IV
Huit jours plus tard, le juge d’instruction était dans les plus grandes perplexités. Trois nouveaux interrogatoires n’avaient pas formé sa conviction.
Tarot et sa femme étaient-ils innocents? S’étaient-ils simplement merveilleusement entendus pour soutenir une fable probable?
Le magistrat ne savait quel parti prendre, lorsqu’un matin un bruit étrange lui arriva. La maison Jandidier venait de suspendre ses payements. Un agent, mis en campagne, rapporta les plus singuliers renseignements.
M. Jandidier, qu’on croyait si riche, était ruiné, mais ruiné absolument, et depuis trois ans il ne soutenait son crédit qu’à force d’expédients. On n’avait pas trouvé mille francs chez lui, et son échéance de fin de mois s’élevait à soixante-sept mille cinq cents francs.
L’austère négociant jouait à la Bourse, le mari vertueux avait une maîtresse.
Le juge d’instruction achevait de prendre connaissance de ces détails, lorsque maître Magloire apparut, pâle, tout essoufflé:
—Vous savez, monsieur, cria-t-il dès le seuil.
—Tout!
—Tarot est innocent!
—Je le crois, et cependant, cette visite..... comment expliquez-vous cette visite?
Magloire hocha tristement la tête.
—Je ne suis qu’un sot, dit-il, et Lecoq vient de me le prouver. Au café Turc, M. Jandidier parlait d’assurances sur la vie. Là était le nœud de l’affaire. Jandidier était assuré pour 200,000 francs, et les compagnies, en France, ne payent pas après un suicide; monsieur le juge comprend-il?