II

Je pleurai, pleurai lâchement. Le jour vint. On frappa à ma porte. Je ne rêvais plus cette fois. La bonne vieille concierge entra, apportant une lettre:

«Mon pauvre ami, ne me reproche rien. Je ne pouvais réellement pas rester avec toi.

«Je me suis privée de tout pendant six mois. Je maigrissais, j'enlaidissais. Je le voyais bien, tu le voyais bien aussi. Nous étions trop pauvres. Tu ne m'aurais plus aimée longtemps.

«Puis, il faut te l'avouer, j'ai un enfant, un petit enfant de deux ans, et je n'avais plus d'argent à donner à ma mère pour l'élever. Ma mère m'a menacée de me le renvoyer à Paris, où il mourrait. Il est si faible, si délicat, le pauvre petit! Tu ne l'as pas vu, tu ne le connais pas. Pardon.

«Oh! je ne t'ai pas fait d'infidélité. C'est mon ancien amant que je reprends. C'est lui le père, comprends-tu?

«Il m'épousera peut-être. Que veux-tu que je fasse? Il est riche; et depuis qu'il m'a quittée, il m'aime davantage.

«Sa famille comptait le marier à une fille laide. C'était arrangé. Il a bien voulu, puis il n'a plus voulu. Il m'a écrit. Je ne lui ai pas répondu d'abord. Il est allé chez Albertine, un jour qu'il savait devoir m'y trouver. Il m'a priée, suppliée; il m'a parlé de l'enfant. J'ai pleuré tout un jour et toute une nuit. Te rappelles-tu? Tu me demandais ce que j'avais!

«Je l'ai revu; il m'a fait parvenir des bijoux, des fleurs, des billets de mille francs; il a envoyé de l'argent à ma mère. Il m'a tout promis. Hélas! c'est plus fort que nous.

«Si je t'écris toutes ces choses, entends-tu? c'est que j'ai confiance en toi, c'est que je sais que tu m'aimes bien. Mais je ne suis plus, je ne puis plus être à toi. N'essaie pas de me revoir. Tu me ferais de la peine; et tu t'en ferais pour rien. Tiens, je t'embrasse encore une fois comme je t'aime toujours. Je serai souvent triste en pensant à toi. Adieu, adieu, adieu.

«Ton amie,

«Hélène.»