Magasins ou marchands de nouveautés.
A l’Assomption, rue Saint-Honoré, nº 375.
Aux Bayadères, boulevard des Italiens, nº 9.
A la Belle Ferronnière, rue du Faubourg-Saint-Antoine.
A la Belle Jardinière, rue de la Lanterne, nº 13.
Aux Bonnes d’Enfants, rue Saint-Honoré, nº 279.
Au Coin de Rue, au coin de la rue des Bons-Enfants.
A la Clochette, place de l’École.
Au Croissant, rue Dauphine, nº 44.
Au Château d’Eau, boulevard Saint-Martin, nº 27.
A la Caravane, rue de Richelieu, nº 82.
Au Chaperon rouge, rue Saint-Honoré, nº 326.
A la Curieuse, rue de la Monnaie, au coin de la rue Baillet.
Au Drapeau libérateur, rue du Petit-Carreau, nº 26.
Au Diable boiteux, rue de la Monnaie, nº 23.
Aux Deux Magots, à l’angle des rues de Seine et de Buci.
Aux Deux Cousines, rue Coquillière.
Aux Dames françaises, rue de Buci, nº 2.
A la Dame du Lac, rue Saint-Martin, nº 257.
A l’Éclipse de 1820.
A la Fille d’honneur, rue de la Monnaie, au coin de la rue Boucher.
A la Frileuse, rue Saint-Denis, nº 370.
Au Gagne-Denier, rue Saint-Antoine, nº 219.
Au Général Foy, rue Poissonnière, nº 44.
Au Grand saint Michel, rue de la Vieille-Bouclerie, nº 9.
A la Fontaine de Jouvence, rue des Moineaux, nº 3.
A Jean Bart, rue Royale, marché Saint-Martin, nº 20.
A Joconde, rue Saint-Denis, nº 191.
Au Lien des Nations, rue du Faubourg-Montmartre, nº 87.
Au Mariage enfantin, rue Sainte-Anne, nº 55.
Au Nœud gordien, Palais-Royal, galerie de pierre, nº 233.
Au Pauvre Diable, rue Montesquieu, au coin du Passage.
Au Petit Matelot, quai et île Saint-Louis.
A la Petite Jeannette, boulevard des Italiens, nº 3.
Au Polichinel vampire, rue Saint-Martin, en face le Conservatoire.
A Monsieur Pigeon, rue de Seine.
A Pygmalion, rue Saint-Denis, au coin de la rue de la Heaumerie.
A la Pucelle d’Orléans, rue Saint-Honoré.
A Saint-Denis de la Châtre, rue de la Juiverie, nº 21.
Au Serment, rue Saint-Denis, nº 408.
Au Soldat cultivateur, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 77.
Au Soldat laboureur, rue Saint-Denis, nº 110.
Au Solitaire, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 68.
A Valérie, rue Saint-Denis, nº 309.
Au Vampire, rue Saint-Antoine.
Aux Vêpres siciliennes, rue Saint-Denis.
A la Vestale, rue Montmartre, au coin de la rue de Cléry.
Au Zodiaque de Paris, rue du Temple, nº 47.
Combien en reste-t-il aujourd’hui de ces magasins qui ont dû leur renommée et leur vogue à des enseignes habilement peintes, empruntées la plupart à des pièces de théâtre, dont l’immense succès avait coïncidé avec l’ouverture des maisons qu’elles recommandaient au public?
Lingères. A l’Ange gardien, rue Saint-Honoré, nº 359.
A la Baigneuse, rue Montesquieu, nº 5.
A la Bonne Ouvrière, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 1.
Au Frère de la Charité, rue Saint-Denis, nº 171.
A la Négresse, rue Saint-Honoré, nº 285.
Au Paysage, rue Saint-Martin, nº 144.
A la Parisienne, rue Saint-Denis, nº 289.
A la Religieuse, rue Saint-Lazare, nº 72.
A la Somnambule, rue Saint-Honoré, nº 242.
Aux Trois Sultanes, au coin des rues Vivienne et Colbert.
Bonnetiers. A la Barque à Caron, rue du Bac.
Au Bon Fabricant, au coin des rues de la Calandre et de la Barillerie.
Au Bon Henri, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 30.
Au Cotonnier, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 67.
A Monsieur Dumolet, rue Montesquieu.
Au Grand Mogol, rue Saint-Martin, nº 287.
A la Mère de Famille, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 8.
Au Moine saint Martin, marché Saint-Martin.
Au Saint Nom de Jésus, rue Vieille-du-Temple, nº 62.
Au Sabot fourré, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 51.
Au Tableau des Samoïèdes, rue des Deux-Ponts, nº 22.
Magasins de soieries et d’étoffes. A la Belle Anglaise, rue Saint-Denis, nº 94.
Au Grand Turc, rue Saint-Honoré, nº 248.
A l’Irlandaise, rue Vivienne, nº 17.
A la Perle, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 35.
A la Reine Mathilde, rue Feydeau, nº 17.
A Jean de Paris, rue du Bac, nº 4.
A la Toison de Cachemire, rue Vivienne, nº 14.
Drapiers. Au Bourgmestre de Saardam, rue Saint-Honoré, nº 53.
Au Buste de Henri IV, rue Saint-Honoré, nº 3.
Aux Deux Frères, rue Montesquieu, nº 5.
Aux Deux Edmond, rue Saint-Denis, nº 220.
A l’Invariable, rue Dauphine, près de la rue d’Anjou.
Aux Médecins français, rue Saint-Martin, nº 262.
Aux Montagnes russes, rue Neuve-des-Petits-Champs, au coin du Perron.
Merciers. A la Barbe bleue, rue du Four-Saint-Germain, près l’Abbaye.
Aux Décorations françaises, rue Saint-Denis, nº 8.
A la Fileuse, rue Saint-Denis, nº 80.
A la Gasconne, rue Saint-Honoré, nº 21.
A la Lilliputienne, rue Montmartre, nº 104.
A l’Oiseau bleu, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 69.
A la Pèlerine, rue Saint-Honoré, nº 275.
Au Petit Petro, rue Saint-Denis, nº 150.
A la Villageoise, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 27.
Fourreurs. Au Grand Hercule, rue des Fourreurs, nº 18.
Au Manteau d’Hermine, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, nº 17.
Au Renard, rue des Fourreurs, nº 19.
Au Roi de Danemarck, rue Saint-Honoré, nº 213.
Marchand de tulles. Au Roi d’Angleterre, rue Vivienne, nº 11.
Marchande de modes. A la Glaneuse, Palais-Royal, galerie de bois, nº 225.
Boutiques de corsets. Aux Deux Sœurs, boulevard des Panoramas, nº 13.
A Ninon, boulevard Poissonnière, nº 14.
Plumassiers. A l’Autruche, rue Saint-Denis, nº 354.
Au Lever de l’Aurore, rue Saint-Denis, nº 293.
Tailleurs. Au Triomphe de Trajan, rue de Richelieu, nº 72.
Au Roi de Cœur, rue du Temple.
Chapeliers. Aux Architectes canadiens, rue Dauphine, nº 3.
Au Chapeau sans pareil, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 11.
A l’Ermite de la chaussée d’Antin, rue Caumartin, au coin de la rue Neuve-des-Mathurins.
A l’Observateur des Modes, boulevard des Italiens, nº 11.
Aux Véritables Chasseurs canadiens, rue Dauphine, nº 63.
Cordonniers, bottiers. A la Belle Indécise, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 33.
A la Botte sans couture, Palais-Royal, galerie de pierre.
A l’Hortensia, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 15.
A la Pantoufle verte, rue de Richelieu, en face le Théâtre-Français.
A Saint Crépin, rue Saint-Honoré, nº 242.
Coiffeurs. A Absalon, rue Basse, Porte Saint-Denis, nº 8.
Au Savant Perruquier, rue Saint-Jacques, nº 121.
Aux Templiers, rue Feydeau, nº 16.
A la Toilette Psyché, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, nº 5.
Bijoutiers. A la Belle Anglaise, Palais-Royal, nº 156.
Au Cheval indien, Palais-Royal, galerie de pierre, nº 146.
A la Juste Balance, rue Saint-Martin, nº 196.
Au Mouton blanc, quai Lepelletier, nº 10.
Aux Trois Agneaux d’Or, quai Lepelletier, nº 5.
Bijoux faux. A l’Écrin, rue Notre-Dame-de-Nazareth, nº 15.
Quincailliers. A Charles VII, rue de l’École-de-médecine, nº 35.
Au Cheval d’Or, rue Saint-Denis, nº 371.
A l’Espérance, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 11.
A la Flotte d’Angleterre, rue de la Barillerie, nº 5.
Aux Forges de Vulcain, au coin de la rue de la Barillerie et du Marché aux fleurs.
Au Pilote, rue de Seine, nº 79.
Au Vaisseau marchand, rue Saint-Martin, nº 186.
Ornements d’église. A Fénelon.
Armurier. Au Faisceau, rue de Richelieu, nº 64.
Selliers. Au Courrier français, rue de Grenelle-Saint-Honoré, nº 63.
Aux Jockeis, boulevard Montmartre, nº 14.
Aux Courses de Newmarket, boulevard de la Madeleine, nº 15.
A la Renommée, rue du Bac, nº 28.
Epinglier. Au Désir de la France, la Paix, rue Saint-Denis, nº 298.
Opticien. A la Longue vue, place des Victoires.
Bureau de loterie. A la Clef du bonheur, rue de Richelieu, nº 87.
Papiers peints. Au Comédien d’Étampes, rue de Grenelle-Saint-Germain, nº 5.
Aux Deux Chinois, boulevard Saint-Martin, nº 8.
Aux Deux Indiens, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 47.
Aux Innocents, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 7.
Aux Orientaux, boulevard des Italiens, nº 15[284].
Aux Quatre Saisons, rue Saint-Denis, nº 126.
Marchands de meubles. A la Borne d’Or, Faubourg-Saint-Antoine, nº 20.
Au Griffon, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 26.
Faïenciers. Aux Chiens de fayence, rue du Petit-Lion Saint-Sulpice, nº 22.
Au Désespoir de Jocrisse, rue du Bac, nº 33.
Au Petit Poucet, rue Montfaucon, nº 4.
Chaudronnier. Au Mouton d’Or, rue de Saintonge, nº 8.
Lampiste. A la Lampe merveilleuse, rue Vendôme, nº 25.
Tourneur sur métaux. A la Tête d’Archimède, rue de Ménilmontant, nº 54.
Teinturier. Au Grand saint Maurice, quai du Marché-Palu.
Bandagiste. A la Culotte, rue du Four-Saint-Germain, nº 55.
Aubergiste. A la Conquête de la Toison d’or, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 66.
Oiselier. A l’Arche de Noé, boulevard du Temple, nº 47.
Marchand de chiens. Au Chien fidèle, boulevard des Italiens, au coin de la rue de la Grange-Batelière.
Horloger en bois. Au Petit Moulin à vent, rue des Coquilles, nº 10.
Marchand de parapluies. A l’Ombrelle à Jocko, rue de la Chaussée-d’Antin, nº 4.
Imprimeur. A la Presse royale, rue Saint-Denis, nº 317.
Cartier. Au Roi Salomon, rue Sainte-Anne, nº 39.
Sages-femmes. A l’Accouchée, rue Jean-Jacques-Rousseau, nº 23.
A la Fortune des Enfants, rue de Buci, nº 2.
Pharmaciens. Au Mortier d’Or, rue des Lombards.
Au Polygone, rue du Four-Saint-Germain, nº 37.
Parfumeur. A la Belle Athénienne, rue Saint-Honoré, nº 198.
Débits de tabac. Aux Bons Bretons, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, nº 13.
A la Civette, rue Saint-Honoré, au coin de la galerie de Nemours.
A la Carotte d’Or, quai Saint-Michel, nº 44.
Au Diable à quatre, rue Saint-Denis, nº 381.
Au Fumeur sans pareil, rue du Temple, nº 61.
Grainetiers. Au Capousta ou Chou de Sibérie, boulevard des Capucines, nº 13.
A la Renommée des bonnes semences, rue de Sèvres, nº 1.
Boulanger. A la Providence, rue du Faubourg-Saint-Honoré, nº 40.
Épiciers. Aux Trois Maures, rue de la Harpe, nº 27.
A la Truie qui file, marché aux Poirées, nº 24.
A la Providence, rue d’Enfer, au coin de la rue Saint-Dominique.
Soude et potasse. A la Dame Jeanne, rue Boucherat, nº 10.
Distillateur. A la Maison gothique, rue Saint-Martin, nº 40.
Estaminets. Au Jardin des Épiciers, Faubourg-Saint-Denis.
Au Jardin de l’Écu, même rue.
Au Jardin du Cheval blanc, même rue.
Charcutiers. Au Grand saint Antoine, Porte Saint-Denis.
A la Hure d’Or, rue des Boucheries-Saint-Germain, nº 5.
A l’Homme de la roche de Lyon, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 5.
A Ypsilanti, rue du Gros-Caillou, nº 27.
Marchands de comestibles. Au Bon Vivant, rue de Richelieu, nº 15.
Aux Deux Perdrix rouges, place de la Pointe-Saint-Eustache, nº 13.
Aux Deux Gastronomes, boulevard Poissonnière, nº 9.
Au Gourmand, Palais-Royal, galerie du Lycée.
Au Pique-Assiette, rue du Bac, nº 15.
A Sainte Geneviève, place de la Pointe-Saint-Eustache, nº 2.
Confiseurs. A la Belle Angélique, boulevard des Italiens, nº 23.
A la Belle Marraine, boulevard du Temple, nº 47.
Au Cacaotier, boulevard des Italiens, nº 20.
Au Chat noir, rue Saint-Denis, au coin de la rue de La Reynie.
Au Chocolatier, passage de l’Ancre.
Au Fidèle Berger, rue des Lombards.
A la Fidélité, rue de la Paix, nº 5.
Au Paradis terrestre, rue Montorgueil, nº 21.
A la Petite Gourmande, rue Neuve-Saint-Augustin, nº 13.
Aux Petites Danaïdes, boulevard Saint-Martin, nº 57.
A Vert-Vert, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 91.
Restaurateurs. A l’Amiral Coligny, rue Béthisy, nº 18.
Au Bœuf à la Mode, rue du Lycée, près du Palais-Royal.
Au Banquet d’Anacréon, boulevard Saint-Martin, nº 53.
Au Cadran bleu, boulevard du Temple, au coin de la rue Charlot.
Au Capucin, rue des Fossés-du-Temple, au coin de la rue d’Angoulême.
A la Flotte de commerce, rue Saint-Denis, nº 271.
Au Réveil-Matin, rue des Cordiers, nº 9.
Au Veau qui tette, rue de la Vrillière, place du Châtelet.
Marchands de vin. A la Bonne Fontaine, rue de Charonne, nº 1.
Aux Bons Enfants, place de Grève, nº 2.
Au Cocher, quai des Célestins.
Aux Contents, place du Palais-de-Justice, nº 8.
A la Côte d’Or, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 86.
Au Cardinal, rue Vieille-du-Temple, nº 94.
A l’Épi scié, boulevard du Temple, nº 4.
A la Fontaine de l’Éléphant, rue Saint-Antoine, au coin de la rue du Petit-Musc.
Au Grenadier français, rue de la Ferme, nº 7.
Au Jocko de la Montagne, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, nº 33.
Au Lion d’Or, rue Saint-Denis, nº 371.
Au Mât de Cocagne, rue du Maure, nº 44.
Au Mont Blanc, rue Saint-Lazare, en face de la rue de la Chaussée-d’Antin.
A la Partie de chasse de Henri IV, rue de Saintonge, au coin du boulevard.
Au Père Noé, rue Mandar, nº 6.
Au Port Saint-Paul, rue des Barrés, nº 4.
A la Porte Saint-Honoré.
A la Pucelle d’Orléans, rue du Faubourg-Saint-Martin, nº 3.
A la Renommée de la Bonne Friture, rue de Charonne, nº 4.
Au Rocher, rue Basse-Saint-Denis, nº 22.
Au Roi Clovis, rue Descartes, au coin de la rue Saint-Victor.
Au Tambour-Major, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 36.
Au Temple de Bacchus, rue d’Ulm, nº 4.
Aux Trois Lurons, rue Bourbon-Villeneuve, nº 18.
Aux Vignes de Tonnerre, rue Saint-Jacques, nº 145.
A Xantippe, rue de l’Oursine, nº 294.
Cette nomenclature, classée par ordre systématique, des plus notables enseignes de Paris en 1826, permettra d’établir les rapports plus ou moins éloignés qui existaient entre le sujet de l’enseigne et le commerce du marchand qui l’avait choisi. Un très petit nombre de ces enseignes était antérieur à la Révolution; quelques-unes dataient du Directoire. Souvent le titre de l’enseigne ne donnait aucune idée du sujet représenté: ainsi l’Invariable était Atlas portant le globe du monde; la Dame Jeanne n’était qu’une cruche de
grès, destinée à contenir de l’eau de Javelle; la Belle Indécise laissait flotter son indécision entre deux paires de souliers; le Réveil-Matin était tout simplement un coq annonçant le point du jour; la Belle Angélique, pour faire un rébus digne d’un confiseur, attendait Médor à côté d’un beau pied d’angélique, qui ne figure pas dans le poème de l’Arioste; le Lien des Nations, c’était le commerce qui réunissait des marchands venus des quatre parties du monde; les Architectes canadiens, c’étaient des castors construisant leur habitation aquatique; le Bon Fabricant, c’était un capucin tissant au métier une paire de bas. Quant aux enseignes des magasins de nouveautés, ces enseignes, les plus belles, les mieux peintes et les plus agréables à voir, n’offraient aucune analogie avec le genre de commerce qu’elles recommandaient aux chalands, puisqu’elles étaient empruntées la plupart à des pièces de théâtre qui avaient eu la vogue et dont le souvenir n’était pas encore effacé.
Balzac n’a pas manqué de signaler, dans son Petit Dictionnaire, celles de ces enseignes qui se distinguaient par un mérite d’exécution artistique et qui pouvaient être considérées comme de bons tableaux décoratifs. L’Assomption passait pour une véritable peinture de maître: on la laissait couverte d’un rideau, lorsqu’on croyait devoir la préserver des intempéries de l’air, soit de la pluie, soit du soleil. Le Banquet d’Anacréon n’avait aucun caractère d’imitation de l’art antique, mais les femmes qui entouraient le vieux poète de Téos étaient représentées avec tout l’éclat du coloris de l’école de Girodet et semblaient avoir été peintes, à moitié ivres, d’après nature, dans un souper au Rocher de Cancale. La Barque à Caron était une très bonne toile, où l’on reconnaissait aussi le pinceau d’un élève de Girodet. L’enseigne des Bayadères offrait un groupe gracieux de trois jolies personnes, que l’artiste avait très habilement costumées à l’orientale. L’enseigne du Château d’Eau était un charmant paysage qui avait peut-être figuré au Salon et qui dans tous les cas y eût été remarqué. L’enseigne du Général Foy exposait un portrait fort ressemblant de l’illustre orateur que le parti libéral avait perdu l’année précédente. Quant aux Forges de Vulcain, c’était «un beau tableau d’enseigne, dit Balzac; la figure de Vulcain ne manque ni d’expression ni de chaleur.» Le Grand saint Michel était une copie convenable du chef-d’œuvre de Raphaël, que les jeunes peintres ne se lassaient pas de copier au musée du Louvre, et le Soldat laboureur pouvait passer pour une ingénieuse réminiscence d’un tableau de Vigneron, reproduit partout en gravure, en lithographie, et même en peinture de devant de cheminée.
Cinq ans avant la publication du Petit Dictionnaire des Enseignes, Dufey de l’Yonne[285] avait donné une assez triste idée de celles qu’on voyait alors dans les faubourgs de Paris. «La réforme, disait-il, qui s’opère depuis quelques années dans le choix et l’exécution des sujets d’enseigne, ne s’est pas encore étendue au faubourg Saint-Antoine. On n’y trouve pas même le facile mérite de la variété. Les Têtes noires et les Boules blanches y sont souvent répétées, et il doit en résulter de singuliers quiproquos pour les marchands qui se sont partagé l’honneur d’en bigarrer leurs boutiques. Il n’y a pas de quartier où les enseignes soient plus multipliées. Elles présentent parfois d’assez bizarres rapprochements: j’ai vu au-dessus du tableau d’une sage-femme un Ours dansant.» Dufey s’étonne plus loin de rencontrer, dans la même rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 11, un magasin de bustes et de figures en pied, coloriés, ayant pour enseigne: Au Grand Frédéric. «Ces figures coloriées, dit-il, pourraient être fort prisées à Berlin, mais j’aime à retrouver le goût français dans l’atelier du nº 7; point de couleur sur les plâtres; un meilleur choix dans les objets exposés en montre, et pour enseigne: Au Rendez-vous des artistes.»
La rue Saint-Antoine avait sa Truie qui file, sculptée en relief, comme celle du marché aux Poirées, mais à cette époque, paraît-il, rehaussée d’or et de couleurs. «Quel est, disait Dufey, ce grand écusson, tout éclatant de dorure, qui décore un magasin, à main gauche, en descendant la rue Saint-Antoine? J’approche, et je distingue la Truie qui file[286]. C’est l’enseigne la plus riche et la plus bizarre de ce quartier. Les monstruosités ont été longtemps à la mode pour les sujets d’enseigne.»
On essaya alors de revenir aux enseignes sculptées, statuettes ou bas-reliefs, dans le genre du Pêcheur, du Galant Jardinier et du Coq hardi, qui décorent encore trois boutiques du quai de la Mégisserie; comme celles du Saint Michel, de l’Homme armé et de l’Arbre sec, qui avaient donné leur nom à des rues. On voit paraître successivement le Nègre, du boulevard Saint-Martin, et le Chinois, de la rue Lafayette, dont les abdomens renferment des horloges, et, plus tard, le Vélocipède, du boulevard de Sébastopol. Mais les enseignes peintes gardèrent longtemps la préférence. «Cette fureur, dit Amédée Berger[287], dura jusqu’à 1830 et au delà; on changea d’enseigne selon la vogue du moment, et les héros de la mode, les lions du jour, virent tous leur image reproduite sur les murailles de la ville. Les Montagnes russes, Jocko, Cadet Roussel, Jocrisse, la Girafe, firent fureur tour à tour, et chaque marchand les adopta. C’est de cette époque (l’Empire et la Restauration) que datent les enseignes artistiques et théâtrales, qui, prenant le titre des tableaux célèbres et des pièces applaudies, reproduisirent les scènes fameuses et retracèrent le costume et jusqu’aux traits des artistes aimés du public. L’opéra, la tragédie, le drame, le vaudeville, le roman, toute notre littérature, en un mot, sont représentés dans cette immense galerie, qui n’a fait que s’accroître, chaque jour, depuis le commencement du siècle.» De ce temps-là aussi date l’enseigne du Grand Condé, de la rue de Seine, au coin de l’ancienne rue des Boucheries, aujourd’hui absorbée par le boulevard Saint-Germain, enseigne qui va disparaître à son tour.
Les causes principales qui amenèrent la décadence des enseignes en tableaux peints furent l’augmentation prodigieuse du nombre des omnibus et des voitures de toute sorte; puis les révolutions de la rue, 1830, 1832, 1848, etc. Les enseignes n’avaient pas été ménagées dans ces commotions révolutionnaires, qui, dans l’espace de dix-huit ans, avaient si souvent changé les rues en champ de bataille.
Beaucoup d’enseignes avaient été mutilées par les balles, et l’émeute populaire s’était acharnée sur quelques-unes, dans lesquelles on voulait détruire les emblèmes et les souvenirs de la royauté déchue. C’était une dépense assez forte à supporter, que de faire restaurer une belle enseigne ou de la remplacer par une nouvelle. Aussi bien, le passage des lourdes voitures, omnibus, chariots et messageries, dans les rues étroites, affectées au commerce, empêchait les passants de s’arrêter pour regarder les enseignes; c’eût été s’exposer à se faire écraser dans un moment de distraction et d’imprudence. On jugea, d’ailleurs, que le public qui va dans un magasin qu’il connaît, ne songe pas à en admirer l’enseigne. Il y avait économie bien entendue à supprimer une dépense inutile, en renonçant à ces enseignes coûteuses, qui ne produisaient pas autant d’effet sur la vente des marchandises qu’une simple annonce de journal. On vit encore quelques nouvelles enseignes peintes, de véritables tableaux, comme celle des Mystères de Paris, dont nous parlions tout à l’heure, ou bien des enseignes excentriques, comme celle d’un tailleur de la rue des Petits-Champs, qui avait figuré les lettres de son nom avec des os de mort, attirer, occuper un instant les flâneurs; mais le nombre des enseignes allait diminuant, et la plupart des marchands finirent par se persuader que le titre seul de l’enseigne, sans aucune représentation peinte ou plastique, suffisait pour accompagner l’adresse d’une boutique en lui servant de raison commerciale, et la recommander aux clients qui avaient été satisfaits de leurs achats.
XXVIII
IMAGIERS ET PEINTRES D’ENSEIGNES
ON peut dire avec assurance qu’il n’y a pas eu d’imagiers et de peintres d’enseignes proprement dits avant le XVIIIᵉ siècle. Jusque-là les artistes sculpteurs et peintres formaient des corporations dans lesquelles tous les membres avaient les mêmes droits de confrérie, vis-à-vis les uns les autres, sans jamais prétendre à l’égalité de talents. Le meilleur peintre était compagnon avec le plus exécrable barbouilleur, et chacun se rendait justice et prenait son rang, selon le mérite et la qualité de ses œuvres, dans l’exercice de sa profession et de son métier. L’Académie de Saint-Luc comprenait donc, sans distinction de personnes, les peintres en bâtiments et les peintres d’histoire, des statuaires de premier ordre et des fabricants de figures décoratives en plâtre. La différence des travaux n’était constatée que par la différence des prix demandés et payés. La création de l’Académie royale de peinture en 1648 n’eut pas d’autre but que de faire un choix entre les artistes, à la suite d’un concours où chaque candidat donnait la mesure de son savoir-faire. Il y eut encore, sans doute, quelques académiciens qui ne dédaignèrent pas d’exécuter des enseignes, lorsque l’œuvre était payée à sa valeur; mais, généralement, les enseignes n’étaient plus peintes ou sculptées que par les derniers élèves de l’Académie de Saint-Luc et par les plus pauvres membres de la corporation des peintres et des imagiers.
La sculpture et la peinture des enseignes de Paris avaient de quoi occuper alors une grande quantité d’artistes, et malgré la modicité du prix de ces ouvrages, on peut estimer que la multitude des labeurs de cette espèce représentait tous les ans une dépense considérable, car, chaque année, on exécutait à Paris quinze cents à deux mille enseignes, et le nombre des membres de la corporation des peintres et des imagiers ne s’élevait pas à plus de 250. Il faut rappeler aussi qu’avant le XVIIIᵉ siècle, un artiste, quel que fût son talent, acceptait communément tous les travaux qui lui étaient offerts et en réglait l’exécution d’après la destination de ces travaux. Ainsi, au XVIᵉ siècle, les plus grands sculpteurs, les plus grands peintres, attachés à la Maison du roi, ne se croyaient pas déshonorés pour avoir décoré des appartements et des galères, sculpté des corniches et des chambranles, peint à la détrempe des lambris et des battants de portes, des coffres et des tentures. Il y avait donc, en ce temps-là, parmi les enseignes, d’excellents tableaux peints sur bois, d’admirables bas-reliefs, modelés en plâtre ou en terre cuite, de superbes statues taillées en pierre. Nicolas de Blegny dit expressément, dans son Livre commode des Adresses de Paris: «Il est difficile de mettre les prix justes aux ouvrages de la sculpture et peinture, particulièrement aux tableaux et statues; c’est suivant les maîtres qui y sont employés que le prix doit être réglé, parce que c’est la beauté qui en règle la valeur; aussi, les curieux qui voudront avoir du beau de l’un des deux arts, doivent s’informer des bons maîtres, qui ne laissent rien sortir de leurs mains que de bien fini.» Le sieur de Blegny, à la suite de ces sages observations, n’indique aucun prix d’estimation pour les peintures, mais il nous apprend que si une figure de pierre de saint Luc, grande comme nature, vaut 75 livres, une pareille figure, faite par un habile homme et bien finie, vaut au moins 300 livres.
On préférait autrefois les enseignes sculptées aux enseignes peintes, parce qu’elles duraient longtemps et qu’elles n’étaient pas sujettes, comme les secondes, à des détériorations résultant des intempéries de l’air et des saisons. On peut dire même que, dans l’origine et jusqu’au milieu du XVᵉ siècle, il n’y avait que des enseignes de pierre sculptées en ronde bosse. La plus ancienne qui s’était conservée, et qui datait probablement de cette époque, était la fameuse Truie qui file, petit bas-relief plaisant et naïf, qui se trouvait au nº 24 du marché aux Poirées, au coin de la rue de la Cossonnerie. On comptait encore plus de cinq à six cents enseignes sculptées, dans Paris, au commencement du siècle; aujourd’hui, le nombre en a beaucoup diminué. La plupart d’entre elles étaient grossièrement travaillées et d’après un mauvais modèle; mais plusieurs pouvaient être considérées comme de bons ouvrages d’art. Ainsi, la Fontaine de Jouvence, rue du Four-Saint-Germain, que nous avons décrite ailleurs (chap. V), était une fort jolie sculpture du XVIᵉ siècle, qui a subi de regrettables mutilations. On citait naguère, avec éloge, parmi ces enseignes sculptées, le bas-relief de la Chaste Suzanne, rue aux Fèves, dans la Cité. «Ce bas-relief, que la perfection de son style, dit E. de La Quérière, avait fait attribuer à Jean Goujon, fut acheté, à un prix très élevé, par un amateur, et aujourd’hui un moulage en plâtre occupe sa place.» Dans la même rue, auprès de la maison où était l’enseigne de la Chaste Suzanne, on voyait un autre bas-relief, en ronde bosse, sculpté dans le mur de façade d’une maison voisine, au-dessus de la porte: c’était l’enseigne de la Gerbe d’Or, ayant de chaque côté une brebis dressée sur ses pattes de derrière, dans un cadre de feuillage; au-dessous de cette sculpture du XVIᵉ siècle, une console en pierre, formant piédestal, était ornée d’une sculpture bizarre: une tête d’homme à moustaches, laquelle se terminait en gaine avec des ornements. Le travail de cette sculpture était commun et grossier. L’enseigne de la Petite Hotte, dans la rue des Prêcheurs, nº 30, offrait un meilleur travail de la même époque: «Dans une niche en pierre, dit E. de La Quérière, on voit une petite hotte, supportée par un cul-de-lampe orné de feuilles d’eau et surmontée d’un dais également sculpté. La hotte est remplie de fruits à pépins et nous paraît avoir servi d’enseigne à un marchand fruitier.» Près de la place Maubert, rue de Bièvre, nº 12, est encore un saint Michel, en pierre, haut de 75 centimètres; c’est une sculpture assez bizarre de la fin du XVᵉ siècle[288]. L’enseigne du Puits d’Amour, que nous avons déjà citée en racontant la vieille légende qui s’y rattache, était certainement bien postérieure à cette légende; elle se trouvait au nº 15 de la grande Truanderie, mais le boulanger, ayant transporté son four à l’angle de la rue de la petite Truanderie, avait fait enlever l’enseigne pour la replacer sur sa nouvelle demeure[289]. Citons encore celle du Cheval blanc, avec la date de 1618, qui était au nº 19 de la rue de l’Arbre-Sec; le Chien rouge, de la rue de la Ferronnerie, sculpture peinte; l’Étoile dans les nuages, au nº 19 de la rue Greneta, enseignes aujourd’hui disparues.
Il reste encore quelques bonnes enseignes en pierre du XVIIᵉ siècle; entre autres, celle des Quatre Vents, rue du Faubourg-Saint-Denis; celle du Cherche-Midi, au nº 19 de la rue qui porte ce nom, en beau style académique de la fin du siècle; celle du Centaure, au coin de la rue Saint-Denis et de la rue des Lombards, grand bas-relief d’exécution magistrale; celle de l’Annonciation, de la rue Saint-Martin,
etc. Voici des enseignes qui paraissent appartenir à la première moitié du XVIIIᵉ siècle: le Gagne-Petit, de la
rue des Moineaux, tout récemment transporté Avenue de l’Opéra; un autre Gagne-Petit, tout à fait différent et fort curieux pour les détails du costume et de l’attirail, rue des Nonnains-d’Yères; la Barbe d’Or, au nº 21 de la rue des Bourdonnais, très élégante sculpture d’ornement; le Petit Maure, au nº 26 de la rue de Seine, médaillon un peu lourd; une Renommée, au nº 31 de la rue de la Ferronnerie, jolie statuette dorée; le Panier fleuri, quai Saint-Michel, sculpture d’artisan; le Chat noir, au nº 32 de la rue Saint-Denis, figurine en haut-relief, reproduite à chacune des encoignures de la maison et peinte en noir (voir figure page 346); enfin, le Repos d’Hercule, sculpture en demi-bosse, qu’on voyait, il y a vingt ans, au nº 100 de la même rue, entre les fenêtres du second étage de la maison. Nous
ne rappellerons pas ici quelques autres enseignes sculptées, d’un assez bon travail, que nous avons déjà décrites ailleurs (notamment chapitre V), mais nous ne devons point oublier un beau mascaron du XVIIIᵉ siècle, représentant une tête de satyre chargée d’un panier de fruits et formant le claveau d’une voussure de porte, à l’angle d’une maison de la rue Montfaucon. Le marchand qui a fait de cette porte architecturale l’entrée de sa boutique, s’est approprié comme enseigne la sculpture décorative, en la baptisant: Au Vieux Satyre. Mentionnons aussi la Flotte d’Angleterre, tableau en relief, représentant trois vaisseaux, assez bien sculptés, au-dessus d’un magasin de quincaillerie déjà établi en 1750 rue de la Barillerie, nº 15, et qui s’est transporté au nº 24 du boulevard de Sébastopol, lors des démolitions effectuées dans la Cité en 1857. Tout près de ce magasin étaient les Forges de Vulcain, dont nous avons déjà parlé et qu’on retrouvera plus loin. Ce n’est pas un bon sculpteur, mais un simple praticien imagier, qui a fait l’enseigne assez connue des Trois Canettes, puisqu’elle a donné son nom à la rue des Canettes: elle représente, au nº 18 de cette rue, trois canettes barbotant dans l’eau, sous les yeux de la mère cane. Cette naïve sculpture, assez gracieuse (voir figure page 214), avait remplacé sans doute au XVIIIᵉ siècle l’enseigne primitive, qui datait du XVᵉ; ce petit bas-relief entouré d’un cartouche rococo, avec une tête de Minerve en pendentif, était peint, comme l’enseigne des Trois Poissons, fort habilement sculptés au milieu des roseaux, dans un médaillon de forme ovale, au nº 14 de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois[290].
On est en droit de supposer que ceux de ces bas-reliefs, de ces médaillons, de ces statues en pierre qui ont survécu jusqu’à nos jours, durent leur conservation au mérite de l’œuvre ou à la singularité de la composition. Mais combien d’autres enseignes, sculptées par des imagiers de médiocre talent, ont été détruites, à la restauration ou à la reconstruction des anciennes maisons, dans les vieilles rues de Paris! Ces imagiers n’étaient pas plus habiles que la plupart des peintres d’enseigne, qui leur succédèrent à partir du XVIᵉ siècle et dont la profession finit par tomber, après le XVIIIᵉ, dans un mépris devenu proverbial. Les peintres qui s’adonnaient à ce genre de travail n’étaient plus guère alors, en effet, que des apprentis, de pauvres élèves d’ateliers, ou des artistes déclassés par la débauche et la misère. La plus cruelle injure qu’on pouvait adresser à un artiste, c’était de l’appeler peintre d’enseigne.
La chanson, la satire, le théâtre ont ridiculisé les peintres d’enseignes, surtout au XVIIIᵉ siècle. Il y en eut un, nommé Jérôme, qui devint, dès 1760, le type de ces peintres de bas étage. Favart, dans l’Écosseuse, parodie de l’Écossaise, de Voltaire, avait fait rire le public de l’Opéra-Comique aux dépens de ce Jérôme. C’est le contrebandier La Rose, qui demande à Marianne quel était son âge quand elle fut séparée de ses parents: Marianne répond qu’elle avait cinq ans, «au départ de son père, et dix à la mort de sa mère.» La Rose s’écrie: «Comme tout ça s’arrange!» Puis, il chante en aparté:
Montrons-lui ce portrait
Que feu Monsieur Jérôme,
Grand peintre en jeux de paume,
Nous fit au cabaret.
Il déploie alors un portrait à la silhouette (dessin fait sur l’ombre du visage, placé de profil); ce qui fait beaucoup rire le gros public[291]. Jérôme, peintre d’enseignes de jeu de paume, fut dès lors le représentant caractéristique de son métier. Charles-Nicolas Cochin, dans une de ses brochures satiriques sur le Salon de 1769, le fit reparaître, avec les qualités de râpeur de tabac et riboteur. Cette spirituelle critique est intitulée: Lettre sur les peintures, gravures et sculptures qui ont été exposées en cette année au Louvre par M. Raphaël, peintre de l’Académie de Saint-Luc, entrepreneur général des enseignes de la ville, faubourgs et banlieue de Paris, à M. Jérosme, son ami, râpeur de tabac et riboteur (Paris, Delalain, 1769, in-8º de 49 pages). Il publia ensuite la Réponse de M. Jérosme, râpeur de tabac et riboteur, à M. Raphaël, etc. (Paris, Joubert, 1769, in-8º de 33 pages). L’Académie de Saint-Luc, que l’Académie royale de peinture poursuivait de ses dédains et de sa jalousie, était ainsi représentée comme la pépinière des peintres d’enseignes. Aucune injure n’était épargnée à ces malheureux peintres, et lorsque le suisse Denker exécuta une suite d’estampes pour le Tableau de Paris, de Sébastien Mercier, il grava un atelier de peintre d’enseigne dans lequel figurent diverses enseignes burlesques avec leur orthographe traditionnelle. J.-B. Pujoulx, qui avait été peintre avant de se faire écrivain d’art et de théâtre, prend vivement la défense des peintres d’enseignes, ce qui fait supposer qu’il avait plus d’un de ces ouvrages sur la conscience: «Si vous conseillez, dit-il, à un peintre qui meurt de faim, de faire quelque tableau de fantaisie, en attendant un amateur qui l’achète, il vous répondra qu’on ne vit pas d’espérance; si vous lui commandez une enseigne, fût-ce une Rose rouge ou un Lion d’Or, il la fera sans difficulté, car il faut vivre, et dans le fond, même en consultant son amour-propre, quel déshonneur y a-t-il de faire une enseigne[292]?»
Nous montrerons bien, dans le chapitre suivant, que les plus grands peintres se sont rendus coupables d’une ou de plusieurs enseignes.
Il est à regretter qu’on n’ait pas recueilli des documents sur les meilleurs peintres d’enseignes, qui ne seraient pas indignes de figurer dans l’histoire de la peinture, non seulement à cause de leur talent, si dévoyé qu’il fût, mais en raison de leur originalité. Un de ces artistes, nommé Davignon, mourut, en 1842, des suites d’un accident qui devait être assez fréquent dans les travaux des peintres d’enseignes. Nous lisons dans le Bulletin de l’Alliance des arts[293]: «Le peintre en lettres Davignon, qui s’était fait une réputation par son talent, son insouciance et sa prodigalité tout artistique, est mort à l’Hôtel-Dieu. Depuis deux jours Davignon travaillait à l’enseigne d’un marchand de vin, place du Châtelet; le troisième jour, au matin, l’artiste ayant fait, à ce qu’il paraît, des libations plus abondantes que de coutume, monta à l’échelle, mais arrivé à la hauteur du premier étage la tête lui tourna, il perdit l’équilibre et tomba sur le pavé! Relevé à l’instant même, tous les secours lui furent prodigués; puis, sur sa demande, on le transporta à l’Hôtel-Dieu, où, après plusieurs jours de souffrance, il expira. Davignon était un autre Lantara; il travaillait pour boire, il buvait pour travailler, et il s’est tué à la porte d’un marchand de vin.»
Les peintres en lettres étaient aussi peintres d’enseignes et surtout peintres des tableaux de foire, qui sont de véritables enseignes, faisant ainsi concurrence à certains saltimbanques qui se chargent d’exécuter eux-mêmes les étonnantes et mirobolantes bagatelles de la porte, qu’ils exposent devant la baraque de leur théâtre en plein vent. «O matrones de Rubens! s’écrie Jean de Paris, un de nos plus brillants feuilletonistes; ô soldats gigantesques! Crocodiles épouvantables! femmes à barbe, qui montrez avec tant de grâce votre jambe dodue! vous faites mon bonheur. Cependant vous m’intéressez moins que ceux qui ont peinturluré vos épaules puissantes, vos râteliers redoutables et vos charmes rebondis. Les signatures les plus fréquentes au bas de ces compositions criardes sont celles d’Auclair, dont l’atelier est situé sur la montagne Sainte-Geneviève; de Cocural, qui opère sur les hauteurs de Belleville; d’Abel Trinocq, et de Desmaret, qui de sa fenêtre voit les Buttes-Chaumont.» Nous sommes surpris de ne pas retrouver parmi les noms de ces maîtres de l’enseigne peinte celui de David, qu’on ne confondra pas avec le grand peintre Jacques-Louis David, mais qui cependant, à un degré très inférieur sans doute, avait acquis une espèce de célébrité par ses ouvrages de peinture, destinés exclusivement à l’exposition permanente du Salon de la rue.
Combien de peintres habiles, sinon éminents, qui s’étaient distingués dans deux ou trois expositions de peinture, sont tombés par degrés dans la triste catégorie des peintres d’enseignes! Il faut se rappeler un temps peu éloigné, où les peintres, ne pouvant pas vendre leurs tableaux, mouraient de faim. C’est dans ce temps-là qu’un artiste, qui n’était pas sans mérite, avait fait un tableau à la fois comique et navrant, tableau qui représentait sans doute son propre intérieur peint d’après nature, et qui n’était pas destiné à devenir l’enseigne d’un éditeur d’estampes de la rue Saint-Jacques, avec cette légende douloureuse: Au Peintre dans son ménage.
Ne pourrait-on pas dire que le Français, né malin, comme dit Boileau, dans l’Art poétique, naquit aussi peintre d’enseignes? Voici ce qu’on écrivait de Gallipoli, en juin 1854, au Morning Chronicle, journal anglais de Londres: «Un marchand au détail, qui était venu s’établir ici, a fait une grande fortune qu’il doit au talent artistique d’un capitaine d’état-major français. Il avait besoin d’une enseigne: le capitaine auquel il s’adressa lui peignit un zouave et un highlander, tous deux en grand uniforme, se donnant la main et trinquant cordialement. Ce tableau, quoique fait à la hâte et négligé dans plusieurs détails, a eu le succès le plus complet dans les deux armées, et y a fait plus de sensation que tous les chefs-d’œuvre du Louvre ou de la Galerie nationale. Des pachas turcs, des officiers anglais, des négociants arméniens, ont offert de l’acheter à un prix très élevé, mais le marchand a obstinément refusé de le vendre, et il a déclaré qu’il l’emporterait partout avec lui, comme un trophée et l’origine de sa fortune.» Ainsi le dernier épisode de la guerre de Crimée aura été le triomphe de l’enseigne d’un marchand de vin et liqueurs!
XXIX
MUSÉE DES ENSEIGNES
IL y a longtemps qu’un autre a dit avant moi: «S’il était possible de réunir les plus belles enseignes qui ont été peintes par de grands maîtres et de bons artistes, pour les marchands de Paris, on aurait une des collections de peinture les plus intéressantes et les plus curieuses: ce qu’on appelle le Salon de la rue deviendrait alors le Musée des Enseignes.» C’est un coin de ce musée que nous allons décrire par ordre chronologique, sans avoir sous les yeux, malheureusement, tous les originaux qui sont aujourd’hui égarés, ou perdus, ou détruits.
Jean Lepautre (né à Paris en 1617 et mort en 1682), qui fut dessinateur et graveur plutôt que peintre, avait peint l’enseigne d’un armurier ou d’un fourbisseur, lequel demeurait sur le pont au Change. Cette enseigne, A la Valeur, représentait un combat à l’arme blanche très mouvementé et très finement dessiné. Ce joli tableau fut acheté par un riche financier. Nous n’en possédons plus que la gravure. Jean Lepautre avait gravé aussi son adresse, qui pouvait
bien être l’enseigne de sa boutique ou de son atelier. Les graveurs marchands d’estampes avaient tous des enseignes peintes. Nous en avons vu une, très curieuse en ce genre, chez notre vieil ami Paul Lacroix: elle représente un portrait d’homme, sans doute celui de l’artiste, attaché aux quatre coins sur un carton, comme pour servir de modèle à la gravure; d’un côté, un médaillon de Louis XV jeune; de l’autre, plumes, crayons et tous les attributs du graveur, avec une inscription à moitié oblitérée, sur laquelle on ne peut lire que les mots: MARCHAND D’ESTAMPLES (sic).
La superbe enseigne due au talent de Ant. Watteau et faite pour Gersaint, son ami, a figuré longtemps à l’entrée de la boutique de ce marchand de tableaux et d’objets d’art, sur le pont de Notre-Dame. Par la suite, elle fut achetée par M. de Julienne, qui lui donna une place honorable dans sa galerie, après l’avoir fait réparer, et qui la fit plus tard graver par P. Adeline. On a cru longtemps que cette charmante peinture, qui représentait l’intérieur de la boutique de Gersaint, toute garnie de tableaux et remplie d’amateurs des deux sexes, regardant et achetant des objets d’art, était absolument perdue, mais elle n’était qu’égarée. M. Edmond de Goncourt découvrit qu’une partie de la toile qui composait ce grand tableau, haut de cinq pieds sur neuf, avait passé dans le cabinet d’un abbé Guillaume, à la mort duquel ce fragment de l’original avait été acquis par la Prusse, en 1769. «J’écrivais alors en Allemagne, dit M. Edmond de Goncourt[294], et j’apprenais que ce morceau de l’enseigne n’était pas perdu, mais qu’il avait été complété par l’achat du second fragment, fait je ne sais à quelle époque et dans quelle vente; en sorte que l’enseigne, tout entière, mais encadrée dans deux cadres, est aujourd’hui dans le vieux palais de Berlin (chambre d’Élisabeth, chambre rouge).» Voilà une enseigne qui a eu des aventures, avant de se compléter et de trouver un asile définitif dans un musée impérial! On suppose que le second fragment, séparé du premier pendant un siècle et demi, s’était retrouvé par hasard dans l’atelier d’un peintre, nommé Auguste, élève d’Ingres, et premier prix de Rome, lequel mourut à Paris vers 1848. M. Edmond de Goncourt avait vu ce fragment d’enseigne chez le baron de Schwiter, mais, selon lui, c’était «une peinture bien grosse et ne donnant aucune idée d’un travail où Watteau avait mis sa dernière fièvre».
Gersaint ne s’était pas contenté d’une enseigne peinte par Watteau; il avait fait, en outre, dessiner son adresse par Boucher, et cette adresse, dont il n’existe qu’une seule épreuve à la Bibliothèque nationale, aurait été gravée par le comte de Caylus, en 1740. Elle représente un Chinois ou un Japonais, la tête et les épaules couvertes d’une épaisse fourrure, tenant une pagode à la main, assis sur un cabinet de vernis de la Chine, et qui semble contempler, au-dessous de lui, tous les objets qu’un marchand de curiosités entassait alors dans son magasin. Il serait très possible que le dessin de Boucher eût fourni le modèle d’une enseigne peinte, que Gersaint avait fait exécuter, après avoir cédé sa première enseigne à M. de Julienne. Les amateurs ne dédaignaient pas, comme on le voit, de chercher, parmi les enseignes, quelques bons tableaux pour leur galerie. L’enseigne du Petit Dunkerque, à la descente du Pont-Neuf, entre la rue de Nevers et la rue Dauphine, qui datait de 1767, représentait le port de Dunkerque avec l’arrivage des vaisseaux, qui apportaient de l’Inde et de la Chine la plupart des curiosités qu’on recherchait avec passion pour l’ornement des appartements et que vendait là Granchez, l’heureux propriétaire du célèbre magasin[295]. Cette enseigne, longtemps admirée, était de Joseph Vernet, selon les uns; de La Croix, de Marseille, selon les autres: elle fut acquise enfin, aux approches de la Révolution, et remplacée par un simple vaisseau en fer assez finement forgé, qui sert aujourd’hui d’enseigne à un marchand de vin, mais qui rappelle au moins l’ancienne marine qui l’avait précédé.
Une bonne peinture d’enseigne avait été souvent le coup d’essai d’un jeune peintre. Siméon Chardin, élève de Coypel, dut à une enseigne son premier succès. Cette ovation de l’enseigne est ainsi racontée par Haillet de Courenne dans son Éloge de Chardin[296]: «Un chirurgien, ami de son père, demanda au jeune homme de lui faire un plafond ou enseigne pour mettre au-dessus de sa boutique; il y voulait des instruments de son art: bistouris, trépans et autres. Ce n’était pas ce que Chardin se proposait: il peignit une nombreuse composition de figures. Le sujet était un homme, blessé d’un coup d’épée, qu’on avait apporté dans la boutique d’un chirurgien qui visitait sa plaie pour le panser. Le commissaire, le guet, des femmes et autres figures remplissaient la scène: tout y était plein de feu, de remuement et d’intérêt. Le tableau n’était que heurté, mais traité avec goût. L’effet en était singulièrement piquant. Un jour, bien avant que personne fût levé dans la maison du chirurgien, il le fait poser en place. Le chirurgien voit de sa fenêtre la foule des passants qui s’arrêtaient devant sa porte, ce qui l’excite à demander de quoi il est question. Il voit ce plafond. Il fut tenté de se fâcher, n’y retrouvant plus rien des idées qu’il se souvenait d’avoir confiées à son peintre, mais les éloges du public pacifièrent un peu son humeur: il ne se plaignit que très modérément. On juge bien que le tableau fit du bruit; on s’empressa d’aller en juger. Toute l’Académie connut les talents du jeune Chardin.» Ce tableau, de neuf ou dix pieds de long, passa de la boutique du chirurgien dans la collection du graveur Lebas, mais on ne sait pas ce qu’il est devenu depuis.
Si Chardin débuta par une enseigne, Greuze en fit une lorsqu’il était déjà en possession de toute sa renommée. Ce fut après la brillante réussite de l’opéra-comique du Huron, composé par Marmontel et mis en musique par Grétry. La représentation de cette pièce en deux actes, qui eut lieu à la Comédie italienne le 20 août 1769, fut un véritable triomphe pour le musicien et le point de départ de sa réputation musicale. Peu de jours après, Greuze, qui s’était pris d’amitié pour Grétry, alla le trouver et lui dit: «Viens avec moi; je veux te faire voir une peinture qui te fera grand plaisir.» Il le conduisit près de la Comédie italienne et lui indiqua du doigt une enseigne fraîchement peinte: Au Huron, Nicolle, marchand de tabac. Grétry entra tout ému dans la boutique et acheta une livre de tabac. «Quel bon tabac!» disait-il plus tard[297]. On ne sait ce qu’est devenue l’enseigne du Huron.
Nous serions en peine de dire à quelle époque l’hôtel de Villette, quai Voltaire, au coin de la rue de Beaune, fut décoré d’une enseigne en l’honneur de Voltaire, mort, le 30 mai 1778, au premier étage de cet hôtel, où il avait pris domicile lors de son arrivée de Ferney, trois mois auparavant. Il est probable que cette enseigne commémorative ne put être placée sur la maison mortuaire qu’à la suite de la révolution de 1789, car, antérieurement, le nom de Voltaire était à l’index, et ce n’est qu’en 1792 qu’on donna ce nom au quai des Théatins, sur lequel se trouvait l’hôtel du marquis de Villette. L’enseigne A Voltaire, la seule que le propriétaire de l’hôtel ait tolérée sur son immeuble, peut dater de la même époque. Mais elle a été remplacée, de nos jours, par une véritable peinture d’enseigne, un portrait forain plus prétentieux que réussi.
Une autre enseigne, un peu moins ancienne, contemporaine de la fabrication du similor, qui prêta un brillant trompe-l’œil aux faux bijoux du Directoire, portait ce titre: A l’Impossible, et représentait un Merveilleux s’élançant dans les airs pour prendre la lune. C’était un très joli tableau, très bien exécuté, dans le genre de Boilly: le similor lui a survécu, et le tableau méritait de survivre au similor. On le retrouverait peut-être dans l’œuvre de Boilly.
L’Incroyable figure encore sur une enseigne de Gautier, chemisier, rue de Rivoli, vis-à-vis de la place Lobau; ce tableau, assez bien peint, a précédé les incroyables si populaires de la Fille de Madame Angot.
Carle Vernet, qui excellait dans la caricature, peignit plusieurs enseignes; on en a gravé une, dans le Musée des Familles, en 1866. Une enseigne peinte par un bon peintre ne reste pas longtemps l’ornement de la rue et va tôt ou tard figurer dans le cabinet d’un amateur. Cependant, nous avons vu celle du Bœuf à la Mode, qui date du Directoire, garder sa place jusqu’à présent, à l’entrée d’un restaurant fameux de la rue de Valois; elle n’a rien d’agréable, il est vrai, pour faire un tableau de cabinet, quoiqu’elle soit très bien peinte par Swagers. Il en existe d’ailleurs une bonne gravure par S.-C. Ruotte.
Le premier tableau de Prudhon avait été une enseigne, celle d’un chapelier, «ornée d’un bonhomme prodigieux», disait un journaliste, le 20 janvier 1874, en annonçant l’ouverture de l’exposition de toutes les œuvres de Prudhon, à l’École des beaux-arts.
De Géricault il y eut aussi une enseigne, qui annonçait encore, en 1841, la forge d’un maréchal ferrant, non pas à Paris, mais sur la route de Saint-Germain en Laye, au coin de la grande rue du village de Roquencourt. Plusieurs autres enseignes, représentant un cheval ou plusieurs chevaux, furent attribuées aussi, avec plus ou moins de probabilité, à Géricault, comme le célèbre Cheval blanc de l’auberge de Montmorency.
On attribuait également à Horace Vernet l’Hirondelle, assez bien peinte, qu’on voyait représentée volant à tire-d’aile sur le plafond du café de Foy, au Palais-Royal. On racontait qu’un ouvrier maladroit, chargé de repeindre ce plafond, y avait fait une tache qu’il essayait vainement de faire disparaître. Horace Vernet, âgé de vingt ans, aurait alors pris des mains de l’ouvrier le pinceau et la palette et, grimpant à l’échelle, se serait amusé à transformer la tache qui déshonorait le plafond en un charmant oiseau que le café de Foy a conservé jusqu’à la fin de son règne. Cette hirondelle n’était pas indigne du talent preste et vif d’Horace Vernet, mais ce grand artiste, qui ne rougissait pas d’avoir fait des caricatures plaisantes et satiriques, se montrait blessé de ce qu’on lui attribuât cette peinture anonyme.
Au contraire, Abel de Pujol ne désavouait pas le moins du monde les enseignes qu’il avait faites, et il en gardait soigneusement les croquis dans ses cartons, lors même qu’il fut membre de l’Académie des beaux-arts. Ces croquis spirituels, on les vit parmi ses compositions, à la vente de ses dessins, en décembre 1861, et ils ne manquèrent pas d’amateurs. La Chronique des Arts, du 15 décembre, enregistrait le fait: «Les projets, les croquis se sont pieusement distribués entre quelques amis du mort. Nous citerons, comme curiosité, huit compositions d’enseignes, et particulièrement celle de Monsieur et Madame Denis s’offrant cette prise de tabac qui fit tant rire nos pères et tant rougir nos mères, et celle de la Fille mal gardée, magasin situé jadis dans la rue de la Monnaie. N’est-ce pas une note curieuse dans l’histoire d’un académicien?» Où sont-elles à présent, ces enseignes qui étaient de vrais tableaux décoratifs?
Il ne faut pas oublier un très bon tableau d’enseigne qui date du Directoire, ou plutôt du Consulat; le nom de l’artiste, qui peignait ce tableau vers 1801, n’est pas connu, mais la maison Corcellet, qui rivalise avec la maison Chevet, depuis près d’un siècle, pour la vente des comestibles, a toujours conservé son enseigne: Au Gourmand[298]. «Un bon gros vivant, costumé comme on l’était encore sous la Restauration: ailes de pigeon, queue de rat, culotte courte, bas chinés, souliers à boucles, est assis devant une table et travaille à faire envie à Gargantua. Il y a beaucoup d’esprit et une grande justesse de mouvement dans cette figure.» M. Poignant[299], à qui nous empruntons la description et l’éloge de cette plaisante enseigne, ne paraît pas avoir soupçonné que ce gourmand n’était autre que Grimod de la Reynière, peint d’après nature, à l’époque du Consulat, lorsqu’il allait publier son fameux Almanach des Gourmands, en tête duquel il est représenté tel qu’il l’était sur l’enseigne de Corcellet.
C’est M. Poignant qui nous fournit encore la description d’une autre enseigne gastronomique, dont l’auteur était aussi un assez bon peintre qui n’a pas signé son œuvre et ne s’est pas fait connaître: «Un autre tableau, également bien exécuté et reproduisant le même sujet: Au Gourmet, sert d’enseigne à un charcutier, place de l’Ecole. Celui-ci a joui un instant d’une notoriété publique, quand il fut mis en place, vers 1820. On voulut voir, dans ce personnage attablé, une ressemblance avec le roi Louis XVIII. Les passions politiques s’en mêlèrent. Les partis opposés se donnaient rendez-vous sur la petite place de l’Ecole; des rassemblements se formaient, des horions pleuvaient. Si l’on avait su quel était le peintre de l’enseigne, on lui aurait fait un mauvais parti.» C’était un fâcheux renom, pour un peintre d’histoire, que d’être cité comme peintre d’enseigne! Il y en eut plus d’un, cependant, qui fut peintre d’enseigne malgré lui. Un peintre, nommé Marcel, qui n’était pas sans talent, eut un grand tableau deux fois refusé au Salon, la première fois sous le titre de Passage de la Bérésina, et la seconde fois sous celui de Passage de la mer Rouge. Cette toile finit par être vendue comme enseigne à un marchand qui l’intitula: Au port de Marseille.
Gavarni, dont le coquet et gracieux talent s’essaya d’abord à dessiner des modes, n’était pas peintre, mais il était excellent dessinateur. Après avoir dessiné des cartes d’adresse de marchands, entre autres celles de Mesler, graveur sur métaux, il consentit, vers 1836, à peindre une enseigne: Aux deux Pierrots, au bas de la rue Saint-Jacques, et le succès de cette enseigne faillit le décider à faire de la peinture. «Combien d’enseignes valent mieux que des tableaux!» L’enseigne des Deux Pierrots avait été criblée de balles pendant l’insurrection de juin 1848; elle fut depuis restaurée, mais en même temps défigurée, puisqu’elle ne donne plus qu’une idée très imparfaite de ce qu’était l’œuvre primitive; au reste, Gavarni avait pris soin de la reproduire lui-même en lithographie[300].
Champmartin, dont les tableaux d’histoire et surtout les portraits avaient été fort remarqués aux Salons antérieurs à la révolution de Juillet, voulut prouver qu’il n’était pas un peintre incorrigiblement royaliste; il peignit, pour un magasin de la rue Saint-Nicaise, au coin de la rue de Rivoli, une enseigne qu’il aurait pu signer: Au Tambour de Juillet. Cette enseigne représentait un ouvrier en costume de travail, les bras nus, battant la charge sur une barricade, au milieu de la fumée des fusillades. Quelquefois un peintre en vogue ne dédaignait pas de vendre la copie d’un de ses tableaux pour en faire une enseigne, et cette copie était peinte dans son atelier par un de ses élèves. Telle était l’enseigne d’un cordonnier de la rue du Bac: A la Grâce de Dieu! Cette enseigne n’était autre qu’une copie fidèle d’un tableau que Steuben avait exposé en 1827: Pierre Iᵉʳ enfant, poursuivi par les Strélitz jusqu’aux pieds de la statue de la Vierge. «Le tableau n’était pas bien bon, dit M. Poignant; l’enseigne ressemble au tableau[301].»
Nous avons entendu dire que plus d’un peintre de l’école romantique s’était donné le plaisir de faire une enseigne et de chercher un succès populaire en dehors des concours et des académies. On nommait, parmi ces essayeurs du Salon de la rue, Eugène Delacroix, Poterlet, Jeanron et d’autres. Il faut se rappeler que les tableaux d’Eugène Delacroix, envoyés à l’Exposition de peinture, étaient alors refusés par le jury académique[302]. Quoi qu’il en soit, on pourrait citer quelques enseignes peintes par des jeunes gens qui, comme Nanteuil et Baron, suivaient avec passion les
errements de l’école romantique. Il en est une surtout, A Maître Albert, au nº 56 du boulevard Saint-Germain, près de la rue de Bièvre, qu’on attribuait à Delacroix, et qui offre, en effet, des analogies avec la composition, le style et la couleur des ouvrages de ce grand peintre.
Cette belle enseigne représente le célèbre philosophe Albert le Grand expliquant les livres d’Aristote aux écoliers de l’Université de Paris, en 1215. Une pareille enseigne est bien là à sa place, à deux pas de la vieille rue du Feurre ou du Fouarre, où se tenaient les écoles au moyen âge[303].
On admirait beaucoup, à l’angle de la rue de la Barillerie et du quai aux Fleurs, l’enseigne des Forges de Vulcain. Cette peinture, très éclatante en couleur, n’était pas sans mérite, comme le déclarait Eugène Delacroix, qui s’arrêtait toujours pour la regarder. On y voyait Vénus, entièrement nue, s’appuyant sur l’épaule de Vulcain.
En 1860, tout ce côté de la rue de la Barillerie disparut pour faire place au tribunal de commerce. Le magasin de quincaillerie, exproprié, transporta son matériel et son enseigne place du Châtelet, à l’entrée de la rue Saint-Denis, nº 3. Mais la vieille peinture ne parut plus digne des splendeurs du nouveau quartier, le propriétaire la fit reproduire, en faïence émaillée, par l’un de nos plus illustres peintres céramistes modernes, M. A. Jean. C’est une œuvre vraiment remarquable, la plus grande composition de ce genre qui existe à Paris. La reproduction du nu, d’une teinte uniforme, dans ces proportions qui exigent un grand nombre de carreaux de rapport, offrait une difficulté dont l’artiste n’a pu triompher qu’en donnant aux chairs un ton sensiblement jaune, qui traduit mal l’éclat de la blonde Vénus.
XXX
ORTHOGRAPHE DES ENSEIGNES
DEPUIS l’origine des enseignes de Paris, il est permis d’affirmer, même en l’absence de toute espèce de preuve, que leurs inscriptions laissaient beaucoup à désirer sous le rapport de la langue et de l’orthographe, d’autant plus que la langue était à peine formée au XVᵉ siècle et que l’orthographe ne fut pas établie avant la fin du siècle suivant. Il n’y avait, à cette époque, que bien peu d’écrivains, poètes ou prosateurs, qui sussent écrire grammaticalement, et si l’orthographe était déjà perfectionnée dans les bonnes éditions de Henri Estienne et de Michel Vascosan, elle pouvait passer pour inconnue dans l’usage de la vie ordinaire. Il est donc aisé d’imaginer quelle était alors la barbarie des légendes de la plupart des enseignes, dans un temps où la grande majorité des Français ne savait ni lire ni écrire; quant à leur orthographe, elle devait être des plus fantaisistes, puisque les personnes même de la cour, les plus distinguées par la culture de leur esprit, ne rougissaient pas d’accuser à cet égard une ignorance complète dans leurs lettres particulières. On n’avait généralement aucune idée de la bonne orthographe, et la plupart des femmes de la haute société, par exemple, n’étant point là-dessus plus instruites que les femmes et les filles des marchands, il n’y avait pas lieu d’exiger des peintres d’enseignes qu’ils respectassent davantage les lois de la grammaire et de l’orthographe.
Ce fut sans doute, de la part de Molière, une grande audace que d’oser faire paraître, dans sa comédie des Fâcheux, et cela en présence de la cour de Louis XIV, le personnage de Caritidès, qui avait l’impertinence de vouloir présenter un placet au roi pour la réforme de l’orthographe des enseignes. Voici quel était le commencement de ce placet, qui s’attaquait indirectement à la plupart des nobles spectateurs, assistant alors (1661) à la première représentation de cette comédie, au château de Vaux, chez le surintendant Fouquet:
«Sire,
«Votre très humble, très obéissant, très fidèle et très savant sujet et serviteur, Caritidès, Français de nation, Grec de profession, ayant considéré les grands et notables abus qui se commettent aux inscriptions des enseignes des maisons, des boutiques, cabarets, jeux de boule et autres lieux de votre bonne ville de Paris, en ce que certains ignorants, compositeurs desdites inscriptions, renversent, par une barbare, pernicieuse et détestable orthographe, toute sorte de sens et de raison, sans aucun égard d’étymologie, analogie, énergie ni allégorie quelconque, au grand scandale de la république des lettres et de la nation française, qui se décrie et se déshonore par lesdits abus et fautes grossières envers les étrangers, et notamment envers les Allemands, curieux lecteurs et spectateurs desdites inscriptions:
»Supplie humblement Votre Majesté de créer, pour le bien de son État et la gloire de son empire, une charge de contrôleur, intendant, correcteur, reviseur et restaurateur général desdites inscriptions.»
Les éclats de rire qui accueillirent cet étrange placet cachaient peut-être un certain embarras de la part des grands seigneurs, qui auraient été fort en peine de signaler les abus d’orthographe qu’il fallait corriger sur les enseignes. On pourrait supposer aussi que le placet du sieur Caritidès existait réellement, et avait été fourni à Molière par le jeune roi, pour faire honte à ses courtisans de leur mauvaise orthographe. Ce Caritidès pourrait bien être le type de Jean de Soudier, sieur de Richesource, qui tenait chez lui une école de philosophes orateurs et qui prétendait prouver que tous les écrivains, même les plus célèbres, outrageaient, dans leurs écrits, les principes de la langue française[304]. Il est très probable que quelque intraitable puriste avait adressé au lieutenant de police, sinon au roi, une supplique pour la réformation de l’orthographe des enseignes.
«Les enseignes n’ont jamais brillé par l’orthographe,» dit M. Firmin Maillard dans son étude sur les enseignes[305]. Il est donc avéré que le projet du sieur Caritidès a été bien des fois renouvelé, sans plus de succès; car nous rencontrons jusqu’à nos jours les mêmes protestations contre l’orthographe des enseignes, sans que jamais l’édilité parisienne se soit décidée, avant l’époque du Directoire, à contrarier la liberté individuelle à propos d’orthographe, d’autant plus que ces protestations indignées ne venaient pas en ligne directe de l’Académie française. Nous avons rappelé plus haut (page 367) l’ordonnance du Bureau central du Canton de Paris, en date du 1ᵉʳ frimaire an VIII (novembre 1799), obligeant les boutiquiers à diverses modifications dans le mode d’application de leurs enseignes, et à y corriger «tout ce qui pouvait s’y rencontrer de contraire aux lois, aux mœurs et à la langue française.» Nous rencontrons une phrase à ce sujet dans l’ouvrage d’Henrion, intitulé: Encore un Tableau de Paris (Paris, Favre, an VIII, in-12): «Le Département a sagement proscrit les enseignes grotesques et leur orthographe vicieuse.» Il paraîtrait que la Révolution du 18 Brumaire, en créant le Consulat, accorda une sorte de répit aux enseignes condamnées; huit ou neuf ans plus tard, elles n’avaient pas encore été corrigées administrativement, selon le bon plaisir des Caritidès du Directoire, car l’auteur-éditeur du Cicérone parisien, le libraire A.-G. Debray, fulminait ainsi contre ces enseignes déshonorantes, dans son Indicateur, imprimé en 1808: «Rien de plus grotesque que le style et l’orthographe de la plupart des écriteaux et des enseignes de Paris; on peut dire que, sous ce rapport, la langue n’est nullement ailleurs aussi grièvement insultée que dans la capitale, et cela est véritablement honteux. Mais combien ces fautes grossières contre la langue ne sont-elles pas plus ridicules encore lorsqu’elles se rencontrent dans des inscriptions faites par ordre de l’autorité! On vient de terminer un nouveau numérotage des rues, et je vis dernièrement écrit en beaux caractères, à trois endroits différents: Carfour de l’Odéon. Cela fait vraiment pitié. Quand donc nommera-t-on un censeur des écriteaux? Et quelle opinion veut-on que l’étranger prenne des habitants de la grande ville, lorsqu’il voit partout l’ignorance et la sottise étalées sur les murs?» Le censeur des écriteaux n’avait pas été nommé, et les enseignes sans orthographe continuaient à blesser les yeux des bons Français, amis de la grammaire.
Les libraires semblaient s’être entendus pour faire une levée de boucliers contre les enseignes saugrenues et mal orthographiées. Ce n’était pas l’honnête Debray qui avait commencé l’attaque, c’était le fameux éditeur des Révolutions de Paris, le révolutionnaire Louis Prudhomme, qui, après avoir publié les Crimes des Reines de France et les Crimes de Marie-Antoinette, dénonça les crimes anti-orthographiques des enseignes, dans son Miroir de l’ancien et du nouveau Paris (1805, 2 vol. in-18, t. II, p. 208-10). J.-B. Salgues, qui n’était pas libraire, mais qui travaillait sans cesse pour les libraires, traita aussi ex professo la question de l’orthographe des enseignes dans un recueil intitulé: De Paris, des mœurs, de la littérature et de la philosophie (Paris, J.-G. Dentu, 1813, in-8º). Salgues, pour mieux dire leur fait aux barbouilleurs d’enseignes fautives et condamnables, a écrit la lettre d’un peintre d’enseigne à un commissaire de police. «J’avais cru, dit-il dans cette lettre, qui ressemble à une pétition pour obtenir la place à créer d’inspecteur et censeur des enseignes de Paris, j’avais cru que ma science me ferait remarquer; que, loin d’être confondu avec ces barbouilleurs de carrefours qui insultent Vaugelas et outragent Ronsard, on citerait mes ouvrages et mon nom avec estime et reconnaissance; que la renommée publierait mes chefs-d’œuvre et m’inscrirait avantageusement parmi les hommes qui s’élèvent au-dessus du commun de leurs confrères et honorent leur profession; mais, monsieur, rien de tout cela n’est arrivé, et quoique j’aie peint plusieurs fois la Renommée, pour annoncer la bière au pot et le riz au lait, l’ingrate m’a laissé dans l’oubli. Je vois chaque jour l’ignorance de mes confrères triompher, et les règles de l’orthographe indignement profanées par des mains barbares et sacrilèges. Comment, monsieur, dans une ville telle que Paris, au milieu d’une foule d’Académies, de Lycées et d’Athénées, ne s’élève-t-il pas un homme courageux qui dénonce tant de scandales?»
L’homme courageux, c’était lui, c’était J.-B. Salgues, qui aspirait à être désigné comme inspecteur et correcteur des enseignes de Paris, car la création de cette place était à l’ordre du jour. Il donna ensuite, à l’appui de ses justes critiques, l’indication de quelques enseignes monstrueuses qu’il avait relevées dans Paris et contre lesquelles les grammairiens criaient vengeance. «Croiriez-vous, monsieur, que, sur la porte d’un savant instituteur, je lus, en grosses lettres: COURS D’ARITEMÉTIQUE ET DE GÉOMETERIE? Plus loin, une marchande de modes annonçait qu’elle vendait de bonnes piques; c’étaient des bonnets piqués qu’elle voulait dire. J’ai remarqué, au-dessus d’une porte d’auberge, qu’on y donnait à mangé à l’Ange gardien. Et, pour peindre d’un seul trait tous les désordres de ce genre, j’ai vu, il y a quelques années, dans un chef-lieu de canton, ces mots écrits sur le cabinet d’un fonctionnaire public: BURO DU JUGE DE PET.» Le peintre d’enseigne dans la peau duquel s’était mis le bonhomme Salgues finissait par déclarer que «toutes les inscriptions devaient être revues par un écrivain-juré.» Malgré ses offres de service, Salgues ne fut pas choisi pour remplir la place à laquelle il aspirait. On institua un inspecteur vérificateur des épitaphes dans les cimetières de Paris, mais on ne créa pas cette place de censeur des enseignes, qui avait donné l’éveil à de modestes ambitions.
Il eût fallu alors un volume entier pour recueillir les inscriptions d’enseignes qui auraient offert matière à la censure des descendants du sieur Caritidès. L’opinion publique, on doit le reconnaître, a eu plus d’autorité que ne pouvait en avoir un agent officiel de la police pour mettre à l’index et faire disparaître, en fort peu de temps, ces incongruités orthographiques. A mesure que se répandirent la connaissance et la pratique de l’orthographe, les inscriptions qui prêtaient à la critique ne tardèrent pas à être corrigées ou effacées. Cependant Dufey de l’Yonne, constatait, en 1820[306], qu’un peintre d’enseigne, chargé de restaurer, rue du Faubourg-Saint-Antoine, une ancienne inscription, y avait ajouté, de son chef, une magnifique faute d’orthographe, en écrivant: Boulangerie générale des Marchées. «C’est sur le dernier mot, dit Dufey, de l’Yonne, que se trouve la correction, encore toute fraîche.» Il signalait aussi, dans la même rue, cette inscription, qui datait de plus de cent ans, et qu’on avait laissée intacte au-dessus d’un hôtel garni qui portait le nº 58: Hotelle du Bel Air. Beaucoup d’enseignes de la même époque s’étaient conservées jusqu’à nos jours avec l’ancienne orthographe traditionnelle, à la porte des cabarets et des marchands de vin: Un tel, fait nopces et festins.
Quand le Pont-Neuf était d’un bout à l’autre le rendez-vous des décrotteurs et des tondeurs de chiens, chacun de ces industriels se constituait un écriteau plus ou moins naïf et bizarre, dont il était l’inventeur; ces inscriptions étaient émaillées des fautes d’orthographe les plus originales. Balzac a pourtant passé sous silence ces chefs-d’œuvre de l’enseigne en plein vent. Il ne cite, dans son Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris, qu’une seule inscription de cette catégorie: «Au Chien fidèle, Beilliard, marchand de chiens, boulevard des Italiens, au coin de la rue de Grammont. Tond chiens et chats, châtre les uns, coupe les autres. Vat en ville, et sa femme aussi, et prend des pensionnaires.» Toutes les enseignes de tondeurs de chiens portaient alors cette expression sacramentelle et encourageante: Vat en ville. On voyait, en ce temps-là, rue de l’Hôpital-Saint-Louis, cette belle et engageante inscription: N..., jardinier, terassier, entrepran jardint, terrases, et se charge aussi de les rambleyères. Enfin, le chef-d’œuvre de l’orthographe d’enseigne se trouvait, sur la route d’Ivry, à cent pas de la barrière d’Italie: A la bote d’hoillegnons.
Au XVIIIᵉ siècle, l’orthographe fantastique et phénoménale affligeait tellement la vue des passants, qu’un digne prêtre, nommé Teisserenc, bachelier et théologien, imagina de rendre les enseignes utiles et intéressantes, au moyen d’un nouveau système d’inscriptions, lequel serait appliqué sous la direction de l’autorité; il voulait d’abord «fixer, à chaque espèce d’écriteau et d’enseigne qui regarderait le même métier et la même matière, une forme et une couleur particulière, pour les distinguer des autres: ce qui formerait une variété la plus agréable et la plus utile.» On voit que le style du réformateur des enseignes aurait eu besoin de subir une réforme académique pour être intelligible et grammatical.
Puis, «comme la première utilité qu’on doit tirer des enseignes, c’est celle du maître de l’enseigne et de sa profession», il faudrait, dit-il, «faire un nombre d’écriteaux suffisants qui portassent les principaux outils, ouvrages, ou marchandises de la même profession, etc., et le nombre fixé pour chaque profession.
»Dans les écriteaux qui marqueraient un fait historique, ajouter l’année en laquelle ce fait est arrivé, comme: A la Bataille de Fontenoy, 1745, chez un tel, marchand.» L’inscription serait nécessairement correcte sous la surveillance de l’autorité. Cet écriteau n’empêcherait pas le marchand d’y ajouter la peinture qu’il voudrait et l’explication détaillée du fait lui-même.
Enfin, outre les écriteaux explicatifs, les enseignes pourraient offrir le portrait et les noms du roi, des princes et des autres seigneurs, les portraits des grands hommes, tous les ordres de chevalerie et toutes les espèces de monnaies françaises et étrangères. Ce système ingénieux correspondait à celui que l’auteur avait projeté pour les noms des rues, auxquels il proposait d’ajouter des noms de pays et de ville, avec plus ou moins de détails géographiques et historiques. L’ouvrage que l’abbé Teisserenc avait consacré à son projet est intitulé: Géographie parisienne, en forme de dictionnaire, contenant l’explication de Paris ou de son plan, mis en carte géographique du royaume de France, pour servir d’introduction à la Géographie générale (Paris, chez la veuve Robinot, 1754, in-12). Les feuilles périodiques parlèrent de cet ouvrage comme de l’œuvre d’un fou, mais ce fou, docte et intelligent, fut comblé d’éloges par un autre fou, plus ardent et plus violent, qui s’étonna qu’une idée si neuve et si originale n’eût pas été mise aussitôt à exécution pour l’instruction du peuple.
Aujourd’hui le public est devenu difficile et fait lui-même la police de ses enseignes. Il n’y eut qu’un cri d’indignation, dans le quartier de l’Hôtel de ville, quand un marchand de chaussures ouvrant sa boutique, lors de la visite de Nasser-ed-Din à Paris, en 1873, écrivit au-dessous d’un fulgurant portrait du Schah, en grand uniforme, avec tous ses diamants: au Chah de Perse. Le commissaire de police intervint et enjoignit au cordonnier philologue de corriger la chose. Mais celui-ci lui démontra, Littré en main, que le nom du souverain persan s’écrivait indifféremment Chah ou Schah, et que, par conséquent, il avait bien le droit de faire l’économie d’une lettre sur son enseigne. L’affaire fit scandale, les journaux s’en mêlèrent; mais, en fin de compte, le malin cordonnier trouva moyen de satisfaire l’autorité et de réaliser en même temps l’économie d’une lettre, en adoptant une troisième orthographe; il fit peindre sur sa boutique: Au Shah de Perse, inscription qui subsiste, quoique le portrait ait disparu depuis peu. Nasser-ed-Din fut enchanté, paraît-il, de sa popularité et de sa ressemblance, quand on lui fit remarquer l’enseigne en question, dans une de ses tournées à travers Paris, où il n’admira franchement que deux choses, ainsi que son Journal de voyage en fait foi, les exercices du Cirque et la belle prestance de M. le préfet de la Seine. L’ingrat personnage ne mentionne pas le portrait-enseigne de la rue de Rivoli.
XXXI
DÉCHÉANCE DES ENSEIGNES ET RÈGNE DES AFFICHES
DEPUIS la révolution du 4 Septembre 1870, la dernière heure des enseignes de Paris paraît avoir sonné. Le jour même où cette révolution s’accomplissait, sans émeute et sans résistance, les enseignes furent plus compromises que les hommes; on s’attaqua de préférence à celles dont le sujet semblait avoir quelque complicité avec l’Empire et porter plus ou moins le cachet napoléonien; on ne fit pas même grâce aux souvenirs militaires de l’armée française; tout ce qui rappelait ou pouvait rappeler, de près ou de loin, la première ou la seconde époque impériale, fut condamné sans forme de procès et proscrit sans rémission. Dans l’espace de vingt-quatre heures, on enleva ces enseignes maudites et vouées à la haine des bons républicains, et l’on effaça consciencieusement toutes les inscriptions qui les concernaient. Il y avait pourtant un progrès sensible dans les mœurs de la populace, qui ne s’attaqua point matériellement aux enseignes et qui se contenta de les voir disparaître. A peine si quelques-unes furent insultées et maltraitées avant leur enlèvement.
C’était la cinquième fois, depuis 1814, que la politique prenait à parti ces pauvres enseignes, que la chute d’un gouvernement rendait tout à coup compromettantes et coupables; non seulement les plus beaux magasins perdaient avec leurs enseignes le fleuron de leur couronne, mais encore une foule d’industriels, qui avaient attaché à leurs marques de fabrique les emblèmes de l’Empire, de la Royauté ou de la République, reconnaissaient que ces emblèmes, après leur avoir été favorables, pouvaient tout à coup leur devenir dangereux et nuisibles. Il y avait toujours eu, à Paris, deux ou trois cents enseignes que la réaction mettait hors la loi chaque fois que le gouvernement venait à changer en France; il y avait aussi mille ou douze cents boutiques qui, au moment d’un cataclysme révolutionnaire, se trouvaient plus ou moins menacées pour avoir appelé la protection du gouvernement déchu, en acceptant comme un honneur l’étiquette impériale, royale ou républicaine. Cet état de choses, toujours identique dans ses résultats, donna donc à réfléchir aux marchands les plus naïfs, et chacun jugea prudent de s’abstenir désormais, dans son enseigne, de toute manifestation politique. Or, comme on peut voir de la politique dans ce qui lui ressemble le moins, on en vint tout naturellement à supprimer l’enseigne. On se souvenait en effet que, selon le temps et les circonstances, l’enseigne avait été une forme caractérisée d’opposition, de protestation ou de flagornerie.
Les enseignes ne se relevèrent guère de cette proscription vague et indistincte. Nous avons indiqué déjà, dans les chapitres précédents, les autres raisons qui les firent abandonner peu à peu par un grand nombre de commerçants, et nous n’y reviendrons pas ici. Signalons seulement la grande part que prirent naturellement à la disparition des anciennes enseignes, dont beaucoup étaient si intéressantes, les démolitions opérées à Paris dans ces vingt-cinq dernières années. Les anciennes enseignes n’ayant été remplacées presque nulle part, et ce genre d’annonce commerciale tendant à passer de mode, on comprend que la rareté des enseignes se soit faite de jour en jour. Aussi peut-on prévoir que celles qui existent encore finiront par disparaître à leur tour, quoique, même parmi les plus récentes, quelques-unes soient vraiment jolies: telles, par exemple, la Petite Fermière, de la rue Lepic; la Fraternité, au nº 54 de la rue Monge, etc., tableaux ingénieux et assez bien peints.
Peut-être l’enseigne sculptée survivra-t-elle cependant, mais plus artistique et par conséquent plus rare, si l’on peut considérer comme durable l’espèce de résurrection qu’elle a subie depuis une dizaine d’années en entrant comme motif d’architecture dans la décoration générale de la maison, transformation dont nous avons donné déjà des exemples et dont nous reparlerons tout à l’heure.
En tout cas, nous demandons grâce pour quelques-unes des anciennes enseignes qui subsistent encore, qu’on doit regarder comme de véritables œuvres d’art, et qui présentent un curieux spécimen de ce que furent les enseignes sculptées dans leur beau temps; par exemple, il serait très regrettable de voir détruire l’enseigne du Griffon, rue du Faubourg-Saint-Antoine, sculpture très fine et très élégante du XVIIIᵉ siècle, dans un médaillon d’architecture; le Vieux Satyre, au coin des rues du Four et Montfaucon; l’enseigne du Cherche-Midi, celle de la cour du Dragon, le
Centaure, de la rue des Lombards, le Soleil d’Or, de la rue Saint-Sauveur, la Truie qui file, de la rue Saint-Antoine, l’Arbre de Jessé, au coin de la rue des Prêcheurs, les Trois Canettes, l’Hercule, rue Grégoire-de-Tours, le Lion d’Argent, rue des Prouvaires, enseignes dont nous avons reproduit les figures.
Il y a des enseignes, comme plusieurs de celles que nous venons de citer, qui dureront aussi longtemps que les maisons sur lesquelles l’artiste les a taillées dans la pierre de la façade; comme aussi le Croissant, de la rue Montorgueil, nº 9; une enseigne d’architecte, au nº 57 de la même rue; le Mouton, de la rue du Four; un curieux et très bon bas-relief, grandeur nature, non signé, mais daté de 1868, représentant deux ouvriers prenant des mesures
sur une pierre de taille, et divers attributs du métier, au nº 12 de la rue Monge, indiquant sans doute que la maison est celle d’un entrepreneur ou d’un architecte. Mais vienne à passer par là le tracé d’une nouvelle voie, et voilà tout à bas, sans que peut-être on songe à porter l’enseigne intéressante ou curieuse au musée Carnavalet, gardien naturel de tout ce qui se rattache à l’histoire de Paris.
Ainsi, hélas! qu’a-t-on fait du Pélican, qu’on voyait encore, en 1862, déchirant ses flancs pour nourrir ses petits, sur le quai du Marché-Neuf, presque en face de la Morgue; du Petit Saint-Antoine, de la rue Saint-Sauveur, au coin de la rue Montorgueil, sculpture grossière, mais
originale et intéressante par son caractère archaïque, bien que ne remontant pas au delà du XVIIᵉ siècle? Que sont devenus la Bouteille d’Or, grand bas-relief de la rue de la
Cité, et le Puits, de la rue Saint-Honoré, tableau peint dans un cadre de sculpture fleuronnée d’assez bon style; et tant d’autres enseignes curieuses? Pauvres enseignes, à peine reste-t-il de vous un souvenir!
En renonçant à l’enseigne, on en a conservé cependant le titre, comme une espèce de raison commerciale, et ce titre est resté en inscription sur la boutique, aussi bien que sur les factures et les prospectus des marchands. Cette enseigne nominative est une sérieuse propriété que le commerçant a le droit de défendre vis-à-vis des contrefacteurs. Aussi la plupart des maisons de commerce en vogue se distinguent-elles par leurs enseignes nominales, inscrites en grosses lettres au frontispice des magasins. Le possesseur
titulaire d’une enseigne se montre très jaloux de son droit acquis, lorsque la concurrence essaye de le lui disputer: de là des procès qui ont souvent donné lieu à des dommages-intérêts considérables. Quelques-unes de ces enseignes sont devenues des fiefs, que leurs propriétaires n’échangeraient pas contre des duchés-pairies, s’il en était encore. C’est à la nouveauté que revient la palme dans ce genre d’illustration: le Louvre, le Bon Marché, le Printemps, etc., remplissent l’univers de leurs noms,—c’est-à-dire de leurs enseignes,—et vous pouvez être certain que, pour une femme, ce grand nom historique: le Louvre, n’éveille plus aujourd’hui l’idée du royal palais ni du merveilleux musée, mais celle du magasin «le plus vaste du monde». D’autres, comme Pygmalion, les Statues de Saint-Jacques, le Gagne-Petit, relevés en façade sur les grandes rues nouvelles, ont ressuscité l’enseigne sculptée, en la faisant concourir à la décoration générale de la maison; ce sont quelquefois de véritables œuvres d’art. Le magasin de Pygmalion expose en cariatides, de chaque côté de son entrée principale, un Pygmalion et une Galathée fort habilement modelés. Les Statues de Saint-Jacques sont d’anciennes statues, retrouvées sur l’emplacement de Saint-Jacques de l’Hôpital. Les frères Saint, jouant sur leur nom de famille, ont décoré la façade de leur magasin de toilerie, rue du Pont-Neuf, des statues fort bien exécutées des saints patrons des quatre frères. D’autres encore que des magasins de nouveautés ont également adopté l’enseigne décorative. Le journal le Figaro s’est installé, en 1874, dans un très élégant hôtel qu’il a fait construire, rue Drouot, avec une façade des plus luxueuses, au milieu de laquelle son patron tient tout naturellement la place d’honneur, parmi de nombreux ornements présentant partout les armes de la maison, un F et une plume croisés. La statue, qui est en bronze, est l’œuvre très réussie de MM. Amy et Boisseau[307]. Enfin, rue des Écoles, on voit, non loin du square Monge, une maison couverte de sculptures dorées, plus riches que de bon goût, mais surmontée du buste de l’illustre mathématicien, qui est bien à sa place tout près de l’École polytechnique, dont il fut l’un des fondateurs. Signalons encore, dans la rue Bergère, l’ornementation de l’hôtel du Comptoir d’escompte, bâti vers 1880, où figurent, avec les statues du Commerce et de l’Industrie, des médaillons en mosaïque sur fond d’or représentant les cinq parties du monde. Mais ce sont là, jusqu’à présent, des exceptions et nous craignons bien que les enseignes matérielles et décoratives, qui semblaient être naguère l’accessoire obligé des boutiques, ne reprennent jamais entièrement possession de leurs antiques prérogatives.
On a cherché, néanmoins, à les remplacer de différentes manières et même à plus grands frais. On inventa des tableaux mécaniques, qui n’étaient, à vrai dire, que des enseignes en ronde bosse, compliquées et ingénieuses; mais si ces enseignes mouvantes avaient le privilège d’attirer beaucoup de spectateurs émerveillés et tenus en contemplation, ces spectateurs n’étaient que des curieux qui fournissaient bien peu de chalands. On inventa ensuite les enseignes lumineuses, qui produisirent d’abord beaucoup d’effet et qui, le soir, encombraient de badauds immobiles les boulevards et les rues où elles étaient offertes en spectacle aux passants. On n’a pas oublié celles d’un magasin de toilettes de femme, boulevard Saint-Denis, au coin de la rue du Faubourg-Saint-Martin: il y a quinze ou vingt ans, dès que la nuit était assez obscure, les dix fenêtres de l’entresol de ce magasin se changeaient en transparents, où l’on voyait successivement les portraits en pied de Rachel dans tous ses rôles et dans tous ses costumes.
On tenta aussi de remettre à la mode un genre d’enseigne vivante, qui avait eu grand succès, sous le Directoire, lorsqu’on installa aux portes du Jardin turc, sur le boulevard du Temple, de véritables Turcs, en chair et en os, choisis parmi les plus beaux hommes qu’on avait pu trouver pour ce rôle fatigant et stationnaire, que les belles-de-nuit se plaisaient à rendre difficile. On avait tenté depuis un essai analogue, au Palais-Royal, dans le café des Mille Colonnes, où l’on exhibait à la porte les monstrueuses nudités de la Vénus hottentote, que l’on peut aller voir en squelette, dans la salle des monstres humains, au Cabinet d’histoire naturelle du Jardin des Plantes.
Mais ce qui devait contribuer le plus à la décadence des enseignes, ce furent les affiches illustrées, qui n’étaient qu’un nouveau procédé de publicité commerciale, imité des toiles peintes que les bateleurs exposent dans les foires pour attirer les curieux, par la représentation figurée des animaux rares et extraordinaires qu’on voit au naturel dans leurs baraques. Ces affiches parlantes, avec des figures dessinées ou peintes, ont existé dans l’ancienne Rome; on en voit encore quelques-unes à Pompéi, et ces affiches étaient réellement des enseignes, quand l’image de deux serpents peints en noir sur une muraille défendait au passant de s’y arrêter pour satisfaire un besoin naturel. Nous trouvons à chaque pas, dans nos rues, des inscriptions municipales qui expriment la même défense que les deux serpents de l’antiquité romaine. Les affiches illustrées, qui n’ont reparu que de nos jours, n’ont pas tardé à ressusciter l’enseigne à l’état éphémère, mais sans cesse renouvelable avec des variantes continuelles. Ce n’est plus l’enseigne à demeure, immobilisée au-dessus d’une boutique: c’est l’enseigne qui se multiplie à l’infini et s’étale à la fois sur tous les murs de Paris; c’est l’enseigne qui se montre à tout le monde, dans toutes les rues de la capitale et qui ne disparaît, au bout de quelques jours, que pour reparaître bientôt sous une nouvelle forme, avec de nouvelles promesses et de nouvelles couleurs.
On avait d’abord imité, dans ces enseignes murales, les proportions gigantesques des anciennes enseignes de Paris au XVIIIᵉ siècle, alors qu’on voyait pendre à la boutique d’un marchand de vin une bouteille grosse comme celles que Rabelais a mises dans les mains de Gargantua, et à la boutique d’un cordonnier une botte énorme, telle qu’en portaient les ogres des contes de fées. On aperçoit encore, sur quelques grands murs nus, qui attendent le moment où ils seront cachés par de hautes constructions, les derniers échantillons de ces immenses affiches: A la Redingote grise, avec l’image grandiose de la fameuse redingote du Petit Caporal, c’est un marchand d’habits; A la Vigne de la Terre promise, avec un cep de vigne chargé de grappes de raisin qui donneraient chacune de quoi remplir un litre, c’est un marchand de vin; Au Chapeau rouge, avec le modèle de ce chapeau à larges bords qui coifferait bien une des statues assises de la place de la Concorde, c’est un chapelier. Cette bigarrure d’affiches peintes d’une façon presque indélébile, à des hauteurs prodigieuses, partout où un mur nu leur a permis de se déployer, aurait bientôt fait de Paris la ville des enseignes colossales, si l’affiche illustrée, de petite dimension, en noir et en couleurs, n’était venue mettre les annonces des marchands à la portée des yeux du passant, dans toutes les rues où la paroi d’une muraille libre pouvait être conquise et louée par l’afficheur.
Il y a bien cinquante ans que ce système d’affiches marchandes a été inauguré à Paris, d’abord avec une extrême réserve, et surtout au profit de la librairie, qui annonçait ainsi ce qu’elle nommait des nouveautés. La plupart des affiches étaient en noir, avec des gravures sur bois; plus tard, les dessins dont elles étaient ornées furent coloriés au pinceau, et, à une époque plus rapprochée, ce coloriage se fit avec des tampons d’imprimeur; puis, enfin, avec le secours de la lithographie en couleurs.
Aujourd’hui, ces chromo-lithographies qu’on affiche sur les murs sont de véritables enseignes qui ont l’apparence de gouaches et d’aquarelles.
Nous ne saurions mieux faire apprécier l’intérêt et la curiosité de ces tableaux de papier peint qu’en décrivant, d’après un article de journal (le Petit Parisien, 20 janvier 1883), la singulière et splendide collection d’affiches illustrées que M. Dessolier est parvenu à réunir dans vingt volumes in-folio maximo, contenant plus de 7 000 pièces, divisées en trois séries: la première comprend les affiches relatives aux publications de librairie; la seconde, les affiches des théâtres, bals et concerts; la troisième, qui n’est pas la moins intéressante, les affiches-enseignes du commerce et de l’industrie. On peut imaginer les efforts d’intelligence, de patience et d’adresse qu’il a fallu mettre en œuvre pour rassembler, depuis quarante ans, une pareille collection, qui, nous l’espérons, viendra un jour prendre sa retraite à la bibliothèque de la Ville.
«Les premières affiches illustrées, dit le Petit Parisien, collectionnées par notre héroïque amateur, ne remontent pas au delà de 1830. Il possède les affiches dessinées par Raffet, pour le Némésis et le Napoléon en Égypte, de Barthélemy et Méry; pour le Compagnon du tour de France, de George Sand; pour une Bible, pour l’Algérie ancienne et moderne. Il y a des affiches, dessinées par Tony Johannot, par Meissonier (avec grandissement, par Gavarni); par Célestin Nanteuil, pour Robert Macaire et Don César de Bazan; par Manet, par Félix Braquemont, ainsi que toutes les ravissantes fantaisies de Chéret, aujourd’hui le maître triomphant de l’affiche d’art, illustrée et coloriée.
»Cette collection, où la Confiturerie Saint-James et les Machines à coudre coudoient les plus délicieuses excentricités de Chéret et de Grévin, donne d’innombrables renseignements sur les mœurs, les costumes, les voyages, les succès d’un jour, les spectacles, les modes, les plaisirs, les préoccupations, les caprices quotidiens, les folies sociales et politiques de Paris depuis un demi-siècle.»
Le journaliste, dans la piquante énumération de ces affiches, n’a oublié que les enseignes des marchands, qui figurent aussi avec éclat dans la précieuse et originale collection de M. Dessolier.
Quant aux enseignes de Paris, peintes ou sculptées, que les démolitions successives de tant de vieilles maisons ont fait recueillir, quelques-unes ont été transportées au musée Carnavalet. Notre ami M. Jules Cousin a bien voulu en faire pour nous un petit catalogue descriptif et raisonné, qui formera l’Appendice naturel de l’Histoire des Enseignes de Paris.
APPENDICE
LES ENSEIGNES DU MUSÉE CARNAVALET
APRÈS le Musée des enseignes, qui fait l’objet de notre vingt-neuvième chapitre, venons aux enseignes des musées.
Aujourd’hui que le goût des choses du passé s’est largement développé, par un sentiment général de réaction contre le vandalisme aveugle qui a promené à travers Paris la pioche municipale d’abord et ensuite la flamme de la Commune,—à peu près aussi criminelles l’une que l’autre aux yeux de l’archéologue et du vrai Parisien,—il n’est si vulgaire souvenir d’autrefois qui ne passe à l’état de relique et n’excite l’intérêt des curieux. Le nouveau musée Carnavalet, spécialement consacré à l’histoire de Paris, ne pouvait négliger les anciennes enseignes, malheureusement bien rares déjà quand on commença à le former. Les démolisseurs de la noble cité se préoccupaient médiocrement de ces pauvres enseignes et même des monuments historiques plus importants; pourvu que les grandes voies stratégiques s’ouvrissent et que les millions vinssent remplir la caisse des spéculateurs, tout était pour le mieux dans le nouveau Paris uniforme et maussade qu’ils avaient rêvé, et qu’ils ont malheureusement réalisé. Pardonnons-leur, mes frères, car ils n’ont jamais su ce qu’ils faisaient!
Le principal instigateur de ce grand massacre du passé eut pourtant un semblant de remords, inspiré sans doute par les lamentations de ces nomades de Parisiens et par les observations des quelques athéniens égarés dans son entourage, auxquelles d’ailleurs il ne comprenait rien. «Les gens de qualité s’intéressent-ils à ces petites drôleries? demanda-t-il entre deux adjudications.—Oui, monsieur le baron.—Je m’y intéresserai donc.» Et c’est ainsi que fut institué le musée historique municipal, destiné à recueillir les épaves de la grande dévastation.
Ce musée—assez mal dirigé d’ailleurs à ses débuts, et que MM. Ferdinand Duval et Hérold durent ramener dans la bonne voie par un vigoureux coup de balai—recueillit de 1867 à 1870, dans le chaos des démolitions, quelques enseignes curieuses.
Deux ou trois seulement avaient auparavant trouvé asile à l’hôtel de Cluny. Ce sont:
La Truie qui file, de la rue de la Cossonnerie, petit bas-relief du XVIᵉ siècle en pierre peinte, et les Trois Barbeaux, de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois, belle enseigne du XVIIᵉ siècle, dont nous avons déjà parlé ci-dessus, p. 392 et 397.
Nous ne savons de quelle maison provient une autre enseigne en fer repoussé, donnée au même musée par M. Mathieu Meusnier; elle représente, dans un encadrement formé de rinceaux et de figures chimériques, les outils du tonnelier.
La collection d’enseignes conservées à Carnavalet est beaucoup plus riche.
Nous avons déjà mentionné et représenté la Fontaine de Jouvence (p. 41), le Chapeau fort (p. 223), le Chat noir, de la rue Saint-Denis, enseigne de la maison où, dit-on, est né Eugène Scribe, souvenir qui lui donne plus de prix que la renommée de sa confiserie.
Une autre très jolie enseigne de la rue Saint-Denis, nº 77, vient d’être offerte au musée par le propriétaire, M. Faynaud, en train de reconstruire sa maison; c’est l’Éducation de la Vierge, charmant bas-relief de la fin du XVIᵉ ou du commencement du XVIIᵉ siècle, qui décorait le trumeau central du premier étage, entre les deux fenêtres de l’étroite façade. La Vierge enfant, malheureusement décapitée, épelle sur un livre tenu par sainte Anne, sa mère.
L’enseigne du Puits de Rome, jadis rue Phélipeaux, se voit à l’entrée de la bibliothèque; le puits et l’inscription sont tracés en or sur une plaque de marbre noir:
1666. CE CAREFOUR EST VULGAIREMENT APELÉ
LE PUIS DE ROME
Dans l’escalier de dégagement de l’ancien Bureau des Drapiers, réédifié au fond du jardin, ont été groupées les autres enseignes, presque toutes en fer repoussé. Il est regrettable que l’on n’ait pas pris note de la provenance en temps utile; il serait aujourd’hui fort difficile de la constater, à moins de faire appel aux souvenirs de ceux qui ont pu les voir en place il y a quelque vingt ans. Avis aux visiteurs du musée.
Voici d’abord quatre enseignes de serruriers particulièrement soignées, car le maître forgeait son enseigne lui-même, et tenait à donner par là un échantillon avantageux de son talent:
1º Très belle potence fleuronnée, formée de rinceaux sortant d’une corne d’abondance, mêlés de feuillages et de cartouches très compliqués; une grande clef, également ornée, pend à l’extrémité de la tige.
2º Une autre clef suspendue à une potence, dans le même genre, mais plus simple et plus petite.
3º Deux clefs passées en sautoir et surmontées d’une couronne de fleurs de lis.
4º Enfin deux clefs dorées ordinaires.
Ces quatre enseignes paraissent dater du XVIIIᵉ siècle.
Serait-ce encore un serrurier qui aurait pris pour enseigne ce grand cadran d’horloge en fer forgé et ajouré, au-dessous duquel flambe un cœur couronné? La devise devait être: A l’Exactitude. L’exactitude est de tous les métiers; et ce grossier cadran de fer qui n’offre aucune trace de dorure ne conviendrait guère à un horloger. Il paraît être du XVIIᵉ siècle.
Du même temps serait ce casque largement empanaché qui rappelle celui de l’ancienne statue de Louis XIII, sur la place Royale, et les galantes coiffures des Romains du carrousel de 1662 ou des héros d’opéra. Cette enseigne de heaumier armurier pourrait bien être contemporaine du Grand Cyrus; mais nous doutons fort qu’elle provienne de Paris, où nous l’aurions certainement remarquée avant sa mise au rebut.
Nous reconnaissons, par exemple, les Trois Rats (p. 90), et le profil du Grand Necker coiffé de la perruque dite à queue de rat. Loin de nous la pensée malséante d’établir une comparaison quelconque entre ces rongeurs et le ministre populaire des beaux jours de 89. Nous trouvons même assez irrévérencieux que cette illustre tête ait servi d’enseigne à un perruquier.
Nous préférons de beaucoup pour cet usage la Perruque à marteaux peinte sur une plaque de tôle qui figure tout à côté. Le sens n’est pas douteux et le modèle est plus rare, la simple peinture ne résistant pas, comme le relief, aux intempéries de la rue.
Voici un grand éperon à chaîne, du XVIIᵉ siècle, propre à figurer, à côté du casque ci-dessus mentionné, à la porte d’un éperonnier; nous doutons aussi de son origine parisienne; il nous paraît trop remarquable pour n’avoir pas attiré l’attention sur place.
Autant en dirai-je de cette enseigne classique en forme de bannière, suspendue à sa belle potence fleuronnée du commencement du XVIIᵉ siècle. La bordure est élégamment ajourée dans le goût flamand, elle représente d’un côté, en peinture sur fond d’or, saint Jean-Baptiste accompagné de l’agneau pascal; de l’autre, les outils du métier de foulon: une cuve, une presse à drap et un fouloir. Cette belle enseigne aurait été, dit-on, retrouvée dans un grenier; mais on ne peut désigner la maison. Je la croirais plutôt sortie de la boutique d’un marchand de bric-à-brac, qui aura eu la bonne fortune de la récolter dans quelque tournée de province.
Je reconnais, au contraire, sans qu’il soit besoin d’en préciser l’origine, les enseignes ordinaires de nos marchands de vin:
Ici le Bon Coing doré et appétissant; là le Gros Raisin ou la Belle Grappe enclos dans une couronne de pampres.
Voici la Fontaine de Bacchus: trois futailles superposées coulant vermeil dans une large cuve; le tout se détache sur un fond composé de deux flèches en sautoir, enguirlandées de pampres et surmontées d’une tête de Silène. Jolie composition en fer repoussé et colorié.
Un peu plus haut, ce petit Bacchus en bois ou en plâtre doré, à cheval sur un baril, est tout moderne. Il provient du fameux cabaret du Lapin blanc de la rue aux Fèves, illustré par Eugène Sue, ou plutôt d’après Eugène Sue; car il est constant qu’à l’époque de la publication des Mystères de Paris la rue aux Fèves, si elle recélait plusieurs tapis-francs, n’en possédait aucun à l’enseigne du Lapin blanc. Un Méridional, le père Mauras, eut l’idée d’exploiter la popularité du roman, et fonda après coup, dans ladite rue, un cabaret du Lapin blanc, auquel il ne fallut pas dix ans d’existence pour devenir authentique. Le cabaretier montrait jusqu’à la cave où s’étaient passées les scènes les plus palpitantes de la chronique du prince Rodolphe et de la tendre Goualeuse. La clientèle y croyait et les étrangers y venaient voir. Il ne fallut rien moins que la démolition de toute la Cité, en 1860, pour démolir en même temps la légende devenue authentique; le père Mauras essaya vainement de la transplanter, avec ses tables et son comptoir, dans le quartier Sainte-Geneviève, où elle ne put reprendre racine. M. Heuzey, ancien acteur des Variétés, qui avait connu les êtres, a raconté la chose par le menu dans son Histoire de la Cité. Elle valait la peine d’être notée ici.
Voici encore la Gerbe d’Or, accostée de deux bouquets d’épis. Nous en avons parlé plus haut; elle a toujours de nombreux similaires dans différents quartiers de Paris, non seulement chez les boulangers, mais chez les orfèvres, joailliers, etc.
Le Petit Moine et le Petit Lion se valent comme plastique; l’un n’a pas l’air moins rébarbatif que l’autre; le premier égrène dévotement son chapelet, le second passe fièrement, la tête de face, léopardé en terme de blason.
Voici le Bras d’Or commun; un vigoureux biceps tendu horizontalement.
Puis une autre paire de bras plus intimes, rentrant dans la catégorie des enseignes en rébus: Aux Bras croisés; un bras d’homme habillé et un bras de femme découvert, croisés en sautoir.
Nous aurons terminé cette rapide revue quand nous aurons indiqué, dans la salle de la Révolution, un navire en fer repoussé, sur champ de gueules, qui pourrait bien être une enseigne des Armes de Paris (XVIIIᵉ siècle); et un fort curieux poteau du XVIᵉ siècle, en chêne sculpté, provenant d’une maison du faubourg Saint-Honoré.
Est-ce une enseigne ou un simple blason de communauté? Ce poteau carré était-il primitivement à l’extérieur ou à l’intérieur du bâtiment?
Quoi qu’il en soit, il nous appartient de droit, car la sculpture, fort élégante et du plus pur style Henri II, représente, soutenu par un enlacement de lauriers, un écusson chargé d’une paire de ciseaux ouverts, cantonnée en chef d’une fleur de marguerite, en flanc et en pointe de trois croissants. Ce sont, à très peu près, les armoiries des tailleurs de robes de la ville et faubourgs de Paris, et il n’est pas téméraire de supposer qu’à un moment cette galante corporation, parisienne entre toutes, ait remplacé les simples houppettes de passements qui accompagnaient les ciseaux ouverts de ses armoiries[308] par les croissants du Roi et la fleur symbolique de la princesse Marguerite.
TABLE DES MATIÈRES
| Pages. | ||
| Introduction | ||
| Origine des enseignes dans l’antiquité | [1] | |
| [I.] | Jurisprudence et police des enseignes à Paris | [11] |
| [II.] | Origines des enseignes en France, inscriptions et monogrammes, enseignes des maisons et des hôtels | [27] |
| [III.] | Enseignes des marchands, du XIIIᵉ au XVIᵉ siècle | [47] |
| [IV.] | Noms des rues, provenant de leurs enseignes | [66] |
| [V.] | Enseignes sculptées, forgées, émaillées; enseignes en pierre, en bois, en plomb, en fer, en terre cuite, en émaux ou faïence | [79] |
| [VI.] | Enseignes d’encoignure, ou poteaux corniers | [100] |
| [VII.] | Enseignes des corporations, des confréries et des métiers | [107] |
| [VIII.] | Enseignes des hôtelleries et des auberges | [121] |
| [IX.] | Enseignes des cabarets et des marchands de vin | [138] |
| [X.] | Enseignes des barbiers, des étuvistes, des chirurgiens, des apothicaires et des médecins | [151] |
| [XI.] | Enseignes des imprimeurs et des libraires | [162] |
| [XII.] | Enseignes des académies, des théâtres, des lieux publics, des tripots et des mauvais lieux | [180] |
| [XIII.] | Les vieilles enseignes | [191] |
| [XIV.] | Enseignes historiques et commémoratives | [201] |
| [XV.] | Enseignes satiriques et épigrammatiques | [218] |
| [XVI.] | Enseignes de sainteté et de dévotion | [229] |
| [XVII.] | Anecdotes sur quelques enseignes | [242] |
| [XVIII.] | Enseignes armoriées | [256] |
| [XIX.] | Enseignes en rébus | [269] |
| [XX.] | Enseignes à inscriptions, à proverbes, à devises et enseignes imaginaires | [279] |
| [XXI.] | Enseignes singulières, grotesques, ridicules | [288] |
| [XXII.] | Les enseignes-adresses des marchands | [297] |
| [XXIII.] | Le jeu des enseignes de Paris | [313] |
| [XXIV.] | Enseignes avec inscriptions en vers | [323] |
| [XXV.] | Enseignes relatives à des pièces de théâtre | [337] |
| [XXVI.] | Les enseignes pendant la Révolution | [352] |
| [XXVII.] | Les enseignes au XIXᵉ siècle | [366] |
| [XXVIII.] | Imagiers et peintres d’enseignes | [390] |
| [XXIX.] | Musée des enseignes | [404] |
| [XXX.] | Orthographe des enseignes | [421] |
| [XXXI.] | Déchéance des enseignes et règne des affiches | [432] |
| [Appendice.] Les enseignes du Musée Carnavalet | [447] | |
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FOOTNOTES:
[1] Ferienschriften (Écrits rédigés pendant les vacances). Fribourg, 1826.
[2] 23ᵉ question du livre V des Symposiaques, ou Propos de table.
[3] Voyage en Grèce, par Pierre Lebrun, 1824, in-8º.
[4] Histoire des hôtelleries, cabarets, etc., par Francisque Michel et Édouard Fournier. Paris, 1854, gr. in-8º, t. Iᵉʳ, p. 49.
[5] Dictionnaire des Antiquités romaines, par Antony Rich, traduit par Cheruel. Paris, Firmin Didot, 1861, verbo Insigne.
[6] Rutilius Numantianus, Itinerarium.
[7] Ferussac, Bulletin des sciences historiques, t. XVIII, 1831, p. 348.
[8] Historia naturalis, lib. XXXV, cap. 37.
[9] Cicero, de Oratore, lib. II, 66.
[10] Horat., Satir., lib. II, 7.
[11] Quintil., Inst. orat., VI.—Dezobry, Rome au siècle d’Auguste, 3ᵉ édit., 1870, t. Iᵉʳ, p. 169.
[12] Grævius, t. III, 30, et XII, 396.—Aringhi, Roma subterranea, II, 19.—Galsano Volpi, Vetus Latium, VI, 160.
[13] Mariæ Turgii, Notæ ad inscriptionem Ursi togati.
[14] Dom Martin, la Religion des Gaulois, liv. Iᵉʳ.
[15] Miscellanea eruditæ antiquitatis, cura et studio J. Sponii. Lugduno, 1685, in-fol., p. 199.
[16] Breton, Pompeia.—Mazois, les Ruines de Pompéi, in-fol., t. II.—Recherches historiques sur les enseignes, par de La Querrière. Rouen, 1852, in-8º, p. 2 et 3.
[17] Persius, satir. I.—Dict. des Antiquités romaines et grecques, par Rich, trad. par Cheruel, au mot Anguis.
[18] Voy., outre les ouvrages cités:—Dictionnaire des arrêts, par P.-J. Brillon. Paris, 1727, in-fol., t. III, au mot Enseigne.—Dictionnaire universel de police, par Des Essarts. Paris, 1787, in-4º, t. III, au même mot.
[19] Inventaire sommaire des Archives hospitalières, 1870, in-4º, p. 171, nº 2577.
[20] Levasseur, Histoire des Classes ouvrières en France. Paris, Guillaumin, 1859, t. II, p. 35.
[21] Le bon François, au véritable Mazarin déguisé sous le nom de Franc bourgeois de Paris. Paris, Nicolas Vivenay, 1651, in-4º. Voyez la Bibliographie des Mazarinades, par Moreau. Paris, Renouard, 1850, 3 vol. in-8º, t. Iᵉʳ, p. 180, nº 586.
[22] Lettres de Guy Patin, édit. de Reveillé-Parise. Paris, Baillière, 1846, 3 vol. in-8º, t. III, p. 625.
[23] Lettre du 2 novembre 1669.
[24] Levasseur, Histoire des Classes ouvrières en France, t. II, p. 33.
[25] Et, au contraire, une ordonnance de Henri II, de 1556, prescrivait—pour la confusion des hérétiques—qu’au lieu d’enseigne, chaque propriétaire mettrait sur le portail de sa maison l’image d’un saint.
[26] De la Mare, Traité de la Police, continué par Lecler de Brillet, t. IV, p. 332-37.
[27] Dictionnaire universel de Commerce, etc., par Jacq. Savary des Brullons. Paris, Estienne, 1723, 2 vol. in-fol., article Enseignes.
[28] Traité de la Police, continué par Lecler de Brillet, t. IV, p. 422.
[29] Voyage de Lister à Paris en 1698, traduit pour la première fois, publié et annoté par la Société des Bibliophiles français. Paris, 1872, gr. in-8º, p. 30.
[30] Chronique de la Régence et du règne de Louis XV, ou Journal de Barbier, première édition complète. Paris, Charpentier, 1857, in-12, t. VII, p. 416.
[31] Voir le chapitre LXVI, t. Iᵉʳ du Tableau de Paris, de Mercier.
[32] La Poix de Freminville, Dictionnaire ou Traité de Police générale. Paris, 1769, in-4º, p. 304 et 305.
[33] Institutiones oratoriæ, VI, 3, 28.
[34] Le Livre des Proverbes français, par Le Roux de Lincy. Paris, Ad. Delahays, 1859, 2 vol. in-12, t. II, p. 166.
[35] Publié par H. Géraud, dans la collection des Documents inédits. Paris, Imp. royale, 1837, in-4º.
[36] Plusieurs archéologues ont cru pourtant reconnaître la désignation d’une enseigne de maison dans cette mention que la Taille de 1392 a faite d’une petite marchande: «Agnès de la Lanterne, regratière.» On sait, en effet, qu’en 1411 il y avait une maison de la Lanterne dans la rue des Marmousets.
[37] Publié, par Buchon, dans la Collection des Chroniques nationales françaises, t. IX.
[38] Revue archéologique (livraisons du 1ᵉʳ avril et du 1ᵉʳ juin 1860).
[39] Dans la collection de Documents sur l’histoire de Paris, publiée sous les auspices du Conseil municipal. Région du Louvre et des Tuileries, t. Iᵉʳ. Paris, Impr. impér., 1866, in-4.
[40] Ad. Berty, Topographie historique du vieux Paris, t. Iᵉʳ, p. 47 et suiv.
[41] Voir ci-après le chapitre III.
[42] Ces renseignements sont tirés d’une savante notice, encore inédite, de M. le docteur Chéreau, sur Jacques Coictier et sa famille.
[43] Description historique de la ville de Paris, par Piganiol de la Force, 1765, t. VII, p. 64.
[44] Le Philologue, par J.-B. Gail. Paris, Gail neveu, 1819, t. VI, p. 96 et 97.—Le même, t. IX, p. 101 et suiv., p. 119.
[45] Œuvres de Brantôme, les Dames illustres, édit. de la Haye, 1740, t. Iᵉʳ, p. 60 et suiv.
[46] Voir, à ce sujet, les Enigmes des rues de Paris. Paris, E. Dentu, in-18, 1860, p. 280-285, et l’Esprit dans l’histoire, 5ᵉ édit., p. 158.
[47] Histoire et Recherches des Antiquités de la ville de Paris, par Henri Sauval, 1733, 3 vol. in-fol., t. II, p. 358.
[48] Revue universelle des Arts, publiée par Paul Lacroix (bibliophile Jacob). Paris et Bruxelles, 1855, t. Iᵉʳ, gr. in-8º, p. 390-91.—Une notice explicative imprimée chez Lahure fut affichée sur la maison même en 1855. Elle est reproduite in extenso dans la Revue d’architecture de César Daly, t. XIII, col. 202.
[49] Voir un article de M. Firmin Maillard, intitulé: les Enseignes, qui a paru dans le Journal de Paris, nº du 1ᵉʳ octobre 1869.
[50] Voir ci-après les chapitres VIII et IX.
[51] Voir ci-après le chapitre VII.
[52] Revue archéologique, nº du 1ᵉʳ avril 1860, p. 203 et suiv., et du 1ᵉʳ juin, p. 66 et suiv.
[53] Topographie du vieux Paris, par Ad. Berty. Quartier du Louvre. Paris, Imp. impériale, 1866, grand in-4º, t. Iᵉʳ, p. 18 et suiv.
[54] Outre les deux feuilles du Louvre et le fragment des trois îlots de la Cité, Ad. Berty a laissé à peu près achevées deux feuilles de son admirable plan archéologique de Paris antérieur au XVIᵉ siècle, dans lesquelles sont indiquées toutes les enseignes de la partie centrale de la Cité et de l’Université. Il serait monotone de les détailler ici rue par rue; nous en donnerons en appendice l’inventaire général alphabétique.
[55] Voir ci-après le chapitre XVIII.
[56] Bibliographie artistique, historique et littéraire de Paris avant 1789, par l’abbé Valentin Dufour. Paris, A. Laporte, 1882, in-8, p. 290.—Ajoutons que les balanciers n’ont pas encore déserté ces parages et qu’un peu plus haut, dans la même rue, existe un magasin à l’enseigne du P couronné qui, toutefois, est moins ancienne, ne datant que de 1779.
[57] Cette pièce, sans lieu ni date, se compose de huit feuillets petit in-8º gothique. Elle a été mise en langage plus moderne, mais avec bien des fautes, dans une réimpression faite, à Rouen, en 1630. Dans l’analyse détaillée que nous allons en faire, nous rajeunirons le texte et l’orthographe, pour faire mieux comprendre les noms des enseignes et la place qu’elles occupaient dans les rues de Paris, à la fin du XVᵉ siècle.
[58] La Bibliothèque nationale possède un ancien manuscrit (nº 4681), dont le titre est différent de l’imprimé; voici ce titre: Cy ensuit un esbatement du mariage des IIII fils Hémon, où les enseignes de plusieurs hôtels de la ville de Paris sont nommées. C’est le texte de ce manuscrit que A. Jubinal a reproduit dans les Mystères inédits du quinzième siècle (Paris, Techener, 1837, in-8º, t. 1ᵉʳ, p. 369).
[59] «La plupart des enseignes que nous venons de citer d’après le fabliau des Fils Hémon, dit Amédée Berger, se retrouvent dans les Comptes de la Prévôté de Paris, des années 1399 à 1573, recueillis et publiés par Sauval, à la fin de son dernier volume.» Recherches sur les Enseignes (Journal des Débats du 25 mai 1858).
[60] Traité de la Police, in-folio, t. IV (1738), p. 347.
[61] Nous empruntons cette nomenclature au Dictionnaire historique de la Ville de Paris, par Hurtaut et Magny, qui l’ont eux-mêmes extraite de Jaillot. Paris, Moutard, 1779, 4 vol. in-8º, t. IV, de la page 259 à la page 499. Nous avons marqué seulement d’un astérisque les noms de rue qui subsistent encore depuis la dernière classification des voies publiques de la capitale.
[62] Dictionnaire topographique, historique et étymologique des Rues de Paris, par J. de La Tynna, deuxième édition. Paris, Smith, 1816, in-12.
[63] Histoire et Recherches des Antiquités de Paris, par Henri Sauval. Paris, 1724, in-folio, t. Iᵉʳ, p. 126.
[64] Sauval, Histoire et Recherches des Antiquités de Paris, 1724, in-folio, t. Iᵉʳ, p. 285.
[65] Histoire et Recherches des Antiquités de Paris, par H. Sauval, 1724, t. III, p. 372.
[66] Recherches critiques, historiques et topographiques sur la Ville de Paris, par J.-B.-M. Jaillot, 1772-75, quartier de l’Université.
[67] Les Enseignes de Paris, feuilleton de la Presse du 21 juillet 1856.
[68] Dictionnaire étymologique de la Langue françoise, 1669, in-folio, au mot Calandre.
[69] Histoire et Recherches des Antiquités de Paris, 1724, t. Iᵉʳ, p. 121.
[70] Recherches sur les Enseignes de Paris, par Amédée Begrer, dans le Journal des Débats, 25 mai 1858.
[71] Voir ci-dessus, chap. II, p. 41, où cette enseigne est représentée.
[72] Topographie historique du vieux Paris, par A. Berty. Région du faubourg Saint-Germain. Imprimerie nationale, 1876, in-4º, p. 164, où l’on trouve la reproduction de l’enseigne, d’après une photographie.
[73] De l’autre côté de la Seine, au nº 70 du quai de l’Hôtel-de-ville, se trouve une enseigne d’un genre particulier et que nous croyons unique à Paris; c’est celle du Loup botté: un de ces animaux, empaillé et énorme, et chaussé de bottes, monte la garde devant la boutique d’un cordonnier.
[74] Voir chap. XVII, Anecdotes sur les enseignes.
[75] Les Enseignes de Paris, par l’Homme qui lit, 2ᵉ article dans le Gaulois du 8 juillet 1877.
[76] Journal de Jean Heroard, sur l’enfance et la jeunesse de Louis XIII, publ. par Eud. Soulié et Ed. de Barthélemy. Paris, Firmin Didot, 1868, t. Iᵉʳ, p. 190.
[77] Recherches sur Molière et sa famille, par Eud. Soulié. Paris, Hachette, 1863, in-8º, p. 12.
[78] Histoire de la vie et des œuvres de Molière, par J. Taschereau, troisième édition. Paris, J. Hetzel, 1844, in-12, p. 206.
[79] Le Roman de Molière, par Édouard Fournier. Paris, E. Dentu, 1863, in-12, p. 174.
[80] Manuscrits de Beffara, à la Bibliothèque nationale, t. III, p. 144. Voir, sur ce poteau cornier, les articles 219 et 220 de l’Iconographie moliéresque, par Paul Lacroix. Paris, Fontaine, 1876, in-8º, p. 62 et 63.
[81] Dictionnaire raisonné de l’Architecture française. Paris, Morel, 1864, gr. in-8º, t. VII, p. 475.
[82] Les Rues et les Cris de Paris au XIIIᵉ siècle, précédé d’une étude sur les rues de Paris au XIIIᵉ siècle, par Alfred Franklin. Paris, Léon Wilhem, 1874, in-12, pp. 38 et suiv.
[83] Le Dit des Rues de Paris (1300), par Guillot de Paris, avec préface, notes et glossaire, par Edgard Mareuse. Paris, Librairie générale, 1875, in-12.
[84] Le Calendrier des Confréries de Paris, par S.-B. Le Masson, avec des notes, par l’abbé Valentin Dufour. Paris, Léon Willem, 1875, in-12, pp. XXVI et suiv.
[85] Topographie historique du vieux Paris, par Adolphe Berty. Région du Louvre et des Tuileries. Paris, Imprimerie impériale, 1866, in-4º, t. Iᵉʳ.—Continuée par H. Legrand. Ibid., id., 1868, in-4º, t. II.—Région du faubourg Saint-Germain, par A. Berty; complétée par L.-M. Tisserand. Paris, Imprimerie nationale, 1876, in-4º.
[86] Revue archéologique, livraisons des 1ᵉʳ avril et 1ᵉʳ juin 1860.
[87] Histoire des Antiquités de la ville de Paris, 1724, t. III, p. 57.
[88] La Truie qui file, des Halles, qui est citée dans le Mariage des quatre fils Hémon et des filles de Damp Simon (voir ci-dessus, p. 63), était certainement le type le plus ancien de cette enseigne légendaire. Il y avait à Paris plusieurs autres enseignes sculptées analogues, entre autres rue Saint-Antoine. Nous avons donné le dessin de cette dernière, qu’on voit encore à sa place et qui doit reproduire assez exactement l’enseigne primitive du marché aux Poirées, quoique la sculpture soit de la fin du XVIᵉ siècle.
[89] Cette enseigne en rébus est représentée par une gravure en bois, dans la plupart des éditions des Bigarrures du seigneur des Accords (Étienne Tabourot).
[90] Les mêmes Antiquités de Paris, t. III, p. 309, 347, 367.
[91] Sauval, t. II, p. 619.
[92] Tableau de Paris, nouvelle édition augmentée. Hambourg et Neuchâtel, 1782, in-12, t. Iᵉʳ, p. 118.
[93] Rappelons, à ce propos, les figures colossales, non plus à poste fixe, mais roulantes, qu’on a vues depuis une vingtaine d’années circuler dans les rues de Paris, représentant qui un chapeau, qui une botte, une marmite, ou un homme, dans le ventre duquel est installé le siège du cocher, etc. Certaines sont même éclairées à l’intérieur pour la nuit. Rue de Rivoli, près la rue du Pont-Neuf, on voit un gigantesque planteur américain coiffé d’un large chapeau de paille, qui sert d’enseigne à la porte d’un marchand de ce genre de coiffures.
[94] Les Enseignes de Paris, par Amédée Berger (Journal des Débats, 1ᵉʳ juin 1858).
[95] Histoire des Hôtelleries, Cabarets, etc., par Francisque Michel et Édouard Fournier. Paris, 1854, 2 vol. gr. in-8º, t. II, p. 224.
[96] Voir Sauval, La Tynna, Lacurne de Sainte-Palaye.
[97] Tome Iᵉʳ de l’édition gothique de Verard, sans date, les Chroniques de France, d’Angleterre et de Bourgogne, chap. CXV, CLXXVII, etc.
[98] Histoire des Antiquités de Paris, par H. Sauval, t. III, p. 284.
[99] Tome IV, chap. XXIV de l’édition gothique, sans date.
[100] Histoire des Antiquités de Paris, t. II, p. 92 et 93.
[101] Registre criminel du Châtelet de Paris, du 6 septembre 1389 au 18 mai 1392, publié pour la première fois par la Société des Bibliophiles français. Paris, 1861-62, 2 vol. gr. in-8º.
[102] Voir, à la suite des Poésies de François Villon, le Recueil des histoires de repues franches, composé par un de ses élèves.
[103] Histoire des Antiquités de Paris, par Sauval, t. Iᵉʳ, p. 126.
[104] Histoire des Français des divers États, par A.-A. Monteil. Paris, Victor Lecou, 1833, in-12, t. IV, p. 94.
[105] Ce monologue, qui fait partie d’un manuscrit du XVIᵉ siècle décrit dans le Catalogue du duc de la Vallière, sous le nº 3304 (aujourd’hui à la Bibliothèque nationale), a été publié, par Francisque Michel et Leroux de Lincy, dans le Recueil de farces, moralités, sermons joyeux, etc. Paris, Techener, 1831-37, 4 vol. pet. in-8º.
[106] Histoire des Hôtelleries, Cabarets, etc., par Francisque Michel et Édouard Fournier. Paris, 1854, gr. in-8º, t. Iᵉʳ, p. 263.
[107] Voir ses Mémoires, p. 71 et 72, dans la collection des Mémoires pour servir à l’histoire de France, publiés par Michaud et Poujoulat.
[108] Journal d’un Voyage à Paris en 1657-58, publié par A.-P. Faugère. Paris, Benjamin Duprat, 1862, in-8º, p. 30 et suiv.
[109] Voyage de Lister à Paris, en 1698, trad. de l’anglais. Paris, pour la Société des Bibliophiles, 1873, gr. in-8º, p. 30.
[110] Le Livre commode des Adresses de Paris, par Abraham du Pradel. Nous nous servons à la fois des deux éditions de 1691 et de 1692, qui présentent quelques différences, qu’il nous paraît inutile de rapporter, à la première ou à la seconde édition, sans tenir compte des suppressions que l’auteur, Nicolas de Blegny, a cru devoir faire dans la réimpression de son livre. Voir notre édition, 2 vol. in-18, Paris, P. Daffis, 1878-1879.
[111] Séjour à Paris, c’est-à-dire Instructions fidèles pour les voyageurs de condition, par le sʳ J.-C. Nemeitz. Leide, Jean van Abcoude, 1727, 2 vol. in-12.
[112] Des Formes du mariage, par Duméril, p. 52 et 78.
[113] Voir le Dictionnaire de la Langue françoise, de Furetière, au mot Bouchon.
[114] Du Cange, Glossarium ad scriptores mediæ et infimæ latinitatis, 1678; au mot Buffetagium.
[115] Revue archéologique, t. VI, p. 384.
[116] Contes et Discours d’Eutrapel. Paris, 1732, 2 vol. in-12; t. Iᵉʳ, pp. 235, 254.
[117] Les Comédies facétieuses de Pierre de l’Arrivey, Champenois. Rouen, Raphaël du Petit-Val, 1611, in-12, p. 150.
[118] Le Parnasse satyrique du sieur Théophile, 1660, pet. in-12, pp. 139 et 218.
[119] Les Visions admirables du Pèlerin du Parnasse, ou Divertissement des bonnes compagnies et des esprits curieux, par un des beaux esprits de ce temps. Paris, chez Jean Gesselin, sur le Pont-Neuf, 1635, in-8º, pp. 204 et suiv.
[120] Satire, dans le Parnasse satyrique du sieur Théophile, 1660, pet. in-12, p. 129.
[121] IIIᵉ livre des Chansons pour dancer et pour boire, par Pierre Ballard. Paris, 1628, in-fol.
[122] Cette pièce anonyme a été imprimée, à Paris, chez Toussaint Quinet, 1640, in-12.
[123] Poésies diverses de M. Colletet. Paris, 1636, in-12, p. 410.
[124] Poésies et Lettres de M. Dassoucy. Paris, 1653, in-12, p. 96.
[125] Histoire des Hôtelleries, Cabarets, Hôtels garnis, Restaurants et Cafés, et des anciennes Communautés et Confréries d’hôteliers, de marchands de vin, etc., par Francisque Michel et Édouard Fournier. Paris, Seré, 1855, 2 vol. gr. in-8º.
[126] France. Dictionnaire encyclopédique, par Ph. Le Bas. Paris, Firmin Didot, 1840, t. II, p. 121, article Barbiers. Excellent article et très complet, qui doit être de Ch. Louandre.
[127] L’Improvisateur Français, par Salentin (de l’Oise). Paris, Gousin, 1804, in-12, t. II, p. 384.
[128] Quatrième édition. Paris, Victor Lecou, 1853, in-12, t. II, p. 305.
[129] Paris sous Philippe le Bel, d’après les documents originaux, par H. Géraud. Paris, imp. de Crapelet, 1837, in-4º, p. 486.
[130] Œuvres de Clément Marot, édition de Lenglet du Fresnoy. La Haye, P. Gosse et J. Neaulme, 1731, in-12, t. VI, p. 257.
[131] Dictionnaire de la Langue françoise ancienne et moderne, de Pierre Richelet. Lyon, Bruyset, 1728, 3 vol. in-fol., au mot Barbiers.
[132] Santolii Opera, 1698, 2ᵉ part., in-12, p. 178.
[133] Marques typographiques ou Recueil des monogrammes, chiffres, enseignes, etc., des libraires et des imprimeurs qui ont exercé en France de 1470 jusqu’à la fin du XVIᵉ siècle. Paris, 1867, 2 vol. petit in-4º.
[134] Mélanges historiques et philologiques. Paris, Tilliard, 1754, 2 vol. in-12, t. II, p. 365.
[135] M. le baron J. Pichon, président de la Société des Bibliophiles français, et, sans contredit, le premier bibliophile que l’érudition française s’honore de posséder, a bien voulu nous confier un exemplaire de l’Histoire de l’Imprimerie et de la Librairie, de La Caille (Paris, Jean de La Caille, 1689, in-4º), tout chargé de notes, de différentes mains, et parmi ces notes, celles de M. le baron Pichon ne sont pas les moins importantes. C’est dans ce précieux exemplaire que nous avons trouvé la suite presque complète des enseignes des imprimeurs et des libraires qui ont imprimé et publié des livres à Paris jusqu’en 1688.
[136] Historia Universitatis parisiensis, a Cæs. Egass. Bulæo. Paris, 1665-75, in-fol., t. IV, cap. Librariis.
[137] Dictionnaire historique de la ville de Paris, par Hurtaut et Magny. Paris, Moutard, 1779, in-8º, t. III, pp. 352 et suiv., d’après la Bibliothèque des Artistes, t. II, chap. VI.
[138] Le Livre commode des Adresses de Paris pour 1692, par Abraham du Pradel (Nicolas de Blegny), suivi d’appendices, précédé d’une introduction et annoté par Édouard Fournier. Paris, Paul Daffis, éditeur-propriétaire de la Bibliothèque elzévirienne, 1878-80, 2 vol. in-12.
[139] Recherches sur l’histoire de la corporation des ménétriers et joueurs d’instruments de la ville de Paris, par B. Bernhard. Bibliothèque de l’École des Chartes, 1843-44, t. V, pp. 266 et suiv.
[140] Paris démoli, nouvelle édition, revue et augmentée. Paris, E. Dentu, 1882, in-16, p. 236.
[141] Histoire des Antiquités de la ville de Paris, par Henri Sauval, 1733, t. III, p. 82.
[142] Sauval, t. Iᵉʳ, p. 117.
[143] Sauval, t. III, p. 115 et 136.
[144] Sauval, t. II, p. 650.
[145] Nouvelle édition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Paris, Libraires associés, 1765, t. VIII, p. 339.
[146] Tableau de Paris. Nouvelle édition, augmentée. Amsterdam, 1783, in-12, t. V, p. 109.
[147] Voir, sur le prince de Pons, une curieuse notice dans l’Histoire des Mystificateurs et des Mystifiés, par Paul Lacroix (bibliophile Jacob). Bruxelles et Leipzig, Aug. Schenée, 1856, in-16, t. Iᵉʳ, p. 151 et suiv.
[148] Feuilleton du Gaulois, 5 juillet 1877.
[149] Celle-ci existe encore rue Saint-Denis.
[150] Cette curieuse enseigne appartient aujourd’hui à M. E. Dentu, notre éditeur.
[151] Voir Dictionnaire critique de biographie et d’histoire, par A. Jal. Paris, Plon, 1872, gr. in-8º, p. 1279.
[152] Histoire et Recherches des Antiquités de la ville de Paris, par Henry Sauval, 1733, t. II, p. 182.
[153] Voir, sur divers hôtels de la reine Blanche, nos Chroniques et Légendes des rues de Paris. Paris, E. Dentu, 1864, in-18, p. 370.
[154] Les Enseignes de Paris, par J. Poignant, feuilleton du Gaulois, 5 juillet 1877.
[155] Contes et Discours d’Eutrapel, par Noël du Faïl, seigneur de la Herissaye. S. N. (Paris), 1732, 2 vol. in-12, t. II, p. 98.
[156] Voir plus haut, p. 90, chap. V.
[157] Journal d’un voyage à Paris en 1657-1658, publié par A.-P. Faugère. Paris, Duprat, 1862, in-8º, p. 79.
[158] Même Journal d’un voyage à Paris, p. 27.
[159] Archives hospitalières: Quinze-Vingts, p. 156.
[160] Recherches historiques sur les Enseignes, par E. de la Quérière, 1852, p. 14.
[161] Magasin pittoresque (1854), t. XXII, p. 136.
[162] Bibliographie des Mazarinades, par Moreau, t. III, p. 150.
[163] Œuvres de Monsieur de Fontenelle, nouv. édit. Paris, Saillant, 1677, 11 vol. in-12, t. V, p. 502.
[164] Voir nos Énigmes des rues de Paris. Paris, E. Dentu, 1860, in-18, p. 147.
[165] Mémorial parisien, ou Paris tel qu’il fut, tel qu’il est, par P.-F.-S. Dufey (de l’Yonne). Paris, Dalibon, 1821, in-12, p. 213.
[166] Revue archéologique, t. IV, p. 213, et t. VI, p. 376.
[167] Bibliothèque nationale, manuscrits du Roi, nº 8292, in-fol.
[168] Voir ci-dessus, p. 77.
[169] Essais historiques sur Paris, par de Saint-Foix, 3ᵉ édition, Paris, Duchesne, 1763, in-12, t. Iᵉʳ, p. 322 et suiv.
[170] Histoire et Recherches des Antiquités de la ville de Paris, par Henry Sauval. Paris, 1733, in-fol., t. Iᵉʳ, p. 183.
[171] Curiosités du vieux Paris, par P.-L. Jacob. Paris, Delahays, 1858, in-12, p. 77.
[172] Tome V, première partie, p. 157. Voir aussi nos Chroniques et Légendes des rues de Paris. Paris, E. Dentu, 1864, in-18, p. 364 à 368.
[173] Voir nos Énigmes des rues de Paris, p. 57 à 64, et notre Vieux-Neuf, Paris, E. Dentu, 3 vol. in-18, t. II, p. 44.
[174] Voir le Recueil A. B. C., vol. C., p. 57 et suiv.
[175] Histoire physique, civile et morale de Paris, par Dulaure, 2ᵉ édition, augmentée. Paris, Guillaume, 1828, 10 vol. in-8º, t. VIII, p. 83.
[176] Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris, par un Batteur de pavé. Paris, chez les Marchands de nouveautés (Imprimerie de H. Balzac), 1826, in-32, p. 63 et suiv.
[177] Charcuterie ancienne et moderne, traité historique et pratique, par L.-F. Dronne, charcutier. Paris, 1869, 1 vol. in-8º.
[178] Voir l’article Cugnière (Pierre de), dans la Nouvelle Biographie générale de Firmin Didot, et l’Histoire physique, civile et morale de Paris, par J.-A. Dulaure. Paris, Guillaume, 1821, t. II, p. 596.
[179] Articles du Journal des Débats, des 25 mai et 1ᵉʳ juin 1858.
[180] Variétés historiques et littéraires, revues et annotées par Edouard Fournier. Paris, P. Jannet, 1855, t. III, in-12, p. 156.
[181] Articles du Journal des Débats, cités plus haut.
[182] Les Historiettes de Tallemant des Réaux, édit. de Monmerqué. Paris, Delloye, 1840, 10 vol. in-12, t. X, p. 143.
[183] Les Historiettes de Tallemant des Réaux, seconde édition, annotée par Monmerqué. Paris, Delloye, 1840, 10 vol. in-12, t. X, p. 42.
[184] Mélanges d’histoire et de littérature, recueillis par M. Vigneul-Marville. Amsterdam, Elie Yvans, 1700, 3 vol. in-12, t. II, p. 45.
[185] Histoire universelle, par Théodore Agrippa d’Aubigné. Maillé, Jean Mousset, 1616-20, 3 vol. in-fol., liv. IV, chap. VI.
[186] Il mourut dans la rue de Seine, chez Monglas, son hôte du Petit Maure, dont nous avons reproduit l’enseigne ci-dessus, p. 145. (Voir Énigmes des rues de Paris, p. 177.)
[187] Bulletin de la Société de l’histoire de Paris, 1883, p. 52. Notice par M. Hipp. Bonnardot.
[188] Les Historiettes de Tallemant des Réaux, 3ᵉ édition, publiée par Monmerqué et Paulin Pâris. Paris, Techener, 1855, 9 vol. in-8º, t. IV, p. 151.
[189] Mémoires de Michel de Marolles. Paris, Ant. de Sommaville, 1656, pet. in-fol., p. 153.
[190] Nous avons déjà cité cette curieuse lettre dans l’Histoire des Hôtelleries et des Cabarets, 1851, t. II, p. 297.
[191] Historiettes de Tallemant des Réaux, 3ᵉ édition de Monmerqué et Paulin Pâris. Paris, Techener, 1855, t. IV, p. 151.
[192] Topographie historique du vieux Paris, par Berty et Tisserand: Bourg Saint-Germain. Paris, Imprimerie nationale, 1876, in-4º, p. 211.
[193] Les Enseignes de Paris, par Alfred de Bougy, feuilleton de la Presse du lundi 21 juillet 1856.
[194] Dictionnaire des termes du vieux françois, ou Trésor de recherches et antiquités gauloises, par Borel; nouvelle édition, augmentée. Paris, Brisson, 1750, in-fol., p. 80.
[195] Histoire et Recherches des Antiquités de Paris, par H. Sauval, 1733, t. III, p. 348.
[196] Topographie du vieux Paris. Bourg Saint-Germain, par Berty et Tisserand. Paris, Impr. nationale, 1876, in-4º, p. 83 et 84.
[197] Lafolie, Mémoires historiques relatifs à la statue de Henri IV, 1819, in-8º, p. 76, et appendice 263.
[198] Voir notre Histoire du Pont-Neuf. Paris, première partie, E. Dentu, 2 vol. in-18, p. 131.
[199] Histoire et Recherches des Antiquités de Paris, par Sauval, 1733, t. II, p. 125.
[200] Recherches historiques sur les Enseignes des maisons particulières, par E. de la Quérière, 1852, p. 13.
[201] Paris, Librairie centrale, 1864, in-12, p. 37.
[202] Les Historiettes de Tallemant des Réaux, seconde édition, in-12, publiée par Monmerqué, chap. CCXCIII.
[203] Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris, par un Batteur de pavé. (A bon vin point d’enseigne.) Paris, chez les Marchands de nouveautés, 1826, in-32, p. 127.
[204] Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris, 1826, nº 32, p. 51.
[205] Voir le feuilleton du Journal de Paris, 1ᵉʳ octobre 1859.
[206] Histoire des forêts de la Gaule et de l’ancienne France, précédée de recherches sur l’histoire des forêts de l’Angleterre, de l’Allemagne, etc. Paris, Leleux, 1850, in-8º, p. 20.
[207] Antiquités de Paris, par Sauval, 1733, t. III, p. 275.
[208] Sauval, t. II, p. 471 et suiv.
[209] Histoire anecdotique du théâtre, de la littérature, etc., tirée du coffre d’un journaliste, par Charles Maurice. Paris, Plon, 1856, 2 vol. in-8º, t. Iᵉʳ, p. 46.
[210] Discours satyriques et moraux, ou Satyres générales (par Louis le Petit). Rouen, Richard Lallemand, 1686, in-12, p. 24.
[211] Recueil de Maurepas, à la Bibliothèque nationale, manuscrit, t. VII, p. 43 et 44.
[212] Revue rétrospective, livraison du 30 octobre 1836, p. 35.—Il est à remarquer néanmoins que les Trudaine portent dans leurs armes trois daims, qui rappellent et symbolisent plus noblement leur nom patronymique.
[213] Les Bigarrures et Touches du Seigneur des Accords, par Étienne Tabourot, dernière édit., revue et de beaucoup augmentée. Rouen, David Geoffroy, 1621, in-12, folio 4 et suivants.
[214] Sauval, t. III, p. 157.
[215] Note communiquée par M. le baron Pichon, qui l’avait prise dans les archives d’un notaire de Paris.
[216] Sauval, t. III, p. 57.
[217] A. Berty, Topographie du vieux Paris, quartier du Louvre, 1869, t. Iᵉʳ, p. 41. Voir, plus haut, p. 34 et 222.
[218] Voir les notices sur les Enseignes, par Firmin Maillard, J. Poignant et Amédée Berger, publiées dans le Journal des Débats, le Gaulois et le Journal de Paris.
[219] Les Enseignes de Paris, par Amédée Berger, feuilletons du Journal des Débats, 15 mai et 1ᵉʳ juin 1851.
[220] Chevræana, ou Pensées d’histoire, de littérature, etc. Amsterdam, 1700, 2 vol. in-12, t. Iᵉʳ, p. 142, et notre Histoire du Pont-Neuf, première partie, p. 208.
[221] Curiosités de l’histoire du vieux Paris, par P.-L. Jacob, bibliophile. Paris, Ad. Delahays, 1858, in-12, p. 62.
[222] Voir la figure, p. 175.
[223] Archives hospitalières de Paris, in-4º, p. 152.
[224] Dictionnaire topographique, historique et étymologique des Rues de Paris, par J. de la Tynna, 2ᵉ édit. Paris, Smith, 1817, in-12, p. 508.
[225] Le Paysan françois, sans nom de lieu, 1609, in-8º.
[226] Pièce inédite tirée des Manuscrits de Conrart, à la Bibliothèque de l’Arsenal, t. X, p. 225 et suiv.
[227] Mélanges historiques, satyriques et anecdotiques de Boisjourdain, sur la fin du règne de Louis XIV et la Régence. Paris, Chèvre et Chauson, 1807, 3 vol. in-8º.
[228] Inventaire sommaire des Archives hospitalières, réimprimé par M. Michel Moring. Paris, Picard, 1882, in-4º, nᵒˢ 2253 et 2450.
[229] Registre du Châtelet, publié par la Société des Bibliophiles, t. II, p. 502.
[230] Victor Fournel, les Contemporains de Molière. Paris, Firmin Didot, 1866, in-8º, t. III, p. 335.
[231] Mémoires pour servir à l’histoire de France (extrait des Journaux de l’Estoile). Cologne, chez les Héritiers de Herman Demen, 1719, 2 vol. in-8º, t. II, p. 127.
[232] Histoire de la ville de Paris, par l’abbé Lebeuf, édition de Cocheris, t. Iᵉʳ, p. 368.
[233] Essais historiques sur Paris, pour faire suite aux Essais de M. Poullain de Saint-Foix, par Aug. Poullain de Saint-Foix. Paris, Debray, an XIII (1805), 2 vol. in-12, t. Iᵉʳ, p. 194-195.
[234] Cette édition fait partie de la Bibliothèque elzévirienne, 1878, 2 vol. in-12.
[235] Les Enseignes de Paris, feuilleton de la Presse, du lundi 21 juillet 1856.
[236] Notice des émaux, bijoux et objets divers du Musée du Louvre, par de Laborde. Documents et Glossaire. Paris, Vinchon, 1853, in-12, p. 131.
[237] Même Notice, p. 131.
[238] Livre-Journal de Lazare Duvaux, marchand bijoutier ordinaire du Roy. Paris, pour la Société des Bibliophiles, 1873, 2 vol. in-8º, fig. L’étude de M. Courajod ne remplit pas moins de 221 pages.
[239] Voir notre chapitre XXVIII, sur les imagiers et les peintres d’enseignes.
[240] C’est dans la collection iconographique de M. le baron Pichon, président de la Société des Bibliophiles français, que nous avons trouvé ces vingt et une adresses-enseignes gravées, dont quelques-unes sont d’une grande importance et d’une insigne rareté. Mon vieil ami Paul Lacroix avait publié, avant nous, dans son Dix-huitième Siècle (Paris, Firmin Didot, 1875, gr. in-8º), quelques pièces de ce genre, très remarquables au point de vue de la gravure, empruntées également à la précieuse collection de M. le baron Pichon.
[241] Histoire artistique et archéologique de la Gravure en France, par Alfred Bonnardot. Paris, Deflorenne, 1849, in-8º.
[242] Abraham Bosse, Catalogue de son œuvre, par Georges Duplessis (Revue univers. des Arts, publiée par Paul Lacroix (bibliophile Jacob). Paris, Renouard, 1857, in-8º, t. VI, p. 337.)
[243] Tome LIX de la collection d’estampes léguée à la Bibliothèque nationale par ce savant iconographe.
[244] Revue des Documents historiques, publ. par Étienne Charavay, quatrième année. Paris, A. Lemerre, 1876, p. 58.
[245] Cette eau-forte de Boucher, restée absolument inconnue, a été signalée par M. Courajod, qui l’a fait graver en fac-simile par L. Gaucherel, pour mettre ce fac-simile en tête du Livre-Journal de Lazare Duvaux.
[246] Voir notre Histoire du Pont-Neuf, première partie, p. 272 à 275.
[247] Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris, 1825, p. 83.—Cette enseigne du Pauvre Diable a subsisté jusqu’à l’année 1878.
[248] Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris, p. 84.
[249] Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris, p. 133.
[250] Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris, p. 41.
[251] Ibidem, p. 21.
[252] Voir notre Esprit dans l’histoire, Paris, E. Dentu, 1883, in-18 elzévir, p. 122-124. Ce quatrain a eu bien des variantes.
[253] Voir, dans les Œuvres de Clément Marot, édition de Lenglet du Fresnoy, la Haye, 1731, t. II, à la page 71, le huitain intitulé: Du Roy et de Laure, et à la page 13 l’épigramme: A soy-mesme, de Madame Laure.
[254] Clément Marot et tous les poètes de cour jusqu’à Ronsard ont fait un grand nombre de ces épitaphes, qu’on appelait des tombeaux et qu’on aurait pu qualifier d’enseignes de la mort, puisqu’elles étaient gravées sur les marbres ou les pierres des sépultures.
[255] Manuel du Libraire et de l’Amateur de livres, par Jacques Brunet, 5ᵉ édition. Paris, Firmin Didot, 1864, 6 vol. gr. in-8º. Voir, dans le tome V, aux pages 1694-1707, la liste alphabétique des libraires et imprimeurs dont les marques typographiques sont figurées dans cette cinquième édition.
[256] Il en est à peu près de même pour les marques de commerce, qui sont généralement la reproduction très réduite de l’enseigne. Cependant quelques magasins, qui n’ont pas d’enseignes proprement dites, ont des marques spéciales; le magasin du Louvre, par exemple, a pour marque un lion appuyé contre un L majuscule.
[257] Histoire physique, civile et morale de Paris, par J.-A. Dulaure. Paris, Guillaume, 1821, in-8º, t. Iᵉʳ, p. 77.
[258] Souvenirs de Paris en 1804, par Auguste Kotzebue, traduits de l’allemand (par Guilbert de Pixérécourt). Paris, Barba, 1805, 2 vol. in-12, t. II, p. 340.
[259] Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris, par un batteur de pavé, avec cette épigraphe: «Au bon vin pas d’enseigne.» Paris, chez les Marchands de nouveautés, au Palais-Royal. Imprimerie de H. Balzac, rue des Marais Saint-Germain, nº 17. 1826, in-32.
[260] Ballets et Mascarades de Cour, sous Henri IV et Louis XIII, recueillis par Paul Lacroix. Genève, J. Gay, 1868-70, in-12, t. II, p. 213.
[261] L’Orphelin infortuné. Paris, 1660, in-8º, p. 243-44.
[262] Ballets et Mascarades de Cour, t. VI, p. 73.
[263] Poésies et Lettres de M. Dassoucy. Paris, J.-B. Loyson, 1653, pet. in-12, p. 96.
[264] A. Pougin, Adolphe Adam, sa Vie et ses Œuvres.
[265] Puisque nous reparlons ici d’Eugène Scribe, rappelons qu’il est né, en 1791, rue Saint-Denis, où son père tenait un magasin de soieries, au Chat noir (Lefeuve, les Anciennes Maisons de Paris, t. III, p. 58). Cette enseigne abrite aujourd’hui, au nº 32, une boutique de confiseur.
[266] A propos de l’emploi de la mosaïque, assez rare dans les enseignes de Paris, mentionnons l’ornementation en mosaïque polychrome, figurant des attributs guerriers, qui entoure la façade monumentale du Panorama construit, depuis trois ou quatre ans, rue Saint-Honoré, nº 251, sur l’emplacement de la salle Valentino. (Note de l’éditeur.)
[267] On lit dans le Figaro du 27 février 1884: «Il y a encore des enseignes amusantes. Hier, nous en avons remarqué une assez drôle, dans le haut de la rue Pigalle. Cette œuvre d’art, due au pinceau d’un illustre inconnu, a pour but d’attirer l’attention des passants sur les mérites des escargots de Bourgogne, débités par un marchand de vin restaurateur. L’artiste a ainsi conçu son œuvre: dans le haut du tableau, le Père éternel et le bon saint Pierre émergent des nuages et conversent ensemble, en regardant au-dessous d’eux une bande de terrain sur laquelle se promène allégrement un escargot d’appétissante apparence. Une légende traduit ainsi les paroles des personnages célestes: «Pierre, tire le cordon. Il faut que j’aille voir de plus près sur la terre cette bête que je ne connais pas et que je ne me souviens pas d’avoir créée.—Ne vous dérangez pas, Seigneur, c’est un excellent escargot de Bourgogne qui voyage comme échantillon pour la maison X..., de la rue Pigalle.» Et le bon Dieu semble dire à saint Pierre: «Merci du renseignement; on apprend à tout âge.» (Note de l’éditeur.)
[268] L’Hermite du faubourg Saint-Germain, par Ch. Colnet. Paris, Pillet, 1825, 2 vol. in-12.
[269] Étude sur les Enseignes de Paris (Journal des Débats, 25 mai et 1ᵉʳ juin 1848).
[270] Les Enseignes de Paris, feuilleton du Gaulois, 7 juillet 1877.
[271] Les Enseignes, par Firmin Maillard, feuilleton du Journal de Paris. 1ᵉʳ octobre 1859.
[272] Histoire de la Société française pendant la Révolution, par les frères de Goncourt. Paris, E. Dentu, 1854, in-8º, p. 269.
[273] Voir la Feuille du jour, nº 177.
[274] Réimpression du Moniteur universel, in-4º, t. XIX, p. 266.
[275] Journal littéraire de Clément, 1795, t. II, p. 19.—Un peu plus tard reparurent quelques enseignes de dévotion (voir notre chapitre XVI), telles que l’Image Notre-Dame, sous l’invocation de laquelle s’était mis, dès 1701, un commerce de droguerie de la rue des Lombards, transféré aujourd’hui boulevard de Sébastopol, nº 14.
[276] Le Nouveau Paris, par le citoyen Mercier. Brunswick, 1800, 6 vol. in-12, t. III, p. 94.
[277] Au sujet d’une sculpture assez bizarre qui décore la partie supérieure du chevet de cette église, et qui peut passer pour une véritable enseigne en rébus, voir nos Enigmes des rues de Paris, p. 301.
[278] Histoire de la Société française sous le Directoire, par Edmond et Jules de Goncourt. Paris, E. Dentu, 1855, in-8º, p. 88 et 93.
[279] Étude sur les Enseignes de Paris, par Amédée Berger (Journal des Débats, 25 mai et 1ᵉʳ juin 1858).
[280] Œuvres de A.-V. Arnault. Paris, Bossange, 1827, t. VIII, p. 120.
[281] Le Livre des Cent et un. Paris, Ladvocat, 1834, in-8º, t. XV, p. 243.
[282] Le Mercure de France, t. XLV, p. 482.
[283] La France, par Lady Morgan. Paris, Treuttel et Wurtz, 1817, 2 vol. in-8º, t. II, p. 57.
[284] Cette maison, faisant l’angle de la rue de Grammont, et remplacée par l’hôtel du Crédit lyonnais, appartenait alors à M. Pérès, maître serrurier, auquel on doit la belle grille du Palais de justice. (Note de l’éditeur.)
[285] Mémorial parisien, ou Paris tel qu’il est, etc. Paris, Dalibon, 1821, in-12, pages 4, 31, 35 et 214.
[286] Voir la figure page 92.—Mentionnons dans la même rue, plus près de la Bastille, l’enseigne du Chat botté, assez jolie statuette en bois colorié qui décore la boutique d’un cordonnier.
[287] Étude sur les Enseignes de Paris (Journal des Débats, 25 mai et 1ᵉʳ juin 1858).
[288] Cette sculpture décorait l’entrée du collège de Saint-Michel, fondé au XIVᵉ siècle par l’évêque de Paris Guillaume de Chanac et doté en 1510 par Antoine de Pompadour. C’est dans ce collège qu’avait été admis comme domestique-élève le futur cardinal Dubois (Lefeuve, Anciennes Maisons de Paris, t. Iᵉʳ, p. 397-400).—Rappelons en passant que cette rue de Bièvre avait eu pour habitant Dante pendant son séjour à Paris, et qu’il allait suivre les cours des professeurs de la rue du Feurre ou Fouarre, tout près de là.
[289] Recherches historiques sur les Enseignes des maisons particulières, suivies de quelques inscriptions murales, par E. de La Quérière. Rouen, François, 1852, in-8º, p. 53 et suiv.
[290] Aujourd’hui au musée de Cluny.
[291] Mémoires et Correspondance littéraire, dramatique et anecdotique de C.-S. Favart. Paris, Léopold Collin, 1808, 3 vol. in-8º, t. Iᵉʳ, p. 94.
[292] Paris à la fin du XVIIIᵉ siècle, ou Esquisse historique et morale des monuments et des ruines de cette capitale, etc., par J.-B. Pujoulx. Paris, Mathé, 1801, in-8º, p. 14.
[293] Livraison du 10 septembre 1842, p. 38; Bulletin publié sous la direction de Paul Lacroix (bibliophile Jacob).
[294] Catalogue raisonné de l’œuvre, peint, dessiné et gravé, d’Antoine Watteau, par Edmond de Goncourt. Paris, Rapilly, 1875, in-8º, p. 88 à 90.
[295] Voir notre Histoire du Pont-Neuf. E. Dentu, édit., 1862, 2 vol. in-18; t. Iᵉʳ, p. 270-274.
[296] Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture, publiés par L. Dussieux, E. Soulié, Ph. de Chennevières, etc. Paris, Dumoulin, 1854, 2 vol. in-8º, t. II, p. 421.
[297] Grétry, par Arsène Houssaye, dans la Revue de Paris, numéro du 4 juillet 1841.
[298] Voir ci-dessus, à la page 363, cette enseigne, la seule peut-être qui n’ait pas quitté sa place depuis le Directoire, sauf qu’elle est maintenant à l’intérieur du magasin au lieu d’être au dehors.
[299] Les Enseignes de Paris, par M. Poignant, feuilleton du Gaulois, 7 juillet 1877.
[300] Voir la remarquable monographie d’Edmond de Goncourt, intitulée: Gavarni, p. 404.—Voir ci-dessus, page 349, la reproduction de cette enseigne, qui existe encore au coin des rues de la Huchette et Saint-Jacques.
[301] Les Enseignes de Paris, feuilleton du Gaulois, 8 juillet 1877.
[302] A propos d’Eugène Delacroix, mentionnons, boulevard du Montparnasse, à quelques pas du boulevard des Invalides, au-dessus d’un magasin de meubles, une copie de son beau tableau représentant Dante conduit par Virgile au séjour des Damnés. Cette enseigne, qui n’a pas d’inscription, est en assez mauvais état, mais on peut voir encore qu’elle a été peinte par un artiste de quelque talent, sans doute un élève du maître.
[303] Voir plus haut, p. 394, une note à ce sujet.—Cette enseigne, qui était telle que nous la dépeignons quand nous en avons fait prendre copie, aurait aujourd’hui bon besoin d’être restaurée; à peine en reconnaît-on le dessin.
[304] Ce Richesource, qui se posa en défenseur de la langue écrite et parlée pendant trente-cinq ans, publia, en 1680, le Camouflet des auteurs négligents en faveur des jeunes orateurs, in-12, et il ne ménagea pas plus les auteurs en renom que s’il avait eu à leur reprocher les monstrueux abus orthographiques et grammaticaux des enseignes de Paris.
[305] Journal de Paris, feuilleton du 1ᵉʳ octobre 1859.
[306] Mémorial parisien, ou Paris tel qu’il fut, tel qu’il est. Paris, Dalibon, 1821, in-12, p. 31.
[307] Tout récemment, en février 1884, le journal la France a inauguré un hôtel somptueux, élevé par l’architecte Ferdinand Bal, sur l’emplacement de l’ancien marché Saint-Joseph. L’angle, en pan coupé, sur la rue du Croissant et la rue Montmartre, est décoré au sommet d’un génie, placé devant un exemplaire typique du journal et montrant au public une pièce de 10 centimes, prix du numéro. Au-dessous, dans un médaillon lauré, est le buste d’Émile de Girardin, fondateur du journal, et plus bas, un bras de bronze, sortant de la muraille, dépose son bulletin dans une urne électorale.—Le Petit Journal montre, au-dessus de l’immeuble où il est installé depuis plus de vingt ans, rue Lafayette, nº 61, une énorme pièce de 5 centimes, entourée de lauriers et autres attributs; encore l’annonce du prix du numéro du journal. (Note de l’éditeur.)
[308] A. Forgeais, Plombs historiés trouvés dans la Seine; 1ʳᵉ série. Méreaux des corporations d’arts et métiers. Paris, 1862, in-8º, p. 125.