IV
C'est dans ces dispositions que la trouva le page Enrico, qui lui apportait une missive du marquis. Aussitôt rentré chez lui, le vieillard avait voulu, dans sa folie sénile, renouveler par lettre ses offres et ses demandes. Elle lut du bout des cils les lignes tremblées du galant Michel, laissa tomber son front dans ses mains et réfléchit.
«La marquise est une belle et noble dame? dit-elle au page qui attendait.
—Oh! elle est la plus noble et la meilleure des maîtresses, répondit-il, les yeux baissés.
—Et toi, le plus gracieux et le plus fin des pages!» ajouta la courtisane en considérant la jolie figure du jeune garçon.
Puis elle écrivit ces mots:
«Madame la marquise,
«L'oncle de l'ingrat qui m'a quittée, vient de m'offrir son coeur et son coffre. J'en rougis pour lui et pour moi; je voudrais pour vous que cette scène ne se fût jamais jouée. Je suis quelque peu triste et méchante aujourd'hui. Je vous envoie sous ce pli la lettre du marquis, pour que vous puissiez apprécier le style qu'il prend en semblable occasion. Punissez-le comme bon vous semblera; de mon côté, je le châtierai d'importance, si vous pouvez faire en sorte qu'il se trouve dans trois jours à la représentation de San-Carlino.
«Je suis très humblement
«Votre indigne servante.
«STRETTINA.»
Elle donna le pli cacheté à Enrico.
«Page, dit-elle, jure-moi que tu remettras ce pli à la marquise elle-même? Embrasse-moi, et si tu veux revenir, je te prends à mon service. Tu me plais.»
Le page rougit. La Strettina l'embrassa sur les lèvres. Il s'enfuit, et revint bientôt dire qu'il s'était fidèlement acquitté de sa mission.