquel ils ne pouvaient se soustraire.

«En Syrie, les Arabes ne se préoccupent pas tout d’abord de construire des mosquées; ils enlèvent au Christ ses églises et les consacrent à Allah. Parfois, pendant quelques années, les deux cultes vivent côte à côte dans un même édifice[31].» Il en fut de même en Espagne, et les historiens de l’art arabe y distinguent dans ce pays une première période byzantine qui s’étend jusque vers la fin du Xᵉ siècle. Entre les califes de Cordoue et les empereurs de Constantinople les relations étaient continues; les savants, les artistes grecs accoururent en Espagne. Aussi les anciens édifices de Cordoue portent-ils la marque de cette influence étrangère si nettement accusée dans la célèbre mosquée de Cordoue élevée par Abdérame vers la fin du VIIᵉ siècle.

Au moyen âge, sous les rois de la première race et, par conséquent, bien avant Charlemagne et les pèlerinages de l’an 1000[32], des relations existaient entre l’Occident et l’Orient où Byzance exerçait une attraction si puissante que les princes de France, de Germanie et d’Italie y envoyaient sans cesse des ambassades.

Un grand nombre de pèlerins de tous les pays occidentaux visitaient les Lieux Saints et, allant ou revenant par Constantinople, propageaient en Europe, par le récit des splendeurs de la civilisation byzantine et la description de ses admirables monuments, l’enthousiaste désir d’égaler les peuples d’Orient; des moines grecs, qui étaient venus s’établir dans le sud de l’Italie, à Rome, en France et en Allemagne, contribuèrent puissamment à entretenir ces idées et à les développer.

A l’époque mérovingienne, des colonies syriennes existaient déjà dans le centre de la France et il n’est pas douteux qu’elles apportèrent avec elles les traditions monumentales de la Syrie centrale, qui germèrent si bien et que l’on trouve si nettement marquées dans l’ancienne province d’Aquitaine.

Le commerce maritime entre l’Occident et l’Orient contribua également à étendre les relations qui s’étaient établies entre ces pays, non seulement par l’échange de leurs marchandises, mais encore par l’acquisition des étoffes, des bijoux, des ivoires sculptés, en un mot, des objets d’art, créés en Orient avec une si habile facilité, dont l’Occident commençait à sentir le besoin, mais qu’il ne savait pas encore produire.

L’influence byzantine s’est exercée certainement en Italie; elle est moins sensible dans le nord de ce pays en raison de sa division en un grand nombre d’États ou de villes, aussi différents les uns des autres par leurs conditions respectives au point de vue politique qu’à celui des arts.

Sous le pontificat de Grégoire le Grand, pape malgré lui, en 590, on éleva beaucoup moins d’édifices qu’avant ou après cette époque. Saint Grégoire, sans négliger la puissance temporelle du Saint-Siège, se servit de son pouvoir pour fortifier la papauté, propager le christianisme, améliorer la discipline et l’organisation de l’Église. Affermi par lui-même, il propagea le christianisme, l’orthodoxie et convertit les païens en Sicile, en Sardaigne, à Terracine, aux portes de Rome, et même dans la Grande-Bretagne qui était encore livrée tout entière à l’idolâtrie.

Les instructions que saint Grégoire le Grand donnait à ses représentants leur recommandaient de conserver les monuments existants, quels qu’ils fussent. Il écrivait, en 596, au moine Augustin—plus tard archevêque de Cantorbéry—qu’il avait envoyé dans la Grande-Bretagne à la tête de quarante missionnaires romains: «Il faut se garder de détruire les temples des païens, il ne faut détruire que leurs idoles, puis faire de l’eau bénite, en arroser l’édifice, y construire des autels et y placer des reliques. Si ces temples sont bien bâtis, c’est une chose bonne et utile qu’ils passent du culte des démons au culte du vrai Dieu; car, tant que la nation verra subsister ses anciens lieux de dévotion, elle sera plus disposée à s’y rendre, par un penchant d’habitude, pour adorer le vrai Dieu[33]

«Dans le sud de l’Italie, le rôle de Byzance est évident. Pendant plusieurs siècles, toute une partie de cette contrée se rattacha à l’empire de Constantinople par la religion, par l’administration, par la langue même: l’antique Grande-Grèce méritait toujours ce nom. Même la querelle des Iconoclastes qui détacha de l’Orient le reste de l’Italie, dans le sud fortifia l’hellénisme; les partisans des images s’y réfugièrent en grand nombre et les empereurs grecs ne les inquiétèrent pas.

«En Sicile, où la domination musulmane, succédant à celle des empereurs d’Orient, a précédé de plus de deux siècles l’établissement des Normands, l’art byzantin et l’art arabe se mêlent en même temps qu’y pénètrent des influences occidentales[34].» Les formes de l’église grecque s’y combinent avec celles de la basilique latine et parfois apparaît la coupole sur pendentifs, comme à Sainte-Marie de l’Amiral à Palerme—plus tard nommée la Martorana par Alphonse d’Aragon (fig. 88 à 90).

«A l’autre extrémité de l’Italie, Venise est une ville grecque. Sa prospérité s’est accrue à mesure que déclinait celle de Ravenne[35].» Venise sut maintenir son indépendance entre les Lombards et les Francs, et la suzeraineté nominale des empereurs grecs qu’elle affecta de reconnaître fut la condition même de sa fortune. Aussi les monuments vénitiens, entre autres, Santa-Fosca à Torcello et Saint-Marc à Venise, rappellent-ils ceux de Constantinople.

Les églises bâties en Grèce, du IXᵉ au Xᵉ siècle, portent, dans leurs dispositions générales, aussi bien que dans les détails de leur construction, les marques de l’architecture byzantine.

Les églises de Saint-Nicodème et celle du monastère de Daphni, élevées à Athènes, ou près de cette ville, au Xᵉ siècle, ressemblent par leur plan et leur architecture à l’église de la Mère de Dieu—Agia Théotocos,—bâtie vers le IXᵉ siècle à Constantinople et à celle des SS. Serge et Bacchus qui remonte au VIᵉ siècle.

En Russie, l’action de l’art byzantin a commencé avec le christianisme grec. Jusqu’au Xᵉ siècle les Russes ne connaissaient guère que les constructions en bois. Ce furent des architectes byzantins qui élevèrent les premières églises en pierre et des peintres byzantins qui les décorèrent. Mais l’art russe prit rapidement un caractère particulier et les éléments grecs se mêlèrent à d’autres, d’origine orientale, occidentale et asiatique; la coupole ne repose plus sur des pendentifs sphériques, mais sur une série d’arcs ou de trompes superposés passant du carré au cercle; sa forme extérieure devient bulbeuse et l’architecture, tout en montrant encore des réminiscences perses ou indiennes, prend bientôt le caractère original qu’elle a heureusement conservé.

L’influence byzantine s’est manifestée en Allemagne dès le VIIIᵉ siècle et il est permis de croire que Charlemagne y contribua puissamment. «Les Carolingiens étaient en relations continues avec les empereurs de Constantinople[36]». On sait que des objets d’art parvenaient de Byzance en Occident; un évêque de Cambrai, Halitcharius, envoyé comme ambassadeur à Constantinople, en rapportait des ivoires sculptés; les tissus orientaux étaient fort recherchés, laïques et clercs aimaient à s’en parer, et des fragments s’en rencontrent encore dans les tombes et les châsses du temps.

On sait également que la chapelle du palais de Charlemagne, à Aix, commencée à la fin du VIIIᵉ siècle et terminée dans les premières années du IXᵉ, a été inspirée de l’église de Saint-Vita à Ravenne, construite au commencement du VIᵉ siècle, à l’imitation du Temple d’or, bâti à Antioche par Constantin, et qui passe avec raison pour être un exemple parfait de l’art byzantin. (Voir à ce sujet les figures [66] et [67] concernant Saint-Vital de Ravenne, qu’il est intéressant de comparer avec les figures [83], [84] et [85], relatives à l’église d’Aix-la-Chapelle.)

Un grand nombre d’églises s’élevèrent dans la vallée du Rhin; on y peut suivre, sinon par la reproduction exacte des plans et des formes, du moins par le mode de construction, la tradition byzantine des architectes d’Aix-la-Chapelle.

«En 972, le fils d’Otton Iᵉʳ, le futur Otton II, épousait une princesse grecque, Théophano[37].» Avec elle des artistes byzantins arrivèrent, dit-on, en Germanie et initièrent les Allemands à la connaissance de leur art et de leur mode de construire.

En France, l’art byzantin a laissé moins longtemps qu’en Italie ses traces originelles; mais son influence est visible dans les deux pays et les grandes églises de Venise et de Périgueux, à peu près contemporaines, attestent toutes les deux leur filiation orientale. Seulement la même idée s’est traduite différemment dans les deux pays; en Italie, Saint-Marc est la copie d’une œuvre byzantine[38] construite selon les méthodes romaines; il est resté une importation, une œuvre unique ou à peu près, qui n’a eu que fort peu de rayonnement autour d’elle.

Tandis qu’en France, Saint-Front reproduit bien les dispositions de son modèle oriental[39], sa construction est toute différente et manifeste une plus grande science dans l’art de bâtir.

Les architectes aquitains, qui possédaient de longue date les traditions syriennes, s’assimilèrent les procédés de l’art byzantin, comme ils s’étaient déjà familiarisés avec ceux de l’antiquité romaine. Ces divers éléments, perfectionnés par eux et appropriés à leur mode de construction dans lequel la pierre se montre dans toute la simple beauté de ses combinaisons savamment appareillées, formèrent bientôt un art de bâtir, nouveau en Europe après l’an 1000.

Cet art nouveau, ayant un caractère personnel, original, exerça à son tour une influence très considérable sur l’architecture romane et il fut certainement une des causes principales du développement extraordinaire qu’elle prit dès la première moitié du XIᵉ siècle.