II

Elle demeurait dans un quartier discret et tranquille. Après avoir gravi les quatre ou cinq marches qui donnent accès aux maisons anglaises, il entra dans le petit parloir du rez-de-chaussée. Un guéridon, des meubles de bon goût, quelques tapisseries, des tableaux religieux. Une vieille servante apporta le thé.

La jeune femme regardait Jacquelin avec une curiosité bienveillante, mais sans provocation aucune. Elle lui faisait très doucement des questions sur son passé, sa famille, lui demandant avec insistance mille détails, mille puérilités même, et l'écoutant, avec une sorte de tendre et sérieux intérêt, raconter des histoires, des folies enfantines, les chansons dont sa mère l'avait bercé, les étranges visions qui avaient hanté ses premiers rêves; comment le soir son père le faisait jadis sauter sur ses genoux, le couchait dans un petit lit de fer à pommes d'or, et l'endormait au sein d'une histoire fantastique; puis comment il avait été une fois très gravement malade, et s'était réveillé entre ses parents, qui, tout en lui souriant, pleuraient d'angoisse, pendant que sa petite soeur courait et chantait dans la chambre voisine, comme si elle avait eu les ailes et l'âme d'un oiseau.

«Ainsi vous avez une famille qui vous adore et que vous aimez!» dit la jeune femme, quand il se tut après les mille bavardages sollicités par elle.

Il y eut un silence; elle semblait rêveuse et inquiète.

Elle se leva.

«Adieu! reprit-elle tranquillement; si vous aviez été malheureux, je vous aurais proposé… Mais je vais vous sembler folle. Eh bien oui! je vous aurais proposé, quelque étrange et invraisemblable que cela puisse vous paraître, d'en finir ensemble, ici, ce soir. Nous nous serions aimés là-bas, autre part, je ne sais où, très loin. Mais vous ne comprenez pas, peut-être parce que vous êtes Français. Adieu!»

Et, comme il allait partir, plein d'une stupeur mal dissimulée:

«Voulez-vous que je vous embrasse?» fit-elle.

Elle l'embrassa sur le front, simplement, avec une sérénité grave.

Puis:

«Au fait, dites-moi où vous demeurez; je vous enverrai une fleur ou un livre, un jour que je penserai à vous.»