III
Cependant Paris affamé capitula; la paix fut signée. Les Allemands durent évacuer Marfleury. Avant de partir, car il fallait absolument partir, Karl ne put résister à la tentation d'ouvrir son coeur à la jeune fille. Il s'était toujours montré si respectueux envers elle, qu'on ne faisait plus scrupule de les laisser ensemble.
Ils étaient donc seuls dans le pré, sur le bord de l'eau. Karl dit:
«Mademoiselle, nous allons bientôt vous quitter.
—Ah! fit-elle simplement, avec une intonation qui signifiait: «Plût à
Dieu que vous ne fussiez jamais venus!»
—J'en suis désespéré, reprit-il, après un silence.
—Désespéré d'être victorieux?
—Comme vous dites cela! on croirait que c'est moi qui ai déchaîné cette guerre.»
Elle ne répliqua rien.
«Oh! vous ne nous aimez pas!»
Nouveau silence.
«Si l'un de nous vous aimait cependant… de tout son coeur… de toute son âme!… Est-ce que vous ne voudriez même pas l'écouter?
—Si l'un de vous avait ce mauvais goût, il ferait mieux de se taire.
—Pourtant, il faut que je vous parle. Oh! ne vous éloignez point; que craignez-vous de moi? N'entendez-vous pas que ma voix tremble? C'est que je vous aime; oui, le mot est dit, je vous aime.»
Elle fit un mouvement d'incrédulité.
«Vous ne le croyez pas, vous ne voulez pas le croire. Hélas! je quitte demain votre pays. Quand le temps aura commencé à faire oublier les misères de cette lutte funeste, je reviendrai. Je n'aurai plus cet uniforme, qui maintenant vous irrite encore. Je vous reverrai, si vous le permettez. J'aurai l'assentiment de ma famille, et peut-être obtiendrai-je l'assentiment de la vôtre, pour vous aimer. Adieu; pensez à tout cela. Je ne saurais être heureux que par vous, et pour vous je sacrifierai tout ce qu'un honnête homme peut sacrifier à une femme.»
Amédine le regardait fixement. Elle ne répondit pas un seul mot.
Une rougeur monta au front du jeune homme; il baissa les yeux, avança un instant sa main comme pour prendre celle d'Amédine et la porter à ses lèvres. Mais il n'osa pas, salua gauchement et partit.