II

Voici le fait. La semaine dernière, en plein jour, en pleine capitale de la civilisation, en pleine place de la Bourse, il m'a été donné d'assister à un spectacle inouï, à un spectacle insensé, à un spectacle impossible, à un spectacle abracadabrant, à un spectacle aussi modernement bizarre que bizarrement féodal.

Devant le bureau de poste de la dite place de la Bourse, étaient arrêtées deux femmes, l'une vieille et l'autre jeune, l'une grande et l'autre petite, l'une présentant un profil aquilin accentué en casse-noisette et l'autre offrant une bonne grosse figure moutonnière, l'une portant avec une raideur aristocratique sa toilette riche mais de mauvais goût et l'autre gracieusement habillée d'une humble robe laine et coton, toutes deux facilement reconnaissables, à leur type exotique et à leur tournure spéciale, pour relever d'une nationalité autre que la nationalité française, celle-là devant être de toute évidence une noble dame supérieurement titrée ou rentée, et celle-ci sa femme de chambre ou sa fille de compagnie.