PUBLIÉES PAR LUI-MÊME.

I

1. Melite, || ov || les favsses || Lettres. || Piece Comique. || A Paris, || Chez François Targa, au premier || pillier de la grande Salle du Palais, deuant || les Consultations, au Soleil d'or. || M. DC. XXXIII [1633]. || Avec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff., 150 pp. et 1 f. blanc.

Les feuillets prélim. comprennent: 1 f. de titre; 3 ff. pour la dédicace à M. de Liancour, l'avis Au Lecteur et l'Argument; 2 ff. pour le Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté de Saint-Germain en Laye, le dernier jour de janvier 1633, porte: «Nostre bien amé François Targa, Marchand Libraire de nostre bonne ville de Paris, nous a fait remontrer qu'il a nouvellement recouvré un Livre intitulé Melite, ou les fausses Lettres, Piece comique, faicte par Me Pierre Corneille, Advocat en nostre Cour de Parlement de Rouen, qu'il desireroit faire imprimer et mettre en vente, etc.» Le privilége lui est accordé pour dix ans consécutifs, «à compter du jour et datte qu'il sera achevé d'imprimer». On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois, le douziéme iour de Feburier mil six cens trente-trois.

Tous les biographes de Corneille ont raconté comment il composa Mélite, en souvenir d'une aventure galante dont il avait été le héros. Une mention insérée dans un manuscrit de la Bibliothèque de Caen, le Moréri des Normands par Joseph-André Guiot de Rouen, nous a fait connaître le nom véritable de Mélite. C'était une demoiselle Millet, qui demeurait, ainsi que nous l'apprend M. Gaillard, rue aux Juifs, no 15. L'abbé Granet, qui avait fait de longues recherches sur Corneille, désigne, il est vrai, l'héroïne de Mélite sous le nom de Mme Dupont, et l'on a supposé, pour concilier les deux versions, que la jeune fille, qui avait d'abord montré une préférence pour Corneille, avait épousé, par la suite, un autre que lui. Les documents retrouvés par M. Gosselin ne permettent pas de s'arrêter à cette hypothèse. «Au moment du mariage de Pierre Corneille, la dame Dupont se trouvait veuve de Thomas Dupont, conseiller-correcteur à la Chambre des Comptes de Rouen, et son nom était Marie Courant. Cela résulte d'un arrêt du Parlement, du 11 août 1639, qui statuait sur une difficulté née antérieurement entre les frères Thomas, Jacques et Guillaume Dupont, et sur laquelle un premier arrêt était déjà intervenu le 26 juin 1638. A cette date, Thomas Dupont vivait encore, et, circonstance assez curieuse, il avait choisi pour son procureur François Corneille, oncle de l'ami de sa femme et le sien aussi sans doute.» (Particularités de la vie judiciaire de Corneille, par E. Gosselin; Rouen, 1865, in-8, p. 15.) Si l'on admet l'authenticité du récit relatif à Mélite, il faut donc tout au moins distinguer Mlle Millet de Mme Dupont.

Pour ne pas nous éloigner de l'ordre suivi par les éditeurs de Corneille et par Corneille lui-même, nous faisons figurer Mélite en tête de ses œuvres, bien qu'elle n'ait été imprimée qu'après Clitandre. Cette première pièce fut représentée par la troupe de Mondory, la seule qu'il y eût alors à Paris. L'époque de la représentation n'a pu être jusqu'ici exactement déterminée. L'opinion la plus probable la place à la fin de l'année 1629 ou au commencement de l'année 1630. Le succès confirma la vocation dramatique de Corneille.

Quelques exemplaires de l'édition originale présentent des corrections qui indiquent de légers remaniements pendant le tirage. La faute d'impression 9ɛ (3 à l'envers) au lieu de 63, qui se remarque dans la pagination des premiers exemplaires, a disparu des seconds; on a, de plus, introduit en manchette, p. 101, après le vers:

Si proches du logis, il vaut mieux l'y porter,

l'indication d'un jeu de scène: Cliton et la Nourrice emportent Mélite pasmée en son logis, ou Cloris les suit appuyée sur Lisis. Par contre, on a laissé subsister les fautes Episrte pour Epistre, au titre courant de la p. v, et 79 pour 97 dans la pagination. Les deux tirages se trouvent à la Bibliothèque nationale: le premier y est porté Y. 5801, le second Y. 5801 + A.

Il existe, sous la date de 1633, une édition de Mélite dans le format in-8, que M. Brunet et M. Frère ont rangée, sans l'avoir vue, parmi les éditions originales de Corneille. Nous avons eu l'occasion de l'examiner, et nous avons reconnu que c'est une simple contrefaçon. On en trouvera la description ci-après, en tête de notre chapitre VII. C'est probablement cette édition qui est citée au Catalogue Pompadour (no 890), avec la mention: Paris, Targa, 1633, in-12.

II

2. Clitandre, || ov || l'Innocence || delivrée || Tragi-Comedie.|| Dédiée à Monseigneur || le Duc de Longueuille. || A Paris, || Chez François Targa, au premier pilier || de la grand'Salle du Palais, au Soleil d'or. || M. DC. XXXII [1632]. || Auec Priuilege du Roy.—Meslanges || poetiqves|| Du mesme. || A Paris, || Chez François Targa, au premier || pilier de la grand'Salle du Palais, || au Soleil d'or. || M. DC. XXXII [1632]. || Auec Priuilege du Roy. In-8 de 12 ff. et 159 pp.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. de titre; 5 pp. pour la dédicace; 6 pp. pour la Préface; 9 pp. pour l'Argument; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les Acteurs.

Clitandre occupe les 118 pp. suivantes; il y a ensuite un feuillet blanc, puis vient le second titre. Les Meslanges poëtiques continuent la pagination et même les signatures de la pièce (le cahier H compte 4 ff. de Clitandre et 4 ff. des Meslanges); ils ne peuvent donc en être détachés.

Le privilége, donné à Paris le 8 mars 1632, est accordé à François Targa, pour six ans. L'achevé d'imprimer est du 20 mars 1632.

Corneille paraît ici pour la première fois devant le public. Il avait déjà fait représenter Mélite, qui lui avait valu une certaine réputation; mais il aima mieux livrer d'abord à l'impression son Clitandre, pour lequel il semble avoir eu une affection particulière. Il s'était efforcé d'en faire une pièce plus régulière que sa Mélite, et dont le nœud, l'intrigue, tous les incidents et la conclusion pussent tenir dans un espace de vingt-quatre heures. Il voulut aussi l'écrire «dans un style plus élevé», ce qui ne l'empêcha pas de se permettre une de ces licences qui ne seraient guère de mise aujourd'hui sur la dernière de nos scènes comiques. Calliste, fiancée de Rosidor, vient trouver celui-ci dans son lit; «il est vrai, dit Fontenelle, qu'ils doivent bientôt être mariés.»

Lorsque Corneille eut acquis l'habitude du théâtre, il reconnut que Clitandre était peu digne de lui; il en fit si bonne justice dans l'Examen qu'il y ajouta, qu'on eût dit qu'il se reprochait son ancienne prédilection.

Clitandre dut être joué en 1631. En en plaçant la représentation en 1632, les frères Parfaict nous semblent n'avoir pas pris garde à la date du privilége et de l'achevé d'imprimer. Il est difficile d'admettre que si, par exemple, la pièce avait été donnée au mois de janvier, le privilége, dont l'obtention demandait certainement d'assez longues démarches, eût pu être daté des premiers jours de mars. Corneille, d'ailleurs, n'était pas encore assez connu pour que les libraires missent une grande diligence à l'imprimer. Ce qui le prouve bien, c'est que Targa crut nécessaire de grossir quelque peu le volume, avant de le lancer dans le public, circonstance qui vint probablement encore retarder l'impression. En effet, les Meslanges sont précédés de l'avis suivant: «Au Lecteur. Quelques-unes de ces pieces te desplairont: sçache aussi que je ne les justifie pas toutes, et que je ne les donne qu'à l'importunité du Libraire pour grossir son Livre. Je ne croy pas cette Tragi-Comedie si mauvaise, que je me tienne obligé de te recompenser par trois ou quatre bons Sonnets.»

Les pièces contenues dans le recueil sont:

A monsieur D. L. T.

Enfin eschappé du danger

Où mon sort me voulut plonger...

Ode sur un prompt Amour.

O Dieux! qu'elle sçait bien surprendre...

A Monseigneur le Cardinal de Richelieu. Sonnet.

Puisqu'un d'Amboise et vous d'un succez admirable...

Sonnet pour M. D. V. envoyant un Galand à M. L. D. L.

Au point où me réduit la distance des lieux...

Madrigal pour un Masque donnant une boëte de Cerises confites à une Damoiselle.

Allez voir ce jeune Soleil....

Epitaphe de Didon. Traduit du Latin d'Ausone.

Miserable Didon, pauvre amante seduite..

Mascarade des Enfants gastez.

L'Officier. Une ambition desreglée...

Récit pour le Ballet du Chasteau de Bissestre.

Toy dont la course journaliere...

Pour monsieur L. C. D. F. representant un diable au mesme Ballet. Epigramme.

Quand je voy, ma Phillis, ta beauté sans seconde...

Stances sur une absence en temps de pluye.

Depuis qu'un malheureux adieu...

Sonnet.

Apres l'œil de Melite il n'est rien d'admirable...

(Ce sonnet avait été récité au théâtre, lors de la représentation de Mélite, mais il était encore inédit en 1632.)

Madrigal.

Je suis blessé profondément...

Epigrammes. Traduites du Latin d'Audoenus [Owen].

Jane toute la journée

Dit que le joug d'Hyménée...

Dialogue. Tirsis. Calliste.

Tirsis. Calliste mon plus cher souci...

Chanson.

Toy qui près d'un beau visage

Ne veux que feindre l'amour...

Chanson.

Si je perds bien des maistresses

J'en fais encor plus souvent...

III

3. La || Vefve || ov le || Traistre || trahy. || Comedie. || A Paris, || Chez François Targa, au premier || pilier de la grand'Salle du Palais deuant la || Chappelle, au Soleil d'or. || M. DC. XXXIV [1634]. || Auec Priuilege du Roy. In-8 de 20 ff. prélim., sign. ã, ẽ, par 8, ̄i par 4, et 144. pp. imprimées en caract. ital.

Les feuillets prélim. contiennent: 1 titre, 5 pp. pour la dédicace à Madame de la Maison-Fort et 4 pp. pour l'avis Au Lecteur (lequel n'a pas été réimprimé ailleurs). Les 23 pp. suivantes sont occupées par des vers que divers auteurs adressent à Corneille, au sujet de sa pièce. Ces hommages sont au nombre de 26; ils sont signés de Scudéry, Mairet, Guérente, I. G. A. E. P. [Jacques Gaillard, avocat en Parlement], de Rotrou, C. B. [Charles Beys], Du Ryer, Bois-Robert, d'Ouville, Claveret, J. Collardeau, L. M. P. [Louis Mauduit, Parisien, auteur du poëme de Narcisse], du Petit Val, Pillastre, de Marbeuf, de Canon, L. N. [Louis Neufgermain, ou L. Nondon, auteur de la tragédie de Cyrus], Burnel, Marcel, Voille, Beaulieu et A. C. [A. Chappelain, ou Adam Campigny, poëtes cités en 1633 et 1634]. Il y a parmi ces noms des auteurs connus et des auteurs inconnus. Ces derniers devaient être des Rouennais, amis du poëte, ainsi que M. Taschereau le suppose avec beaucoup de vraisemblance. Il y avait à Rouen, au commencement du dix-septième siècle, deux libraires appelés du Petit-Val: Raphaël et David. L'un et l'autre publièrent un grand nombre de pièces de théâtre Voy. notamment le Catalogue Soleinne, nos 879, 881, 906 à 911 et 1022. Il s'agit sans doute ici de David, neuf fois couronné par l'Académie des Palinods (1615-1658). Aucun des éditeurs modernes n'a cherché à interpréter les initiales; nous les expliquons sous toutes réserves, d'après une note que M. P. Lacroix a bien voulu nous communiquer. La Veuve est, du reste, la seule de ses pièces que Corneille ait eu la faiblesse de faire précéder de stances, sonnets, strophes et madrigaux en son honneur, et il ne manqua pas de les supprimer dans le recueil de 1644 et dans les éditions suivantes.—Le recto du 19e f. est occupé par l'extrait du privilége, accordé à François Targa, pour six ans, par lettres datées du 9 mars 1634. L'achevé d'imprimer qui suit le privilége est du «treisiesme jour de mars mil six cens trente-quatre». Au verso du 19e f., on trouve le relevé des plus notables fautes survenues à l'impression; enfin le 20e f. contient au recto l'Argument et, au verso, la liste des Acteurs.

La plupart des éditeurs de Corneille, et M. Taschereau lui-même, ont cru que la Veuve n'avait dû être représentée qu'en 1634; M. Marty-Laveaux (Œuvres de Corneille, I, p. 373) a démontré, à l'aide de deux passages de la dédicace, que la représentation avait dû avoir lieu plus tôt et que les frères Parfaict avaient eu raison de la placer en 1633. (Hist. du Théatre François, t. V, p. 43.)

IV

4. La || Galerie || dv Palais, || ov || L'Amie rivalle. || Comedie. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Imprimeur & Libraire de || Monseigneur frere du Roy, dans la petite Salle || du Palais, à la Palme; [ou Chez François Targa, au premier pilier de la grand' || Salle du Palais, deuant la Chappelle, || au Soleil d'or]. || M. DC. XXXVII [1637]. || Auec Privilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 143 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 3 pp. pour la dédicace; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour les noms des Acteurs.

Nous trouvons ici le texte entier du privilége accordé à Courbé, pour «trois Comédies; Sçavoir La Galerie du Palais, ou l'Amie rivalle, La Place Royalle, ou l'Amoureux Extravagant, et la Suivante; Et une Tragédie-Comédie intitulée, Le Cid, composées par M. Corneille.» Ce privilége est donné pour une durée de vingt ans, à la date du 21 janvier 1637, et Courbé déclare y associer François Targa, «suivant le contract passé entr'eux pardevant les Notaires du Chastelet de Paris». L'achevé d'imprimer est du 20 février 1637.

M. Marty-Laveaux, à l'exemple des précédents éditeurs de Corneille, a d'abord placé la représentation de la Galerie du Palais en 1634, mais il a remarqué ensuite un passage d'une pièce latine adressée par Corneille à Richelieu, pièce qui a dû être composée en 1634, et dans laquelle il est question de la Place Royale. Il a fallu avancer d'un an la date généralement admise de cette comédie, et, comme il n'est pas probable que Corneille ait pu donner trois pièces en un an, changer aussi la date de la Galerie du Palais et la reporter à 1633. (Voy. Œuvres de Corneille, éd. Marty-Laveaux, t. X, pp. 7 et 65.)

Corneille assura le succès de sa quatrième comédie en lui donnant pour scène un lieu connu de tous, cette fameuse Galerie du Palais, où se vendaient ses ouvrages et qui était alors le rendez-vous du monde élégant. Ses détracteurs lui reprochèrent plus tard avec aigreur cette manière de fixer l'attention du public. Un pamphlet anonyme publié dans la querelle du Cid, la Lettre à *** sous le nom d'Ariste, contient le passage suivant: «Il reste maintenant à parler de ses autres pièces qui peuvent passer pour farces, et dont les tiltres seuls faisoient rire autrefois les plus sages et les plus sérieux. Il a fait voir une Mélite, la Galerie du Palais et la Place Royale, ce qui nous faisoit espérer que Mondory annonceroit bientost le Cimetière S. Jean, la Samaritaine et la Place aux Veaux.» Ce passage est curieux, parce qu'il prouve que toutes les comédies de Corneille furent représentées par Mondory; on l'avait supposé jusqu'ici, mais on n'avait appuyé cette opinion d'aucune preuve.

Une innovation qui mérite d'être rappelée est la suppression de la nourrice traditionnelle, que Corneille avait conservée dans Mélite et dans la Veuve, et qui est remplacée ici par une «suivante». A la vérité, les suivantes remplirent toujours plus ou moins le rôle joué jadis par les nourrices; elles ne ressemblèrent en rien aux chambrières du XVIe siècle ou du commencement du XVIIe. Ces dernières intriguaient toujours pour leur propre compte, tandis que les suivantes n'intriguèrent que pour leur maîtresse.

La Galerie du Palais dut rester en portefeuille pendant quatre ans. Elle ne vit le jour qu'après que le Cid eut mis le sceau à la réputation de Corneille. Elle fut ainsi comprise dans le Privilége accordé au libraire du poëte triomphant, privilége d'une durée plus longue qu'aucun de ceux que nous avons rencontrés à cette époque.

La mention qui termine le privilége, mention que nous trouvons, du reste, en plusieurs autres endroits, devrait inspirer à quelque chercheur l'idée de fouiller les études des notaires de Paris, pour y retrouver les minutes des contrats intervenus entre Courbé, Targa, Sommaville, de Luyne, Billaine et les autres éditeurs des grands écrivains du XVIIe siècle. Nul doute qu'il ne se soit conservé quelques-uns de ces actes, qui nous révéleraient de piquants détails sur les bénéfices qu'une pièce de Corneille pouvait rapporter aux libraires qui la publiaient.

Les exemplaires avec le nom de Targa sont très-rares. On en conserve un à la Bibliothèque de l'Institut (Q. 150. B).

V

5. La || Svivante, || Comedie. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Imprimeur || & Libraire de Monseigneur Frere du Roy, dans la || petite Salle du Palais, à la Palme; [ou Chez François Targa, au premier || Pilier de la grand'Salle du Palais, deuant || la Chappelle, au Soleil d'or]. || M. DC. XXXVII [1637]. || Avec Privilege du Roy. In-4 de 5 ff. prélim. et 128 pp.

Les feuillets prélim. contiennent: 1 f. de titre et 3 ff. pour l'épître dédicatoire (sign. ̄a), plus 1 f. non signé, formant encart pour l'Extrait du Privilége. Ce dernier texte est extrait du privilége, donné pour vingt ans à Augustin Courbé, à la date du 21 janvier 1637, c'est-à-dire après la représentation du Cid. Courbé déclare y associer François Targa. L'achevé d'imprimer est du 9 septembre 1637.

La Suivante dut être représentée en 1634, mais ne fut publiée qu'après le grand succès du Cid. Cette circonstance explique le ton de l'épître qui la précède. Tout en présentant sa pièce au public sous la forme d'une dédicace probablement imaginaire, il vise les ennemis du Cid et défend ses œuvres avec la conscience de son génie. Quant à la Suivante, «elle est d'un genre, dit-il, qui demande plustost un style naïf que pompeux: les fourbes et les intrigues sont principalement du jeu de la Comedie, les passions n'y entrent que par accident. Les regles des Anciens sont assez religieusement observées en celle-cy: il n'y a qu'une action principale à qui toutes les autres aboutissent, son lieu n'a point plus d'estendue que celle du Theatre, et le temps n'en est point plus long que celuy de la representation, si vous en exceptez l'heure du disner qui se passe entre le premier et le second Acte. La liaison mesme des Scenes, qui n'est qu'un embellissement, et non pas un precepte, y est gardée; et si vous prenez la peine de conter les vers, vous n'en trouverez pas en un acte plus qu'en l'autre. [Il y a 340 vers dans chaque acte.] Ce n'est pas que je me sois assujetty depuis aux mesmes rigueurs: j'ayme à suivre les regles, mais, loin de me rendre leur esclave, je les élargis et reserre selon le besoin qu'en a mon sujet, et je romps mesme sans scrupule celle qui regarde la durée de l'action, quand sa severité me semble absolument incompatible avec les beautez des evenemens que je décris.»

VI

6. La Place || Royalle, || ov || l'Amovrevx || Extravagant. || Comedie. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Imprimeur & Libraire de || Monseigneur frere du Roy, dans la petite Sale [sic] du Palais, à la Palme; [ou Chez François Targa au premier pillier de la || grand'Salle du Palais, deuant la Chapelle, || au Soleil d'or]. || M. DC. XXXVII [1637]. || Auec Privilege du Roy. In-4 de 4 ff. prélim. et 112 pp.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. de titre; 2 ff. pour la dédicace à Monsieur *** et 1 f. pour le Privilége.

L'extrait du privilége est le même que celui de la Suivante. Il y a de même partage amiable entre Courbé et Targa. L'achevé d'imprimer est du 20 février 1637.

Nous avons déjà parlé, à propos de la Galerie du Palais, de la pièce latine adressée par Corneille au cardinal de Richelieu, en l'année 1634, pièce qui contient une allusion à la Place Royale (voy. Marty-Laveaux, Œuvres de Corneille, t. X, pp. 64-72, et, en particulier, les vers 29 et 30 du poëme latin). Il convient donc de placer en 1634 la représentation de cette comédie, que l'on considère généralement comme ayant eu lieu en 1635.

Corneille, en prenant pour titre de sa pièce le nom de la Place où se réunissait alors le beau monde, voulut exploiter le succès qu'il avait obtenu avec la Galerie du Palais. Il paraît que Claveret avait déjà fait choix du même titre pour un de ses ouvrages, et, dans sa lettre «au soy-disant auteur du Cid», il accuse Corneille de plagiat. «Il faudrait, dit M. Taschereau, avoir la bosse du vol bien prononcée pour se laisser aller à dérober quoi que ce fût à Claveret.» (Hist. de Corneille, 2e éd., p. 34.)

Le principal personnage de la Place Royale, Alidor, parle des femmes, en termes peu ménagés, et, s'il faut en croire l'édition de Corneille, publiée en 1747, plusieurs spectatrices se plaignirent de ce que leur sexe était aussi peu ménagé par le poëte; aussi, l'épître dédicatoire à M. *** contient-elle une longue justification d'Alidor, dont l'auteur déclare ne point partager les sentiments.

La Bibliothèque nationale possède un exemplaire au nom de Courbé, et la Bibliothèque de l'Institut un exemplaire au nom de Targa.

VII

7. Medee || Tragedie. || A Paris, || Chez François Targa, au || premier pillier de la grand'Salle du Palais, || deuant la Chapelle, au Solier [sic] d'or. || M. DC. XXXIX [1639]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 95 pp.

Les feuillets prélim. contiennent: 1 titre; 2 ff. pour la dédicace à Monsieur P. T. N. G. et 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 11 février 1639, est accordé à François Targa, pour sept ans. L'achevé d'imprimer est du 16 mars 1639.

Médée dut être représentée dans les premiers mois de l'année 1635, mais ne fut imprimée que deux ans après le Cid, en même temps que l'Illusion comique. Corneille, obligé de répondre aux attaques furieuses de ses ennemis, ne se pressa point de donner un nouvel aliment à leurs critiques, en faisant imprimer les deux pièces qui n'avaient pas été comprises dans le privilége du Cid. Après avoir obtenu ce privilége pour vingt ans, son libraire n'obtint que sept ans pour Médée et l'Illusion comique. On dirait ainsi que les injures des Mairet et des Claveret produisirent impression sur les Conseils du roi.

Jusqu'ici Corneille n'est connu que comme poëte comique; il se révèle maintenant comme poëte tragique, en faisant choix d'un sujet déjà traité par Euripide et par Sénèque. Il y a de beaux vers dans sa Médée, et, malgré des faiblesses et des longueurs, on y sent déjà l'auteur du Cid. Cette première tragédie n'eut pourtant pas de succès, et l'indifférence du public peut expliquer qu'elle n'ait vu le jour qu'après le Cid. La troupe de Molière, qui avait repris la pièce donnée au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, plus de vingt-cinq ans auparavant, ne l'en conserva pas moins au répertoire, mais ne la joua jamais seule. Le Registre de Lagrange en mentionne 13 représentations, de 1665 à 1677. Le 2 octobre 1665, elle fut donnée avec l'Alexandre de Racine; le 7 et le 9 novembre 1666, elle reparut avec le Menteur, etc.

M. Marty-Laveaux dit que la Médée de Longepierre, représentée en 1694, fit oublier celle de Corneille, ce qui n'est pas absolument exact. Longepierre s'était plus ou moins inspiré de son devancier et, loin de s'appliquer à éviter ses défauts, les avait encore exagérés. Il est vrai que sa Médée resta au théâtre pendant tout le cours du XVIIIe siècle, «parce que le rôle principal, ainsi que le remarque M. Taschereau, offrait l'occasion de briller à une actrice imposante»; mais la pièce de Corneille ne fut pas entièrement oubliée.

Un curieux travail placé à la fin de l'édition de Racine, publiée par M. Ménard, nous apprend qu'elle fut reprise en 1763. Quelques scènes en ont été représentées au Théâtre-Français dans ces dernières années, notamment en 1871, et les spectateurs ont témoigné leur intérêt pour l'œuvre de Corneille.

Vendu: 170 fr. vél., Huillard, 1870 (n° 589).

VIII

8. L'Illvsion || comiqve || Comedie. || A Paris, || Chez François Targa, au || premier pillier de la grand'Salle du Palais, || deuant la Chapelle, au Soleil d'or. || M. DC. XXXIX [1639]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 124 pp.

Les feuillets prélim. contiennent: 1 f. de titre; 3 pp. pour la dédicace à Madamoiselle M. F. D. R.; 1 p. pour l'errata, et 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége est accordé à François Targa, à la date du 11 février 1639, pour une durée de sept ans. L'achevé d'imprimer est du 16 mars 1639, comme celui de Médée, imprimée en vertu du même privilége.

«Si Médée, qui fait honneur au jeune talent de Corneille, fut froidement accueillie, dit M. Taschereau, une composition extravagante, que les admirateurs de son génie voudraient pouvoir rayer du catalogue de ses pièces, fut peu après reçue avec enthousiasme: nous voulons parler de l'Illusion, représentée en 1636. Il la déclare lui-même un monstre étrange, et ce jugement n'est que juste. Toutefois, on peut s'expliquer, par le mouvement qu'elle présente, par une grande supériorité de style sur tous les précédents ouvrages du même auteur, et par la nouveauté du personnage de Matamore, imité du Miles gloriosus de Plaute et du Capitan du théâtre espagnol, l'avantage qu'elle eut de se maintenir pendant plus de trente ans à la scène.»

Malgré ce jugement sévère, M. Taschereau lui-même cite un fort beau passage de l'Illusion (c'est le titre que porta la pièce à partir de 1660), le passage où Corneille prend à tâche de relever la profession de comédien, comme s'il ne voulait pas qu'on pût confondre un jour les interprètes du Cid avec les saltimbanques ou les faiseurs de parade. M. Marty-Laveaux cite d'autres vers, placés dans la bouche de Matamore, mais qui ne sont pas empreints de l'exagération comique propre à ce personnage; on les dirait empruntés au récit de Rodrigue dans le Cid. Ajoutons que certains vers de l'Illusion sont dans toutes les mémoires, ceux-ci par exemple:

Ainsi de nostre espoir la Fortune se joue;

Tout s'esleve ou s'abaisse au bransle de sa roue,

Et son ordre inégal qui regit l'Univers

Au milieu du bonheur a ses plus grands revers.

(Acte V, scène VI, de l'édition originale.)

Il ne s'agit pas ici de défendre le sujet de l'Illusion, ni d'y chercher, à l'exemple de M. Aimé-Martin, l'histoire de Corneille et de Mondory; mais nous pouvons nous étonner du mépris avec lequel M. Taschereau parle du rôle de Matamore. Ce personnage pouvait ne pas être goûté en 1829, mais il est étrange que M. Taschereau ne l'ait pas traité avec plus d'indulgence en 1855, dans sa seconde édition. Lors de la timide reprise de l'Illusion comique, faite par M. Édouard Thierry, en 1861 et en 1862, pour l'anniversaire de la naissance de Corneille, l'artiste de talent chargé d'interpréter le rôle de Matamore a su montrer que, pour ne pas appartenir au genre élevé, la figure du spadassin gascon n'est pas moins d'un effet véritablement comique. Corneille, plus encore que Mareschal ou que Scarron, a fait passer en proverbe le nom de Matamore, sous lequel fut longtemps connu l'acteur Bellemore.

IX

9. Le Cid || Tragi-Comédie. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Im- || primeur & Libraire de Monseigneur || frere du Roy, dans la petite Salle du || Palais, à la Palme; [ou Chez François Targa, || au premier pillier de la grand'Salle du Palais, || devant la Chapelle, au Soleil d'or]. || M. DC. XXXVII [1637]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 128 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace à Madame de Combalet; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, accordé à Courbé pour le Cid, en même temps que pour la Galerie du Palais, la Place Royalle et la Suivante (voy. ci-dessus), est daté du 21 janvier 1637 et garantit les droits de l'éditeur pendant vingt ans. Courbé déclare y associer Fr. Targa, «suivant le contract passé entr'eux pardevant les Notaires du Chastelet de Paris». L'achevé d'imprimer est du 23 mars 1637.

Dans certains exemplaires, dans un notamment qui fait partie de la collection Cousin, l'adresse du libraire Courbé est ainsi disposée: A Paris, || Chez Augustin Courbé, || Imprimeur & Libraire de Monseigneur || frere du Roy, dans la petite Salle || du Palais, à la Palme. L'Achevé d'imprimer y est, non plus du 23 mars, mais du 24 mars 1637.

La 3e stance récitée par Rodrigue à la fin du premier acte est ainsi conçue, dans les exemplaires de la première catégorie:

Pere, maistresse, honneur, amour,

Illustre tyrannie, adorable contrainte,

Par qui de ma raison la lumiere est esteinte,

A mon aveuglement rendez un peu de jour.

Les autres exemplaires, avec l'achevé d'imprimer du 24 mars, portent:

Pere, maistresse, honneur, amour,

Noble et dure contrainte, aymable tyrannie,

Tous mes plaisirs sont morts ou ma gloire est ternie;

L'un me rend mal-heureux, l'autre indigne du jour.

On trouve, dans les éditions in-12 citées ci-après, une troisième leçon très-différente.

Corneille avait déjà composé la tragédie de Médée, quand il emprunta aux auteurs espagnols le sujet du Cid. Ce fut, dit-on, à l'instigation de l'évêque de Chalon qu'il abandonna le théâtre de Sénèque pour suivre les traces de Guillen de Castro. Les Mocedades del Cid et les diverses romances du Cid donnèrent naissance à une tragédie qui excita, dès qu'elle parut, l'admiration universelle. Voltaire a cru découvrir, en 1764, que la pièce de Corneille avait été presque mot à mot traduite d'une pièce de Diamante, intitulée: El Honrador de su padre, mais il a été démontré depuis que Diamante n'avait fait que traduire la tragédie française vingt ans plus tard.

Si l'on en croit les frères Parfaict (Histoire du Théatre François, t. VI, p. 92), le Cid fut représenté vers la fin de novembre 1636. Il fut joué par Mondory et sa troupe, et les acteurs montrèrent tant de talent, que les adversaires du Cid leur attribuèrent tout le succès de la nouvelle tragédie.

«Il est malaisé, dit Pellisson (Relation concernant l'histoire de l'Académie françoise, 1653, in-8, pp. 186 sq.), il est malaisé de s'imaginer avec quelle approbation cette pièce fut reçue de la cour et du public. On ne se pouvoit lasser de la voir, on n'entendoit autre chose dans les compagnies, chacun en sçavoit quelque partie par cœur, on la faisoit apprendre aux enfants, et en plusieurs endroits de la France il estoit passé en proverbe de dire: Cela est beau comme le Cid

L'immense supériorité du Cid sur toutes les productions dramatiques qui l'avaient précédé excita la jalousie de tous les auteurs qui tenaient alors le premier rang dans l'estime publique. Les Mairet, les Claveret, les Scudéry, ces anciens amis de Corneille, se déchaînèrent contre lui avec une véritable fureur. Ils entassèrent libelle sur libelle, injure sur injure, sans parvenir à ternir la gloire du poëte, qui leur répondit en homme qui a la conscience de sa force et de son génie. Il eut pour lui le public et une puissante protectrice, Anne d'Autriche, qui vit avec bonheur sur la scène les héros de sa chère Espagne. La reine paralysa quelque peu les mauvaises dispositions de Richelieu, qui, dans sa jalousie contre le Cid, prenait plaisir à le voir jouer par des laquais et des marmitons. C'est très-vraisemblablement à son influence que Pierre Corneille le père dut les lettres de noblesse qu'il reçut en janvier 1637. Mme de Combalet, à qui fut dédiée l'édition originale du Cid, s'intéressa très-chaudement à l'auteur. C'était la nièce et, si l'on doit ajouter foi aux récits souvent suspects de Guy-Patin et de Tallemant des Réaux, plus que la nièce du cardinal. Son intervention eût pu calmer les jalousies excitées contre Corneille, s'il ne les avait imprudemment réveillées en faisant paraître son Excuse à Ariste.

Nous n'avons pas à étudier ni même à énumérer ici les pièces publiées dans la célèbre querelle du Cid; elles seront décrites ci-après dans notre chapitre XIX. Nous voulons seulement ajouter quelques mots sur les acteurs qui jouèrent à l'origine les rôles de la tragédie. M. Marty-Laveaux a fait à ce sujet de très-intéressantes recherches, dont nous pouvons profiter à notre tour. Mondory représenta Rodrigue pendant quelque temps, mais il fut frappé d'une attaque d'apoplexie qui lui enleva la parole. Mlle Villiers joua Chimène, ainsi que nous l'apprend Scudéry dans sa Lettre à l'Académie, p. 5. D'après M. Aimé-Martin, qui ne cite, il est vrai, aucun texte à l'appui de son dire, le personnage de don Diègue aurait été créé par d'Orgemont; ce qui est certain, c'est qu'il fut rempli ensuite par Le Baron, qui mourut en 1655. Le rôle de l'Infante, si souvent et si justement critiqué, fut joué par Mlle Beauchâteau et ne fut sans doute composé que pour elle. «Doña Urraque, dit Scudéry dans ses Observations sur le Cid, n'y est que pour faire jouer la Beauchâteau.» Corneille fait lui-même cet aveu, dans son Discours du poëme dramatique, quand il dit: «Aristote blasme fort les Episodes détachez, et dit que les mauvais Poëtes en font par ignorance, et les bons en faveur des Comédiens, pour leur donner de l'employ. L'Infante du Cid est de ce nombre, et on la pourra condamner ou luy faire grace par ce texte d'Aristote, suivant le rang qu'on voudra me donner parmy nos modernes.»

Un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale (Msc. fr., no 2509, ancien fonds de Versailles no 237) nous donne une liste complète des acteurs qui jouaient le Cid, à l'époque de la mort de Corneille. Ce manuscrit intitulé: Repertoire des Comedies françoises qui se peuvent jouer eu 1685, a été exécuté pour le Dauphin, dont la reliure porte les armes. Il contient la distribution complète de 73 pièces des deux Corneille, de Rotrou, de Du Ryer, Molière, Racine, etc., plus une liste de 28 «petites comedies», sans l'indication des acteurs. Ces pièces formaient le répertoire courant des comédiens du roi au commencement de l'année 1685 (il est probable que le manuscrit fut exécuté avant l'époque du carnaval).

Voici la distribution du Cid:

DAMOISELLES.

Chimene:Chanmeslé.
Elvire:Guiot.
L'Infante:le Comte.
Leonor:Poisson.

HOMMES.

Rodrigue:Baron.
D. Diegue:Chanmeslé, ou Guerin.
Le Roy:le Comte, ou la Tuillerie.
D. Sanche:de Villiers, ou la Torilliere.
D. Arias:Hubert.
D. Alonze:Beauval.
Le Comte:La Tuillerie.

En 1728, un anonyme, que l'on a cru être Jean-Baptiste Rousseau, publia une édition remaniée du Cid, dans laquelle il avait supprimé le rôle de l'Infante, celui de Léonor et celui du page (voy. ci-après chap. [816.]XIV). Cette suppression fut dès lors admise au Théâtre-Français, où l'on s'avisa plus tard de retrancher la première scène entre Elvire et Chimène, et de commencer la pièce par la scène IIIe de l'original:

Enfin vous l'emportez, et la faveur du Roy

Vous esleve en un rang qui n'estoit deub qu'à moy.

En 1737 et en 1741, on tenta de remettre le Cid au théâtre, dans son intégrité; le 1er juin 1806, Napoléon le fit jouer à Saint-Cloud, par Monvel (don Diègue), Talma (Rodrigue), Mlle Duchesnois (Chimène), Lafon (le Roi), Mlle Georges (l'Infante); mais, malgré une distribution aussi extraordinairement favorable, l'épreuve ne réussit pas. Le 22 janvier 1842, la première scène fut jouée dans son intégrité, pour une représentation de Mlle Rachel, mais ce n'est que le 4 octobre 1872 que la pièce a été jouée sans coupure, sur le Théâtre-Français, pour la première fois depuis plus d'un siècle. Les débuts de M. Mounet-Sully et de Mlle Rousseil ont été l'occasion de cette restitution.

Le Cid, ainsi que nous l'apprend Corneille dans sa Lettre apologétique, fut représenté trois fois au Louvre et deux fois à l'hôtel de Richelieu. Le Registre de Lagrange mentionne quatre représentations en 1659 et deux en 1679. A partir de cette époque, nous pouvons, en nous aidant du curieux travail de M. Despois (Œuvres de Racine, éd. Mesnard, t. VIII, pp. 608 sqq.), dresser un tableau des représentations du Cid, données par les Comédiens du Théâtre-Français, de 1680 à février 1875:

De 1680 à 1715{à la ville: 219
à la cour: 23
}242
Règne de Louis XV (1715-1774){à la ville: 177
à la cour: 13
}190
Règne de Louis XVI (1774-1789) { à la ville: 49
à la cour: 6
} 55
Révolution (1789-1793) 17
Directoire, Consulat, Empire (1799-1814) { à la ville: 191
à la cour: 5
} 196
Restauration (1814-1830)|à la ville:|86
Règne de Louis-Philippe (1830-1848)|à la ville:|75
Seconde République (1848-1851) 9
Second Empire (1851-1870)|à la ville:|30
République (1870 à février 1875) 33
——
Ensemble 933

L'édition in-4 du Cid est peu commune, et les beaux exemplaires en sont fort rares; nous en avons vu à la Bibliothèque nationale, à la Bibliothèque de l'Institut et à la Bibliothèque Cousin. La Bibliothèque publique de Niort en possède un dans sa première reliure, qui a appartenu à Marie de la Tour, duchesse de la Trémoille, dont la marque est collée sur l'une des gardes. Le même volume contient la Galerie du Palais et la Place Royalle. Le libraire Targa avait sans doute reçu un beaucoup moins grand nombre d'exemplaires que son confrère Courbé; aussi, les exemplaires qui portent son nom sont-ils particulièrement rares. Nous en avons trouvé un dans la Bibliothèque municipale de Versailles, avec l'achevé d'imprimer du 24 mars.

10. Le || Cid || Tragicomedie. || A Paris, ||

Ches { François Targa
Augustin Courbé
}au Palais

S. d. [1637]. In-12 de 4. ff. et 88 pp.

Il n'y a pas d'autre titre à cette édition qu'un frontispice gravé, représentant un cippe sur lequel sont assis deux amours qui tiennent un rideau. On lit sur ce rideau le titre de la pièce et au bas du cippe le nom des libraires. Dans le coin gauche du piédestal se lit la lettre ML, monogramme du graveur Michel Lasne. Le frontispice est suivi de 2 ff. pour la dédicace et 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Cette première édition in-12 du Cid est d'un très-petit format (la justification est de 94 millimètres sur 49), et imprimée en très-petits caractères. Il importe de ne pas la confondre avec l'édition décrite ci-après. Le texte présente plusieurs leçons qui diffèrent des éditions in-4; la principale est la correction faite à la 3e des stances de Rodrigue, laquelle commence ainsi:

Pere, maistresse, honneur, amour,

Impitoyable loy, cruelle tyrannie,

Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie:

L'un me rend mal-heureux, l'autre indigne du jour.

Cette leçon se retrouve dans la seconde édition in-12 citée ci-après (no 12); mais dans les différents recueils de ses œuvres, Corneille est revenu au texte des exemplaires de l'édition originale qui portent la date du 24 mars 1637.

L'extrait du privilége est le même que dans l'édition in-4; l'achevé d'imprimer est daté, en toutes lettres, du vingt-troisiesme Mars 1637. Cette date a pu faire croire que l'édition in-12 avait été tirée en même temps que la première édition in-4, qui porte la date du 23 mars, et non celle du 24; mais le passage des strophes de Rodrigue que nous avons rapporté ne permet pas de s'arrêter à cette supposition. Toutefois il est certain que l'édition in-12 dut paraître dans le courant de l'année 1637, puisque le texte en est reproduit dans deux éditions hollandaises datées de 1638.

Le prodigieux succès du Cid put seul donner l'idée d'en faire une édition in-12. Le format consacré pour les tragédies était l'in-4 ou, tout au moins, l'in-8. Les libraires voulurent fournir au public curieux qui discutait dans les ruelles les mérites de la pièce nouvelle un texte facile à transporter; les lecteurs s'habituèrent à ces éditions, dont l'usage était plus commode, en même temps que le prix en était moins élevé. Toutes les pièces de Molière, de Racine, de Boursault, etc., parurent dans le format in-12. Quant aux pièces de Corneille, tant qu'elles eurent de la vogue, il en fut fait en même temps deux éditions, dans les deux formats in-4 et in-12. Le jour où le public commença de s'en dégoûter, les libraires renoncèrent définitivement à l'in-4.

Vendu: 34 fr., mar. citr., sans indication de relieur, Solar, 1860 (no 1692).

11. Le Cid || Tragi-Comedie. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Libraire & || Imprimeur de Monsieur frere du Roy, dans la || petite Salle du Palais, à la Palme; [ou Chez François Targa, au premier || pillier de la grand'Salle du Palais, deuant || la Chapelle, au Soleil d'or]. || M. DC. XXXIX [1639]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 110 pp., caract. ital.

Le titre est suivi de 2 ff., imprimés en caractères italiques, pour la dédicace à Madame de Combalet, et d'un f. pour l'Extrait du Privilége et le nom des Acteurs. Ces ff. prélim. sont semblables à ceux de l'édition de 1637, mais le texte en est moins serré. On ne pourra les confondre en s'en rapportant aux indications suivantes:

Page iij, dernière ligne:

1637: de six cens ans vient encor de triompher

1639: batailles après sa mort, & son nom au bout.

Page v, dernière ligne:

1637: quelque durée pour cet heureux effort de

1639: ma plume, ce n'est point pour apprendre.

L'achevé d'imprimer rappelé au bas de l'extrait du privilége est du 24 mars 1637. Le texte de la troisième strophe du Cid reproduit le texte des exemplaires de l'édition in-4 de 1637, que nous avons rangés dans la seconde catégorie.

12. Le || Cid || Tragicomedie. || A Paris, ||

Ches { Augustin Courbé
Pierre le Petit
}au Palais

S. d. [vers 1642]. In-12 de 4 ff. et 88 pp.

Dans cette édition, le frontispice, l'extrait du privilége et l'achevé d'imprimer sont en tout semblables à ceux de l'édition in-12 citée plus haut (no 10). Le texte est le même, et, comme la justification est celle que nous voyons d'ordinaire employée dans les éditions in-12 des pièces de Corneille (103 mm. sur 58), on serait tenté, au premier abord, de la considérer comme la vraie édition originale du Cid dans ce format, mais la mention de Pierre le Petit, au lieu de François Targa, sur le titre, ne nous permet pas de nous arrêter à cette supposition. En effet, ce libraire, qui mourut en 1686, ne commença d'exercer qu'en 1642, tandis que François Ier Targa fut libraire de 1612 à 1653, époque à laquelle son fils, François II, lui succéda.

Un fait qui vient confirmer notre opinion, c'est que le frontispice de Michel Lasne, qui se trouve dans les deux éditions in-12, avec le seul changement du nom des libraires, a précisément la justification du petit in-12.

Le nombre des ff. des deux éditions est identique, mais le contenu des pp. n'est pas toujours le même. On les distinguera sans peine, sans même avoir besoin de les mesurer, en comparant les premiers mots des pp. suivantes:

Édition A:Édition B:
f. 2, vo: cor de triompher...son corps porté dans...
f. 3, ro: vous donnez tousiours...n'ont iamais le pouvoir...
p. 5: L'amour est un tyran...Escoute, escoute enfin...
p. 26: Et s'il peut m'obéir... Soit qu'il cede..., etc., etc.

Cette édition fait partie du recueil publié en 1647, sous le nom de Tome second des Œuvres de Corneille.

13. Le Cid || Tragi-Comedie. || A Paris, Chez Augustin Courbé, Libraire & || Imprimeur de Monseigneur le Duc d'Orléans, || en la Salle des Merciers, à la Palme; [ou Chez la Veuue Iean Camusat, || et || Pierre le Petit, ruë Sainct Iacques, à la Toyson d'Or]. || M. DC. XXXXIV [1644]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 110 pp., caract. ital.

Cette édition est faite sur l'édition in-4 de 1639, et le texte en est le même. Cependant la dédicace à Madame de Combalet, qui occupe les 2e et 3e ff. prélim., est imprimée ici en lettres rondes et non en caractères italiques.

Le 4e feuillet prélim. contient l'extrait du privilége au recto et les noms des Acteurs au verso. Le privilége est le même que dans la 1re édition in-4, et l'on n'y trouve que les mêmes mentions, sans qu'il soit parlé de la Veuve Camusat ni de Pierre le Petit. L'achevé d'imprimer est du 24 mars 1637.

Le passage cité plus haut des strophes du Cid est ici conforme au texte de l'édition in-12. Les 110 pp. de texte reproduisent exactement l'édition de 1639. Voici pourtant l'indication de quelques légères différences:

page 13, 1er vers:

1639: Parlons en mieux, le Roy fait honneur à vostre aage,

1644: .... le Roy fait h̄oneur à vostre âge.

page 15, 2e ligne:

1639: Scene V,

1644: Scene VII (faute d'impression).

page 33, 2e ligne:

1639: Scene VI (faute d'impression),

1644: Scene IV.

page 83, 1er vers:

1639: Par mon commandement,

1644: Par mon c̄omandement.

Une autre différence matérielle facile à saisir, c'est que, dans l'édition de 1639, le mot Tragicomédie, qui figure au titre courant, est écrit en un mot jusqu'à la p. 64, tandis que, dans l'édition de 1644, il est uniformément écrit en deux mots: Tragi-Comedie.

Les exemplaires de cette édition avec le nom de Courbé sont plus rares que les autres; nous en avons trouvé un à la bibliothèque Sainte-Geneviève (Y. 457. Rés.)

14. Le Cid, || Tragedie. || Par P. Corneille. || A Paris, || Chez || Guillaume de Luyne, dans la Salle des || Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes || à la Justice. || Estienne Loyson, au premier Pillier de || la grand'Salle proche les Consultations || au Nom de Jesus. || Pierre Traboüillet, dans la Galerie des || Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune || proche le Greffe des Eaux & Forests. || M. DC. LXXXII [1682]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff. prél. pour le titre et le privilége, 74. pp. et 1 f. blanc, sign. A. D.

Édition publiée en vertu du privilége général accordé en 1679, à G. de Luyne et à ses associés. C'est un simple extrait de l'édition du Théatre de 1682, tiré sur les mêmes formes. L'achevé d'imprimer est du 14 avril 1682.

X

15. Horace, || Tragedie. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Libraire & Imprimeur de || Monsieur frere du Roy, dans la petite Salle du || Palais, à la Palme. || M. DC. XXXXI [1641]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff. et 103 pp.

Collation des feuillets prélim.: front. gravé, qui représente le combat des Horaces et des Curiaces; il porte en tête le titre: Horace, tragedie, avec la devise: Nec ferme res antiqua alia est nobilior. Tit., et en bas, le nom de Courbé, la date de 1641 et la signature du dessinateur et du graveur: Le Brun inv.; P. Daret fecit;—1 f. de titre et 4 ff. pour la dédicace à «Monseigneur le Cardinal Duc de Richelieu», et les noms des Acteurs.

Le privilége occupe le verso du dernier f., c'est-à-dire la p. qui devrait être chiffrée 104. Il est accordé à Augustin Courbé, pour dix ans, et daté du 11 décembre 1640. L'achevé d'imprimer est du 15 janvier 1641.

Cette édition, imprimée à Paris, chez Courbé, est beaucoup moins belle que les éditions rouennaises de Laurens Maurry; les caractères en sont moins nets et l'encre moins noire; les fleurons sont également moins bien gravés.

L'animosité que les rivaux de Corneille apportèrent à leur lutte contre l'auteur du Cid le força de garder le silence pendant longtemps. M. Taschereau (Histoire de Corneille, 2e éd., p. 94) a reproduit un curieux fragment d'une lettre de Chapelain, conservée dans un recueil manuscrit appartenant alors à M. Sainte-Beuve, et légué depuis à la Bibliothèque nationale, qui permet de supposer que le poëte fut sur le point de renoncer au théâtre. «Il ne fait plus rien, dit Chapelain, et Scudery a du moins gagné cela, en le querellant, qu'il l'a rebuté du mestier, et lui a tari sa veine. Je l'ay, autant que j'ay pu, rechauffé et encouragé à se venger et de Scudery et de sa protectrice, en faisant quelque nouveau Cid qui attire encore les suffrages de tout le monde, et qui montre que l'art n'est pas ce qui fait la beauté; mais il n'y a pas moyen de l'y résoudre; et il ne parle plus que de regles et que des choses qu'il eust pu respondre aux Académiciens, s'il n'eust pas craint de choquer les puissances, mettant au reste Aristote entre les auteurs apocryphes, lorsqu'il ne s'accommode pas à ses imaginations.» Cette lettre, adressée à Balzac, est datée du 15 janvier 1639; elle prouve qu'Horace n'était pas encore commencé à cette époque. Une autre lettre de Chapelain, du 9 mars 1640, nous apprend, au contraire, que la nouvelle tragédie venait d'être jouée pour la première fois devant Richelieu; nous avons ainsi la date certaine de la représentation.

Le sujet d'Horace appartient bien en propre à Corneille, bien qu'il eût été traité auparavant par trois autres auteurs: par l'Arétin (l'Horazia, tragedia di Pietro Aretino [dédiée au pape Paul III]; In Vinegia, appresso Gabriel Giolito de Ferrari, 1546, in-8, et 1549, in-12); par d'Aigaliers (les Poësies de Laudun d'Aigaliers, contenans deux Tragédies, la Diane, Meslanges et Acrostiches; à Paris, chez David Le Clerc, 1596, in-12), et par Lope de Vega (El honrado Hermano, tragi-comedia famosa, publiée dans la Decima octava Parte de las Comedias de Lope de Vega Carpio; Madrid, Juan Gonçalez, 1623, in-4, et reproduite dans le Tesoro del Teatro español, arreglado por D. Eugenio de Ochoa; Paris, 1838, in-8, t. II). On a cru à tort que Corneille avait emprunté l'idée du sujet à Lope de Vega: les deux pièces n'offrent aucune ressemblance. Nous pensons plutôt que Corneille aura voulu, de propos délibéré, s'éloigner des auteurs espagnols, et qu'en lisant l'histoire romaine, pour laquelle il avait une prédilection marquée, il aura fait choix de l'épisode qui l'aura le plus frappé, pour donner un pendant au Cid. La phrase de Tite-Live qu'il a prise pour épigraphe indique à elle seule cette tendance de son esprit. C'est de l'histoire romaine qu'il tire le sujet d'Horace; c'est à la même source qu'il emprunte successivement douze autres de ses pièces. Il vit, pour ainsi dire, dans le monde romain et trace de son passé les plus saisissants tableaux.

Mondory ayant quitté la scène peu de temps après les premières représentations du Cid, on suppose qu'Horace fut donné sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Ce qui est certain, c'est que deux acteurs de ce théâtre, Floridor et Beauchâteau, le jouaient en 1657 (voy. le passage de d'Aubignac, cité par M. Marty-Laveaux, t. IIIe, p. 251). C'était Mlle Beauchâteau qui remplissait le rôle de Camille, ainsi que nous l'apprend Molière dans l'Impromptu de Versailles (1663). La troupe de Molière en donna, de son côté, quelques représentations. Le Registre de Lagrange en mentionne deux: le mardi 29 juillet 1659, avec une recette de 145 livres, et le mardi 9 décembre de la même année, avec une recette de 867 livres. C'est aux Précieuses ridicules, représentées en même temps que la pièce de Corneille, qu'était due l'affluence du public à cette représentation.

Le Répertoire dressé pour le Dauphin au commencement de l'année 1685 (voy. no [9]) ne mentionne pas Horace. Peut-être cette pièce était-elle du nombre de celles qui devaient être inscrites dans les feuillets laissés en blanc dans ce volume.

Parmi les acteurs modernes qui se sont particulièrement distingués dans Horace, on doit citer Monvel (m. en 1812), qui a laissé de grands souvenirs dans le rôle du vieil Horace, et Mlle Rachel, qui a joué 69 fois le rôle de Camille, dans lequel elle débuta au Théâtre-Français (12 juin 1838).

D'après le tableau déjà cité de M. Despois, la Comédie-Française a donné 624 représentations d'Horace, de 1680 à 1875, savoir sous Louis XIV: 123 à la ville et 22 à la cour;—sous Louis XV: 121 à la ville et 12 à la cour;—sous Louis XVI: 19 à la ville et 2 à la cour;—pendant la Révolution: 3;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: 135 à la ville et 4 à la cour;—sous la Restauration: 58 à la ville;—sous Louis-Philippe: 66;—sous la République: 8;—sous le second Empire: 28;—sous la République: 3.

Vendu: 95 fr., exemplaire à relier, Huillard, 1870 (no 591).

16. Horace, || Tragedie. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Libraire & Imprimeur || de Monsieur frere du Roy, dans la petite Salle || du Palais, à la Palme. || M. DC. XXXXI [1641]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff. et 103 pp.

Cette édition, dont la collation est la même que celle de l'édition qui précède, en diffère entièrement. Ce n'est pas un simple tirage avec des remaniements, mais une composition faite à nouveau. Nous avons eu la bonne fortune de trouver des exemplaires de l'une et de l'autre à la Bibliothèque de l'Institut (Q. 150.BB). Voici comment on peut les distinguer.

Le frontispice de la véritable édition originale (éd. A), est d'un meilleur tirage; dans B, l'impression est moins noire et la planche paraît fatiguée. La marque de Courbé, qui se voit sur le titre, est au contraire plus noire dans B, mais on voit que le cuivre a été retravaillé. L'observation que nous avons faite pour le frontispice s'applique aussi aux fleurons, qui sont les mêmes, mais qui sont usés dans B. Quant aux caractères, ils sont très-différents; on peut surtout comparer la forme des z minuscules, des Q et des T majuscules. Le texte des deux éditions ne présente pas de véritables variantes; on relève toutefois dans B un certain nombre de fautes qui nous semblent indiquer que le libraire Courbé, voyant ses exemplaires in-4 sur le point d'être épuisés, aura fait faire une réimpression en toute hâte. Ainsi seulement peuvent s'expliquer les différences suivantes:

P. 5, 8e vers:

A: Ny d'obstacle aux vainqueurs, ni d'espoir aux vaincus,

B: Ny d'obstacles aux vainqueurs, etc.

(ce vers est imprimé en deux lignes);

P. 11, 13e vers:

A: Ie pris sur cet Oracle vne entiere asseurance,

B: Ie pris cet Oracle, etc.

P. 17, 8e vers:

A: D'horreur pour la bataille & d'ardeur pour ce choix

B: D'horreur pour la bataille, d'ardeur, etc.

Ces fautes sont nombreuses, et jamais ni Corneille, ni les personnes qu'il aurait pu charger de la révision des épreuves, ne les auraient commises, si l'impression ne s'était faite avec une grande précipitation. Sur un point seulement B est plus correct:

P. 10, 16e vers:

A: Et nous faisant amant, il nous fit ennemis,

B: Et nous faisant amants, etc.

C'est là une légère faute qui a pu échapper à Corneille, beaucoup plus facilement que des vers faux. Du reste, les typographes se sont astreints à reproduire l'original ligne pour ligne; ils ont même reproduit, dans B, des fautes bizarres, comme celle-ci, p. 10, 12e vers:

Vnissant nos maisons il des vnit nos Rois.

Nous donnons avec soin tous ces détails, au risque d'être accusé de minutie excessive; outre qu'ils ne sont pas sans intérêt pour les éditeurs de Corneille, ils peuvent exercer une certaine influence sur le prix des livres dans les ventes.

17. Horace || Tragedie. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Impr. || & Libraire de Monseigneur Frere Vnique || du Roy au Palais, à l'entrée de la || Gallerie des Prisonniers, à la Palme. || M. DC. XXXXI [1641]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. prél., 106 pp., inexactement chiffrées, et 1 f. pour le privilége.

Collation des feuillets prélim.; frontispice gravé qui représente Romulus et Rémus, supportés par des attributs guerriers, et tenant un rideau sur lequel on lit: Horace, tragedie; une banderole enroulée autour des attributs contient ces mots: Nec ferme res antiqua alia est nobilior titus liu' l-po [sic], enfin un bouclier porte le nom de Courbé, avec la date de 1641; titre imprimé; 4 ff. pour la dédicace et les noms des Acteurs.

Nous avons vu, à la librairie Caen, un exemplaire, où l'adresse du libraire était ainsi disposée: A Paris, || Chez Augustin Courbé, || Impr. & Libraire de Monseigneur || Frere Vnique du Roy, au Palais, || à l'entrée de la Gallerie des || Prisonniers, à la Palme.

Le privilége, qui occupe le dernier feuillet, est le même que dans l'édition in-4, avec l'achevé d'imprimer du 15 janvier 1641.

La pagination est régulière jusqu'à la p. 96, dernière du cahier H; puis elle reprend, par erreur, à 79, et se continue ainsi jusqu'à la fin du cahier I (79-88). Cette erreur se trouve dans les deux catégories d'exemplaires.

La justification est de 105 mm. sur 58.

18. Horace. || Tragedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || à Paris, || Chez Augustin Courbé, || au Palais, en la Gallerie des || Merciers, à la Palme. || M. DC. XLVII. [1647] || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 4 ff., 74 pp. et 1 f.

Au titre, un fleuron représentant un panier fleuri. La dédicace à Monseigneur le Cardinal Duc de Richelieu, occupe les 5 pp. suivantes. Au verso du 4e f., les noms des Acteurs. Le feuillet non chiffré qui suit les 74 pp. est occupé par le privilége reproduit in extenso. Ce privilége, daté du 11 décembre 1640, est donné à Courbé. A la fin: Acheué d'imprimer le quinziéme Ianuier, mil six cens quarante-vn.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

19. Horace, || Tragedie. || Par P. Corneille. || A Paris, || Au Palais. || Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des || Merciers sous la montée de la Cour des Aydes || à la Justice. || Estienne Loyson, au premier Pillier de || la grand'Salle proche les Consultations, || au Nom de Jesus. || Pierre Traboüillet, dans la Galerie des || Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune || proche le Greffe des Eaux et Forests. || M. DC. LXXXII [1682]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff et 64 pp., chiffr. de 77 à 140.

Extrait de l'édition du Théâtre de 1682, précédé d'un feuillet de titre et d'un feuillet pour l'Extrait du Privilége.

XI

20. Cinna || ov || la Clemence || d'Avgvste || Tragedie. || Horat. — — — cui lecta potenter erit res || Nec facundia deseret hunc, nec lucidus ordo. || Imprimé à Roüen aux despens de l'Autheur, & se vendent. || A Paris, Chez Toussainct Quinet, au Palais, soubs || la montée de la Cour des Aydes. || M. DC. XLIII [1643]. Auec Priuilege du Roy, in-4 de 8 ff., 110 pp. et 1 f. blanc.

L'édition est précédée d'un frontispice gravé, qui représente les conjurés implorant la clémence d'Auguste, avec ce titre en haut: Cinna ou la Clemence d'Auguste, et dans le coin inférieur de droite: A Paris, Chez Tous. Quinet, au Palais, auec Pri. 1643. Ce frontispice est compris dans la sign. ā, et précède 7 autres feuillets prél. contenant: le titre, 1 f.; la dédicace à M. de Montoron, 3 ff., dont le dernier est blanc au verso; l'extrait de Sénèque, de Clementia, 1 f.; l'extrait de Montaigne, Essais, liv. Ier, 1 f.; l'Extrait du Privilége et la liste des Acteurs, 1 f. Les 110 pp. sont entièrement imprimées en caractères italiques.

Le privilége de Cinna est accordé directement à Corneille, et les conditions en sont aussi favorables que celles du privilége du Cid. Il y est dit: «Il est permis à nostre amé et feal Pierre Corneille nostre Conseiller et Advocat general à la Table de Marbre des Eaues et Forests de Rouen, de faire imprimer une Tragedie de sa composition intitulée Cinna, ou La clemence d'Auguste, durant le temps de vingt ans, à compter du jour que ladite piece sera achevée d'imprimer. Et deffenses sont faictes à tous Imprimeurs et Libraires d'en imprimer, vendre et distribuer d'autre impression que celle qu'aura fait faire ledit Corneille, ou ses ayans cause, sur peine de quinze cens livres d'amende, confiscation des exemplaires, et de tous despens, dommages et interests, ainsi qu'il est porté par les lettres de Privilége. Donné à Fontaine-bleau, le premier aoust 1642. Signé Clier. Et scellé du grand sceau de cire jaune.» Corneille fit imprimer la pièce à ses frais, comme l'indique la mention portée sur le titre, mais il s'entendit avec Quinet, au moment de la mise en vente. Il est fait mention, à la fin du Privilége, de la cession consentie par le poëte, en faveur de ce libraire. Corneille déclare lui transporter tous ses droits «ainsi qu'il a esté accordé entre eux». L'achevé d'imprimer est du 18 janvier 1643. On a lieu d'être surpris de cette date, si l'on observe que l'arrangement intervenu entre Corneille et Quinet ne fut conclu que le 27 janvier. Voici ce qu'on lit, à ce sujet, dans les Mémoires de Mathieu Molé:

«Le 16 juin [1643], sur la requête de Toussaint Quinet, marchand-libraire à Paris, il y eut arrêt de la Cour, ainsi qu'il suit: «Vu par la Cour les lettres patentes du Roi, données à Paris le 21 juillet 1642, signées: Par le Roi en son Conseil, Le Brun, et scellées sur simple queue de cire jaune, par lesquelles et pour les causes y contenues, ledit Seigneur auroit permis à Toussaint Quinet, marchand libraire à Paris, d'imprimer, vendre et débiter, pendant sept années entières, les Harangues héroïques des hommes illustres, tant anciens que modernes, tirées de plusieurs auteurs et en plusieurs volumes, en telles marques, caractères et autant de fois que bon lui semblera, durant ledit temps, à compter du jour que lesdites Harangues seront achevées d'imprimer, et fait défenses à toutes personnes de les imprimer, ou faire imprimer, vendre ni débiter, sans le consentement dudit Quinet, sous les peines y contenues. Vu aussi autres lettres patentes du Roi, données à Paris, le 1er août dudit an 1642, par lesquelles ledit Seigneur auroit aussi permis à maître Pierre Corneille, conseiller du Roi et avocat général du siége de la Table de marbre des eaux et forêts de Rouen, de faire imprimer, vendre et débiter une tragédie de sa composition, intitulée: Cinna, ou la Clémence d'Auguste, aussi en telles marques et caractères et autant de fois qu'il voudra, pendant l'espace de vingt ans, aussi sous les peines et aux charges y contenues; la cession et transport fait par ledit Corneille dudit Privilége audit Quinet de faire imprimer ladite tragédie, du 27e janvier, passée entre eux sous seing privé, requête présentée à ladite Cour par ledit Quinet à fin d'entérinement desdites lettres, conclusions du procureur général du Roi, tout considéré: ladite Cour a ordonné et ordonne que lesdites lettres des 21e juillet et 1er août dernier seront enregistrées au greffe d'icelle, pour jouir par ledit Quinet de l'effet et contenu en icelles, selon leur forme et teneur, aux charges y contenues.» Mémoires de Mathieu Molé, publiés par Aimé Champollion-Figeac, t. IIIe. (Paris, 1856, in-8, pp. 66 sq.)

Il ne serait pas impossible que l'achevé d'imprimer eût été antidaté de quelques jours, pour bien constater que l'impression s'était faite aux frais de l'auteur.

M. Édouard Fournier (Notes sur la vie de Corneille, pp. CXVII sq.) s'est efforcé de démontrer que le sujet de Cinna avait été inspiré par les événements dont Rouen fut le théâtre en 1639, et qu'en mettant sur la scène la clémence d'Auguste, l'auteur du Cid avait eu la pensée de protester indirectement contre les exécutions que le chancelier Séguier ordonna contre les partisans de Jean-va-nu-pieds. Il n'est pas impossible que le poëte ait été guidé dans ses développements par le désir d'inspirer la modération aux agents du cardinal; mais nous croyons, quant à nous, qu'il n'aura puisé son sujet, comme celui d'Horace, que dans ses lectures journalières sur l'histoire romaine. Nous ne pensons pas qu'il ait pu songer à faire la leçon à Richelieu, qu'il s'appliquait au contraire à ménager depuis la querelle du Cid.

Cinna fut joué sur le théâtre du Marais, vers la fin de 1640. Les frères Parfaict (Histoire du Théatre François, t. Ve, p. 92) placent la représentation à la fin de 1639; mais, comme Horace venait à peine d'être joué le 9 mars 1640, c'est là une erreur évidente.

De même que le Cid, Cinna fut représenté en costumes de cour de l'époque, c'est-à-dire que les hommes avaient la fraise plate, les hauts-de-chausse à bouts de dentelle, le justaucorps à petites basques, la longue épée, les souliers à nœuds énormes; et les femmes le corsage court et rond, le sein découvert, la grande, ample et solide jupe à queue, les talons hauts, les cheveux crêpés et bouffants ou retombant en boucles. Auguste portait une couronne de lauriers par-dessus sa vaste perruque. (Voy. Curiosités théâtrales anciennes et modernes, françaises et étrangères, par V. Fournel; Paris, Adolphe Delahays, 1859, in-16.)

On ne peut dire avec certitude quels acteurs eurent l'honneur d'interpréter pour la première fois cette tragédie. On sait seulement que Bellerose remplit le rôle de Cinna (le Théatre François, par Chapuzeau, p. 123); Floridor et Beauchâteau lui succédèrent (Pratique du Théatre, par l'abbé d'Aubignac, p. 52).

Du 3 mai 1659 au 28 mai 1680, la troupe de Molière donna 10 représentations de Cinna. Les détails que nous fournit le Registre de Lagrange nous prouvent que la vogue des pièces de Corneille ne fut pas constante. Le mardi 18 novembre 1659, un spectacle composé de Cinna et des Précieuses ridicules, alors dans leur nouveauté, rapporta aux comédiens 533 livres, tandis que le mardi 3 octobre 1662, Cinna, donné seul, ne produisit qu'une recette de 65 livres!

Le Manuscrit du Dauphin, dont nous avons parlé plus haut (no 9), nous donne pour Cinna, au commencement de 1685, la distribution suivante:

DAMOISELLES.

Emilie:Chanmeslé.
Fulvie:Poisson.
Julie [Livie]:Guiot, ou Bertrand.

HOMMES.

Cinna: Baron.
Auguste:Chanmeslé.
Maxime:Villiers, ou la Torilliere.
Euphorbe:Raisin.
Policlette:Beauval.
Evandre:Hubert.

Cinna subit à la scène des coupures analogues à celles qui furent pratiquées dans le Cid. Le rôle de Livie fut supprimé, comme celui de l'Infante. Voltaire dit, en parlant de cette suppression, qu'elle remonte à plus de trente ans (Œuvres de Corneille, édition de 1764). Les actrices chargées du personnage d'Émilie n'hésitèrent pas à retrancher le grand monologue placé en tête de la pièce; mais Voltaire obtint qu'il fût conservé. Quant au rôle de Livie, il fut rétabli pour une représentation donnée à Saint-Cloud en 1806, sans que les sociétaires du Théâtre-Français eussent l'idée de le remettre à la scène. Ce n'est que le 21 novembre 1860 que la pièce a reparu dans son intégrité.

De tous les acteurs modernes qui ont joué dans Cinna, celui qui a laissé les plus durables souvenirs est Joanny (m. en 1849), qui donnait au rôle d'Auguste une grandeur qu'aucun artiste n'a su lui donner depuis. Quant au rôle d'Émilie, il a été joué 60 fois par Mlle Rachel.

Les 692 représentations de Cinna données au Théâtre-Français, de 1680 au 28 février 1875, se décomposent de la manière suivante: sous Louis XIV: à la ville, 139; à la cour, 27;—sous Louis XV: à la ville, 92; à la cour, 22;—sous Louis XVI: à la ville, 43; à la cour, 9;—sous la Révolution: 7;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 130; à la cour, 5;—sous la Restauration: à la ville, 57;—sous Louis-Philippe: 110;—sous la seconde République: 8;—sous le second Empire: 36;—sous la République: 7.

Vendu: 300 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (no 592);—135 fr., mar. r. ancien, exempl. court de marges et raccommodé, Potier, 1870, no 1227.

21. Cinna || ov || la Clemence || d'Avgvste. || Tragedie. || Horat.... cui lecta potenter erit res || Nec facundia deseret hunc, nec lucidus ordo. || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, || au Palais, soubs la montée de la || Cour des Aydes. || M. DC. XLIII [1643]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff. prélim. et 76 pp.

Collation des feuillets préliminaires: frontispice gravé représentant une aigle romaine qui abrite, à l'aide d'une draperie qu'elle tient dans ses serres, la louve dont Romulus et Rémus prennent le lait; sur la draperie on lit: Cinna, ou la Clemence d'Auguste, et au bas, dans un cartouche: A Paris, chez Tous. Quinet, au Palais. Auec Priuilege du Roy. 1643; 1 f. pour le titre imprimé; 3 ff. pour la dédicace; 4 ff. pour les extraits des auteurs; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

L'extrait du privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition in-4.

Cette édition in-12 fait partie du recueil de 1647.

Vendu: 14 fr., vélin, exempl. taché, B*** [Bordes], 1873 (no 356).

22. Cinna || ov || la Clemence || d'Avgvste || Tragedie. || Horat.—cui lecta potenter erit res || Nec facundia deseret hunc, nec lucidus ordo. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes. || M. DC. XLVI [1646]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff. et 96 pp.

Collation des feuillets préliminaires: titre; 2 ff. pour la dédicace à Monsieur de Montoron; 1 f. pour l'extrait de Sénèque; 1 f. pour l'extrait de Montaigne; 2 ff. pour la Lettre de Monsieur de Balzac à Monsieur Corneille, sur le sujet de cette Tragedie (imprimée ici pour la première fois); 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Ce qui fait le prix de cette édition, c'est la lettre de Balzac à Corneille, dont voici le début:

«Monsieur,

«J'ay senty un notable soulagement depuis l'arrivée de vostre paquet. Je crie donc miracle, dés le commencement de ma Lettre: Vostre Cinna guérit les malades: Il fait que les paralytiques battent des mains: Il rend la parole à un enrumé, qui l'avoit perdue avec la voix; et la luy rend pour les employer l'une et l'autre en perpetuelles exclamations, et pour dire sans cesse, La belle chose. Vous avez peur neantmoins d'estre de ceux qui sont accablez par la majesté des choses qu'ils traittent. Vous croyez estre inferieur à vostre matiere, et n'avoir pas apporté assez de force pour soutenir la grandeur Romaine. Quoy que cette modestie me plaise, elle ne me persuade pas, et je m'y oppose pour l'interest de la vérité. Vous estes trop subtil examinateur d'une composition universellement approuvée: Et s'il estoit vray qu'en quelqu'une de ses parties vous eussiez senty quelque foiblesse, ce seroit un secret entre vos Muses et vous, car je vous asseure que personne ne l'a reconnue.»

L'extrait du privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition de 1643.

Vendu: 27 fr. mar. r. (Capé), Giraud, 1855 (no 1636).

23. Cinna, ov la Clemence d'Avgvste, Tragedie. Horat.—cui lecta potenter erit res Nec facundia deseret hunc, nec lucidus ordo. Imprimé à Roüen, & se vend A Paris, Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous la montée de la Cour des Aydes. M. DC. XLVI [1646]. Auec Priuilege du Roy. In-12.

Édition citée par les bibliographes, en particulier par M. Marty-Laveaux (t. XII, p. 524). Nous ne sommes pas parvenu à en trouver un exemplaire.

24. Cinna, || Tragedie. || A Rouen, & se vend || A Paris, Chez Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, au Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Iustice; [ou Chez Thomas Iolly, au Palais, dans la petite Salle, à la Palme, & aux Armes de Hollande; ou Chez Louis Billaine, au Palais, || au second Pillier de la grand'Sale à la || Palme, & au grand Cesar]. || M. DC. LXIV [1664]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 71 pp.

Collation des feuillets préliminaires: titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour la lettre de Balzac et les noms des Acteurs.

Au verso de la page 71 se trouve un extrait du privilége de janvier 1653, avec mention de la cession faite par Corneille à Courbé et à de Luyne, et par Courbé, pour sa moitié, à Jolly et à Billaine. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois [en] vertu du present Priuilege, le dernier d'Octobre 1660, à Roüen, par Laurens Maurry.

25. Cinna, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux et Forets. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous avons cité plus haut (nos 14 et 19) des éditions du Cid et d'Horace avec la date de 1682; nous croyons pouvoir affirmer qu'il a été fait des tirages à part, sinon des 32 pièces contenues dans le recueil de 1682, du moins des 16 pièces qui forment les tomes IIe et IIIe de cette édition. Nous n'avons vu par nous-même ou rencontré dans les catalogues que cinq de ces tirages à part: le Cid, Horace, Pompée, Théodore et Œdipe, mais ces indications nous ont paru assez significatives pour que nous n'ayons pas hésité à faire figurer, sous la date de 1682, toutes les pièces comprises entre le Cid et la Toison d'Or.

Cinna doit compter 2 ff. pour le titre, l'Extrait du Privilége et les Acteurs, et 63 pp.

XII

26. Polyevcte || martyr. || Tragedie. || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, en || la Gallerie des Merciers, à l'Escu || de France. || Au Pa- || lais. || & Augustin Courbé, en la mesme || Gallerie, à la Palme. || M. DC. XLIII [1643]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff. prél., 121 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé qui représente les chrétiens brisant les idoles dans un temple; on lit sur le mur du temple le titre: Polieucte, martir; titre imprimé; 3 ff. pour la dédicace à la reine régente; 3 ff. pour l'Abregé du martyre de saint Polyeucte et le nom des Acteurs.

Au verso de la page 121 commence le privilége, qui se développe sur le recto du feuillet suivant. Il est daté du 30 janvier 1643, et est accordé pour dix ans à Corneille lui-même. On lit à la fin: Acheué d'imprimer à Roüen pour la premiere fois, aux dépens de l'Autheur, par Laurens Maurry, ce 20. jour d'Octobre 1643. Il n'est pas fait mention de la cession aux libraires. L'achevé d'imprimer ne se trouve pas dans un exemplaire que nous avons vu chez M. Benzon.

A l'époque où Corneille entreprit de mettre sur la scène un martyr chrétien, il y avait plus de vingt ans que les drames religieux, renouvelés des mystères du moyen âge, avaient disparu du théâtre. Dans les premières années du dix-septième siècle, quelques auteurs de province, comme J. Gauché, J. Boissin de Gallardon, Denis Coppée, etc., avaient emprunté à la Bible ou aux légendes des Saints le sujet de plusieurs tragédies; mais, à mesure que le goût s'était formé, la fable avait été remise en honneur. Les pièces de Hardy, de Rotrou et de Scudéry sont entièrement païennes, et l'auteur du Traité de la disposition du poëme dramatique ne fait que se conformer aux usages reçus, quand il reconnaît que les arguments tirés des livres saints «sont plus propres en particulier qu'en public, et dans les colléges de l'Université ou dans les maisons privées, qu'à la cour ou à l'Hôtel de Bourgogne». Baro songea le premier à revenir aux sujets chrétiens. Il mit sur la scène un Saint Eustache, martyr, qui donna peut-être à Corneille l'idée de Polyeucte. La pièce de Baro ne fut publiée qu'en 1649, mais nous savons qu'elle avait été jouée vers 1639.

Dans un chapitre manuscrit ajouté à l'exemplaire de la Pratique du Théatre que possède la Bibliothèque nationale, l'abbé d'Aubignac dit ce qui suit: «Depuis peu d'années, Barreau mit sur le théatre de l'Hostel de Bourgogne le martyre de saint Eustache, et Corneille ceux de Polyeucte et de Theodore» (Voy. Marty-Laveaux, t. IIIe, p. 467); Baro lui-même s'exprime ainsi dans la préface de Saint-Eustache: «Cher lecteur, je ne te donne pas ce poëme comme une piece de théatre, où toutes les regles seroient observées, le sujet ne s'y pouvant accommoder: c'est sans doute que je n'y aurois point travaillé, si je n'y avois été forcé par une autorité souveraine; la mesme obéissance qui me le fit composer, me le fait mettre en lumiere, apres m'en estre défendu depuis dix ans: et j'ay cru enfin que je devois ceste justice au sieur des Fontaines, qui a fait imprimer le sien sans se nommer [des Fontaines avait publié, en 1643, un nouveau Martyre de saint Eustache], de ne souffrir que son nom et le mien fussent confondus dans un mesme ouvrage.»

Corneille, dominé par des idées pieuses, crut pouvoir suivre l'exemple donné par Baro. Il mit Polyeucte sur la scène, malgré l'accueil assez froid que la pièce avait reçu à l'hôtel de Rambouillet. S'il faut en croire Voltaire, ce serait un prélat, Godeau, évêque de Grasse, qui aurait été le plus opposé à l'introduction des sujets chrétiens sur la scène.

On admet généralement que Polyeucte fut représenté à la fin de l'année 1640. M. Marty-Laveaux lui-même adopte cette opinion dans la notice qu'il a mise en tête de la tragédie (t. IIIe, p. 468); mais il s'est aperçu plus tard, en reproduisant une lettre latine adressée à Corneille par le conseiller Claude Sarrau (t. Xe, pp. 438 sq.), que la représentation ne pouvait être antérieure à l'année 1643. Dans cette lettre, datée de la veille des ides de décembre (12 décembre) 1642, Sarrau parle des trois grandes pièces déjà composées par Corneille et de la quatrième qu'il prépare: «Ut valeas tu cum tuis Musis scire imprimis desidero, et utrum tribus eximiis et divinis tuis dramatis quartum adjungere mediteris... Inaudivi nescio quid de aliquo tuo poemate sacro, quod an affectum ac perfectum sit, quæso, rescribe.» Comme cette lettre contient une allusion à la mort de Richelieu, arrivée le 4 décembre 1642, on ne peut supposer que la date en ait été altérée. On doit donc placer la représentation de Polyeucte en 1643, et reculer en conséquence celle des pièces suivantes.

Le succès de Polyeucte fut éclatant et rappela celui du Cid. Les acteurs de l'Hôtel de Bourgogne, qui le représentèrent, y gagnèrent autant d'argent qu'à aucune tragédie profane.

On peut affirmer que Corneille n'emprunta rien à Baro; il n'emprunta rien non plus au Saül ni à l'Esther de Du Ryer (1642 et 1644), pièces qui avaient sans doute aussi précédé Polyeucte. Si le sujet de ces tragédies est tiré de la Bible, ce ne sont pourtant pas des pièces chrétiennes.

On ne sait rien de positif sur les acteurs qui jouèrent Polyeucte à l'origine. M. Lefèvre indique, dans son édition, une distribution de fantaisie, dont il se garde bien de faire connaître la source. Le Journal (manuscrit) du Théatre François, qui appartenait autrefois à M. Beffara et qui est conservé maintenant à la Bibliothèque nationale, indique comme la distribution primitive celle que nous fournit le Manuscrit du Dauphin (voy. ci-dessus, no [9]). Voici, d'après ce manuscrit, la liste des acteurs qui jouaient Polyeucte au commencement de l'année 1685:

DAMOISELLES.

Pauline:le Comte
Stratonice:Guiot

HOMMES.

Polyeucte:La Tuillerie
Severe:Baron
Felix:Chanmeslé
Nearque:la Torilliere
Fabian:Hubert
Albin:Guerin
Cleon:Beauval

Le rôle de Pauline a rarement trouvé de dignes interprètes. Tandis que les moindres élèves du Conservatoire ont cru pouvoir se charger avec succès du rôle de Camille, dans Horace, des tragédiennes comme Mlle Clairon ont regardé le rôle de Pauline comme étant au-dessus de leurs forces. (Mémoires de Mlle Clairon, nouvelle édition; Paris, Ponthieu, 1822, in-8, pp. 315-318.)

Les deux comédiennes à qui la tragédie de Polyeucte a valu le plus beau triomphe, ont été Adrienne Lecouvreur, qui, en 1705, âgée d'environ quinze ans, prit part à une représentation de cette pièce, organisée par quelques jeunes gens, et Rachel, qui joua le rôle de Pauline pour la première fois le 22 décembre 1840, juste deux cents ans après la première représentation.

Adrienne «avait emprunté un habit de la femme de chambre de Mme la présidente le Jay, dans lequel elle ne parut pas avantageusement; mais elle charma tout le monde par une façon de réciter toute nouvelle, mais si naturelle et si vraie, qu'on disoit d'une voix unanime qu'elle n'avoit plus qu'un pas à faire pour devenir la plus grande comédienne qui eût jamais été sur le Théatre-François.» (Lettre à Mylord *** sur Baron et Mlle Lecouvreur [par d'Allainval], 1730, in-12, pp. 23-25.)

Quant à Rachel, «avec quelle ardeur, dit M. Jules Janin (Rachel et la Tragédie; Paris, Amyot, 1859, gr. in-8, p. 160), avec quelle ardeur elle était tour à tour la femme obéissante à son mari, la fille qui résiste à son père, et cette Pauline adorable, à l'aise même avec Sévère qu'elle aime et dont elle est aimée, et qui le revoit après un an d'absence, comme si elle l'avait vu la veille! Elle était surtout la Pauline de Corneille en tout ce quatrième acte admirable et rempli des émotions les plus touchantes, et comme enfin elle disait jusqu'aux nues ce grand cri: Je vois! je crois! je suis chrétienne [sic]! En ce moment solennel, tout brillait, tout parlait, tout brûlait dans cette personne héroïque; elle avait dix coudées, elle était immortelle. En ce moment, nous retrouvions, contents d'elle et de nous, la jeune fille inspirée des premiers jours, lorsque, toute seule sur ce théâtre, abandonnée à elle-même, sans manteau et presque sans tunique, la tête chargée d'un diadème dédoré, la main armée d'un poignard de hasard, elle s'abandonnait librement, sans chercher l'effet, sans viser au pittoresque et sans songer aux applaudissements du parterre absent, à ce grand art dont elle était l'espoir, à ce grand souffle ingénu que contenait son étroite poitrine, à cette inspiration qui lui était venue comme le chant vient à l'oiseau, et qui l'obsédait à son insu.

«Le rôle de Pauline est resté jusqu'à la fin de ses jours une des meilleures révélations de Mlle Rachel; elle ne l'a pas joué moins de soixante et une fois. La veille de son dernier jour au Théâtre-Français, Mlle Rachel a joué Pauline

Il ne faut pas oublier que M. Beauvallet, dans le rôle de Polyeucte, fut presque à la hauteur de Mlle Rachel. Bien que celui de Sévère eût toujours été considéré comme le plus important, M. Beauvallet, par le caractère religieux qu'il sut donner à Polyeucte, en fit le premier rôle.

Le nombre des représentations de Polyeucte données au Théâtre-Français, de 1680 à 1875, a été de 405; savoir: sous Louis XIV: à la ville, 95; à la cour, 17;—sous Louis XV: à la ville, 122; à la cour, 17;—sous Louis XVI: à la ville, 14; à la cour, 2;—sous la Révolution: 2;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 27; à la cour, 4;—sous la Restauration, 10;—sous Louis-Philippe, 41;—sous la seconde République, 15;—sous le second Empire, 39;—sous la République: 1.

On a dit souvent que le gouvernement révolutionnaire avait interdit la représentation de Polyeucte. M. Hallays-Dabot, désireux sans doute de justifier par un précédent semblable les trop fréquentes erreurs de l'administration à laquelle il préside, n'a pas manqué de le répéter (Histoire de la Censure dramatique en France; Paris, Dentu, 1862, in-18, p. 215), en attribuant au Consulat l'honneur d'avoir permis la reprise de la pièce. Il y a là une erreur évidente, et M. Marty-Laveaux a bien fait de la relever. Si Polyeucte fut interdit dans un moment d'effervescence, il fut remis au théâtre dès le 13 floréal an II.

Vendu: 105 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (no 593).

27. Polyevcte || martyr. || Tragedie. || Imprimé à Roüen, & et se vend || A Paris, || Chez || Antoine de Somma || uille, en la Gallerie || ses Merciers, à l'Escu || de France. || Au Palais || Et || Augustin Courbé, || en la mesme Gallerie, || à la Palme. || M. DC. XLIIII [1644]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff., 85 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélimin.: 1 f. blanc; 1 f. pour le titre; 3 ff. pour la dédicace; 5 ff. pour l'extrait de Surius et les noms des Acteurs.

Le privilége, dont nous trouvons un extrait au verso de la page 85 et au recto du feuillet suivant, est celui dont le texte entier figure dans l'édition in-4. On lit à la fin: Acheué d'imprimer le 27 novembre 1643 (cinq semaines, par conséquent, après l'édition en grand format).

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

Vendu: 100 fr., mar. r. (Duru et Chambolle), Potier, 1870 (no 1228).

28. Polyevcte || martyr. || Tragedie. || A Paris, || Chez || Antoine de Sommauille, en || la Gallerie des Merciers, à l'Escu || de France. || & || Augustin Courbé, en la mesme || Gallerie, à la Palme. || M. DC. XLVIII [1648]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff., 121 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé (le même que dans l'édition de 1643); titre imprimé; 3 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour l'Abrégé du martyre de saint Polyeucte et les noms des Acteurs.

Le privilége, qui occupe le verso de la page 121 et le recto du feuillet suivant, n'est suivi d'aucun achevé d'imprimer.

29. Polyevcte || martyr. || Tragedie chrestienne. || A Paris, || Chez Antoine de Sommuille [sic], || au Palais, dans la petite salle des Merciers, || à l'Escu de France. || M. DC. XLVIII [1648]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff., 85 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. blanc; titre avec les armes de France et de Navarre; 3 ff. pour la dédicace; 5 ff. pour les extraits des auteurs et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 30 janvier 1643, est donné par extrait au verso de la page 85, et se développe sur le recto du feuillet suivant.

30. Polyevcte martyr, Tragedie chrestienne. A Roüen, & se vend A Paris, Chez. . ., 1664, in-12.

Nous empruntons cette indication au Catalogue des livres de la bibliothèque de feue Mme la marquise de Pompadour, no 890. On pourrait croire qu'il y a ici une faute d'impression, et que l'édition annoncée est celle de 1644, in-12; mais, comme elle est classée après celle de 1648, il est plus naturel de supposer qu'il existe effectivement une réimpression de Polyeucte faite par Laurens Maurry en 1664. Elle devait se vendre chez de Luyne, Jolly et Billaine, comme les éditions de Cinna et du Menteur publiées sous la même date (no 24 et 38).

31. Polyeucte martyr, Tragedie chrestienne. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forets. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous n'avons pas vu cette édition, mais il est hors de doute qu'elle existe, les pièces contenues dans les tomes IIe et IIIe, sinon toutes les pièces du recueil de 1682, ayant été tirées à part. (Voy. ci-dessus, no [25].) Polyeucte doit compter 2 ff. et 72 pp.

XII

32. La Mort || de Pompee. || Tragedie. || A Paris, || Chez || Antoine de Sommauille, en la Gallerie || des Merciers, à l'Escu de France. || Au Pa || lais. || & || Augustin Courbé, en la mesme Gallerie à la Palme. || M. DC. XLIV. [1644]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff prél. et 100 pp.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé qui représente l'assassinat de Pompée dans une barque, sur la mer, et qui porte le titre de la tragédie et les noms des deux libraires; Au palles [sic], 1644, avec la signature: F[rançois] C[hauveau] in. et fecit; 1 f. pour le titre; 2 ff. pour la dédicace à «Monseigneur l'éminentissime Cardinal Mazarin;» 2 ff. pour le remercîment à Son Éminence (en vers), et 2 ff. pour l'avis Au Lecteur, les extraits de Lucain et de Velleius Paterculus, et pour les noms des Acteurs. M. Brunet indique par erreur 9 ff. prélim.

Le dernier feuillet, paginé 99-100, contient le privilége accordé à Corneille, pour la Mort de Pompée et le Menteur. Ce privilége, daté du 22 janvier 1644, lui est donné pour dix ans. Il déclare en faire cession à Antoine de Sommaville et à Augustin Courbé. L'achevé d'imprimer est du 16 février 1644.

Nous donnons la collation de l'édition d'après plusieurs exemplaires semblables que nous avons eus entre les mains; mais l'exemplaire de la Bibliothèque Cousin contient, après l'indication des Acteurs, deux feuillets préliminaires pour la traduction latine du Remercîment à Mazarin: Gratiarum Actio eminentissimo Cardinali Iulio Mazarino, ex gallico Cornelii, traduction qui compte 79 vers hexamètres et qui est signée A. R. (Abrahamus Remius). La place occupée par ces deux feuillets, qui portent à dix le nombre des feuillets préliminaires, est une preuve, croyons-nous, qu'ils ont été intercalés après coup dans l'édition dont ils ne faisaient primitivement pas partie. Du reste, le Remercîment parut d'abord en édition séparée; nous aurons l'occasion d'en parler plus loin.

C'est à Lucain, son auteur favori, que Corneille a emprunté le sujet de la Mort de Pompée. Il le déclare dans son avis Au Lecteur, où il ajoute que la lecture de ce poëte l'a rendu si amoureux de la force de ses pensées et de la majesté de son raisonnement, qu'afin d'en enrichir notre langue, il a fait cet effort pour réduire en poëme dramatique ce que Lucain a traité en épique. «On trouvera icy, dit Corneille, cent ou deux cents vers traduits ou imités de luy.» En dehors de ces emprunts et de ceux qu'il a faits à Velleius Paterculus, Corneille a tiré quelques idées de deux tragédies françaises qui avaient précédé sa pièce: la Cornélie de Robert Garnier (Paris, Robert Estienne, 1574, in-8), et la Mort de Pompée, de Charles Chaulmer (Paris, Antoine de Sommaville, 1638, in-4). Voltaire a le premier fait connaître les analogies qui existent entre ces deux pièces et celle de Corneille. On trouve dans celle de Garnier une scène entre la veuve de Pompée et Philippe, l'affranchi du triumvir, qui permet quelques rapprochements curieux avec la tragédie de Corneille. Quant à celle de Chaulmer, «cette pièce, dédiée à Richelieu, dit M. Marty-Laveaux, diffère tout à fait, par le plan, de celle de Corneille. Elle a, il est vrai, le mérite de mieux justifier son titre, car Pompée en est le principal personnage; mais ce mérite est à peu près le seul qu'elle possède. L'auteur a eu cependant la pensée de substituer à l'unique discours de Photin sur le parti à prendre à l'égard de Pompée, une véritable délibération, déjà dramatique, qui a été de quelque utilité à Corneille pour l'admirable scène par laquelle sa pièce commence.» On conçoit à peine comment le savant rédacteur du Catalogue Soleinne a pu dire, en parlant de la tragédie de Chaulmer (no 1168): «On pourrait avancer et soutenir, avec quelques bonnes raisons, que ce Ch. Chaulmer n'est qu'un pseudonyme, et que le grand Corneille est l'auteur de cette première ébauche de la Mort de Pompée

Le poëte nous apprend, dans l'épître qui précède le Menteur, qu'il fit Pompée «pour satisfaire à ceux qui ne trouvaient pas les vers de Polyeucte si puissants que ceux de Cinna, et leur montrer qu'il en saurait bien trouver la pompe quand le sujet le pourrait fournir». Il l'écrivit, ajoute-t-il, dans le même hiver que le Menteur. Si l'on adopte pour Polyeucte la date de 1643, comme la lettre du conseiller Sarrau oblige de le faire, il faudra dire que ce n'est pas deux pièces, mais trois pièces, que Corneille a écrites dans le seul hiver de 1642, et l'on a encore plus de «peine à croire qu'elles soient parties de la même main». La représentation dut avoir lieu, au théâtre du Marais, dans les premiers mois de l'année 1643. Jusqu'à ces derniers temps, il n'avait pas été possible de déterminer, avec une entière certitude, la scène sur laquelle cette pièce fit son apparition. La découverte d'un projet de lettres patentes, présenté au roi par Corneille en 1643, afin d'obtenir qu'il pût empêcher les comédiens de jouer ses œuvres sans son autorisation, a dissipé tous les doutes. «Le sieur Corneille, y est-il dit, nous a fait remonstrer qu'il a cy-devant employé beaucoup de temps à composer plusieurs pieces tragiques nommées Cinna, Polyeucte et la Mort de Pompée, lesquelles il auroit fait representer par nos comédiens ordres, representant au Marais du Temple à Paris; et d'autant qu'il a appris que depuis quelque temps les autres comediens auroient, à son grand prejudice, entreprins de representer lesdictes pieces et que si ils avoient cette liberté, l'exposant seroit frustré de son labeur, nous suppliant sur ce luy pourvoir et luy accorder nos lettres necessaires, etc.» Cette demande si juste ne fut d'ailleurs pas admise, et les comédiens continuèrent de jouer Corneille malgré lui, parce qu'il était d'usage que les pièces une fois imprimées appartinssent au domaine public. (Voy. Marty-Laveaux, tome Ier, pp. LXXIV sq.)

Le Registre de Lagrange nous apprend que Molière en donna trois représentations en 1659: le jeudi 16 mai, avec une recette de 135 livres; le jeudi 19 juin, avec une recette de 153 livres, et le mardi 26 août, avec une recette de 90 livres seulement. Cette dernière soirée, qui ne rapporta que 3 livres à chacun des comédiens, fit abandonner Pompée, que nous ne voyons plus mentionner jusqu'à la fin du registre de Lagrange. Lors des trois représentations que nous venons de citer, ce fut Molière lui-même qui remplit le rôle de César, ainsi que nous l'apprend un passage de l'Impromptu de l'Hostel de Condé (Paris, N. Pépingué, 1664, in-12), cité par M. Marty-Laveaux. Dans cette comédie, Montfleury, relevant les attaques que Molière avait dirigées contre les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne dans l'Impromptu de Versailles, met dans la bouche de ses personnages les vers suivants:

LE MARQUIS.

Cet homme est admirable,

Et dans tout ce qu'il fait il est inimitable.

ALCIDON.

Il est vray qu'il récite avec[que] beaucoup d'art,

Témoin dedans Pompée alors qu'il fait Cesar.

Madame, avez-vous vû dans ces tapisseries

Ces héros de romans?

LA MARQUISE.

Ouy.

LE MARQUIS.

Belles railleries.

ALCIDON.

Il est fait tout de même; il vient le nez au vent,

Les pieds en parentaise, et l'épaule en avant,

Sa perruque qui suit le côté qu'il avance,

Plus pleine de laurier qu'un jambon de Mayence,

Les mains sur les côtez d'un air peu negligé,

La teste sur le dos comme un mulet chargé,

Les yeux fort égarez, puis débitant ses rôles,

D'un hoquet éternel sépare ses paroles,

Et lorsque l'on luy dit: Et commandez icy.

Il répond:

Connoissez-vous Cesar de luy parler ainsi?

Que m'offriroit de pis la Fortune ennemie,

A moy qui tient le Sceptre egal à l'infamie?

Le Manuscrit du Dauphin (voy. no [9]) nous fournit pour la Mort de Pompée, à l'époque de la mort de Corneille, la distribution suivante:

DAMOISELLES.

Cornelie:Beauval.
Cleopatre:le Comte.
Charmion:Raisin.

HOMMES.

Ptolomée:Baron.
Cesar:Chanmeslé.
Antoine:le Comte.
Achorée:la Tuillerie.
Photin:Dauvilliers.
Achillas:Villiers.
Septime:Raisin L.
Philippe:Beauval.

Le rôle de Cornélie fut pour Adrienne Lecouvreur, au commencement du dix-huitième siècle, l'occasion d'un grand triomphe; Mlle Clairon, au contraire, déclara qu'elle ne le comprenait pas et refusa de le jouer.

La Mort de Pompée a eu 193 représentations au Théâtre-Français, de 1680 à 1870, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 80; à la cour, 9;—sous Louis XV: à la ville, 50; à la cour, 6;—sous Louis XVI: à la ville, 3; à la cour, 9;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 28; à la cour, 3;—sous la Restauration, 7;—sous le second Empire, 4. Elle n'a pas été reprise dans ces dernières années.

Vendu: 100 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (no 594).

33. La Mort || de || Pompee. || Tragedie. || A Paris, || Chez || Antoine de Somma- || uille, en la Gallerie des || Merciers, à l'Escu de Frãce. || Au Pa- || lais. || Et || Augustin Courbé || en la mesme Gallerie, à la || Palme. || M. DC. XLIIII [1644]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 12 ff. et 71 pp.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. blanc; 1 f. de titre; 3 pp. pour la dédicace à Mazarin, 6 pp. pour le Remercîment à Mazarin (ce Remercîment est accompagné de la traduction latine ex gallico Cornelii, dont nous avons parlé plus haut); 4 pp. pour l'avis Au Lecteur; 2 pp. pour les extraits des auteurs; 5 pp. pour le Privilége et les Acteurs.

Le privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition in-4.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

Vendu: 80 f. mar. r. (Duru et Chambolle), Potier, 1870, no 1229.

34. Pompée. || Tragedie. || Par P. Corneille. || A Paris, || Au Palais. || Chez || Guillaume de Luyne, dans la Salle des || Merciers sous la montée de la Cour des Aydes || à la Justice. || Estienne Loyson, || au premier Pillier de || la grand'Salle proche les Consultations || au Nom de Jesus. || Pierre Traboüillet, dans la Galerie des || Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune || proche le Greffe des Eaux & Forets. || M. DC. LXXXII [1682]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 66 pp. et 1 f. pour le privilége, sign. A. D.

Édition publiée en vertu du privilége général accordé en 1679 à G. de Luyne et à ses associés. C'est un simple extrait du Théatre de 1682, tiré sur les mêmes formes. L'achevé d'imprimer est du 7 février 1682.

XIV

35. Le Mentevr, || Comedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez || Antoine de Sommauille, || en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France. || Au || Palais || Et || Augustin Courbé, en la mesme || Gallerie, à la Palme. || M. DC. XLIV [1644]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. prélim., 136 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prél.: titre, avec le fleuron de Laurens Maurry et les initiales L. M.; 3 ff. pour la dédicace et les noms des Acteurs. M. Brunet indique un front. gravé que nous n'avons jamais rencontré.

Le privilége, qui occupe le dernier f., est accordé à Corneille pour la Mort de Pompée et le Menteur, à la date du 22 janvier 1644; il est d'une durée de dix ans. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois, à Roüen, par Laurens Maurry, le dernier d'Octobre 1644. Il n'est pas fait mention de la cession du privilége aux libraires.

Après avoir emprunté aux Espagnols le sujet du Cid, Corneille leur emprunta le sujet de sa première comédie sérieuse. La Verdad sospechosa, qui lui servit de modèle, parut en 1630 sous le nom de Lope de Vega (Parte veynte y dos de las Comedias del Fenix de España, Frey Lope Felix de Vega Carpio; Çaragoça, Pedro Verges, 1630, in-4), mais elle fut revendiquée en 1630, par son véritable auteur, D. Juan de Alarcon. (Parte segunda de las Comedias del licenciado Don Juan Ruyz de Alarcon y Mendoça; Barcelona, Sebastian de Cormellas, 1634, in-4.) C'est de cette pièce, dont on trouvera facilement le texte dans les Comedias escogidas de Don Juan Ruiz de Alarcon y Mendoza; Madrid, Ortega y Compañia, 1826-29, 2 vol. in-8, t. Ier, dans les Comedias escogidas de Don Juan Ruiz de Alarcon; edicion de la real Academia española; Madrid, 1867, 3 vol. in-8, t. IIIe, et dans le Tesoro del Teatro español, desde su orígen hasta nuestros dias, arreglado y dividido en cuatro partes, por D. Eugenio de Ochoa; Paris, Baudry, 1838, 5 vol. in-8, t. IVe, que Corneille a tiré les traits principaux du Menteur; il ne fait point difficulté de le reconnaître, et il ajoute dans l'Examen joint à la comédie en 1660, «qu'il voudrait avoir donné les deux plus belles pièces qu'il ait faites et que ce sujet fût de son invention.» M. Marty-Laveaux a donné place dans son édition de Corneille (t. IVe, pp. 241-273) à une intéressante étude de M. Viguier, sur l'original espagnol et sur l'imitation française. On peut y suivre, scène par scène, les deux comédies, et s'y rendre compte de tous les détails que Corneille a dû modifier, tant pour accommoder son modèle au goût du temps que pour rester fidèle aux règles qu'il s'était prescrites. L'avantage n'est pas toujours pour Corneille, moins libre dans ses allures que l'écrivain espagnol, mais le poëte français l'emporte par la précision et l'élégance. On ne peut donc que négliger des critiques superficielles comme celles d'un auteur allemand, dont M. Viguier a pris la peine de relever les erreurs. Dans un accès de gallophobie, M. Ad. Fréd. de Schack (Geschichte der dramatischen Literatur und Kunst in Spanien; Berlin, 1845-1846, 3 vol. in-8, t. IIe, pp. 430 et 625) a pris plaisir à célébrer les poëtes espagnols aux dépens du Cid et du Menteur, mais toutes ses études sur le théâtre espagnol ne lui ont même pas appris à quelle époque écrivait au juste Diamante!

Le Menteur fut représenté au Marais en 1643. Dans une de ses lettres à Corneille, Balzac, s'il ne témoigne pas encore du succès qu'obtint la nouvelle comédie, semble tout au moins indiquer qu'on en parlait déjà dans le public: «Vous serez Aristophane, quand il vous plaira, lui dit-il, comme vous estes déjà Sophocle (Lettres choisies du sieur de Balzac; Paris, 1647, in-8, 2e partie, p. 535, lettre du 10 février 1643; Œuvres de Corneille, éd. Marty-Laveaux, t. Xe, pp. 442 sqq).» Le Registre de Lagrange nous apprend que la troupe de Molière en donna 3 représentations en 1659. Le Menteur occupait alors une soirée à lui seul; mais, le vendredi 14 novembre de cette année, il ne rapporta aux comédiens que 70 livres, soit 3 livres 3 sols pour chacun des membres de la troupe. Il fut dès lors établi qu'il ne suffisait plus pour «faire la recette». Molière, qui jouait volontiers les œuvres de Corneille et qui appréciait sans doute le Menteur, ne renonça pourtant pas à le jouer, mais il l'accompagna d'une seconde pièce: le Cocu imaginaire, l'École des Maris, etc. Le Registre de Lagrange mentionne 18 représentations de 1660 à 1666.

La distribution du Menteur indiquée par le Manuscrit du Dauphin, au commencement de 1685, est la suivante:

DAMOISELLES.

Lucresse:Poisson.
Clarice:Raisin.
Sabine:Beauval.
Isabelle:Guiot.

HOMMES.

Lisandre [Dorante]:La Grange.
Cliton:Poisson.
Artabaze [Alcippe]:Brecourt.
Philisse [Philiste]:de Villiers.
Le Pere [Geronte]:Chanmeslé.
Dueliste [Lycas]:Beauval.

Parmi les actrices qui jouèrent le Menteur, Dangeau (Journal, t. XIe, p. 306) fait figurer la duchesse du Maine qui, le lundi 21 février 1707, donna, dit-il, à Clagny, une représentation de cette pièce à laquelle assista la duchesse de Bourgogne. Il est vrai que, d'après le Mercure, ce ne serait pas le Menteur, mais les Importuns de Malézieux, que la duchesse du Maine aurait joué à cette occasion.

Les deux artistes qui, de notre temps, se sont le plus distingués dans le rôle du Menteur sont Firmin (m. en 1859) et M. Delaunay.

De 1680 à 1870, la Comédie-Française a donné 616 représentations du Menteur, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 169; à la cour, 13;—sous Louis XV: à la ville, 161; à la cour, 15;—sous Louis XVI: à la ville, 28, à la cour, 6;—sous la Révolution: 8;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 74, à la cour, 2;—sous la Restauration: 30;—sous Louis-Philippe: 51;—sous la seconde République: 5; sous le second Empire: 54.

Vendu: 30 fr. mar. v. (Duru), Giraud, 1855 (no 1637).

36. Le || Mentevr, || Comedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez || Antoine de Somma- || uille, en la Gallerie || des Merciers, à l'Escu || de France. || Au || Palais || Et || Augustin Courbé, en la mesme Gallerie, || à la Palme. || M. DC. XLIV [1644]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 91 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour l'Epistre; 1 f. pour le Privilége et les noms des Acteurs. Le privilége, qui n'est rapporté ici que par extrait, est le même que dans l'édition in-4; il est suivi du même achevé d'imprimer.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

37. Le || Mentevr, || Comedie. || Par le Sieur Corneille. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, sous la montée de || la Cour des Aydes. || M. DC. LIII [1653]. In-4 de 2 ff et 124 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour l'Epistre.

Nous avons vu deux exemplaires tout à fait semblables de cette édition, l'un à la Bibliothèque Cousin, l'autre à la Bibliothèque Mazarine; ils n'ont bien tous deux que 2 ff. prélim., c'est-à-dire qu'ils ne contiennent ni le Privilége ni les Acteurs. Il est vrai que le privilége n'est pas annoncé sur le titre.

38. Le || Mentevr, || Comedie. || A Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, au Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Iustice, [ou Chez Thomas Iolly, au Palais, dans la || petite Salle, à la Palme, & aux Armes de Hollande; ou Chez Loüis Billaine, au second Pillier de la grand Salle du Palais, à la Palme & au grand Cesar]. || M. DC. LXIV [1664]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 2 (?) ff. et 92 pp.

Collation des feuillets prélimin.: titre; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les Acteurs.

Le privilége, daté de janvier 1653, est donné à Corneille lui-même pour neuf années. Corneille déclare y associer Augustin Courbé et Guillaume de Luyne, et Courbé fait cession de sa part à Thomas Jolly et à Louis Billaine. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois, [en] vertu du present Priuilege, le dernier d'Octobre 1660, à Roüen, par Laurens Maurry.

L'exemplaire de la Bibliothèque Cousin, le seul de cette édition que nous ayons eu entre les mains, n'a que deux feuillets prélim. Il est au nom de Jolly. Nous avons complété l'adresse des autres libraires sur l'édition de Cinna de 1664 (no 24).

39. Le Menteur, Comedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais, Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien qu'elle n'ait pas encore été citée. Elle doit compter 2 ff. et 84 pp. Voy. ci-dessus, no [25].

XV

40. La Svite || dv || Mentevr, || Comedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France. || Au || Palais. || Et || Augustin Courbé, en la mesme || Gallerie, à la Palme. || M. DC. XLV [1645]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff. et 136 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre avec un fleuron représentant une tête coiffée de plumes, de laquelle se détachent des rinceaux et des guirlandes (on remarque les initiales de Laurens Maurry entre les guirlandes); 7 pp. pour l'Epistre; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour les Acteurs.

Le privilége reproduit in extenso occupe une page et demie. Il est donné à «nostre cher et bien amé le sieur Corneille» pour un espace de cinq ans, à compter du jour que la pièce sera achevée d'imprimer pour la première fois, et porte la date du 5 août 1645. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois à Roüen, par Laurens Maurry, ce dernier Septembre 1645. Il n'est pas fait mention de la cession faite par l'auteur aux libraires.

Le texte est imprimé en caractères italiques avec manchettes aux pp. 14, 24, 68, 99, 101, 102, 128 et 132.

La comédie, présentée par Corneille comme une Suite du Menteur, ne se rattache nullement à cette pièce. Le poëte lui-même nous avertit qu'elle est tirée d'une comédie de Lope de Vega, intitulée: Amar sin saber à quien, qui est très-probablement antérieure à celle d'Alarcon. Les deux ouvrages se trouvent, il est vrai, réunis dans le recueil qu'un libraire de Saragosse donna, en 1630, sous le nom de L. de Vega (Parte veynte y dos de las comedias del Fenix de España, Frey Lope de Vega Carpio; Çaragoça, Vedro Verges, 1630, in-4); mais, en 1635, quelques mois avant la mort de Lope, Luis de Usátegui, son gendre, publia le véritable tome XXIIe des comédies du «Phénix de l'Espagne» où l'on ne retrouve plus la Verdad sospechosa, désormais rendue à Alarcon (voy. le no [35]). Il est assez vraisemblable que la réunion fortuite des deux comédies dans un même volume aura seule inspiré à Corneille l'idée de les compléter l'une par l'autre. Presque tous les ouvrages qui obtinrent un grand succès au XVIIe siècle, à quelque genre qu'ils appartinssent, donnèrent lieu à des suites. On eut la Suite de Don Quichotte, la Suite du Cid, la Suite des Lettres portugaises, etc. Le Menteur ayant réussi à la scène, Corneille aima mieux lui donner une suite que d'en laisser composer une par Chevreau ou par Desfontaines. Il voulut seulement que le public retrouvât dans la pièce nouvelle les principaux personnages du Menteur. Mais, quelque soin que prenne Cliton, dès les premières scènes, d'exposer les incidents qui servent de lien entre les deux pièces, il n'en faut pas moins reconnaître que le caractère de Dorante est singulièrement changé.

La Suite du Menteur fut jouée à la fin de l'année 1643, sur le théâtre du Marais, par les mêmes acteurs que le Menteur. Jodelet lui-même, qui avait contribué au succès de la première pièce, dans le rôle de Cliton, récita le portrait peu flatté que le poëte traçait de lui. Les frères Parfaict (Histoire du Théatre François, t. VIe, pp. 237 sqq.) et M. Marty-Laveaux (t. IVe, pp. 123 sqq.) nous ont donné quelques détails sur ce comédien qui entra au Marais en 1610 et mourut à la fin de mars 1660, ainsi que nous l'apprend la Muse historique de Loret.

Jodelet divertit le parterre pendant cinquante ans, aussi fut-on surpris de le voir en 1649 et en 1650 prendre une part active à la Fronde. Une mazarinade de 1649 contient le passage suivant:

«Il n'est pas jusque(s) à Jodelet

Qui n'ait en main le pistolet,

Ayant adjoint à sa cabale

Les gens de la Troupe Royale;

Si bien qu'eux tous jusqu'aux Portiers

Ont cuirasse et sont cavaliers,

Tesmoignant bien mieux leur courage

En personne qu'en personnage.»

Le Courrier françois dit encore en 1650:

«L'hostel de Bourgogne ferma.

La trouppe du Marais s'arma.

Jodelet n'eut plus de farine

Dont il put barbouiller sa mine.»

Voy. Choix de Mazarinades, publié par C. Moreau; Paris, 1853, 2 vol. in-8, t. Ier, p. 300 et t. IIe, p. 167; voy. aussi la Bibliographie des Mazarinades du même auteur, nos 1080, 1257, 1736.

Malgré les efforts de Jodelet et de ses camarades, la Suite du Menteur échoua; Corneille l'avoue lui-même, dans son Epistre et dans son Examen, sans se rendre bien compte des causes de son insuccès. Sans parler des défauts de la pièce, qui, malgré d'excellentes scènes, n'est pas d'un intérêt véritablement dramatique, on peut dire qu'il est sans exemple dans la littérature que la suite d'un ouvrage ait jamais participé à la vogue que l'auteur se proposait d'exploiter. «Bien que d'abord cette Pièce n'eut pas grande approbation, ajoute Corneille, à la fin de son Examen, quatre ou cinq ans après la Troupe du Marais la remit sur le Théatre avec un succès heureux, mais aucune des Troupes qui courent les Provinces ne s'en est chargée.» Cette reprise dut avoir lieu peu de temps avant que Jodelet se joignît aux frondeurs; ce fut la dernière. Le Registre de Lagrange ne mentionne aucune représentation de la Suite du Menteur; ce n'est qu'au commencement de ce siècle qu'Andrieux essaya les retouches conseillées par Voltaire. La pièce, réduite en 4 actes, fut jouée sur le Théâtre-Français, où elle obtint 7 représentations. Andrieux, mécontent de son ouvrage, la remit en 5 actes et la donna sous cette nouvelle forme sur le Théâtre de l'Impératrice, l'Odéon actuel (voy. notre chapitre XIV p. [338]).

On joua en 1645 une pièce de d'Ouville, dont le titre reproduisait celui de la comédie de Lope de Vega, dont Corneille a tiré la Suite du Menteur: Aymer sans savoir qui (à Paris, chez Cardin Besongne, 1647, in-4). L'analyse que les frères Parfaict ont donnée de cette pièce (Histoire du Théatre François, t. VIe, pp. 411-415) permet de dire qu'elle n'a aucun rapport avec l'ouvrage espagnol.

Vendu: 40 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (no 595);—170 fr., même exempl., Potier, 1870 (no 1231).

41. La Svite || dv || Mentevr, || Comedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez || Antoine de Somma- || uille en la Gallerie || des Merciers, à l'Escu || de France. || Au || Palais. || Et || Augustin Courbé, || en la mesme Gallerie, || à la Palme. || M. DC. XLV [1645]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 93 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: titre; 7 pp. pour la dédicace; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour les noms des Acteurs. Le privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition in-4.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

42. La || Svite || dv || Mentevr, || Comedie. || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, || au Palais, dans la petite Salle, sous la montée || de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, dans la petite salle des Merciers, || à l'Escu de France]. || M. DC. XLVIII [1648]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 93 pp.

La collation est la même que dans l'édition in-12 de 1645, mais les caractères sont plus fins et la justification plus petite (109 mm. sur 56). Le privilége est le même, mais il n'y a pas d'achevé d'imprimer.

Cette édition fut sans doute publiée lors de la reprise, dont parle Corneille à la fin de son Examen. Nous en avons vu des exemplaires à la Bibliothèque Cousin, chez M. L. Potier et à la librairie Techener.

43. La Suite du Menteur, Comedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682], Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien que nous ne l'ayons pas vue. Elle doit se composer de 2 ff. et 84 pp. Voy. ci-dessus no[ 25].

XVI

44. Rodogvne || Princesse || des Parthes. || Tragedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussaint Quinet, au Palais, || sous la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à la Palme. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 9 ff. et 115 pp.

Collation des feuillets prél.: Figure représentant Rodogune qui empêche Antiochus de prendre la coupe; on lit en haut le titre de la tragédie, avec le nom de Corneille, et en bas ces mots: C. le Brun in., au-dessous desquels se trouve l'indication du lieu de publication: A Paris, Au Palais, Auec Priuilege du Roy, 1647 (cette figure, imprimée sur un f. séparé, manque souvent); 1 f. de titre avec un fleuron portant le monogramme de L. Maurry; 4 ff. pour la dédicace à «Monseigneur Monseigneur le Duc d'Anguien»; 2 ff. pour l'extrait d'Appien; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 17 avril 1646, est donné pour cinq ans à Toussainct Quinet, lequel y associe A. de Sommaville et A. Courbé. L'achevé d'imprimer est du dernier jour de janvier 1647.

Dans certains exemplaires d'un premier tirage, la dernière page est chiffrée par erreur 107.

Dans tous les recueils des œuvres de Corneille, sauf dans la grande édition in-folio de 1663, Rodogune est placée après Théodore, mais il est certain que cette dernière pièce ne fut jouée qu'en 1645, tandis que la première dut l'être dans le courant de l'année 1644. Tous les historiens du théâtre sont unanimes sur ce point. Voltaire a pensé qu'ils se trompaient et que l'ordre chronologique n'avait pas dû être abandonné par Corneille; il a donc reculé la représentation de Rodogune jusqu'en 1646, tandis qu'avec tous les auteurs il a laissé Théodore à l'année 1645. L'ordre dans lequel furent publiées les deux tragédies n'est pas, à notre avis, un motif suffisant pour écarter une tradition universellement admise.

La place occupée par Théodore, dans les éditions de 1647 à 1655, lui fut sans doute donnée en raison de la date à laquelle elle fut publiée. Corneille s'était d'autant plus empressé de la faire imprimer, qu'il espérait que sa Vierge chrétienne, malgré l'échec qu'elle avait subi à Paris, serait bien accueillie sur les théâtres de province, tandis qu'il retarda l'impression de Rodogune pour protéger les droits des comédiens et les siens. Lors de la composition du recueil de 1647, les libraires s'en tinrent à l'ordre dans lequel les pièces avaient été imprimées. Corneille conserva cet ordre, sans y rien changer, jusqu'en 1660, époque à laquelle il se préoccupa de donner une forme définitive aux éditions de ses œuvres. Il mit alors Théodore immédiatement après Pompée, c'est-à-dire avant le Menteur, dans la pensée de la rapprocher de Polyeucte, dont elle était le pendant. La grande édition de 1663 innova sur ce point et rangea toutes les pièces à leur vraie place, y compris Théodore, mais les éditions de 1664 in-8, de 1668 et de 1682 revinrent aux errements antérieurs. A partir de cette époque, il nous paraît facile d'expliquer la transposition faite par Corneille. Les dernières éditions de ses œuvres sont «réglées» à huit pièces par volume; Théodore, étant sa dix-septième pièce, devait naturellement ouvrir le tome IIIe. Il est naturel de penser que le poëte, qui avait commencé le tome IIe par le Cid, aura voulu mettre en tête du tome IIIe, une pièce qui eût obtenu un succès incontesté; il choisit Rodogune et relégua Théodore au second plan, à la fin du volume précédent. L'édition in-folio étant réglée à douze pièces par volume, c'est Pompée qui ouvrait la seconde partie, en sorte que Théodore avait pu sans inconvénient y occuper sa vraie place.

Fontenelle prétend que son oncle fut plus d'un an à disposer le sujet de Rodogune. Il en devait l'idée première à un épisode raconté par Appien; mais, l'histoire ne pouvant être mise sur la scène dans toute sa nudité, le récit de Justin, les témoignages du Livre des Machabées et de Josèphe n'étant d'ailleurs pas conformes sur tous les points aux faits rapportés par l'historien grec, Corneille dut tirer de son propre fonds la plus grande partie du poëme. Cet effort d'imagination lui coûta beaucoup de peine et lui inspira pour Rodogune une affection particulière. «On m'a souvent fait une question à la Cour, dit-il dans son Examen, quel étoit celuy de mes Poëmes que j'estimois le plus, et j'ay trouvé tous ceux qui me l'ont faite si prévenus en faveur de Cinna, ou du Cid, que je n'ay jamais osé déclarer toute la tendresse que j'ay toujours eue pour celui-cy, à qui j'aurois volontiers donné mon suffrage, si je n'avois craint de manquer en quelque sorte au respect que je devois à ceux que je voyois pencher d'un autre costé. Cette préférence est peut-estre en moy un effet de ces inclinations aveugles, qu'ont beaucoup de péres pour quelques-uns de leurs enfans, plus que pour les autres: peut-estre y entre-t'il un peu d'amour-propre, en ce que cette Tragédie me semble estre un peu plus à moy, que celles qui l'ont précédée, à cause des incidens surprenans qui sont purement de mon invention, et n'avoient jamais été veus au Théatre; et peut-estre enfin y a-t'il un peu de vray mérite, qui fait que cette inclination n'est pas tout-à-fait injuste.»

Au moment où Corneille achevait de combiner les scènes de sa tragédie, il fut trahi par un de ceux qui avaient reçu ses confidences. Gabriel Gilbert, auteur dramatique médiocre, dont la reine Christine de Suède avait fait son secrétaire, profita de cette indiscrétion et ne craignit pas d'écrire une Rodogune, qu'il fit représenter sous son nom en 1644, quelques mois avant la pièce de Corneille (Rodogune, Tragi-Comedie; à Paris, chez Toussainct Quinet, 1646, in-4). Le plagiaire avait eu connaissance des quatre premiers actes de la vraie Rodogune, qu'il suivit assez fidèlement, mais il fut abandonné à lui-même pour le cinquième, et le misérable dénoûment qu'il imagina suffit pour révéler son larcin. Corneille ne se plaignit même pas de cet abus de confiance qu'il feignit d'ignorer; la supériorité du style était pour lui une vengeance plus que suffisante. D'ailleurs Gilbert, ignorant de quel auteur le sujet était tiré, n'avait pas su à qui appliquer le nom de Rodogune; il l'avait donné par erreur à la reine que Corneille appelle Cléopatre.

Rodogune fut représentée à l'hôtel de Bourgogne; elle fut jouée par Mlle Bellerose, à ce que nous apprend une mazarinade intitulée: Lettre de Bellerose à l'abbé de la Rivière (1649). Plus tard elle passa dans le répertoire courant de la troupe de Molière. Le Registre de Lagrange en mentionne 23 représentations de 1659 à 1680. Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne ne cessèrent point pour cela de donner Rodogune, si l'on s'en rapporte à la distribution indiquée par Mouhy, dans son Journal du Théatre François (voy. Marty-Laveaux, t. IVe, pp. 406 sq.). Ce furent très-probablement les acteurs que nomme Mouhy: Baron, Villiers, Champmeslé, Lecomte, Mlle de Champmeslé, Mlle Dupin et Mlle Guiot qui représentèrent la pièce à Versailles en octobre 1676, lors de la reprise qui donna lieu au Remerciement de Corneille. C'étaient les mêmes acteurs qui jouaient Rodogune, au commencement de l'année 1685, ainsi que nous l'apprenons par le Manuscrit du Dauphin (voy. ci-dessus, no [19]). Les indications de ce manuscrit sont d'autant plus importantes qu'elles viennent corroborer le témoignage de Mouhy. Voici la distribution qu'il nous fournit:

DAMOISELLES.

Cleopatre:Beauval, ou Dupin.
Rodogune:Chanmeslé.
Laodice:Guiot.

HOMMES.

Antiochus:Baron.
Seleuchus:de Villiers, ou le Comte.
Timagene:Chanmeslé.
Oronte:le Comte.

Parmi les artistes qui ont rempli le rôle de Cléopatre, nous citerons, d'après Lemazurier (Galerie des acteurs du Théâtre Français, t. IIe), Mlle Aubert, en 1712; Mlle Lamotte, en 1722; Mlle Balicourt, en 1727; enfin et surtout Mlle Dumesnil. Les plus brillantes interprètes de Rodogune ont été Mlle Gaussin et Mlle Clairon.

Les représentations données par le Théâtre-Français de 1680 à 1870 ont été au nombre de 455, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 133; à la cour, 21;—sous Louis XV: à la ville, 135; à la cour, 14;—sous Louis XVI: à la ville, 34; à la cour, 6;—sous la Révolution, 9;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 67; à la cour, 3;—sous la Restauration, 18;—sous le second Empire, 15.

45. Rodogvne || princesse || des Parthes. || Tragedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || à Paris, || Chez Toussaint Quinet, au || Palais, sous la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommaville, || au Palais, en la Gallerie des Mer- || ciers, à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé || au Palais, en la Salle des Merciers, || à la Palme]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff. et 87 pp.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé portant ces mots dans un cartouche: La Rodogune, Tragedie de M. de Corneille, 1647 (ce frontispice manque à beaucoup d'exemplaires où il est remplacé par 1 f. blanc); 1 f. de titre; 4 ff. de dédicace à Monseigneur le Prince (le vo du dernier est occupé par un simple fleuron); 4 ff. contenant l'extrait d'Appian Alexandrin et les noms des Acteurs.

Nous avons eu sous les yeux deux exemplaires au nom de Quinet, ou le fleuron et la lettre ornée qui précèdent la dédicace étaient différents, tandis qu'ils étaient pour tout le reste absolument conformes.

Le privilége occupe le verso de la p. 87. Il est au nom de Toussainct Quinet, qui déclare y associer Antoine de Sommaville et Augustin Courbé. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la première fois, le dernier iour de Ianuier 1647.

La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire de cette édition au nom de Courbé, avec la date de 1646. Il y a là une faute d'impression évidente, puisque l'achevé d'imprimer porte, comme dans tous les exemplaires, le dernier jour de janvier 1647.

Vendu: 16 fr. mar. r. doublé de mar. bl. (Gruel), Giraud, 1855 (no 1641);—40 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (no 56).

46. Rodogune, princesse des Parthes, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Trabouillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien qu'elle n'ait pas encore été citée. Elle doit compter 2 ff. et 68 pp. Voy. ci-dessus no [25].

XVII

47. Theodore || vierge et martyre, || Tragedie ]| chrestienne. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes; ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à l'Escu de France; [ou Chez Augustin Courbé, au Palais, en || la Gallerie des Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVI [ou M. DC. XLVII] [1646 ou 1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 5 ff. et 128 pp.

Collation des feuillets prélim.: figure représentant la décollation de sainte Théodore; titre avec le fleuron de Laurens Maury et ses initiales L. M.; 5 pp. pour la dédicace à Monsieur L. P. C. B.; 1 p. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 17 avril 1646 (comme le privilége de Rodogune), est accordé pour cinq ans à Toussainct Quinet, qui déclare y associer A. de Sommaville et A. Courbé. L'achevé d'imprimer est du dernier jour d'octobre 1646.

La plupart des exemplaires de cette édition que nous avons vus portent la date de 1647; ce sont ceux dans lesquels nous avons trouvé le frontispice gravé. La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire de 1646, sans frontispice avec le nom de Courbé. Un autre exemplaire est porté au Catalogue Pompadour, no 890. Il est possible que la gravure n'ait pas été achevée, lorsque les premiers exemplaires furent mis en vente.

En écrivant Théodore, Corneille espéra renouveler le succès de Polyeucte. Il écrivit Théodore après Polyeucte, comme il avait écrit la Place Royale après la Galerie du Palais, Cinna après Horace, la Suite du Menteur après le Menteur. Il emprunta le sujet de la pièce au De Virginibus de saint Ambroise et crut pouvoir mettre sur la scène une légende presque semblable à celle de sainte Agnès, que les spectateurs naïfs du moyen âge écoutaient avec un recueillement religieux. Nous connaissons un drame provençal du commencement du XIVe siècle, auquel cette dernière sainte donne son nom (Sancta Agnes, provenzalisches geistliches Schauspiel, herausgegeben von Karl Bartsch; Berlin, Weber, 1869, pet. in-8), et dans les premières années du XVIIe siècle, Pierre Troterel, seigneur d'Aves, en fit l'héroïne d'une tragédie (Tragédie de Sainte Agnes, par le Sieur d'Aves; Rouen, David du Petit Val, 1615, pet. in-12 de 95 pp.). Personne alors ne trouvait mauvais qu'une partie de l'action se passât dans un lieu de prostitution; mais Corneille avait épuré le goût public, et les spectateurs ne purent supporter le quatrième acte de sa pièce. Jouée, en 1645, par les comédiens du Roi, Théodore n'eut, d'après le Journal du Théatre François, que cinq représentations. Corneille ne put dissimuler son échec: «La representation de cette Tragédie, dit-il dans son Examen, n'a pas eu grand éclat, et sans chercher des couleurs à la justifier, je veux bien ne m'en prendre qu'à ses défauts, et la croire mal faite, puisqu'elle a été mal suivie. J'aurois tort de m'opposer au jugement du Public; il m'a été trop avantageux en d'autres Ouvrages pour le contredire en celui-cy, et si je l'accusois d'erreur ou d'injustice pour Théodore, mon exemple donneroit lieu à tout le monde de soupçonner des mesmes choses les Arrests qu'il a prononcez en ma faveur. Ce n'est pas toutefois sans quelque satisfaction, que je voy la meilleure et la plus saine partie de mes Juges imputer ce mauvais succès à l'idée de la prostitution qu'on n'a pû souffrir, bien qu'on sçeust assez qu'elle n'auroit point d'effet, et que pour en extenuer l'horreur j'aye employé tout ce que l'Art et l'expérience m'ont pû fournir de lumiéres; pouvant dire du quatrieme Acte de cette Pièce que je ne croy pas en avoir fait aucun, où les diverses passions soient ménagées avec plus d'adresse et qui donne plus lieu à faire voir le talent d'un excellent Acteur.» Dans les provinces, les spectateurs étaient moins exigeants qu'à Paris. Après avoir remarqué que la Suite du Menteur n'y fut point donnée, Corneille termine l'Examen de cette pièce par la réflexion suivante: «Le contraire est arrivé de Théodore, que les Troupes de Paris n'y ont point rétablie depuis sa disgrace, mais que celles des Provinces y ont fait assez passablement réüssir.»

Nous avons déjà parlé (voy. le no [44]) du rang assigné à Théodore, dans les diverses éditions collectives que Corneille donna de ses ouvrages. Nous n'avons pu voir d'autre motif à l'interversion qui l'a fait passer avant Rodogune, et même, en 1660, avant le Menteur, que le désir qu'eut le poëte de la rapprocher de Polyeucte et de ne pas mettre en tête d'un volume une pièce qui n'avait pas obtenu un complet succès.

48. Theodore || vierge et martyre, || tragedie chrestienne. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, || au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydes [ou Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, || au Palais, en la Gallerie des || Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVI [1646]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff., 82 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace à Monsieur L. P. C. B.; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 17 avril 1646, est accordé pour cinq ans à Toussainct Quinet, qui déclare y associer Antoine de Sommaville et Augustin Courbé. L'achevé d'imprimer pour la première fois est du dernier jour d'octobre 1646.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire au nom de Courbé, avec la date de 1647, qui ne présente d'ailleurs aucune différence avec les exemplaires datés de 1646.

Vendu: 20 fr., mar. r. doublé de mar. bl. (Gruel), Giraud, 1855 (no 1639);—75 fr., mar. r. (Duru et Chambolle), Potier, 1870 (no 1230).

49. Theodore vierge et martyre, Tragedie chrestienne. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Trabouillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Cette édition doit se composer de 2 ff. et 76 pp.

Vendu: 6 fr. mar. v. (Duru), Giraud, 1855 (no 1640).

XVIII

50. Heraclivs || emperevr || d'Orient, || Tragedie, || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, || sous la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff., 126 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. de titre avec un fleuron, au monogramme de L. Maurry; 3 ff. pour la dédicace A Monseigneur Seguier, Chancelier de France; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur et les noms des Acteurs.

Le privilége, dont le texte remplit le dernier f., est accordé pour cinq ans à T. Quinet, à la date du 17 avril 1647, et Quinet déclare y associer A. de Sommaville et A. Courbé. L'achevé d'imprimer est du 28 juin 1647.

Les libraires associés pour la publication de la pièce eurent un procès dont Scarron (éd. de 1786, t. VIIe, p. 56) nous a conservé le souvenir dans les vers suivants, que M. Marty-Laveaux a relevés:

Si l'on ne payoit point les Muses,

Elles deviendroient bien camuses;

On ne feroit plus rogatums,

On n'imprimeroit que factums;

Courbé, Quinet et Sommaville

Finiroient leur guerre civile,

Et ne s'entre-plaideroient plus

Pour Cassandre et l'Heraclius.

Dans le procès intenté par Quinet à ses deux associés Sommaville et Courbé, Corneille, croyons-nous, donna raison aux derniers. Leurs deux noms figurent, en 1648, sur une édition de Polyeucte (no 28), tandis qu'on n'y voit pas celui de Quinet. Du reste la brouille ne fut pas de longue durée. Courbé ayant obtenu, en 1648, un privilége pour les pièces de Corneille, y associa Sommaville et Quinet. Leur entente est constatée par le recueil de 1648, dont l'achevé d'imprimer est du 31 septembre. (Voy. notre chapitre [III].)

Héraclius fut représenté à l'hôtel de Bourgogne vers la fin de l'année 1646. Nous adoptons cette date et non celle de 1647 que nous fournissent les historiens du théâtre, parce que le passage du Déniaisé de Gillet de la Tessonnerie, que cite M. Marty-Laveaux (t. V, p. 117), nous paraît tout à fait concluant. Dans cette comédie figurent deux amants qui se vantent tour-à-tour de leur galanterie pour leur belle:

J'ay fait voir à Daphnis dix fois Heraclius,

—Moy, vingt fois Themistocle et peut-estre encor plus.

Le privilége du Déniaisé est daté du 9 mars 1647. Si l'on tient compte du temps nécessaire pour l'obtention des lettres royales; si l'on réfléchit que les acteurs ne jouaient alors que trois fois par semaine, et qu'une pièce ne pouvait avoir plus de dix représentations en un mois; si enfin l'on admet que la Tessonnerie ne put composer et faire jouer sa pièce en moins d'un mois, on est forcé de placer Héraclius avant la fin de l'année 1646. Corneille lui-même nous fournit un argument à l'appui de cette opinion. Dans l'avis au lecteur qui précède Rodogune (dont l'achevé d'imprimer est du 31 janvier 1647), il dit que cette tragédie n'est pas la seule où il ait pris de la liberté avec l'histoire, et il ajoute: «Je l'ay poussée encore plus loin dans Heraclius que je viens de mettre sur le théatre.» Cette phrase, écrite au commencement de l'année 1647, se rapportait sans doute à un événement antérieur de quelques semaines.

Corneille composa Héraclius en combinant plusieurs passages des Annales ecclesiastici de Baronius. «Cette Tragédie, nous dit-il dans son Examen, a encore plus d'effort d'invention que celle de Rodogune, et je puis dire que c'est un heureux Original, dont il s'est fait beaucoup de belles copies, si-tost qu'il a paru.» Malgré la netteté de cette déclaration faite par un homme dont on connaît la franchise, quelques critiques du commencement du XVIIIe siècle s'avisèrent de rechercher une comédie de Calderon intitulée: En esta vida todo es verdad y todo mentira, qui présente dans certains passages de frappantes analogies avec Héraclius, et prétendirent que le poëte français avait emprunté sa pièce à l'Espagne. Cette assertion fut avancée assez à la légère dans le Mercure de 1724, mais démentie par le savant jésuite Tournemine, dont Jolly reproduisit les observations dans l'Avertissement des Œuvres de Corneille, publiées par lui en 1738. Quelque incroyables que fussent les accusations de plagiat portées contre Corneille, Voltaire n'hésita pas à les reprendre, mais ne trouva pour les soutenir que les plus détestables raisons. Corneille n'emprunta rien à Calderon; ce fut au contraire l'auteur espagnol qui fit entrer des fragments de la pièce de Corneille dans une conception presque insensée. Sa comédie de Todo es verdad y todo mentira, ne fut publiée que 17 ans après Héraclius (Tercera Parte de las Comedias de D. Pedro Calderon de la Barca; Madrid, por Domingo Garcia Morràs, 1664, in-4 de 6 ff. non chiff. et 272 ff. chiff.); c'est ce que M. Viguier (Anecdotes littéraires sur Pierre Corneille; Rouen, 1846, in-8, pp. 13 sqq., et Œuvres de Corneille, éd. Marty-Laveaux, t. Ve, pp. 122 sqq.), a démontré d'une manière irréfragable. Il faut toute la passion d'un «Franzosenfresser» comme M. de Schack (Geschichte der dramatischen Literatur und Kunst in Spanien, t. IIIe, p. 177; Nachtrag, p. 104), ou toute l'ardeur castillane d'un poëte comme M. Harzenbusch, qui fait de la question une question d'amour-propre national, pour accuser Corneille d'un plagiat commis au contraire à son détriment.

Au dire de Corneille, le poëme d'Héraclius «est si embarrassé, qu'il demande une merveilleuse attention. J'ay veu, ajoute-t-il, de fort bons esprits, et des personnes des plus qualifiées de la Cour, se plaindre de ce que sa représentation fatiguoit autant l'esprit qu'une étude sérieuse. Elle n'a pas laissé de plaire, mais je croy qu'il l'a fallu voir plus d'une fois, pour en remporter une entière intelligence.» La troupe de Molière donna plus tard Héraclius, comme la plupart des autres pièces de Corneille. Le Registre de Lagrange en mentionne 14 représentations de 1659 à 1680, dont 7 pour la seule année 1661. D'après une tradition recueillie dans l'édition de la Bruyère, donnée par Coste en 1731 (t. Ier, p. 3), Molière «réussit si mal la première fois qu'il parut à la tragédie d'Héraclius, dont il faisoit le principal personnage, qu'on lui jeta des pommes cuites qui se vendoient à la porte, et il fut obligé de quitter». Peut-être la malheureuse représentation où Molière subit cet affront est-elle celle que Lagrange cite à la date du samedi 18 mai 1659, avec une recette de 72 livres. Molière n'avait pour sa part que 3 livres!

Robinet nous raconte, dans sa Lettre en vers à Madame, du 1er décembre 1668, une représentation d'Héraclius donnée chez Monsieur:

Lundy, les Altesses Royales,

En l'une de leurs grandes Sales,

Où tout brilloit tant que rien plus,

Veirent le grand Héraclius,

L'un des beaux fruits des doctes Veilles

Du digne Aîné des deux Corneilles,

Qu'avec un honneur non tel quel,

Jouërent Messieurs de l'Hôtel.

Au commencement de l'année 1685, Héraclius était distribué de la manière suivante:

DAMOISELLES.

Pulcherie:Chanmeslé.
Léontine:Beauval, ou Dupin.
Eudoxe:Poisson.

HOMMES.

Héraclius:Baron, ou Dauvilliers.
Marsian:Dauvilliers, ou le Comte.
Phocas:Chanmeslé.
Crispe:Hubert, ou le Comte.
Octavian:Raisin L.
Amintas:Beauval.

De 1680 à 1870, le Théâtre-Français a donné 305 représentations d'Héraclius, savoir: sous Louis XIV; à la ville, 60; à la cour, 4;—sous Louis XV; à la ville, 137; à la cour, 17;—sous Louis XVI; à la ville, 18; à la cour, 6;—sous la Révolution: 5;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 40; à la cour, 2;—sous la Restauration: 13;—sous le second Empire: 3.

51. Heraclivs || Emperevr || d'Orient, || Tragedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la gallerie des Merciers, || à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 93 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour l'avis Au Lecteur et les Acteurs.

Le privilége est le même que dans l'édition in-4 qui précède. Il se termine par la même mention et le même achevé d'imprimer.

Cette édition dut paraître peu de temps après l'édition in-4. Dans la lettre citée ci-dessus, Conrart dit à Félibien, à la date du 16 août 1647: «Je tiendray le petit Heraclius tout prest pour vous l'envoyer par la premiere commodité d'amy qui se présentera.»

Vendu: 21 fr. mar. bl. doublé de mar. r. (Gruel), Giraud, 1855 (no 1642);—40 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (no 57).

52. Heraclivs || Emperevr || d'Orient, || Tragedie. || A Paris, || Chez Guillaume de Luine, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes. || M. DC. LII. [1652]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 82 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour l'avis Au Lecteur et les noms des Acteurs.

Cette édition est imprimée en petits caractères très-nets; la justification est de 104 mm. sur 58, tandis que l'édition de 1647 a 111 mm. sur 58. Il existe des exemplaires de l'édition de Guillaume de Luine, avec la date de 1653. Nous avons pu nous convaincre à la Bibliothèque Cousin, où nous avons trouvé un exemplaire sous chacune des deux dates, que les deux catégories d'exemplaires appartiennent à une seule et même édition.

53. Heraclius Empereur d'Orient, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Cette édition doit se composer de 2 ff., 72 pp. et 1 f. blanc.

Voy. la note du no [25].

XIX

54. Dessein de la Tragedie || d'Andromede, || Représentée sur le Theatre || Royal de Bourbon. || Contenant l'ordre des Scénes, la descri || ption des Theatres & des Machines, || & les paroles qui se chantent || en Musique. || Imprimé à Roüen, aux despens de l'Autheur. || M. DC. L. [1650]. || Auec Priuilege du Roy. || Et se vend à Paris, chez Augustin Courbé, || Imprimeur & Libraire ordinaire de M. le Duc || d'Orleans, au Palais, à la Palme. In-8 de 68 pp., y compris le titre.

Au verso du titre, se trouve l'extrait du privilége accordé à Corneille, pour cinq ans, à la date du 12 octobre 1649. L'achevé d'imprimer est du 3 mars 1650.

Mazarin, qui avait apporté d'Italie le goût de l'opéra et des représentations à grand spectacle, fit jouer, pendant le carnaval de 1647, un ballet italien intitulé Orphée (Orphée, Tragi-Comedie en Musique en Vers Italiens, représentée devant Leurs Majestés; Paris, Sebastien Cramoisy, 1647, in-4 de 29 pp.). Malgré les splendeurs de la mise en scène, ce ballet n'eut qu'un médiocre succès, que Renaudot, le rédacteur de la Gazette, ne parvint pas à grandir. Les spectateurs ne comprirent pas les vers italiens, ou, s'ils les comprirent, ne purent qu'en déplorer la faiblesse. Mazarin, pour faire mieux goûter par le public le genre de fêtes qui lui plaisait, eut alors l'idée de monter un opéra français, dont les vers fussent écrits par le plus grand poëte de l'époque; il désigna Corneille pour le composer. Le poëte n'eut pas le choix du sujet, qui lui fut probablement imposé par le cardinal. Il s'agissait d'utiliser les décorations et les machines exécutées sous la direction de l'Italien Torelli, pour le ballet d'Orphée, et l'on ne pouvait mettre sur la scène qu'un grand spectacle mythologique.

Le sujet d'Andromède avait été traité plusieurs fois déjà par les faiseurs d'opéras italiens (Andromeda, Tragicomedia boscareccia di Diomisso Guazzoni, [Cremonese]; in Venetia, per Domenico Imberti, 1587 et 1599 in-12;—Andromeda, Tragicomedia per Musica [poesia di Ridolfo Campeggi, Bolognese, musica di Girolamo Giacobbi, maestro di capella di S. Petronio]; in Bologna, per Bartolommeo Cecchi, 1610, in-12;—Andromeda, Dramma per Musica rappresentato nel Teatro di S. Cassiano di Venezia l'anno 1637, [poesia di Benedetto Ferrari, di Reggio di Modena, musica di Francesco Manelli, di Tivoli]; in Venezia, per Antonio Bariletto, 1637, in-12;—Andromeda, Festa teatrale [di Ascanio Pio di Savoja]; in Ferrara, 1639, in-fol., figg.); nul doute que Corneille n'ait eu entre les mains sinon toutes ces compositions, au moins les plus récentes, et qu'il ne s'en soit inspiré.

La musique d'Andromède fut écrite non pas, comme l'a cru Voltaire, par le compositeur Boesset, ou Boissette, mais par le poëte burlesque Dassoucy, qui, dans un fragment de recueil placé à la suite d'un exemplaire de ses Rimes redoublées que possède la Bibliothèque de l'Arsenal, dit expressément: «C'est moy qui ay donné l'âme à l'Andromede de M. de Corneille.» Ce passage a été relevé, pour la première fois, par M. Paul Lacroix (la Jeunesse de Molière, p. 173), et M. Fournier (Notes sur Corneille, p. xc) en a rapproché avec beaucoup de raison le sonnet adressé par Corneille à Dassoucy sur son Ovide en belle humeur, sonnet qui fut écrit en 1650, l'année même de la représentation d'Andromède.

L'hypothèse des deux savants que nous venons de citer est maintenant une certitude. Dassoucy a fait imprimer des Airs à quatre parties (Paris, Robert Ballard, 1653, très-pet. in-8 obl.), qui contiennent deux fragments d'Andromède, un morceau du Prologue: Cieux, escoutez, escoutez, Mers profondes, et un morceau de l'acte quatrième: Vivez heureux amants. Ce petit recueil est d'autant plus intéressant qu'il contient quelques vers de Corneille à Dassoucy, qui ont échappé à tous les éditeurs. Nous les reproduirons dans notre chapitre Ve.

Corneille se mit à l'œuvre en 1647, assisté de Dassoucy et de Torelli. Une maladie du roi et les pieuses exhortations de Vincent de Paul retardèrent la représentation, qui devait avoir lieu pendant le carnaval de 1648. Dans une lettre datée du 20 décembre 1647, Conrart nous donne à ce sujet de curieux détails. «On préparoit, dit-il, force machines au palais Cardinal, pour représenter à ce carnaval une comedie en musique dont M. Corneille a fait les paroles. Il avoit pris Andromede pour sujet, et je crois qu'il l'eust mieux traité à nostre mode que les Italiens; mais depuis la guerison du Roy, M. Vincent a degousté la Reine de ces divertissemens, de sorte que tous les ouvrages ont cessé (Lettres familieres de M. Conrart à M. Felibien; Paris, Barbin, 1681, in-12, pp. 110 sq.).» Ce témoignage est confirmé par un passage de Dubuisson-Aubenay, emprunté par M. Marty-Laveaux (t. Ve, pp. 247 sq.) à un manuscrit de la Bibliothèque Mazarine. «L'affaire de la comedie françoise d'Andromede, dit-il entre le 2 et le 8 janvier 1648, pour l'avancement de laquelle le sieur Corneille avoit receu 2400 livres, et le sieur Torelli, gouverneur des machines de la piece d'Orphée, ajustandes à celle-cy, plus de 1200 livres, a été derechef rompue ou intermise, apres avoir été nagueres remise sus.»

Les théâtres furent fermés pendant la Fronde, et la représentation d'Andromède fut encore ajournée. Le 18 août 1649, le roi revint à Paris; mais plusieurs mois s'écoulèrent avant que la cour pût se donner le divertissement d'un grand opéra. Ce n'est que vers la fin de janvier 1650 que les comédiens du Petit-Bourbon donnèrent la pièce de Corneille. Le succès en fut très-grand, et Renaudot en fit un long et pompeux éloge dans un extraordinaire de la Gazette daté du 18 février 1650.

Nous parlerons à l'article suivant d'une distribution d'Andromède indiquée à la main dans un exemplaire de la pièce qui a fait partie de la bibliothèque de M. de Soleinne. Il paraît certain que les chanteurs, quels qu'ils fussent, se faisaient remplacer sur la scène par de simples comparses. On lit dans le registre de Lagrange, à propos de la représentation de Psyché (1671): «Jusques icy les Musiciens et Musiciennes n'avoient point voulu paroistre en public. Ils chantoient à la comédie dans des loges grillées et treillissées. Mais on surmonta cet obstacle et avec quelque legere despance on trouva des personnes qui chanterent sur le theastre á visage descouvert habillées comme les comediens.»

Certains passages d'Andromède devinrent populaires, soit à cause des paroles, soit à cause de la musique. Ainsi l'on trouve dans le Nouveau Recueil de Chansons et Airs de cour pour se divertir agréablement (A Paris, chez Marin Leché, 1656, in-12, pp. 51 sq.) l'Air chanté aux grandes Machines d'Andromede à la gloire de nostre Monarque:

Cieux, escoutez; escoutez, Mers profondes,

Et vous, Antres et Bois, bis.

Affreux deserts, rochers battus des ondes, etc.

(Vers 75 à 89 d'Andromède.)

Le Dessein de la Tragedie, simple programme à l'usage des spectateurs, qui, nous le voyons par les premiers mots du texte, fut rédigé par Corneille lui-même, témoigne à lui seul du grand succès de l'opéra. Le 18 février, Renaudot parlait de personnes qui avaient vu jouer cet ouvrage dix ou douze fois; or ce n'est que le 3 mars suivant que s'achève l'impression du programme destiné certainement à faciliter au public l'intelligence des représentations ultérieures. Cela permet de supposer que la pièce, interrompue par le carême, dût être reprise après Pâques.

55. Andromede || tragedie. || Representée auec les Machines || sur le Theatre Royal || de Bourbon. || A Roüen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais. || M. DC. LI. [1651]. || Auec Priuilege du Roy. || Et se vendent A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, || dans la Salle Dauphine, à la bonne || Foy Couronnée. In-12 de 8 ff. prélim. et 92 pp., y compris 1 f. pour le privilége.

Les ff. prélim. comprennent: 1 f. blanc et 1 f. de titre, puis 6 ff. signés à pour la dédicace à M. M. M. M., l'Argument, les noms des Acteurs et la Decoration du Prologue.

Le privilége, accordé à Corneille, pour «deux pièces de théâtre, l'une intitulée Andromede et l'autre D. Sanche d'Arragon,» est daté du 11 avril 1650 et garantit sa propriété pendant dix ans. L'achevé d'imprimer est du 13 août 1650.

Vendu: 52 fr. vél., Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875, no 59.

56. Andromede || Tragedie. || Représentée auec les Maschines sur le || Theatre Royal de Bourbon. || A Roüen, || Chez Laurrens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LI. [1651]. || Et se vendent A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, dans la Salle || Dauphine, à la bonne Foy Couronnée. In-4 de 6 ff. et 123 pp., plus 6 grandes figures pliées.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé représentant une scène du 1er acte, et portant le titre de la pièce avec le monogramme de François Chauveau; titre imprimé; 3 pp. pour la dédicace à M. M. M. M.; 3 pp. pour l'argument; 1 f. pour le nom des Acteurs et la Décoration du Prologue.

Corneille avoue à la fin de l'Argument que cette pièce n'est que pour les yeux; c'est assez dire que les figures ont une grande importance.

Ces cinq figures sont doubles et doivent être montées sur onglet. La première, qui se place avant le prologue, représente une grotte percée à jour par la mer; les premiers plans sont occupés par des arbres et des rochers; au-dessus de la grotte paraissent, à gauche du théâtre, Melpomène, la muse de la tragédie, et, à droite, le soleil traîné dans un char à quatre chevaux.

La deuxième figure précède l'acte 1er; on y voit l'apparition de Vénus, au-dessus des palais somptueux qui ornent la capitale du royaume de Céphée. Les personnages se prosternent devant la déesse. Les hommes portent un costume de fantaisie assez voisin des costumes de parade en usage sous Louis XIV; quant aux femmes, leur habillement est tout moderne.

La troisième figure, qui manque à la plupart des exemplaires que nous avons vus, représente le «jardin délicieux» où se passe le second acte. On y voit de chaque côté des «vases de marbre blanc qui portent alternativement, les uns des statues d'où sortent autant de jets d'eau, les autres des myrthes, des jasmins, et d'autres arbres de cette nature». Les acteurs, qui occupent la scène, contemplent avec étonnement les zéphyrs qui apparaissent dans les nuages.

La quatrième figure précède le 3e acte. Elle représente Andromède attachée aux rochers en habit de noce et sur le point d'être dévorée par le monstre, lorsque Persée apparaît dans les airs monté sur Pégase. Sur le devant de la scène est ménagé un coin du rivage, où se tiennent Cassiope, Timante et le Chœur, vivement émus à la vue de cette scène prodigieuse.

La cinquième figure, placée en tête du 4e acte, nous montre une cour magnifique entourée de portiques et de statues. Junon, portée dans un char que traînent deux vastes paons, apparaît dans les airs aux regards étonnés de Phinée et d'Ammon.

La sixième figure, qui précède le 5e acte, représente la cour d'un temple, décoré de colonnes couplées, dont les bases sont ornées de bas-reliefs. Dans les nuages apparaissent Jupiter et Neptune, et les personnages tombent encore une fois en adoration devant les dieux.

Les six figures portent le no de la page à laquelle elles correspondent. Celle du Prologue est signée: Giacomo Torelli jnu., Berdot de Montbelliard pinx.; Fr. Chauueau fe.; les trois figures suivantes ne sont pas signées; la cinquième porte en toutes lettres le nom de Chauveau, la sixième n'a que ses initiales. Les figures sont d'un format double de celui du livre; elles doivent en conséquence être repliées.

La plupart des exemplaires que nous avons eus entre les mains sont incomplets d'une ou deux figures; presque toujours aussi les figures ont été atteintes par le couteau du relieur, en sorte que les chiffres qui renvoient aux pages de l'édition ont disparu. Un accident de ce genre était arrivé à l'exemplaire que M. Marty-Laveaux a collationné et lui a fait croire (t. Ve, p. 253) que les figures avaient été gravées pour être vendues séparément. Nous donnons notre description d'après un exemplaire qui appartient à M. le baron James de Rothschild.

Comme le remarque M. Marty-Laveaux, les décorations de Torelli montrent une grande magnificence, mais elles manquent de variété. On y retrouve toujours la forme des coulisses, au lieu d'y admirer les effets imprévus que savent produire les artistes modernes. Ajoutons que les apparitions qui terminent les cinq actes, et la manière dont tous les acteurs se prosternent, nous paraîtraient aujourd'hui fastidieuses.

Le Registre de Lagrange nous apprend ce que devint l'œuvre de Torelli, qui avait tant excité l'admiration du public. En 1660, le théâtre du Petit-Bourbon fut démoli; les comédiens obtinrent à grand'peine un autre asile. Ils demandèrent la faveur d'emporter pour leur nouvel établissement du Palais-Royal les loges et les autres choses nécessaires, «ce qui fust accordé, sous réserve des décorations que le sr de Vigarani, machiniste du Roy, nouvellement arrivé à Paris, se réserva sous prétexte de les faire servir au pallais des Tuilleries, mais il les fist brusler jusques à la dernière, affin qu'il ne restât rien de l'invention de son prédécesseur, qui étoit le sr Torelli, dont il vouloit ensevelir la mémoire.»

Le privilége, daté du 12 mars 1651, se trouve au verso de la p. 123. Il y est dit que: «Nostre cher et bien amé le sieur Corneille, Nous a fait remonstrer, qu'il a cy-devant donné au Public diverses pieces de théatre qui ont esté receuës avec succez, et qu'il est sollicité d'en mettre maintenant au jour quatre nouvelles intitulées, Andromede, le Feint Astrologue, et les Engagemens du hazard; ce qu'il ne peut faire sans avoir nos Lettres de permission sur ce necessaires... etc.» Le privilége lui est accordé pour dix ans, «à condition qu'il sera mis deux Exemplaires de chaque volume, qui sera imprimé en vertu des presentes, en nostre Bibliotheque publique, et un en celle de nostre tres-cher et feal le Sieur marquis de Chasteauneuf Chevalier, Garde-des-Seaux de France.»

Ainsi Corneille demande et obtient sous son nom le privilége nécessaire à l'impression de deux des pièces de son frère; le Feint Astrologue et les Engagements du hazard. On ne peut croire qu'il y ait là une confusion involontaire; le libellé du privilége ne permet pas de le supposer. Il est probable que Thomas Corneille aura voulu, grâce à cette innocente supercherie, obtenir pour ses pièces les conditions exceptionnellement favorables auxquelles la grande réputation de son frère pouvait seule prétendre. Nous trouvons une confusion semblable dans le privilége de Pertharite.

L'obligation imposée au titulaire du privilége de déposer deux exemplaires de chaque impression de son ouvrage dans la bibliothèque du Roi et un dans celle du Garde des sceaux est un détail intéressant pour l'histoire du dépôt légal; elle se retrouve dans plusieurs autres priviléges accordés à Corneille.

Le privilége ne fait aucune mention des libraires cessionnaires; l'achevé d'imprimer est du 13 août 1651.

On sera frappé de ce que l'édition in-4o n'ait pas été imprimée en vertu du privilége du 12 octobre 1649, spécial au Dessein de la Tragédie d'Andromede, ni même en vertu de celui du 11 avril 1650 déjà relatif à Andromède; il est à croire que l'auteur et le libraire Charles de Sercy ayant entrepris de faire graver à grands frais des figures pour l'édition in-4o auront voulu obtenir un privilége qui garantît leurs droits pendant une année de plus. L'exécution des planches dut aussi retarder la publication de cette édition, postérieure d'un an à l'édition in-12.

M. Marty-Laveaux (t. Ve, pp. 257 et 313) a supposé que l'achevé d'imprimer du 13 août 1650, qui se trouve à la fin d'Andromède dans le recueil de 1654, était une faute d'impression. Il n'a pas remarqué que la même date se trouvait à la fin de l'édition in-12 de 1651; la différence des priviléges suffirait au besoin pour déterminer l'ordre dans lequel les deux éditions doivent être classées et ne permet pas de supposer une erreur de date dans les achevés d'imprimer.

On trouve au Catalogue Soleinne (t. Ier, pp. 251-253) la description d'un exemplaire de la grande édition d'Andromède, dans lequel les noms des acteurs ont été ajoutés d'une écriture du temps, en regard des noms des personnages, de la manière suivante:

DIEUX DANS LES MACHINES.

du parc Jupiter.
M. beiart Junon.
de brie Neptune.
L'éguisé Mercure.
beiart Le Soleil.
M. de brie Venus.
M. Herué Melpomene.
vauselle Eole.
M. de brie Cymodoce.
M. Menon Ephyre.
M. Magdelon Cydippe.
valets Huit Vents.

HOMMES.

dufresne Cephée.
M. vauselle Cassiope
M. beiart Andromede.
Molière
Chasteauneuf
}Ces deux noms
sont raturés.
Phinée.Chasteauneuf.
Persée. Moliere.
beiart Timante.
de vauselle Ammon.
M. de brie Aglante.
M. herué Cephalie.
M. Magdelon Liriope.
L'Eguisé Un page de Phinée.
L'Estang Chœur du peuple.
M. herué phorbas.

M. P. Lacroix n'a pas hésité à reconnaître, dans ces annotations, un autographe de Molière. Nous ne serons pas aussi affirmatif, mais nous dirons que, si elles n'émanent pas de Molière lui-même, elles sont du moins l'œuvre d'un de ses camarades. C'est dans une de ses tournées en province, peut-être à Lyon, que Molière donna des représentations d'Andromède. Parmi les acteurs nommés ci-dessus, L'Eguisé, Vauselle, Dufresne, Chasteauneuf, Hervé, L'Estang, Mlles de Vauselle, Menon et Magdelon n'avaient pas encore été cités comme ayant appartenu à sa troupe. Tout en relevant ces particularités, M. P. Lacroix signale une curieuse transposition dans le texte de la pièce. Plusieurs vers du rôle de Céphalie sont mis à dessein dans celui d'Aglante. Le savant bibliophile fait, à ce propos, de très-ingénieuses et très-intéressantes conjectures que nous regrettons de ne pouvoir reproduire.

L'exemplaire dont nous venons de parler appartient à Mme de Maindreville, qui l'a payé 530 fr. à la vente Soleinne; il a figuré, en 1873, à l'exposition organisée par M. Ballande pour le jubilé de Molière (no 9 du Catalogue).

57. Andromede || Tragedie. || Représentée auec les Machines || sur le Theatre Royal || de Bourbon. || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France. || M. D. C. L. V. [1655]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 8 ff. et 92 pp.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. blanc; titre, avec les armes de France et de Navarre; 5 ff. pour la dédicace et l'argument; 1 f. pour la Décoration du Prologue et les noms des Acteurs.

Les pp. 91 et 92 sont occupées par le texte du privilége accordé à Corneille le 11 avril 1650 pour Andromède et Don Sanche.

Cette édition existe probablement aussi avec les noms d'Edme Pepingué et de Louis Chamhoudry.

58. Andromede, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. In-12.

Extrait du recueil de 1682, qui doit se composer de 2 ff. et 80 pp. Nous le citons, sans l'avoir vu, pour le motif exposé ci-dessus, no 25.

59. Andromede || Tragedie || en Machines.—[Au verso du dernier f.:] Permis d'imprimer. Fait ce 14 Juillet 1682. De la Reynie. || De l'Imprimerie de la veuve G. Adam, sur le Quay || des Augustins, à l'Olivier, 1682. In-4 de 6 ff. et 32 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre, qui ne comprend que les trois lignes transcrites ci-dessus; 4 ff. pour l'Argument tiré du quatriéme et cinquiéme Livre des Metamorphoses d'Ovide; 1 f., dont le recto est blanc, pour les noms des Acteurs.

La page 1 contient un titre de départ ainsi conçu: Andromede || Tragedie en machines. || de Monsieur || de Corneille l'Aisné, || Representée sur le Theatre Royal || des seuls Comediens du Roy, en- || tretenus par sa Majesté en leur Hô- || tel, Rue de Guenegaud. || Entreprise sous la conduite du sieur Dufort, || Ingenieur & Machiniste du Theatre Royal || des seuls Comediens du Roy.

La Gazette de 1682 parle d'une représentation d'Andromède à laquelle le Dauphin assista le 18 août de cette année; les frères Parfaict y font également allusion; enfin Jolly, dans l'Avertissement de son édition de Corneille, cite d'une manière expresse le programme de 1682; mais, tout en rapportant ces témoignages, M. Marty-Laveaux n'a pas connu l'édition qui nous occupe. Elle existe pourtant à la Bibliothèque nationale et à la Bibliothèque de l'Arsenal. Nous croyons utile d'en faire exactement connaître le contenu.

Comme on le voit par le titre reproduit ci-dessus, la reprise faite par les comédiens du faubourg Saint-Germain n'est pas donnée avec les machines de Torelli, détruites en 1660, mais avec des machines nouvelles construites par le sieur Dufort. Après avoir reproduit l'Argument de la pièce, non pas d'après le Dessein de 1650, mais d'après l'édition de 1651, l'éditeur de ce nouveau programme y ajoute un avis au lecteur ainsi conçu:

«Chacun sçait l'estime et le respect que le siecle present et la posterité doivent aux travaux du Prince des Poëtes François, dont le nom est si reveré, que les Estrangers mêmes ont traduit ses Ouvrages en leurs Langues: C'est de l'Illustre Monsieur de Corneille l'aîné que l'on entend parler; il remet aujourd'huy sur le Theatre une piece où son genie inimitable n'a pas mêlé moins d'invention et de varieté dans le spectacle, que de conduitte et d'esprit dans le sujet.

«Son Andromede après plus de trente ans n'a pû vieillir, et c'est par l'avis d'un nombre choisi d'honnestes gens, que les Comediens du Roy ont bien voulu faire une dépense tres-considerable pour ce grand spectacle.

«Il seroit à souhaitter que cette description pût ressembler aux effets qu'il produit; cependant bien qu'il paroisse impossible d'y reüssir, on ne laissera pas d'en donner icy une legere idée.

«L'impatience et la curiosité presque inseparables, ne seront pas long-temps dans le lieu du spectacle sans estre satisfaites, puisqu'au mesme moment que les Violons avertissent du commencement de la Piece, on voit le Theatre s'ouvrir par un enlevement de Rideau qui ne cause pas moins de surprise que de plaisir, tant pour la rapidité dont il se dérobe aux yeux des spectateurs, que par l'Invention agréable du Machiniste qui le fait emporter de chaque costé du Theatre dans ses nuages par deux Amours, qui en embrassent chacun une moitié. Cette nouvelle maniere d'ouvrir le lieu de la scene est assez ingenieuse, et semble bien entrer dans l'esprit de l'Autheur, puisque l'amour de Persée et celuy de Phinée pour Andromede sont le sujet de la Piece.»

Le programme comprend la description de la décoration du prologue et de chacun des cinq actes, ainsi que les vers chantés dans la pièce. On verra par la seule description relative au prologue, combien le texte diffère de celui que nous fournit l'édition de 1651.

Édition de 1651:

L'ouverture du Theatre presente
de front aux yeux des spectateurs
une vaste montagne, dont les sommets
inégaux, s'eslevant les uns
sur les autres, portent le faiste
jusque dans les nues. Le pied de
cette montagne est percé à jour par
une grotte profonde qui laisse voir
la mer en esloignement. Les deux
costez du Theatre sont occupez par
une forest d'arbres touffus et entrelacez
les uns dans les autres.
Sur un des sommets de la montagne
paroist Melpomene, la Muse
de la Tragedie, et à l'opposite dans
le ciel, on voit le Soleil s'avancer
dans un char lumineux, tiré par
les quatre chevaux qu'Ovide luy
donne.
(La rédaction du Dessein publié
en 1650 est un peu différente, mais
les variantes ont été relevées par
M. Marty-Laveaux.)
Programme de 1682:

On voit une Forest épaisse, formée
de plusieurs Arbres de differente nature,
et groupez differemment par un mélange
de monceaux de terre et de Rochers.
Dans le fonds il s'éleve une Montagne
percée, au travers de laquelle la Mer
paroît en éloignement, et sur le Sommet
de la Montagne l'œil découvre une vaste
Campagne avec des lointains à perte de
veuë. C'est sur cette éminence que paroît
Melpomene, la Muse de la Tragedie, et à
son opposite le Soleil dans son Char lumineux,
tiré par les quatre Chevaux
qu'Ovide luy donne. Ces deux Personnages
qui font le Prologue à la gloire
du Roy, aprés avoir dit tout ce que leur
divin langage doit prononcer à l'occasion
de ce grand Monarque, s'unissent
ensemble de sentimens et de voix, et
aprés un vol merveilleux, que Melpomene
fait dans le Char du Soleil, il l'enlève
rapidement pour aller ensemble publier
les mêmes louanges au reste de l'Univers.

Les vers mis en musique méritent encore plus d'être rapportés, car les remaniements que nous allons y signaler sont probablement de Corneille lui-même.

Le vers 79e du Prologue:

Louis est le plus jeune et le plus grand des Rois,

est ainsi modifié:

Louis est le plus sage, etc.

Les deux strophes suivantes (vers 80 à 95) ont été remplacées par une seule strophe dont voici le texte:

Par trop de grands exploits l'invincible Louis

Semble avoir travaillé contre sa propre gloire,

L'Univers n'a point d'yeux qui n'en soient éblouis;

Mais quand l'avenir dans l'Histoire

Verra tant de faits inouis,

L'avenir les pourra-t-il croire?

La description des décorations des cinq actes, si on la rapproche de l'édition de 1651, offre des différences analogues à celles que nous avons signalées pour le Prologue. Quant aux vers chantés, nous en ferons connaître les variantes.

Le vers 332 est devenu plus harmonieux:

Éd. de 1651:

Reyne de Paphe et d'Amathonte,

Progr. de 1682:

Reyne d'Eryce et d'Amathonte.

Les noms des acteurs sont indiqués, à partir du deuxième acte, d'une manière très-curieuse.

Les vers 510 à 533 sont chantés par M. de Villiers (un page), les vers 546 à 569 par Mlle d'Ennebaut (Liriope), et les deux artistes chantent ensemble les vers 570 à 583.

Au troisième acte, M. de Villiers chante les vers suivants, qui manquent à toutes les éditions de Corneille, et qui doivent s'intercaler, croyons-nous, après le vers 785:

Repetez nos tristes accens,

Rochers, antres affreux, infortuné rivage;

Andromede du Ciel le plus parfait ouvrage,

Va perdre la lumière au plus beau de ses ans.

Injustes Dieux, trouppe barbare,

Laisserez-vous perir une Beauté si rare?

Changez vos claires eaux en pleurs,

Fontaines et Ruisseaux qui coulez dans la plaine,

Et vous tendres Zephirs, que vostre douce haleine

Fasse monter aux Cieux nos cris et nos douleurs.

Le chœur chante les vers 982 à 985, et les vers 986 à 993 sont remplacés par les vers suivants, que M. de Villiers chante seul:

Quand le danger presse une Belle,

Qu'elle craint et languit,

Qu'une pâleur mortelle

La trouble et l'interdit;

Le peril devient necessaire

Tout doit en estre charmant,

Et l'Amant le plus temeraire

N'est pas le moins heureux Amant.

Vous estes sa digne conqueste,

Victoire à son amour, Victoire tous [sic];

C'est luy qui calme la tempeste

Et c'est luy qui vous donne enfin l'illustre Epoux

Qui seul estoit digne de vous.

Les vers 1356 à 1370, du quatrième acte, ainsi que les vers 1733 à 1740 et 1765 à 1772, du cinquième acte, sont reproduits ici sans variante, à l'exception du vers 1765, qui est ainsi conçu, par suite d'une faute d'impression évidente:

Allez, Amans, sans jalousie,

au lieu de:

Allez, Amans, allez sans jalousie.

Les frères Parfaict (Histoire du Théatre François, t. XIIe, p. 321, note a) disent, à propos des représentations de 1682: «Andromede fut jouée à cette reprise trente-trois fois de suite, jusqu'au quatriéme jour d'Octobre suivant: on la continua le Vendredi 22. Janvier 1683. jusqu'au 3. Février de la même année, jour de la trente-neuviéme représentation. La quarantiéme est du Samedi 20. Mars, et la quarante-cinquiéme et derniere, le 4. Avril.»

De Vizé, en rendant compte de ces représentations dans le Mercure galant (juillet 1682, pp. 359 sq.), dit qu'une des choses qui intéressèrent le plus le public fut de voir Pégase représenté par un véritable cheval. Les frères Parfaict, qui citent ce passage du Mercure galant, racontent comment on s'y prenait pour faire marquer à ce cheval une ardeur guerrière: «Un jeûne austere auquel on le réduisoit lui donnoit un grand appétit; et lorsqu'on le faisoit paroître, un Gagiste étoit dans une coulisse, où il vannoit de l'avoine. Ce Cheval, pressé par la faim, hannissoit, trépignoit des piés, et répondoit ainsi parfaitement au dessein qu'on avoit.» En 1679, on avait représenté un opéra de Bellérophon, où l'on voyait le héros combattre la Chimère, monté sur le coursier céleste; il faut croire qu'à cette époque Pégase était encore en carton.

Un troisième exemplaire de ce programme est mentionné dans la Bibliothèque dramatique de Pont de Veyle (Paris, 1847, in-8), no 1819.

XX

60. D. Sanche || d'Arragon, || Comedie heroique. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au Palais, en la petite || Salle des Merciers, à la Palme. || M. DC. L. [1650]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff. et 116 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre sur lequel se voit un fleuron avec le monogramme de L. Maurry; 11 pp. pour l'Epistre dédicatoire à M. de Zuylichem; 3 pp. pour l'Argument et les noms des Acteurs.

Le privilége, qui occupe la page 116, est donné à Corneille pour Andromède et D. Sanche, dont il lui reconnaît la propriété pendant dix ans. Il est daté du 11 avril 1650. On lit à la fin: Acheué d'imprimer à Roüen par Laurens Maurry, le quatorziéme de May mil six cens cinquante.

Après avoir imité Guillen de Castro, Alarcon et Lope de Vega, Corneille crut s'être assez pénétré de l'esprit espagnol pour inventer lui-même un sujet, à la manière des auteurs dramatiques de la Péninsule. «Cette Piéce, dit-il, dans l'Examen de D. Sanche, est toute d'invention, mais elle n'est pas toute de la mienne. Ce qu'a de fastüeux le prémier Acte, est tiré d'une Comédie Espagnole intitulée: El Palacio confuso, et la double reconnoissance qui finit le cinquième est pris du Roman de Don Pelage.» Le poëte indique avec sa franchise ordinaire les sources auxquelles il a puisé; mais on peut dire qu'il ne leur doit que peu de chose. La comédie intitulée El Palacio confuso, comédie dont la scène est en Italie et non pas en Espagne, a paru pour la première fois dans la Parte veynte y ocho de Comedias de varios Autores; en Huesca, por Pedro Bluson, 1634, in-4. Elle a été réimprimée dans la Parte veynte y ocho de las Comedias de Lope Felix de Vega Carpio, Çaragoça, 1639, in-4; dans la Parte veynte y cuatro de las Comedias de Lope Felix de Vega Carpio, Madrid, 1640 (?), in-4; dans la Parte veinte y ocho de Comedias nuevas de los mejores ingenios d'esta corte, Madrid, Joseph Fernandez de Buendia, 1667, in-4. Dans ce dernier recueil, la pièce est attribuée à Mira de Amescua; mais, comme elle figure dans les œuvres authentiques de Lope de Vega, il n'est pas douteux qu'elle ne soit de lui.

L'autre livre dont Corneille avoue s'être servi, Dom Pelage, ou l'Entrée des Maures en Espagne, par le Sieur de Juvenel (à Paris, chez Guillaume Macé, 1643, 2 vol. in-8), n'offre que de bien faibles analogies avec Don Sanche; M. Marty-Laveaux, qui a pris la peine de le lire, n'a pu en rapprocher que deux courts passages (Œuvres de Corneille, t. Ve, pp. 483 et 489).

On remarquera que la pièce est annoncée non pas comme une tragédie, mais comme une comédie héroïque. Le poëte nous en dit lui-même la raison dans son Épitre dédicatoire.

La représentation de Don Sanche dut avoir lieu presque en même temps que celle d'Andromède; on a même supposé qu'elle avait précédé celle de l'opéra. Immédiatement après la phrase de l'Examen que nous avons citée plus haut, Corneille dit, en parlant de sa pièce: «Elle eut d'abord grand éclat sur le Théatre, mais une disgrace particuliére fit avorter toute sa bonne fortune. Le refus d'un illustre suffrage dissipa les applaudissemens que le Public lui avoit donnez trop libéralement, et aneantit si bien tous les Arrests que Paris et le reste de la Cour avoient prononcez en sa faveur, qu'au bout de quelque temps elle se trouva reléguée dans les Provinces, où elle conserve encor son prémier lustre.» La Monnoye (Jugements des Savants sur les principaux ouvrages des Auteurs [par Adrien Baillet; Paris, 1722, 7 vol. in-4], t. Ve, p. 354 en note), Joly (Théatre de P. Corneille; Paris, 1747, t. Ier, p. xxxix), Voltaire (Théatre de Corneille; Genève, 1764, t. Ve, p. 305), Guizot (Corneille et son temps; Paris, 1852, in-8, p. 204) et M. Marty-Laveaux (Œuvres de Corneille, t. Ve, p. 400), ont cru que l'«illustre suffrage» refusé à Don Sanche était celui du prince de Condé; or, l'arrestation de Condé ayant eu lieu le 18 janvier 1650, il faut de toute nécessité, si l'on admet cette opinion, placer la représentation de Don Sanche avant la fin de l'année 1649. Malgré les autorités sur lesquelles cette explication est appuyée, elle nous paraît peu probable. Condé devait être trop occupé des événements politiques pour s'arrêter à critiquer une pièce de théâtre. Nous avons peine à croire que les comédiens aient donné un ouvrage nouveau alors que la rivalité de Mazarin et de Condé mettait tout Paris en feu. Ce ne fut qu'après l'arrestation du prince que la cour put songer aux fêtes et aux spectacles. Alors sans doute, mais alors seulement, furent joués Andromède et Don Sanche. Nous croyons que le suffrage refusé à Corneille fut celui de la reine. Anne d'Autriche avait aimé le Cid, qui lui avait montré un véritable héros espagnol; elle ne dut voir dans Don Sanche qu'un héros de roman d'une origine trop humble pour qu'une princesse pût s'éprendre de lui.

Ce fut peut-être pour consoler le poëte du chagrin que lui causa le mauvais succès de sa pièce que la reine, profitant d'un voyage de la cour à Rouen, le fit nommer procureur des états de Normandie (15 février 1650).

Corneille fait hommage de Don Sanche à Huyghens, seigneur de Zuilychem, homme d'État hollandais, né en 1596. Ce personnage, qui a laissé divers ouvrages, était un homme fort lettré; il professait une estime particulière pour l'auteur du Cid, et nous aurons l'occasion de citer, dans notre chapitre VIIe, les deux pièces de vers ajoutées par lui à l'édition elzévirienne du Menteur. M. Éd. Fournier a publié, dans la Revue des Provinces du 15 février 1865, deux lettres de Corneille à Huyghens qui viennent fort heureusement compléter la dédicace imprimée. Nous y voyons que l'Argument ajouté à Don Sanche et à Andromède est une concession faite aux idées du savant hollandais.

Corneille répète dans la dernière édition de ses œuvres, publiée en 1682, la phrase qu'il écrivait en 1660, que Don Sanche est «relégué dans les provinces». On peut en conclure que les théâtres parisiens ne reprirent pas Don Sanche avant 1682, mais à cette date, sinon un peu plus tôt, la pièce fut remise à la scène. Un manuscrit de la Bibliothèque nationale (msc. franç. no 24.330) nous fournit une liste des pièces qui composèrent le répertoire du théâtre du Faubourg Saint-Germain de 1673 à 1685, et l'on y voit figurer Don Sanche. Cependant cette pièce n'est pas mentionnée dans le manuscrit du Dauphin (voy. ci-dessus no [9]).

De 1680 à 1715, la Comédie française en donna 14 représentations à la ville et 3 à la cour. Sous Louis XV, Racot de Grandval interpréta Don Sanche avec un grand succès (1753); la pièce de Corneille eut alors 35 représentations, dont 4 à la cour.

En 1833, la Comédie française a donné un arrangement de Don Sanche dû à M. Planat (voy. notre chapitre [XIIe]). C'est sous cette forme réduite que Mlle Rachel l'a joué en 1844.

61. D. Sanche || d'Arragon, || Comedie heroique. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au || Palais, en la petite Salle || des Merciers, à la Palme. || M. DC. L. [1650]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 8 ff. et 83 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 5 ff. pour l'épître dédicatoire; 2 ff. pour l'Argument et les noms des Acteurs.

Le privilége occupe les pp. 82 et 83; il contient les mêmes mentions que le texte contenu dans l'édition in-4o. L'achevé d'imprimer est du 14 mai 1650, à Rouen par Laurens Maurry.

62. D. Sanche || d'Arragon, || Comedie heroique. || A Paris, Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Salle des Merciers, à la Palme; [ou Chez Guillaume de Luyne, || au Palais, en la Gallerie des || Merciers, sous la montée de || la Cour des Aydes]. || M. DC. LIII. [1653]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. prél. sign. ê, et 72 pp. sign. A-F.

Au verso du titre, l'extrait du privilége accordé pour dix ans au Sieur de Corneille, à la date du 11 avril 1650. Il n'y est pas fait mention des libraires à qui l'auteur l'a cédé. On lit au-dessous: Acheué d'imprimer à Paris le 15. Septembre 1653. Les 5 ff. suivants sont occupés par l'épître dédicatoire, l'Argument et les noms des Acteurs.

63. D. Sanche || d'Arragon, || Comedie heroique. || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France; [ou Chez Edme Pepingué, en || la grand'Salle du Palais, du Costé || de la Cour des Aydes; ou Chez Loüys Chamhoudry, || au Palais, deuaint la Saincte || Chappelle]. || M. DC. LV. [1655] || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 72 pp.

Au verso du titre, l'extrait du privilége, comme dans l'édition précédente, mais sans achevé d'imprimer. Les caractères sont un peu plus petits, et l'impression est plus nette que dans l'édition de 1653. Le nombre des pages est le même, bien qu'il y ait souvent un nombre de vers différent dans les pages qui se correspondent. Quant au texte, nous n'y avons relevé que de légères variantes orthographiques, par exemple, p. 13:

Éd. de 1653:

Et bien, seigneur Marquis, qu'est-il besoin qu'on face?

Éd. de 1655:

. . . . . . . . qu'est-il besoin qu'on fasse?

64. D. Sanche d'Arragon, Comedie heroïque. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. In-12.

Nous n'avons pas vu cette édition, qui doit se composer de 2 ff., 69 pp. et 1 f. Cf. ci-dessus, no 25.

XXI

65. Nicomede || Tragedie. || A Roüen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LI [1651]. || Et se vend A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, dans la Salle || Dauphine, à la bonne Foy Couronnée. In-4 de 4 ff. et 124 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 12 mars 1651, est celui dont nous avons déjà parlé à la fin de l'édition originale in-4o d'Andromède (no 51). Il n'y est pas fait mention du libraire ou des libraires à qui Corneille en a fait cession.

On remarquera que l'édition in-12, que nous décrivons ci-après, parle d'une cession faite, non pas à Charles de Sercy, mais à Guillaume de Luyne. On lit à la fin: Achevé d'imprimer le vingt-neufiéme de Nouembre mil six cent cinquante & un.

Le faible succès qu'avait eu Don Sanche décida Corneille à s'éloigner des Espagnols et à revenir à l'antiquité. Un court passage de Justin lui fournit le sujet d'une tragédie qui doit être comptée parmi ses plus beaux ouvrages. Ainsi qu'il le déclare lui-même dans l'Examen de Nicomède, il a voulu faire une pièce dans laquelle «la tendresse et les passions» ne tinssent aucune place. «Mon principal but, ajoute-t-il, a été de peindre la Politique des Romains au dehors, et comme ils agissoient impérieusement avec les Rois leurs alliez; leurs Maximes pour les empescher de s'accroistre, et les soins qu'ils prenoient de traverser leur grandeur, quand elle commençoit à devenir suspecte, à force de s'augmenter, et de se rendre considérable par de nouvelles conquestes.»

On ne sait rien ni des acteurs qui jouèrent Nicomède à l'origine, ni même du théâtre sur lequel la pièce fut donnée. Jolly (Théatre de Corneille; Paris, 1738, t. Ier, p. LII; Paris, 1747, t. Ier, p. XL) rapporte seulement que la représentation eut lieu avant que le prince de Condé et son frère eussent été remis en liberté (13 février 1651); quelques-uns donnèrent ainsi matière à des allusions qui en augmentèrent le succès.

Les troupes qui parcouraient les provinces, la troupe de Molière en particulier, jouèrent à leur tour Nicomède. Dans l'avertissement placé par Lagrange en tête de l'édition des Œuvres de Monsieur Moliere (Paris, Denis Thierry, 1682, 8 vol. in-12), on trouve des détails très-curieux sur une représentation qui décida du sort de Molière et de ses camarades. «Le 24. Octobre 1658, dit Lagrange, cette Troupe commença de paroistre devant Leurs Majestez et toute la Cour, sur un Théatre que le Roy avait fait dresser dans la Salle des Gardes du vieux Louvre. Nicomede, Tragedie de Monsieur de Corneille l'aisné, fut la Piece qu'elle choisit pour cet éclatant debut. Ces nouveaux Acteurs ne déplurent point, et l'on fut surtout fort satisfait de l'agrément et du jeu des Femmes.» Molière remercia le Roi de sa bienveillance, et fit ingénieusement l'éloge de la troupe royale, ce qui ne l'empêcha pas de la tourner en ridicule, cinq ans après, à propos de cette même pièce de Nicomède.

«J'avois songé, dit Molière, dans l'Impromptu de Versailles, une Comedie, où il y auroit eu un Poëte que j'aurois représenté moy-mesme, qui seroit venu pour offrir une Piece à une Trouppe de Comediens nouvellement arrivez de la campagne. Avez-vous, auroit-il dit, des Acteurs et des Actrices, qui soyent capables de bien faire valoir un Ouvrage, car ma piece est une piece... Eh! Monsieur, auroient répondu les Comediens, nous avons des Hommes et des Femmes qui ont esté trouvé raisonnables par tout où nous avons passé. Et qui fait les Roys parmy vous? voilà un Acteur qui s'en démesle par fois. Qui! ce jeune Homme bien fait? vous mocquez-vous! Il faut un Roy qui soit gros et gras comme quatre. Un Roy, morbleu, qui soit entripaillé comme il faut! un Roy d'une vaste circonférence, et qui puisse remplir un Throsne de la belle manière! La belle chose qu'un Roy d'une taille galante! voilà déjà un grand défaut; mais que je l'entende un peu réciter une douzaine de Vers. Là-dessus le Comedien auroit récité, par exemple, quelques Vers du Roy de Nicomede:

Te le diray-je Araspe, il m'a trop bien servy,

Augmentant mon pouvoir....

Le plus naturellement qui luy auroit esté possible. Et le Poëte: Comment vous appelez cela reciter? C'est se railler; il faut dire les choses avec emphase. Ecoutez-moy:

Te le diray-je, Araspe, etc.

Imitant Monfleury excellent Acteur de l'Hostel de Bourgogne. Voyez-vous cette posture? remarquez bien cela, là appuyez comme il faut le dernier Vers. Voilà ce qui attire l'approbation, et fait faire le brouhaha, etc.»

Le Registre de Lagrange ne mentionne que cinq représentations de Nicomède, deux en 1660: le 13 avril et le 30 mai, et trois en 1661: les 29 et 31 juillet et le 21 août. A chacune de ces représentations, Molière ajouta une de ses comédies: les Précieuses ridicules, le Cocu imaginaire et l'École des maris. Cette addition, qui assurait la recette, est un indice que la tragédie n'avait plus beaucoup de vogue auprès du public. Peut-être la foule se pressait-elle à l'hôtel de Bourgogne, où régnait l'emphatique Montfleury.

Dans sa Lettre en vers à Madame, du 17 novembre 1668, Robinet nous rend compte en ces termes d'une représentation de Nicomède:

Achevant de verbaliser,

Gazetiser, nouvelliser,

D'un Monsieur d'assez bonne mine,

J'apprend que chez mon Héroïne, [Madame.]

Jeudy, la Troupe de l'Hôtel,

Par un Poëme, non tel quel,

Charma très-nombreuse Assemblée,

De Beaux, et de Belles, comblée,

Frisez et musquez, comme il faut,

Et braves par bas, et par haut,

Nicoméde, étoit ce Poëme,

Digne d'une loüange extréme.

Il est de Corneille, l'Aîné,

Qui fut, je croi, prédestiné,

Pour emporter, dans le Tragique,

Tout seul l'Honneur du Dramatique.

Parmi les interprètes de Nicomède, il convient de citer au premier rang Baron qui sut donner un grand caractère au prince de Bithynie. Le Manuscrit du Dauphin nous donne la distribution complète de la pièce au commencement de l'année 1685:

DAMOISELLES.

Laodice:le Comte.
Arsinoé:Beauval.
Cleone:Poisson.

HOMMES.

Attale:de Villiers.
Flaminius:la Tuillerie.
Nicomede:Baron.
Prusias:Chanmeslé.
Araspe:Beauval.

Baron prit sa retraite en 1691; il fut remplacé dans le rôle de Nicomède par Beaubourg (17 décembre 1691), puis par Dufer (2 mai 1694). Au dix-huitième siècle, Grandval (1754) et Lekain (1771) tinrent ce même rôle avec un talent qui frappa vivement leurs contemporains. Dans ces dernières années, M. Beauvallet l'a rempli non sans éclat (6 juin 1861).

Quant au rôle de Laodice, il suffit de rappeler qu'il a été joué par Mlle Lecouvreur, Mlle Clairon, Mme Vestris et Mlle Rachel.

La Comédie française a donné, de 1680 à 1870, 314 représentations de Nicomède, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 138; à la cour, 12;—sous Louis XV: à la ville, 48; à la cour, 2;—sous Louis XVI: à la ville, 3;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 74; à la cour, 3;—sous la Restauration: 27;—sous Louis-Philippe: 3;—sous le second Empire: 4.

66. Nicomede. || Tragedie. || A Paris, || Chez Guillaume de Luine, || au Palais, en la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes. || M. DC. LII. [1652]. || Auec Priuilege du Roy.

66 bis. Nicomede. || Tragedie. || A Paris, || Chez Guillaume de Luine, au || Palais, en la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la salle des Merciers, à la || Palme]. || M. DC. LIII. [1653]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 80 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

On trouve à la fin du privilége (le même que dans l'édition in-4o) mention de la cession faite par Corneille à Guillaume de Luine (sic).

Première édition in-12 de Nicomède, comme le prouve la double date de 1652 et 1653. Elle paraît avoir été exécutée à Paris et ne doit pas être confondue avec la suivante.

Vendu: 70 fr., vélin, Potier, 1870 (no 1232).

67. Nicomede || tragedie. || A Rouen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LIII [1653]. || Et se vend A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, || au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydes. In-12 de 4 ff. et 80 pp., sign. A-G.

Les ff. prél. comprennent: 1 f. de titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur et 1 f. pour le privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége est donné par extrait comme dans l'édition précédente et se termine par une mention de la cession faite à Guillaume de Luyne.

La collation de cette édition est la même que celle de l'édition que nous croyons avoir été imprimée à Paris, mais les caractères et fleurons sont différents, ainsi que le contenu d'un certain nombre de pages. On distinguera facilement les deux éditions en tenant compte des détails suivants:

A (édition de Paris), dernière ligne du 2e f. ro:

dessein de faire assassiner fils Nicomede pour

B (édition de Rouen) ibid.:

dessein de faire assassiner son, etc.

A, p. 3, dernière ligne:

Qui liuroit Annibal pourra bien vous contraindre.

B, ibid.:

Qui liuroit Annibal pourra bien vous cõtraindre.

A, p. 33 (chiffrée par erreur 36), 1er vers:

Alors peut-estre, alors vous le prierez en vain.

B, ibid.:

Ma vie est en vos mains, mais non ma dignité.

(Le vers qui commence la page dans A n'est ici que le 5e).

Toutes les pages présentent de petites différences analogues à celles que nous venons de signaler.

Il doit exister une édition de Nicomède publiée par Sommaville et ses associés Pepingué et Chamhoudry, en 1655, dans le format in-12. Voy. le no [103].

68. Nicomede, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune, proche le Greffe des Eaux et Forests. M. DC. LXXXII. [1682]. In-12.

Cette édition, que nous n'avons pas vue, doit se composer de 2 ff. et 72 pp. Cf. ci-dessus, no 25.

XXII

69. Pertharite || Roy || des || Lombards, || Tragedie. || A Rouen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LIII. [1653]. || Et se vend A Paris, || Chez Guillaume de Luynes, au Pa- || lais, sous la montée de la Cour des Aydes. In-12 de 6 ff. et 71 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour l'avis Au Lecteur; 4 ff. pour les extraits des auteurs et la liste des Acteurs.

La page 71 est occupée par l'Extrait du Privilége, accordé «au sieur Corneille, Advocat en nostre Parlement,» pour trois pièces de théâtre intitulées: Pertharite, Roy des Lombards, D. Bertran de Cigarral et l'Amour à la mode. Nous trouvons ici une confusion entre les pièces de Pierre et de Thomas Corneille, analogue à celle que nous avons relevée à propos d'Andromède. Le privilége, dont Corneille déclare faire cession à Guillaume de Luyne, lui est donné pour vingt ans, à la date du 24 décembre 1651. L'achevé d'imprimer est du 30 avril 1653.

Après Nicomède, le génie de Corneille touche à son déclin. Pertharite, dont le sujet est tiré de Paul Diacre et des Historiæ insubricæ d'Henri Dupuis, ne trouva pas grâce devant le public. La pièce ne fut jouée, dit-on, qu'une ou deux fois. M. Marty-Laveaux (t. VIe, p. 4) a fort habilement fixé la date de la représentation, que la plupart des éditeurs de Corneille plaçaient en 1653. Il a relevé un passage de Tallemant des Réaux qui avait échappé à ses devanciers: «Au carnaval de 1652, dit Tallemant, Mme de Montglas fit une plaisante extravagance chez la presidente de Pommereuil. On y devait joüer Pertharite, roy des Lombards, piéce de Corneille qui n'a pas réussy...»

Avec sa franchise ordinaire, Corneille nous apprend lui-même l'échec de Pertharite: «La mauvaise reception que le Public a faite à cet Ouvrage, nous dit-il au commencement de l'avis Au Lecteur, m'avertit qu'il est temps que je sonne la retraite... Il vaut mieux que je prenne congé de moy-mesme que d'attendre qu'on me le donne tout à fait, et il est juste qu'apres vingt années de travail je commence à m'appercevoir que je deviens trop vieux pour etre encor à la mode.» Cette dernière phrase, écrite en 1652, fournit un argument de plus à ceux qui placent la représentation de Mélite en 1629 ou en 1630. Nous n'avons pas à insister sur ce point, qui ne nous a pas paru contestable (Voy. ci-dessus, no [1]). S'il était vrai, comme le prétend Fontenelle et comme le répète d'après lui la Bibliothèque du Théâtre François (t. IIIe, p. 2), que Mélite eût été jouée en 1625, Corneille n'eût pas manqué de dire: «Apres vingt-cinq années de travail.»

Malgré ses faiblesses, Pertharite offre encore de beaux passages; mais ce qui fait le principal intérêt de cette pièce, c'est que Racine en a tiré plusieurs des situations d'Andromaque. Voltaire a, l'un des premiers, relevé les ressemblances qui existent entre les deux tragédies; mais, comme dans bien d'autres circonstances, il s'est montré injuste pour Corneille: «Il est évident, dit-il, que Racine a tiré son or de cette fange.» Parmi les critiques qui ont le mieux apprécié Pertharite et le mieux mis en lumière les emprunts faits par Racine à Corneille, nous citerons M. A. Thiénot, qui a consacré un long article à cette question dans le journal le Constitutionnel du 18 août 1869.

70. Pertharite || Roy || des || Lombards, || Tragedie. || Imprimé à Roüen, || & se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, || à la Palme. || M. DC. LIV. [1654]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 94 pp. et 1 f. bl., sign. Cc-Ff.

Cette édition, dont un exemplaire est conservé à la Bibliothèque nationale (Y. 5624. A. Rés.), est un tirage à part du recueil publié en 1654, sous le titre d'Œuvres de Corneille du 24 décembre 1651, avec l'achevé d'imprimer du 30 avril 1653. Nous dirons plus loin (no 102) dans quelles circonstances ce tirage à part fut exécuté. La pagination commence au deuxième feuillet, à 579, et se continue régulièrement jusqu'à 670. La dernière page contient un extrait du privilége.

71. Pertharite || Roy || des || Lombards, || Tragedie. || A Paris, || Chez Anthoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France. || M. DC. LVI [1656]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 84 pp., y compris le titre et les feuillets prélim.

L'extrait du privilége, qui occupe la page 15, est le même que dans l'édition de 1653, avec achevé d'imprimer du 30 avril 1653.

Il doit exister des exemplaires au nom d'Edme Pepingué et de Louis Chamhoudry.

72. Pertharite, Roy des Lombards, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers à l'Image S. Hubert, & à la Fortune, proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII. [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Cette édition doit compter 2 ff. et 68 pp. (Voy. ci-dessus, no [25].)

XXIII

73. Œdipe, || Tragedie. || Par P. Corneille. || Imprimée à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez || Augustin Courbé, au Palais en la || Gallerie des Merciers, à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, || dans la mesme Gallerie, || à la Iustice. || M. DC. LIX. [1659]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 89 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour les Vers presentez à Monseigneur le Procureur General Foucquet, Sur-Intendant des Finances; 3 ff. pour l'avis Au Lecteur et les noms des personnages.

Au verso de la page 89 se trouve l'extrait du privilége accordé pour sept ans à Corneille lui-même, à la date du 10 février 1659, et dont Corneille fait cession aux deux libraires nommés sur le titre. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois, le 26. Mars 1659, à Roüen, par L. Maurry.

Au rapport de M. Marty-Laveaux (t. VIe, p. 110; t. Xe, p. 133), on trouve en tête de certains exemplaires une pièce intitulée: Sur la mort de Damoiselle Elisabeth Ranquet, Femme de Nicolas de Cheureul, Escuyer, Sieur d'Esturville. Epitaphe. Nous n'avons pas été assez heureux pour voir nous-même un exemplaire présentant cette particularité.

L'échec de Pertharite dégoûta Corneille du théâtre; pendant sept ans il se consacra tout entier à la traduction de l'Imitation de Jésus-Christ et à des travaux littéraires de moindre importance, qui ne nous sont pas tous parvenus. Les représentations données par Molière à Rouen en 1658, l'admiration que la Du Parc fit éprouver à Corneille, enfin l'invitation de Fouquet décidèrent l'auteur du Cid à reprendre la plume. Dans une pièce de vers adressée au surintendant, il lui demanda de choisir un sujet, promettant de retrouver, pour le traiter,

La main qui crayonna

L'âme du grand Pompée et l'esprit de Cinna.

Fouquet choisit trois sujets: Œdipe, Camma et un troisième sujet qui n'est pas connu. Pierre Corneille écrivit Œdipe, tandis que Thomas se chargea de Camma. Il se pourrait que le troisième sujet fût celui de Stilicon, traité par Thomas Corneille peu de temps avant la représentation d'Œdipe. Dans sa lettre du 29 janvier 1661, l'auteur de la Muse historique établit une sorte de parenté entre ces trois pièces:

Tout-de-bon le cadet Corneille

Quoy qu'il ait fait mainte merveille,

Et maint Ouvrage bien sensé,

En cétuy-cy s'est surpassé.

Ainsi cette Piéce divine,

Qui du grand Œdipe est couzine,

Et propre sœur de Stilicon,

(Piéces qu'on tient sans parangon)

Est trés-digne de sa naissance,

Et par l'agréable abondance

De mille beaux traits diférens,

Ne fait point tort à ses parens.

Le sujet d'Œdipe, emprunté à Sophocle et à Sénèque, avait été plusieurs fois remis à la scène avant Corneille, entre autres par les Italiens (Edipo, tragedia di Seneca, tradotta da Lodovico Dolce; in Vinegia, per Giambattista e Marchio Sessa, 1560, in-12;—Edipo, tragedia di Gio. Andrea dell' Anguillara; in Vinegia, per Dom. Farri, 1565, in-8; in Padova, per Lorenzo Pasquati, 1565, in-4;—Edipo Tiranno, tragedia di Sofocle ridotta in lingua volgare da Orfato Giustiniano; in Venetia, per Francesco Ziletti, 1585, in-4;—Edipo Tiranno, tragedia di Sofocle ridotta dalla greca nella toscana lingua da Pietro Angelio [detto il Bargeo]; in Firenze, per Bart. Sermatelli, 1589, in-8;—Edipo Re, tragedia di Sofocle, tradotta in lingua italiana da Girolamo Giustiniani; Venetia, per Sebastiano Combi, 1610, in-12;—Edipo, tragedia di Seneca tradotta, da Ettore Nini; in Venezia, per Marco Ginammi, 1622, in-8). Les Anecdotes dramatiques (Paris, 1775, 3 vol. in-8, t. IIe, p. 15) indiquent deux pièces françaises écrites avant Corneille sur le sujet d'Œdipe: l'une de Jean Prévôt (1605), l'autre de Nicolas de Sainte-Marthe (1614); mais ce renseignement est en tout cas inexact: nous ne connaissons pas l'Œdipe de Sainte-Marthe, qui n'est cité dans aucune bibliographie; quant à celui de Prévôt, il n'est pas de 1605, mais de 1614 (Les Tragedies et autres Œuvres poëtiques de Jean Prévost, advocat en la Basse-Marche; à Poictiers, chez Julian Thoreau, 1614, in-12).

Corneille ne s'arrêta pas à ces imitations modernes; il prit directement pour guides Sophocle et Sénèque, mais, dès qu'il eut commencé sa tragédie, il crut devoir faire de larges concessions à l'esprit de son siècle. Il s'éloigna ainsi de ses modèles et renonça volontairement à la simplicité, qui est le plus noble caractère du drame antique. Cette condescendance envers la mode ne manqua pas de séduire le parterre. Le nouvel Œdipe, représenté le vendredi 24 janvier 1659, eut un grand succès. Voici en quels termes Loret en rendit compte, dès le lendemain, dans sa Muze historique:

Monsieur de Corneille, l'Aîné,

Depuis peu de temps a donné

A ceux de l'Hôtel de Bourgogne

Son dernier Ouvrage, ou Bezogne,

Ouvrage grand et signalé,

Qui l'Œdipe est intitulé;

Ouvrage (dis-je) Dramatique,

Mais si tendre et si patétique,

Que, sans se sentir émouvoir,

On ne peut l'entendre ou le voir.

Jamais Piéce, de cette sorte,

N'ût l'élocution si forte,

Jamais, dit-on, dans l'Univers,

On entendit [sic] de si beaux vers.

Hier, donc, la Troupe Royale,

Qui, tels sujets point ne ravale,

Mais qui les met en leur beau jour,

Soient qu'ils soient de Guerre, ou d'Amour,

En donna le premier spectacle,

Qui fit, cent fois, crier miracle.

Je n'y fus point; mais on m'a dit

Qu'incessamment on entendit

Exalter cette Tragédie

Si merveilleuze et si hardie;

Et que les gens d'entendement

Luy donnoient, par un jugement

Fort sincere et fort équitable,

Le beau titre d'inimitable,

Mais cela ne me surprend pas

Qu'elle ait d'admirables apas,

Ny qu'elle soit rare et parfaite;

Le divin Corneille l'a faite.

Le roi assista, le 8 février, à une représentation d'Œdipe qui, au dire de Loret et de Renaudot (Voy. Marty-Laveaux, t. VIe, pp. 106 sqq.), fut des plus brillantes. Floridor, qui remplissait le principal rôle, fit à Louis XIV un compliment qui charma toute la cour. Le roi fut si satisfait qu'il fit remettre à Corneille une gratification dont celui-ci parle naïvement dans son avis Au Lecteur: «Cette Tragedie a plû assez au Roy, dit-il, pour me faire recevoir de veritables et solides marques de son approbation: Je veux dire ses liberalitez que j'ose nommer ses ordres tacites, mais, pressans de consacrer aux divertissemens de Sa Majesté ce que l'âge et les vieux travaux m'ont laissé d'esprit et de vigueur.»

Le succès de l'Œdipe ne fut dépassé que par celui des Précieuses ridicules, de Molière, représentées à la fin de la même année. Voici comment Loret s'exprime, au sujet de cette dernière pièce, dans sa lettre du 6 décembre 1659:

Cette Troupe de Comédiens,

Que Monsieur avoue être siens,

Reprézentant sur leur Théatre

Une action assez folâtre,

Autrement, un sujet plaizant>

A rire sans cesse induizant

Par des chozes facécieuzes,

Intitulé Les Précieuzes;

Ont été si fort vizitez

Par Gens de toutes qualitez

Qu'on en vit [sic] jamais tant ensemble

Que ces jours passez, ce me semble,

Dans l'Hôtel du Petit-Bourbon,

Pour ce sujet mauvais, ou bon.

Ce n'est qu'un sujet chimérique,

Mais si boufon et si comique,

Que jamais les Pièces Du-Ryer,

Pui fut si digne de laurier;

Jamais l'Œdipe de Corneille,

Que l'on tient être une merveille;

La Cassandre de Bois-robert;

Le Néron de Monsieur Gilbert;

Alcibiade, Amalazonte, de M. Quinaut.

Dont la Cour a fait tant de conte;

Ny le Fédéric de Boyer,

Digne d'un immortel loyer,

N'ûrent une vogue si grande,

Tant la Piéce semble friande

A pluzieurs, tant sages, que fous;

Pour moy j'y portay trente sous:

Mais oyant leurs fines paroles

J'en ry pour plus de dix pistoles.

A l'exception de Floridor, nous ne savons rien des acteurs qui jouèrent Œdipe à l'origine. L'actrice qui remplissait le rôle de Jocaste tomba malade après quelques représentations et fut remplacée par la Beauchâteau (lettre de Corneille à l'abbé de Pure, en date du 12 mars 1659). Molière ne disputa point Œdipe à l'Hôtel de Bourgogne; du moins le Registre de Lagrange n'en mentionne aucune représentation.

En 1663, le rôle d'Iphicrate était tenu par de Villiers: c'est Molière lui-même qui nous l'apprend dans l'Impromptu de Versailles. Quant au rôle d'Œdipe, il fut joué avec éclat par Baron (1676). Il servit plus tard aux débuts de Champvalon (1718) et de Sarrasin (1729). Depuis lors l'Œdipe de Voltaire, représenté en 1718, a remplacé au répertoire celui de Corneille.

De 1680 à 1729, le Théâtre-Français a donné 114 représentations de l'Œdipe de Corneille, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 70; à la cour, 22;—sous Louis XV: à la ville, 21; à la cour, 1.

74. Œdipe, || Tragedie. || Par P. Corneille. || A Paris, || Au Palais. || Chez || Guillaume de Luyne, dans la Salle des || Merciers sous la montée de la Cour des Aydes || à la Justice. || Estienne Loyson, au premier Pillier de || la grand'Salle proche les Consultations || au Nom de Jesus. || Pierre Traboüillet, dans la Galerie des || Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune, || proche le Greffe des Eaux & Forests. || M. DC. LXXXII [1682]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff. et 78 pp.

Tirage à part du recueil de 1682. Le deuxième feuillet, qui contient l'Extrait du Privilége et les Acteurs, est encore paginé, au verso, 444. Pour le reste de la pièce, la pagination a été changée.

XXIV

75. Desseins || de la || Toison d'or, || Tragedie. || Representée par la Troupe Royale du Marests, chez Mr le || Marquis de Sourdeac, en son Chasteau du Neufbourg, || pour réjoüissance publique du Mariage du Roy, & de la || Paix auec l'Espagne, & en suite sur le Theatre Royal du || Marests. || Imprimée à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Gallerie || des Merciers, || à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, dans la || mesme Gallerie, à la Iustice. || M. DC. LXI [1661]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 26 pp. (y compris le titre), et 1 f. pour l'Extrait du Privilége.

Le privilége, daté du 27 janvier 1661, est accordé pour dix ans à Augustin Courbé, qui déclare y associer Guillaume de Luyne. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois le 31. Ianuier 1661, à Roüen, par Laurens Maurry.

Le sujet de la Toison d'or, comme celui d'Andromède, avait été choisi par les Italiens pour des représentations à grand spectacle. On avait représenté sur le théâtre des Saints-Jean-et-Paul, à Venise, en 1642, un «drame ou fête théâtrale», d'Orazio Persiani, dont Marco Marazzoli avait écrit la musique, et qui était intitulé: Amori di Giasone e d'Isifile (Venezia, per Antonio Bariletti, 1642, in-12). Cette pièce, que nous n'avons pas sous les yeux, pourrait bien avoir été mise entre les mains de Corneille par les machinistes italiens ou par le marquis de Sourdéac lui-même, lorsqu'il vint trouver l'auteur du Cid pour lui demander une tragédie mêlée de musique qui pût être représentée au château de Neufbourg. Ce gentilhomme, que Tallemant des Réaux nous représente comme un «original», voulait célébrer sur ses domaines, avec une pompe inusitée, le mariage du roi avec l'infante Marie-Thérèse. Le mariage royal, arrêté lors de la paix des Pyrénées (6 novembre 1659), ne fut célébré par procuration que le 3 juin 1660, mais c'est vraisemblablement dès la fin de l'année 1659 que le marquis de Sourdéac conçut l'idée de sa représentation. Il commença aussitôt les préparatifs de la fête projetée, mais il faillit ne pouvoir s'entendre avec Corneille. «Il a, dit Tallemant (Historiettes, édit. Paulin Paris, t. VIIe, p. 370), de l'inclination aux méchaniques; il travaille de la main admirablement: il n'y a pas un meilleur serrurier au monde. Il luy a pris une [fantaisie de] faire joüer chez luy une comedie en musique, et pour cela il a fait faire une salle qui luy couste au moins dix mille escûs. Tout ce qu'il faut pour le theatre et pour les sieges et les galeries, s'il ne travailloit lui-mesme, luy reviendroit, dit-on, à plus de deux fois autant. Il avoit pour cela fait faire une piece par Corneille; elle s'appelle les Amours de Médée; mais ils n'ont pu convenir de prix. C'est un homme riche et qui n'a point d'enfans. Hors cela, il est assez œchonome.»

L'affaire se raccommoda pourtant, et la représentation eut lieu au château de Neufbourg, au commencement de l'hiver de 1660. Le marquis de Sourdéac fit ensuite don de ses machines aux comédiens du Marais, qui les installèrent sur leur théâtre. Voici ce que dit Loret, dans sa lettre du 1er janvier 1661:

Les Comédiens du Marest

Font un inconcevable aprest,

Pour joüer, comme une Merveille,

Le Jazon de Monsieur Corneille.

La représentation n'eut lieu que six semaines plus tard, et Loret nous en rend compte longuement dans sa lettre du 19 février:

La Conqueste de la Toizon

Que fit, jadis, défunt Jazon,

Piéce infiniment excellente,

Enfin, dit-on, se reprézente

Au Jeu de Paume du Marais,

Avec de grandissimes frais.

Cette Piéce du grand Corneille,

Propre pour l'œil et l'oreille,

Est maintenant, en vérité,

La merveille de la Cité,

Par ses Scènes toutes divines,

Par ses surprenantes Machines,

Par ses concerts délicieux,

Par le brillant aspect des Dieux,

Par des incidens mémorables,

Par cent ornemens admirables,

Dont Sourdiac, Marquis Normand,

Pour rendre le tout plus charmant,

Et montrer sa magnificence,

A fait l'excessive dépence,

Et si splendide sur ma-foy,

Qu'on diroit qu'elle vient d'un Roy.

J'aprens que ce rare spectacle

Fait à pluzieurs crier miracle,

Et je croy qu'au sortir de là

On ne plaindra point, pour cela,

Pistole, ny demy-pistole,

Je vous en donne ma parole.... etc.

Ce ne sont pas les seules louanges que Loret donne à la pièce de son compatriote. Il revient sur le même sujet le 3 décembre 1661, le 14 janvier et le 18 février 1662 (voy. Marty-Laveaux, t. VIe, pp. 226 sqq.).

Nous ne savons rien de la musique de la Toison d'or, mais elle ne peut avoir été composée que par un des quatre musiciens alors célèbres: Dassoucy, Cambert, Lambert ou Boesset. Dassoucy avait composé la musique d'Andromède, mais il s'était tellement perdu de réputation depuis, qu'il est difficile de croire que Corneille ait encore voulu travailler avec lui. Cambert (né en 1628, mort en 1677) composa, en 1661 et en 1662, deux opéras, dont Perrin avait écrit les paroles: Ariane et Adonis, mais il ne put les faire représenter, ce qui prouve qu'il n'était pas alors en grande vogue. Lambert et Jean-Baptiste Boesset, fils d'Antoine Boesset, le musicien de Louis XIII, jouissaient au contraire de la faveur publique, et l'on retrouvera peut-être un jour dans les ouvrages imprimés ou manuscrits de l'un ou de l'autre des fragments de la partition qui nous occupe. La complaisance avec laquelle Loret nous parle de Boesset, dans sa lettre du 20 janvier 1663, nous montre quelle était la réputation de ce musicien à l'époque de la représentation de la Toison d'or. Il s'agit d'un service funèbre célébré à Saint-Denis, en l'honneur de Madame:

La muzique de la Chapelle, de la Chapelle du Roy.

Digne d'une gloire immortelle,

Et celle de la Chambre, aussy,

Que, par un noble et beau soucy,

Le sieur Boisset, Homme trés-rare.

Qu'avec justice l'on compare

Aux Amphions du temps passé,

Etant dans son Art bien versé,

A, de belle et bonne maniére,

Remize en sa splendeur premiére,

Ces deux grandes Muziques, donc,

Admirables, s'il en fut onc,

Avec des douceurs sans-pareilles,

Charmérent toutes les oreilles,

En commençant par un Motet

Compozé par ledit Boisset,

Par où, toute la Compagnie

Admira son divin génie,

Trés-propre à faire de beaux Airs

Pour de mélodieux Concerts.

Les décorations de la Toison d'or ne furent pas gravées comme celles d'Andromède, mais, au dire des contemporains, elles les surpassèrent encore en splendeur (voy. le Théatre François, par Chapuzeau, p. 52).

Le programme auquel Corneille a donné le nom de Desseins, a dû être imprimé avec une grande hâte. Le privilége n'est que de quatre jours antérieur à l'achevé d'imprimer, bien que l'impression se fit à Rouen. Les exemplaires purent arriver à temps à Paris pour être distribués aux spectateurs le jour de la première représentation.

Les seuls exemplaires des Desseins qui aient été cités jusqu'ici sont ceux de la Bibliothèque nationale (Y. 5969. A), et deux autres exemplaires contenus dans des recueils de la Bibliothèque de Pont de Veyle (Catalogue de 1847, nos 1810 et 1813).

76. Desseins de la Toison d'or, Tragedie. Representée par la Troupe Royale du Marais, chez Mr le Marquis de Sourdeac, en son chasteau du Neufbourg, pour reiouissance publique du Mariage du Roy et de la Paix auec l'Espagne, et ensuite sur le Theatre Royal du Marais. A Paris, Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Galerie des Merciers, à la Palme. M. DC. LXI [1661]. In-8.

Édition citée par M. Marty-Laveaux, t. XIIe, p. 531. Il ne nous a pas été possible d'en trouver un exemplaire.

77. La || Toison d'or, || Tragedie. || Representée par la Troupe Royale du || Marests, chez Mr le Marquis de Sour- || deac, en son Chasteau du Neufbourg, || pour réjoüissance publique du Mariage|| du Roy, & de la Paix auec l'Espagne, || & en suite sur le Theatre Royal du || Marests. || Imprimée à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez || Augustin Courbé, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, dans la mesme Gallerie, || à la Iustice. || M. DC. LXI [1661]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 105 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. blanc; 1 f. de titre; 3 ff. pour l'Argument; 1 f. pour la liste des Acteurs.

Le privilége commence au verso de la page 105, et occupe le recto du feuillet suivant. Il est accordé à A. Courbé, qui déclare y associer G. de Luyne, et daté du 27 janvier 1661. Il y est dit que Courbé pourra «faire imprimer, vendre et debiter en tous les lieux de l'obeïssance de sa Majesté, une Tragédie composée par le sieur P. Corneille, intitulée la Conquête de la Toison d'Or, Avec les Desseins de ladite Piece, en telles marges et tels caracteres, en un ou plusieurs volumes, et autant de fois qu'il voudra, durant dix ans entiers, à compter du jour que ladite Tragedie sera achevée d'imprimer pour la premiere fois.» Cet achevé d'imprimer est daté du 10 mai 1661.

C'est dans la première scène du Prologue de cette tragédie qu'on trouve ces vers bien connus:

A vaincre tant de fois, mes forces s'affoiblissent:

L'Etat est florissant, mais les Peuples gemissent;

Leurs membres décharnés courbent sous mes hauts faits,

Et la gloire du Trône accable les Sujets.

Campistron imita ce passage dans la seconde scène du second acte de Tiridate:

Je sais qu'en triomphant les Etats s'affoiblissent;

Le Monarque est vainqueur, et les Peuples gémissent:

Dans le rapide cours de ses vastes projets,

La gloire dont il brille accable les Sujets;

mais au XVIIIe siècle, l'on avait encore moins de liberté qu'au XVIIe; les vers de Corneille, remaniés par Campistron, furent jugés séditieux; le poëte dut les supprimer. (Voy. l'Éloge de Campistron, dans les Œuvres de d'Alembert, édit. Belin, t. IIe, p. 578.)

Vendu: 205 fr., mar. r. (Thibaron-Échaubard), Huillard, 1870 (no 597).

78. La Toison d'or, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux et Forets. M.] DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. in-12.

Cette édition doit compter 2 ff., 94 pp. et 1 f. Voy. ci-dessus, no [25].

79. La Toison d'or, Tragedie en Machines de M. de Corneille l'Aisné. A Paris, chez V. Adam, 1683, in-4.

Nous n'avons pu retrouver cette édition, dont les recueils de Pont de Veyle vendus en 1847 contenaient deux exemplaires (nos 1809 et 1813 du Catalogue), et dont un troisième exemplaire a été adjugé à M. Techener pour la modique somme de 2 francs, lors de la vente des livres de M. Giraud, en 1855 (no 1646 du Catalogue). Nous savons seulement que c'est un simple programme, précédé d'un prologue en vers par La Chapelle. La pièce avait été remise à la scène le 9 juillet 1683, avec des décorations nouvelles du sieur Durfort, qui avait déjà exécuté celles d'Andromède l'année précédente. Voici en quels termes les Anecdotes dramatiques (Paris, veuve Duchesne, 1775, t. IIe, p. 233) nous parlent de cette reprise:

«A une reprise de cette pièce, en 1683, la Chapelle y ajouta un Prologue; et les Comédiens, pour lui marquer leur reconnoissance, résolurent, dans une assemblée, de lui faire présent de quinze louis d'or, qu'ils lui envoyèrent par un de leurs camarades. A la dixième représentation de cette reprise, les Comédiens interrompirent le Spectacle, étant informés que la Reine venoit de mourir; et ils firent rendre l'argent à la porte.»

Il serait très-désirable que le programme de 1683 pût être retrouvé. Il contient sans nul doute des changements analogues à ceux que nous avons signalés ci-dessus (no 59) dans le programme d'Andromède de 1682.

XXV

80. Sertorivs, || Tragedie. || Imprimée à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez || Augustin Courbé, au Palais, en la || Galerie des Merciers, à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iu- || ré, au Palais, en la Galerie des || Merciers, à la Iustice. || M. DC. LXII [1662]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 95 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 4 ff. pour l'avis Au Lecteur; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et la liste des Acteurs.

Le privilége, daté du 16 mai 1662, permet à Guillaume de Luyne «de faire imprimer deux Pieces de Theatre, composées par les Srs Corneille, intitulées Sertorius et Maximian, pendant sept années.» On lit à la fin: Acheué d'imprimer le huitiéme iour de Iuillet 1662. à Roüen, par L. Maurry.

Après Œdipe et la Toison d'or, qui inaugurèrent la seconde partie de sa carrière dramatique, Corneille revint à l'histoire romaine. Il tira de Plutarque le bel épisode de Sertorius, qu'il enrichit de détails de son invention. Il se mit au travail dans les derniers mois de l'année 1661. A la date du 3 novembre de cette année, Corneille, écrivant à l'abbé de Pure, s'excuse de ne lui avoir pas encore donné son avis sur une tragédie dont il n'avait reçu que deux actes, et il ajoute: «C'est ce qui a differé ma responce, et la priere que j'ay à vous faire de ne vous contenter pas du bruit que les Comediens font de mes deux Actes, mais d'en juger vous mesme et m'en mander vostre sentiment tandis qu'il y a encor lieu à la correction. J'ay prié Melle Des Œilletz, qui en est saisie, de vous les montrer quand vous voudrez, et cependant je veux bien vous prevenir un peu en ma faveur, et vous dire que si le reste suit du mesme air, je ne croy pas avoir rien escrit de mieux. Mes deux Héroines ont le mesme caractere de vouloir espouser par ambition un homme pour qui elles n'ont aucun amour, et le dire à luy-mesme et toutefois je croy que cette ressemblance se trouvera si diversifiée par la maniere de l'exprimer que beaucoup ne s'en apercevront pas.»

La représentation de Sertorius eut lieu vers la fin de février 1662. Loret en parle longuement dans sa lettre du 4 mars de cette année:

Depuis huit jours, les beaux Esprits

Ne s'entretiennent dans Paris,

Que de la derniére merveille

Qu'a produite le grand Corneille,

Qui, selon le commun récit,

A plus de beautez que son Cid,

A plus de forces et de graces

Que Pompée, et que les Horaces,

A plus de charmes que n'en a

Son inimitable Cinna,

Que l'Œdipe, ny Rodogune,

Dont la gloire est si peu commune,

Ny, mesmement, qu'Héraclius;

Sçavoir le Grand Sertorius,

Qu'au Marest du Temple l'on joüe,

Sujet que tout le monde avoüe

Etre divinement traité,

Nonobstant la stérilité;

Et c'est en un semblable Ouvrage,

Ce qu'on admire davantage.

On ne voit, en cette action,

Tendresse, amour, ny passion,

Ny d'extr' ordinaire spectacle,

Et passe, pourtant, pour miracle.

Certes, cét illustre Normand

Qui n'écrit rien que de charmant,

De merveilleux et d'énergique,

Passe, en qualité de Tragique,

Les Poëtes les plus hardis

Du temps prézent, et de jadis:

Il fait mieux, dit-on, qu'Euripide,

Bûveur de l'Onde Aganipide,

Mieux que Sénéque le Romain,

Prizé de tout le Genre Humain,

Et, bref, mieux que défunt Sophocle,

Qui n'a de rime qu'Empédocle,

Mais dont les Esprits mieux sensez

Dizent encor du bien assez

Depuis deux mille ans que cet Homme

Est mort, bien loin, par-delà Rome.

Les Comédiens du Marest

Poussez de leur propre intérest,

Et qui dans des chozes pareilles,

Ne font leur métier qu'à merveilles,

S'éforcent à si bien joüer,

Qu'on ne peut les en trop loüer:

Et, pour ne pas paroître chiches,

On leur voit des habits si riches,

Si brillans de loin et de prés,

Et, pour le sujet, faits exprés,

Que chaque Spectateur proteste

Qu'on ne peut rien voir de plus leste.

Les deux textes que nous venons de citer présentent une difficulté d'interprétation assez sérieuse: «Les comédiens dont Corneille parle dans sa lettre sont, suivant toute apparence, dit M. Marty-Laveaux, ceux de l'hôtel de Bourgogne, puisque c'est à cette troupe qu'appartenait Mlle des Œillets; et pourtant, d'après le témoignage de Loret, c'est au théâtre du Marais que l'ouvrage a été représenté pour la première fois. On pourrait, à la vérité, chercher à expliquer cette contradiction en supposant que Mlle des Œillets a fait, pendant quelque temps, partie du théâtre du Marais, ou que Corneille a retiré sa pièce à la troupe qui devait d'abord la jouer, pour la faire représenter à l'hôtel de Bourgogne; mais un passage d'une autre lettre de notre poëte à l'abbé de Pure, datée du 25 avril, et par conséquent postérieure de deux mois à la représentation de Sertorius, ne permet pas d'adopter une telle supposition. En effet, Corneille, expliquant pourquoi il ne pourra de sitôt donner une pièce aux comédiens du Marais, s'exprime ainsi: «Outre que je seray bien aise d'avoir mon tour à l'Hostel.... et que je ne puis manquer d'amitié à la Reine Viriate à qui j'ay tant d'obligation, le demenagement que je prépare pour me transporter à Paris me donne tant d'affaires que je ne sçay si j'auray assez de liberté d'esprit pour mettre quelque chose cette année sur le Théatre.» Certes, ce passage prouve bien que Sertorius avait été joué à l'hôtel de Bourgogne, et il semble indiquer que cette reine Viriate, envers qui Corneille se reconnaît si obligé, n'est autre que Mlle des Œillets. Comment concilier le témoignage de notre auteur avec celui de Loret?»

Le savant éditeur de Corneille déclare avoir cherché en vain une conciliation; mais, en pareil cas, les hypothèses sont permises, et l'on peut, croyons-nous, proposer au moins une explication plausible du problème. Corneille dit bien, le 3 novembre 1661, que Mlle des Œillets est «saisie» des deux premiers actes de Sertorius, mais rien ne prouve qu'elle ait effectivement joué ce rôle. Peut-être ne se sera-t-elle pas crue assez jeune pour le remplir (elle était née en 1621). Il nous paraît probable que le rôle de Viriate aura été joué par Mlle Marotte, dont Corneille parle au début de sa lettre du 25 avril 1662: «L'estime et l'amitié que j'ay depuis quelque temps pour Melle Marotte me fait vous avoir une obligation tres singuliere de la joye que vous m'avez donnée en m'apprenant son succes et les merveilles de son debut. Je l'avois veue icy representer Amalasonte, et en avois conceu une assez haute opinion pour en dire beaucoup de bien à Mr. de Guise, quand il fut question, vers la My-caresme, de la faire entrer au Marais.» Si l'on admet cette interprétation, qui nous semble naturelle, les raisons alléguées par Corneille pour ne pas donner de pièce nouvelle peuvent s'entendre dans ce sens qu'il serait bien aise de faire jouer quelque ouvrage à l'Hôtel de Bourgogne, mais qu'il craint de manquer à l'amitié qu'il a pour Mlle Marotte, en confiant un rôle à une artiste de la troupe rivale. La fin de la lettre est assez obscure, mais elle concorde avec notre explication plutôt qu'elle ne la contredit: «Ainsy, si ces Mrs les secourent ainsy que moy, il n'y a pas d'apparence que le Marais se restablisse, et quand la machine (la Toison d'or), qui est aux abois, sera tout à fait defunte, je trouve que ce Theatre ne sera pas en trop bonne posture. Je ne renonce pas aux Acteurs qui le soustiennent, mais aussi je ne veux point tourner le dos tout à fait à Mrs de l'Hostel dont je n'ay aucun lieu de me plaindre et où il n'y a rien à craindre quand une piece est bonne.» Que signifie ce passage, sinon que le théâtre du Marais, inférieur à l'Hôtel de Bourgogne pour la tragédie, a besoin pour se soutenir des pièces à grand spectacle? Si Corneille avait fait représenter Sertorius par les comédiens de l'Hôtel, dirait-il qu'il ne veut point leur tourner le dos tout à fait?

Du reste, Sertorius ne tarda pas à être joué par les troupes rivales. Le registre de Lagrange nous fournit à ce sujet des indications curieuses qui prouvent que la tragédie, dont le succès fut très-grand, fut jouée par la troupe de Molière avant d'avoir été imprimée. L'impression n'en fut achevée que le 8 juillet 1662, et la troupe de Molière la représenta, pour la première fois, le vendredi 23 juin 1662. Elle en donna trois autres représentations en 1662, neuf en 1663, trois en 1664, et vingt autres représentations de 1665 à 1670, soit, en tout, trente-neuf. Nous comprenons dans ces chiffres une représentation donnée, en 1664, à Villers-Coterets, chez Monsieur, où les comédiens séjournèrent du 20 au 27 septembre.

A l'époque de la mort de Corneille, le Manuscrit du Dauphin nous fournit la distribution suivante:

DAMOISELLES.

Aristie:Chanmeslé
Viriate:le Comte
Thamire:Raisin.

HOMMES.

Sertorius:Chanmeslé
Perpenna:Dauvilliers
Aufide:le Comte
Pompée:Baron
Celsus:Beauval
Arcas:Hubert, ou Raisin.

Au XVIIIe siècle, plusieurs acteurs se distinguèrent dans Sertorius. Grandval remplit avec un grand succès le rôle du général romain (1758); celui de Viriate fut joué avec éclat par Mlle Clairon et Mme Vestris.

La Comédie-Française a donné 107 représentations de Sertorius, de 1680 à 1814, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 46; à la cour, 11;—sous Louis XV: à la ville, 24; à la cour, 1,—sous Louis XVI: à la ville, 7; à la cour, 4;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 13; à la cour, 1. La pièce n'a pas été reprise depuis lors.

Vendu: 120 fr., vél., Huillard, 1870 (no 596); 102 fr., vél., et 155 fr., mar. r. (Chambolle-Duru), Potier, 1870 (nos 1233 et 1234).

81. Sertorivs, || Tragedie. || Imprimé à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez || Augustin Courbé, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire || Iuré, au Palais, en la Gallerie des || Merciers, à la Iustice. || M. DC. LXII. [1662]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 82 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: titre; 4 ff. pour l'avis Au Lecteur; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les Acteurs.

L'extrait du privilége est le même que dans l'édition précédente. On lit à la fin: Acheué d'imprimer le huitiéme Iuillet 1662. A Rouen par L. Maurry.

Cette édition n'a jamais été distinguée de la précédente par les bibliographes de Corneille.

XXVI

82. Sophonisbe, || Tragedie. || Par P. Corneille. || Imprimée à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, au || Palais, en la Gallerie des Merciers, || à la Iustice; [ou Chez Thomas Iolly, au Palais, dans la petite || Salle, aux Armes de Hollande, || & à la Palme; ou Chez Loüys Billaine, au second Pilier de la grand'Sale du Palais, à la Palme & au grand César. || M. DC. LXIII [1663]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 76 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 4 ff. pour l'avis Au Lecteur; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, en date du 4 mars 1663, donne à G. de Luyne le droit exclusif, pendant cinq ans, de publier deux pièces de théâtre des sieurs Corneille intitulées: La Sophonisbe et Persée et Demetrius. De Luyne déclare associer à son droit Th. Jolly et L. Billaine. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois le 10. Auril 1663. A Roüen, Par L. Maurry.

L'histoire de Sophonisbe, reine de Numidie, que Tite-Live, Polybe et Appien ont racontée, est un des sujets qui ont le plus souvent inspiré les poëtes dramatiques modernes. Le premier auteur qui la mit au théâtre fut le Trissin. Il fit représenter sa tragédie à Vicence vers 1510. Cette pièce eut un grand succès, attesté par les nombreuses éditions que les libraires italiens en publièrent pendant tout le cours du XVIe siècle (Sophonisba, tragedia; in Roma, Lodovico degli Arrighi et Lautitio Perugino, 1524, pet. in-4;—in Roma, per Lodovico Vicentini [degli Arrighi], 1524, pet. in-4, seconde édition, avec deux lettres grecques sur le titre;—in Vicenza, per Tolomeo Janiculo, 1529, in-4;—Di M. Giovangiorgio Trissino la Sophonisba, li Retratti, Epistola, Oracion al serenissimo Principe di Vinegia; in Vinegia, per Ieronimo Pentio da Lecho, a instantia de Nicolo Garanta, 1530, pet. in-8;—[in Vinegia], per Al. Pag. Benacense, s. d., in-8;—La Sofonisba, tragedia del S. Giorgio Trissino Vicentino; in Vinegia, per Bernardo de' Bindoni, 1549, in-8;—in Vinegia, per Gabriele Giolito et Fratelli, 1553, 1562, 1585 et 1586, in-12;—in Vinegia, per Francesco Lorenzini, 1560, in-8;—in Genova, per Antonio Bellone, 1572, in-8;—in Vinegia, per Altobello Salicato, 1582, pet. in-12;—in Vicenza, per Perin Libraro, e Giorgio Greco Compagni, 1585, in-12;—in Venetia, per Michele Bonibelli, 1595, in-12, etc.). Un autre auteur italien, Galeotto Caretto, publia en 1546 une seconde Sophonisbe qui ne fit pas oublier celle du Trissin (La Sophonisba, Tragedia del magnifico Cavaliere et Poeta Messer Galeotto Carretto; in Vinegia, appresso Gabriel Giolito de' Ferrari, 1546, in-8). La première Sophonisbe fut traduite en prose française par Mellin de Saint-Gelais, et représentée à Blois, devant le roi, en 1559. Gilles Corrozet en publia deux éditions anonymes sous ce titre singulier: Sophonisba, Tragedie tres excellente, tant pour l'argument que pour le poly langage et graves sentences dont elle est ornée; représentée et prononcée devant le Roy en sa ville de Bloys; à Paris, chez Philippe Danfrie et Richard Breton, 1559, in-8;—à Paris, chez Richard Breton, 1560, in-8. Un peu plus tard, Claude Mermet en fit une nouvelle traduction en vers (La Tragedie de Sophonisbe Reyne de Numidie, où se verra le desastre qui luy est advenu, pour avoir esté promise à un mary, et espousée par un autre; et comme elle a mieux aimé eslire la mort, que de se voir entre les mains de ses ennemis; à Lyon, chez Léonard Odet, 1584, in-8). Corneille n'a pas connu les deux traductions que nous venons de mentionner, ou du moins il n'en a pas fait usage; il ne paraît pas non plus s'être servi de la Mort courageuse de Sophonisba, par le Sieur de Reboul (Lyon, Jacques Roussin, 1597, in-12), tandis qu'il a eu entre les mains les deux imitations suivantes: Sophonisba, Tragedie, par Anthoine de Montchrestien, sieur de Vasteville; à Caen, chez la veufve de Jacques le Bas, 1596, in-8 (reproduite sous le titre de: la Carthaginoise, ou la Liberté, dans les Tragédies du même auteur; à Rouen, chez Jean le Petit [1601], pet. in-8;—à Rouen, chez Jean Osmond, 1604, pet. in-12;—à Niort, chez Porteau, 1606, pet. in-12;—à Rouen, chez Martin de la Motte, 1627, pet. in-8); La Sophonisbe, Tragedie, par le Sieur du Mont-Sacré (Nicolas de Montreux), gentil-homme du Maine; à Rouen, chez Raphaël du Petit-Val, 1601, pet. in-12.

La tragédie de Mairet est la première pièce française sur ce sujet qui eut un mérite sérieux et dont le succès fut durable. Elle fut représentée, à ce que l'on croit, en 1629, et imprimée quelques années après: La Sophonisbe, Tragi-Comedie, dediée à M. le Garde des Sceaux; à Paris, chez Pierre Rocolet, 1635, in-4. Dans cette pièce, antérieure non-seulement au Cid, mais à Mélite et à Clitandre, Mairet introduisit la règle de vingt-quatre heures, qui n'avait jamais été observée auparavant. La vogue de Sophonisbe, qui fit croire à Mairet qu'il pourrait jouer un rôle parmi les adversaires du Cid, se prolongea longtemps après le succès des chefs-d'œuvre de Corneille; aussi se produisit-il dans le public un sentiment de vive curiosité quand on apprit que Corneille se proposait de traiter le même sujet. Cette concurrence inattendue jeta Mairet dans un violent chagrin; on prétend même qu'il en fit une maladie. Corneille, qui s'était depuis longtemps réconcilié avec son ancien ennemi, ne manqua pas de protester de ses bonnes intentions; il exagéra même l'éloge de son devancier: «Depuis trente ans que Monsieur Mairet a fait admirer sa Sophonisbe sur nostre Théatre, dit-il dans la préface de sa tragédie, elle y dure encore, et il ne faut point de marque plus convaincante de son mérite, que cette durée, qu'on peut nommer une ébauche, ou plûtost des arrhes de l'immortalité, qu'elle asseure à son illustre Autheur. Et certainement il faut avoüer qu'elle a des endroits inimitables, et qu'il seroit dangereux de retaster après luy. Le démeslé de Scipion avec Massinisse, et les desespoirs de ce Prince sont de ce nombre: il est impossible de penser rien de plus juste, et tres-difficile de l'exprimer plus heureusement. L'un et l'autre sont de son invention, je n'y pouvois toucher sans luy faire un larcin, et si j'avois été d'humeur à me le permettre, le peu d'espérance de l'égaler me l'auroit défendu. J'ay creu plus à propos de respecter sa gloire et ménager la mienne, par une scrupuleuse exactitude à m'écarter de sa route, pour ne laisser aucun lieu de dire, ny que je sois demeuré au dessous de luy, ni que j'aye pretendu m'élever au dessus, puisqu'on ne peut faire aucune comparaison entre des choses, où l'on ne voit aucune concurrence.» Corneille proteste donc qu'il a simplement voulu «faire autrement, sans ambition de faire mieux»; il cite, pour se justifier, nombre de sujets qui ont été successivement traités par divers auteurs, tels que ceux de Marianne, de Panthée, de Cléopatre, etc.

La nouvelle Sophonisbe fut représentée à l'Hôtel de Bourgogne en janvier 1663. Malgré l'aigreur des critiques que l'abbé d'Aubignac dirigea contre Corneille, le succès paraît avoir répondu à l'attente du poëte. Loret le constate avec complaisance dans sa lettre du 20 janvier 1663:

Quitons cette importante Afaire,

Que le temps nous rendra plus claire;

Et parlons d'un célébre Autheur

Dont je suis grand admirateur.

Cette Piéce de conséquence,

Qu'avec une extrême impatience

On atendoit de jour en jour,

Dans tout Paris et dans la Cour,

Piéce qui peut être apellée

Sophonisbe, renouvelée

Maintenant se joüe à l'Hôtel de Bourgogne.

Avec applaudissement tel,

Et si grand concours de personnes,

De hautes Dames, de Mignonnes,

D'esprits beaux en perfection,

Et de Gens de condition,

Que, de longtemps, Piéce nouvelle

Ne receut tant d'éloges qu'elle.

Je ne m'embarasseray point

A déduire, de point en point,

Ses plus importantes matieres,

Ny ses plus brillantes lumieres:

Pour dignement les concevoir

Il faut les oüir et les voir;

Je veux, pourtant, dans nôtre Histoire,

Prouver son mérite et sa gloire

Par un invincible argument,

Car en dizant, tant seulement,

Que cette Piéce nompareille

Est l'Ouvrage du grand Corneille,

C'est pousser sa louange à bout,

Et qui dit Corneille, dit tout.

Le succès dont nous entretient Loret fut de courte durée. Les adversaires de Corneille, à la tête desquels s'était placé l'abbé d'Aubignac, rabaissèrent sa Sophonisbe en exaltant celle de Mairet. Ces critiques, dont nous parlerons dans notre chapitre XIXe, furent réfutées par divers auteurs. Saint-Evremond, notamment, mit en relief, dans sa Dissertation sur l'Alexandre de Racine, les côtés de la pièce qui avaient déplu au public. Les beaux esprits de la cour reprochaient à Corneille ce qui était son principal mérite: l'exactitude des mœurs et des caractères; ils savaient gré au contraire à Mairet de n'être sorti de son siècle que pour emprunter quelques noms à l'antiquité.

Le poëte fut très-sensible aux éloges de Saint-Evremond et lui écrivit une lettre de remerciment qui nous a été conservée: «Me voulez-vous bien permettre d'ajoûter ici, disait Corneille en terminant, que vous m'avez pris par mon foible, et que ma Sophonisbe, pour qui vous montrez tant de tendresse, a la meilleure part de la mienne? Que vous flattez agréablement mes sentimens, quand vous confirmez ce que j'ai avancé touchant la part que l'Amour doit avoir dans les belles Tragédies, et la fidélité avec laquelle nous devons conserver à ces vieux Illustres les caracteres de leur temps, de leur Nation et de leur humeur!» (Œuvres diverses de Corneille; Paris, 1738, in-12, pp. 221 sq.; Marty-Laveaux, t. Xe, p. 498.)

Un auteur qui, après avoir attaqué Sophonisbe, en devint le plus ardent défenseur, Donneau de Visé, nous fournit, dans sa première critique (Nouvelles nouvelles; à Paris, chez Gabriel Quinet, 1663, in-12, 3e partie), des détails précis sur les acteurs qui remplirent les principaux rôles de la pièce. Montfleury joua Syphax; Floridor, Massinisse; La Fleur, Lélius; Mlle des Œillets, Sophonisbe, et Mlle Beauchâteau, Eryxe.

Le Registre de Lagrange ne mentionne aucune représentation de Sophonisbe par la troupe de Molière. Les registres du Théâtre-Français n'en citent que deux représentations entre 1680 et 1700. Il ne serait même pas impossible qu'il ne s'agît ici de la tragédie de Mairet.

Le sujet de Sophonisbe a été traité deux fois au XVIIIe siècle, par Lagrange-Chancel et par Voltaire. La pièce de Lagrange-Chancel fut jouée quatre fois au mois de novembre 1716, mais elle n'a pas été imprimée; celle de Voltaire, représentée en 1764, a été publiée sous un nom supposé.

Cette dernière pièce est entièrement tirée de Mairet, dont Voltaire n'a voulu que rajeunir et que relever le style. Le succès en a été médiocre.

Vendu: 60 fr., mar. r. anc., Chédeau, 1865 (no 703).

83. Sophonisbe, || Tragedie. || Par P. Corneille. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire || Iuré, au Palais, dans la Salle des Merciers, || à la Iustice; [ou Chez Thomas Iolly, au Palais, dans la petite Salle, aux Armes de Hollande & à la Palme; ou Chez Louys Billaine, au second Pilier de la grand' Sale du Palais, à la Palme & au grand César.] || M. DC. LXIII. [1663]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 80 pp., et 1 f. pour l'Extrait du Privilége.

Collation des feuillets prélim.: titre; 9 pp. pour l'avis Au Lecteur; 1 p. pour les Acteurs.

Cette édition, dont M. Piot possède un exemplaire, a été probablement imprimée à Paris. L'extrait du privilége est le même que celui dont nous avons parlé ci-dessus (no 80) et contient les mêmes mentions. La justification est, pour les feuillets préliminaires, de 119 mm. sur 63, et, pour le corps du texte, de 117 mm. sur 64.

XXVII

84. Oton || Tragedie. || Par P. Corneille. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire-Iuré, || au Palais dans la Sale [sic] des Merciers || à la Iustice; [ou Chez Thomas Iolly, au Palais dans la || petite Sale des Merciers à la Palme & aux || Armes d'Hollande; ou Chez Loüys Billaine, au second Pillier || de la grand Sale du Palais, à la Palme || & au grand Cesar]. || M. DC. LXV [1665]. || Auec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff., 78 pp. et 1 f.

84 bis. Othon || Tragedie. || Par P. Corneille. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, au || Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Iustice; [ou Chez Thomas Iolly, au Palais dans la || petite Sale [sic] des Merciers, à la Palme & aux || Armes d'Hollande; ou Chez Loüys Billaine, au second Pillier || de la grand Sale du Palais, à la Palme || & au grand Cesar]. || M. DC. LXV [1665]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 2 ff., 78 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour l'avis Au Lecteur et les Acteurs.

Le privilége, dont un extrait occupe le dernier feuillet, est daté du dernier d'octobre 1664; il est accordé pour sept ans à Guillaume de Luyne, qui déclare y associer Thomas Jolly et Louis Billaine.

L'achevé d'imprimer est du 3 février 1665.

Les deux titres que nous avons reproduits appartiennent à une seule et même édition. Les titres, qui portent la faute d'impression, Oton pour Othon, sont certainement antérieurs aux autres et doivent être plus rares. Nous en avons cependant trouvé dans plusieurs exemplaires: à l'Institut, à la bibliothèque Cousin, etc.

«Si mes amis ne me trompent, cette Piéce égale ou passe la meilleure des miennes, dit Corneille dans la préface qu'il a placée en tête de la tragédie d'Othon. Quantité de suffrages illustres et solides se sont déclarez pour elle, et si j'ose y meler le mien, je vous diray que vous y trouverez quelque justesse dans la conduite, et un peu de bon sens dans le raisonnement. Quant aux Vers, on n'en a pas vu de moy que j'aye travaillez avec plus de soin.»

Nous savons en effet qu'Othon est une des pièces qui coûtèrent au poëte le plus de peine; on assure qu'il en refit trois fois le cinquième acte, et que cet acte lui «coûta douze cents vers». (Histoire du Théatre François, tome IXe, p. 322, note a; notes manuscrites de Tralage à la Bibliothèque de l'Arsenal, citées par M. Taschereau: Œuvres de Corneille, t. Ier, p. XXVI, et par M. Marty-Laveaux, t. VIe, p. 567.) Le sujet de la pièce est tiré des Histoires de Tacite, mais Corneille a mis également à contribution Plutarque et Suétone dans leurs Vies de Galba et d'Othon.

M. Marty-Laveaux suppose que Corneille s'est inspiré d'une pièce italienne représentée en 1652. D'après le savant éditeur, cette pièce serait de Ghirardelli, auteur de la Mort de Crispe, citée par Corneille dans son Discours de la Tragédie; mais ce renseignement, emprunté à la Biographie universelle, paraît inexact. La seconde édition de la Drammaturgia d'Allacci (Venezia, 1755, in-4o) mentionne une tragédie d'Othon imprimée avant la pièce française (Ottone, tragedia; in Bologna, per Giacomo Monti, 1652, in-4o), mais elle l'attribue à Louis Manzoni, de Bologne, et non à Ghirardelli. D'ailleurs, si la notice donnée par la Biographie universelle est exacte, l'Ottone de Ghirardelli n'aurait jamais été imprimé, en sorte qu'il eût été bien difficile à Corneille de s'en inspirer. Nous croyons donc que notre poëte n'a pas puisé à d'autres sources que celles qu'il indique avec sa bonne foi ordinaire. C'est l'exacte peinture de la politique romaine qui fait l'intérêt de sa pièce, et ce sont ces mérites historiques qui lui ont valu un accueil bien plus favorable de la part des critiques modernes que de la part des critiques du XVIIe siècle.

Othon fut joué pour la première fois à Fontainebleau, le 3 août 1664, ainsi que le rapporte Loret dans sa lettre du 2 août:

Ce qu'illec je sceus davantage,

C'est qu'Othon, excélent Ouvrage,

Que Corneille, plein d'un beau feu,

A produit au jour depuis peu,

De sa plume docte et dorée,

Devoit, la suivante soirée,

Ravir et charmer à son tour

Le Légat et toute la Cour: [Le légat Chigi]

Je l'appris de son Autheur mesme;

Et j'ûs un déplaizir extresme

Qui me fit bien des fois pester

De ne pouvoir encor rester

Pour voir, dudit Sieur de Corneille,

La fraîche et derniére Merveille,

Que je verray s'il plaît à Dieu,

Quelque-jour en quelque autre lieu.

Dans la lettre du 8 novembre 1664, nous trouvons le compte rendu de la première représentation d'Othon à Paris:

Il faut icy, donc, que j'avoüe

Qu'à l'Hôtel de Bourgogne on joüe,

Depuis un jour ou deux, dit-on,

Un sujet que l'on nomme Othon,

Sujet Romain, sujet sublime,

Et digne d'éternelle estime.

Jamais de plus hauts sentimens,

Ny de plus rares ornemens,

Piéce ne fut si bien pourvûe.

Je ne l'ay point encore vûe,

Et je ne suy que le raport

Que m'en fit hier maint Esprit fort,

Qui dit qu'elle est incomparable,

Et que sa conduite admirable,

Dans Fontainebleau, l'autre-jour,

Charma tous les Grands de la Cour.

Mais d'où luy naît cet avantage?

Et d'où vient que de cét Ouvrage

Tout le monde est admirateur?

C'est que Corneille en est Autheur,

Cét inimitable Génie;

Et que l'illustre Compagnie,

Ou Troupe Royale, autrement,

Qui la récite excélemment,

Luy donne toute l'éficace,

Tout l'éclat et toute la grace

Qu'on doit prétendre, en bonne foy,

Des grands Comédiens du Roy.

Ainsi, Loret n'a vu lui-même aucune des deux représentations, et il ne juge la nouvelle tragédie que d'après ce que lui ont dit l'auteur et certain esprit fort de sa connaissance. Le public a-t-il apprécié Othon comme l'a fait le chroniqueur de cour? c'est ce qu'il est difficile de savoir.

Boileau, dit le Bolæana (1742, in-12, pp. 132 et 134) «n'étoit point du tout content de la tragédie d'Othon qui se passoit tout en raisonnement, et où il n'y avoit point d'action tragique»; mais cette opinion ne fut pas générale. S'il faut en croire les Anecdotes dramatiques, le maréchal de Gramont aurait dit, à l'occasion d'Othon, que Corneille devrait être le «Bréviaire des Rois» et M. de Louvois, «qu'il faudroit, pour juger cette pièce, un parterre composé de ministres d'État.» Ce qui est certain, c'est qu'Othon resta au répertoire. Voici, d'après le Manuscrit du Dauphin, comment il était interprété à l'époque de la mort de Corneille:

DAMOISELLES.

Camille: le Comte.
Plautine:Chanmeslé.
Albiane:Raisin.
Flavie:Poisson.

HOMMES.


Othon:Baron.
Vinius:La Tuillerie.
Martian:Dauvilliers.
Lacus:le Comte, ou Dauvilliers.
Galba:Chanmeslé.
Albin:de Villiers.

Les registres du Théâtre-Français dépouillés par M. Despois indiquent, de 1680 à 1700, 29 représentations à la ville et 6 à la Cour. Othon fut joué une fois encore avant 1715; il n'a pas été repris depuis lors.

Vendu: 53 fr., vél., Chédeau, 1865 (no 704).

XXVIII

85. Agesilas, || Tragedie. || En Vers libres rimez. || Par P. Corneille. || A Roüen, Et se vend || à Paris, || Chez Thomas Iolly, au Palais dans la petite Salle des Merciers à la Palme & aux Armes d'Hollande; [ou Chez Guillaume de Luyne, Libraire || Iuré, au Palais, en la Gallerie des || Merciers, à la Iustice; ou Chez Loüis Billaine, au Palais, || au second Pilier de la grand'Salle, à la Palme, & au grand Cesar]. || M. DC. LXVI [1666]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 2 ff., 88 pp. et 2 ff., dont le dernier est blanc.

Collation des feuillets prélim.: titre avec un fleuron qui représente une corbeille de fleurs et de fruits; 1 f. pour l'avis Au Lecteur et la liste des Acteurs.

L'extrait du privilége occupe le premier des 2 ff. non chiffrés de la fin. Il est accordé au sieur P. Corneille pour sept années, et le poëte déclare avoir cédé ses droits à Thomas Jolly, Guillaume de Luyne et Louis Billaine. Les frais de l'impression avaient été supportés par Corneille; le fait est mentionné formellement après le privilége. L'achevé d'imprimer, placé au verso du privilége, est ainsi conçu: Acheuée d'imprimer le 3. iour d'Avril 1666. par L. Maurry.

Il existe des exemplaires de cette édition avec la date de 1667 et de 1668 (Bibliothèque Cousin). La nécessité où les libraires se virent de la rajeunir ainsi aux yeux du public suffirait pour prouver qu'elle n'était pas d'une vente facile.

En mettant sur le théâtre l'histoire du roi de Sparte Agésilas, Corneille crut pouvoir renouveler le succès de ses premières tragédies, grâce à une innovation qui dut paraître hardie. Il abandonna l'alexandrin uniforme, et n'employa que les vers libres mêlés. «La maniére dont je l'ay traitée, dit-il dans son avis Au Lecteur, n'a point d'éxemple parmy nos François, ny dans ces précieux restes de l'antiquité qui sont venus jusqu'à nous, et c'est ce qui me l'a fait choisir.» L'espoir du poëte fut malheureusement déçu; le public ne prit aucun goût à la nouveauté. L'épigramme de Boileau est trop connue pour que nous la reproduisions ici; ce «bon mot de deux rimes orné» exprimait sans doute le sentiment du parterre. Robinet, dans sa Lettre en vers à Madame, du 6 mars 1666, fit pourtant l'éloge d'Agésilas. Après avoir rappelé que la mort de la reine Anne d'Autriche empêchait les mascarades du carnaval, il continuait en ces termes:

Mais vous avez pour supplement

Le noble divertissement

Que vous donnent les doctes veilles

De l'aisné des braves Corneilles:

Son charmant Agesilaüs,

Où sa Veine coule d'un flus

Qui fait admirer à son age

Ce grand et rare personnage.

La première représentation avait dû avoir lieu à l'hôtel de Bourgogne, dans le cours du mois précédent, c'est-à-dire en février. Le deuil de la cour hâta l'abandon d'Agésilas, qui n'a jamais été repris depuis. Nous ne possédons, ni sur les représentations, ni sur la pièce elle-même, aucune critique contemporaine; Corneille, qui souvent nous fournit dans ses préfaces des renseignements à ce sujet, n'en donne aucun dans l'avis Au Lecteur que nous avons déjà cité.

Vendu: 37 fr., v. br., exempl. raccommodé, Chédeau, 1865 (no 705);—50 fr., v. f. (Simier), Huillard, 1870 (no 598);—155 fr., mar. r. (Chambolle-Duru), Potier, 1870 (no 1235).

XXIX

86. Attila || Roy || des Hvns, || Tragedie. || Par T. [ou P.] Corneille. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, || au Palais, dans la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes, || à la Iustice; [ou Chez Thomas Iolly, au Palais, || dans la Salle des Merciers, à la Palme, || & aux Armes de Hollande; ou Chez Loüis Billaine, au Palais, au second pillier de la grand'Salle, à la Palme, & au grand Cesar]. || M. DC. LXVIII [1668]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff., 78 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. blanc; 1 f. de titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur et la liste des Acteurs. La faute d'impression T. Corneille pour P. Corneille ne se trouve que sur le titre d'un petit nombre d'exemplaires.

Le privilége, dont un extrait est placé à la p. 78, au-dessous de 9 lignes de texte, est daté du 25 novembre 1666; il est accordé pour cinq ans à Guillaume de Luyne, qui déclare y associer Thomas Jolly et Louis Billaine. L'achevé d'imprimer est du 20 novembre 1667.

Les critiques modernes ont vengé Corneille des injustes attaques de Boileau: «Après l'Attila, Holà!» Boileau, qui n'entendait rien à l'histoire, qui confondait les Visigoths et les Huns, ne voyait dans la pièce de Corneille que des personnages grotesques; nous y voyons au contraire une peinture historique des plus parfaites et des plus saisissantes. Ce qui nous paraît fade aujourd'hui, ce sont les scènes d'amour introduites par Corneille par déférence pour le goût de son siècle, mais le personnage même d'Attila est à nos yeux d'une grande beauté. Le caractère de ce barbare est rendu avec une vérité frappante, et les historiens ont même reconnu que le poëte, par une sorte d'intuition qui n'appartient qu'au génie, avait, sur certains points, devancé les découvertes de l'histoire.

Attila fut représenté par la troupe de Molière, et le Registre de Lagrange nous fournit à cette occasion les renseignements les plus précieux. On y lit, à la date du vendredi 4 mars 1667: «Attila: Piece nouvelle de M. de Corneille l'aisné, pour laquelle on luy donna 2,000 livres, prix faict.» Il est curieux de noter ce que rapportèrent les dix premières représentations:

Vendredy,4e Mars 1.027livres.
Dimanche,6e Mars 527
Mardy,8e Mars 604
Vendredy,11e Mars 811
Dimanche,13e Mars 58910 s.
Mardy, 15e Mars 223
Vendredy,18e Mars 273
Dimanche,20e Mars(avec le Medecin malgré luy602
Mardy,22e Mars(id.)424
Dimanche,27e Mars(id.)684

Ce tableau est plus instructif que tous les articles de la Gazette; il nous montre que le nom de Corneille était encore assez puissant pour attirer une grande foule à la première représentation, mais que ses pièces n'avaient plus une vogue bien durable. Cependant Robinet (Lettre en vers à Madame, du 13 mars 1667) dit, en parlant d'Attila:r

Cette derniére des Merveilles

De l'Aîné des fameux Corneilles,

Est un Poëme sérieux,

Où cet Autheur si glorieux,

Avecque son Stile énergique,

Des plus propres pour le Tragique,

Nous peint, en peignant Attila,

Tout à fait bien, ce Régne-là;

Et de telle façon s'explique

En matiére de Politique,

Qu'il semble avoir, en bonne foy,

Eté grand Ministre ou grand Roy.

Tel, enfin, est ce rare Ouvrage,

Qu'il ne se sent point de son âge,

Et que d'un Roy des plus mal nais [sic],

D'un Héros qui saigne du nez,

Il a fait, malgré les Critiques,

Le plus beau de ses Dramatiques.

Mais on peut dire, aussi, cela

Qu'après luy, le même Attila,

Est, par le sieur La Torilliére,

Reprézenté d'une maniére,

Qu'il donne l'Ame à ce Tableau

Qu'en a fait son parlant Pinceau.

Toute la Compagnie, au reste, La Troupe du Roy,

Ses beaux Talens y manifeste; au Palais Royal,

Et chacun selon son Employ,

Se montre digne d'être au Roy.

Bref, les Acteurs et les Actrices

De plus d'un Sens, font les Délices,

Par leurs Attrais, et leurs Habits

Qui ne sont pas d'un petit prix:

Et mêmes, une Confidente Mlle Moliere.

N'y parêt pas la moins charmante,

Et maint (le cas est évident)

Voudroit en étre Confident.

Sur cet Avis, qui vaut l'Affiche,

Voyez demain, si je vous triche,

Aussi-tôt que vous aurez lû,

De ma Lettre, le Residu.

Ainsi La Thorillière jouait Attila et Mlle Molière Flavie. On peut supposer que le rôle d'Honorie fut tenu primitivement par Mlle du Parc, qui se sépara de la troupe de Molière après la 11e représentation et passa à l'Hôtel de Bourgogne pour y jouer l'Andromaque de Racine. Les représentations de la pièce de Corneille, interrompues par les fêtes de Pâques et peut-être aussi par le départ de Mlle du Parc, reprirent le dimanche 15 mai et se poursuivirent sans interruption jusqu'à la fin de juin. Il y en eut trois autres au mois d'octobre de la même année et une le 29 avril 1668, soit en tout 30 représentations, ce qui, au milieu du XVIIe siècle, était certainement un chiffre très-honorable pour une tragédie.

De 1680 à 1700, M. Despois a relevé, sur les registres du Théâtre-Français, 12 représentations d'Attila données à la ville et 3 à la cour. Depuis lors, la pièce que Boileau avait condamnée n'a pas été remise à la scène, mais peut-être assisterons-nous bientôt à une reprise qui sera pour la plupart des spectateurs une révélation. Un excellent artiste, qui est en même temps un homme de lettres et un érudit, M. Got, de la Comédie-Française, a, nous assure-t-on, la pensée de jouer Attila. Nul doute qu'il ne sache donner à ce rôle son véritable caractère.

Vendu: 120 fr., vél., Chédeau, 1865 (no 706).

XXX

87. Tite || et || Berenice. || Comedie heroïque. || Par P. Corneille. || A Paris, || Chez Thomas Jolly, au Palais, dans la petite Salle, à la Palme & aux Armes de Hollande; [ou Chez Guillaume de Luyne Libraire || Juré, au Palais, dans la Gallerie || des Merciers, à la Justice; ou Chez Loüis Billaine, au Palais, au second || pillier de la grand'Salle, à la Palme, || & au grand César. || M. DC. LXXI [1671]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 76 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour les extraits des auteurs; 3 pp. pour le Privilége; 1 p. pour la liste des Acteurs.

La page 76 et dernière est chiffrée par erreur 44.

Le privilége, daté du dernier jour de décembre 1670, est accordé pour neuf ans à Pierre Corneille; il offre cette particularité remarquable qu'il lui est donné non-seulement pour Tite et Bérénice, mais encore pour une «traduction en vers François de la Thebaïde de Stace». On lit à la fin que «ledit sieur Corneille a cedé son droit de Privilege à Thomas Jolly, Guillaume de Luynes, et Louis Billaine, pour la comedie de Tite et Berenice seulement, suivant l'accord fait entre eux.»

L'achevé d'imprimer est du 3 février 1671.

Du Ryer fit représenter, en 1645, une tragédie en prose intitulée Bérénice, qui fut mise en vers douze ans plus tard par Thomas Corneille. Cette pièce n'a point de rapport avec Tite et Bérénice. Voici la courte analyse qu'en ont donnée les frères Parfaict: «Criton, pour se soustraire à la cruauté de Phalaris, tyran d'Agrigente, se retire dans l'Isle de Créte, avec sa fille Bérénice. Le Roy de Créte, et Tarsis, fils de ce Roy, deviennent amoureux de Bérénice, qui est reconnue pour fille du Roy de Créte, et Tarsis, pour le fils de Criton. Le Roy consent au mariage de sa fille, avec Tarsis: c'est ce qui termine la Piece, qui est assez passable.» (Histoire du Théatre François, t. VIe, p. 384.)

Les biographes de Corneille et de Racine nous ont raconté tour à tour comment Henriette d'Angleterre fit secrètement inviter les deux poëtes à traiter un sujet qui devait lui rappeler les amours de Louis XIV et de Marie Mancini, et les sentiments qu'elle avait elle-même inspirés au roi son beau-frère. Les détails relatifs à ce «duel», dont le marquis de Dangeau fut le confident, ont été recueillis par M. Marty-Laveaux et M. Mesnard, et nous n'avons qu'à renvoyer à leurs excellentes éditions (Œuvres de Corneille, t. VIIe, pp. 185-196; Œuvres de Racine, t. IIe, pp. 343-362).

La pièce de Racine fut jouée le 21 novembre 1670; celle de Corneille ne le fut que huit jours après. La première fut représentée à l'Hôtel de Bourgogne; la seconde fut interprétée par la troupe de Molière. A la date du vendredi 28 novembre, on lit dans le Registre de Lagrange: «Berenice. Piece nouvelle de M. de Corneille l'aisné, dont on luy a payé 2000 livres.» Le public, désireux de comparer les deux ouvrages, accourut en foule à la première représentation. Les comédiens encaissèrent 1913 livres; c'est peut-être la somme la plus élevée qu'aucune soirée leur ait jamais rapportée. Le dimanche 30 novembre, la recette fut encore de 1669 livres; le mardi 2 décembre, de 935 livres, et le vendredi 12, de 1080 livres. C'était là, pour le moins, un succès de curiosité. La troupe de Molière donna de suite, pendant l'hiver de 1670-1671, 21 représentations de Tite et Bérénice.

La gazette rimée de Robinet nous révèle un fait curieux, qui n'a pas encore été signalé. Monsieur, veuf depuis le 30 juin 1670, eut la curiosité d'entendre, avant la représentation, la pièce de Corneille, dont l'origine lui était certainement connue. Corneille en fit la lecture chez lui le lundi 16 novembre. Voici en quels termes Robinet nous raconte cet incident dans sa Lettre en vers à Monsieur, du 22 novembre 1670:

Grand Prince, je fais conscience,

De vous demander audience

Des Façons de mon Impromptu

Sans Flâme, Brillant, ny Vertu

Lorsqu'encor, vous avez l'oreille

Pleine des beaux Vers de Corneille,

De ces vers entousiasmans

Elevez, pompeux, et charmans,

Dont, dimanche, il vous fit lecture:

Où je fus, par bonne Avanture,

Du nombre des maints Auditeurs

Qui furent ses admirateurs

Avec Vôtre Altesse Royale,

Qui goûta ce charmant Régale,

Mieux qu'on ne goûte, dans les Cieux,

Le ravissant Nectar des Dieux.

Tous mes discours vous seroient fades

Aux prix de ces rares Tirades,

Dont, à tous coups, à tous instans,

Il enlevoit les ecoutans,

Au prix, dis-je, de ces Saillies,

De son plus beau feu, rejaillies,

De ses rapides mouvemens,

De ses fins et grands Sentimens,

Et, bref, de tous ces traits de maître,

Qu'il a fait, dimanche, paraître,

Dans son Poëme merveilleux

Et je dirois miraculeux,

Pour qui, sans fin, se recrierent

Les delicats qui l'écouterent,

Disant, dans leur étonnement,

Ou leur juste ravissement,

C'est Corneille, le grand Corneille, etc.

Dans cette même lettre, Robinet fait figurer l'annonce de la prochaine représentation parmi les nouvelles importantes:

La premiere en forme d'avis,

Dont maints et maints seront ravis,

Est que ce Poëme de Corneille

La Berenice non pareille,

Se donnera pour le certain,

Le Jour de Vendredy prochain,

Sur le Théatre de Molière.

Huit jours après, Robinet nous raconte qu'il n'a pu voir jouer Bérénice, n'ayant pu «sortir par la porte, pour une raison assez forte»; mais le 20 décembre suivant, il nous en donne un compte rendu complet:

La Bérénice de Corneille,

Qu'on peut, sans qu'on s'en émerveille,

Dire un vrai-Chef-d'œuvre de l'Art,

Sans aucun Mais, ni Si, ni Car,

Est fort suivie, et fort louée,

Et, même, à merveille, jouée,

Par la digne Troupe du Roy,

Sur son Théatre, en noble arroy.

Mademoiselle de Moliére,

Des mieux, soûtient le Caractére

De cette Reyne, dont le cœur

Témoigne un Amour plein d'honneur.

Cette autre admirable Chrêtienne,

Cette rare Comédienne,

Mademoiselle de Beauval,

Sçavante dans l'Art Théatral,

Fait bien la fiére Domitie:

Et Mademoiselle de Brie

Qui tout joue agréablement,

Comme judicieusement,

Y pare grandement la Scéne,

Parlant avec cette Romaine,

Qui l'entretient confidamment

Dessus l'incommode Tourment

Que lui cause au fonds de son Ame

Son Ambition, et sa Flâme.

La Torilliere fait Titus,

Empereur orné de Vertus,

Et remplit, dessus ma parole,

Dignement, cet auguste Rôle.

De mesme, le jeune Baron

Héritier, ainsi que du Nom,

De tous les charmes de sa Mére,

Et des beaux Talens qu'eut son Pére,

Y représente, en son air doux,

Domitian, au gré de tous,

Dans l'amour tendre autant qu'extrême,

Dont ladite Romaine, il aime.

Enfin, leurs Confidans, aussi, les Srs Hubert du Croisi,

Dont à côté les Noms voici, et La Grange.

Y fait tres-bien leur Personnage,

Et dans un brillant Equipage,

Ainsi que tous, pareillement,

Dont l'on ne doute nulement,

Font dans le Bourgeois Gentil-homme,

La Grange, en fort galant Homme,

Fait le Rôle qui lui sied mieux,

Sçavoir celui d'un Amoureux.

Ayant vû l'une, et l'autre Piéce,

Avec extase, avec liesse,

J'en puis, ceci, mettre en avant,

Et j'en parle comme un sçavant.

La Gazette mentionne une représentation de Tite et Bérénice donnée à Vincennes, devant le roi, le 21 janvier suivant.

Malgré les témoignages d'estime que nous venons de rapporter, Corneille ne fut pas satisfait du succès de sa pièce. Il sentait que le public préférait celle de Racine, et, pour se consoler, il s'en prit aux interprètes de son œuvre. Ce sentiment se montra clairement, six ans après, dans le remercîment qu'il adressa au roi. En le remerciant d'avoir fait reprendre ses premières tragédies, il le priait de faire jouer aussi les dernières:

Agésilas en foule auroit des spectateurs

Et Bérénice enfin trouverait des acteurs.

On peut conclure de ce passage que la troupe de Molière ne s'était pas distinguée dans Tite et Bérénice autant que le disait Robinet. Elle remit cependant l'ouvrage de Corneille à la scène le 20 septembre 1678, et le joua neuf fois de 1678 à 1680.

Le tableau dressé par M. Despois ne mentionne aucune représentation de Tite et Bérénice; il n'est pas impossible, cependant, que cette pièce ait été donnée quelquefois par la Comédie-Française, à la fin du XVIIe siècle; mais, comme elle portait dans l'usage le simple titre de Bérénice, elle aura pu être confondue avec la tragédie de Racine.

Vendu: 20 fr. br., Chédeau, 1865 (no 707).

88. Tite || et || Berenice. || Comedie heroique. || Par P. Corneille. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, || Libraire Juré, au Palais, dans la Gallerie || des Merciers, à la Justice; [ou Chez Jean Guignard, dans la grand'Salle du Palais, à l'Image S. Jean; ou Chez Estienne Loyson, || à l'entrée de la Galerie des Prisonniers, || au Nom de Jésus; ou Chez Pierre Traboüillet, || dans la grand'Salle du Palais au Pilier des || Consultations, au Sacrifice d'Abel]. || M. DC. LXXIX [1679]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 76 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour les extraits des auteurs; 2 ff. pour le Privilége et la liste des Acteurs.

Le privilége, daté du 17 avril 1679, est accordé pour dix ans à G. de Luyne, qui déclare y associer J. Guignard, E. Loyson et P. Trabouillet, «pour en jouir conjointement avec luy, suivant les parts et portions qu'ils ont en la présente comedie seulement.» C'est en vertu du même privilége que G. de Luyne publia, en 1682, le Théatre de Corneille, mais il n'y associa cette fois que Loyson et Trabouillet.

Vendu: 5 fr. cart., Chédeau, 1865 (no 708);—15 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (no 70).

XXXI

89. Pulcherie || Comedie || heroïque. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire || Juré, au Palais, dans la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes, || à la Justice. || M. DC. LXXIII [1673]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 72 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre, avec la marque de G. de Luyne représentant la Justice; 3 pp. pour l'avis Au Lecteur; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour la liste des Acteurs.

Le privilége, daté du 30 décembre 1672, est accordé à Guillaume de Luyne, pour une durée de cinq années. L'achevé d'imprimer est du 20 janvier 1673.

L'idée de composer une pièce dont la sœur de l'empereur Théodose fût l'héroïne dut venir à Corneille alors qu'il écrivait Attila. Il mit dans la bouche du roi des Ostrogoths, Valamir, un éloge de cette princesse, qui prouve bien que le caractère de cette femme, énergique autant que vertueuse, l'avait vivement frappé. Le poëme auquel Pulchérie donna son nom fut achevé longtemps avant la représentation. Mme de Sévigné, dans ses lettres du 15 janvier et du 9 mars 1672, parle de lectures faites par Corneille chez M. de la Rochefoucauld et chez le cardinal de Retz.

Ces lectures, auxquelles Donneau de Visé fait allusion dans le Mercure galant du 19 mars, produisirent un effet des plus favorables. Le poëte avait eu le rare bonheur de trouver des auditeurs à qui les situations de Pulchérie devaient naturellement plaire; il ne recueillit que des approbations. Huit mois s'écoulèrent cependant avant que le nouvel ouvrage se produisît en public; ce ne fut que le vendredi 15 novembre 1672 qu'il fut représenté. Robinet nous dit, le lendemain, dans une Lettre en vers qui n'a pas encore été citée, qu'on a joué au Marais

Hier, certaine Pulchérie

En Beautez, dit-on, fort fleurie.

Après certaines équivoques du goût le plus douteux, Robinet ajoute:

Cette charmante Pulchérie

Est une belle Comédie

Qu'on joua, pour le premier coup,

Et qui plût, m'a-t'on dit, beaucoup.

Or point je ne m'en émerveille,

Car elle est de l'Aîné Corneille,

Et c'est à dire de celui,

De qui tout Autheur d'aujourd'hui,

Doit, certe, le Théatre apprendre,

S'il veut, au Mêtier, se bien prendre.

En ce Dramatique nouveau,

Sorti de son sçavant Cerveau,

On m'a dit, aussi, que la Troupe

Sembloit avoir le Vent en poupe,

Et qu'enfin, il n'y manquoit rien,

Ce qu'encore je croi trés-bien,

Mais c'est tout ce que j'en puis dire,

Attendant que, pour en êcrire,

Et plus asseurement, et mieux,

De mes Oreilles, et mes Yeux,

Je puisse avoir le Témoignage,

Que j'aime, toûjours, davantage.

Robinet ne manqua pas, en effet, d'aller au théâtre du Marais. Sa Lettre en vers du 17 décembre contient un compte-rendu complet de la représentation:

J'ai trouvé toutes les beautez

Que l'on en dit de tous côtez:

Et cette belle Pulchérie,

A part, ici, la Flaterie,

M'en fit mêmes, voir, encor, plus.

Par où je connus que Phœbus

Conserve, dans le grand Corneille,

La même vigueur nompareille,

Et tout le beau Feu qu'on lui veid

Dans son tendre et [tres] fameux Cid;

Et qu'il a, depuis, fait paraître

En tous ses Ouvrages de Maître,

Par lesquels, jusques aujourd'hui

Il tire l'Echelle après lui.

O que ladite Pulchérie

Est, par tout, brillante, et fleurie,

Et qu'en ce Sujet, bien écrit,

On void de ces beaux trais d'Esprit,

Particuliers à ce Corneille,

Dont je dirai, toûjours, merveille,

Tant je suis épris justement

De son Cothurne si charmant!

Voici maintenant les noms des acteurs, que M. Marty-Laveaux n'avait pas retrouvés:

Primò, l'agréable Dupin,

Dont le Corsage est si poupin,

Et si chargé de Pierrerie,

Y fait fort bien, la Pulchérie.

Mademoiselle Desurlis,

L'un des Objets les plus accomplis,

Que l'Amour, nôtre commun Sire,

Fasse briller dans son Empire,

Y joue un grand Rôle, et des mieux,

Avec son Air majestueux.

Item, Mad'moiselle Marote,

Que pour bonne Actrice, l'on note,

D'une Justine, y fait, aussi,

Le Rôle, non coussi, coussi.

Léon, Amant de Pulchérie,

Qui n'est pas assez attendrie,

Pour lui présenter la Main, quand

Il ne quadre pas à son Rang,

Par Douvilliers, se représente,

D'une façon, certe, excellente,

Et montre, ne manquant en rien,

Qu'il est un bon Comédien.

Martian qui, par Pulchérie,

Sent, encor, d'Amour, la furie,

Mais qu'il reprime comme il faut,

Ainsi que je l'ay dit plus haut,

Ce Vieillard, que, par politique,

Cette Princesse qui s'en pique,

Choisit, pour son Epous de Nom,

En donnant sa Fille, à Léon,

Est désigné fort bien encore

Par Verneuil, je m'en remémore:

Et le sieur Désurlis, enfin

D'un Rôle politique et fin,

Trés-méritoirement, s'acquite.

Voila, donc, la Piéce dêcrite

Tant bien que mal, de bout, en bout:

Mais qui voudra mieux sçavoir tout,

Aille la voir dessus la Scéne,

Elle en vaut, ma foy, bien la peine.

Corneille, nous l'avons rappelé à propos de Sertorius (no 80), avait pour Mlle Marotte, qui remplissait le rôle de Pulchérie, une estime particulière, mais cette actrice et le théâtre du Marais en général n'étaient pas en grande faveur auprès du public. «Je me contenteray de vous dire, ajoute le poëte, à la fin de son avis Au Lecteur, que bien que cette Piéce aye été réléguée dans un lieu, où l'on ne vouloit plus se souvenir qu'il y eust un Théatre, bien qu'elle ait passé par des bouches pour qui on n'étoit prévenu d'aucune estime, bien que ses principaux caractéres soient contre le goust du temps, elle n'a pas laissé de peupler le Desert, de mettre en crédit des Acteurs dont on ne connoissoit pas le mérite, et de faire voir qu'on n'a pas toujours besoin de s'assujettir aux entestemens du Siécle pour se faire écouter sur la Scene.»

Le succès dont parle Robinet et dont Corneille lui-même se félicite ne fut pourtant pas très-vif. Le 24 février 1673, Mme de Coulanges écrit à Mme de Sévigné que «Pulchérie n'a point réussi». La pièce fut abandonnée par les acteurs qu'elle avait mis en crédit et n'a jamais été représentée après la mort de l'auteur.

Vendu: 50 fr., cart., Potier, 1870 (no 1236).

XXXII

90. Surena || General || des Parthes, || Tragedie. || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire || Juré, au Palais en la Salle des Merciers, || sous la montée de la Cour des || Aydes, à la Justice. || M. DC. LXXV [1675]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff. et 72 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre, au verso duquel se trouve l'Extrait du Privilége; 1 f. pour l'avis Au Lecteur et les Acteurs.

Par le privilége, daté du 6 décembre 1674, il est permis à Guillaume de Luyne «d'imprimer, ou faire imprimer, vendre et débiter, durant cinq années entières et accomplies une pièce de Théatre intitulée: Suréna, General des Parthes, Tragédie, composée par le sieur de Corneille.» L'achevé d'imprimer est du 2 janvier 1675.

Nous ne savons rien de cette dernière pièce de Corneille qui dut être jouée en novembre 1674. Corneille en avait emprunté le sujet à Plutarque, en ajoutant au récit de l'historien divers personnages et divers incidents imaginaires. On ne peut mettre en doute l'insuccès de Suréna, bien que nous ne possédions pas les lettres dans lesquelles Robinet devait donner des détails sur la représentation. La pièce tomba sans bruit; Corneille, accablé déjà par la mort de son second fils, sentit avec désespoir qu'il avait perdu la vigueur de la jeunesse. Il se tint désormais éloigné du théâtre, plein d'une sombre tristesse. Il souffrait surtout de la décadence de son génie, et nous retrouvons ce sentiment dans tout ce qu'il écrivit jusqu'à sa mort. Par surcroît de malheur, le Roi suspendit ses libéralités, et l'auteur du Cid fut plongé dans la misère. Aucune histoire ne fait une plus douloureuse impression que celle des dernières années de Corneille.

La bibliothèque Cousin possède un exemplaire de Suréna, relié en maroquin rouge aux armes de Colbert. Ne serait-ce pas un exemplaire de dédicace envoyé par l'auteur au premier ministre, avant qu'il lui écrivît la lettre déchirante dans laquelle il sollicita son intervention auprès du Roi (Marty-Laveaux, t. Xe, pp. 501 sq.)?