III
Entourée de plus d’adorations qu’une madone espagnole, rassasiée autant qu’une impératrice d’hommages et d’adulations, Aurélie était bien près de se croire d’une essence supérieure.
Elle se disait dès lors que, pour une fille comme elle, Dieu, dans sa prévoyance, avait dû faire naître quelque part un homme exceptionnel qu’un jour ou l’autre elle verrait à ses pieds.
Souvent, le soir, avant de s’endormir dans sa jolie chambre tendue de cachemire blanc, elle avait cru, aux lueurs tremblantes de sa veilleuse, entrevoir cet élu de son orgueil et de ses espérances. Son ombre, le long des rideaux, glissait fugitive comme le désir. Il avait une main sur son cœur et portait l’autre à ses lèvres pour envoyer des baisers.
Elle le parait, cet être surnaturel, des qualités inouïes qui font les héros des romans d’amour. Elle lui donnait la beauté qui frappe au premier abord, la force qui domine, l’esprit qui séduit, la passion qui entraîne.
Le malheur est qu’il tardait bien à se présenter.
Imprudente fille! Elle avait si fort découragé les épouseurs à vingt lieues à la ronde, que nul ne se risquait plus.
Et un soir, comme elle se mirait après s’être déshabillée, la glace lui découvrit des symptômes alarmants.
Sa gorge, qu’on jugeait divine sous ses guimpes, menaçait de rompre la sobre ligne sculpturale.
—Vierge Marie! pensa-t-elle, j’engraisse!...
Et sur le moment, elle se jura, elle, la fière, la dédaigneuse Aurélie, qu’elle épouserait le premier chien coiffé,—c’est l’expression angevine,—qui se déclarerait.